ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

17 mars 2021

Les prémices de la COMMUNE de 1871

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 16 h 38 min

autocollant 1

 

la commune

 

Ce soir nous parlerons de la Commune qui sera célébrée pour le 150ème anniversaire de cette révolte qui dura 72 jours. Ces 72j qui ont permis des avancées sociales qui sont visibles encore aujourd’hui même si les pouvoirs successifs ont cherché à gommer cette partie de l’histoire.

Au sommaire de l’émission la chronologie des événements depuis 1789 tiré d’un ouvrage fort intéressant « La Commune de 1871 une relecture » aux éditions Créaphiséditions, une captation sonore de R.Bussières et non R.Souplex comme annoncée dans l’émission dans une narration sur les prémices de la Commune « Si on avait su » de Stanilas Choko chez Iskra 1973. H.Guillemin tiré du coffret « La Commune » une autre histoire de la Commune de Paris aux éditions les Mutins de Pangée avec des dessins de Tardi, en 3 DVD et un livret « réflexion sur la Commune ». la 1ère Internationale 1864.

La Commune 18 mars 1871, il nous faut remonter à 1789 pour appréhender ce qui ce passera 82 ans plus tard en suivant la chronologie des évènements qui ont émaillé l’histoire de france. Naissance de la 1ère internationale en 1864 en angleterr. H.Guillemin nous livre ses réflexions sur la Commune. R.Bussières nous conte à sa manière les prémices de cette révolte.

Playlist: La commune est en lutte, Elle n’est pas morte, Le drapeau rouge, Le temps des cerises; La danse des bombes, Le tombeau des fusillés.

 

femme de la commune

 

 

 

 

8424

 

 

 

 

HENRI GUILLEMIN, HISTORIEN OU POLÉMISTE ?

Retrouvez H. Guillemin sur l’histoire de la Commune en suivant ce lien

https://youtu.be/PwXwDp3Ze7Q

 

Ce littéraire de formation s’est très tôt passionné pour l’histoire à partir de l’étude des grands écrivains, et d’abord Lamartine, sujet de sa thèse, qui fut un homme profondément engagé dans son époque. C’est avant tout comme historien ou comme polémiste qu’Henri Guillemin est connu et apprécié du grand public. Lui-même se considère comme historien alors que ses contradicteurs le présentent comme polémiste, voire –avec les nuances péjoratives que le terme comporte- comme un pamphlétaire.

Le parcours universitaire prestigieux d’Henri Guillemin (voir sa Biographie) est un gage de sérieux, et il joint à une grande capacité de travail une passion pour la recherche, la découverte et l’analyse des inédits, des archives, des « petits papiers ».

 

Pourtant, dans l’introduction à L’avènement de M. Thiers et réflexions sur la Commune (Éd. Utovie, 2001, p. 7), n’a-t-il pas écrit : « Lecteur, sois dûment averti… tu ne trouveras pas, sous ma plume, de l’histoire mais du “pamphlet”.  Pamphlet est le nom que porte l’histoire dès qu’elle s’écarte des bienséances et des mensonges reçus. Je dis bien mensonges. Il n’y a pas d’histoire objective ».  

 

Attention : risque de contresens ! Cette forte phrase, n’est pas à prendre au pied de la lettre ; elle montre, en effet, que Guillemin n’hésite pas à entrer, volontairement, dans la controverse et à revendiquer une “histoire” enfin délivrée de cette idée fausse qu’elle est écrite une fois pour toutes et que, dès lors, elle est immuable ; Guillemin est souvent “polémiste”, parce qu’il ne se contente pas de répéter “les histoires” dites et redites, celles que défend un académisme frileux.

 

Avec de nouveaux documents, par la relecture obstinée de sources trop vite et mal exploitées, il questionne, il innove, il éclaire et  cela ne plait pas à tout le monde. De fait, il est historien : historien de la littérature, biographe – certes, souvent critique – des écrivains et de nos hommes politiques, donc historien tout court ! Que signifie, pour lui, être historien ? De cela comme du reste, « lecteur, sois dûment averti (…). Ni impartial, ni impassible, j’ai tenté du moins, à chaque pas, d’être véridique. L’honneur de l’historien c’est sa loyauté »

 

Dans la citation, extraite de L’avènement de M. Thiers…, le sens second, voulu par Guillemin, est en substance : Pour me discréditer, ceux qui ne sont pas d’accord avec mes analyses me font passer pour pamphlétaire ou polémiste. Or je suis un historien, compétent et argumenté mais, à la différence de mes contradicteurs, je ne suis pas conformiste. Cela ne m’empêche nullement de rester, en toutes occasions, historien. User de formules inattendues ou vigoureuses, qui passeraient pour provocantes et mal venues sous la plume d’un historien conventionnel, ne relève pas du pamphlet. C’est, simplement, que l’Histoire est traversée de contradictions, de zones d’ombre, maculée d’erreurs que les travaux récents des historiens tentent d’effacer. Pour cela, parfois, il faut élever le ton : affirmer une vérité n’est pas polémiquer, c’est rester fidèle à ma valeur première, la loyauté.

 

 

RETROUVEZ ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS SUR

 

http://mixcloud.com/skuale/

ou

http://mixcloud.com/radiolibertaire/

 

 les tuileries brulent

La Première Internationale et son histoire

Marcello Musto, Traduit de l’italien par Béatrice Propetto Marzi

La 1ère Internationale et son histoire

Le 28 septembre 1864, le Saint-Martin’s Hall, situé au cœur de Londres, est plein à craquer. Près de deux mille travailleuses et travailleurs sont venus écouter les discours de quelques dirigeants syndicaux anglais et d’un petit groupe d’ouvriers arrivés de France.

 

Proudhon, Marx, Bakounine

 

Le début du chemin

2Les organisateurs du meeting n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils vont bientôt déclencher. Ils ont formé le projet d’ouvrir un lieu de débat à l’échelle internationale afin d’évoquer les principaux problèmes des travailleurs. Ils n’ont pas envisagé de fonder une véritable organisation qui soit un outil de coordination de l’initiative syndicale et politique de la classe ouvrière. Idéologiquement, au départ, ils prônent davantage des valeurs générales éthiques et humanitaires, telles la fraternité entre les peuples et la paix dans le monde, que le conflit de classe et des objectifs politiques concrets. Elle deviendra néanmoins la référence de toutes les futures organisations du mouvement ouvrier, dont se réclameront aussi bien les réformistes que les révolutionnaires : l’Association internationale des travailleurs.

 

3En quelques années, elle va éveiller les passions dans toute l’Europe, faire de la solidarité de classe un idéal partagé et susciter la prise de conscience d’une foule de femmes et d’hommes. Grâce à l’Internationale, le mouvement ouvrier comprendra mieux les mécanismes de fonctionnement du mode de production capitaliste, prendra davantage conscience de sa propre force et développera des formes de lutte nouvelles et plus avancées. À l’opposé, au sein des classes dominantes, la nouvelle de la fondation de l’Internationale provoquera un sentiment d’horreur. L’idée que les ouvriers revendiquent eux aussi un rôle actif dans l’histoire suscitera une telle aversion que nombre de gouvernements chercheront à la persécuter, voire l’éliminer, par tous les moyens dont ils disposent.

 

4Les organisations ouvrières qui fondent l’Internationale sont très différentes les unes des autres. Le centre nerveux est le syndicalisme anglais. Ses dirigeants, presque tous réformistes, s’intéressent surtout aux questions d’ordre économique. Ils luttent pour l’amélioration des conditions des travailleurs sans pour autant remettre en question le capitalisme. Ils conçoivent donc l’Internationale comme un outil qui pourrait servir leur objectif d’empêcher l’importation de main-d’œuvre étrangère en cas de grève.

 

5Une autre branche très active de l’Association, longtemps dominante en France, est représentée par les mutuellistes. Partisans des théories de Pierre-Joseph Proudhon, ils sont hostiles à l’engagement politique des travailleurs et à l’outil de la lutte qu’est la grève. Défenseurs d’un système coopératif de type fédéraliste, ils considèrent qu’il est possible de changer le capitalisme par l’égalité d’accès au crédit. Pour ces raisons, ils constituent l’aile droite de l’Internationale.

 

6À côté de ces deux tendances, majoritaires en nombre, le troisième groupe par ordre d’importance est constitué par les communistes, réunis autour de la figure de Karl Marx, implantés en petits groupes à l’influence très circonscrite dans des villes allemandes et suisses ainsi qu’à Londres. Anticapitalistes, ils s’opposent au système de production existant, en revendiquant la nécessité de l’action politique pour le renverser.

 

7Dans les rangs de l’Internationale, au moment de sa fondation, sont aussi présents des membres qui n’ont aucun lien avec la tradition socialiste. Parmi eux, quelques noyaux de réfugiés politiques des pays de l’Europe de l’Est, inspirés par des conceptions vaguement démocratiques, et des disciples de Giuseppe Mazzini, fidèles aux idées interclassistes. Pour compléter le tableau de l’Association, dont l’équilibre est rendu de ce fait très complexe, différents groupes de travailleurs français, belges et suisses adhèrent à l’Internationale en y apportant les théories les plus disparates et confuses, y compris celles inspirées de l’utopisme.

 

8Rassembler toutes ses composantes dans la même association et, de surcroît, avec un programme aussi éloigné des positions initiales de chacune d’entre elles, sera indiscutablement la grande réussite de Karl Marx. Ses qualités politiques lui permettront de concilier ce qui semblait inconciliable et d’assurer l’avenir de l’Internationale, laquelle, sans son engagement personnel, serait vite tombée dans les oubliettes comme beaucoup d’autres associations ouvrières qui l’avaient précédée [1]

[1]

Cf. H. Collins et C. Abramsky, Karl Marx and the British Labour…. Karl Marx affirme avec clarté la finalité de l’Internationale. Il bâtit un programme politique sans esprit d’exclusive, mais avec une position de classe, afin d’assurer l’avenir d’une association de masse qui se veut non sectaire. Âme politique du conseil général, il rédige quasiment toutes les principales résolutions et établit presque tous les rapports préparatoires des congrès. Inlassablement, comme le rappelle Johann Georg Eccarius, dirigeant ouvrier allemand, il sera « l’homme de la situation » [2]

[2]

Johann Georg Eccarius à Karl Marx, 12 octobre 1864, in….

 

La formation de l’Internationale

9Le déroulement chronologique de l’histoire de l’Internationale est complexe car les phases principales de son organisation ne recouvrent pas forcément les débats qui l’agitent [3]

[3]

Pour plus de précisions sur l’histoire politique de…. Côté organisation, les phases les plus importantes qu’elle traverse sont : 1. sa formation (1864-1866), de sa naissance au premier congrès de Genève en 1866 ; 2. son essor (1866-1870) ; 3. la poussée révolutionnaire et la répression qui suit la Commune de Paris (1871-1872) ; et 4. la scission et la crise (1872-1877). Côté affrontements politiques, les phases principales de son évolution se distinguent entre : 1. le débat initial entre les diverses composantes et l’élaboration de ses fondements théoriques (1864-1865) ; 2. la lutte pour l’hégémonie entre collectivistes et mutuellistes (1866-1869) ; et 3. l’affrontement entre « centralistes » et « autonomistes » (1870-1877).

 

10L’Angleterre est le premier pays où sont présentées des demandes d’adhésion à l’Internationale. En février 1865, ce sont celles des quatre mille membres de la Société ouvrière des maçons. Suivent peu après des groupes d’ouvriers du bâtiment et de cordonniers. Au cours de sa première année d’existence, le conseil général entame une vaste campagne de diffusion des principes politiques de l’Internationale qui contribue à élargir l’horizon de l’Association au-delà des questions purement économiques, comme le montre sa présence parmi les organisations qui participent à la Reform League, mouvement qui défend l’idée du suffrage universel né en février 1865.

 

11En France, l’Internationale commence à prendre forme en janvier 1865, date de la fondation à Paris de sa première section. L’influence idéologique exercée par l’Association est faible ; et les rapports de force limités, conjugués à un manque de détermination politique, empêchent la fondation d’une fédération nationale. Malgré ces limites, les Français constituent le deuxième groupe de l’Internationale lors de la première conférence de l’Association qui se tient à Londres. Elle se déroule du 25 au 29 septembre 1865, en présence de trente délégués venant d’Angleterre, de France, de Suisse et de Belgique et de quelques représentants d’Allemagne, de Pologne et d’Italie. Chacun apporte des nouvelles, surtout en matière d’organisation, sur les premiers pas de l’Internationale dans son pays. C’est lors de cette instance que sera convoqué, pour l’année suivante, le premier congrès général.

 

12Durant la période qui sépare ces deux assises, l’Internationale poursuit son essor en Europe. Elle commence à constituer ses premiers noyaux importants en Belgique et en Suisse romande. Par contre, les « lois prussiennes d’association » (Kombinazionsgesetze), qui interdisent aux groupes politiques allemands d’entretenir des relations structurées avec des organisations d’autres pays, ne permettent pas d’ouvrir des sections de l’Internationale dans ce qui était alors la Confédération germanique.

 

13Au cours de cette phase initiale, l’activité menée par le conseil général en Angleterre renforce considérablement l’Internationale. Soutenant les grèves du Syndicat des tailleurs de Londres, au printemps 1866, l’organisation participe, pour la première fois activement, à une lutte ouvrière. Suite à la victoire de la grève, cinq petites sociétés de tailleurs, d’environ cinq cents travailleurs chacune, décident d’adhérer à l’Internationale. L’issue positive d’autres conflits du travail attire différents petits syndicats, si bien qu’à l’ouverture du congrès, les organisations syndicales affiliées sont déjà au nombre de dix-sept, pour un total de plus de vingt-cinq mille adhérents.

 

14Du 3 au 8 septembre 1866, la ville de Genève accueille le premier congrès de l’Internationale. Soixante délégués sont venus d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de Suisse. L’Association se présente au rendez-vous avec un bilan très positif, après avoir accueilli sous sa bannière, deux ans à peine après sa fondation, plus de cent syndicats et petites organisations politiques. Les participants au congrès se divisent essentiellement en deux camps. Le premier, composé des délégués anglais, des rares Allemands présents et de la majorité des Suisses, suit les directives du conseil général rédigées par Karl Marx, absent à Genève. Le second, qui rassemble les Français et une partie des Suisses de langue française, est constitué par les mutuellistes.

 

15L’Internationale est alors une association où dominent les positions modérées. Les mutuellistes dirigés par Henri Tolain, de Paris, préfigurent en effet une société dans laquelle le travailleur serait à la fois producteur, capitaliste et consommateur. Ils mettent l’accent sur l’accès au crédit gratuit qui seul permettra de transformer la société, ils s’opposent au travail des femmes, le condamnant du point de vue moral et social, et s’élèvent contre toute ingérence de l’État dans le monde du travail (y compris la réduction légale de la journée de travail à huit heures), convaincus que celle-ci représente une menace pour le caractère privé des relations entre ouvriers et patrons, et un renforcement du système en vigueur.

 

16Malgré la consistance numérique des Français, les dirigeants du conseil général présents au congrès parviennent à isoler les mutuellistes et à gagner quelques avancées, à partir des délibérations préparées par Marx, sur l’importance du syndicat et de l’intervention de l’État [4]

[4]

Cf. document II, p. 35-40..

 

Grèves, essor de l’organisation et défaite des mutuellistes

17À partir de la fin de l’année 1866, les grèves s’intensifient dans beaucoup de pays d’Europe. Organisées par un grand nombre de travailleurs, elles leur font prendre conscience des conditions dans lesquelles ils sont obligés de vivre, et sont au cœur d’une nouvelle saison de luttes.

 

18Contrairement à la thèse soutenue par certains gouvernements de l’époque qui attribuent la responsabilité de l’agitation ouvrière à la propagande de l’Internationale, les ouvriers qui s’y engagent, dans leur grande majorité, ne connaissent même pas son existence. Ils protestent à cause des conditions de travail et de vie dramatiques qu’ils sont contraints de subir. Leur mobilisation les amène pour la première fois à rencontrer l’Internationale qui leur apporte une coordination, les soutient par des manifestes et des appels à la solidarité, organise des collectes d’argent pour venir en aide aux grévistes et propose des rencontres afin de faire barrage aux patrons qui tentent de saper leur résistance.

 

19C’est justement devant le rôle concret de l’Internationale que les travailleurs commencent à voir en elle un lieu de défense de leurs intérêts communs et à demander leur affiliation [5]

[5]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XI.. La première grande lutte gagnée grâce à son appui est celle des bronziers de Paris, dont la grève a duré de février à mars 1867. Victoire aussi pour les grèves des travailleurs du fer de Marchiennes, en février 1867, des ouvriers du bassin minier de Provence, d’avril 1867 à février 1868, de ceux des mines de charbon de Charleroi et des ouvriers du bâtiment de Genève, toutes deux au printemps 1868. Lors de toutes ces mobilisations, le scénario reste le même : l’Internationale organise des collectes en faveur des grévistes auprès des travailleurs des autres pays et se met d’accord avec eux pour qu’ils ne se rabaissent pas au rang de mercenaires en venant briser les grèves. Ces mobilisations contraignent les patrons à chercher un compromis et à accepter une bonne part des exigences des ouvriers. Suite au succès de ces luttes, des centaines de nouvelles adhésions affluent à l’Internationale dans les villes où se sont déroulées les grèves. « Ce n’était pas l’Internationale qui jeta les ouvriers dans la grève, mais la grève qui les jeta dans l’Internationale », déclare Eugène Dupont, membre du conseil général [6]

[6]

PI, II, p. 24..

 

20En dépit des complications dues à l’hétérogénéité des pays, des langues et des cultures politiques, l’Internationale parvient donc à réunir et à coordonner plusieurs organisations et de nombreux mouvements de lutte spontanés. Son plus grand mérite est de montrer la nécessité absolue de la solidarité de classe et de la coopération internationale, modifiant ainsi, irréversiblement, le caractère partiel des objectifs et des stratégies du mouvement ouvrier.

 

21À partir de 1867, forte des succès qu’elle a remportés, de l’augmentation du nombre de ses militants et de l’efficacité de son organisation, l’Internationale se développe sur tout le continent. C’est l’année où elle fait des progrès remarquables, surtout en France. Les adhésions se multiplient aussi en Belgique, sous l’effet des grèves, et en Suisse, où ligues ouvrières, coopératives et sociétés politiques adhèrent avec enthousiasme.

 

22Tel est le contexte qui précède son congrès en 1867. Il se tient de nouveau en Suisse, mais cette fois à Lausanne, du 2 au 8 septembre, en présence de soixante-quatre délégués provenant de six pays (cette fois il y a aussi des représentants de Belgique et d’Italie). Les mutuellistes sont très nombreux. Ils exigent d’inscrire à l’ordre du jour les thématiques proudhoniennes habituelles : mouvement coopératif et usage alternatif du crédit. Leur opposition à l’appropriation collective du sol reste intransigeante et une discussion plus approfondie sur la question est reportée au congrès suivant.

 

23Les mutuellistes constituent pendant quatre ans la partie la plus modérée de l’Internationale. Même s’ils ne partagent pas les positions anticapitalistes de Marx, les syndicalistes anglais ne sont pas un poids mort comme les disciples de Proudhon devant les choix politiques de l’organisation. En 1868, par exemple, quantité de sections de l’Internationale de tendance mutuelliste sont encore hostiles au recours à la grève.

 

24N’empêche que les disciples de Proudhon vont être marginalisés. Plus que par Marx, par les ouvriers eux-mêmes. La recrudescence des grèves, avant tout, va les convaincre qu’ils se trompent. Les luttes des prolétaires leur montrent que la grève est la réponse immédiate et nécessaire qui permet d’améliorer les conditions existantes, et dans la foulée, de renforcer la conscience de classe indispensable à la construction de la société nouvelle. Ce sont les femmes et les hommes en chair et en os qui, en arrêtant la production capitaliste pour réclamer des droits et la justice sociale, font bouger les rapports de force au sein de l’Internationale et, fait encore plus révélateur, au sein de la société. Ce sont les bronziers de Paris, les tisseurs de Rouen et de Lyon, les ouvriers du charbon de Saint-Étienne, qui avec une force supérieure à n’importe quelle discussion théorique, convainquent les dirigeant français de l’Internationale de la nécessité de l’appropriation collective du sol et de l’industrie. Bref, c’est le mouvement ouvrier qui fait la démonstration – en démenti à Proudhon – qu’il est impossible de séparer les questions économiques et sociales des questions politiques [7]

[7]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XIV..

 

25Le congrès de Bruxelles, du 6 au 13 septembre 1868, qui réunit quatre-vingt-dix-neuf délégués en provenance de France, d’Angleterre, de Suisse, d’Allemagne, d’Espagne et de Belgique (quelque cinquante-cinq représentants) sanctionne la baisse de l’influence des mutuellistes. La proposition de César De Paepe concernant l’appropriation collective des moyens de production reçoit un accueil très favorable. La résolution adoptée [8]

[8]

Cf. document 3, p. 41-45. constitue une avancée décisive pour la définition des bases économiques du socialisme. Le conseil général remporte une grande victoire et, pour la première fois, des principes socialistes figurent dans le programme politique d’une grande organisation du mouvement ouvrier.

 

26Si le congrès de Bruxelles a amorcé le tournant collectiviste de l’Internationale, le congrès de l’année suivante qui se tient à Bâle du 5 au 12 septembre, le porte à son terme. Il réunit soixante-dix-huit délégués de France, de Suisse, d’Allemagne, d’Angleterre et de Belgique, mais également, signe de l’essor de l’organisation, d’Espagne, d’Italie et d’Autriche, plus un représentant du Syndicat national du travail des États-Unis. Les résolutions sur la propriété foncière, présentées à Bruxelles l’année précédente, sont confirmées par cinquante-quatre voix pour, avec quatre voix contre, seulement, et treize abstentions. Les délégués français ont eux aussi adopté le nouveau texte, où il est dit que : « La société a le droit d’abolir la propriété individuelle du sol et de faire entrer le sol à la communauté » [9]

[9]

PI, II, p. 74..

 

27Le congrès de Bâle est intéressant à plus d’un titre. Il voit aussi la participation du délégué Mikhaïl Bakounine. Comme il n’a pas réussi à conquérir la direction de la Ligue de la paix et de la liberté, en septembre 1868, Bakounine a fondé à Genève l’Alliance internationale de la démocratie socialiste, organisation qui en décembre a présenté sa demande d’adhésion à l’Internationale. Après avoir finalement battu les mutuellistes et le spectre de Proudhon, Marx se trouve alors confronté à un rival encore plus coriace, un adversaire qui va former une nouvelle tendance – l’anarchisme collectiviste – au sein de l’organisation dont il entend bien partir à la conquête.

 

Le rayonnement en Europe et la Commune de Paris

28La période comprise entre la fin des années 1860 et le début des années 1870 est riche en conflits sociaux. Les nombreux travailleurs qui participent aux mouvements de protestation durant cette période sollicitent le soutien de l’Internationale, dont la renommée ne fait que grandir. Malgré la faiblesse de ses moyens et de ses ressources, le conseil général répond toujours aux instances qui lui parviennent en lançant, chaque fois, des appels à la solidarité qu’il adresse à toutes les sections d’Europe et en organisant la collecte de fonds.

 

29En 1869, l’Internationale connaît un essor considérable dans l’Europe entière. En France, après la féroce répression de 1868, l’Association renaît. À Paris, elle compte presque dix mille adhérents, dont la plupart ont adhéré à travers des sociétés coopératives, des chambres syndicales des métiers et des sociétés de résistance. Dans la ville de Lyon, où en septembre 1870, suite à une insurrection, une Commune populaire a été proclamée, puis réprimée dans le sang, selon les estimations les plus rigoureuses, il y aurait trois mille travailleurs inscrits. Le nombre d’adhérents sur le territoire national est estimé entre trente et quarante mille. Cette Internationale est très différente de celle fondée en 1865 par Tolain et Fribourg [10]

[10]

Cf. J. Rougerie, L’AIT et le mouvement ouvrier à Paris pendant…, dont les sections étaient en quelque sorte de simples « sociétés d’études » [11]

[11]

E. é. Fribourg, L’Association internationale des travailleurs,…. En 1870, l’Association en France s’est fixé une orientation, elle prône le conflit social et l’activité politique.

 

30En Belgique, la période qui suit le congrès de 1868 voit la naissance du syndicat, le succès des grèves et l’adhésion à l’Internationale d’une quantité de sociétés ouvrières. Le nombre d’adhésions est au plus haut, environ quelques dizaines de milliers, au début des années 1870, dépassant probablement le nombre atteint en France.

 

31Durant la même période, l’essor de l’Internationale se manifeste également en Suisse. En 1870, elle compte près de six mille militants (sur une population active d’environ sept cent mille personnes). Dans la ville de Genève, il y a trente-quatre sections, pour un total de deux mille adhérents, tandis que dans la région du Jura il y en a huit cents. La consolidation de la fédération du Jura (où est inscrit Bakounine) représente une étape importante dans la construction du courant anarcho-fédéraliste au sein de l’Internationale. Sa figure de proue est le tout jeune James Guillaume, qui joue un rôle essentiel dans l’affrontement avec Londres. Les idées de Bakounine commencent à se répandre dans de nombreuses villes, surtout dans le sud de l’Europe. Elles gagnent rapidement du terrain en Espagne.

 

32Dans la Confédération germanique du Nord, il en va tout autrement. Bien que le mouvement ouvrier compte déjà deux organisations politiques, l’Association générale des travailleurs allemands, de tendance lassallienne, et le Parti des travailleurs sociaux-démocrates d’Allemagne, d’orientation marxiste, l’enthousiasme envers l’Internationale reste tiède, et les demandes d’adhésion rares. Par crainte d’éventuelles poursuites de la part du gouvernement, durant les trois premières années d’activité de l’Internationale, les militants allemands semblent ignorer son existence. À partir de 1868, en concomitance avec sa renommée et les succès qu’elle commence à remporter dans tous les pays européens, leurs positions évoluent et les deux partis allemands, qui se font concurrence, cherchent à en représenter l’aile allemande. Toujours est-il que Johann Baptist von Schweitzer ne fera jamais adhérer son organisation à l’Internationale, tandis que Wilhelm Liebknecht se contentera d’entretenir, dira Engels, « un rapport purement platonique » [12]

[12]

Friedrich Engels a Theodor Cuno, 7-8 mai 1872, in Opere, XLIV,…, autrement dit un engagement concret et idéologique minimum.

 

33En compensation des résultats décevants en Allemagne, deux nouvelles sont bonnes. En mai 1869, plusieurs sections de l’Internationale sont fondées dans un nouveau pays, la Hollande, où l’organisation commence lentement à s’implanter à Amsterdam et dans la Frise. Un peu plus tard, elle renaît aussi en Italie, une nation où elle n’était présente auparavant que dans des noyaux épars et sans lien entre eux.

 

34Signalons le cas révélateur, tout du moins pour son caractère symbolique, de l’implantation de l’Internationale aux États-Unis. En effet, à partir de 1869, les premières sections sont créées à l’initiative de quelques immigrés. Cependant, l’organisation sera compromise dès sa naissance par deux limites qui ne seront jamais dépassées : elle ne saura pas rompre avec le caractère nationaliste des différents groupes qui y adhèrent [13]

[13]

Cf. Document 64, p. 215. et elle ne parviendra pas à impliquer les ouvriers autochtones.

 

35Dans ce contexte de rayonnement universel, en dépit des contradictions évidentes et des inégalités d’implantation dans les différents pays, l’Internationale s’apprête à tenir son cinquième congrès en 1870. La guerre franco-prussienne, qui a éclaté le 19 juillet, interrompt les préparatifs et l’Internationale se fixe une nouvelle priorité : aider le mouvement ouvrier à exprimer une position indépendante, loin de la rhétorique nationaliste de l’époque [14]

[14]

Cf. Documents 54 et 55, p. 190-195..

 

36Après la capture de Napoléon III vaincu à Sedan par les Prussiens, la Troisième République est proclamée le 4 septembre 1870. Un armistice est signé aux conditions fixées par Bismarck, permettant le déroulement des élections et la nomination d’Adolphe Thiers à la tête de l’exécutif, avec le soutien d’une vaste majorité légitimiste et orléaniste. La perspective d’un gouvernement aucunement soucieux de réformes sociales provoque le soulèvement des Parisiens qui chassent Thiers et donnent naissance, le 18 mars, de la Commune de Paris, l’événement politique le plus important de l’histoire du mouvement ouvrier au xixe siècle.

 

37Même si Marx prend sa défense avec ardeur et conviction dans La Guerre civile en France, l’Internationale ne pousse pas les Parisiens à l’insurrection et n’exerce aucune influence décisive sur la Commune. Mais à partir de ce moment-là, elle entre dans la tourmente. La violence qui s’abat sur la Commune et la brutalité de la répression mise en œuvre par tous les gouvernements européens n’empêchent pas l’Internationale de monter en puissance. Même au milieu des mensonges répandus par ses adversaires, le mot « Internationale » court sur toutes les lèvres. Pour les capitalistes et la classe bourgeoise, il est synonyme de menace pour l’ordre établi, mais pour les ouvrières et les ouvriers, il signifie l’espoir en un monde sans exploitation et sans injustices [15]

[15]

G. Haupt, L’internazionale socialista dalla Comune a Lenin,…. La confiance en l’avenir a grandi après la Commune. Elle a donné de la vitalité au mouvement ouvrier, elle l’a poussé à se radicaliser et à intensifier le militantisme. Paris a apporté la preuve que la révolution est possible, que l’objectif peut et doit être la construction d’une société radicalement différente de la société capitaliste, mais aussi que, pour atteindre cet objectif, les travailleurs doivent donner naissance à des formes d’associations politiques stables et bien organisées [16]

[16]

Ibid., p. 93-95..

 

La crise de l’Internationale

38Dans un contexte peu propice à la convocation d’un nouveau congrès, à presque deux ans de distance du dernier, le conseil général décide d’organiser une conférence à Londres. Elle se déroule du 17 au 23 septembre en présence de vingt-deux délégués d’Angleterre, d’Irlande, de Belgique, de Suisse et d’Espagne, plus les exilés français.

 

39La décision la plus importante prise à la conférence, et pour laquelle elle restera dans les mémoires, est l’adoption de la résolution sur « L’action politique de la classe ouvrière » (résolution IX). Le texte adopté à Londres déclare :

 

40– que […] le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ;

 

41– que […] la classe ouvrière ne peut agir comme classe qu’en se constituant elle-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ;

 

42– que cette constitution de la classe ouvrière en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême : l’abolition des classes [17]

[17]

Cf. document 74, p. 239..

 

43Si le congrès de Genève de 1866 a entériné l’importance du syndicat, la conférence de Londres en 1871 définit l’autre outil de lutte fondamental du mouvement ouvrier : le parti politique [18]

[18]

Soulignons qu’en ce temps-là, la notion de parti politique…. Marx est convaincu que les principales fédérations et sections locales approuveront les résolutions adoptées à Londres. Il va vite déchanter.

 

44Il sait que la fédération du Jura sera critique mais il est surpris, en 1872, par les signes d’impatience et de rébellion à l’encontre de sa ligne politique qui se manifestent un peu partout. Dans beaucoup de pays, les décisions prises à Londres sont considérées comme une grossière ingérence dans l’autonomie politique locale et, à ce titre, comme une imposition insupportable. La fédération belge, qui a tenté de jouer les médiateurs entre les parties durant la conférence, commence à prendre une position très critique vis-à-vis de Londres. Les Hollandais lui emboîtent le pas et prennent eux aussi leurs distances. Dans le sud de l’Europe, les réactions sont encore plus virulentes et l’opposition recueille rapidement d’importants renforts.

 

45Le conseil général est contesté sur plusieurs fronts et les attaques ont parfois un caractère purement personnel. Il se forme ainsi une étrange alchimie qui rend la direction de l’Association encore plus problématique. L’adversaire principal du tournant amorcé avec la résolution IX est un milieu qui n’est pas encore prêt à accepter le saut de qualité proposé par Marx. L’autonomie des différentes composantes de l’Internationale est un principe intouchable. Tous le défendent, pas seulement le groupe lié à Bakounine, mais la plupart des fédérations et des sections locales. Marx commet là une erreur d’analyse qui va accélérer la crise de l’Internationale [19]

[19]

J. Freymond, M. Molnár, The Rise and Fall of the First….

 

46La bataille finale est livrée à la fin de l’été 1872. Après les troubles qui, pendant trois ans, ont bouleversé le cours de son histoire – la guerre franco-prussienne, la violente vague de répression qui a suivi la Commune de Paris et les nombreux affrontements internes –, l’Internationale peut enfin retrouver le chemin du congrès. Son cinquième congrès général se tient à La Haye, du 2 au 7 septembre. Il compte soixante-cinq délégués représentant quelque quatorze pays (France, Allemagne, Belgique, Angleterre, Espagne, Suisse, Hollande, Empire austro-hongrois, Danemark, Irlande, Pologne, Portugal et Australie). Même si les internationalistes italiens n’ont pas envoyé leur sept délégués par mesure de protestation contre les décisions prises l’année précédente à Londres, le congrès de 1872 est indubitablement l’instance la plus représentative de l’histoire de l’Internationale. Étant donné son importance, Marx décide de s’y rendre [20]

[20]

Le congrès de La Haye est le seul congrès de l’Internationale….

 

47La décision la plus importante prise à La Haye est l’introduction de la résolution IX de la conférence de Londres dans les statuts de l’Association. La lutte politique a été enfin admise au titre d’outil nécessaire à la transformation de la société : « puisque les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leur monopole économique […] et asservir le travail ???, la conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière » [21]

[21]

Cf. document 65, p. 268.. En 1872, l’Internationale est donc très différente de ce qu’elle était à sa fondation. Ses composantes démocratiques et radicales ont abandonné l’organisation après avoir été mises à l’écart. Les mutuellistes ont été défaits et leurs forces réduites à peau de chagrin. Les réformistes ont cessé d’en représenter la partie la plus consistante (sauf en Angleterre) et l’anticapitalisme est devenu la ligne politique que partage l’Internationale dans son ensemble, même les nouvelles tendances, comme celle anarcho-collectiviste, qui se sont formées ces dernières années. Même si, durant l’existence de l’Internationale, l’Europe a connu une phase de grande prospérité économique, les ouvriers comprennent de plus en plus que leur état ne changera vraiment qu’avec la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et pas par des revendications économiques qui ne leur proposent que des palliatifs dérisoires.

 

48D’ailleurs, le contexte a radicalement changé même à l’extérieur de l’organisation. L’unification de l’Allemagne en 1871 a marqué le début d’une ère nouvelle où l’État-nation s’est définitivement affirmé comme une forme d’identité politique, juridique et territoriale. Le nouveau contexte rend peu plausible la continuité d’une organisation supranationale à laquelle les organisations des différents pays, même si elles bénéficient de leur autonomie, doivent céder une part importante de la direction politique.

 

49La configuration initiale de l’Internationale est dépassée et la mission qu’elle s’est fixée au départ est terminée. Il ne s’agit plus de préparer et de coordonner des initiatives de solidarité à l’échelle européenne en soutien aux grévistes, ni d’organiser des congrès pour discuter de l’utilité des organisations syndicales ou de la nécessité de collectiviser la terre et les moyens de production. Ces sujets sont désormais le patrimoine commun de toutes les composantes de l’Association. Après la Commune de Paris, le vrai défi pour le mouvement ouvrier est la révolution, autrement dit comment s’organiser pour mettre fin au mode de production capitaliste et renverser les institutions du monde bourgeois.

 

50Durant le congrès de La Haye, différents votes se succèdent en donnant lieu à d’âpres polémiques. La décision est prise d’exclure Bakounine et Guillaume et de transférer le siège du conseil général à New York. Ils sont nombreux à voter contre cette motion, même au sein de la majorité, conscients qu’une telle décision, qui frappe le cœur même de sa structure, sonne le glas de l’Internationale. Pour Karl Marx, toutefois, il vaut mieux renoncer à l’Internationale (à partir de ce moment-là, il ne fera plus partie du conseil général) que la voir finir entre les mains de ses adversaires et assister à sa mutation en une organisation sectaire. La mort de l’Internationale est de loin préférable à la perspective d’une lente et dispendieuse tragédie de luttes fratricides. Toutefois, la thèse, défendue par de nombreux chercheurs [22]

[22]

Pour une analyse critique de cette position, se reporter à M.…, selon laquelle le déclin de l’Internationale serait dû au conflit entre ses deux courants principaux ou, encore plus invraisemblablement, entre deux hommes, même de la stature de Marx et de Bakounine, ne semble pas convaincante. Il faut en chercher les raisons ailleurs. Ce sont les grands changements intervenus à l’extérieur qui ont rendu l’Internationale obsolète. La croissance et la transformation des organisations du mouvement ouvrier, le renforcement des États-nations, l’essor de l’Internationale dans des pays comme l’Espagne et l’Italie, marqués par des conditions économiques et sociales profondément différentes de celles de la France et de l’Angleterre, où l’Association est née, le tournant modéré définitivement pris par le syndicalisme anglais et la répression suite à la chute de la Commune ont, de façon concomitante, rendu la configuration initiale de l’Internationale inappropriée aux conditions historiques qui ont changé.

 

Après Marx, l’Internationale se scinde en deux groupes

51En 1872, l’Internationale née en 1864 a cessé d’exister. La grande organisation qui, pendant huit ans, a soutenu avec succès quantité de grèves et de luttes, qui s’est dotée d’un programme théorique anticapitaliste et d’une implantation dans tous les pays européens, implose après les assises de La Haye. Malgré l’abandon de Marx, son histoire continue. Elle implose en se scindant en deux groupes aux forces très réduites et dépourvues de la créativité et de l’ambition politique des origines. Le premier rassemble les « centralistes », à savoir la majorité des congressistes de La Haye favorables à une organisation dirigée politiquement par un conseil général ; le second rassemble les « autonomistes », la minorité qui reconnaît aux sections une autonomie décisionnelle absolue.

 

52Le congrès général des « centralistes » se déroule dans la même ville qui a accueilli les premières assises de l’Internationale, Genève. Sur les trente délégués, il y a vingt-huit hommes et, pour la première fois, deux femmes. Cependant, quinze viennent de la ville même et la participation des représentants des sections des autres pays se résume à un Allemand, un Belge et un Autrichien. Ayant senti le climat de démobilisation, le conseil général à New York décide de ne pas envoyer de représentant. De fait, c’est la fin de l’Internationale centraliste. L’organisation est officiellement dissoute le 15 juillet 1876 par dix délégués réunis à Philadelphie, avant de se rendre au congrès fondateur du Parti des travailleurs des États-Unis.

 

53Alors que l’organisation « centraliste », qui restera implantée dans une poignée de pays, aura la vie courte et ne donnera naissance à aucune élaboration théorique, les autonomistes, en revanche, continueront encore pendant quelques années à être actifs et bien organisés. Au congrès de Saint-Imier, convoqué aussitôt après celui de l’Internationale par la fédération du Jura, auquel participent Suisses, Italiens, Espagnols et Français, il est décidé que : « Nul n’a le droit de priver les fédérations et sections autonomes du droit incontestable de déterminer elles-mêmes et suivre la ligne de conduite politique qu’elles croiront la meilleure » [23]

[23]

Cf. document 78, p. 247.. Cette déclaration rassemble dans un large front tous les opposants à Marx qui proposent un « pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle » [24]

[24]

M. Bakounine, J. Guillaume, Risoluzioni del congresso… entre toutes les fédérations qui partagent l’option de l’autonomie fédéraliste au sein de l’Internationale.

 

54La terre de prédilection des autonomistes est l’Espagne. Les persécutions infligées par le président du Conseil, Práxedes Mateo Sagasta, n’ont pas freiné le développement de l’Internationale dans la péninsule ibérique. Le congrès fédéral qui se tient à Cordoue, de décembre 1872 à janvier 1873 dresse le portrait d’une organisation en plein essor. À partir de fin 1872, les autonomistes font des adeptes dans de nouveaux pays. En décembre, la fédération belge déclare nulles et non avenues les résolutions adoptées par l’Internationale, refuse de reconnaître le conseil général de New York et signe le pacte de Saint-Imier. En janvier 1873, plusieurs Anglais adhérent aussi, suivis le mois d’après par la fédération hollandaise.

 

55Toutefois, même si les autonomistes qui ont conservé des contacts en France, en Autriche et aux États-Unis forment désormais la majorité d’une Internationale rénovée, la coalition à laquelle ils donnent naissance est un conglomérat confus de doctrines hétéroclites. Il y a dans cette alliance fallacieuse : les anarchistes collectivistes suisses emmenés par Guillaume (Bakounine s’est retiré en 1873 et mourra en 1876) ; la fédération belge dirigée par De Paepe, qui va devenir un adepte d’un type de socialisme dans lequel l’État populaire devrait avoir plus de pouvoirs et de compétences, à commencer par la gestion de tous les services publics ; les Italiens qui se radicalisent de plus en plus jusqu’à épouser des thèses insurrectionnelles (« la propagande par le fait ») vouées à l’échec ; et les Anglais, favorables non seulement à la participation aux élections mais aussi à l’alliance avec les forces bourgeoises les plus progressistes. En 1874, ils prennent même contact avec les lassalliens de l’Association générale des travailleurs allemands.

 

56Les autonomistes organisent différents congrès. Le « premier » – qu’eux appellent le sixième puisqu’ils se considèrent comme les dignes successeurs de l’organisation – se déroule à Genève. Les trente-deux délégués (venant de Belgique, d’Espagne, de France, d’Italie, d’Angleterre, de Hollande et de Suisse) se réunissent du 1er au 6 septembre 1873 et déclarent que leurs assises inaugurent « une nouvelle ère de l’Internationale » [25]

[25]

PI, IV, p. 5.. D’un vote unanime, ils abolissent le conseil général et, pour la première fois dans une assemblée de l’Internationale, débattent de l’anarchie. De plus, l’argumentaire théorique et politique des internationalistes s’enrichit d’une nouvelle idée : le recours à la grève générale pour réaliser la révolution sociale. Voilà ébauchées les grandes lignes de l’anarchosyndicalisme.

 

57Au congrès suivant, à Bruxelles, du 7 au 13 septembre 1874, participent seize délégués, dont un d’Angleterre, un d’Espagne et le restant de Belgique. L’Internationale est devenue un lieu de débat abstrait, où un nombre de plus en plus réduit de dirigeants ouvriers – et peu représentatifs – délaisse les questions liées aux conditions matérielles de travailleurs et aux actions à mener pour les changer. Le débat de 1874 porte sur le choix entre anarchie et État populaire. Là encore, aucune décision collective n’est prise et, à la fin du congrès, les délégués décident à l’unanimité qu’il appartient « à chaque fédération et parti démocratique socialiste de chaque pays de déterminer la ligne de conduite politique qu’il entend poursuivre » [26]

[26]

Ibid., p. 350..

 

58Lors du huitième congrès, à Berne, du 26 au 30 octobre 1876, la discussion se poursuit sur la même ligne que lors de l’assemblée précédente, en présence de vingt-huit délégués (dix-neuf Suisses, plus quelques Italiens, Espagnols, Français et De Paepe pour la Belgique et la Hollande). La preuve est faite que les idées soutenues par De Paepe et les théories de Guillaume sont inconciliables.

 

59Le dernier congrès de l’Internationale est convoqué à Verviers, du 6 au 8 septembre 1877. Sont présents vingt-deux délégués, représentant la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la France, l’Allemagne et la Suisse. Ils appartiennent tous à la même tendance anarchiste. Tous les autres courants se réunissent à Gand, à l’occasion du congrès socialiste universel, la plus grande assemblée tenue jusqu’alors d’organisations du mouvement ouvrier. Même l’Internationale autonomiste, qui n’avait maintenu une solide implantation qu’en Espagne, est arrivée en fin de cycle. Elle est dépassée par la prise de conscience, qui s’est diffusée dans presque tout le mouvement ouvrier européen, de l’importance qu’il y a à participer à la lutte politique à travers les partis. Le fin de l’expérience autonomiste signe le déclin des relations entre communistes et anarchistes dont les routes, depuis lors, se séparent définitivement.

 

La nouvelle Internationale

60Dans les décennies suivantes, le mouvement ouvrier adoptera un programme socialiste, se développera d’abord en Europe puis aux quatre coins de la planète et se dotera de nouvelles structures de coordination supranationales. Chacune, non seulement en reprendra le nom (par exemple, la Deuxième Internationale de 1889-1916 ou la Troisième Internationale de 1919-1943), mais se réclamera des principes et des enseignements de la « Première » Internationale. Son message révolutionnaire se révélera ainsi d’une extraordinaire fécondité, engrangeant au fil du temps des résultats encore plus importants que ceux qu’elle avait obtenus au cours de son existence.

 

61L’Internationale a imprégné dans la conscience des prolétaires la conviction que la libération du travail du joug du capital ne pouvait être limitée aux frontières d’un seul pays, mais que c’était au contraire une question qui les concernait tous. Pareillement, grâce à l’Internationale, les ouvriers ont compris que leur émancipation ne pouvait être conquise que par eux-mêmes, par leur capacité à s’organiser, et qu’elle ne pouvait être déléguée à d’autres. Enfin, l’Internationale a répandu parmi les travailleurs la prise de conscience que leur esclavage n’allait cesser qu’avec le dépassement du mode de production capitaliste et du travail salarié, puisque les améliorations au sein du système en vigueur, qu’il fallait tout de même poursuivre, n’allaient pas changer leur dépendance économique des oligarchies patronales.

 

62Un abîme sépare l’espérance de ce temps-là et la méfiance qui règne aujourd’hui, la détermination antisystémique de ces luttes et la subordination idéologique actuelle, la solidarité construite par ce mouvement ouvrier et l’individualisme contemporain provoqué par les privatisations et la concurrence du marché, la passion pour la politique des travailleurs qui se sont réunis à Londres en 1864 et la résignation et l’apathie qui maintenant règnent en maîtres.

 

63Et pourtant, à une époque où le monde du travail est de nouveau contraint de subir des conditions d’exploitation semblables à celles du xixe siècle, le projet de l’Internationale acquiert une pertinence extraordinaire. Derrière chaque injustice sociale, dans chaque lieu où les droits des travailleuses et des travailleurs sont foulés au pied, la nouvelle Internationale germe dans les esprits.

 

64La barbarie de « l’ordre mondial » en vigueur, les désastres écologiques provoqués par le mode de production actuel, l’inacceptable fossé entre la richesse d’une minorité d’exploiteurs et l’état d’indigence de couches de plus en plus grandes de la population, l’oppression sexuelle, les nouveaux vents de guerre, de racisme et de chauvinisme, imposent au mouvement ouvrier d’aujourd’hui de se réorganiser, avec urgence, à partir de deux caractéristiques de l’Internationale : la collégialité de sa structure et la radicalité des objectifs à atteindre. Les résolutions de l’organisation née à Londres il y a cent cinquante ans sont aujourd’hui plus pertinentes que jamais. Mais, pour être à la hauteur des défis actuels, la nouvelle Internationale ne pourra se soustraire à deux exigences fondamentales : elle devra être plurielle et anticapitaliste.

 

Notes

[1]

Cf. H. Collins et C. Abramsky, Karl Marx and the British Labour Movement, London : MacMillan, 1965, p. 34.

[2]

Johann Georg Eccarius à Karl Marx, 12 octobre 1864, in Marx-Engels-Gesamtausgabe, vol. III/13, Akademie, Berlin 2002, p. 11.

[3]

Pour plus de précisions sur l’histoire politique de l’Internationale, lire Musto, M., L’Internazionale, Roma-Bari : Laterza (à paraître en 2015).

[4]

Cf. document II, p. 35-40.

[5]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XI.

[6]

PI, II, p. 24.

[7]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XIV.

[8]

Cf. document 3, p. 41-45.

[9]

PI, II, p. 74.

[10]

Cf. J. Rougerie, L’AIT et le mouvement ouvrier à Paris pendant les événements de 1870-1871, in « International Review of Social History », XVII, 1972, 1 ; p. 11-12.

[11]

E. é. Fribourg, L’Association internationale des travailleurs, Paris 1871, p. 26.

[12]

Friedrich Engels a Theodor Cuno, 7-8 mai 1872, in Opere, XLIV, Roma : Editori Riuniti, 1990, p. 468.

[13]

Cf. Document 64, p. 215.

[14]

Cf. Documents 54 et 55, p. 190-195.

[15]

G. Haupt, L’internazionale socialista dalla Comune a Lenin, Torino : Einaudi, 1978, p. 78.

[16]

Ibid., p. 93-95.

[17]

Cf. document 74, p. 239.

[18]

Soulignons qu’en ce temps-là, la notion de parti politique avait un sens beaucoup plus large que celui communément admis au xxe siècle et que la conception qu’en avait Marx fut radicalement différente de celle qui allait s’imposer, après la révolution d’Octobre, dans de nombreuses organisations communistes.

[19]

J. Freymond, M. Molnár, The Rise and Fall of the First International, in The Revolutionary Internationals, 1864-1943, sous la direction de M. M. Drachkovitch, Stanford : Stanford University Press, 1966, p. 27-28.

[20]

Le congrès de La Haye est le seul congrès de l’Internationale auquel il a participé accompagné par Engels.

[21]

Cf. document 65, p. 268.

[22]

Pour une analyse critique de cette position, se reporter à M. Moliár, Quelques remarques à propos de la crise de l’Internationale en 1872, in La Première Internationale. L’institution, l’implantation, le rayonnement, actes du Colloque international sur la Première Internationale (Paris, 16 au 18 novembre 1964), CNRS, Paris, 1968, p. 439.

[23]

Cf. document 78, p. 247.

[24]

M. Bakounine, J. Guillaume, Risoluzioni del congresso antiautoritario internazionale svoltosi a Saint-Imier, in G. M. Bravo, La Prima Internazionale, II, Roma : Editori Riuniti, 1978, p. 841.

[25]

PI, IV, p. 5.

[26]

Ibid., p. 350.

 

la commune 1871

8 mars 2021

ELOI MACHORO 09 03 21 6/6

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 14 h 05 min

autocollant 1

 

RETROUVEZ ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS SUR

http://mixcloud.com/skuale/

ou

http://mixcloud.com/radiolibertaire/

images

 

 

Dernier volet consacré à ELOI MACHORO syndicaliste, militant indépendantiste et député, assassiné par les forces répressives coloniales de l’état farnçais. Ce 12 janvier 1985 fut un triste jour quand Eloi et son compagnon de lutte Marcel Nonnaro furent exécuté par les gendarmes mobiles et le  tireur d’élite jean pierre Picon qui fut d’ailleurs exfiltré juste après son forfait. Pour lui en bon petit soldat il n’a aucun regret, il n’a fait qu’éxécuter un ordre. mais pour le peuple Kanak cela sera une grande perte. Je remercie Benoit Godin de nous avoir permis de diffusé les 6 episodes sur la vie d’Eloi Machoro par ceux qui l’on cotoyé. vous pouvez retrouver le souncloud du documentaire sonore sur: 

 

https://soundcloud.com/lampetempete/

 

 

Je vous propose d’ailleurs de lire le document de René Guiart dans le journal de la Société des océanistes. il est le fils de Jean Guiart qui s’exprima lors de la venue de Charles Pasqua en NC en 1985 dont vous trouverez  le texte dans le lien suivant.

fichier pdf i1984_1985_0224 

il est le frère d’Armand Guiart qui fut enlevé et séquestré par des caldoches ci-après l’article du monde de 1984

  

La « libération » du fils de l’ethnologue Jean Guiart « La route est libre »

Après la polémique lancée à l’Assemblée nationale puis au Sénat par le RPR contre le gouvernement, qui serait coupable de  » trahison « , M. Debré, qui a cosigné avec cinq autres anciens premiers ministres et l’ancien chef de l’État une déclaration dénonçant l’action de la France en Nouvelle-Calédonie, persiste et signe : il envisage bien de traduire le président de la République en Haute Cour de justice !De son côté, M. Dick Ukéiwé, président du gouvernement local, a déclaré, dimanche à Paris, que « la seule solution pour s’en sortir, c’est simplement de continuer à appliquer intégralement les lois de la République sans tenir compte de la peau et de la race ». Le président du gouvernement territorial, sur Radio-Monte-Carlo, a accusé René Guiart – fils de l’ethnologue Jean Guiart et frère d’Armand, retenu trois jours en otage avec sa compagne par les anti-indépendantistes à Bourail – d’être un des principaux cerveaux « de route cette opération en Nouvelle-Calédonie ». René Guiart, a dit M. Ukéiwé, « a poussé mes compatriotes à commettre des actes qui étaient jusqu’ici inconnus par les Calédoniens. Nous avons plusieurs fois alerté les pouvoirs publics pour que René Guiart soit arrêté « . Cinq habitants de Bourail ont été inculpés lundi de séquestration et d’arrestation illégale pour l’enlèvement de M. Armand Guiart.Enfin, à Nouméa, où il séjourne quelques jours, M. Gaston Flosse, président (RPR) du gouvernement en Polynésie française, estime qu’une éventuelle indépendance de la Nouvelle-Calédonie n’aurait pas d’effet de contagion sur la Polynésie, en raison de la présence sur ce territoire d’outre-mer du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). M. Flosse à toutefois estimé que la Polynésie devait accéder à une autonomie encore plus large. « Ce que nous souhaiterions, a-t-il dit, C’est un statut semblable à celui dont disposent les îles Cook vis-à-vis de la Nouvelle-Zélande, celle-ci ne conservant comme seules compétences que celles relatives…

Par DANIEL SCHNEIDERMANN.

Nouméa. – Ce fut un bien curieux week-end où on laissa Bourail, la seconde ville blanche du territoire, s’ériger presque en zone franche. Tout à la préparation de son réveillon, Nouméa ne répondait plus. Bourail était une île, avec ses barrages aux allures de kermesse, et ses deux kidnappés qui lui brûlaient les mains. On s’en passait la garde de l’un à l’autre, comme le valet de pique au jeu du pouilleux.

On n’a pas idée de venir en vacances en Calédonie en pleine insurrection quand on s’appelle Guiart Pour tout ce qui porte la peau blanche dans l’île et circule sous un chapeau de cow-boy, le nom est synonyme d’antéchrist. M. Jean Guiart, ethnologue féru de civilisation mélanésienne, et son fils René, très actif dans les mouvements de revendication de terres de la région de Koné (dans le Nord), se partagent équitablement la haine des caldoches. On imagine le frisson de joie des « stockmen », de Bourail quand on leur annonça l’arrivée au barrage d’une proie de choix : M. Armand Guiart, frère de René, fils de Jean, en villégiature dans l’île avec sa compagne, Mme Charlotte de Damas.

Dès que se présente le couple, il est scrupuleusement fouillé, copieusement insulté et prestement emmené vers un lieu mystérieux de détention. Et là, les ennuis commencent. Que faire de cet encombrant trésor ? On se creuse la tête pour imaginer une rançon à la mesure des otages. On commence par réclamer que René Guiart vienne se livrer en lieu et place de son frère. Puis les Pieds nickelés de Bourail appellent « un copain » à Nouméa, qui donne une brillante idée : exiger le départ en métropole de René.

Mais la négociation ne manque pas seulement de revendications : elle manque aussi de négociateur. Les « cerveaux » du rapt refusent obstinément d’entrer en contact avec les gendarmes. Quant à ces derniers, ils cherchent, bien sûr. Mais sans doute à reculons.

Dès vendredi matin, tout Bourail se murmurait le secret. Les commerçants le chuchotaient aux gendarmes mobiles venus s’approvisionner. On convoquait en douce les journalistes. Mlle Charlotte de Damas, emmenée par ses ravisseurs en visite guidée des fermes alentour, passait et repassait les barrages de gendarmerie. Et ce n’est que samedi soir que les gendarmes de Bourail avertiront enfin le Haut Commissariat de la présence probable des jeunes gens.

kanak

Journal de la Société des océanistes

Témoignage : la vie et la mort d’Éloi Machoro

René Guiart

Citer ce document / Cite this document :

Guiart René. Témoignage : la vie et la mort d’Éloi Machoro. In: Journal de la Société des océanistes, 92-93, 1991-1-2. pp. 129-

139;

https://doi.org/10.3406/jso.1991.2905

https://www.persee.fr/doc/jso_0300-953x_1991_num_92_1_2905

Fichier pdf généré le 04/05/2018

La vie et la mort d’un héros kanak : Eloi Machoro

par René GUIART

Ce texte est extrait d’un long manuscrit de René Guiart, décrivant et analysant la prise de conscience

et les actions qui ont mobilisé la jeune génération canaque au cours des dernières années, actions

auxquelles il a participé au tout premier plan. René Guiart, ayant rejoint le camp du peuple de sa mère, Joséphine Pawe Soaat, isola i Wahnyamala, constamment vitupéré, dénoncé, sinon condamné à mort par l’extrême-droite coloniale, témoigne des événements et les commente à chaud, mettant en évidence les contradictions quotidiennes d’un mouvement de décolonisation qui est loin d’avoir encore gagné la partie. L’évolution des choses a cependant rarement pris en faute l’auteur par manque de lucidité. L’amitié personnelle qui le liait à Eloi Machoro, dont il a été le compagnon de lutte, lui permet de décrire les derniers jours et les données de la réflexion du héros canaque

allant vers un destin au sens eschylien du mot. Les notes explicatives sont de Jean Guiart. (J.G.)

Au réveil ‘ j’apprends qu’Eloi Machoro 2 avait passé les barrages 3, venant de Poindimié par la

transversale4. L’après-midi il serait sur Oundjo et s’arrêterait le soir pour nous voir. Il était en

compagnie d’André Gopéa, du Maire de Poya 5, et de ses gardes du corps. En tout trois voitures. Les

camarades étaient armés jusqu’aux dents. Nos deux Ministres6 avaient tout à craindre d’une embuscade. Eloi était la bête noire de l’extrême-droite locale…

Sans tirer un seul coup de feu, il avait désarmé la totalité des européens de Thio. Les grandes gueules

aux formules : « Nous y sommes, nous y restons ! », étaient devenus intelligents et avaient rendu les armes.

Il avait ainsi réalisé ce qu’aucun gouvernement n’avait osé. Nous tous, à côté, nous n’étions que de

pâles reflets. La lutte pour la libération de Kanaky 7 avait trouvé son véritable dirigeant. Son ombre

couvrait le pays. Malheureusement, cela ne plaisait pas à tout le monde.

Eloi Machoro n’avait pas particulièrement aqpprécié l’ordre de lever les barrages donné8 par le

Bureau politique du FLNKS. Au point de menacer Yeiwene Yeiwene, venu en hélicoptère de la

Gendarmerie imposer le respect de la décision prise. L’entretien faillit mal tourner pour Yeiwene, prié de ne plus remettre les pieds à Thio. Eloi savait que nous n’avions pas assez d’atouts en mains pour obtenir de la part de la France des garanties qui puissent être stables. Ce que nous avions obtenu pouvait très bien être retourné par la droite, habile dans l’art et la manière d’effacer ces acquis.

Elle n’aurait nulle difficulté. Il suffisait de provoquer le maintien d’une situation critique jusqu’aux

prochaines élections de mars 1985.

1. Mardi 18 décembre 1984.

2. Né à Nakety, dans la Commune de Canala, au sud-est de la Nouvelle-Calédonie, formé au Petit Séminaire à

Canala, puis au Grand Séminaire de Païta, par la suite maître dans l’Enseignement Catholique avant d’entrer dans la

vie politique : Conseiller Territorial Union Calédonienne, puis Secrétaire Général de ce Parti à la suite de l’assassinat de son prédécesseur Pierre Declercq.

3. Les barrages européens à Bourail, Koné et Koumac.

4. La route transversale Tiwaka-Koné, entièrement bordée de villages mélanésiens et traversant l’île d’est en ouest.

5. Arrêté depuis et maintenu en prison sans raisons. La sœur d’Eloi, Françoise Machoro a été, elle aussi, jetée dans ce véritable cul-de-basse-fosse qu’est la prison, archaïque au possible, du Camp Est à Nouméa, et condamnée à plus

d’un an de prison, alors que l’instruction pour l’assassinat de son frère piétinait et que les assassins des frères de Jean-Marie Tjibaou ont fait l’objet d’un non-lieu…

6. Ministres de la Sécurité et de l’Intérieur du Gouvernement Provisoire de Kanaky, proclamé le 20 novembre 1984.

7. Kanaky, de Kanak, francisation de kanaka, homme, terme de la langue hawaïenne passé dans le « pidgin english » usité sur les navires baleiniers et dans les mouillages fréquentés par ces derniers. Le terme « kanak », avec cette orthographe, utilisé officiellement au milieu du siècle dernier, s’était transformé en « canaque » en même temps que l’usage de la lettre k devenait moins fréquent de par la consonance « boche » qu’on lui trouvait, bien à tort. Comme les indépendantistes camerounais revendiquant le « Kamerun », les indépendantistes mélanésiens s’appliqueront à eux mêmes la désignation de Kanaks, un moment refusée à force de s’entendre dire pendant un siècle : « sales canaques ! », forme française du « bloody kanakas ! » anglo-saxon.

8. À la demande du Haut Commissaire Edgard Pisani, Délégué Général du Gouvernement, se présentant comme offrant une ouverture vers l’indépendance sous condition que revienne le calme.

130 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Les socialistes avouaient eux-mêmes qu’ils avaient toutes les chances de perdre les élections

législatives. Chantant partout qu’une situation irréversible avait été créée, Jean-Marie Tjibaou9 induisait en fait ses gens en erreur. En face, la droite s’organisait pour résister et reprendre l’initiative.

Nous démobiliser maintenant revenait à neutraliser à court terme les effets bénéfiques du 18 novembre 1984.

Il était évident que tant que les Caldoches 10 se sentiraient les plus forts, ils feraient capoter tout projet susceptible de leur faire perdre une miette de ce pouvoir, source de profits juteux. Leur force leur venait de leur armement, de la puissance née de leur argent, de leur emprise totale sur Nouméa où étaient concentrées toutes les structures du pouvoir économique et politique. Jamais ils ne lâcheraient le morceau avec tous ces atouts en mains.

En face, nous n’avions que notre volonté et la confiance erronée de nos leaders dans les moyens de la politique politicienne.

À l’opposé, Machoro avait une conscience aiguë de ces différents paramètres. Il savait qu’à moins

d’infliger une défaite retentissante à ses adversaires, rien de stable pour le peuple kanak ne pourrait

jamais être mis en place. Seul un choc tétanique pouvait réveiller les Caldoches de leur rêve de

puissance et de gloire. Sinon il n’y aurait pas moyen de vivre. L’esprit, non pas tant revanchard que

raciste, des Européens locaux, leur ferait employer tous les moyens pour effacer la réalité kanak de la carte.

L’appui provisoire de l’actuel Gouvernement11, appui d’ailleurs limité, était l’arbre cachant la forêt.

Le FLNKS bâtirait sur du vide des structures de pouvoir dont la seule réalité serait liée à la volonté

du futur Gouvernement Chirac. C’est-à-dire rien ! Négocier avec un Gouvernement à l’agonie était

aberrant. Les seules garanties à en attendre étaient proportionnelles à sa longévité. Dans quelques

mois, le Gouvernement de droite allait être notre seul interlocuteur. Il serait alors indispensable, en

face de lui, de se trouver en position de force. Si cette condition n’était pas remplie, d’une façon ou

d’une autre, nous finirions par être balayés. Il ne fallait pas s’attendre à des cadeaux. La droite ferait

tout son possible pour nous empêcher d’exister, pour réduire le peuple kanak à n’être qu’une

minorité sans importance. Pour ne pas en arriver là, il fallait lutter maintenant, continuer à pousser

nos pions, prendre le contrôle de tout l’intérieur à l’exemple de Thio. Partout l’ordre FLNKS devait régner.

Voilà le discours que tenait Eloi, là où il passait. Il faisait souffler le vent de la révolte contre le

Gouvernement Provisoire de Kanaky, contre la stratégie tortueuse d’Edgard Pisani. Son but : refaire

Ailleurs ce qui avait été fait à Thio, faire de la NouvelleCalédonie le pays de Kanaky. Saisir l’occasion

Pour forcer le destin en mobilisant le peuple pour un dernier effort, afin de l’amener à l’indépendance.

C’était là l’espérance et la foi d’Eloi Machoro.

En tout cas, lui ne renoncerait pas, il irait jusqu’au bout. Il venait nous dire de lutter avec lui, jusqu’à la victoire finale ou jusqu’à la mort s’il le fallait. Le discours était prenant. Il décrivait son expérience de Thio. Tous, nous écoutions en silence et respect celui qui parlait. Son analyse semblait logique.

Tous étaient d’accord avec lui. Il allait conquérir la Nouvelle-Calédonie… lui, mais pas eux et c’était là le hic !

Il se retrouvait en face de la force d’inertie de beaucoup de militants, de leur absence de formation politique, de leur manque de pratique du terrain.

S’il était Secrétaire Général de l’Union Calédonienne 12, ceux qui avaient donné les ordres étaient

les représentants officiels du FLNKS. Qu’ils aient raison ou tort, pour tous, leurs directives devaient

être respectées dans leur sens profond, ce qui signifiait : plus d’actions. Eloi Machoro se retrouvait

seul, face à sa parole, face à sa seule volonté. Nous étions très peu à pouvoir le suivre, surtout si cela

devait être un baroud d’honneur. Trop de facteurs jouaient contre lui, qui auraient pu être sa chance.

On pouvait imaginer que leur conjugaison puisse provoquer une neutralisation réciproque. Machoro

pourrait-il forcer le destin, comme d’autres en d’autres temps, alors que tout se liguait contre lui?

Avait-il encore toutes ses chances, tout en sachant que sa défaite serait sa mort et qu’il lui fallait en

assumer les risques?

Eloi Machoro agissait dans la véritable logique

9. Jean-Marie Tjibaou était un adepte du discours traditionnel, accumulant les affirmations symboliques et pouvant recouvrir sans gêne des réalités fluctuantes. Ce discours pouvait être insuffisant dans une phase historique où les adversaires ne sont plus des partenaires à l’ancienne, mais la fraction des Européens se révélant raciste et sans scrupules, ou les maîtres de ces monstres froids que sont les États modernes.

10. Crase de « Calédo-chose », terme dérogatoire à la mode d’avant-guerre, utilisé par Mme Simone Lenormand à l’époque de la gestation difficile de l’Union Calédonienne, époque où circulèrent des tracts injurieux contre elle.

Le terme s’est curieusement peu à peu popularisé au point d’être revendiqué par ceux qu’il désignait, sans qu’ils aient conscience de son origine.

11. Le Gouvernement socialiste, représenté en Nouvelle-Calédonie par le Haut Commissaire Edgard Pisani.

12. Union Calédonienne : formation politique fondée dans les années cinquante par les associations catholiques

(UICALO : Union des Indigènes Calédoniens Amis de l’ordre dans le Liberté) et protestantes (AICLF : Association des Indigènes Calédoniens et Loyaltiens Français), alors officiellement anti-communistes sous l’influence des missionnaires, et dont Thistoire politique commence avec une collaboration interne avec les éléments représentant les classes moyennes et le petit colonat européen. La lutte pour le pouvoir à l’intérieur de l’Union Calédonienne, longtemps majoritaire, se terminera par le départ de la plus grande partie des Européens, qui se retrouveront, après diverses péripéties, presque tous au RPCR, tandis qu’une part des éléments mélanésiens jeunes, en majorité protestants, fondaient des mouvements autonomistes, puis indépendantistes parallèles, le Parti de Libération Kanak (PALIKA), l’Union Progressiste Mélanésienne (UPM), le Front Uni de Libération Kanak (FULK), l’UC restant par contre majoritairement catholique.

132 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Machoro ne s’inquiétait pas tant des réactions caldoches que de celles du Gouvernement. La commune de Boulouparis était en quelque sorte sous haute surveillance. Peu auparavant, l’ancien Maire de Thio, Roger Galliot 19, avait projeté une reconquête de Thio20 à partir de Boulouparis. Il avait, pour ce faire, réuni pendant plusieurs jours, à la ferme de son beau-frère Tuai, deux ou trois cents Caldoches et sympathisants. Pendant quelques jours, sous la surveillance des Kanaks, ils avaient monté des plans insensés, s’excitant mutuellement, puis se querellant, pour finir par abandonner provisoirement.

Néanmoins, l’habitation Tuai restait surveillée, même si Galliot ne faisait pas le poids. D’autres à

Nouméa auraient pu reprendre l’idée de couper la route que faisait faire Machoro de façon à aboutir

à la Tontouta21. Au moins le bulldozer de l’entreprise Galliot, que le Maire Galliot avait fait

acheter par la commune de Thio, servait à quelque chose. Il avait déjà permis de tracer une route reliant la tribu côtière de Borendi au village22 de Thio, ce qu’aucune mairie de droite n’avait réalisé jusqu’à présent.

À Thio. le FLNKS avait utilisé les engins municipaux ou ceux de la SLN pour améliorer les

routes des tribus. Les réservoirs de mazout de la Société le Nickel avaient été employés à bon escient.

Après l’embuscade de Hienghène, qui avait coûté la vie à dix Kanaks, Machoro avait protégé les

européens désarmés de Thio contre toute tentative de représailles. Pourtant la presse de droite en

avait fait un criminel en puissance. Le Journal-tambour 23 de Nouméa, ne pouvant l’accuser d’assassinat, se rabattait sur le viol imaginaire de femmes wallissiennes, aucune blanche n’ayant accepté de se faire passer pour une femme violée 24.

Drôle de pouvoir que celui de certains médias qui peuvent ainsi transformer le camp des assassins en celui des victimes !

Les Caldoches s’acharnaient sur Machoro. Les colons montaient embuscades sur embuscades, pour le coincer, sans résultats. La Gendarmerie le suivait à la trace, justement inquiète de ses activités. En un certain sens, il avait la baraka, tout le monde venait derrière sans parvenir à le précéder.

Eloi Machoro et ses compagnons repartirent le soir même. Au dernier moment, ils changèrent

d’itinéraire pour remonter la route transversale.

Bien leur en prit, car on apprit plus tard que de petits malins s’étaient planqués à l’entrée de la route

De Karaji à Poya pour les coincer. Partout où il était passé, Machoro laissait les tribus en ebullition.

Tous en parlaient. Immanquablement, le bruit de ses voyages parviendrait aux oreilles des Renseignements Généraux. Ces derniers allaient s’apercevoir que les interventions d’Eloi ne

correspondaient pas à la politique avouée de collaboration avec le Haut Commissaire Edgard Pisani qui était celle du FLNKS. De ce point de départ, il leur resterait à déterminer au nom de qui Machoro agissait.

Pour l’application de sa politique, Pisani devait savoir exactement si l’action engagée par Eloi concernait l’ensemble du FLNKS ou restait l’œuvre d’un isolé.

De très fortes présomptions tendent à confirmer que Pisani reçut toutes assurances, de la part de

Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene, quant à la non participation du FLNKS à l’action projetée et

18. Le nom de Boulouparis se termine par un s à la suite de la demande présentée, avant guerre, par la Commission Municipale de ce village. Boulouparis est une commune constituée de grandes propriétés d’élevage européennes et d’une majorité de Mélanésiens descendants des insurgés de 1878.

19. Ex-gérant des affaires minières de l’ancien Député Union Calédonienne Maurice Lenormand.

20. Thio, vallée montagneuse étroite, où mène une route à une voie facile à barrer, comporte depuis près d’un siècle le principal bassin minier de nickel exploité par la Société le Nickel (IMETAL), dans des conditions de mépris complet des groupes mélanésiens majoritaires : moins de 40 emplois canaques sur plus de 600 membres du personnel de la mine, le roulage du minerai couvrant les villages mélanésiens de poussière rouge vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et cela pendant un demi-siècle, jusqu’à l’établissement tardif d’une route goudronnée. Ces villages sont peuplés pour moitié de descendants de réfugiés de la répression de l’insurrection de 1878, venus se placer sous la protection de la Mission des Pères de la Société de Marie. La plupart des noms de personnes citées au cours des événements à Thio de la fin 1984 et du début 1985 proviennent ainsi de l’autre versant de l’île, où elles voudraient retrouver leurs anciennes terres.

D’où les projets de Machoro concernant La Foa. Les revendications propres des gens de Thio concernent à la fois le retour de leurs anciennes terres et la conquête de la majorité des emplois à la mine.

21. Machoro avait fait tracer des routes dans la montagne pour aller de Thio à Oui Point et Koindé, reprenant des anciens sentiers canaques. Une route en direction de la Tontouta touchait à la fois aux terres revendiquées par des clans réfugiés à Thio et Borendi, et ainsi à une recolonisation canaque de la haute vallée de la Ouenghi, mais aussi aux principales réserves inexploitées de minerai à haute teneur (9 % de métal contenu) de la Société le Nickel, et par le lieu de la jonction probable avec la route territoriale, l’aérodrome international de la Tontouta, le seul point véritablement affecté d’une valeur stratégique en Nouvelle-Calédonie. Il y avait là de quoi effrayer beaucoup de gens et donner lieu à bien des théories imaginatives. Les difficultés du terrain font dire qu’il s’agissait d’une œuvre de longue haleine — il fallait empierrer, réaliser les ouvrages — et que cette route ressortissait, du moins provisoirement, d’une forme d’utopie.

22. Dans le parler caldoche, le « village » est européen ; la « tribu » est en fait le village mélanésien.

23. Le Journal «Les Nouvelles Calédoniennes», seul quotidien de Nouméa, constamment anti-canaque et anti-indépendantiste, depuis racheté par le Groupe Hersant.

24. La pruderie des Mélanésiens de la Grande Terre a été décrite par Maurice Leenhardt (Gens de la Grande Terre, Gallimard, 1938). En un siècle de domination coloniale, on ne connaît pas un seul cas de viol d’Européenne par un Mélanésien, malgré le grand nombre de cas à l’inverse. Les accusations portées contre eux à Thio, tout à fait à tort, sont ressenties comme injurieuses par les Canaques, ce qui n’arrange rien. Les activistes européens surexcités ont fini par inventer le viol d’une femme de Gendarme, qui aurait été soigneusement caché, de façon maintenir en vie leur thèse des brutalités canaques à Thio, à défaut de morts inexistants. Les viols de Tahitiennes ont été démentis officiellement, après enquête sur place, par l’Église Évangélique de Polynésie Française.

MISCELLANÉES 133

quant à leur condamnation d’une telle action. Pour ces théoriciens de la politique politicienne locale,

Eloi devenait un adversaire. Deux stratégies se faisaient face : l’une de lutte sur le terrain, l’autre de

négociations feutrées. Dans le contexte du moment, elles ne pouvaient co-exister. L’une devait

l’emporter sur l’autre.

Le Délégué du Gouvernement prévint ses deux interlocuteurs qu’il serait peut-être amené à prendre

des mesures pour neutraliser Eloi Machoro afin de prévenir le déroulement d’une guerre civile. À eux

de contrôler leurs troupes dans le cas de figure invoqué. Trop d’intérêts réciproques étaient en jeu.

Le Gouvernement leur assurait par sa voix la garantie d’une prochaine accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance, après, naturellement, le temps nécessaire à la mise en place des structures indispensables à la future gestion de Kanaky : « À cause de cela, si Machoro nous y oblige… » Les trois hommes se séparèrent sur une poignée de main.

Le sort d’Eloi Machoro était scellé… s’il allait trop loin.

Vendredi 28 décembre 1984. 4 heures 30. Nous savons que notre tour viendra.

Peu à peu, tous les barrages sont enlevés par les Gendarmes Mobiles : opérations en général sans

casse, quelques arrestations, des fusils saisis, des maisons fouillées, du mobilier détruit, mais pas

d’affrontement armé. Les à-côtés racistes et l’excès de zèle de certains Mobiles ne peuvent être évités.

Pourtant ce n’est pas la revanche souhaitée par les colons. Disons que c’est supportable. Le principal

est de ne pas se faire arrêter.

Depuis hier après-midi, le téléphone ne marche plus 25. Notre tour approche. De toutes façons, pas

question de résister. Les barrages ne sont plus que des branchages jetés sur la route, la discipline s’est relâchée, les militants sont retournés dans les tribus, bref le fruit est mûr pour tomber. Voilà où nous en sommes cette nuit-là, perchés sur les crêtes à scruter la nuit calme. Soudain, à Pouembout, des phares trouent la nuit, un, deux, trois, plusieurs véhicules…

un convoi. Les mobiles !

Je réveille toute l’équipe qui dort à poings fermés. Heureusement j’étais réveillé. Je tends le walkietalkie à un camarade pour qu’il appelle Koniambo en langue Paici et prévienne de l’arrivée des

Mobiles. On appelle, on appelle, pas de réponse. Ils doivent être en train de dormir. Tant pis pour eux, prévenons les barrages à Baco même ! Sur les barrages, pas de réponse. Tout le monde dort et le temps qui passe, qui passe. Cinq heures déjà ! Il faut faire quelque chose. À six heures ce sera la

charge et l’encerclement…

… À Koniambo, les Mobiles rentreront dans le barrage comme dans du beurre. Dans la tribu,

chacun vaquait à ses occupations. Les femmes préparaient le café à la maison commune, près du

premier barrage de contrôle. Ils seront tous surpris. La veille, un Gendarme les avait prévenus que les blancs risquaient de faire une descente sur la tribu, qui devait rester mobilisée au cas où. Il ne pouvait citer ses sources… Mais il avait oublié de préciser que les blancs en question seraient en uniforme et venus spécialement pour les arrêter. L’histoire n’avait été racontée que dans le but d’en attirer le plus grand nombre dans les filets préparés. La guerre psychologique battait son plein. Le plus drôle fut que les gens présents à la maison commune crurent que les Mobiles venaient pour les protéger.

Le jeune Président du Conseil des Anciens s’avança vers eux la main tendue, leur demandant comment ils allaient.

Un Mobile prit la main… pour lui passer les menottes, celui là et trois autres passèrent trois mois

à la prison du Camp Est… … Trois heures après, on voit de Netchaot le

convoi remonter sur Bopope. Là haut, un accrochage a eu lieu. Ils repartent pour réprimer. Lors

de leur premier passage, le convoi 26 était passé sans problèmes au milieu de la tribu. Mais les Mobiles du dernier camion avaient insulté les Kanaks qui les regardaient paisiblement et avaient lancé, probablement de leur propre chef, des grenades lacrymogènes sur eux. Peu de temps après, un hélicoptère avait survolé la tribu en rase-mottes, effrayant les femmes. Un garçon avait tiré sur l’appareil pour l’obliger à partir. Malheureusement sa balle avait atteint une pièce essentielle du rotor, ce qui faillit provoquer un arrêt de rotation des pales.

Lorsque les Mobiles vinrent punir la tribu de Bopope de ce geste, ils brisèrent les portes des maisons,

cassèrent le mobilier et la vaisselle, volèrent l’argent trouvé de-ci de-là, frappèrent les vieux et les vieilles femmes et menacèrent tellement que le coupable finit par se livrer…

À Bako, au barrage queje venais de quitter, l’exprésident du Comité de lutte local s’était avancé

vers les VBRG rugissant et dans le tintamarre avait fait un appel au dialogue : « Arrêtez, arrêtez, on

peut dialoguer, on peut dialoguer ! » II n’avait pas fini sa phrase que le VBRG avait déjà défoncé le

barrage et que devant lui défilaient les camions remplis de Mobiles. Offusqué par leur manque de

courtoisie et réalisant la précarité de sa position, il se transforma en courant d’air en disparaissant du côté des bananiers.

À l’autre barrage, les camarades n’eurent que le temps de prendre la poudre d’escampette, protégés

par un jeune qui se sacrifia en affrontant les mobiles armés de sa seule fronde. Il fut d’ailleurs

rattrapé et copieusement tabassé avant d’être relâché, car il n’avait pas lancé un seul caillou.

25. Les activistes accusaient des fonctionnaires du Haut-Commissaire de prévenir les tribus intéressées des opérations de police et en particulier d’avoir averti Machoro d’une opération héliportée sur Thio comportant des éléments du GIGN.

26. Un deuxième convoi, lui aussi avec véhicules blindés, venu de la côte est pour faire sa jonction avec le premier convoi remontant du sud.

134 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Ils partirent au pas de course, le doigt sur la gâchette, cerner la maison du vieux 29. Peine

perdue, les oiseaux s’étaient envolés…

… Les oiseaux finirent par redescendre à Bako, la nuit venue, en ramenant les fusils évacués au

petit matin. Pour nous il était important de conserver une puissance de feu après le départ des

Mobiles. La confiscation des fusils laissaient les Kanaks sans défense en face des colons surarmés. Les

Gendarmes venaient nous neutraliser, mais ne prévoyaient pas d’assurer notre protection par la suite.

Il nous fallait avoir la possibilité de nous défendre ou d’organiser une équipe de protection en cas

d’agression de colons racistes.

Les vieux nous apprirent que les colons avaient suivi les Mobiles jusque dans la tribu, mais avaient

rebroussé chemin à la vue d’un groupe de femmes.

Des coups de feu avaient été tirés en direction de la tribu par Éric Devillers 30, rendu furieux par l’état de sa maison, mais les Gendarmes l’avaient désarmé rapidement.

Pour tout le monde les choses rentraient dans l’ordre, ce qui signifiait pour nous la menace

permanente d’arrestation et les inconvénients de vivre cachés, s’installer dans les habitudes du maquis tribal : ne pas dormir au même endroit, le choisir au dernier moment, ne pas circuler sur la route, ne pas rester groupés pour éviter le coup de filet, surtout se méfier des bruits prétendant que les ordres d’arrestation avaient été annulés.

La situation que nous vivions avait été une des raisons de notre désaccord vis-à-vis du mot d’ordre

de levée des barrages. Notre inquiétude portait sur le devenir des militants dont l’investissement dans l’action suivant le boycott des élections du 18 novembre 1984 aurait pu entraîner l’arrestation.

Nos leaders n’avaient obtenu aucune garantie nous concernant. Nous en étions réduits au chacun pour soi.

Je dois dire que nous étions quelques-uns à ne pas apprécier de devoir nous cacher, alors que nos

hommes politiques se promenaient pratiquement en toute sécurité à travers toute la Nouvelle-Calédonie31.

Dure condition que celle du militant obscur !

Tout autour de nous, la démobilisation jouait à plein. Les gens avaient soif d’un retour sécurisant

à la normale. Pour eux, les positions étaient figées sans évolution envisageable en notre faveur. Les

Blancs étaient dans les villages, les Kanaks autour, ceux que le temps qui passe avantageait étaient

Les Blancs. Alors, pour le bon peuple de Koné, mieux valait revenir à la normale en acceptant avec

soulagement la directive de lever les barrages. Toute la région était désorganisée par cette démobilisation soulagement.

Nous n’étions plus en position de prendre l’initiative sur le terrain. Rien à faire qu’à attendre et voir.

Nous étions réduits à l’état de fugitifs lorsque nous apprîmes la nouvelle de la mort d’un jeune colon à Boulouparis.

Le journal-tambour accusait les hommes de Machoro…

Jeudi 10 janvier 1985.

Boulouparis, 12 heures 15 environ. À la ferme Tuai, centre de rassemblement des volontaires du

Maire de Thio Galliot, deux guetteurs kanaks s’approchent des habitations.

Peu de temps auparavant, ils ont été intrigués par un va-et-vient entre la maison et un hangar.

Du matériel y a été entreposé, éveillant la curiosité de nos guetteurs.

Leur intention est de pénétrer dans le hangar pour y vérifier la nature du matériel entreposé. En accomplissant cette reconnaissance, ils outrepassent leurs consignes, mais trop d’échos font état d’une seconde tentative contre la vallée de Thio pour ne pas justifier la volonté de savoir.

Prudemment, ils se glissent de buisson en buisson, espérant ne pas être remarqués, sans savoir

que le fils Tuai a noté un mouvement du côté des hangars et a prévenu son père. Tous deux, armés

d’un fusil, s’approchent de l’endroit suspect, ignorant la présence d’un Kanak qui les regarde venir.

Il les voit pointer son fusil en direction de son camarade dont il devine la position sans le voir.

Un coup de feu claque, troublant le calme de ce début d’aprèsmidi. Le deuxième homme pense que son camarade est touché, peut-être mort. Il doit se défendre, venger son ami. Le fils Tuai est dans la ligne de mire de sa lunette. Il appuie sur sa gâchette, le coup part. Le jeune Tuai s’écroule, atteint d’une balle en pleine tête.

Les deux guetteurs parvinrent à s’enfuir indemnes.

Derrière eux, ils laissaient un mort. Ce mort était la condamnation d’Eloi Machoro, l’excuse

nécessaire pour que le Gouvernement puisse se débarrasser de lui de façon expéditive, la faute

attendue qui ferait passer le leader kanak pour un bandit sanguinaire. Ce mort arrangeait beaucoup de monde : l’establishment caldoche, le Gouvernement, 27. Fessard Wabealo, diacre de la paroisse protestante locale et employé du Service des Eaux et Forêts, chez qui logeait l’auteur. Fessard sera licencié de son emploi par un Ministre RPCR et sera heureux de voir le licenciement annulé et remplacé par la mise à la retraite qu’il dût se résoudre à demander, les Européens de Koné ayant fait savoir, sous l’impulsion d’un entrepreneur pied-noir, qu’il serait abattu s’il se rendait à son travail.

28. Élément Héliporté de la Gendarmerie Mobile, envoyé pour cueillir l’auteur au saut du lit.

29. Le « vieux », terme de respect chez les mélanésiens, n’est pas synonyme de personne âgée.

30. Membre d’une famille ayant été propriétaire, entre les deux versants de l’île, de la plus grande partie des vallées montagneuses entre Houaïlou et Touho, de ce fait responsable des plus grandes et dernières spoliations foncières et cordialement détestée par les mélanésiens. Des Devillers ont été à l’origine d’un grand nombre d’actions éprouvées comme des provocations par les Canaques au cours des dernières années. Ils ont perdu en même temps la plus grande partie de leurs anciens domaines, rachetés par les pouvoirs publics pour être rendus aux Mélanésiens.

31. Une amnistie concernant les événements de Nouvelle-Calédonie, à l’exception des crimes de sang, sera votée par l’Assemblée Nationale, sur la proposition d’Edgard Pisani, mais en novembre 1985.

MISCELLANÉES 135

Le couperet allait pouvoir tomber.

Pendant ce temps, Machoro, planqué dans une maison à La Foa, continuait à préparer son

opération, inconscient des nuages qui tout d’un coup s’accumulaient sur sa tête.

Dès l’annonce de la nouvelle à Nouméa, le Front Calédonien 32 et le Front National appellent à

manifester devant le Haut Commissariat. À 17 heures, ils sont à peu près deux cent cinquante à trois cents devant un cordon de CRS. Ils hurlent leur haine de Pisani, coupable de favoriser les indépendantistes, coupable avec le Gouvernement qu’il représente de vouloir mettre leur univers en cause, de saborder la « Caledonian way of life ». Ce Pisani haï dont ils croient qu’il les rend si faibles et rend les Kanaks si forts. « Ces enculés de Kanaks, à balayer d’une bonne rafale si seulement les CRS 33 ne les protégeaient pas. Ces fils de pute, ils viennent de tuer l’un des nôtres ! »

À 18 heures, le feu est mis à la maison de ma mère par des individus qui y ont pénétré de force

avec des cartons de bouteilles remplis d’essence, devant le nez des CRS, massés sur l’autre côté du

trottoir et qui n’ont pas d’ordres pour intervenir.

La maison est livrée à la foule qui la pille. Les collaborateurs du Haut Commissaire espèrent que

ce don à la fureur de deux cents individus les calmera. Avant de mettre le feu à la maison, certaines

personnes mettront des objets de côté, qu’ils reviendront prendre à la nuit. Des gens proches du Front National fouilleront dans mes papiers, y cherchant

des informations compromettantes. Le peu qu’ils trouveront sera publié dans « Combat », le journal

de ce parti, aujourd’hui disparu, et dont la qualité rédactionnelle se situait bien en dessous de «

Minute ». Le numéro d’immatriculation de la voiture transportant l’essence et le nom d’un des

incendiaires seront plus tard communiqués à la police dont l’enquête, bien entendu, n’aboutira pas.

L’incendie de la maison de ma mère décupla la fureur des manifestants. Leur nombre grossissait au

fur et à mesure que la nuit tombait. Débuté par des échanges d’injures, l’affrontement avec les CRS se poursuivait par le jet d’objets divers, auquel répondait l’envoi de grenades lacrymogènes. Le cycle

habituel des charges successives s’engageait, faisant à chaque fois avancer un barrage provisoire, ponctué d’incendies de bâtiments abritant les outils de travail de sympathisants indépendantistes : 19 heures, incendie du local abritant le Syndicat USTKE ; 19 heures 30 environ, incendie de la

pompe à essence d’un vietnamien sympathisant de l’Union Calédonienne ; 19 heures 45 environ,

incendie de la Pharmacie de Maurice Lenormand, Commissaire Général de l’Union Calédonienne.

Toute la nuit l’émeute allait gronder aux alentours du Haut Commissariat, dont les abords

immédiats avaient été dégagés par les VBRG. Environ deux mille personnes, éclatées en groupes mobiles, tiendraient tête aux CRS qui désormais tiraient à la grenade offensive en tir tendu. Surprise désagréable pour les Caldoches, procédure normale pour les CRS dont les blessés commençaient à s’accumuler.

En réalité, les CRS semblaient pris en sandwich entre les manifestants qui les auraient volontiers

réduits en charpie, et les ordres de Pisani, dont le souci majeur était d’éviter de donner prétexte à

certains pour transformer cette émeute en quelque chose de plus dangereux. Le syndrome algérien planait sur les murs du Haut Commissariat. Pour l’instant, quoique le Maire de Nouméa Roger Laroque courut les rues toute la nuit pour encourager les manifestants, le RPCR n’avait pas engagé ses troupes, comprenant le danger d’être entraîné malgré lui dans

une situation sans issue. Jusqu’à présent le parti factieux restait le FLNKS. Il ne s’agissait pas de

permuter les rôles inconsidérément. La réaction du RPCR viendrait en son temps et en son heure.

À La Foa, Machoro avait établi son quartier général sur une ancienne propriété européenne

récupérée par un membre de la tribu de Oui Point.

Depuis près de deux semaines, il s’était établi là avec une trentaine de ses hommes, tous armés.

Légalement, il était dans son droit, pas plus et pas moins que tous les colons qui ruminaient de sanglantes vengeances sur leurs stations d’élevage. Son projet n’avait pas reçu de commencement d’exécution.

Eloi réfléchissait au choix du moment pour agir et à l’opportunité de maintenir son plan. Cela faisait

trop longtemps qu’il s’était fixé dans ce lieu. Il allait lui falloir bouger.

Il possédait tous les éléments d’information nécessaires à l’exécution de son projet. Les stations

d’élevage visées avait été surveillées, les habitudes de leurs occupants, leur nombre, leur armement, leur implication dans les milices européennes armées, le moyen le plus sûr de les neutraliser, tout avait été noté et analysé. Eloi était prêt. Pourtant il demeurait l’arme au pied, hésitant sur le moment de l’action.

32. Mouvement de l’extrême-droite calédonienne, qui comporte en réalité essentiellement des membres du RPCR agissant ainsi ouvertement, en conjonction constante avec ce dernier, mais sans mettre en cause officiellement sa responsabilité. Il constitue l’aide activiste que le RPCR met constamment en avant pour faire croire à sa propre modération. Certains exploitants miniers comme les Montagnat y jouent un rôle de premier plan, prêtant leurs hélicoptères privés pour des opérations en marge de la légalité telle qu’elle est conçue en Métropole. Leurs troupes, sur

le terrain, avaient imaginé d’exploiter le blanc comme symbole, peignant leurs voitures et même un hélicoptère en blanc.

33. Contrairement aux Gendarmes Mobiles, exclusivement employés contre les Mélanésiens au cours de la période Pisani et de celle qui a suivi, les CRS, que leur statut maintient dans un rôle urbain, ont été amenés à protéger les Mélanésiens de Nouméa contre les brutalités caldoches. Très recherchés par les filles européennes cherchant à se faire épouser et quitter le pays, les CRS étaient attaqués le soir par des groupes d’Européens et ont eu des blessés, les filles les fréquentant faisant d’ailleurs l’objet de menaces. Si les Gendarmes Mobiles sont ressentis par les Mélanésiens comme

une troupe d’occupation, la présence des CRS était constamment dénoncée dans la presse locale européenne au moyen d’articles passablement injurieux, le Directeur du principal Journal leur reprochant l’enlèvement de sa fille par un CRS, alors qu’il espérait mieux pour elle, lui ayant installé un Cabinet de soins esthétiques.

136 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Face à la décision à prendre, sachant l’incapacité des autres régions à le suivre, son opération de

prise de contrôle de La Foa ressemblant de plus en plus à une opération-suicide, il hésitait. Sans le

soutien sur le terrain d’autres communes pour fixer et disperser les Gendarmes Mobiles, il se retrouverait isolé par rapport aux forces de répression coloniales qui n’auraient aucun mal à se concentrer sur l’objectif qu’il leur offrait et le détruire. Après sa tournée dans les tribus, il ne pouvait plus se faire d’illusions. Derrière les bonnes paroles, il avait pu se rendre compte de ce que les structures du FLNKS ne bougeraient pas dans leur ensemble, faute d’un encadrement militant et expérimenté.

Il lui restait la possibilité de réduire son ambition à des opérations ponctuelles rapides pour désarmer

certaines stations d’élevage, ou alors d’abandonner en se repliant sur ses positions de départ à Thio.

Mais il lui fallait partir car il s’était fait repérer par les habitants de la station voisine de La Pèlerie. La

présence de Machoro à La Foa était devenue un secret de polichinelle, que certain «cibiste » de droite traduisit par ces mots : « Le poisson est dans la nasse». La Pèlerie connaissait un va-et-vient

suspect de gens venus s’assurer de la présence de Machoro en personne sur les lieux où il était signalé.

Le propriétaire de La Pèlerie et les colons de La Foa pensaient à se défendre, les autres supputaient

les chances de liquider Machoro sur ce terrain accidenté.

Les événements allaient les dispenser d’agir. La mort du fils Tuai, l’émeute de Nouméa, sonnaient

comme un avertissement pour un Gouvernement qui n’aimait pas les vagues, le Parlement et les médias se faisant l’écho des événements. Il fallait lâcher du lest, offrir une pâture à la droite et aux caldoches.

Ce quelque chose serait Machoro, ce leader kanak qui refusait de respecter les accords FLNKS-Pisani.

Le seul capable, en entraînant une grande partie des Kanaks, de foutre en l’air la mise en place

apparente de l’indépendance-association, leurre propre à appâter le FLNKS légitimiste. Cet Eloi

Machoro devenait un obstacle.

Samedi 12 janvier 1985.

Depuis vendredi après-midi, une opération de bouclage de La Bachèlerie est mise en place par la

Gendarmerie. Prévenu, Eloi a refusé de partir, tout en laissant trois de ses gars le quitter avant le

bouclage définif de la station, ce qu’ils feront sans problèmes. Il croit toujours à sa chance et pense s’en sortir en négociant l’abandon de ses armes en échange de la liberté pour lui et ses hommes.

En attendant, les deux camps s’observent. Du côté des Gendarmes le Capitaine Saffray, celui-là

même que Machoro avait neutralisé quelque temps auparavant à Thio, vérifiait une dernière fois l’étanchéité du bouclage. Au milieu des Gendarmes de l’Élément Héliporté, il y avait des tireurs d’élite du GIGN, dotés du fusil de guerre FR FI, armés de balles de 7,5 mm, munitions de guerre.

Le sort de Machoro avait été décidé en haut lieu.

Eloi est encerclé, coincé comme un rat, sans espoir de pouvoir manœuvrer, sans moyen de

communication avec l’extérieur. Il est déjà mort, mais il ne le sait pas. À l’intérieur de La Bachèlerie, ils sont une trentaine à veiller toute la nuit. Ils ont confiance en leur chef. Demain ils ne mourront pas.

5 heures du matin. La brume se lève dans cette vallée encaissée qui mène aux tribus de Oui-Point

et de Koindé. La trêve est finie. Pendant la nuit, Machoro avait pressenti que quelque chose de grave

s’était passé. L’attitude des forces de l’ordre, leur déplacement, l’absence d’une volonté de discussion de leur part, comme si son sort était déjà réglé, l’inquiètent. Pourtant il n’a rien entrepris sur La Foa. Alors à quoi correspond ce déploiement de force sans même une tentative pour maintenir le contact. Quelque chose de mauvais se prépare, il le sent. Avec ses hommes, il discute d’une reddition.

De toute façon, rien d’autre à faire. La façon les choses s’annoncent sent son coup fourré à plein

nez. Malgré tout, il veut discuter, négocier sa reddition dans l’honneur. Il n’est pas dit qu’Eloi

Machoro se rendra comme n’importe quel pékin !

Soudain, dehors, une voix brise le silence du matin, un officier parle avec l’aide d’un mégaphone. Sa

voix claque sèche : « Rendez-vous, vous n’avez aucune chance. Vous êtes cernés, rendez-vous ! »

Dans La Bachèlerie, tous se regardent, une pointe d’inquiétude au creux de l’estomac. Les visages sont graves, l’angoisse est là, présente. Eloi a compris.

Peut-être se souvient-il de ses paroles dites au vieux Fessard lors de leur dernière rencontre à Bako :

« Adieu, vieux ! Si l’on se revoit ce ne sera pas sur cette terre. »

À nouveau, dehors, la voix sèche claque :

« Rendez-vous, sortez désarmés les uns après les autres… Sortez, c’est la dernière sommation ! »

Dans la maison, on entendrait voler une mouche.

Tous se tournent vers Machoro, le chef.

Maintenant Eloi sait, avec certitude… Peut-être y a-t-il un moyen de sauver ses hommes. Il les fixe en un regard circulaire, leur parle pour la dernière fois : « On va leur montrer comment savent mourir des Kanaks ! »

La porte s’ouvre. Il sort dehors accompagné de son ami et fidèle compagnon Marcel Nonnaro 34.

Ils s’avancent, l’arme à la bretelle, dans le petit matin froid. Tous deux dépassent les grands arbres

qui ombragent La Bachèlerie, jusqu’à atteindre la route bordée par une petite barrière de fil de fer

barbelé. Ils s’arrêtent là, sans deviner les silhouettes des Gendarmes planqués. Indécis, ils fixent les

alentours. Eloi sent le piège comme une bête. Il doit faire quelque chose. Il s’agite, va et vient le long de la barrière, criant aux Gendarmes dissimulés :

« Je veux parler au Sous-Préfet ! Vous n’avez pas

le droit de nous arrêter… Vous entendez ! Appelez le Sous-Préfet, je veux le voir personnellement. Je

ne discuterai qu’avec lui ! »

34. Descendant de réfugiés de la répression de l’insurrection de 1878 établis à Nakety, Canala, près du clan des Machoro.

MISCELLANÉES 137

Le dialogue de sourds se poursuit. Nul ne répond aux exigences de Machoro. Seul, de temps en temps, le mégaphone brise le silence : « Rendez-vous !

Rendez-vous ! Rendez-vous !… » Pas une seule fois Machoro ou Nonnaro n’épauleront leurs armes,

contrairement aux allégations de la Gendarmerie.

À 6 heures, un ordre tombe de Nouméa : «Tir de neutralisation sur la personne d’Eloi Machoro et

de Marcel Nonnaro ».

Cela, c’est la version officielle pour camoufler l’ordre véritable : exécution de

Machoro et Nonnaro. Les tireurs du GIGN sont prêts. L’un d’eux appuie son arme sur l’épaule d’un

collègue. Des armes et des balles faites pour tuer.

Distance : 130 mètres. Deux coups de feu se succèdent, prolongés par l’écho. Eloi s’écroule, touché

au sternum, pas cliniquement mort, mais déjà sans espoir. Marcel, lui, tombe foudroyé. Ils ont été

assassinés, de la même façon que leurs frères de Hienghène. Une exécution.

Les compagnons d’Eloi, atterrés, restent figés. L’un d’eux a tenté une sortie pour ramener le corps de

Marcel Nonnaro, le plus proche. Une balle s’écrasant sur le montant de la porte l’en a dissuadé. La

porte s’est refermée.

Dehors, le silence remplit l’espace. Seuls les deux corps cassés, étendus à terre, trahissent La normalité de la situation. Brutalement, la voix sèche, stridente, se fait à nouveau entendre : « Rendez-vous…

Dernière sommation, je répète, dernière sommation. Sortez les mains sur la tête ! »

Le silence se reconstitue… un temps. La porte s’ouvre prudemment, quelqu’un crie de l’intérieur :

«Nous nous rendons… Nous allons sortir… Nous nous rendons ». Un à un, ils sortent les mains sur

la tête, s’avancent dans le matin. Tout autour, les Mobiles, le doigt sur la gâchette, se démasquent des broussailles. Ils prennent en charge les Kanaks, vaincus d’on ne sait quelle bataille. Un Mobile, devant le corps d’Eloi Machoro, sortira sa « bulle » : « II voulait la guerre, il l’a eue ! »

Très vite, le sort des prisonniers passe un seuil critique. Les coups commencent à pleuvoir. Les

Mobiles tentent, par des moyens spécifiques, de leur faire signer des aveux tendant à prouver que ce sont eux qui avaient tiré les premiers. Pas un d’entre eux ne signera.

La responsabilité de cette exécution incombera au Gouvernement. Il devra assumer cette assassinat

qui est aussi une erreur. Car pour nous, le peuple kanak, Eloi n’est pas mort. Il est entré dans la

légende. Étrangement il meurt tout près de l’endroit où Ataï, un des principaux chefs de l’insurrection de 1878, tomba sous les coups des Canala, alors alliés des soldats français. L’histoire rejoint l’histoire. Le sang de Machoro efface celui d’Ataï, et complète la réconciliation entre frères alors ennemis.

L’annonce de la mort de Machoro nous bouleversa tous. Un silence pesant tomba sur le pays

kanak. Nous cherchions le pourquoi de ce meurtre, commis par ceux qui avaient tant fait espérer de

leur compréhension, de leur action. Comment comprendre ? Deux jours avant, Machoro avait

envoyé des émissaires à Canala afin de téléphoner à Burck 35, afin qu’un contact soit pris avec Pisani.

Le Haut-Commissaire n’avait aucune raison de le considérer comme responsable de la mort du jeune

Tuai. Mais Eloi avait eu le tort de ne pas être assez malléable aux désirs du Gouvernement Français.

Si ce dernier intervenait contre Machoro, ce n’était sûrement pas pour le mettre bêtement en prison

Au Camp Est, et se retrouver avec la prison cernée par les Caldoches voulant sa peau. On préféra

faire d’une pierre deux coups : calmer les Caldoches en leur donnant un os à ronger, de façon à

permettre au RPCR de contrôler ses troupes et se retrouver en position d’exiger le retour au calme.

En même temps on se débarrassait d’un indépendantiste par trop indépendant, ce qui permettait de brider le FLNKS.

À ces bonnes raisons il faut ajouter un facteur subjectif. Pisani avait eu peur et en rendait responsable Machoro. Au-dessus, planait la Raison d’État, entre des mains qui pouvaient être implacables.

Pisani avait obtenu toutes garanties du FLNKS de pouvoir contrôler ses troupes en cas de

neutralisation d’Eloi. Le Haut-Commissaire était donc sûr que l’élimination du Secrétaire Général de

l’Union Calédonienne, au lieu de faire des vagues, calmerait la tempête qui secouait les loyalistes. Les

trois responsables au courant du projet de neutralisation de Machoro n’ont pas su que le véritable

projet était de le faire assassiner, mais la garantie qu’ils donnèrent de contrôler leurs gens contribua

certainement à la décision de Pisani. Tout était donc en place avant les événements de Boulouparis,

la mort de Tuai ne servant qu’à précipiter les choses.

Canala est en effervescence. Le fils, le frère, l’oncle est mort. Le compagnon, le leader, l’ami est

tombé sous les balles, exécuté froidement. Le sang appelle le sang. Il faut se battre, venger les morts

pour vivre et mourir libre. Seulement, voilà, sur place il n’y a plus de chef capable de galvaniser ces

énergies pour les transformer en actions efficaces sur le terrain36. Les volontés se heurtent à

l’incapacité de réaliser, la haine devient cendres avant même d’avoir brûlé.

À Thio, l’inquiétude règne quant à la réaction des Kanaks. Pour l’instant, dans les tribus, le

peuple est assommé par la nouvelle. Les bruits les plus fous circulent. On dit que des colons étaient

présents, que ce sont eux qui ont tiré. On dit que…, on dit que… Toutes ces rumeurs contribuent à

miner la capacité de mobilisation. À trop vouloir connaître le coupable, on retarde la vengeance.

Sur ces entrefaites, Yeiwene Yeiwene, Ministre des Finances de Kanaky, débarque pour tenter de

prendre la situation en mains. Il doit à tout prix désamorcer la bombe ainsi jetée par Pisani dans le

35. François Burck, ancien prêtre comme Jean-Marie Tjibaou, fils d’un Européen et d’une femme de

Canala, élu de l’Union Calédonienne à l’Assemblée Territoriale.

36. La plupart des colons de Canala avaient quitté la région depuis déjà cinq ans et leurs terres avaient été reprises par les Mélanésiens.

138 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Car, malgré les morts de Hienghène, malgré l’assassinat du Secrétaire Général de l’Union Calédonienne, le Gouvernement Provisoire a décidé de continuer à privilégier le dialogue, en dehors de toute autre considération. Pour ce faire, Yeiwene Yeiwene a tous pouvoirs. Pendant une semaine, il fera réunions sur réunions, expliquant la raison de la négociation maintenue, que le rapport de forces sur le terrain favorise le Gouvernement de Kanaky, que les sacrifices n’ont pas été vains, que le courage est parfois de refuser la violence, surtout lorsqu’elle n’est pas nécessaire à la victoire. Il analysera l’erreur de la stratégie choisie par Machoro, qui risquait de faire basculer le pays dans la guerre civile, guerre à laquelle le peuple kanak n’était pas préparé. Il fit tant et si bien que le peuple ne bougera pas, non pas à cause de ses arguments, mais parce qu’il en naissait l’impression vague que quelque chose de pas clair se cachait dans ses discours, comme si la direction du FLNKS était soulagée de la disparition du leader charismatique de Thio. Respectant la douleur de ce peuple, le Gouvernement Français ne chercherait pas à bousculer ses acquis sur le terrain : il resterait donc maître chez lui. Si le Haut Commissaire reconnaissait cet état de fait, en échange le peuple kanak se devait de rester calme. Malgré le regret que l’on pouvait avoir de la mort de Machoro, rien ne permettait de mettre en doute la bonne foi de Pisani et ses déclarations d’innocence quant à l’erreur de tir et au regret qu’au lieu de blesser on ait tué. Yeiwene emporta le morceau. Le peuple s’enferma dans sa douleur. Les larmes noyèrent la haine. Kanaky prit le deuil pour la deuxième fois. Après l’autopsie, les corps d’Eloi Machoro et de Marcel Nonnaro reposaient à la morgue de Nouméa. Les indépendantistes venaient les veiller. Cette morgue se trouvait sur les quais, face au restaurant des dockers qui donnait de l’autre côté sur la rue Jules Ferry. De cent à cent cinquante kanaks et blancs se trouvaient autour de la morgue, certains venus pour protéger les corps. De nombreux activistes blancs passaient en voiture, l’insulte à la bouche, klaxon tonitruant, cherchant à rameuter un maximum de monde pour s’emparer des corps de nos frères, les accrocher aux pare-chocs des voitures et les promener dans Nouméa. Leur projet ne put être mis à exécution, la plupart des loyalistes de Nouméa se satisfaisant de l’exécution des deux leaders. Pisani avait vu juste. L’os à ronger était suffisant pour que chacun reprenne le contrôle de ses troupes et éloigne de la masse ceux qui auraient voulu aller plus loin. Le Haut-Commissaire 37 se révélait un redoutable joueur d’échecs.

Postface.

Le problème posé par la décision défaire confiance à Edgard Pisani — sous le proconsulat de qui les ratissages de villages canaques n’auront jamais été aussi brutaux — et de lever les barrages établis en

novembre 1984, dans tout le Territoire, pour la protection des villages mélanésiens contre les attaques

des milices de colons armés dont les Gouvernements successifs avaient toléré l’existence, et cela malgré le massacre de Hienghène, puis en dépit de l’assassinat d’Eloi Machoro, est un problème douloureux, en particulier pour Jean-Marie Tjibaou qui avait perdu trois de ses frères assassinés par des Européens en décembre 1984.

L’analyse d’Eloi Machoro reposait sur la constatation du mensonge permanent qui a été trop souvent

le contenu de la politique française vis-à-vis des Canaques, que l’on a toujours dépouillés de leurs biens et de leur liberté au nom d’un progrès social dont ils étaient censés bénéficier à terme. Ils n ‘ont pas voulu devenir des blancs de deuxième zone et constituent toujours un peuple, culturellement et politiquement cohérent, chrétien dans sa totalité depuis un siècle, actuellement en expansion démographique rapide au lieu d’être condamné à disparaître comme on l’avait cru.

Eloi Machoro avait raison, mais 70 000 canaques ne font pas le poids dans une lutte armée. L’affaire

de Thio, fruit d’extraordinaires initiatives spontanées se succédant, s’appuyant l’une l’autre et s’amplifiant, comme un processus sans fin, avait vite dépassé le niveau de ce qui pourrait être raisonnablement maintenu. Jean-Marie Tjibaou le savait, et malgré l’ignorance des chefs canaques des rouages de la politique française, Eloi Machoro aussi. Mais le premier a toujours été l’homme de la négociation permanente, favorable à de faibles actions ne dépassant pas le stade de la mise en scène justifiant tel ou tel discours, et faisant pression dans la négociation, alors que le second, homme de terrain, ayant réussi à chasser les derniers colons européens de Canala et Thio — mais pas les Blancs en tant que tels : les employés européens de la Société le Nickel, dans les deux sites de Thio et Kouaoua, dont la présence était parfaitement bien tolérée s’ils se conduisaient normalement vis-à- vis des Canaques — s’était construit en quelques mois une image qui lui collait à la peau.

Eloi Machoro était par ailleurs un homme d’intransigeance, dépourvu de toute formation et de tout

point de vue théoriques, en rien marxiste et resté profondément chrétien, tendu en permanence à la limite de la rupture, peut-être conscient d’un destin échappant à l’ordinaire, beaucoup plus que d’autres préoccupé par la nécessité de la réconciliation profonde, dans la lutte et dans l’action entre les descendants des insurgés de 1878 et les petit-fils de ceux qui avaient alorsjoué à tort la carte des blancs. Son choix de La 37. L’hommage qu’Edgard Pisani a cru devoir rendre à Eloi Machoro, chef de guerre — ce qu’il n’était pas, il avait justement essayé de ne pas faire la guerre — est tombé à faux : le Haut-Commissaire est allé à Thio, alors que Machoro était de Nakéty à Canala, de l’autre côté de la montagne ; il est allé chez des vivants relevant d’autres familles, et non sur sa tombe, de même qu’il n’était pas allé s’incliner sur les tombes des frères de Jean-Marie Tjibaou massacrés à Hienghène, comme s’il considérait l’événement comme inévitable ; il est allé dans un village UPM, alors que Machoro était le Secrétaire Général de l’UC.

MISCELLANÉES 139

Foa pour y poursuivre une action, erreur tactique évidente du fait de la disproportion des forces sur le

terrain, dans une large plaine aux ondulations douces, et en fin de compte son sacrifice, voulu par lui

— l’attitude du FLNKS devenu modérateur, contre lui, et celle d’un Haut-Commissaire qui se croyait

omniscient, ne lui laissaient pas de porte de sortie — semblent en porter témoignage.

Mais qu’aurait-il pu faire d’autre ? La vallée de Houaïlou, au nord immédiat, s’était libérée de toute

présence européenne, dans un grand élan consensuel auquel avaient participé même les canaques RPCR.

Les vallées de Bourail posaient un problème trop difficile avec la présence du camp militaire de Nandaï. Boulouparis était trop petit et trop près de l’aérodrome de la Tontouta, seul point véritablement stratégique de l’île, pour ne pas provoquer une réaction écrasante.

Malgré l’hommage officiel des dirigeants du FLNKS envers Edgard Pisani, l’opinion générale des

Mélanésiens rend le Haut-Commissaire responsable de l’assassinat d’Eloi Machoro, qu’il n’a su ou voulu contacter — avait-il au départ décidé de le sacrifier ? — et lajeunesse conserve par devers elle une méfiance tenace vis-à-vis de dirigeants, dont elle ne sait s’ils ont été sages, opportunistes ou naïfs. La lucidité était en réalité largement partagée entre les tenants de positions contradictoires, qui ont été bien près d’être complémentaires, et qui n ‘ont été séparés que par la tactique du Haut-Commissaire et la difficulté de communiquer à temps, sur un réseau téléphonique surveillé et coupé sélectivement sur instructions de la Gendarmerie.

Peu après, dans l’État-RPR, la stratégie des amis séparés de Machoro restait ambiguë et frappée

d’autant d’échecs que de succès. La diplomatie de JeanMarie Tjibaou 38 ne suffira pas, aussi habile et bien reçue soit-elle, malgré ses avantages évidents. Elle restait nécessaire aussi bien qu’aléatoire. La jeune génération canaque se préparait à bouger de nouveau, bien au-delà de la volonté de ses chefs officiels, là où on ne l’attendait pas, en dehors des points de rassemblement des forces de l’ordre, contre les objectifs à sa portée et sans faire le détail, mais en prenant des risques, parce qu’elle y était acculée par la politique du RPCR et du Gouvernement RPR d’exclusion des Mélanésiens des bénéfices de l’économie et du pouvoir politique. Le problème de fond restait celui-ci : combien de morts innocents, de massacres d’hommes et de femmes, d’exécution de cadres indispensables à sa survie, la société mélanésienne devraitelle supporter pour conquérir le droit à une existence autonome ? Ouvéa, suivi des Accords de Matignon, ne donneront qu’une réponse partielle.

J. G.

38. Jean-Marie Tjibaou, formé au Petit Séminaire St Tarcisius de Canala, sous la houlette du R.P. Luneau, puis au Grand Séminaire de Païta, devenu prêtre et ayant étudié à la Faculté catholique de Lyon, puis un an à Paris, avant de demander sa réduction à l’état laïque et d’épouser une protestante, est un ancien condisciple d’Eloi Machoro. Ce n’est, pas plus que ne l’était ce dernier, un gestionnaire. Il confiait volontiers les dossiers à des collaborateurs européens, métropolitains ou calédoniens, sans imaginer de devoir prendre de précautions particulières. Sa vocation était de négocier — il le ferait jusqu’au dernier moment, y compris dans la gueule de l’enfer — mais il le fait à la manière océanienne.

Elle peut surprendre les Européens, par sa capacité de persistance et une subtilité qui peut provoquer la méfiance. Il s’y ajoute que souvent les mots français n’ont pas exactement le même sens à Paris et à Nouméa, une nuance de plus venant s’ajouter dans la bouche des Mélanésiens, et que ni le Président du Gouvernement Provisoire de Kanaky, ni ses camarades, n’avaient de connaissance détaillée et précise du monde politique français. Ils n’en connaissaient pas l’histoire, et particulièrement pas celle du mouvement ouvrier et de la gauche française. Leurs points de repère sont propres à l’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie. Ils travaillent un peu en aveugles à Paris, apprenant vite, avec toujours la même difficulté de situer les paroles et les actes de nos hommes politiques dans une perspective réaliste. Ils croient encore trop facilement aux promesses et tendent à placer tout événement dans le contexte d’une vision utopique de l’avenir, en conformité avec le discours traditionnel canaque, fait de symboles dramatisés et de descriptions épiques. Sur le plan local ils peuvent être, en même temps, d’un pragmatisme déconcertant, car à ce niveau, ils savent tout du rapport de forces. Ils ne comprennent pas le language juridique français et ont une peur panique des engagements écrits, d’une part parce que les documents écrits ont toujours été utilisés pour tromper les Canaques, d’autres part parce qu’ils tendent à vouloir préserver à toute force leur liberté de décision, en toutes circonstances. Jean-Marie Tjibaou, derrière la langue imagée et symbolique utilisée, et le système de références apparemment un peu figé où il se réfugiait quand il était mis au pied du mur et voulait se donner du champ, est celui qui présente la plus grande capacité d’imaginer ou d’accepter des compromis, même parfaitement boiteux. Ce faisant, il provoquait une méfiance constante de la jeune génération, qu’il ne s’est jamais donné les moyens de contrôler et qui tendait à le dépasser par ses initiatives. Il s’irritait de ces initiatives et il ne cherchait à les récupérer que si elles avaient pris de l’ampleur et qu’il ne pouvait passer pour en être responsable. Ce n’était pas un violent et il ne pratiquait pas la haine comme outil politique. Mais il pouvait être brutal et prendre le risque d’apparaître dépourvu de sensibilité dans son propre univers politique. En résumé, c’était un homme politique de classe, qui aura joué localement un rôle considérable, dont on ne savait quand il se ferait dépasser et rejeter par les jeunes dirigeants qui montaient, mieux formés et mieux informés du monde extérieur que lui. Les Caldoches, qui le haïssaient bien à tort, souffriront bien davantage du fait de la génération canaque qui s’annonce.

 

 

independance

3 mars 2021

Comité Basque 23 02 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 31 min

autocollant 7

RETROUVEZ ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS SUR

 

http://mixcloud.com/skuale/

ou

http://mixcloud.com/radiolibertaire/

pablo H

 

 

Au sommaire de l’émission du CSPB du 23 02 21

Pablo Hasel rappeur qui nous accompagnera en musique dans l’émission

Libération prochaine de Lorentxa Beyrie au mois d’avril,

Nous entendrons également les interventions de Juan sur le rassemblement au pont de béhobie, la voix de Loréa sur le procès de Galder barbado et Aitor Zelaia et d’Inaki Dominguez politologue et ancien preso qui s’exprime sur les élections etasuniennes, et enfin Maité sur le tortionnaire Galindo qui est mort à 82 ans du Covid .

 Le procès de Josu qui se tenait ce lundi, l’occasion de revenir sur le parcours de Josu Urrutikoetxea dans un article de médiapart procès qui est reporté au 13/14 septembre, mais un autre procès se tiendra le 21 /22 juin.    

Rassemblement contre l’extrême droite au pont de Behobie sur la bidasoa à Hendaia

Campane de soutien à Jakes EsnalL pour ses frais de justicea pour faire un don un lien est dispo sur le blog

Répression de la part des forces répressives coloniales française à l’encontre de jeunes corses, venu occuper la pacifiquement la préfecture d’Ajaccio pour demander le rapprochement de militant impliqué dans l’enlèvement de l’ancien préfet Erignac. On entendra un militant corse s’exprimer suite à l’occupation. Et le récit qui en est fait par la presse inféodé au système.  Yvan Colonna a entamé une grève de la faim pour dénoncer ses conditions d’incarcération. Il est actuellement enfermé à la prison d’Arles.

Victoire de Karfa Diallo qui était poursuivi en justice pour rébellion

Abolition de l’esclavage 227ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à l’occasion de la 4ème Black History Month à Bordeaux tjrs avec Karfa Diallo l’occasion également de mettre en exergue le passé négrier de Bayonne au 18ème S

Playlist

PABLO HASÉL CON NYTO – BORROKA DA BIDE BAKARRA, LOS CHIKOS DEL MAIZ – T.E.R.R.O.R.I.S.M.O. con HABEAS CORPUS, PABLO HASÉL – NI FELIPE VI, PABLO HASÉL – NUESTRAS LIBERTADES, PABLO HASÉL (MUERTE A LOS BORBONES), Pablo Hasél- Fuego al Estado español, Pablo Hasél- Juan Carlos el Bobón, Pablo Hasél – Albert Primo de Rivera

 

Pablo Ha

 

POLÉMIQUE – Il est devenu un symbole de la liberté d’expression dans son pays. Le rappeur Pablo Hasél a été arrêté ce mardi matin après s’être retranché à l’université Lerida, en Catalogne, refusant de purger la peine de six mois de prison dont il a écopé pour une série de tweets faisant l’apologie du terrorisme.

17 févr. 2021 11:28 – Jérôme Vermelin

« C’est l’État fasciste qui m’arrête. Mort à l’État fasciste ! » Le regard braqué vers les caméras, le rappeur espagnol Pablo Hasél, 32 ans, a exprimé sa colère alors qu’il venait d’être délogé ce mardi matin par les forces de l’ordre de l’université de Lerida, en Catalogne, où il était retranché depuis la veille avec une dizaine de sympathisants.

 

De son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, cet artiste issu de la scène underground avait été reconnu coupable en juin dernier d’apologie du terrorisme, d’injures et de calomnie à l’encontre de la couronne et de l’État suite à une série de tweets datant de la période 2014-2016 dans lesquels il insultait les forces de l’ordre espagnoles, les accusant de tortures et d’assassinats. « 50 policiers blessés ? Si ces mercenaires de merde se mordaient la langue en bouffant une hostie, ils diraient qu’ils sont blessés ».

 

Ou encore celui-ci, retrouvé par El Periodico :  « Tu tues un policier ? Ils sont capables de te chercher sous une pierre. Le police assassine ? Aucune enquête ». Et encore celui-ci, où il estime que le terroriste de l’ETA, l’organisation paramilitaire indépendantiste basque, a été « assassiné par la police ».

 

 

Un personnage qui divise l’Espagne

Condamné à neuf mois de prison ferme, il avait jusqu’au vendredi 12 février pour se rendre de lui-même aux autorités. Ce dont il s’était bien gardé, contestant depuis le début de la validité de sa sentence. « Ils devront venir m’enlever et cela servira aussi à dépeindre l’État sous son vrai visage, celui d’une fausse démocratie », avait-il déclaré à l’AFP avant de se retrancher à l’Université de Lerida.

 

Depuis plusieurs semaines, le cas de Pablo Hasél divise la société espagnole. Fils d’un entrepreneur catalan, il a déjà été condamné à plusieurs reprises pour ses textes faisant référence aux organisations armées d’extrême gauche comme les Groupes de résistance antifasciste du 1er octobre (Grapo), classés dans la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis, et accusés d’un millier d’actions violentes entre 1975 et 2003 en Espagne, avec à la clé 80 assassinats et tentatives de meurtre.

 

 

Pablo Hasél, qui a découvert le rap à l’âge de 10 ans en écoutant la formation américaine NWA et son album culte Straight Outta Compton, a choisi son nom de scène en référence à un conte arabe dans lequel un guérillero fait tomber la monarchie. Dans l’une de ses chansons, baptisée Morts aux Bourbons, il s’attaque à la famille royale espagnole qu’il accuse d’être l’héritière du régime franquiste.

 

 

Javier Bardem et Pedro Almodovar le soutiennent

Jusqu’ici, la justice s’était montrée clémente à son égard, en raison de son absence d’antécédents judiciaires. Après avoir écopé de lourdes amendes, c’est la première fois qu’il était condamné à de la prison ferme, une sanction qui fait débat. Alors que Pablo Hasél a reçu le soutien de personnalités comme l’acteur Javier Bardem et le cinéaste Pedro Almodovar, signataires d’une tribune parue dans la presse, l’affaire est devenue une épine dans le pied du Premier ministre socialiste Pablo Sanchez.

 

Depuis plusieurs mois, son gouvernement a en effet promis de réfléchir à une réforme pour que les excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques, culturelle ou intellectuelles, ne relèvent plus du droit pénal et ne se traduisent plus par de peines de prison. La semaine dernière, le porte-parole Maria Jesus Montera avait  lui-même reconnu le « manque

de proportionnalité » de la peine infligée au jeune artiste.

 

Ce mardi, le parti de gauche radicale Podemos, partenaire des socialistes, s’est indigné de l’arrestation de Pablo Hasél. « Tous ceux qui se considèrent progressistes et se vantent de la pleine normalité démocratique devraient avoir honte. Vont-ils fermer les yeux ? Il n’y a pas de progrès si nous ne voulons pas reconnaître les manques démocratiques actuels », a réagi la formation politique sur Twitter.

POLÉMIQUE – Après avoir été arrêté mardi alors qu’il refusait de purger une peine de neuf mois derrière les barreaux pour apologie du terrorisme, le rappeur Pablo Hasél a écopé jeudi de deux ans et demi d’emprisonnement pour avoir menacé le témoin d’un procès contre des policiers. Une nouvelle condamnation qui intervient alors que son arrestation a provoqué de violents affrontements dans plusieurs villes.

19 févr. 13:53 – Jérôme Vermelin

C’est l’homme qui déchaîne les passions en Espagne. Le rappeur Pablo Hasél, 32 ans, a été délogé mardi de l’Université de Lerida où il s’était retranché le week-end précédent, refusant de purger sa peine de deux mois et de prison apologie du terrorisme, mais aussi injures et calomonies à l’encontre des autorités de son pays. Des propos qu’il avait tenu dans une série de tweets publiés de 2014 et 2016 et qui ont fait de lui un symbole de la lutte pour la liberté d’expression.

 

Soutenu par de nombreuses personnalités du showbiz comme Pedro Almodovar et Javier Bardem, ce fil d’un entrepreneur catalan est devenu une épine dans le pied du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, le parti de gauche radical Podemos, dénonçant mardi une arrestation qui met en lumière « les manques démocratiques actuels ».

 

Des manifestations dans tout le pays

Dans la soirée de mardi, des violences ont éclaté en marge de manifestation de soutien au rappeur, organisée dans plusieurs villes du pays. Plus de 60 personnes ont été arrêtées et plusieurs dizaines blessées, dont une jeune fille qui a perdu un œil à Barcelone. « La démocratie ne justifie jamais, au grand jamais, la violence », a réagi ce vendredi Pedro Sanchez, dans une très brève déclaration en ouverture d’un discours en Extrémadure (ouest).

Pablo Hasél ne quitte plus la Une des journaux puisqu’il vient d’écoper d’une nouvelle condamnation, cette fois à deux ans et demi de prison ferme pour avoir menacé le témoin d’un procès contre deux policiers, a indiqué le tribunal de Lérida (nord-est), sa ville natale. Si la décision a été prise le 12 février, elle n’a été rendue publique que jeudi, dans un contexte pour le moins tendu.

 

Selon le verdict, le rappeur avait publié en octobre 2017 sur Twitter la photo du témoin d’un procès contre deux policiers municipaux, assurant que les agents avaient acheté son témoignage afin d’être innocentés. Deux jours plus tard, Pabel Hasél avait accosté le témoin dans un bar, avait tenté de le frapper et lui avait crié : « Je te tuerai fils de pute, je t’aurai ». Cette décision a été rendue en appel, après une condamnation en première instance. Le rappeur peut encore se pourvoir en cassation.

 

Issu de la scène underground, Pablo Hasél, de son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, avait déjà été condamné pour apologie du terrorisme dans certaines de ses chansons où il prônait des « tirs dans la nuque » ou des attentats suicide contre des hommes politiques, ainsi que pour avoir agressé un journaliste.

Les rues de Barcelone (Espagne) étaient remplies de manifestants samedi 20 février. La foule protestait contre l’incarcération du rappeur Pablo Hasel. Ce dernier est devenu le symbole d’une jeunesse qui s’oppose au pouvoir en place. Mais il a été condamné à neuf mois de prison pour injures et calomnies à l’encontre de la couronne et de l’État. Depuis cinq jours et le début des contestations, une centaine d’interpellations ont eu lieu et on dénombre des dizaines de blessés.

 

La jeunesse veut se faire entendre

Parmi la foule de manifestants présents à Barcelone, beaucoup souhaitent faire passer un message d’indignation. « Il ne s’agit pas seulement de Pablo Hasel. On est constamment réprimés par le gouvernement et cette manifestation, ça permet de dénoncer cela », affirme une manifestante. De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez estime que « ces manifestations sont inadmissibles. Rien ne justifie cette violence ».

 

Pablo Hasel

 

 

 

 

EHBai Biriatu-Hendaia-Urruña

 

behobie

 

Les opposants du Rassemblement National sur le pont International de Béhobie.

 

 

 

[EUS] Estatu mailako Rassemblement Nationalaren elite paristarren hautuaren ondorioz bertako biztanleriaren bahiketa salatu nahi dugu gaur. Macron-Darmanin gobernuak aukeratutako ildo politikoaren bide beretik, ustezko segurtasunaren afera 2022ko hautsekundeetarako Elyséeko lasterketaren muinean sartu dute. Beldur gara ez ote dugun enkante mediatiko batera joan beharko herritarren eta herritarren interesen kalterako.

Leku hau aukeratzeak Bidasoa ibaiaren alde bietara hedatzen den gure bizi-eskualdearen errealitatea ez ezagutzea frogatzen du. Muga hau guztiz artifiziala da gure egunerokotasunean. Izan ere, errealitate sozial, ekonomiko, kultural eta jai-giroko bat partekatzen dugu. Hemen kanpaina bat hastera etortzeak, mugak indartzea aldarrikatzeko, Urruña, Biriatu, Hendaia, Irun eta Hondarribiako biztanleekiko mespretxua islatzen du.

 

Migratzaileen eta migratzaileen estigma hautatzeak agerian uzten du RNaren lehentasunen ordena. Aurrekaririk gabeko osasun testuinguru bat bizi dugunean, aukera hori ez da egokia. Krisi honek argi utzi du osasun-sistemaren karentziak azken hamarkadetako gobernuen aukera liberalen ondorioz. Etorkizuneko giza eta finantza-baliabideak zabaltzea, kalitatezko zerbitzu publikoa bermatzeko, batez ere ospitale publikoari dagokionez, klase politikoaren kezken muina izan beharko litzateke. Ikusten dugu ez dela hori ez RNrentzako ez gobernu honetarako.

 

Azkenik, berretsi nahi dugu Euskal Herriak harrera-lurralde ireki eta solidarioa izaten jarraitzen duela. Gorrotozko hitzaldi xenofoboak ez dira inoiz ongi etorriak izango.

 

[FR] Nous tenons à dénoncer la prise d’otage dont a été victime la population locale, conséquence du choix des élites Parisiennes du rassemblement national, bien relayé par le gouvernement Macron-Darmanin, de placer la question sécuritaire au cœur de la course à l’Elysée à l’occasion de l’élection présidentielle de 2022. Nous craignons de devoir assister à une surenchère médiatique au détriment des intérêts des citoyens et des citoyennes.

 

Le choix de ce lieu démontre la méconnaissance de la réalité de notre bassin de vie qui s’étend des deux côtés de la Bidasoa. Cette frontière est totalement artificielle dans notre quotidien. En effet, nous partageons une réalité sociale, économique, culturelle et festive. Venir lancer une campagne ici, afin de revendiquer le renforcement des frontières remet en cause les liens qui nous unissent et constitue une provocation que nous n’acceptons pas. Elle reflète un mépris vis-à-vis de l’ensemble des habitant.e.s d’Urruña, de Biriatu, D’Hendaia, d’Irun et d’Hondarribia.

 

Le choix de la stigmatisation des migrants et des migrantes révèle l’ordre des priorités du rassemblement national. Au moment où nous vivons un contexte sanitaire sans précédent, ce choix est indécent. Cette crise a mis en évidence les carences du système de santé victime des choix libéraux des gouvernements successifs. Placer le déploiement de moyens humain et financier conséquents afin d’assurer un service public de qualité notamment en ce qui qui concerne l’hôpital public devrait être au cœur des préoccupations de la classe politique. Nous constatons que ce n’est pas le cas pour le rassemblement national ni pour ce gouvernement.

 

Enfin, nous tenons à réaffirmer que le Pays Basque reste et restera une terre d’accueil ouverte et solidaire. Les discours haineux et xénophobes ne seront jamais les bienvenus.

 

100 lagun elgartu gara faxismoaren aurka | 100 personnes réunies contre le fascisme

Suite à l’appel à rassemblement du RN sur le pont International de Béhobie, qui lance sa campagne régionale, une centaine d’opposants s’est rassemblée au niveau du rond-point.

 

Publié le 16 Fév 21 à 15:46

Sur appel de la tête de liste du Rassemblement National, Edwige Diaz, une vingtaine de personnes s’est rendue sur le pont International de Béhobie ce mardi 16 février 2021 afin de « dénoncer l’immigration massive ». Face à eux une centaine d’opposants est venue dire non aux « idées racistes, fascistes et xénophobes ».

 

Pays Basque. Nouveau rassemblement pour dénoncer la fermeture des points de passage à la frontière

Face à Face entre les deux groupes

Une centaine de membres des collectifs : EH Bai, Etorkinekin Solidarité Migrants, La France Insoumise, des sympathisants LGBT et des Antifascistes sont arrivés peu avant 8h soit une demi-heure avant l’heure annoncée par le Rassemblement National.

 

Les opposants du Rassemblement National sur le pont International de Béhobie. (©Bastien Claverie / Actu Pays Basque)

C’est à l’arrivée de la tête de liste du RN, Edwige Diaz, vers 8h30 que l’ambiance s’est tendue. Une banderole a été déployée par la dizaine de militants du parti avec écrit : « Immigration, ça suffit ! ».

 

 

Tandis que certains membres du parti d’extrême droite ont traversé la frontière en direction du Pays Basque Sud afin de partir en toute sécurité, d’autres ont dû être escortés jusqu’à leur véhicule par les policiers suivis de près par les opposants qui scandaient : « Fasciste dehors ! ».

 

 

Campagne au Pays Basque pour les élections Régionales

La candidate aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine a précisé lors de son entretien avec la presse qu’elle était ici car cette frontière est « le symbole d’une immigration massive » et que « la France n’était plus en mesure d’accueillir autant d’immigration ».

 

Nous tenons à réaffirmer que le Pays Basque reste et restera une terre d’accueil ouverte et solidaire. Les discours haineux et xénophobes ne seront jamais les bienvenus.

 

EH Bai

Les autres partis politiques présents dans cette contremanifestation protestent contre la présence du parti RN à la frontière entre le Pays Basque Nord et le Pays Basque Sud. Eskual Herria Bai dénonce « la manipulation honteuse dont est victime la population locale ».

 

Le choix de ce lieu démontre la méconnaissance de la réalité de notre bassin de vie qui s’étend des deux côtés de la Bidasoa. Cette frontière est totalement artificielle dans notre quotidien.

EH Bai

La peste brune, jamais l’expression n’a autant résonné en nous. Alors qu’en l’espace de douze mois les maladies contagieuses aux molécules couronnées sont entrées dans notre quotidien, celle de l’extrême droite se pointe sous notre nez. Bien visible, elle. Mardi 16 février, la candidate du Rassemblement national Edwige Diaz est venue faire campagne pour les élections régionales au pont de Béhobie, déterminée à dénoncer “l’immigration massive”. En novembre dernier, au col du Pertus, en annonçant le renforcement de la surveillance des frontières contre le terrorisme et l’immigration, Emmanuel Macron avait préparé le lit du message de l’extrême droite. Il y a quelques semaines c’était Génération identitaire au col du Portillon, aujourd’hui, c’est le Rassemblement national au pont de Béhobie.

 

Le lien entre la Covid-19 et les idées nationalistes ne se limite pas à une métaphore. Le politologue chercheur au CNRS Vincent Geisser parle “d’hygiéno-nationalisme”. Il était intervenu au centre de formation Etcharry Formation Développement en décembre dernier et avait accordé, à cette occasion, un entretien à MEDIABASK. Il constatait une méfiance accrue à l’égard de certaines catégories de population en temps de crise, symptomatique d’un repli nationaliste. Depuis l’arrivée du coronavirus, les frontières sont perçues comme des forteresses qui nous protègent alors qu’en réalité elles nous renferment.

 

Au Pays Basque, on les veut bien ouvertes. C’est ce que revendiquent des centaines de personnes chaque week-end depuis la fermeture, le 14 janvier dernier, des points de passage frontaliers, mais aussi les chefs d’entreprise, les élus, les personnes qui ont de la famille ou qui mènent leur vie des deux côtés. La libre circulation des personnes est un droit, et c’est encore plus vrai au Pays Basque. On les veut ouvertes à toute personne désireuse de venir, quelle que soit son origine, sa situation, pour une raison simple : cette terre n’appartient à personne. Ou plutôt, elle appartient à tout le monde.

 

Le déplacement de la conseillère régionale du Rassemblement national n’est que le début d’une campagne qui va se prolonger jusqu’en juin, voire plus si la pandémie nous y oblige, et on le voit déjà elle va tenter de centrer le débat sur ses thèmes de prédilection. Des préoccupations très éloignées des débats en cours dans les instances locales. Pour autant, ne nous méprenons pas, ici aussi l’extrême droite gagne du terrain. En 2015, le Front national a obtenu 16,10 % des voix exprimées au premier tour des élections régionales dans notre territoire. En 2010, il en rassemblait entre 5 % et 7 %. Concernant les départementales, le parti de Marine Le Pen a promis des candidats dans tous les cantons, comme en 2015. A l’époque, il avait réussi à se qualifier pour le second tour dans le canton Nive-Adour.

 

Avec des candidats parachutés ou originaires du cru, le fait est que les idées réactionnaires progressent, mais cela ne doit pas être une fatalité. Ce territoire en a longtemps été relativement préservé du fait de sa culture et de son histoire, nous pouvons donc imaginer que le remède à l’extrême droite réside dans la création et l’action. Alors que les politiques menées en Europe et les tactiques politiciennes des uns et des autres ne font que favoriser ces idéologies, ici, l’histoire peut prendre une autre direction, en construisant des projets et des politiques inspirés des valeurs de tolérance, du vivre-ensemble, de l’entraide.

 

behobia

Les deux groupes se faisaient face séparés par les forces de l’ordre. (©Bastien Claverie / Actu Pays Basque)

 

 

Malgré le processus de paix, un négociateur de l’ETA est renvoyé devant le tribunal

josu

 

PAR ANTTON ROUGET

ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 20 FÉVRIER 2021

L’ancien dirigeant de l’ETA Josu Urrutikoetxea, avec son avocate Me Laure Heinich, au

Palais de justice de Paris, le 19 octobre 2020. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP Un ancien dirigeant de l’ETA, qui a prononcé la déclaration de dissolution de l’organisation armée basque, doit être jugé à Paris à partir de lundi. Plusieurs experts en résolution de conflits s’inquiètent du risque de condamner un négociateur de paix. Comment juge-t-on une personne ayant contribué de l’intérieur à la dissolution d’un groupe armé, inscrit sur les listes des organisations terroristes? C’est à cette question, aussi délicate d’un point de vue juridique que politique, que va devoir répondre le tribunal correctionnel de Paris, à partir de lundi 22 février. Trois ans après le démantèlement de toutes les structures de l’ETA, la justice française doit statuer sur le sort de Josu Urrutikotxea, dit «Josu Ternera», l’un des dirigeants emblématiques de l’appareil politique de l’organisation basque. À 70 ans, Josu Urrutikoetxea, né en 1950 sous le franquisme dans un village de la banlieue de Bilbao, a tout connu, ou presque, du mouvement indépendantiste basque: les premiers attentats contre la dictature, l’exil, la prison dans les geôles françaises puis espagnoles, une tentative d’assassinat par un groupe paramilitaire, une élection au Parlement, la clandestinité et les négociations secrètes. Pour finir par la lecture, le 3mai 2018, dans un lieu tenu secret, de la déclaration annonçant la dissolution de l’ETA.

L’ancien dirigeant de l’ETA Josu Urrutikoetxea, avec son avocate Me Laure Heinich, au Palais de justice de Paris, le 19 octobre 2020. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP Josu Urrutikoetxea est arrêté un an plus tard, le 16mai 2019, en Haute-Savoie, alors qu’il se rend à l’hôpital de Sallanches pour y être soigné sous une fausse identité. Atteint d’un cancer, il a finalement bénéficié d’une libération conditionnelle en juillet 2020, dans l’attente de deux procès sur le sol français, avant une éventuelle remise aux autorités espagnoles. La justice ibérique souhaite le juger pour son implication présumée, qu’il conteste, dans l’attaque à la voiture piégée, dont les auteurs ont déjà été condamnés, contre une caserne de la Guardia Civil, à Saragosse, le 11décembre 1987. L’attentat avait causé la mort de onze personnes. En France, Josu Urrutikoetxea est poursuivi pour des faits d’appartenance à une organisation terroriste sur deux périodes distinctes: de 2003 à 2005 pour le premier procès qui s’ouvre ce lundi; de 2011 à 2013 pour le second, qui doit en théorie se tenir en juin. Dans les deux cas, le prévenu est rejugé après avoir été condamné par défaut, avant son interpellation, à sept et huit ans de prison. Pendant les deux périodes concernées (2003-2005 et 2011-2013), il est documenté que Josu Urrutikoetxea s’activait pour la négociation d’un accord de paix entre l’ETA et les autorités, ce qui pose un certain nombre de questions juridiques et provoque l’incompréhension de médiateurs engagés dans des processus de résolution à travers le monde. À partir de 2003, le militant prépare en effet son organisation à l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations. Après l’échec de pourparlers à Alger  en 1989 (auxquels Josu Urrutikoetxea a participé au sein de la délégation internationale du groupe armé), puis en 1999 à Zurich, l’ETA s’engage alors avec les socialistes de José Luis Zapatero dans le lancement d’un nouveau processus de paix. Le schéma est alors de découper les négociations en deux parties. Une première table de négociations, dite «technique», réunissant des représentants du groupe armé et du gouvernement, doit régler toutes les questions matérielles liées à la formalisation d’un accord (cessez-le-feu, prisonniers, victimes, désarmement, présence policière et militaire,etc.). Elle avance en parallèle de discussions politiques, réunissant les acteurs de la scène politique basque et les représentants des institutions. Le cœur des travaux de cette seconde table de négociations, dont les réunions sont hébergées par la communauté jésuite de Loyola, tourne principalement autour de la question de l’exercice du droit à l’autodétermination. Ce processus a été préparé dans chaque camp plusieurs années en amont. Un émissaire des socialistes a été désigné en la personne de Jesús Eguiguren, un élu qui parle basque et a côtoyé sur les bancs du Parlement Josu Urrutikoetxea avant que celui-ci ne rejoigne, en 2002, la clandestinité. M.Eguiguren échange secrètement avec plusieurs figures du mouvement indépendantiste. De son côté, Josu Urrutikoetxea prépare les négociations du côté de l’ETA. «C’est une longue route. Malgré la volonté,

il y a un travail important à réaliser en interne, avec tous les membres de l’organisation, ainsi qu’avec les médiateurs internationaux. Il faut avancer pas à pas dans un contexte particulier: organiser des réunions dans la clandestinité réclame de prendre énormément de précautions en termes de sécurité», expose-t-il à Mediapart, à quelques jours de son procès. Le 14 mars 2004, José Luis Zapatero (PSOE) arrive au pouvoir, trois jours après les attentats islamistes de Madrid, que le premier ministre et candidat du parti populaire (PP) José Maria Aznar aura tenté envers et contre tout d’attribuer à l’ETA. Les discussions s’intensifient, et les événements s’enchaînent: le nouveau gouvernement fait publiquement part de ses dispositions à négocier, et le parti indépendantiste Batasuna, interdit un an plus tôt après le vote d’une loi spécifique par le PP, présente sa «feuille de route pour la paix» le 14novembre 2004. Six mois plus tard, l’ETA annonce un premier cessezle-feu, avant de déclarer une trêve en mars 2006. Dans la plus grande confidentialité, une délégation de l’ETA menée par Josu Urrutikoetxea se réunit, sous la protection de la police fédérale suisse, avec une équipe de négociateurs du gouvernement espagnol conduite par Jesús Eguiguren, à Genève à partir de juin 2005, comme l’ont depuis confirmé plusieurs participants, ou des notes émanant des services de renseignement espagnols ou de l’ETA. Les échanges ont lieu dans l’hôtel Président-Wilson au bord du lac Léman. «Nous sommes alors d’accord sur une chose: “Nous ne voulons pas laisser ce conflit à nos enfants”», retrace M. Urrutikoetxea. Il indique que son groupe «n’a jamais été une organisation militaire mais une organisation politique ayant vocation à négocier. L’idée d’un soulèvement militaire du peuple a été tranchée au sein de l’ETA et abandonnée dès les années 70».

Le socialiste Jesús Eguiguren et le leader indépendantiste Arnaldo Otegi se retrouvent en 2018 dans une ferme où ils ont tenu des réunions secrètes. © Capture d’écran Diario Vasco. À Genève, les discussions sont supervisées par plusieurs ONG, à commencer par le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire, mais aussi par l’État norvégien, bien connu pour ses tentatives de médiation dans le conflit israélo-palestinien, qui a fait de la résolution de conflits à travers le monde un des piliers de sa diplomatie. C’est d’ailleurs à Oslo que se réunissent, à partir d’octobre 2005, les deux équipes de négociateurs.

«Notre délégation a été transportée dans un avion privé, puis escortée par la police diplomatique dans un hôtel réservée à 80 kilomètres d’Oslo», se remémore Josu Urrutikoetxea. Entre les réunions, le dirigeant de l’ETA rend compte de l’avancée des discussions à son organisation, en se déplaçant sous une fausse identité. Il bénéficie aussi d’un sauf-conduit remis par les négociateurs espagnols : deux numéros de téléphone à appeler en urgence s’il est interpellé par la police. Le premier numéro est celui de Víctor García Hidalgo, alors chef de la police nationale espagnole. Le second est celui du préfet Christian Lambert, intime de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur. Le numéro de M.Lambert sera d’ailleurs retrouvé dans les affaires de Jon Iurrebaso Atutxa, un autre membre de la délégation de l’ETA présente à Genève, lors de son arrestation à Périgueux en mars 2007. Bien engagées, les discussions s’enlisent dans la seconde moitié de l’année 2006 malgré les espoirs qu’elles suscitent dans la société basque. Chaque camp reproche désormais à l’autre son manque de sincérité, et plusieurs vagues d’interpellations crispent les indépendantistes. Après plusieurs mois de tensions, l’ETA rompt sa trêve le 30décembre 2006, en perpétrant un attentat à la voiture piégée contre l’aéroport de Madrid. Aujourd’hui encore, les interprétations divergent sur les raisons qui ont conduit à l’échec des négociations. Sept ans plus tard, de retour à Oslo Josu Urrutikoetxea, qui porte un regard critique sur la gestion des événements dans sa propre organisation, se met en retrait et part vivre dans un village de l’Ariège, où il mène une vie normale sous une fausse identité. «Au moment d’entamer les négociations, j’ai

toujours répété à mes camarades qu’il fallait avoir en tête deux choses: le processus n’est jamais une ligne droite, et l’État que nous avons en face ne respectera pas sa parole, explique-t-il, mais malgré cela, il faut patiemment savoir activer deux choses: l’adhésion du peuple au processus de paix, et le soutien de la communauté internationale. C’est cela qui forge la réussite du processus.» L’échec des négociations de 2005-2006 est un coup dur. L’engrenage attentats-arrestations s’accélère en France et en Espagne, jusqu’à l’avènement d’une nouvelle phase d’apaisement avec l’arrêt des actions «offensives» de l’ETA en 2009. Cette annonce est suivie par la tenue d’une conférence internationale pour la paix présidée par le prix Nobel Kofi Annan le 17octobre 2011 à Saint-Sébastien. Trois jours plus tard, l’ETA annonce un cessez-le-feu définitif. « L’orchestration de la déclaration d’Aiete était  la suivante: on fait un acte de reconnaissance internationale de la nécessité de résoudre le conflit, on demande à l’organisation armée des actes concrets et définitifs en faveur du processus de paix, puis aux États d’agir en ce sens en ouvrant un canal de négociation. Le changement de gouvernement à Madrid a tout changé, alors que l’ancien gouvernement était d’accord avec ce scénario-là», indique Véronique Dudouet, experte à la Fondation Berghof. Basée à Berlin, cette ONG, qui intervient dans de nombreuses zones de conflits (Colombie, Népal, Sri Lanka, Indonésie), s’implique aux côtés de représentants de la société civile basque. À Madrid, la donne a en effet brutalement changé en décembre 2011. Le nouveau gouvernement de Mariano Rajoy qui arrive au pouvoir refuse toute discussion. «On ne négocie pas avec les terroristes», répète-t-il, en soignant sa base électorale. Kofi Annan à la conférence d’Aiete d’octobre 2011. © Bake Bidea Pendant les préparatifs de la conférence d’Aiete, des médiateurs internationaux sont allés voir Josu Urrutikoetxea en Ariège: ils veulent qu’il participe aux futurs pourparlers. «Ils m’ont présenté la nouvelle feuille de route, j’ai accepté de mettre à profit mon expérience pour parvenir à un accord de paix», explique-t-il.

Le voilà de retour à Oslo, de 2012 à 2013. «Une voiture diplomatique est venue me chercher en Ariège, j’ai dormi une nuit à l’ambassade de Norvège à Paris puis j’ai rejoint la délégation de l’ETA à Oslo, où nous avons mené une vie normale». Alors que son nom avait disparu des organigrammes du groupe armé, tels que reconstitués par l’Uclat (Unité de coordination de la lutte antiterroriste), Josu Urrutikoetxea réapparaît dans la liste des chefs de l’ETA. À Oslo, la délégation de l’ETA attend pendant plus d’un an de pouvoir entamer des discussions, qui ne débutent jamais. En décembre 2012, un émissaire du Vatican se rend à Oslo pour essayer de faire le lien avec le ministère de l’intérieur espagnol mais le gouvernement Rajoy reste inflexible. Josu Urrutikoetxea quitte la Norvège en février 2013, pour retourner en Ariège. L’ETA définit alors une nouvelle feuille de route.

«Tous les processus de paix sont, par définition, ad hoc et spécifiques. Dans le cas basque, nous sommes dans un processus très particulier dans la mesure où le processus qui a mené à la fin de la violence de l’ETA, puis à son démantèlement, a été conduit de manière unilatérale par le groupe armé et n’a jamais été reconnu comme tel par Madrid», note Pierre Hazan, conseiller en matière de justice de transition auprès du Centre pour le dialogue humanitaire, qui a participé aux préparatifs de la conférence d’Aiete. Non reconnus par les gouvernements, les médiateurs internationaux s’adaptent également à ces circonstances inédites. «Il n’y a pas eu de médiation par les acteurs internationaux mais une orchestration à différents niveaux. Il y a eu ceux qui ont facilité le dialogue discret entre l’organisation armée et différentes institutions, il y a eu le Groupe international de contact (GIC), qui a joué un rôle de représentation et de suivi de la feuille de route, et

la Commission internationale de vérification (CIV), sur la question du désarmement unilatéral», résume Véronique Dudouet. La spécialiste relève qu’«il est assez exceptionnel d’avoir une organisation armée qui se dit prête à engager un processus de démantèlement de ces structures et n’a pas de réponse des États». «L’engagement de l’ETA n’était pas en doute. L’organisation a fait respecter son cessez-le-feu depuis 2011, ce qui démontre aussi sa capacité opérationnelle et sa cohésion», ajoute-t-elle, en indiquant avoir «pris connaissance ensuite du processus de dialogue inclusif que l’organisation avait mis en œuvre auprès de tous ses militants, en clandestinité, en prison ou en exil, pour être sûr que tout le monde suive sa décision».

Emmanuel Macron appelle à ne pas faire «bégayer l’Histoire» Après six années de blocage, et alors que les interpellations se poursuivent dans les rangs de l’organisation, le désarmement se concrétise le 8 avril 2017 à Bayonne. Le procédé est aussi osé qu’inédit: puisque les gouvernements ne veulent pas y participer, des citoyens et des élus décident de le prendre directement en main (lire le récit de cette journée ici). Les observateurs découvrent alors l’importance des stocks de l’organisation qui détenait près de 3,5tonnes d’armes et d’explosifs. À Paris, le gouvernement de Bernard Cazeneuve n’accompagne pas le désarmement, mais ne l’entrave pas non plus. Les autorités policières (le préfet des Pyrénées-Atlantiques Éric Morvan sera promu après cet épisode directeur général de la police nationale) et judiciaires (alors en poste à Bayonne, le procureur Samuel Vuelta-Simon est un ancien magistrat de liaison à Madrid) participent également au bon déroulement de l’opération. Un émissaire du Vatican vient aussi apporter sa caution diplomatique.

« La société civile a pris le relai des États dans le désarmement, y compris pour régler la question judiciaire liée au transport ou à la détention d’armes. C’est quelque chose d’assez incroyable. C’est un modèle désormais utilisé à l’ONU, quand il faut

trouver une solution à une absence de dialogue ou un blocage étatique», commente Véronique Dudouet. Mais l’absence d’accord de paix ne referme pas le conflit. «Dans un processus classique, l’homme qui conduit les négociations et participe à mettre un terme à la violence politique n’est plus considéré comme un ennemi, mais un faiseur de paix. Aujourd’hui, on paye l’héritage de cette absence de formalisation des discussions entre les deux parties», indique Pierre Hazan, qui souligne que le procès engagé contre Josu Urrutikoetxea pourrait «être ressenti comme une provocation inutile». En temps normal, quand le processus de paix aboutit sur un accord négocié, «cela permet la mise en œuvre de mécanismes de justice transitionnelle, qui ont justement vocation à régler les questions judiciaires liées à la participation au conflit», rappelle Véronique Dudouet. En Irlande du Nord, par exemple, «l’accord de paix a permis la libération de tous les prisonniers politiques, et le fait d’avoir appartenu à une organisation inscrite comme terroriste par le gouvernement britannique ne pouvait pas conduire à  la prison après la signature des accords de paix, sous réserve bien entendu que les personnes ne commettent pas d’autres délits ou crimes ensuite», explicite la spécialiste. Rien de tel dans le dossier basque, ce qui fait craindre, au-delà des problématiques individuelles, un précédent international. «Nous devons assurer que les chefs des groupes armés ou leurs représentants puissent se rendre sans danger aux négociations et en revenir, même si nous les considérons comme des terroristes», a rappelé le diplomate Jonathan Powell, dans La Croix. Pour l’ancien chef de cabinet de Tony Blair, engagé dans les négociations préalables à l’accord avec les irlandais de l’IRA, «il est essentiel que les chefs des groupes armés ou leurs représentants consultent régulièrement et en personne leurs partisans, sinon ils ne pourront pas les entraîner dans un accord final nécessitant des compromis difficiles, et on finit par se retrouver avec des groupes terroristes dissidents qui poursuivent les violences». Dans une tribune publiée dans Le Monde, l’ancien président du Sinn Féin irlandais, Gerry Adams, et l’ancien dirigeant de l’ANC sud-africain, Ronnie Kasrils, ont aussi insisté sur le fait que «Josu Urrutikoetxea a fait preuve d’un courage énorme pour promouvoir et rendre possible le débat sur la fin de la violence, le désarmement et la dissolution de l’ETA.

Sans lui, et sans d’autres comme lui, il aurait été pratiquement impossible d’accomplir ce changement substantiel qui s’est produit au Pays basque». «Ceux d’entre nous qui ont participé à l’élaboration d’un processus de paix, qui ont œuvré à la résolution pacifique d’un conflit, savent qu’il s’agit là d’une gageure. Négocier avec son propre camp est toujours la négociation la plus difficile, mais elle est essentielle si l’on veut progresser», rappelaient-ils. Véronique Dudouet pointe ainsi «l’absurdité» de vouloir «juger une personne pour les risques qu’elle a pris afin de transformer le conflit, et de convaincre le mouvement indépendantiste basque de la nécessité d’engager des négociations». «À La Havane, les négociateurs des FARC ont obtenu des garanties avant de venir négocier. Même chose pour les négociations avec l’ELN. S’il y a une issue négative au procès, cela aura de l’impact sur d’autres conflits. Ceux qui prennent des risques pour la paix se diront qu’ils n’ont plus aucune garantie que les choses ne tournent pas mal ensuite pour eux», s’inquiète-t-elle. Au Pays Basque, la situation suscite tout autant d’incompréhension. «Je suis surpris que le parquet national anti-terroriste (PNAT) ne réactualise pas sa manière d’appréhender le dossier basque», exprime le sénateur LR et conseiller départemental de Biarritz, Max Brisson, en relevant un «décalage complet entre ce que nous vivons chez nous et les positionnements du parquet». «Ce décalage est difficile à vivre», ajoute le sénateur. Chaîne humaine pour les prisonniers basques, à Bayonne, le 9 janvier 2021. © Gaizka IROZ / AFP Ce constat vaut pour le cas de Josu Urrutikoetxea, comme pour le sort d’autres anciens membres de l’organisation armée. «On a des détenus qui ont plus de 70ans, qui sont en prison depuis plus de 30ans, et qui auraient été libérés dans un autre contexte», relève Max Brisson. La semaine dernière, le sénateur était reçu, avec une délégation transpartisane d’élus basques et de représentants de la société civile, par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. «Ces dernières années, il y a eu quelques progrès enregistrés en termes de rapprochement des détenus [les prisonniers basques étaient jusqu’ici systématiquement dispersés et éloignés – ndlr] ou dans la levée du statut de DPS (détenus particulièrement signalés), il faut le noter», souligne M. Brisson, «mais il faut que les autorités prennent la mesure qu’il y a au Pays basque un processus irréversible.» Côté espagnol, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, qui a conclu des accords ponctuels avec les indépendantistes basques pour l’adoption de son budget au Congrès, a aussi engagé une série de rapprochements des prisonniers (qui sont au nombre de 216 en France et en Espagne). Le 17 mai 2019, dans le cadre d’une visite préparatoire à l’organisation du G7 à Biarritz, Emmanuel Macron avait affirmé que «le Pays basque est pour moi un exemple, quand je regarde ces dernières années, de résolution d’un conflit et de sortie des armes».En soulignant le travail réalisé par la société civile et les élus locaux, le président affirmait alors que «le devoir de l’État est d’accompagner le mouvement», pour ne «pas faire bégayer l’Histoire». «Cette parole forte ne s’est pas accompagnée d’un renouvellement de l’approche du PNAT, qui reste dans une posture de combat», regrette Max Brisson. L’avocat Serge Portelli, qui a pris la robe après une carrière de magistrat, l’a bien constaté dans les dossiers dans lesquels il est intervenu ces dernières années: «Tout ce qu’on peut dire sur la remise des armes et la dissolution est acté, mais pas réellement pris en compte. Quand on fait des demandes de libérations conditionnelles pour des détenus en prison depuis 30ans, le parquet continue à dire: “On ne sait jamais, la violence peut repartir.” Il n’a pas fait une croix sur le passé.» L’absence d’institutionnalisation du processus de paix oblige ainsi à «avancer au coup par coup», ajoute MePortelli. Avec sa consœur MeXantiana Cachenaut, l’avocat a toutefois obtenu, fin 2020, une décision favorable à Iratxe Sorzabal, une autre ancienne dirigeante de l’ETA, qui était avec Josu Urrutikoetxea à Oslo de 2012 à 2013, et qui a conduit l’organisation armée vers son désarmement. Appelée à se prononcer sur un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne à l’égard de MmeSorzabal, la cour d’appel de Paris a refusé cette remise, le 16décembre 2020. La décision va dans le sens d’une prise en compte, par les tribunaux français, des spécificités du conflit basque. En l’espèce, la cour a expliqué que les autorités espagnoles n’avaient «pas répondu avec suffisamment de sérieux et de rigueur au risque de violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme», qui aurait dû garantir le droit à un procès équitable à Iratxe Sorzabal. Cette décision est d’autant plus notable que, les années précédentes, d’autres mandats d’arrêts avaient été acceptés à l’égard de MmeSorzabal, qui dénonce avoir subi des actes de torture en garde à vue, en 2001. Ces allégations, contestées par Madrid, reposent sur des «preuves convaincantes», selon le Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture. «La position du parquet et la décision de la cour ont été courageuses», relève MePortelli, «pour la première fois, les faits de torture accablants au cœur de ce dossier ont été pris en considération», alors que l’Espagne enchaîne les condamnations devant la Cour européenne des droits de l’homme pour ne pas avoir enquêté sur des dénonciations de torture (la dernière en date, le 19janvier 2021). Lorsqu’ils ont rendu leur arrêt, Serge Portelli a tenu à saluer le «courage» de l’avocat général et de la cour. «Pour l’instant, nous sommes prudents dans l’interprétation de cette décision», ajoute l’ancien magistrat, «je suis curieux de voir comment va évoluer la position du PNAT».

 

Boite noire Véronique Dudouet et Pierre Hazan ont relu leur citation avant la publication de cet article.

 

ikurina etoile independentzia 15x8 300

 

 

Il est tristement célèbre pour le traitement infligé aux militants basques dans la tout aussi sinistre caserne d’Intxaurrondo, à Donostia. Décoré à plusieurs reprises, il avait atteint le grade de général et, malgré une condamnation à 71 ans de prison, Enrique Rodriguez Galindo a vécu libre, sous contrôle judiciaire, au cours des deux dernières décennies. Il est mort de la Covid-19 le 13 février, date de la Journée internationale contre la torture. Il allait fêter ses 82 ans.

Sa réputation s’est forgée dans les années 80 et ce n’est qu’en 1999 qu’il a dû répondre de ses actes devant l’Audience nationale espagnole. Il a été condamné dans les procès du Gal, plus particulièrement, dans la disparition et la mort de Joxean Lasa et Joxi Zabala, réfugiés basques enlevés à Bayonne en 1983. Après cinq ans derrière les barreaux, le gouvernement de Rodriguez Zapatero lui avait rendu la liberté en 2004 pour des raisons de santé.

Né à Grenade,  fils de Garde vivil, Enrique Rodriguez Galindo était devenu chef de la circonscription du Gipuzkoa en 1980, responsable de la caserne d’Intxaurrondo pendant 13 ans. Ce haut lieu de la lutte contre les militants basques est également connu pour ses liens avec le Gal et le trafic de drogue. Il n’avait pas été donné de suite au rapport intitulé « Navajas », rédigé par le procureur chef du Gizpuzkoa. En revanche, le général avait eu gain de cause dans la plainte qu’il avait portée contre le groupe de rock Negu Gorriak pour une chanson, « Ustelkeria », dénonçant le système Galindo.

Dans la mémoire collective basque, seul un autre personnage atteint le même niveau au panthéon de l’infamie, le responsable de la police espagnole franquiste Meliton Manzanas.

 

galindo

Rodriguez Galindo avait été aussi jugé à Donostia pour une affaire de trafic de drogue. © DR

Alors que beaucoup de média en Espagne présente le tortionnaire Galindo comme un héros qui à vaincu l’organisation ETA il est bon de rappeler la face cachée de ce personnage qui a à son actif par les ordres qu’ils donnaient le sang de centaines de militant-e-s basques ou opposant-e-s espagnols et catalans, torturé-e-s et tué-e-s dans les geôles espagnoles. Et de revenir sur un article datant de 2004 par un collectif antfaxista. La Haine.org  

 

EH Antifaxista2

 

Le général Galindo recevra le troisième degré

x La Haine / agences

L’ancien général de la Garde civile, Enrique Rodriguez Galindo, condamné à 75 ans de prison pour le meurtre de Lasa et Zabala, obtiendra le 3e degré pénitentiaire sans avoir purgé les trois quarts de sa peine. Rappelons-nous un peu qui cette personne est

 

Galindo demandera le troisième degré après la décision de l’audience de ne pas l’exiger de purger la moitié de la peine

MADRID, 18 (EUROPA PRESS)

L’ancien général de la Garde civile Enrique Rodríguez Galindo, qui purge 75 ans de prison pour « l’affaire Lasa y Zabala », demandera immédiatement son transfert dans la prison du troisième degré, une fois que la Cour nationale aura décidé de modifier son régime afin qu’il puisse déménager monter le grade sans avoir purgé la moitié de sa peine, selon ses sources de défense informées Europa Press.

Bien que cette demande ait déjà été formulée précédemment, Galindo demandera à nouveau le transfert au troisième degré à la commission de traitement de la prison d’Ocaña, dans laquelle il purge une peine. S’il était accordé, l’ancien général n’aurait qu’à aller en prison pour dormir du lundi au jeudi et aurait les week-ends de congé.

Cette demande de promotion de grade peut être faite par Rodríguez Galindo lui-même, qui a été notifié par ordonnance du tribunal national, car lorsque les problèmes liés aux peines sont résolus, il est obligatoire d’en informer les détenus. Le procureur du tribunal national Pedro Rubira a également demandé l’octroi du troisième degré à Galindo lorsqu’il a informé le juge de la modification du régime pénitentiaire du détenu.

L’avocat de Galindo, José María Fuster Fabra, a été satisfait de la décision du juge central de surveillance pénitentiaire de la Cour nationale, Javier Gómez Bermúdez, bien qu’il ait estimé qu’il était « en retard ». A son avis, «des mois» ont été perdus pour qu’ils acceptent désormais ce qu’ils ont toujours soutenu. « Nous avons commencé à voir la lumière au bout du tunnel », a-t-il déclaré à Europa Press.

 

iparherriko talde antifaxista

 

————————————————– ——– Un peu d’informations sur ¡ QUI EST GALINDO

du réseau basque rouge ?

LA «DIRTY WAR» QUE L’ESPAGNE FAIT À EUSKAL HERRIA, sur le site RED BASQUE NETWORK, nous avons publié, en plus des rapports choquants sur les tortures de Basques et Basques perpétrées par la police et les gardes civils espagnols, les preuves que le militant d’ETA Joselu Geresta ne s’est pas suicidé mais a été assassiné. Là, entre autres, il est dit que:

« Le rapport de l’Institut de toxicologie de Madrid dans lequel il est indiqué que José Luis Geresta s’est fait arracher deux dents peu de temps avant ou peu de temps après sa mort a été inclus hier par des responsables pro-Amnesty parmi » les preuves qui le soulignent, avec une force croissante , que des éléments proches de l’appareil d’État, ses forces de sécurité, pourraient être à l’origine du premier et du seul décès des dix derniers mois. « 

L’organisme antirépresseur a indiqué, dans un communiqué, qu’en attendant de recevoir la confirmation officielle du tribunal d’instruction numéro 2 de Donostia, la fuite d’une partie du résultat de cette analyse toxicologique, demandée par la famille du militant basque, « vient à écarter, d’une part, la thèse du suicide et, en même temps, confirme notre plainte selon laquelle des tiers ont tué Geresta. « 

Eh bien, le GARA du 31 juillet dernier a publié qu’un magistrat de la Cour supérieure de justice du Pays basque (TSJPV) avait décidé d’imputer le porte-parole du Conseil national de HB Arnaldo Otegi pour les blessures présumées commises lors de sa déclaration en conférence de presse que la mort de Geresta était un assassinat et l’attribuer aux appareils de l’État espagnol. Curling la boucle de la performance grotesque de la « Justice » espagnole, le magistrat ordonne que la procédure contre Otegi soit suivie devant la cour d’instruction n ° 2 de Donostia. LA MÊME COUR QUI PREND L’ENQUÊTE SUR LA MORT DE GERESTA ET DANS LAQUELLE LA PREUVE QU’IL A ÉTÉ TUÉ FONCTIONNE. C’est-à-dire que lorsque les appareils de l’État espagnol assassinent et que quelqu’un le dénonce, la «justice» espagnole persécute le plaignant et non les assassins.

Et rien ne se passe.

Il y a plus. Beaucoup plus. Le 24 juillet, il a été publié que le gouvernement espagnol avait gracié trois gardes civils condamnés pour avoir torturé Kepa Urra. J’en discute en détail dans l’analyse mensuelle de juillet. Le 30 juillet, la presse publie que 40 avocats du Barreau du Gipuzkoa ont signé un manifeste dans lequel ils dénoncent qu’avec cette grâce, l’État espagnol «APPROUVE ET PROTÈGE la violation des droits de l’homme» et peut provoquer la répétition de la torture pour «COMPTE LES TORTURES AVEC UN VRAI BREVET DE CORSO, se sentant soutenus dans leur travail méprisable « . Le 1er août au GARA, José Mari Esparza publie une chronique intitulée LA QUESTION DU TORMENT dans laquelle il déclare que: « Les Espagnols n’arrêteront pas de torturer. Ils le portent dans leurs gènes politiques. C’est l’essence de leur État. La droite par tradition et la gauche par recrutement, il n’y a rien à voir avec eux. Le pardon nouveau et récent accordé à trois tortionnaires n’est pas un scandale: c’est une pure procédure pour eux de revenir au bloc. Dans le style des Israéliens, il vaut mieux que les Espagnols légalisent ouvertement la torture pour les dissidents. « 

Le même jour, EL MUNDO a publié comment, dans une interview, le ministre de l’Intérieur du gouvernement espagnol n’a pas hésité et a publiquement justifié la grâce des gardes civils tortionnaires « pour de nombreuses raisons: en raison du bilan de ces personnes en dehors de ces événements et car ils ont été très importants dans de nombreuses opérations absolument décisives pour la Garde civile et pour tout le monde « . Autrement dit, PARCE QU’ILS SONT DES TORTURATEURS EFFICACES. Et le journaliste ne se plaint pas.

Et rien ne se passe.

Encore plus. Le 4 août, EL MUNDO a publié que le ministère de l’Intérieur avait divulgué la nouvelle qu’un de ces trois bourreaux de la garde civile graciés allait être promu commandant. L’avocat de Tortureren Aurkako Taldea Begoña de la Cal dénonce, après en avoir pris connaissance, le fait qu ‘«une fois condamné, celui qui est gracié et promu va à l’encontre de l’éradication de la torture.

Et rien ne se passe.

Encore plus. Le même jour, le 4 août 1999, sur la première page de GARA, il y avait un titre en trois colonnes qui disait: « Le » numéro deux « du général Galindo, arrêté pour trafic de drogue. » L’actualité est également en première page de nombreux autres journaux. Le lieutenant-colonel de la garde civile Máximo Blanco, qui commandait la caserne d’Intxaurrondo sous les ordres de Galindo, a été arrêté lundi 2 à Tarragone à la suite d’une opération contre le trafic de drogue, liée à une cargaison de plus de 5 tonnes de haschich. Le 5, EL MUNDO a titré que « le lieutenant-colonel Blanco a collecté 1,6 million sur les » narcos « et détaille ensuite qu’il s’attendait à un autre revenu du même montant cette semaine. Les 5 mêmes titres de la DEIA que « INTERIOR A ASCENDED TOUS LES ANCIENS COMMANDES D’INTXAURRONDO IMPLIQUÉES DANS LES CAS DE TRAFIC DE DROGUES », citant dans le sous-titre les noms de Galindo, Máximo Blanco, Pindado et Palomino. « La démolition d’Intxaurrondo » demande le même jour dans le titre de sa chronique et dans le texte le directeur adjoint de DEIA Xabier Lapitz qui se souvient des victimes des casernes assassinées par la torture (Lasa, Zabala, Zabalza … et autres) et ajoute «aux anonymes accro aux drogues que les chefs de la garde civile de cette sinistre caserne se sont consacrés à distribuer pour leur profit personnel». Il récite également les noms de Galindo, Máximo Blanco, José Ramón Pindado, Andrés Palomino et le caporal Cruz. Ajoutant que << Ils avaient tous des responsabilités dans la lutte contre l’ETA sous le commandement direct de Galindo. TOUT LE MONDE A APPRIS LE COMMERCE DE LA DROGUE AU MEGACUARTEL DE LA GARDE CIVILE DE GIPUZKOA. Leurs victimes sont mortes de surdoses, du sida,

Mais l’allégation la plus lucide et la plus retentissante sur le sujet est publiée par Pepe Rei le même jour 5 dans un article de GARA intitulé CRÉMENES ORGANIZADOS. Après avoir examiné une liste de noms de gardes civils d’Intxaurrondo, Pepe Rei déclare: « Ils ont tous une peine finale pour trafic de drogue ou contrebande à grande échelle. Mais ils ne sont que la pointe de l’iceberg qui cache la grande vérité que l’Intxaurrondo est une énorme source de corruption. Et pour mémoire, ce ne sont pas mes paroles, mais elles ont été prononcées en son temps par un général du même corps nommé Pedro Catalán. « 

Pepe Rei ajoute: « Il est clair que le » Galindo rouge « a été l’une des armes les plus meurtrières que la garde civile a utilisées au nom de l’État espagnol pour lutter contre la gauche indépendantiste basque. Et ce ne sont pas non plus mes paroles: il les a corroborés en premier mai dernier, le narco Vedat à ‡ icek devant le chef de la cour d’instruction n ° 1 de Donostia: LA GARDE CIVILE INTRODUIT LE HÉROS AU PAYS BASQUE POUR DES MOTIVATIONS POLITIQUES CONTRE LA JEUNESSE DE CE PEUPLE « 

Pepe Rei déclare également que « personne ne compte les milliers de jeunes qui ont pris la drogue pour récompenser les hommes de main de Galindo. Pour les morts de la drogue, il n’y a pas de minutes de silence, ni d’homélies en leur honneur. MAIS CE SONT AUSSI DES VÉRITÉS DE LA DIRTY GUERRE DE L’ÉTAT ESPAGNOL « 

Yahoo News, 10 mars 2003

Le juge de Saint-Sébastien confirme le dossier de l’affaire contre Rodríguez Galindo pour lien présumé avec le trafic de drogue

SAN SEBASTIAN, 10 (EUROPA PRESS)

Le tribunal d’instruction numéro 1 de Saint-Sébastien a confirmé le dossier de l’affaire contre l’ancien général de la garde civile Enrique Rodríguez Galindo et l’ancien sergent Enrique Dorado Villalobos pour liens présumés avec des réseaux de trafic de drogue, contrebande et proxénétisme, comprenant que les accusations « ce sont de simples rumeurs qui n’ont pas été prouvées », selon la voiture à laquelle Europa Press avait accès.

De cette manière, le tribunal rejette l’appel au dossier déposé en juillet dernier par l’association contre les réseaux de trafic de drogue Adore.

Le juge n’a pas non plus admis, comme Adore l’a demandé dans son appel, demander au ministère de l’Intérieur toutes les fausses identités que Rodríguez Galindo et son épouse avaient fournies, afin d’enquêter sur les biens de celui qui était responsable de l’Intxaurrondo Caserne.

En ce sens, il fait valoir que l’enquêteur « n’a pas l’obligation d’admettre tous les éléments de preuve demandés par les parties », d’ajouter que la procédure a été ouverte en 1991 et, après plus de douze ans d’enquête, « l’enquête n’est pas pertinente dans le sens de pouvoir se trouver devant une infraction pénale « .

En outre, il rappelle que, le 29 février 1997, le tribunal de Saint-Sébastien a demandé au tribunal central d’instruction 5 de la Haute Cour nationale de lui transmettre le témoignage des « données utiles à l’enquête qui peuvent exister dans le résumé 17/95″ ( cas Lasa-Zabala), « sans donner de résultat, après l’énorme travail d’enquête » qu’il avait effectué sur les biens de Rodríguez Galindo et de sa famille dans le cadre de cette procédure.

L’accusation populaire a demandé au tribunal d’instruction dans son appel que, si elle la rejetait, elle devait être déposée devant le tribunal provincial de Gipuzkoa, qui devrait donc l’étudier maintenant.

L’enquête sur l’implication présumée d’agents d’Intxaurrondo dans des réseaux de trafic de drogue à Guipúzcoa a été rouverte en 1996 par ordonnance du tribunal provincial, qui a confirmé l’appel d’Adore, après que la cour d’instruction 1 a rejeté les plaintes de ce groupe.

 

Il y a quelques jours un enregistrement a été retrouvé qui prouve l’implication dans des actes de tortures et de meurtres de haut dirigeant de la guardia civile

Certains enregistrements du haut commandement de la Garde civile montrent que Zabalza est mort après avoir été torturé

x Ananas Begoña

Un moment de la conversation entre le colonel Juan Alberto Perote et le lieutenant Pedro Gómez Nieto.

 

Certains enregistrements de hauts commandants de la Garde civile montrent que Zabalza est mort après avoir été torturé à Intxaurrondo

Le 26 novembre 1985, la garde civile a arrêté Mikel Zabalza, l’a transféré à Intxaurrondo et a disparu. Le 15 décembre, son corps a été retrouvé dans la rivière Bidassoa. Público  propose en exclusivité l’audio, jamais entendu publiquement, d’une conversation entre l’ancien colonel du CESID Luis Alberto Perote et le capitaine de la Garde civile Pedro Gómez Nieto dans laquelle il est admis que Zabalza est mort après avoir été torturé. Le document est ressorti de l’enquête menée par Miguel Ángel Llamas et Amaia Merino pour le film documentaire «Non dago Mikel?», Qui sortira en salles vendredi.

  Le 26 novembre 1985, à l’aube, la Garde civile a arrêté le jeune Navarrais  Mikel Zabalza , chauffeur de bus à Donosti. Dans l’opération, ils ont également arrêté sa compagne, Idoia Aierbe, et son cousin, Manuel Vizcay. A Orbaitzeta, ils ont attrapé ses frères Patxi et Aitor, et à Errenteria, ils ont arrêté  Ion Arretxe . Quatre d’entre eux – Mikel Zabalza, Vizcay, Idoia Aierbe et Arretxe – ont été transférés à Intxaurrondo et détenus au secret en vertu de la loi antiterroriste. Il ne fallut pas longtemps pour qu’ils soient libérés, tous sauf Mikel, dont on ne savait rien d’autre.

Les vingt jours suivants, la tension au Pays basque et l’intérêt des nouvelles grandirent. La famille a désespérément recherché le jeune homme et s’est rendue à la caserne Intxaurrondo de la Garde civile, où les autres détenus ont affirmé l’avoir vu ou entendu. La garde civile a  déclaré que l’homme s’était échappé lors d’une prétendue reconnaissance d’un zulo à Endarlatsa. Aujourd’hui, 35 ans après le meurtre, la conversation entre le colonel du CESID de l’époque Luis Alberto Perote  et le capitaine de la Garde civile  Pedro Gómez Nieto , en poste à Intxaurrondo sous Galindo, peut être entendue publiquement pour la première fois  , dans laquelle Ils admettent que Mikel Zabalza est mort tout en étant torturé dans cette caserne.

Le document sonore, retrouvé lors de la perquisition cellulaire de l’ancien colonel du CESID Luis Alberto Perote, fait partie de l’enquête que les réalisateurs  Miguel Ángel Llamas et Amaia Merino ont  menée pour leur film documentaire  Non dago Mikel?  ( Où est Mikel? ), Qui sortira en salles vendredi prochain. Dans leur conversation, Perote et Gómez Nieto ont fait référence à l’existence d’un rapport du service d’espionnage qui a rapporté les événements.

Bientôt, ce fichier audio sera inclus dans le nouvel épisode de la  websérie Galdutako Objektuak , qui est publié sur Ahotsa.info et est réalisé avec du matériel bonus du film. Le réalisateur Miguel Ángel Llamas, lorsqu’il a commencé à travailler sur le film en 2011, a été arrêté lors d’une opération de la police nationale visant à démanteler le site Web Apurtu.org. Il a passé un an et demi en prison, a été libéré sous caution.

Les  journalistes d’ El Mundo ,  Antonio Rubio et Manuel Cerdán, ont  publié la transcription de cet enregistrement et l’ont fournie comme preuve au tribunal, dans le résumé d’enquête sur l’affaire Zabalza. Cependant, le tribunal a établi que l’enregistrement  « ne présente pas une qualité de condamnation minimale » , puisque le capitaine Gómez Nieto a nié l’existence d’une telle conversation et le ministre de la Défense Eduardo Serra, par lettre du 11 juillet 1996, a indiqué que « non document au centre contenant des informations susceptibles de contribuer à clarifier les circonstances dans lesquelles la mort de Mikel Zabalza est survenue  . « 

«Non dago Mikel? le film

Non dago Mikel?  –Qui était présent à Zinemira au festival de Saint-Sébastien– raconte ce qui s’est passé pendant ces vingt jours, depuis l’arrestation de Mikel Zabalza, et passe en revue la sinistre piste de torture qui a eu lieu ces années-là au Pays basque. Des témoignages et des images de l’époque et un entretien avec l’écrivain  Ion Arretxe , l’un des détenus ce matin-là, pour l’  Association Mintza Komunikazio Elkartea , complètent le film, dans lequel l’accent a été mis sur la façon dont la disparition de Mikel Zabalza a été vécue. a été la réaction des citoyens du Pays basque et, surtout, l’impunité des responsables encore aujourd’hui.

« D’abord vous allez parler et ensuite nous vous tuerons, ici vous n’entendez ni les cris ni les coups de feu », ont déclaré les gardes civils à Ion Arretxe, qui avait 21 ans quand ils l’ont arrêté, et qui détaille à l’écran le torture à laquelle il a été soumis. «Intxaurrondo, c’est l’enfer. L’effet du sinistre» , dit-il dans ces images, où il conclut son témoignage en reconnaissant «qu’il y a un moment dans l’arrestation et plus tard qui t’accompagne plus tard dans la vie, l’idée que tu n’as pas été courageux , que tu as été de la merde. Le fait de ne pas avoir été un militant te donne un complexe de culpabilité aussi envers ton peuple et ta propre condition idéologique « .

« Le film a été réalisé à la demande des habitants de la vallée de la famille Zabalza, qui se rendent compte que les nouvelles générations ne sont pas très claires sur un fait comme celui de Mikel Zabalza, qui a  bouleversé l’ensemble d’Euskal Herria « , explique Llamas, qui admet que  » tout dire était impossible, car ce n’est pas un cas isolé, cela fait partie d’un contexte. Comment expliquez-vous que dans une démocratie il y a eu une personne arrêtée et disparue et que l’acte est resté impuni? C’est impensable. « 

 

« Ce sont les égouts les plus pourris de l’État », a condamné Llamas, rappelant comment l’un des policiers qui ont pris la parole dans l’  affaire Lasa et Zabala  « a été brutalement attaqué et que d’autres personnes clés sont  décédées dans de rares circonstances « . Son film, maintenant, cherche à se connecter surtout avec ceux qui n’ont pas vécu ces années, en plus, bien sûr, de parvenir à une certaine reconnaissance de ce qui s’est passé « afin que cela ne se reproduise plus. Il existe une étude scientifique de la torture, certaines nous avons souffert, nous voulons que les données soient mises sur la table. « 

« L’affaire Mikel Zabalza – ajoute Llamas -  était une catharsis collective . Elle a changé certaines choses, mais elle n’a pas changé le jeu politique. Quand Miguel Ángel Blanco s’est produit, les hommes d’Herri Batasuna ont continué en HB ». À cette époque, le Pays basque éprouvait «l’indignation et la tristesse», dit la réalisatrice Amaia Merino. «Les gens n’avaient pas peur d’affronter la police et nous suivons tous les événements au jour le jour. Aujourd’hui, la version officielle continue d’être que nous sommes quelques menteurs « .

 

Un des frères de Mikel Zabalza, sur place en sa mémoire.

Non dago Mikel? finit par souligner plusieurs réalités. Premièrement, personne n’a été tenu responsable de la torture et du meurtre de Mikel Zabalza et aujourd’hui, 35 ans plus tard,  la famille continue d’exiger justice . Un rapport du gouvernement basque réalisé par l’équipe du médecin légiste  Paco Etxeberría a  estimé les cas de torture en Araba, Gipuzkoa et Biscaye en 1960 et 2014 à 4 113. Une étude similaire n’a pas encore été menée en Navarre, mais on pense qu’il pourrait y avoir au moins 1 000 autres cas de torture.

<< Depuis 2011, aucun cas de torture pour des raisons politiques n’a été signalé. Puis cinq détenus ont dénoncé et finalement trois d’entre eux ont obtenu leurs revendications à Strasbourg. Mais la loi antiterroriste et la détention au secret sont toujours en vigueur, qui est un espace d’opacité totale dans lequel les détenus sont laissés entre les mains de la police. Et les techniques de torture d’aujourd’hui ne laissent aucune trace. La torture en Espagne ne fait pas l’objet d’enquêtes », a déclaré Llamas.

 

Miguel Ángel Llamas ‘Pitu’ et Amaia Merino, les réalisateurs.

https://m.publico.es/politica/mikel-zabalza-recordings-altos-mandos-guardia-civil-zabalza-torturado-murio-intxaurrondo.html/amp?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=true_publico=social&

 

Karfa2

 

PROCÉS DE LA NÉGRESSE – 1ère victoire contre les violences policières et les dénominations racistes (IMAGES)

AGENDAHOMMAGE 15 janvier 2021 Patrick Carl 1

 

karfa1

 

Selon les avocats, Colette Capdevielle et William Bourdon « Ce jour, le tribunal correctionnel de Bayonne a relaxé Karfa Diallo, accusé de rébellion envers les forces de l’ordre. Les soussignés saluent cette décision qui met en échec la tentative de criminalisation de l’action militante et antiraciste de leur client. Ils persistent à considérer que ces poursuites n’avaient aucunement lieu d’être, alors au surplus que Karfa Diallo a été victime d’une intervention policière aussi brutale qu’injustifiée. Ils attendent désormais que la plainte déposée pour violences policières soit traitée avec célérité et en prenant compte cette décision de relaxe. »

 

 karfa

Pour Karfa Diallo : « Tout d’abord satisfaction à l’endroit de la justice qui a envoyé un message clair qui consiste à dire que la police française a des droits mais aussi qu’elle a comme premier devoir le respect des libertés associatives. C’est une sanction de cette culture de la scénarisation du délit de rébellion par la police lorsqu’une interpellation se passe mal. Soulagement personnel de sortir de cette épreuve pour passer au dossier de fond qui porte sur la question du racisme systémique à l’oeuvre à Biarritz où la complicité municipale valide les clivages racistes et les clichés misogynes sur l’espace public. Très prochainement, le tribunal administratif devra se prononcer sur le recours que nous avons déposé en décembre pour l’annulation des délibérations municipales qui ont donné à ce quartier l’appellation « la négresse .Honneur et gratitude à l’endroit du comité de soutien qui s’est constitué sous la direction de Patrick Serres et de toutes celles et ceux qui n’ont cessé de nous soutenir tout au long de cette affaire !Au premier rang desquels les avocats Colette Capdevielle et William Bourdon mais aussi les bordelais Cheikh Tijaan Sow et Philippe Barre et le biarrot Galery Gourret. La lutte continue ! »

 

ABOLITION DE L’ESCLAVAGE- Discours du 227e anniversaire à l’Hôtel de Ville de Bordeaux (VIDEO)

AGENDA 5 février 2021 Patrick Carl 1

 

EtdDzuhWgAEosHa

 

Nous avons célébré ce 4 février 2021 le 227e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France dans le cadre de l’ouverture du 4e Black History Month dédié aux athlètes antillais Roger Bambuck et Ghislaine Barnay qui ont brillé dans une France post coloniale aux tenaces clivages racistes.

 

Pour la première fois, le maire de Bordeaux a présidé la cérémonie.

 

Cette date, 4 février 1794, peu connue, atteste des convergences révolutionnaires d’hier pour l’émancipation des hommes, quelque soient leurs couleurs de peau, et celles nécessaires d’aujourd’hui pour réviser l’histoire du racisme, d’en faire affaire commune afin d’en admettre les conséquences et les perspectives.

 

C’est avec beaucoup d’espoir que nous inaugurons ce nouveau chapitre de la résilience bordelaise autour de la protection du Vivant, de son histoire, de sa mémoire et de son actualité.

 

 

Nous remercions le nouveau maire de Bordeaux Pierre Hurmic pour son discours de haute portée humaniste et son engagement à œuvrer pour la transmission de cette mémoire. Ainsi que le consul américain Alexander Lipscomb, le président du département de la Gironde Jean-Luc Gleyze, Gunder Hurizet qui a représenté la mairie de Cenon, le champion de France Romain Mesnil, les élu-e-s présents Olivier Escots, Véronique Seyral Stéphane Gomot Mathieu Hazouard ainsi que nos partenaires Philippe Barre Nathalie Bois-Huyghe Patrick Serres Ousmane Thiam Franck Michel Khan Flo Laval Khadim Bdx Anaïs Gernidos Philippe Rouger.

 

Mention spéciale à la famille Bambuck que leur fille Aurélie Bambuck a représentée de la meilleure des façons possibles. Toute notre gratitude pour sa confiance ainsi que son engagement à œuvrer au partage de cette mémoire.

 

karfa6

 

BLACK HISTORY – Bayonne, ce port négrier qui s’ignore…

AGENDAARTICLES 15 février 2021 Patrick Carl 1

 

karfa5

 La capitale du pays basque ne fut pas seulement un port qui déporta plus de quatre mille cinq cents captifs africains (compte non tenu des pertes dans la capture, la traversée et l’exploitation dans les îles), c’est aussi la communauté d’esclavagistes la plus importante de Saint-Domingue, la colonie la plus riche d’Amérique du 18e siècle.

 

Malgré les études historiques, les traces dans la région et le mouvement national de prise de conscience citoyenne et politique, la ville peine à s’investir dans le devoir de mémoire à l’endroit d’un crime contre l’humanité que la république française a pourtant qualifiée depuis 2001 avec la loi Taubira.

 

Dans le cadre du 4e Black History Month, qui fait escale à Bayonne ce 20 février, il importe que la place de Bayonne et du pays Basque dans l’histoire du racisme doive mériter attention, responsabilité et pédagogie.

 

En effet, selon les calculs établis par l’historien Jean Mettas (Répertoire des expéditions négrières françaises au xviiie siècle, 1984), la participation de Bayonne au commerce colonial s’élève à dix expéditions négrières, faisant de la ville le 8e port négrier français, loin il est vrai, derrière les grands armateurs nantais, bordelais, rochelais et havrais.

 

Même si les dernières recherches font état d’une quinzaine d’expéditions négrières parties de Bayonne, la hiérarchie portuaire négrière française n’est pas néanmoins fondamentalement remise en cause. Avec ses quatre mille cinq cents captifs africains, Bayonne reste un port mineur de traite négrière par rapport aux centaines de milliers déportés par les ports nantais, bordelais, havrais, rochelais ou même Honfleur qui en expédie 37 000 aux colonies françaises en Amérique.

 

Pour les historiens Marion Graff et Jacques de Cauna, qui publient en 2009 le remarquable ouvrage La traite bayonnaise au XVIIIe siècle, il convient d’élargir la place du pays basque dans l’histoire coloniale et raciste aux expéditions négrières parties d’autres ports français (notamment bordelais et espagnols) auxquelles les armateurs bayonnais participent.

 

Quelques-uns ayant poussé le vice jusqu’à se livrer à la meurtrière traite illégale commencée par nombre d’armateurs malgré l’abolition officielle du commerce des noirs décidés par la convention de Vienne en 1815.

 

Le rôle de la traite dans le dynamisme de la construction navale est aussi incontestable à Bayonne où par exemple les frères Dutisné font construire la frégate Le Robuste, de 550 tonneaux et de 24 canons, pour la traite de Guinée, en 1749. Bayonne construit aussi pour d’autres ports notamment Bordeaux. Selon Eric Saugera Bordeaux, port négrier, p241 « en 1766, le constructeur bordelais Picaut livra à Laffon de Ladébat le Roi Mydas pour 17 000 livres, et Dominique Cabarrus Jeune s’adressa à son frère Cabarrus Ainé à Bayonne pour l’achat de deux navires : une frégate d’occasion de 45 000 livres rebaptisée Le Roy de Cabinde et un senau neuf de 21 500 livres appelé Le Roy de Malimbe »

 

Un autre navire négrier, construit à Bayonne pour la Marine royale puis vendu à la Compagnie des Indes Orientales, quitte le port basque en novembre 1760 pour connaitre un plus sinistre sort relaté ces dernières années par un documentaire et une exposition : Les esclaves oubliés de Tromelin.

 

En effet, dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se fracasse sur Tromelin, îlot minuscule sur l’océan indien, mal indiqué sur les cartes de l’époque. A son bord : 140 marins français et 160 captifs africains malgaches. Seuls 80 esclaves parviennent à regagner le rivage en compagnie des membres de l’équipage. Ces malheureux esclaves participent à la reconstruction du navire qui repartira sans eux. Et quinze ans plus tard, ne survivront que sept femmes et un enfant, secourus par le commandant de la corvette La Dauphine.

 

Les historiens suggèrent aussi de réajuster l’ampleur de la participation de la région dans le commerce négrier aux migrations vers les Caraïbes des basques. En effet, gascons, basques et béarnais affluent vers la colonie de St-Domingue où près de 500 000 captifs sont mis en esclavage par 30 000 colons dont 40 % sont des aquitains venus y acquérir des biens, à les mettre en gérance pour certains et revenir en hexagone profiter de leurs revenus coloniaux.

 

Selon Jacques de Cauna L’eldorado des Aquitains : Gascons, Basques et Béarnais aux Iles d’Amérique, 1998, ces aquitains marquent du fer rouge de l’esclavage colonial leur « eldorado » caraïbéen.

 

C’est ainsi que Port-au-Prince, capitale d’Haïti, fut fondée par le béarnais, Joseph de Lacaze, soutenu par son parent l’intendant bayonnais Laporte-Lalanne, et son premier maire à la Révolution a été le Basque Michel-Joseph Leremboure (de la maison Louis XIV à Saint-Jean de-Luz). Et aujourd’hui, dans les campagnes d’Haïti, on peut encore noter l’inscription cadastrale et toponymique de la présence de nos négriers basques : Courjoles, Labarrère, Labadie, Carrère, Dupoey, Darrac, Gaye, Duplaa, Garat, Laborde, Marsan et Navarre. Des présidents de la république et des familles notables portent des patronymes aquitains : Dartiguenave, Salnave, Dartigue, Gardères, Dupuy, Sansarricq et Castéra. Toussaint Louverture lui-même, l’initiateur de la révolution haïtienne, avait une garde dite « béarnaise » et ses aides-de-camp « béarnais ».

 

Cette relation singulière, entre le Pays Basque et les anciennes colonies françaises en Amérique, sera d’ailleurs à l’origine de la déportation d’esclaves dans le port de Bayonne à partir du 17e siècle.

 

Capitaines, armateurs et propriétaires de plantations coloniales, succombant à la fameuse « culture créole », usent de tous les subterfuges pour amener leurs esclaves avec eux en métropole. La Déclaration de royale « sur la police des Noirs » du 9 aout 1776 tente, par une règlementation ouvertement raciste de contenir cette présence qui risque de provoquer, selon son auteur, le procureur du roi Poncet de La Grave, « un assemblage monstrueux » : « les couleurs se mêlent, le sang s’altère ».

 

Cuisiniers, nourrisses, perruquiers, couturières ou blanchisseuses, comme à Bordeaux ou Nantes, les noirs de Bayonne du 18e siècle sont pour la plupart domestiques et majoritairement esclaves au service des grandes familles d’armateurs, de capitaines et de négociants. Une petite minorité de noirs affranchis a pu coexister avec cette population servile dont il est difficile d’avoir un nombre précis.

 

C’est ainsi que le Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, en recense en 1741 onze à Bayonne et quatre à Saint Jean de Luz. Entre 1592 et 1790, prés de 102 « gens de couleur » seront déclarés à Bayonne.

 

10/10/1777 : Azor, nègre né à Saint-Marc et âgé de 14 ans, esclave de Jean Depau-Lega, traiteur à Bayonne, a été appelé par M.M. Depau frères, habitants de Saint-Domingue qui l’ont envoyé en 1776 en France, à apprendre le métier de traiteur (A.N.:COL.F1B4). Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, LE MIDI

 karfa3

La fameuse « négresse », de Biarritz dont l’histoire dit qu’au 19e siècle elle y serait tenancière d’un bar serait-t ’elle une de ceux-là ?

 

24/10/1777 : Catherine, dite Tine, mulatresse créole née aux Cayes-Saint-Louis et agée de 38 ans, esclave de M.Jean-Baptiste de Picot, seigneur de Clermont et chevalier de Saint-Louis, et de Mme de La Fresslière, son épouse qu’elle a suivie comme fille de chambre, a été déclarée par ledit Picot, commandant de Jacmel à présent retiré à Bayonne (A.N.:COLF1B4) Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, LE MIDI

 

Le « Café Négro », créée en 1930, qui trône dans le centre de la ville avec ses tasses représentant un visage africain en serait-il un héritage ?

 

Comment sensibiliser les populations basques au devoir de mémoire sur le racisme qui a servi les intérêts économiques esclavagistes de leur pays jusqu’au 19e siècle ?

 

On le voit, si le port de Bayonne a peu participé de façon directe à la traite négrière, son profit et ses liens avec le système esclavagiste qui a donné naissance au racisme sont indéniables et méritent que les autorités locales s’y engagent.

 

A travers le respect des moments de commémoration fixés par l’Etat français mais aussi par des initiatives culturelles et citoyennes, il s’agit de comprendre comment ces quatre siècles fondés sur l’exploitation et la violence ont produit des imaginaires et des théories racistes durablement installés dans nos sociétés contemporaines.

 

Si le crime est irréparable, des exercices de réparation peuvent être, somme toute, un début de solution politique à ces tragédies du « passé ». Cette réparation est non seulement souhaitable mais nécessaire autant pour cultiver la vigilance sur des formes de barbaries contemporaines que pour s’inspirer des énergies et des forces incommensurables de celles et ceux qui ont fécondé le monde. Bayonne et le Pays Basque sont attendus !

Karfa Sira DIALLO

 

karfa4

 

 

Corse

 

Des jeunes Corses, venus « occuper le bureau du préfet », expulsés de la préfecture d’Ajaccio

Ils étaient venus défendre la cause d’Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, qui avaient participé à l’assassinat du préfet Erignac. Des fonctionnaires auraient également été blessés, selon la préfecture.

 

corse3

 

Une vingtaine de personnes se sont introduites ce lundi 22 février à la préfecture de Corse à Ajaccio réclamant que deux condamnés pour l’assassinat du préfet Erignac, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, purgent leur peine sur l’île, la préfecture déplorant que des fonctionnaires aient été blessés.

À LIRE AUSSI :Macron déplore que les nationalistes n’expriment pas de «regrets» sur Erignac

«Ce groupe d’une vingtaine d’individus» avait «la volonté d’accéder, par la force, au bureau du préfet et de ses services. Cette tentative a échoué », a indiqué la préfecture dans un communiqué. Parmi eux se trouvait notamment selon la préfecture le fils d’Alain Ferrandi, un des deux membres du « commando Erignac » soutenu par les manifestants, le deuxième étant Pierre Alessandri. Après leur intrusion, «par volonté d’apaiser les choses», le coordonnateur pour la sécurité en Corse, Michel Tournaire, a indiqué lors d’une conférence de presse avoir reçu les manifestants dans son bureau pendant 30 à 45 minutes mais a regretté que ceux-ci aient ensuite refusé de quitter les lieux.

Lors de leur évacuation par la police, deux membres des forces de l’ordre et cinq manifestants ont été blessés dans «une mêlée où des coups ont été échangés des deux côtés», a indiqué Michel Tournaire, dénonçant un «coup médiatique» et précisant que le matériel de son bureau –ordinateur, écrans– avait «été projeté», «une armoire forte poussée», une table de réunion et un bureau «cassés». «J’ai déposé plainte pour entrée en infraction dans un bâtiment administratif, violences en réunion et destruction de matériels», a-t-il précisé.

Une enquête confiée à la police judiciaire a été «ouverte pour dégradations, rébellions en réunion, violation de domicile et éventuellement séquestration mais on attend les plaintes», a déclaré à l’AFP la procureure de la République d’Ajaccio, Carine Greff.

Au bout d’une heure trente d’occupation, le groupe d’hommes est sorti de la préfecture, certains avec du sang au visage, en criant «Liberta» (liberté en langue corse), accompagnés par des pompiers. «On avait la volonté de montrer aujourd’hui qu’on est prêts à se mobiliser pour faire respecter le droit (…) et permettre à Alain Ferrandi et Pierre Alessandri de rentrer en Corse», a indiqué aux médias l’un d’entre eux, présenté par Corse Matin comme Simon’ Paulu, fils d’Alain Ferrandi.. «On n’a rien cassé, on n’a bousculé personne, on a été pacifique et la réponse de l’Etat a été la violence comme souvent en Corse», a-t-il ajouté, demandant une réponse «dans les plus brefs délais du gouvernement sur une date précise de retour en Corse» des deux hommes, actuellement emprisonnés en région parisienne, à Poissy (Yvelines).

À LIRE AUSSI :Laurent Marcangeli: «Il faut décrisper la vie politique en Corse»

En janvier, une manifestation avait rassemblé près de 1500 personnes pour demander le rapprochement en Corse des deux prisonniers. Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, arrêtés en mai 1999, ont été condamnés en juillet 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, le 6 février 1998, comme Yvan Colonna, arrêté en juillet 2003 et condamné en décembre 2007. Le refus du premier ministre Jean Castex, le 21 décembre, de lever le statut de «détenu particulièrement signalé» pour les deux premiers condamnés a éteint l’espoir d’un transfert prochain au centre pénitentiaire de Borgo (Haute-Corse), qui n’est pas habilité pour accueillir ce type de prisonniers. Ils sont actuellement emprisonnés en région parisienne, à Poissy (Yvelines). Yvan Colonna, incarcéré à Arles, a commencé une grève de la faim et de la soif mardi 2 février pour protester contre ses conditions d’incarcération.

Dénonciation d’une «répression débridée»

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a condamné sur Twitter «avec la plus grande fermeté l’intrusion inadmissible de plusieurs individus ce matin dans la préfecture de Corse, ainsi que les dégradations qui ont été commises».

« Le refus d’appliquer le droit au rapprochement de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, c’est l’injustice fondatrice», a déclaré à l’AFP le président autonomiste de l’exécutif de Corse Gilles Simeoni. «Répondre à une occupation pacifique de jeunes qui dénoncent une injustice, et à mon avis ils sont légitimes à la dénoncer, par des coups de matraque, je pense que c’est commettre une faute supplémentaire», a-t-il ajouté. Le président indépendantiste de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni et l’association de défense des prisonniers Sulidarita ont eux aussi apporté leur soutien aux auteurs de cette action. Dans un communiqué commun avec le représentant de Corsica Libera à l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni a jugé que l’actuel préfet de Corse, Pascal Lelarge était «définitivement disqualifié pour occuper un poste de responsabilité sur la terre de Corse» et a appelé à «son départ immédiat».

Les groupes d’opposition à l’Assemblée de Corse, Per L’Avvene (droite) et «La Corse dans la République» (droite) ont dénoncé une «escalade pré-électorale qui vient masquer l’incurie et l’absence de résultats sur des dossiers cruciaux dont la Collectivité de Corse», dirigée par une coalition nationaliste, «à la charge».

 

corse2

 

 

 

 

 

NUCLEAIRE JE BALISE la CRIIRAD 02 03 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 14 h 39 min

autocollant 1

RETROUVEZ ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS SUR

 

http://mixcloud.com/skuale/

ou

http://mixcloud.com/radiolibertaire/

nucleaire je balise

Je suis avec Gilles Cousin de l’asso Nucléaire je balise et Roland Desbordes ancien président de la CRIIRAD Commission de recherche et d’information indépendant sur la radioactivité.

Suite à un appel à projet lancé par la région IDF l’asso nucléaire je balise espère que sont idée sera retenue.

Pourquoi avoir participé à cet appel à projet ?

Quelle est le but de cette sonde ?

Comment comptes tu financer le projet avec l’aide de la région. Et sans cette aide ?

Cela s’inscrit-il dans la mission de la CRIIRAD dont tu es je crois un militant membre du bureau ?

Alors parlons de la CRIIRAD. Est-ce une impression ou l’on entend moins la CRIIRAD s’exprimer sur le dossier nucléaire ?

Dernièrement les vents ont amené du sable venu du Sahara et en faisant des prélèvements on a relevé des particules de Césium 137

  Est-ce un phénomène que l’on constate souvent ? quel impact cela a-t ’il   sur l’humain l’environnement etc.

Cela a mis en exergue les essais pratiqués en Algérie mais également en Polynésie par la France ou un rapport du 24 février estiment que les résultats des études mené en Polynésie par l’inserm ne peuvent faire le lien entre les essais et les cancers que dit la CRIIRAD.

J’entendais dernièrement Nicolas Nace de Greenpeace. Sur l’utilisation des vieux réacteurs dont la durée passe de 40 à 50 ans quels en sont les conséquences et quel est la position de la CRIIRAD.

Je lisais que l’IRSN regrettait que la CRIIRAD ne joigne pas ses travaux avec l’IRSN. C’est quoi l’IRSN et Pourquoi ?

L’ACRO est né en même temps que la CRIIRAD vous avez un lien ?

Pour finir quel est aujourd’hui la politique de la France en matière de nucléaire ? la position de la CRIIRAD ? 

 

 

CRIIRAD

 

Présentation du réseau de balises

La CRIIRAD gère, en partenariat avec les collectivités locales :

Un réseau de balises de mesure en continu de la radioactivité atmosphérique dans la Drôme. Ces balises sont situées à Valence, Romans et Montélimar. Le réseau est co-financé par le Conseil Général de la Drôme, la Communauté d’Agglomération de Valence Romans Sud Rhône Alpes et le réseau Montilien.

Une balise atmosphérique et une balise aquatique, en Avignon, co-financées par la Ville d’Avignon, la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon, le Conseil Général de Vaucluse et la Région Provence Alpes Côte d’Azur.

Une balise atmosphérique située au Péage de Roussillon, dans l’Isère. Cette station est co-financée par la Communauté de Communes du Pays Roussillonnais et par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une balise atmosphérique implantée à Saint Marcel d’Ardèche, à proximité du site nucléaire du Tricastin en Ardèche. Ces stations sont co-financées par la Communauté de Communes Du Rhône Aux Gorges de l’Ardèche et par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une sonde gamma implantée à Pérouges, dans l’Ain, à proximité du site nucléaire du Bugey. Le fonctionnement du matériel, hébergé dans un bâtiment communal, est financé par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une sonde de surveillance du débit de dose gamma, équipée d’un spectromètre gamma, localisée à Genève (Suisse). Le matériel est financé par la Ville de Genève.

 

ROLAND DESBORDES

 

Objectifs des balises

 Pourquoi analyser l’air ?

 

En cas d’accident survenant dans une installation nucléaire, le risque principal est le rejet de substances radioactives dans l’atmosphère. Principal vecteur de la contamination, l’air constitue, durant la première phase de l’accident, le paramètre clé pour l’évaluation des risques. La nature et l’activité des radionucléides présents dans le « nuage » conditionnent en effet :

 

Directement, l’irradiation externe. Les rayonnements gamma et bêta émis par les particules radioactives entraînent une irradiation à distance ;

Directement, la contamination par inhalation. Les personnes en contact avec le nuage contaminant peuvent inhaler des particules radioactives ;

Indirectement, en fonction des conditions météorologiques qui influent sur l’intensité des dépôts au sol (dépôts secs et humides), les risques d’irradiation externe et surtout de contamination par ingestion d’aliments contaminés.

C’est pour cette raison que les instruments choisis doivent mesurer la radioactivité de l’air.

 

 Pourquoi analyser l’eau?

 

Les nombreuses installations nucléaires de la vallée du Rhône rejettent de manière chronique des substances radioactives dans le milieu aquatique. Compte tenu des facteurs de dilution et de l’éloignement des différentes installations, il est difficile d’effectuer, à partir d’un seul point de mesure, un suivi des rejets liquides courants. Toutefois, il est primordial de disposer d’une balise qui mesure de manière continue la radioactivité du fleuve en aval des principales installations afin de détecter, en cas d’incident, une augmentation de ces rejets dans le Rhône.

 

Caractéristiques et missions de la balise

 

Chaque balise atmosphérique est constituée d’un dispositif qui aspire l’air à contrôler par un système de pompes et le fait circuler dans plusieurs modules de piégeage (cf. Fonctionnement d’une balise atmosphérique).

 

La balise aquatique analyse l’eau du Rhône qui, après avoir été pompée, transite par une cuve contenant un détecteur de radioactivité gamma, puis est rejetée dans le fleuve (cf. Fonctionnement de la balise aquatique).

 

Une balise atmosphérique a pour mission de :

 

Donner une information sur la qualité de l’air respiré par les populations : afin d’informer les populations pour les protéger, les balises sont situées au niveau des sites les plus peuplés, l’accident de Tchernobyl ayant montré que les problèmes de contamination ne se situent pas uniquement à proximité des installations nucléaires ;

Assurer un contrôle en continu de la radioactivité de l’air, 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Alerter rapidement les populations en cas de contamination grâce à un système de gestion informatique des données, la centrale de gestion. La détection d’une contamination par la balise doit permettre l’intervention immédiate de l’équipe d’astreinte ;

Effectuer des mesures précises. Pour pouvoir relever une contamination avec une précision suffisante, le débit d’aspiration d’air doit être suffisamment important. Le piégeage des substances radioactives qu’elles se présentent sous forme d’aérosols ou de gaz est rendu possible par un double dispositif : un filtre papier retient les aérosols et un dispositif au charbon actif piège les gaz (et notamment l’iode) ;

Discriminer radioactivité naturelle et artificielle. Afin que la surveillance de la contamination artificielle ne soit pas perturbée par les fluctuations des niveaux de radon, il est nécessaire de comptabiliser séparément la radioactivité naturelle. De plus, la mesure retardée sur les radioéléments bêta permet d’affiner la mesure ;

Conserver la mémoire de la contamination : les filtres doivent pouvoir être prélevés et soumis à des analyses complémentaires afin d’identifier et de quantifier précisément la nature et l’activité de chacun des radioéléments présents, cette information étant capitale pour l’évaluation sanitaire de la contamination ;

Permettre de restituer l’évolution de la contamination. Ceci est obtenu par le choix d’un système de filtre à déroulement continu : la balise alerte immédiatement sur l’évolution de la contamination, les analyses de filtre en laboratoire permettent de la caractériser dans un deuxième temps.

Position

La CRIIRAD est une organisation « indépendante des exploitants du nucléaire, de l’État et de tous partis politiques21. »

 

Bien que ne faisant pas partie du Réseau Sortir du nucléaire, certains analystes considèrent que ses prises de position la placent aux côtés des acteurs du mouvement antinucléaire français22. C’était en tout cas la position de sa fondatrice, Michèle Rivasi qui attribuait à la CRIIRAD le « fleuron de la contestation scientifique sur le nucléaire »23.

 

Pour l’IRSN, la CRIIRAD aurait fait des critiques infondées, délibérées et répétées, quand l’Institut a effectué et rendu compte de la surveillance de l’iode radioactif dans l’air, après l’accident nucléaire de Fukushima24,25. De plus, pour l’Institut, la CRIIRAD n’a pas de légitimité pour émettre des revendications de garanties telles qu’elle en a exprimées dans sa lettre publique au Premier Ministre François Fillon du 9 juin 201126, dans la mesure où elle aurait toujours refusé de collaborer avec l’IRSN à des travaux collectifs sur l’évaluation des conséquences radiologiques et dosimétriques en situation post-accidentelle et sur les hypothèses à retenir pour les évaluations prédictives des conséquences, dans le cadre des travaux du CODIRPA27.

 

Selon Roland Desbordes, ancien président de la CRIIRAD :

 

« Notre mission consiste à alerter nos concitoyens sur les risques associés à telle technique, telle pollution, tel déchet. Nous faisons de la recherche pour informer de manière indépendante [...] Nous voyons sur le terrain tous les pions se mettre en place discrètement en faveur des réacteurs de la 4e génération alors qu’il est évident que cette technologie nous oriente sur un modèle de société beaucoup plus dangereux que notre modèle actuel, basé sur l’uranium. La CRIIRAD, sur ce point, appelle au débat public28. »

 

Yvelines. Bientôt une sonde indépendante à Andrésy pour mesurer la radioactivité ?

Une association veut mesurer la radioactivité dans l’air en implantant une sonde à Andrésy (Yvelines). Elle espère obtenir le soutien financier de la Région.

 

« On veut avoir des informations si jamais l’institution ne les transmettait pas. » Gilles Cousin, de l’association Nucléaire, je balise, milite pour l’implantation d’une sonde indépendante de mesure de la radioactivité dans l’air. Pour cela, 45 000 euros sont nécessaires. L’idée a donc été soumise au budget participatif de la région Île-de-France (voir encart), pour débloquer 10 000 euros.

 

Cette sonde, si elle voit le jour, serait située dans la commune d’Andrésy (Yvelines), partenaire du projet.

 

En France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) effectue cette surveillance à travers un maillage plus ou moins étroit du territoire. Ce militant associatif estime qu’une contre-information est nécessaire, tant une catastrophe nucléaire serait nocive à la population.

 

Croiser les données

Il n’y a pas d’installation nucléaire dans les Yvelines. La centrale la plus proche se situe à Nogent-sur-Seine (10), à 130 kilomètres du département.

 

« Cette balise serait utile à l’échelle de la communauté urbaine, de la région, du pays, voire de plusieurs pays. Les mesures pourraient être identiques ou différentes à celles de l’IRSN. Cela permettrait en tout cas de croiser les données. »

 

Gilles Cousin

Nucléaire, je balise

Une sonde indépendante serait une première en Île-de-France qui regroupe 20 % de la population du pays. D’autres sont en cours d’installation à Grenoble (38) et Lyon (69). L’appareil, qui analyserait les rayons gamma, serait exploité par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Celle-ci éditerait des bulletins d’information, accompagnés de conseils en cas de pollution.

 

À lire aussi

 

Yvelines. Le Vésinet : l’arsenal de l’IRSN pour surveiller la radioactivité en France

« En Île-de-France, nous sommes sous les vents dominants de l’ouest, où se trouvent plusieurs installations nucléaires, abonde Nelly Latapie, autre membre de l’association. Souvenez-vous de Tchernobyl, le nuage s’était soi-disant arrêté à la frontière. »

 

Le Siaap et Lubrizol en ligne de mire

En plus de la subvention de la Région, le projet pourrait bénéficier d’une aide de la communauté urbaine Grand-Paris Seine-et-Oise (GPSEO) à hauteur de 5 000 euros. Un financement participatif viendrait compléter le budget.

 

Le budget participatif en bref

La Région Île-de-France a mis 500 millions d’euros sur la table pour financer des projets écologique et solidaire. Cette somme sera lissée sur cinq ans et viendra financer différents projets proposés par des Franciliens et soumis à un vote en ligne.

472 idées ont été retenues à l’issue de la première session, qui se terminait en octobre. Les votes pour la deuxième session, dont fait partie le projet de « Nucléaire, je balise », seront clos le 8 mars.

Plus d’infos :

https://www.iledefrance.fr/budget-participatif-ecologique

 

 

« Le risque est réel. Des accidents industriels récents, comme à Lubrizol (Rouen) et au Siaap (Achères), viennent nous le rappeler », souligne Isabelle Guillot, maire-adjointe déléguée aux risques environnementaux à Andrésy. Cette mairie écologiste vient d’ailleurs de distribuer à tous ses administrés un guide pour savoir réagir en cas de catastrophe naturelle ou industrielle.

 

 

-L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), implanté au Vésinet (Yvelines) notamment, est chargé de surveiller les risques liés à la radioactivité en France.

 

 

Depuis 2001, la surveillance de la radioactivité en France est assurée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), basé notamment au Vésinet (Yvelines). Cet établissement public est en veille 24h/24, sept jours sur sept. Pour cela, il dispose de plusieurs outils de mesures répartis dans tout le pays, dont certains dépendent d’EDF, l’exploitant des centrales.

 

Une mesure toutes les 10 minutes

Il y a les 450 sondes Téléray (vingt-cinq en Île-de-France), qui fonctionnent exactement comme celle que veut implanter l’association. Ce réseau assure vingt millions de mesures par an de la radioactivité dans l’air. Les résultats tombent en temps réel sur les écrans de contrôle de l’Institut et sont accessibles au public (teleray.irsn.fr).

 

« On reçoit une mesure toutes les dix minutes, explique Maxime Morin, en charge de la surveillance de l’environnement par échantillonnage à l’IRSN. On peut descendre à trois minutes en cas de crise. »

 

Yvelines. Bientôt une sonde indépendante à Andrésy pour mesurer la radioactivité ?

Autre outil de l’IRSN, les quarante-neuf sondes Opéra (2 400 prélèvements par an). Les filtres de l’appareil, relevés chaque semaine, permettent de recenser précisément les nucléides présents dans l’air.

 

 

Grâce à des recoupements, ils peuvent ainsi déterminer l’origine d’une pollution. « Ces sondes détectent des radionucléides à des niveaux très bas, précise Maxime Morin. C’est comme cela qu’en 2018 on a découvert la fuite de ruthenium-106 en Russie. »

 

Des prélèvements dans l’eau, le sol, la nourriture…

Un autre réseau, Hydrotéléray (sept stations) mesure en continu la radioactivité des principaux fleuves. Vingt-neuf collecteurs prélèvent également l’eau autour des centrales.

 

Le dispositif est complété par d’autres prélèvements dans l’eau, le sol, les denrées alimentaires, analysés en laboratoire.

 

 

Ce maillage est très concentré autour des installations nucléaires et plus clairsemé ailleurs (au moins une balise Téléray par département) sur le territoire. Avec cet arsenal, l’IRSN surveille les rayonnements gamma (cesium-137), alpha (plutonium) et bêta (tricium), soit les trois types de radioactivité.

 

Les données mises en ligne par l’IRSN (www.mesure-radioactivite.fr) sont accompagnées d’une grille de lecture, pour ne pas semer la panique. « La radioactivité ambiante en France a plusieurs sources : les installations nucléaires, les rémanences de Tchernobyl et les essais menés par le passé, conclut Maxime Morin. Il y a aussi une radioactivité naturelle qui provient du sol et des rayonnements cosmiques. Il faut prendre en compte tous ces paramètres pour comprendre ces mesures. »

 

- »Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu’un accident arrive va augmenter », explique sur franceinfo Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France. L’Autorité de sûreté nucléaire a donné jeudi 25 février son feu vert à la prolongation de l’utilisation des plus vieux réacteurs nucléaires français. Cette durée passe de 40 à 50 ans. L’ASN demande à EDF de réaliser des travaux pour améliorer la sûreté des centrales qui les utilisent.

 

franceinfo : Êtes-vous rassuré par les conditions imposées par l’Autorité de sûreté nucléaire pour la prolongation de ces réacteurs ?

 

Nicolas Nace : Non, pas du tout. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que les travaux qui sont demandés par l’Autorité de sûreté nucléaire à EDF ne permettent pas d’atteindre un niveau équivalent de sécurité que celui demandé pour les réacteurs les plus récents, à l’image des EPR.

 

« Par exemple, sur les vieux réacteurs, les piscines d’entreposage ne vont pas être ‘bunkarisées’ et ne seront pas suffisamment protégées contre le risque de chute d’avion, ou d’acte de malveillance. »

 

Nicolas Nace (Greenpeace) à franceinfo

Les travaux qui vont être conduits ne nous rassurent pas. On constate que le calendrier mis en place par les autorités de sûreté est assez lent. Certains réacteurs vont atteindre 46 ou 47 ans avant que des mesures ne soient totalement mises en place. Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu’un accident arrive va augmenter. Si on regarde ce qui s’est passé à Fukushima, il y a près de dix ans, beaucoup de mesures ont été demandées en France par l’Autorité de sûreté nucléaire, et elles n’ont toujours pas été mises en place à l’heure actuelle.

 

Cette voie ouverte vers une prolongation de la durée de vie des réacteurs est-elle la preuve de notre dépendance vis-à-vis du nucléaire ? Il représente 70% de l’électricité française.

 

Oui. Et ce que l’on constate, c’est que le manque de planification et de prise de décisions par l’État ces dernières décennies nous mettent devant le fait accompli avec le risque qu’une fermeture de centrale puisse éventuellement conduire à la réouverture d’une centrale fossile.

 

« La France espère arriver à baisser cette part du nucléaire et passer de 70 à 50% en 2035. Pour nous, c’est faisable. On pourrait même faire encore mieux si on le voulait. »

 

Nicolas Nace à franceinfo

On voit aujourd’hui que les énergies renouvelables sont en plein essor dans le monde, autant en quantité qu’en termes de coût. Ce sont des énergies très compétitives aujourd’hui. Du coup, la fermeture des réacteurs, qui est prévue d’ici 2035, est non seulement souhaitable, mais vraiment réalisable. Ce qui manque maintenant, c’est un calendrier clair de fermeture, pour savoir quels sites sont concernés.

 

En l’état actuel des choses, peut-on vraiment compenser le nucléaire par du renouvelable ?

 

Bien sûr. Il y a assez peu de problèmes qui se posent à intégrer aujourd’hui des énergies renouvelables dans le mix. À l’horizon 2050, on pourra se rapprocher considérablement du 100% d’énergies renouvelables avec le développement de la technologie. Si le gouvernement laisse l’Autorité de sûreté nucléaire prolonger la durée de vie des plus vieilles centrales nucléaires c’est parce qu’ il ne souhaite pas se fâcher avec les industriels et les salariés de ce secteur. Et en même temps, il ne veut pas non plus se prononcer en faveur. On se retrouve donc dans un entre deux, à devoir gérer ces vieux réacteurs.

Essais nucléaires en Polynésie : une association dénonce le « négationnisme » d’un rapport de l’Inserm

Ce rapport n’établit pour le moment aucun lien entre les essais nucléaires qui ont eu lieu sur place et les cancers qui ont touché la population.

 

 

L’une des principales associations anti-nucléaires de Polynésie française, l’association 193, a regretté la publication d’un rapport de l’Inserm sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires, l’assimilant à du « négationnisme ».

 

Dans ce rapport, à paraître mercredi 24 février, dix experts estiment que les résultats des études menées en Polynésie française « sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l’exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l’occurrence » de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes.

 

« La continuité d’une négation de la réalité »

« Ce rapport n’apporte rien de nouveau, c’est la continuité d’une négation de la réalité. 193 essais nucléaires, c’est l’équivalent de 800 bombes d’Hiroshima : dire qu’il n’y a pas eu d’effets, c’est du négationnisme », a déclaré le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193. Cette association milite notamment pour une meilleure indemnisation de ceux et celles qui se disent victimes des essais.

 

Au-delà des effets sanitaires des essais nucléaires, l’association 193 s’inquiète d’une réinterprétation de l’histoire, par exemple au sein du Centre de mémoire, qui devrait voir le jour à Tahiti après un engagement du président François Hollande. « Le Centre de mémoire va devenir un lieu où on va retrouver ce genre d’affirmation sur les essais propres, ça va être le lieu d’une seule parole  » s’inquiète le père Uebe-Carlson.

 

Le rapport de l’Inserm a réuni 1 200 études portant sur la Polynésie, mais aussi sur d’autres lieux d’essais nucléaires. « Parmi les documents étudiés, il y en a quelques-uns qui sont issus des années folles où tout ce qui touchait au nucléaire était entièrement contrôlé par l’armée », a regretté le député Moetai Brotherson, cadre du parti indépendantiste polynésien.

 

Le combat commun des indépendantistes et des antinucléaires

L’historien Jean-Marc Regnault regrette « des régressions sur l’ouverture des archives militaires » qui nourrissent les « doutes » des militants sur la sincérité de l’étude. « Compte tenu de tous les mensonges qu’il y a eu, on peut se demander si ces conclusions ne sont pas un nouveau mensonge, même si ce sont des scientifiques de l’Inserm et non l’Etat. »

 

Jean-Marc Regnault rappelle que d’autres études scientifiques, comme celles de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), une association du mouvement antinucléaire, sont arrivées à des conclusions différentes à partir des mêmes documents. Par ailleurs, par le passé, François Hollande a aussi reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires.

 

Les indépendantistes polynésiens et les associations antinucléaires mènent un combat commun, pour une meilleure indemnisation des victimes de maladies radio-induites. Ils craignent que ce rapport soit un frein aux demandes d’indemnisation.

Les poussières de sable du Sahara étaient porteuses de Césium-137, résidu d’anciens essais nucléaires français

Quand un nuage de sable jaune orangé nous rappelle le passé. Du sable ramassé dans le massif du Jura a été analysé par un laboratoire près de Rouen en Normandie. On y retrouve des traces des essais nucléaires français au Sahara au début des années 60.

 

 

Pierre Barbey est spécialiste de la radioprotection à l’Université de Caen, il est aussi conseiller scientifique bénévole du laboratoire ACRO, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest.

 

Le 6 février, lorsque le phénomène de nuages de sable du Sahara traverse la France, il est aux premières loges dans le massif du Jura dans le secteur de Chapelle des Bois (Doubs). “Ce jour-là, c’était très étrange, nous avons chaussé les raquettes tôt le matin, la neige était blanche, au fil de la balade tout a changé, ça a duré toute la journée. J’étais avec des amis qui étaient inquiets en voyant ces poussières ocres recouvrir le sol », raconte-t-il.

 

 

Le scientifique pense très vite que ces poussières peuvent provenir du Sahara. Sur sa voiture, avec un kleenex, il prélève un échantillon. “Je me rappelle très bien qu’il y a 30 ans au moment de la création de l’ACRO (née après la catastrophe de Tchernobyl), nous avions déjà analysé du sable en provenance du Sahara. On y avait vu des traces de Césium-137. 30 ans après, je ne savais pas si on en aurait encore des traces, à une si lointaine distance du Sahara” ajoute le scientifique. 

 

Que racontent les poussières prélevées dans le massif du Jura ?

L’échantillon prélevé dans le Haut-Doubs a été analysé par le laboratoire de l’ACRO, les fines particules de sable ont parlé. “Le résultat de l’analyse est sans appel, du césium-137 est clairement identifié. “Il s’agit d’un radioélément artificiel qui n’est donc pas présent naturellement dans le sable et qui est un produit issu de la fission nucléaire mise en jeu lors d’une explosion nucléaire” explique l’ACRO.

 

2273 km séparent à vol d’oiseau le sud algérien où la France a fait ses essais nucléaires dans les années 60, et Chapelle des Bois dans le Doubs où ont été prélevées les poussières sahariennes.

2273 km séparent à vol d’oiseau le sud algérien où la France a fait ses essais nucléaires dans les années 60, et Chapelle des Bois dans le Doubs où ont été prélevées les poussières sahariennes.

Des traces de césium-137 sans danger pour notre santé

Selon l’ACRO, il est retombé 80 000 Bq au km2 de césium-137. Rien de dangereux pour notre santé, rassurez-vous. Le nuage a déversé ses anciennes traces de césium-137 partout où il est passé en France, note Pierre Barbey. Et pas uniquement sur les beaux paysages d’hiver du Jura.

 

Le scientifique explique que le césium-137 a une période de vie de 30 ans. Tous les 30 ans, il perd la moitié de sa teneur radioactive. “Au bout de 7 cycles de 30 ans, on considère qu’il ne reste que 1% de substances radioactives”.

 

Dans cette étude réalisée par l’ACRO, “il n’était pas question de dire qu’il y a une mise en danger de la population, mais de rappeler ce qu’a fait la France et d’autres pays” en terme d’essais nucléaires. Au Sahara, dans le Sud algérien, « la population vit avec ces traces de césium-137 au quotidien, certains terrains sont toujours fortement contaminés, cela donne une idée de la contamination de l’époque” rappelle Pierre Barbey.

 

Dans les années 60, la France a multiplié les essais nucléaires au Sahara

Près de Reggane dans le Sud algérien la France réalise un premier essai nucléaire le 13 février 1960. La Gerboise bleue, nom de code de la bombe atomique explose à 7 heures du matin heures locales, sa puissance est de 70 kilotonnes, une explosion trois ou quatre fois plus puissante que celle des bombes d’ Hiroshima en août 1945.

 

https://youtu.be/FxJjThpYxmQ

 

Archives – 1960 – La gerboise bleue

L’Algérie est alors encore un département français. 17 essais nucléaires aériens et souterrains vont se dérouler en Algérie entre 1960 et 1966.

 

 

Les accords d’Évian signés en mars 1962, à la suite de la guerre d’Algérie, n’autorisent des expérimentations dans le Sahara que jusqu’en juillet 1967. La France choisit donc la Polynésie pour continuer à faire ses essais nucléaires. Le premier se déroule en juillet 1966 sur l’atoll de Moruroa.

 

C’est seulement 30 ans plus tard, le 29 Janvier 1996, que le Président Jacques Chirac annonce la fin définitive des essais nuclaires français.

 

60 ans après les tirs nucléaires en Algérie, ces traces d’essais nucléaires nous reviennent comme un boomerang

“L’épisode du 6 février constitue une pollution certes très faible, mais elle s’ajoutera aux dépôts précédents, essais nucléaires des années 60 et  retombées de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl” le 26 avril 1986, rappelle le laboratoire Acro.

 

Derrière le nuage de sable du Sahara qui a traversé le ciel début février, et fait le bonheur des réseaux sociaux avec ses images aux tons incroyablement orangés, l’histoire est un peu moins belle. Un souvenir “radioactif” que beaucoup d’entre nous ne soupçonnaient pas.

 

NUCLEAIRE

 

PLAYLIST

Boris Vian – La java des bombes atomiques

#chanson Pépère, le #nucléaire ! 

 Le dimanche à Tchernobyl – Alain Bashung

 Kraftwerk – Geiger Counter – Radioactivity

Orchestral Manoeuvres In The Dark – Enola Gay 

Comité de solidarité avec l... |
Antisaidani |
Petite-Forêt-Ensemble-Autre... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | حركة شباب الكرامة | MJD
| Saint-Pol AVENIR 2014
| Collectif Palestine Libre