ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

11 décembre 2021

DUB SELECTA 26 10 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 9 h 09 min

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Un p’tit voyage à travers l’histoire du DUB de Kingston Jamaïque à Londre England et the world.

 

 

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Engendré par la volonté des soundsystems jamaïcains de surpasser la concurrence avec des titres exclusifs, le dub, qu’on appelait drum and bass à ses débuts, est à la base de certains éléments essentiels de la dance music, remix, édit ou discomix. En laissant plus de place aux MC’s, le dub a aussi permis l’invention du toast, et donc du rap. Tout ça parce que quelqu’un a oublié d’appuyer sur un bouton… Cet article a été publié dans le Trax #190 de mars 2016.
 

Pour comprendre l’histoire du dub, il faut capter ce qui se passait à Kingston, en Jamaïque, dans les 60’s, où la culture du soundsystem était implantée depuis une bonne dizaine d’années. Pour écouter du son, on va aux soundsystems, qui posaient dans les rues leur camion, les enceintes et un étal faisant office de bar pour vendre de l’alcool. Rudimentaire, certes, mais on a rarement besoin de plus pour s’amuser.

 

Augustus Pablo & King Tubby – “King Tubby Meets Rockers Uptown” (1976) :

https://youtu.be/wbCrYBWh62Y

 

On est donc fin 1967 ou début 1968 (ce n’est pas tout à fait clair), en pleine période rocksteady (du ska ralenti, qui allait mener au reggae). Dans la capitale jamaïcaine, trois soundsystems se tirent la bourre en tête de peloton même s’ils évoluent dans différents quartiers. Le Home Town Hifi de King Tubby – un ingénieur électricien qui répare transistors, enceintes et frigos –, basé à Waterhouse, Lloyd the Matador à Waltham Park, et le Suprême Ruler of Sound de Ruddy Redwood, à Spanish Town, à l’ouest de Kingston et ancienne capitale de l’île. C’est ce dernier, propriétaire d’un magasin de disques et assez aisé, qui mène la danse, grâce à ses connexions avec Coxsone et surtout Duke Reid, patron du label Treasure Isle, hyper-populaire sur l’île à ce moment-là, grâce à ses hits rocksteady, justement.

 

Lee Scratch Perry – “Dub Revolution pt.1” :

https://youtu.be/dvs0MwlIiug

 

Toutes les semaines, Redwood passe au studio prendre des tracks inédits. C’est win win : le selector a des exclus et ça permet à Duke Reid d’avoir des retours du public pour savoir quels disques commercialiser. Un jour, Redwood vient récupérer ses acétates (des disques très fragiles pressés à quelques exemplaires, qu’on appelle dubplates) chez Treasure Isle, en compagnie de Byron Smith, le graveur. Le producteur Bunny Lee, qui n’est pas encore le gourou du reggae des 70’s, traîne dans le coin avec Osbourne Ruddock, alias King Tubby. Redwood est en train de bricoler des sons et Byron Smith s’apprête à graver “On The Beach”, le nouveau titre des Paragons.

 

“On The Beach”, the Paragons.

https://youtu.be/OZWZNJaKw8E

 

Bunny Lee raconte la suite pour Blood & Fire (le label de rééditions mené par l’Anglais Steve Barrow) : « Le riddim démarre et Smith oublie de lancer la piste des voix. Il s’apprête à le faire quand Ruddy Redwood, qui perçoit la nouveauté, l’arrête : “Non, attends, laisse tourner l’instru, on va virer les voix.” » Il grave deux versions du morceau. Le samedi, au soundsystem, il joue l’original, laisse les gens absorber les lyrics, faciles à retenir (« Let’s go have some fun, on the beach, where there is a party »), et le mixe avec l’instrumental : les danseurs comprennent vite et se mettent à chanter le refrain et à guincher sur le dub. Folie sur le dancefloor. Le lendemain, Redwood court au studio pour mettre Duke Reid au courant. « Ce soir-là, ils l’ont rejoué une vingtaine de fois, ils ont tout cassé », témoigne Bunny Lee, qui va vite passer le mot à King Tubby. Celui-ci réédite l’expérience avec “Too Proud To Beg” d’une des stars du moment, Slim Smith.

 

Scientist vs. Prince Jammy – “Big Showdown at King Tubby’s” :

https://youtu.be/BEXZG3mrWKo

 

Le dub était né, grâce à une erreur technique et surtout une belle inspiration. Deux ans plus tard, tous les 45 tours jamaïcains sortent avec une version instrumentale en face B. De son côté, King Tubby, accompagné du toaster U-Roy au micro, en train de définir les règles du hip-hop, intègre un module d’écho et de réverbe à son set-up et transforme l’expérimentation en genre, annihilant au passage toute concurrence en ville.

 

Histoire du Dub

par Erwan Le Nagard19 septembre 2007

Né à la fin des années 60 en Jamaique, le DUB (qui signifie en anglais copier / doubler un film) est devenu aujourd’hui un style musical à part entière s’écartant de ses origines. La légende veut que ce soit King Tubby (Osbourne Ruddock de son vrai nom) qui ait commis une erreur lors du mixage en omettant d’enregistrer la piste vocale d’un morceau. Impossible de vérifier la véracité de cette histoire, il serait tout aussi possible que King Tubby, féru de musique reggae et d’appareils électroniques, voulu graver ses dub plates (exemplaires uniques de disques moules servant ensuite à graver en série les vinyles) de manière à amplifier le couple basse/batterie tout en atténuant les voix sous des effets de réverb. Une dubplate était aussi un moyen de tester la version en sound system et d’apprécier la réaction du public. {multithumb}

 Les radios ne diffusaient en ces temps là que peu de reggae music en Jamaïque. Fruit de la création des ingénieurs du son et non des musiciens ou des producteurs, le dub propose un agencement des pistes particulier et l’utilisation de fréquences basses. Le constat est qu’aujourd’hui, tout comme dans les années 90 avec la techno, le dub est devenu un terme fourre-tout qui cache des groupes bien différents les uns des autres qui évoluent dans une sphère musicale aussi roots qu’électronique. Le dub n’est donc plus considéré comme un style musical mais plutôt comme une manière de produire et de traiter le son.

Nous ne ferons pas ici un historique pur et simple rempli de dates et de noms d’artistes inutiles mais nous chercherons à amener une réflexion sur l’état actuel du dub et comment il a été possible d’en arriver là.

 C’est en 1972 que King Tubby commença ses expérimentations musicales dans son studio (« Tubby’s home town hi-fi ») à l’aide d’un enregistreur deux pistes. Le studio de Tubby portait le même nom que son sound system home town hi-fi et était le meilleur en terme de qualité. Il construisit pour cela des amplis de puissance à lampes KT88 avec un son redoutable pour alimenter ses scoops 18″ avec le deep round bass sound comme il dit ! A l’aide de morceaux originaux d’artistes tels que Lee Perry ou Bunny Lee, il va appliquer des effets conçus par lui-même. A la fin des années 70, en Jamaïque, les clubs proposent des remix de dub mais celui-ci très proche du reggae jusqu’aux années 90. Lee Perry sera l’un des premiers artistes à proposer un album entièrement composé de morceaux dub (Blackboard jungle dub) qui étaient réservés aux faces B jusqu’alors… Notez aussi que c’est Augustus Pablo qui popularisera l’utilisation du mélodica. Augustus pablo était un des meilleurs amis de Tubby. Il mourra d’un cancer refusant la médecine de babylone…

Il apparaît deux types de dub : l’un est empreint au reggae et s’impose comme la continuité de la musique roots jamaïquaine alors que l’autre apparaît plutôt comme une musique de studio pure où l’ingénieur du son se libère en tant que musicien pour produire une musique riche d’expérimentations et en transgressant les règles du métier. La force du dub est donc sa diversité et son identité propre issue des influences musicales de chaque artiste. Le dub a donc réussi en 30 ans à fédérer un large public issu de la rencontre des rude boys Jamaïquains et des punks européens.

 En effet, avec l’avènement du punk dans les années 70 on retrouve de nombreuses similitudes entre les scènes punks et reggae. Ce dernier utilise dans ses textes toute la violence du punk malgré une musique calme et posée. N’oublions pas que de nombreux leader de groupes punks (Sex Pistols, The Clash, Killing Joke, The Stranglers, …) étaient passionnés par la musique Jamaïquaine et s’égareront pour certains dans des compositions dub. En Angleterre, à partir de 1977, c’est Don Letts (big audio dynamite BAD avec Mick jones ex-The Clash) qui mixait reggae et punk au Roxy, fameuse boîte londonienne. Il a toujours un sound system (Dub cartel sound system) et vient de réaliser un film en Jamaïque.

De nombreux événements appelés « Punk reggae party » sont aussi organisé en Angleterre : ce sont des festivals où se réunissent groupes de punk et de reggae pour faire partager leur musique respectives. Le mouvement « Rock against Racism » rapproche aussi les deux styles musicaux dans les années 70 pour les fédérer contre un ennemi commun : le National Front. De plus avec un public largement citadin, le dub a réussi à attirer les punks issus de l’alternatif qui était lui-même issu à moitié de la scène ska-reggae. C’est certainement un goût prononcé pour la contre culture et l’anticonformisme qui rapprocha le dub du punk et du reggae. De ce point de départ, le dub a pu s’orienter vers des ambiances oppressantes et tendues plutôt que vers une musique très zen et claire.En 1990, King Tubby est assassiné d’un coup de revolver par un criminel sans réelle motivation (si ce n’est les quelques billets que possédait King Tubby dans son porte-monnaie). Le dub s’enlisait jusqu’alors avec un manque d’originalité persistant. La précédente décennie avait été marquée par le label ON-U Sound, son fondateur Adrian Sherwood et Mad Professor. ON-U Sound, véritable institution dub, avait réussi à imposer le dub comme un style musical à part entière tout en le popularisant. C’est alors qu’en Angleterre au début des années 90 apparaissent quelques groupes (Alpha & Omega, Jah Warrior, The Rootsman, Bush Chemist, Iration Steppas, Zion Train) qui vont révolutionner le dub en apportant une forte influence électronique. En effet, l’avènement de la techno offre une très belle opportunité au dub de se renouveler. Les possibilités offertes par l’électronique amènent les groupes à la recherche constante de l’innovation sonore. On retrouvera des projets aussi étranges que du dub métal (Dub War) ou des mix avec des beats jungle.

 Quand est-il du message à faire passer ? Comme toute les musiques un tant soit peu alter mondialistes et intègres, le dub est une histoire de fête, de partage et de solidarité. On fusionne les genres (comme l’ont très bien prouvé High Tone, Kaly live Dub et Improvisators Dub pour donner lieu à deux split cd ou encore Zenzile et Meï Teï Sho sur Modus Vivendi). En France, le mouvement dub s’enclenche dans les années 90 aux quatre coins de la France (ou plutôt six puisqu’on parle de scène hexagonale !) dans des projets parallèles. High Tone à Lyon, Improvisators Dub à Bordeaux, Ez3kiel à Tours, Zenzile à Angers, Lab° en Ile de France, Dubians à Lille, Kanka à Rouen, etc… sont les chefs de file d’un mouvement qui se veut extrêmement varié : aucun groupe ne se ressemble par ses sonorités et seule la nationalité semble être le dénominateur commun de ses formations.

 

A la fin des années 90, le mouvement s’enclenche et chacune de ses formations hétéroclites se croyant seules jusqu’alors s’aperçoive qu’une scène hexagonale est en train de naitre. Prônant l’indépendance totale, les groupes se rallient au sein de quelques labels indés (Wuga Wuga, Jarring Effects, Hammerbass, Bangarang, etc…) pour obtenir une parfaite liberté artistique et une autonomie donnant lieu à une solidarité forte entre eux. Petite particularité du dub français : alors qu’en Jamaïque, le dub est une musique de sound system qui se joue en disco, en France on préfère différencier nettement la musique live du studio en privilégiant la scène pour donner une touche moins aseptisée à leur musique souvent électronique. Le dub est évidemment une musique universelle et les groupes français ne croient généralement pas à un « phénomène hexagonal ». Celui-ci ressemble plus à une tournure de phrase journalistique qu’à une réalité et même si le dub français se caractérise par ses performances live, on retrouve le même esprit et des sonorités similaires en Angleterre ou dans d’autres pays d’Europe.      

Le dub représente le plus large terrain d’expérimentation qu’il soit. Avec un engagement autant politique que musical, les formations les plus novatrices de France sauront encore longtemps rallier un public vaste composé de familles musicales aussi éloignées qu’a priori incompatibles à réunir. Le dub et ses signes identitaires remarquables ont encore de beaux jours devant lui …

 

 

AlexDub, activiste de la scène Dub depuis les années 90’s, vous partage en plusieurs parties sa passion pour l’Histoire du Dub de la Jamaïque des années 60’s jusqu’à aujourd’hui… “Culture Dub, L’Histoire du Dub de ses origines à nos jours“. 1ère Partie : les Racines du Dub en Jamaïque (1967-1980) – De la version instrumentale au Dub (part.1) !

Culture Dub - L'Histoire du Dub de ses origines à nos jours

 

1ère Partie : les racines du dub en Jamaïque (1967-1980)

1) De la version instrumentale au Dub

Sans cette fameuse commande du morceau ‘On The Beach’ des Paragons passée par Ruddy Redwood pour son système de diffusion sonore au studio du producteur Duke Reid, le Dub ne serait peut être jamais né !

                    Jamaïque rime avec musique !

La Jamaïque traverse l’été de l’année 1966 sous une grosse canicule. Le ska, qui domine les pistes de danse – « les dancefloors » – depuis bientôt 10 années, est bien trop rapide pour les danseurs sous cette chaleur de plomb et va laisser place au rock steady. Ce nouveau style musical a un rythme plus lent, la batterie est mise plus en avant et la basse profonde, se rapprochant des productions de la musique soul américaine. La basse électrique joue un grand rôle dans la naissance du rock steady.

Le jeu syncopé va permettre de laisser plus d’espaces aux chanteurs contrairement aux lignes  continuent du ska jouées par le bassiste. Les influences viennent de chanteurs comme le mythique James Brown ou The Impressions, diffusés sur les ondes des radios de l’île et découverts grâce aux jamaïcains qui font des allers-retours aux Etats-Unis. Ils y vont pour travailler et ramènent avec leurs économies des disques au fond de leur valise qui sont diffusés lors de soirées dansantes.

Duke Reid Sound System

 

En 1966 la compétition musicale entre les deux principaux producteurs indépendants de l’île est très forte. Arthur ‘Duke’ Reid, ancien policier reconvertit dans la vente de spiritueux et la production de disques est un des acteurs incontournables de l’histoire de la musique jamaïcaine. Il dirige son propre studio d’enregistrement nommé Treasure Isle où il enregistre à partir de 1965  de jeunes chanteurs et produit de nombreux albums.   Son plus fervent concurrent, le légendaire Clément ‘Coxsone’ Dodd, fondateur en 1963 du très prolifique et mythique Studio One, est « Le » producteur de l’ère du ska.

Coxsone Sound System

Il produit un nombre incroyable de rythmiques, toujours de très grande qualité et jouées par de talentueux  musiciens. Les deux hommes oeuvrent depuis déjà plus de 15 années au sein de la scène musicale jamaïcaine et s’affrontent musicalement, lors de soirées dansantes, avec leurs sound-systems respectifs, le Trojan Sound System pour Duke Reid et le Sir Coxsone’s DownBeat pour Clément Dodd.

Le bras de fer musical qui les oppose est des plus enrichissants et « va aider la musique jamaïquaine à en arriver là où elle est aujourd’hui » confie le chanteur John Holt.

Avec l’arrivée du rock steady, Duke Reid innove en produisant des chansons qui parlent du quotidien de la jeune génération de l’île. Les textes racontent le succès où les mésaventures des Rude Boys, ces jeunes qui font régner la loi dans les ghettos grandissants de Kingston depuis l’indépendance. Les premières paroles parlant du mouvement « Rastafari » et des revendications sociales voient le jour suite à la venue en Jamaïque de l’Empereur d’Ethiopie, sa Majesté Hailé Selassié I, au mois d’avril de l’année 1966.

Et bien sur, la tendance est toujours aux chansons de cœur, aux déclarations d’amour, aux histoires qui  finissent mal en général comme aime à les chanter le lover Alton Ellis (« Mister Soul Of Jamaïca ») dans les morceaux ‘Never Love Again’ où ‘I’m still in love with you’ !!!

En 1967 le patron du label Treasure Isle domine la scène musicale jamaïcaine avec le succès des  disques de Justin Hinds, d’Alton Ellis et de la chanteuse Phyllis Dillon. Duke Reid produit de jeunes groupes comme les Techniques, les Melodians, les Silverstones où encore les Paragons (fondé par Bob Andy et composé de John Holt et Garth Evans à cette période). Ces derniers, sans le savoir sont à l’origine de la naissance du dub grâce à la 1ère version instrumentale (morceau sans les voix) pressée sur un vinyl de leur chanson ‘On The Beach’.

The Paragons - On The Beach

 

                    La version instrumentale par Rudolph ‘Ruddy’ Redwood

Rudolph ‘Ruddy’ Redwood tient un magasin de disque dans la ville de Spanish Town en Jamaïque.  Passionné de musique, il construit son propre sound-system (système de diffusion sonore) et fabrique ses 4 premières enceintes pour jouer ses disques dans des soirées privées sous le nom de Supreme Ruler Of Sound. Après plusieurs prestations données dans son quartier, le S-R-S prend vite de l’ampleur et le public vient de plus en plus nombreux. Pour alimenter ses bacs de disques en musique actuelle Ruddy, en perpétuelle quête de nouveautés, s’approvisionne en morceaux exclusifs auprès du « cow-boy » Duke Reid. Celui-ci ne cesse d’enregistrer dans son studio du 33 Bond Street où musiciens et chanteurs se plaisent à donner le meilleur d’eux-mêmes car toujours rémunérés malgré les 2 colts (au minimum) accrochés à la ceinture du patron et les plafonds perforés par ses excès d’humeur, à la recherche du hit.

33 Bond Street

 

Après avoir animé une soirée avec sa sono mobile et découvert l’engouement du public lors du passage de la chanson ‘On The Beach’, le sélecteur Ruddy commande plusieurs dub-plates de ce morceau des Paragons à Duke Reid. Byron Smith est l’ingénieur attitré pour réaliser ce travail dans la salle de pressage du studio Treasure Isle. Les dub-plates sont des disques en acétate de cellulose, réservés exclusivement aux sound systems et ne sont pas commercialisés. Ils sont utilisés par les  producteurs pour tester de nouvelles chansons en public avant de les distribuer en 45t et permettent aux sound systems de jouer des morceaux inédits.

Photo by Shane McCauley

Pour fabriquer cette « galette », l’ingénieur a besoin de la cassette de l’enregistrement original réalisé en studio qui comporte 2 pistes, comme les enregistreurs des studios indépendants de cette époque. Celle-ci est lue dans un lecteur qui sépare la piste des instruments et celle de la voix, et les transferts à la machine à graver à laquelle il est branché. L’ingénieur règle le niveau sonore de chaque piste et lance le pressage de ce  vinyl unique destiné à la platine disque du sound-system.

Mais voilà que Byron Smith, lors du pressage de la commande de Rudolph Redwood, découvre, une fois la machine lancée, qu’il a par inadvertance oublié d’allumer la piste gauche correspondant à celle de la voix des Paragons sur le morceau ‘On The Beach’. Seule la piste des instruments est donc gravée sur le dub-plate. Il en parle aussitôt à Rudy, et celui-ci toujours à la recherche de nouveauté pour se démarquer des autres sound-systems, lui demande de garder le pressage en réalisant que cela peut apporter de l’originalité dans sa sélection. La version instrumentale vient de voir le jour en Jamaïque !

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais lors de cette soirée d’été de 1967, c’est au tour de Rudolph Redwood de jouer au sein de son sound system Supreme Ruler Of Sound à Spanish Town. « L’homme de minuit », heure à laquelle il commence toujours à animer la piste de danse, joue plusieurs chansons de sa collection et se décide à poser sur sa platine le dub-plate instrumentale de ‘On The Beach‘.

On The Beach

C’est alors que le public jamaïcain passionné de Reggae, venu à la soirée et toujours en quête de nouvelles sensations, se met au premières notes du morceau à chanter d’une seule voix, reconnaissant le morceau des Paragons, provoquant une vibration inoubliable pour Ruddy. Il la joue plusieurs fois de suite tellement elle est encensée par la foule avant de diffuser la  chanson originale. Redwood vient de transformer une erreur technique en véritable succès. Il  s’empresse d’en parler à Duke Reid, et lui commande le pressage d’autres dub-plates de chansons du catalogue Treasure Isle en versions instrumentales.

Seul le sound-system de Ruddy qui est devenu le plus en vue de Spanish Town, joue à cette période  des dub-plates d’instrumentaux. Duke Reid, en producteur expérimenté, ne laisse jamais passer une bonne idée. Il voie et entend parler de l’ambiance générée en soirée par ces sélections d’un nouveau genre et se met à produire d’autres morceaux dénudés de voix et les commercialise sur la face B du disque des chansons originales. Clément Coxsone Dodd aussi donne une seconde vie aux nombreuses rythmiques enregistrées dans son studio, en les re-mixant accompagnées de solos de cuivres ou d’orgue.

Les disques 33t sont accrédités au nom des musiciens solistes qui  profitent de cette opportunité pour se faire connaître auprès du grand public jamaïcain. A la fin des années 60, Duke Reid sort sur son label Treasure Isle plusieurs albums instrumentaux dont les fameux “Down On Bond Street” et “Greater Jamaïca” du saxophoniste Tommy McCook. Sur le label Studio One de Coxsone on trouve entre autres les albums “In London” et “Keep On Dancing” de l’organiste Jackie Mittoo et “100 Years After” du très apprécié et génial tromboniste Don Drummond.

Don Drummond - 100Years After

 

On se retrouve prochainement dans “Culture Dub, L’histoire du Dub de ses origines à nos jours” avec l’Épisode #2 : 1ère Partie : les Racines du Dub en Jamaïque (1967-1980) – De la version instrumentale au Dub (part.2) !

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Big Up,
AlexDub

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