ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

4 mai 2021

UNE RELECTURE DE LA COMMUNE 04 05 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 19 h 12 min

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Au sommaire de l’émission du 04 05 21 nous parlerons de la commune, pas temps sur les évènements parisiens, mais on commence par la commune de lyon, les aveyronnais face à la commune, le moratoire des loyers, Louise Michel, la mémoire de la commune au travers de la chanson. Playlist : versaillais, versaillais – internationale – Jean Misère – on assassine Belleville – Paris pour un beafsteak

 

affiche lyon

 

 

Au début de l’année 1870, et malgré la victoire des républicains aux élections législatives de l’année précédente, le Second Empire semble arrivé à maturité. Il ne semble pas alors interdit d’imaginer l’évolution du régime vers une paisible monarchie constitutionnelle.

 

Évènement aux conséquences apparemment limitées, mais qui pourra plus tard être interprété comme le symptôme d’un mouvement beaucoup plus profond, et qui témoigne de la hardiesse des républicains à profiter de la libéralisation du régime impérial, des grèves ont éclaté à Lyon à l’été 1869 dans différents corps de métiers, les ouvriers ovalistes 1 y incarnant la contestation la plus emblématique.

 

Après deux mois de mobilisation, le mouvement a obtenu un certain succès, puisque les salaires se sont vus relevés, et la durée de la journée de travail diminuée d’une heure. L’Association Internationale des Travailleurs (AIT), créée à Londres en 1864, a soutenu les revendications et aidé l’organisation du mouvement. Au terme de la mobilisation, plus d’un millier d’ouvriers ovalistes adhèrent à l’Internationale. Le pouvoir impérial, se sentant menacé par une affirmation d’opposition aussi consistante, et montrant par-là les limites de sa libéralisation, engage des poursuites contre les responsables lyonnais de l’Internationale, en particulier Albert Richard 2.

 

À Lyon, les élections de 1869 ont vu une nette victoire des républicains radicaux, puisque Raspail et Bancel ont été élus à la place de Jules Favre et du docteur Jacques Louis Hénon 3, ce dernier –quoique modéré–représentant pourtant avec constance depuis 1852 l’opposition républicaine lyonnaise au Corps législatif. En mai 1870, le plébiscite donne à Lyon une majorité de NON, avec un peu moins de 38 000 voix, soit 70 % 4, le OUI ne pouvant rassembler que 22 260 suffrages.

 

Le 19 juillet 1870, après plusieurs semaines d’une crise diplomatique dont l’épilogue a été la célèbre dépêche d’Ems, la France déclare la guerre à la Prusse. Dès le lendemain, une manifestation réclamant la paix et animée par l’Internationale déambule entre la place des Terreaux et la place Bellecour.

 

Le sort des armes est très rapidement défavorable à une armée française mal préparée, qui enchaîne les défaites à partir du début du mois d’août. Chaque annonce d’un nouvel échec face à la Prusse suscite des manifestations, et le ressentiment des républicains envers un régime qui leur apparaît de plus en plus comme nuisible et incapable ne cesse d’augmenter.

 

La première Commune (septembre 1870)

Le 2 septembre 1870, Napoléon III est fait prisonnier à Sedan et remet dans les mains de Bismarck sa capitulation. Sans attendre les signaux de la capitale, une foule essentiellement composée de Lyonnais des quartiers populaires de la Guillotière, de la Croix-Rousse et du faubourg de Vaise prend le 4 septembre dans la matinée l’initiative de proclamer la République. Après avoir envahi la place des Terreaux, les manifestants pénètrent dans l’Hôtel de Ville, dont ni le personnel ni les autorités impériales –Préfet et Commission municipale– n’opposent de résistance. Les républicains brandissent au balcon un buste de Marianne, font acclamer la République par la foule massée sur la place, et hissent le drapeau rouge sur le dôme de l’Hôtel de Ville. Un Comité de Salut Public fait placarder des affiches annonçant la déchéance de l’Empire. Le jour même, la rue Impériale est rebaptisée « rue de la République ». À la tête des manifestants, on retrouve entre autres Albert Richard et les modérés Désiré Barodet et Jacques Louis Hénon.

 

 

Simultanément se constituent un Comité de Sûreté Générale et un Comité révolutionnaire, qui prennent respectivement possession de l’Hôtel de Police et de la mairie d’arrondissement de la Guillotière. Le fort Lamothe et la Vitriolerie sont occupés par des gardes nationaux mobilisés dans les quartiers populaires.

 

Le 8 septembre, deux jours à peine après l’arrivée à Lyon de Challemel-Lacour 5, nommé Préfet du Rhône depuis Paris par le gouvernement de la Défense nationale, un groupe de dix commissaires est désigné pour servir de lien entre le Comité de Salut Public et la population. On y retrouve Albert Richard, Victor Jaclard et Louis Andrieux, lequel a d’ailleurs laissé des souvenirs sur la Commune de Lyon 6. Ils sont tous trois nommés comme délégués auprès du gouvernement de Paris afin de discuter avec ce dernier les modalités d’une levée en masse contre la Prusse. Car si l’empereur est prisonnier et sa dynastie déchue, il n’est pas question pour les républicains d’abandonner la lutte face à un ennemi qui continue de progresser sur le territoire national. C’est ainsi qu’arrive quelques jours plus tard le général Cluseret 7, chargé de mobiliser une légion de volontaires dans le Rhône.

 

Entre le 5 et le 15 septembre 1870, les nouvelles autorités républicaines lyonnaises prennent une série de mesures révolutionnaires qui traduisent à la fois la radicalité du mouvement et la parenté qu’il entretient avec les éléments les plus avancés du mouvement socialiste, et l’inspiration communaliste que l’on retrouvera à Paris quelques mois plus tard : suppression des subventions aux congrégations, séparation de l’Église et de l’État, impôt sur les valeurs mobilières et immobilières, suppression de l’octroi, restitution des biens déposés en gage, création de chantiers pour employer les chômeurs etc…

 

Ces réformes suscitent l’inquiétude du gouvernement de Paris et de Challemel-Lacour qui, pour républicains qu’ils soient, n’en demeurent pas moins attachés à l’ordre et opposés aux républicains les plus radicaux, qu’incarne largement le nouveau pouvoir communal. Le nouveau préfet cherche d’ailleurs à profiter de la division qui se fait peu à peu sentir au sein de ses dirigeants. De fait, ce sont les modérés -emmenés par le docteur Hénon- qui prennent le contrôle du Conseil municipal élu le 15 septembre. Malgré cela, le nouveau maire cherche à ménager une population toujours mobilisée et sensible aux mots d’ordre radicaux. Les mesures du Comité de Salut Public ne sont d’abord pas remises en cause, et le drapeau rouge est maintenu sur le dôme de l’Hôtel de Ville. Mais la tension ne cesse d’augmenter entre républicains modérés et extrémistes.

BAKOU 

Lyon vers le socialisme libertaire ?

 

BAKOUNINE

 

 

 

 

 

 

 

 

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine © Wikicommon

 

 

Le 15 septembre 8 est également le moment de l’arrivée à Lyon d’un colosse barbu et en apparence impassible : Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine 9. Cet agitateur infatigable à l’existence romanesque, ce missionnaire de la Révolution internationale qui parcourt l’Europe depuis vingt ans pour prêcher l’abolition de la propriété et de l’Etat et annoncer l’Anarchie, arrive à Lyon pour tenter d’en faire le terreau d’une révolution appelée à essaimer ailleurs. Aux côtés des militants locaux de l’Internationale qui sont à l’origine du mouvement de septembre, comme Richard, Gaspard Blanc ou Eugène Saignes 10, Bakounine lance une grande manifestation prévue pour le 28 septembre.

 

Ce jour-là, au balcon de l’Hôtel de Ville et devant une foule nombreuse, en présence de Bakounine et du Marseillais Bastelica, Saignes demande la déchéance du Conseil municipal élu le 15, proclame la Fédération des communes, et nomme Cluseret général en chef. Alors que Challemel-Lacour est retenu prisonnier, la réaction des modérés est immédiate : Barodet, adjoint d’Hénon, ordonne l’arrestation des radicaux. Bakounine et Cluseret sont arraisonnés, puis relâchés, et ils quittent Lyon quelques heures plus tard. Le calme revient pour plusieurs semaines à Lyon, la municipalité restant dans les mains des modérés. Seule l’exécution du commandant Arnaud à la Croix-Rousse, le 20 décembre 1870, vient rappeler l’omniprésence des républicains les plus extrémistes. Ces derniers repassent bientôt à l’offensive, à la faveur des événements parisiens.

 

La seconde Commune (mars 1871)

Dans le sillage de l’armistice, signé avec la Prusse le 28 janvier, et après moult tergiversations, la municipalité de Lyon décide le 3 février 1871 de retirer le drapeau rouge du dôme de l’Hôtel de Ville, où il flottait depuis le 4 septembre. Quinze jours plus tard commence la Commune de Paris, qu’Hénon, toujours à la tête du Conseil municipal de Lyon, désapprouve d’emblée. Le 22 mars, galvanisés par l’exemple de Paris, les républicains les plus radicaux donnent de nouveau de la voix en mobilisant une foule qui, appuyée par des éléments révolutionnaires venus de la Guillotière, marche vers l’Hôtel de Ville. Dans l’après-midi, une assemblée réunie au Palais Saint-Pierre enjoint la municipalité de se déclarer solidaire de la Commune de Paris. Exaspérés, les révolutionnaires investissent l’Hôtel de Ville et hissent de nouveau le drapeau rouge. Le lendemain, une affiche est placardée, qui annonce la constitution de la Commune de Lyon, solidaire de celle de Paris, et dont l’objectif est de poursuivre la politique initiée en septembre 70. Le 25 mars entrent à Lyon les mobiles de Lyon ayant défendu Belfort, et que Hénon, sentant se lever le vent de la révolte, a invités à venir recevoir les hommages de la population. Désormais appuyés par la présence d’une troupe aguerrie, et profitant une nouvelle fois des dissensions d’un exécutif révolutionnaire qui demeure fragile, les modérés parviennent à reprendre la situation en main.

 

Seule la Guillotière reste désormais rivée à l’idéal communard. Tandis que le drapeau rouge est amené pour la seconde fois du dôme de l’Hôtel de Ville, il continue obstinément de flotter sur la mairie d’arrondissement de la place du Pont. Le 30 avril, alors que la Commune se poursuit à Paris, pour protester contre la loi municipale votée par le gouvernement de Versailles qui vise entre autres à contrer les initiatives révolutionnaires en province 11, une foule résolue bloque les bureaux de vote qui doivent désigner une nouvelle mairie et dresse des barricades dans le quartier de la Guillotière. À la nuit tombée, les forces commandées par le préfet Valentin, successeur de Challemel-Lacour, ouvrent le feu sur les insurgés, dans les rangs desquels on dénombrera une trentaine de morts. Rapidement défaite, peu appuyée par une population lyonnaise qui garde en mémoire les épisodes sanglants du siège de 1793 et de la répression qui s’ensuivit, cette aventure insurrectionnelle est la dernière tentative des républicains radicaux d’installer une Commune révolutionnaire à Lyon.

 

Une page se tourne ainsi à Lyon, qui vient refermer l’époque des crises enfiévrées, caractérisée par les révoltes des Canuts et l’épopée des Voraces. Arrive bientôt le ressac conservateur, caractérisé par la politique de l’«ordre moral». À Lyon, les républicains sont un temps affaiblis et il faut attendre 1881 pour voir le retour d’une Mairie centrale, remplacée sous Mac Mahon par une Commission municipale, bien tenue en main.

 

 

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L’œuvre sociale des débuts de la Commune

 

Au nom du Comité de vigilance des citoyennes du 18e arrondissement, qui administre l’arrondissement durant la Commune, Louise Michel écrit à Georges Clemenceau*, alors maire de Montmartre.

 

« Notre Comité républicain de vigilance des citoyennes du 18e arrondissement voulant prendre notre part de la tâche patriotique, vous demandons :

 

  1. Un pouvoir immédiat de procéder à une enquête dans chaque maison du 18e arrondissement afin de connaître le nombre de vieillards, des infirmes et des enfants afin que la république ne soit pas trompée,
  2. Pouvoir de requérir immédiatement les maisons abandonnées du 18e arrondissement afin d’y loger les citoyens sans abri et d’y établir des asiles où les enfants seront nourris […],
  3. Abolition complète dans le 18e arrondissement des ouvroirs religieux  et des maisons de prostitution,
  4. Fonte des cloches de Montmartre pour les canons. »

 

Louise Michel, Lettre à Georges Clemenceau, mars 1871.

 

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Une nouvelle vision des droits des femmes

 

Durant la Commune, Louise Michel œuvre à la création de crèches, à l’instruction des filles, à la reconnaissance de l’union libre et du divorce et à l’interdiction de la prostitution.

 

« Au Droit des femmes, comme partout où les plus avancés d’entre les hommes applaudissent aux idées d’égalité des sexes, je pus remarquer comme je l’avais toujours vu avant et comme je le vis toujours après, que malgré eux et par la force de la coutume et des vieux préjugés les hommes auraient l’air de nous aider, mais se contenteraient toujours de l’air. Prenons donc notre place sans la mendier. Les droits politiques sont déjà morts. L’instruction à égal degré, le travail rétribué pour les états de femme, de manière à ne pas rendre la prostitution le seul état lucratif, c’est ce qu’il y avait de réel dans notre programme. »

 

Louise Michel, Mémoires, 1886.

 

 

 

L’hommage de Hugo à Louise Michel

 

Durant son procès en décembre 1871, Louise Michel réclame la peine capitale : « Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit aujourd’hui qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part, moi. »

 

« Ayant vu le massacre immense, le combat,

 

Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,

 

La pitié formidable était dans tes paroles ;

 

Tu faisais ce que font les grandes âmes folles,

 

Et lasse de lutter, de rêver, de souffrir,

 

Tu disais : J’ai tué ! car tu voulais mourir.

 

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine […].

 

Tu disais aux greniers : J’ai brûlé les palais !

 

Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule ;

 

Tu criais : J’ai tué, qu’on me tue ! Et la foule

 

Écoutait cette femme altière s’accuser.

 

Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;

 

Ton œil fixe pesait sur les juges livides, […]

 

La pâle mort était debout derrière toi.

 

Toute la vaste salle était pleine d’effroi,

 

Car le peuple saignant hait la guerre civile.

 

Dehors on entendait la rumeur de la ville. »

 

Victor Hugo, « Viro Major », 1871.

 

 

 

LOUISE 

 

La reddition de Louise Michel

 

Le 24 mai 1871, Louise Michel se rend aux Versaillais qui détiennent sa mère en otage. Emprisonnée puis déportée, elle poursuit ses combats et devient progressivement une héroïne mythique.

 

 

 

EUGÈNE POTTIER

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En 1886, le souvenir de la terrible répression de la Commune est loin d’être éteint, et le désir de revanche toujours vivace. C’est l’année où Eugène Pottier, également auteur des paroles de L’Internationale, va écrire en 1886 Elle n’est pas morte ! Vieux poète révolutionnaire, déjà du côté des insurgés en juin 1848, Eugène Pottier prendra une part active à la Commune. Ayant pu se réfugier en Angleterre, puis aux États-Unis, il rentrera en France en 1880, après l’amnistie, participant plus tard à la création du Parti ouvrier français. La chanson est dédiée aux survivants de la Commune.

Une belle version de Marc Ogeret dans l’album Autour de la Commune paru chez Vogue en 1968.

Elle n’est pas morte !

On l’a tuée à coups d’chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée dans son drapeau
Dans la terre argileuse
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte

Refrain
Tout ça n’empêche pas, Nicolas
Qu’la Commune n’est pas morte  !
(Bis)

Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et ces cent mille assassinats
Voyez c’que ça rapporte.

Refrain

On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui couper l’aorte.

Refrain

Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence,
Ach’vé les blessés dans leur lit,
Leurs lits d’ambulance
Et le sang inondant les draps,
Ruisselait sous la porte.

Refrain

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominies.
Les Maxim’ Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte

Refrain

C’est la hache de Damoclès,
Qui plane sur leurs têtes.
À l’enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes.
Fait est qu’on était un fier tas
À lui servir d’escorte  !

Refrain
C’qui vous prouve en tout cas, Nicolas
Qu’la Commune n’est pas morte  !
(Bis)

Bref, tout ça prouve aux combattants
Qu’Marianne à la peau brune,
Du chien dans l’ventre et qu’il est temps
D’crier  : vive la Commune  !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte,

Ils sentiront dans peu,
Nom de Dieu  !
Qu’la Commune n’est pas morte  !(Bis)

 

EUGÈNE POTTIER

 

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Paris, 1880. À Henri Rochefort*.
La version de Mouloudji extraite de la Commune en chantant paru en 1971 chez Disc’AZ.

Jean misère

Décharné, de haillons vêtu
Fou de fièvre, au coin d’un impasse,
Jean Misère s’est abattu.
«  Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse  ?  »
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Pas un astre et pas un ami  !
La place est déserte et perdue.
S’il faisait sec, j’aurais dormi,
Il pleut de la neige fondue.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Est-ce la fin, mon vieux pavé  ?
Tu vois  : ni gîte, ni pitance,
Ah  ! la poche au fiel a crevé  ;
Je voudrais vomir l’existence.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Je fus bon ouvrier tailleur.
Vieux, que suis-je  ? une loque immonde.
C’est l’histoire du travailleur,
Depuis que notre monde est monde.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Maigre salaire et nul repos,
Il faut qu’on s’y fasse ou qu’on crève,
Bonnets carrés et chassepots
Ne se mettent jamais en grève.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Malheur  ! ils nous font la leçon,
Ils prêchent l’ordre et la famille  ;
Leur guerre a tué mon garçon,

Leur luxe a débauché ma fille  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

De ces détrousseurs inhumains,
L’Église bénit les sacoches  ;
Et leur bon Dieu nous tient les mains
Pendant qu’on fouille dans nos poches.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Un jour, le Ciel s’est éclairé,
Le soleil a lui dans mon bouge  ;
J’ai pris l’arme d’un fédéré
Et j’ai suivi le drapeau rouge.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Mais, par mille on nous coucha bas  ;
C’était sinistre au clair de lune  ;
Quand on m’a retiré du tas,
J’ai crié  : Vive la Commune  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Adieu, martyrs de Satory,
Adieu, nos châteaux en Espagne  !
Ah  ! mourons  !… ce monde est pourri  ;
On en sort comme on sort d’un bagne.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

 

À la morgue on coucha son corps,
Et tous les jours, dalles de pierre,
Vous étalez de nouveaux morts  :
Les Otages de la misère  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

*Henri Rochefort, Né à Paris (Xe arr.) le 30 juin 1831, mort à Aix-les-Bains (Savoie) le 1er juillet 1913, ; homme de lettres, pamphlétaire, journaliste et homme politique  ; arrêté après la Commune et déporté, il s’évada de la Nouvelle-Calédonie  ; député (1885).

 

 

 

PAUL BROUSSE

 

 

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Auteur des paroles du Drapeau rouge, en 1877, Paul Brousse n’avait sans doute pas oublié le sinistre discours de Lamartine qui, au lendemain des journées de juin 1848 déclarait : « Le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple ! » Ce médecin, militant anarchiste, proche de Bakounine, avant la Commune, s’exile ensuite en Suisse. Après l’amnistie, il se lie avec les socialistes réformistes, devenant l’un des créateurs du « Parti possibiliste », pour qui le changement social peut se produire sans révolution.
Une version des Quatre Barbus extraite de l’album La Commune de Paris.

Le Drapeau rouge

Les révoltés du Moyen Age
L’ont arboré sur maints beffrois.
Emblème éclatant du courage,
Toujours il fit pâlir les rois.

Refrain
Le voilà, le voilà, regardez  !
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés,
Osez, osez le défier,
Notre superbe drapeau rouge,
Rouge du sang de l’ouvrier. (bis)

Il apparut dans le désordre
Parmi les cadavres épars
Contre nous, le parti de l’Ordre
Le brandissait au Champ de Mars

Refrain

Mais planté sur les barricades
Par les héros de Février,
Il devint pour les camarades,
Le drapeau du peuple ouvrier.

Refrain  

Quand la deuxième République
Condamna ses fils à la faim
Il fut de la lutte tragique
Le drapeau rouge de juin

Refrain

Sous la Commune il flotte encore
A la tête des bataillons.
Et chaque barricade arbore
Ses longs plis taillés en haillons.

Refrain

Noble étendard du prolétaire,
Des opprimés soit l’éclaireur  :
À tous les peuples de la terre
Porte la Paix et le Bonheur.

Refrain

 

 

 

EUGÈNE POTTIER

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Ce poème d’Eugène Pottier est édité pour la première fois en 1887 dans le recueil intitulé Les Chants révolutionnaires. Le poème est accompagné de l’indication suivante : « Paris, juin 1871 », mais
rien n’atteste de sa rédaction à cette date. Deux versions du texte sont connues à ce jour, c’est la seconde version qui fera l’objet de la première édition et reste le texte de référence aujourd’hui.
Le poème sera mis en musique en 1888 par Pierre Degeyter à la demande de la chorale la Lyre des Travailleurs, chorale ouvrière lilloise du Parti ouvrier français, qui en sera la première interprète.
* Dédié au citoyen Lefrançais, membre de la Commune.

L’Internationale

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

ll n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’État comprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’Égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle
« Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous soûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air, et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais, si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

 

 JEAN-BAPTISTE CLÉMENT

 

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Suite à l’entrée massive des troupes versaillaises dans Paris, à partir du 21 mai 1871, des combats inégaux vont voir les fédérés lutter désespérément, jusqu’au massacre du Père-Lachaise. Rescapé des combats, et caché dans Paris, Jean-Baptiste Clément (1837-1903) va écrire les strophes de cette Semaine sanglante (musique de Pierre Dupont) où il décrit le climat qui règne dans Paris après la défaite des communards. Pourtant, malgré la répression qui ne cesse de s’accroître, il reste une lueur d’espoir.
La Compagnie Jolie Môme nous livre une belle reprise de cette chanson.

 

SEMAINE

La Semaine sanglante

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants.

Refrain  :
Oui mais  !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare  à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Les journaux de l’ex-préfecture
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par l’aventure,
Les complaisants, les décorés
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut,
Grouillent comme un tas de verrues,
Sur les cadavres des vaincus.

Refrain 

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs.

Refrain

Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou.
Dès demain, en réjouissance
Et Saint-Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence,
Et le bagne se peuplera.

Refrain

Demain les manons, les lorettes
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.

Refrain 

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.

Refrain 

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé  ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé  ?
Jusques à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail  ?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail  ?

Refrain

CLEMENT

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