ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

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14 février 2021

Eloi Machoro 16 02 21 5/6

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 17 h 46 min

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usine nickel

Cette semaine le documentaire sonore de Benoit Godin s’intitule « Le combat ne doit pas cesser: 05 L’ombre d’Ataï »; association Lampe-tempête 2020

nous entendrons également François Karé indépendantiste du MJKF, qui nous explique les enjeux des grèves aux usines d’extraction du nickel resources minières qui place la nouvelle calédonie comme le 5ème producteur mondial. grèves et bloquages qui ont provoqué la chute de gouvernement collégial. info de dernière minute le bilan de la semaine anticoloniale et également les actions qui ont eu lieu sur la ZAD dz Gonesse Val d’Oise 

téléchargement

Entretien avec François Karé membre du MJKF (Mouvement des Jeunes Kanak en France) et militant indépendantiste.

 

Depuis le 10 déc. Le FLNKS et l’USTKE bloque l’usine du sud et les 2 autres sont à l’arrêt ou tourne au ralentie. Cette grève intervient suite à l’intention de VALE multinationale brésilienne à la vente de l’usine du sud de Gono, le consortium Proxy Ressources/Vale veut en effet la vendre au consortium Suisse Trafigura.

Pourquoi cette grève ?

Quelles sont les enjeux ?

Actuellement toutes les usines appartiennent à des multinationales que ce soit Eramet, Glencore, ou Vale et bientôt peut être Trafigura.

Qu’elles sont les demandes du FLNKS et de l’USTKE ?

Qu’est-ce que cela changera pour les travailleurs et pour la Kanaky ?

J’ai entendu qu’ils y auraient des tractations avec des Chinois et des Coréens

En quoi cela serait mieux ?

Quelle soient françaises, brésilienne, cubaines, suisses, chinoises ou coréennes cela reste des multinationales qui se font des bénéfices sur le dos des travailleurs ?

Suite à ce blocage le FLNKS fait tomber le gouvernement collégial. De nouvelles élections doivent avoir lieu d’ici quelques jours. Quels en sont les enjeux également ?  

rebel

Concernant chaque direct, on était en moyenne entre 10 et 70 personnes présentes simultanément sur Facebook (cf. précisions ci-dessous) et sur zoom en général entre 10 et 40 personnes (présence plutôt des panélistes ou membres du collectif). 

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ACTIVITÉS - PAGE FACEBOOK

Du 17 janvier à aujourd’hui : 

439 mentions J’aime la page + 537 abonnés

3318 visites de la page

37728 personnes touchées par nos publications (programme, promo des webinaires, promo quotidienne des événements du jour et du lendemain, vidéos, …)

 

A noter concernant le nombre de vues des vidéos : cela concerne les vues en direct et depuis le jour du webinaire. Cela inclut à la fois les personnes qui ont regardé les vidéos en entier ou en partie et celles qui ont regardé juste quelques secondes lorsque la vidéo apparaissait sur leur fil d’actualité par exemple. Le nombre de vues indiqué pendant le direct concernait le nombre de personnes connectées simultanément et qui a priori avaient cliqué sur la vidéo pour la mettre en plein écran (à titre illustratif, sur certains événements on était à une 10aine de vues indiquées et en même temps près de 20 « J’aime » et 30 partages, le nombre de personnes qui visionnaient le direct était donc visiblement plus important). Il est donc difficile de connaître le nombre exact de personnes qui ont suivi en direct depuis Facebook. 

 

28/01 (FSM)

« ANTICOLONIALISME ET ANTIRACISME - Retour sur l’expérience d’une solidarité en France : la Semaine anticoloniale» 

21 mentions J’aime / 39 partages depuis la page Facebook / 560 vues / 25 commentaires

05/02

« INTRODUCTION DU COLLECTIF D’ORGANISATION DE LA SEMAINE ANTICOLONIALE 2021 » & « PROJECTION DU DOCUMENTAIRE « PRENONS DATTES POUR LA PALESTINE » » & « LES AMIS DU THÉÂTRE DE LA LIBERTÉ DE JÉNINE »

29 mentions J’aime / 31 partages depuis la page Facebook / 1400 vues / 38 commentaires

06/02

« HOMMAGE A GISÈLE FELHENDLER » & « UN MONDE EN LUTTES – Les luttes anticoloniales et antiracistes » 

18 mentions J’aime / 27 partages depuis la page Facebook / 645 vues / 7 commentaires

« PROJECTION DU FILM « THE CONDOR AND THE EAGLE » » & « FEMMES AUTOCHTONES DES AMÉRIQUES EN PREMIÈRE LIGNE CONTRE LES OLÉODUCS ET L’EXPLOITATION DES ÉNERGIES FOSSILES EN DIRECT DE LA RÉSISTANCE »

48 mentions J’aime / 51 partages / 1100 vues / 23 commentaires

07/02

« RACE ET RACISME – De l’esclavage aux sociétés US et ivoirienne contemporaines » 

15 mentions J’aime / 36 partages depuis la page Facebook / 351 vues / 11 commentaires

« DE L’HUILE SUR LE FEU – La « guerre » contre le terrorisme de la France en Afrique » 

36 mentions J’aime / 2800 vues / 33 commentaires

« AGENT ORANGE ET PROCÈS DE TRAN TO NGA, OÙ EN EST ON ? » 

17 mentions J’aime / 115 partages depuis la page Facebook / 836 vues / 10 commentaires

« HOMMAGE À CHEIKH ANTA DIOP »

31 mentions J’aime / 143 partages depuis la page Facebook / 1300 vues / 3 commentaires

08/02

« VÉRITÉ ET JUSTICE POUR CHARONNE »

8 mentions J’aime / 3 partages depuis la page Facebook / 150 vues / 2 commentaires

09/02

« METTRE FIN À L’APARTHEID ISRAÉLIEN – Comment surmonter efficacement les pressions des lobbies sionistes » 

17 mentions J’aime / 9 partages depuis la page Facebook / 247 vues / 14 commentaires

« UNE ÉCOLE À DÉCOLONISER – Des territoires en luttes face au poids du colonialisme au sein de l’institution scolaire. Retour sur des expériences pédagogiques alternatives »

8 mentions J’aime /186 vues

10/02

« L’ALGÉRIE, À NOUVEAU SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE »

38 mentions J’aime / 1000 vues / 15 commentaires

« PARCOURS D’UN MILITANT, UN LONG CHEMIN VERS LA PAIX ET LA LIBERTÉ AU PAYS BASQUE »

23 mentions J’aime / 12 partages depuis la page Facebook / 366 vues / 12 commentaires

11/02

« CAMEROUN, TOGO, SAHARA OCCIDENTAL, LA JEUNESSE ORGANISÉE DANS LES LUTTES D’ÉMANCIPATION » 

22 mentions J’aime / 12 partages depuis la page Facebook / 486 vues / 17 commentaires

12/02

AUTOUR DU LIVRE « NOUS VOUS ÉCRIVONS DEPUIS LA RÉVOLUTION TÉMOIGNAGES DE FEMMES INTERNATIONALISTES AU ROJAVA »

16 mentions J’aime / 10 partages depuis la page Facebook / 416 vues / 9 commentaires

13/02

« LA CAMPAGNE BDS AU SERVICE DE LA LUTTE ANTICOLONIALE – Petites victoires et grands combats »

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« POUR LA VIE LES ZAPATISTES VISITERONT LES 5 CONTINENTS – Première partie, Un voyage décolonial vers l’Europe pour renverser l’Histoire » 

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« SAHARA OCCIDENTAL 137 ANS D’OCCUPATION ACTUALITÉS ET PERSPECTIVES »

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Association PeopleKonsian

21 ter, rue Voltaire

75011 Paris

Tel : 0613908415

Mail : contact.peoplekonsian@gmail.com

 

people konsian

 

Je reviens de la Zad de Gonesse.

Bonjour tout le monde,  

Des occupants du terrain m’ont demandé de faire passer deux infos: Bernard Loup, fondateur du comité pour la défense du triangle de Gonesse passera au tribunal de Pontoise mercredi 17 février à 9h. Le tribunal statuera sur la demande d’expulsion de la zad demandée par les élus du coin. Ca serait bien de venir au tribunal pour soutenir Bernard et la zad.

Un concert de soutien sera organisé le mercredi 17 février au soir sur Facebook live.

Pour plus d’infos, voir http://ouiauxterresdegonesse.fr

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Carlos Bilongo, coorganisateur du rassemblement du 13 février 2021, à Villiers-le-Bel (JL)

 

Un article de Médiapart du 14/02 sur le triangle de Gonesse :

 

Triangle de Gonesse : «Les transports doivent passer dans les quartiers»

14 févr. 2021 Par Jade Lindgaard

- Mediapart.fr

Abandon de l’extension de l’aéroport de Roissy, ZAD pour défendre les terres agricoles du triangle de Gonesse : la ligne 17 du futur métro du Grand Paris est-elle encore utile ? Un rassemblement pour des transports publics de proximité a réuni environ 150 personnes, samedi 13 février, à Villiers-le-Bel.

À Villiers-le-Bel, dans l’est du Val-d’Oise, on trouve un des plus grands aéroports du monde, Roissy, mais pas de transport de proximité. Pas de tram – il s’arrête à Sarcelles. Pas assez de bus. Et une ligne de RER (D) dont la seule évocation fait soupirer les manifestant·e·s rassemblé·e·s devant la gare Villiers-le-Bel – Arnouville – Gonesse, samedi 13 février. 

Ils et elles réclament des moyens de transport près de chez eux et pas « au milieu d’un champ », résume Ilham, 27 ans, qui met parfois deux heures pour se rendre sur son lieu de travail à Paris, dans le XVIIe arrondissement. Elle détaille : « Sans RER D, je ne peux pas aller travailler. Quand il ne marche pas, je prends le bus jusqu’au RER B. Mais, parfois, trois bus se suivent et après plus rien. »

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 Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Une lycéenne du quartier de la Fauconnière, à Gonesse, fait plus court : « On n’a qu’un bus et il passe toutes les cinq heures. » Toutes les cinq heures ? La relance fait éclater de rire sa copine : « Non, en vrai, toutes les 15-20 minutes. Mais c’est galère. On s’est plaint plusieurs fois. » Arsène, 16 ans, en classe de seconde à Garges-lès-Gonesse, décrit : « Le matin, on est serrés dans le bus. Il y a beaucoup de mamans avec des poussettes. Parfois, quand je suis en retard à cause du bus, on ne me croit pas. On me dit qu’il fallait prévoir et partir plus tôt. Des fois, il n’y a pas de bus du tout. Je dois marcher jusqu’à la gare pour prendre le train. » 

Le RER D est d’ailleurs fermé, ce jour-là. Et, comble de malchance, la ligne B ne roule pas bien. Résultat, le porte-parole de l’association des usagers de transport, la Fnaut, arrive en retard, après les prises de parole. Il dit quelques mots dans un froid glacial, alors que les rangs des manifestant·e·s, environ 150 – dont beaucoup d’élu·e·s et de militant·e·s écologistes –, s’éclaircissent. 

Une nouvelle ligne de métro, la 17, est prévue dans le schéma du Grand Paris, entre Saint-Denis et Le Mesnil-Amelot. Elle passerait par le triangle de Gonesse, où la construction d’une gare est programmée alors que des terres agricoles y sont aujourd’hui cultivées. Une ZAD y a été déclarée le 7 février et plusieurs dizaines de personnes occupent une parcelle pour empêcher le démarrage du chantier (voir ici). Cette zone est excentrée, à presque 2 kilomètres de Gonesse et quinze minutes en voiture de Villiers-le-Bel, un samedi d’embouteillages.

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Carlos Bilongo, coorganisateur du rassemblement du 13 février 2021, à Villiers-le-Bel (JL)

Pour Carlos Bilongo, l’un des organisateurs, cette manifestation, « c’est pour demander des investissements dans les transports du quotidien. Toutes les vétustés de la ligne du RER B retombent sur la D. C’est très important d’apporter un accès direct à Sarcelles, et à Villetaneuse pour les étudiants. Rater des entretiens d’embauche ou des examens à cause des problèmes de transport, ça arrive tout le temps. Les transports doivent passer dans les quartiers, au contact avec la population. Le nouveau métro a été conçu dans l’imaginaire d’EuropaCity, en opposant le social et l’environnemental. On ne va pas créer des élites ici avec Auchan. Il faut investir dans la formation ».

Enseignant en économie et gestion à Paris, cet habitant de Villiers-le-Bel de 30 ans défend le projet Carma, porté par les défenseurs du triangle de Gonesse, qui veulent y protéger les terres agricoles et développer une économie de circuit-court alimentaire : « Dans les quartiers populaires, on est très sensibles à l’écologie. C’est pas la consommation qui va nous sauver. On est à un tournant. Nos espaces verts ici, c’est une richesse. Les gens vont faire des pique-niques dans la nature, c’est ça la beauté. » Il réclame l’extension du tramway T5 depuis Sarcelles, plus de bus à haut niveau de service (avec une voie réservée) et une amélioration du RER D.

Pour Khalid Zougagh, militant CGT et coorganisateur du rassemblement, « on vend du rêve aux habitants depuis des années : EuropaCity, avant c’était un circuit de Formule 1, des terrains pour Roland-Garros. Mais il y a l’urgence sanitaire, la précarité et les problèmes de transport. Et on nous met une gare à plus de 2 kilomètres de Villiers-le-Bel et à 1,7 kilomètre de Gonesse. C’est une aberration. Cette urbanisation un peu folle, il faut que ça s’arrête. À Villiers-le-Bel, 40 % des gens ont moins de 20 ans. C’est pas une gare dans les champs qui va les sortir de la précarité ».

[[lire_aussi]]Charlotte, 31 ans, cardiologue à l’hôpital de Gonesse, habite à Villiers-le-Bel. « J’ai entendu parler du triangle de Gonesse. C’est une aberration de vouloir y construire une gare. Carma me paraît une très bonne idée. Ça peut donner une impulsion à ce territoire, sur des valeurs essentielles. » Elle pratique le zéro déchet depuis deux ans, ne va plus au supermarché, n’achète que des habits de seconde main et est adhérente à l’Amap de la ville. « Je vais faire mes courses au marché d’Arnouville, avec mes boîtes. Ça coûte beaucoup moins cher de consommer comme ça. » 

Mamadou, 19 ans, entraîneur de foot et responsable de l’équipe féminine, arbore l’autocollant du « serment de Gonesse » sur son blouson blanc : « Si on détruit les champs, qu’est-ce qu’on va manger ? Ici, c’est une ville délaissée, mais elle a du potentiel. Il y a des champs autour, une forêt. On a des espaces dont on ne profite pas assez. On ne va pas faire que manger dans les fast-foods. » 

«On n’a pas l’intention de se faire voler cette gare»

Cet enclavement des habitant·e·s de l’est du Val-d’Oise est précisément la raison mise en avant par l’État pour construire le tronçon nord de la future ligne 17, entre Pleyel – la future grande gare du Grand Paris à Saint-Denis – et la commune du Mesnil-Amelot, de l’autre côté de l’aéroport. 

Pour les élus locaux, la gare du triangle de Gonesse est un dû, un rattrapage des investissements publics promis mais jamais obtenus (lire ici à ce sujet) : « On n’a pas l’intention de se faire voler cette gare, explique à Mediapart Pascal Doll, maire d’Arnouville et président de la communauté d’agglomération Roissy Pays de France. Il n’est pas question que quelques hurluberlus venus d’on ne sait où empêchent qu’elle ne se fasse. » Pour lui, l’abandon d’EuropaCity « a été un traumatisme ». Quant à l’enjeu de protéger les 280 hectares du triangle de Gonesse, il le balaie d’un revers de la main : « Dans notre Scot [schéma de cohérence territorial, un document juridique sur l’organisation territoriale – ndlr], on a sanctuarisé 16 000 hectares de terres. » Il assure que plusieurs lignes de bus sont à l’étude. « Ce sont des investissements très lourds, ça ne peut pas se faire en un jour. » Sollicitée à plusieurs reprises, la mairie de Villiers-le-Bel n’a pas répondu à nos questions. 

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Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Au-delà de la gare du triangle de Gonesse, c’est le tracé de la ligne 17 qui pose question. Sur les six gares encore à construire au-delà du Bourget, une est devenue inutile avec l’abandon du terminal 4 de Roissy, une semble incertaine (celle du triangle de Gonesse) et une doit desservir une toute petite commune, Le Mesnil-Amelot (1 014 habitants en 2017, selon l’Insee).

Toutes les autres stations (Le Bourget, Parc-des-Expositions, Roissy-2) sont déjà desservies par le RER B. Est-il nécessaire de dépenser 2,9 milliards d’euros, soit 7,5 % de tous les investissements du Grand Paris Express, selon une note du Commissariat général à l’investissement en 2015, pour une infrastructure de transports qui ne desservira aucun quartier d’habitation et aucune nouvelle zone d’activités ?

La Fnaut, association des usagers de transports, demande « a minima une remise à plat du tracé actuel de la ligne », explique son porte-parole, Marc Pélissier. Le plan du métro du Grand Paris et la liste de ses 68 gares ont été définis dans le schéma d’ensemble du réseau de transport public du Grand Paris, publié par décret en2011.

« Mais c’était il y a dix ans, beaucoup de choses se sont passées depuis. EuropaCity a été abandonné. Or c’était un très gros générateur de trafic pour cette ligne. La gare du triangle de Gonesse n’a plus de sens. On ne construit pas une gare quand on ne sait pas ce qu’il y aura autour. C’est une zone exposée au bruit où il ne pourra pas y avoir d’habitations. » L’abandon du T4 de Roissiy pourrait justifier une nouvelle enquête publique, estime l’association.  

En 2015, une note du Commissariat général à l’investissement alertait sur la fragilité économique de la ligne 17 : « Il est toutefois nécessaire de mentionner le rôle particulier joué par EuropaCity. » Car « la rentabilité classique [de la ligne 17] est elle-même totalement dépendante de la réalisation d’EuropaCity : si ce centre n’était pas construit, la valeur actuelle “classique” du projet serait réduite de 350 M€ et redeviendrait sans doute négative ». 

La ligne 17 peut-elle survivre à l’abandon du projet d’extension de l’aéroport de Roissy ? Francis Rol-Tanguy, qui a rendu un rapport au gouvernement – resté sans suite – au sujet de l’aménagement du triangle de Gonesse après l’abandon d’EuropaCity, considère qu’« avec l’abandon du T4 et l’absence de vraies perspectives pour l’aérien, il serait bien de surseoir au tronçon Parc-des-Expositions – Roissy-2 et Roissy-4 – Le Mesnil-Amelot »

Triangle de Gonesse

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Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Mais pour le ministère des transports, joint par Mediapart, « la ligne 17 garde toute son utilité sans le projet de terminal 4 : d’ailleurs, la gare du T4 Aéroport-Charles-de-Gaulle ne figurait pas dans le projet de la ligne 17 mis au débat public en 2010. Elle a été ajoutée à la demande d’Aéroports de Paris, à titre optionnel dans le schéma approuvé en mai 2011. Sa réalisation était directement conditionnée aux aménagements à réaliser par Aéroports de Paris ». Pour le gouvernement, c’est « une ligne de la vie quotidienne » qui assure la desserte de trois bassins d’emploi majeurs : l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le parc des expositions de Villepinte et l’aéroport du Bourget. Cette réponse laisse pourtant dans l’ombre le problème de l’éloignement des quartiers d’habitation.

De son côté, la Société du Grand Paris précise avoir étudié « des mesures conservatoires autorisant la réalisation ultérieure d’une gare afin de permettre à la Société du Grand Paris d’attribuer, dès 2022, le 3e lot de génie civil de la ligne 17 entre la gare du T2 et Le Mesnil-Amelot, sans être bloqué par la réalisation du T4 ». Leur objectif reste de mettre en service la ligne 17 jusqu’au Mesnil-Amelot à l’horizon 2030. Bref, officiellement, rien ne bouge.

Plusieurs tronçons de la ligne 17 sont actuellement en chantier, entre Saint-Denis-Pleyel et Le Bourget. Les marchés ont été signés pour le tronçon entre Le Bourget-Aéroport et Parc-des-Expositions. « Pour ce tronçon, les reconnaissances sont en cours et le tunnelier devrait être introduit au Bourget-Aéroport vers le milieu de cette année. Arrêter cela coûterait cher », analyse Francis Rol-Tanguy. Dans son rapport au gouvernement, il préconise la construction d’une ligne 17 bis, qui s’ajouterait à la ligne 17 telle qu’elle est actuellement planifiée, pour passer par la gare existante de Villiers-le-Bel – Gonesse – Arnouville (RER D), et éventuellement une nouvelle gare au niveau de l’hôpital de Gonesse, pour rapprocher le métro des habitant·e·s.

Des discussions interministérielles ont lieu ces jours-ci. Un arbitrage était attendu à Matignon en janvier, mais, mi-février, il n’a toujours pas eu lieu.

 

 

 

9 février 2021

ELOI MACHORO 4/6 09 02 21

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Article de Mathieu Lopes paru dans survie en 2018.

Membre du FLNKS [1], Eloi Machoro a été une figure de la lutte pour l’indépendance de la Kanaky. Partisan d’une lutte radicale, ne rechignant pas à utiliser les armes, il était devenu la bête noire de l’administration française et des colons. Il fut tué par les balles du GIGN le 12 janvier 1985.

L’histoire politique d’Eloi Machoro se construit en réponse à la violence des années 70 et 80 en Nouvelle Calédo­nie. Les colons, fortement marqués à droite et extrême­droite, disposaient d’armes dont ils n’hésitaient pas à se servir en tout impu­nité. Leur désarmement était un objectif po­litique pour les indépendantistes. Eloi Machoro prit la suite de Pierre Declercq, as­sassiné en 1981, comme secrétaire général de l’Union Calédonienne, parti membre du FLNKS.

Rapport de force anticolonial

En novembre 1984, le FLNKS mena une campagne de « boycott actif » des élections locales (au­-delà de l’abstention, cela consis­tait à perturber le vote). A cette occasion, Eloi Machoro se fit connaître en brisant une urne d’un coup de hache. Sa photo fit alors le tour de la presse française. En Nouvelle­ Calédonie, il s’opposa à l’extrême­-droite caldoche, en menant notamment des opéra­tions de désarmement des colons. Durant trois mois, de septembre à novembre 1984, un groupe dont il faisait partie tint le siège de la ville de Thio, coupant l’activité de la mine de nickel qui s’y trouve. Pour un de ses proches « Eloi était la bête noire de l’ex­trême­droite locale… Sans tirer un coup de feu, il avait désarmé la totalité des euro­ péens de Thio » [2].

L’usage des armes par Machoro ne fit ja­mais de victime, même lorsqu’il s’opposa à des groupes de gendarmes du GIGN venus pour briser le siège de Thio. Le 1er dé­cembre 1984, dès l’atterrissage de leurs héli­coptères, ceux­-ci furent entourés et neutralisés par plusieurs centaines de Ka­naks armés. La seule victime de cette his­toire fut l’amour­-propre du capitaine Picon, qui n’accepta de déposer son arme qu’après une gifle d’Eloi Machoro. Le gendarme gar­da une rancœur profonde de cette humilia­tion, qui eut des conséquences par la suite.

La stratégie de rapport de force d’Eloi Machoro pouvait être considérée comme complémentaire de celle de négociation portée par Jean­-Marie Tjibaou ou Yeiwene Yeiwene. « Il savait qu’à moins d’infliger une défaite retentissante à ses adversaires, rien de stable pour le peuple kanak ne pourrait jamais être mis en place. [...] L’esprit, non pas tant revanchard que ra­ ciste, des Européens locaux, leur ferait employer tous les moyens pour effacer la réalité kanak de la carte. [...] Dans quelques mois, le Gouvernement de droite allait être notre seul interlocuteur. Il serait alors indispensable, en face de lui, de se trouver en position de force. » [Ibid.]

Le siège de Thio apparaissait comme un moyen efficace d’établir ce rapport de force, sans effusion de sang. Eloi Machoro et ses camarades décidèrent alors de renouveler cette action dans la ville de la Foa. Le niveau de violence en Nouvelle­-Calédonie avait augmenté depuis le massacre d’Hienghène le 5 décembre 1984, où des Caldoches avaient tué 10 Kanaks dans une embuscade, probablement autant par haine que par vo­lonté d’envenimer la situation à l’heure où une partie du FLNKS négociait avec l’État français. Les menaces sur Eloi Machoro se faisaient plus concrètes : « Les Caldoches s’acharnaient sur Machoro. Les colons montaient embuscade sur embuscade, pour le coincer, sans résultats. La Gendar­merie le suivait à la trace, justement in­quiète de ses activités. En un certain sens, il avait la baraka, tout le monde venait der­rière sans parvenir à le précéder. » [3]

Les balles de la République

Le 10 janvier 1985, un jeune Caldoche, Yves Tual, est tué lors d’un accrochage avec deux Kanaks venus inspecter une ferme, qu’ils suspectaient probablement d’abriter des armes. Des émeutes sont déclenchées à Nouméa par les colons, qui s’attaquent à des locaux d’indépendantistes ou de sympathi­sants et affrontent les CRS. La rumeur enfle d’une responsabilité (hautement impro­bable) d’Eloi Machoro dans la mort du jeune Tual.

Le 11 janvier 1985, la ferme, où le leader indépendantiste se trouve en compagnie de plusieurs camarades pour préparer le siège de la Foa, est encerclée par des gendarmes. Parmi les militaires se trouvent trois tireurs d’élite du GIGN, dont le capitaine Picon, hu­milié par Machoro un mois et demi plus tôt. Au matin du 12 janvier, Eloi Machoro et Mar­cel Nonnaro sortent de la ferme suite aux appels des gendarmes. D’après les témoins indépendantistes, ils ont leurs armes mais ne les épaulent à aucun moment et ré­clament de parler au sous­-préfet. « À 6 heures, un ordre tombe de Nouméa : « Tir de neutralisation sur la personne d’Eloi Machoro et de Marcel Nonnaro » » [4]. Les deux hommes sont abattus par les tireurs du GIGN. Le Haut­Commissaire de la Répu­blique de l’époque Edgard Pisani s’en défen­dra plus tard, arguant que selon lui l’ordre était de « neutraliser » et non pas de « tuer » [5].
La version étatique est que les Kanaks, qui occupaient la ferme, avaient ouvert le feu contre les gendarmes, qui durent ripos­ter, les tuant « accidentellement ». Mais il ap­paraît que le terme d’occupation est inadapté, car les Kanaks connaissaient per­sonnellement le propriétaire des lieux. Sur­ tout, pour les témoins indépendantistes, mais aussi d’après un gendarme, Lahouari Bouhout, aucun coup de feu n’a été tiré par les Kanaks. Ce même gendarme affirmera plus tard que les ordres étaient précis « la gendarmerie devait tuer trois hommes. On nous a demandé de tenir secret et de dire que c’était un accident. » [6] La troisième cible, qui serait François Burck [7] d’après les indépendantistes [8], a eu la vie sauve. Les ca­marades de Machoro racontent également que les gendarmes auraient fait feu avec les armes des indépendantistes après les avoir abattus pour simuler une fusillade, et au­raient frappé les survivants pour les obliger à signer des témoignages en ce sens (ce qu’ils ont refusé de faire) [9].

À qui le crime profite

L’effet politique de la mort d’Eloi Macho­ro est immédiat. Le même jour, le maire de Nouméa annonce à un millier de colons ras­semblés sur une place la mort de l’indépen­dantiste. La foule explose de joie [10]. Edgard Pisani, qui a beau prétendre que la mort des Kanaks est accidentelle, insiste sur les béné­fices : « Pour être honnête, je dois dire qu’aussi involontaire qu’elle ait été, la mort d’Eloi Machoro rendait service à la cause de la paix. [...] Il aurait même représenté, au sein du FLNKS comme à l’extérieur de celui­-ci, un obstacle. Je regrette vraiment qu’il ait été tué, mais je crois que cette mort rendit service à la Nouvelle Calédonie ».
Dans la foulée, l’état d’urgence est ins­tauré sur le pays. « Le 12 janvier au matin donc, Nouméa sortait d’une nuit d’émeute, la population caldoche était en état d’in­surrection et on pouvait craindre que la mort d’Eloi Machoro ne déclenche une vague de violence chez les Canaques (sic). Je pris la décision d’instaurer l’état d’ur­gence. Il s’agissait moins de tirer avantage des dispositions autorisées par celui­-ci que de provoquer un choc dans la population, en Nouvelle Calédonie comme en métro­pole. Il fallait que les habitants de Nouvelle Calédonie aient conscience de ce qu’un pas avait été franchi au­-delà duquel la moindre atteinte à l’ordre serait réprimée ; il fallait que les extrémistes de la droite cal­doche de Nouméa comprennent qu’il n’était plus question qu’ils bénéficient, au regard de la loi, de la relative impunité dont ils bénéficiaient de fait depuis trente ans. Que faire quand on a une police qui, au quotidien, se sent viscéralement soli­daire de ceux qui menacent l’ordre public ? Il fallait que les Canaques s’en remettent à la seule action politique. » [11]
Ces propos portent, malgré tout, une re­connaissance de la violence coloniale subie par les Kanaks et de la rationalité du recours à la lutte armée pour s’y opposer, comme Eloi Machoro l’a fait, puisqu’il conclut que le musellement des colons, dont la police était complice, a ouvert la voie à une solution po­ litique. L’impunité des Caldoches y est clai­rement affirmée. Mais ils sont aussi une illustration de l’intérêt politique de l’état d’urgence pour l’État français, éclairante pour les enjeux contemporains.
A l’approche du référendum de décolo­nisation de la Nouvelle Calédonie, le rappel de l’histoire d’Eloi Machoro, comme d’autres épisodes, encore proches, est im­portant pour illustrer le caractère colonial et sanglant des rapports sociaux dans ce pays. Il est une contradiction douloureuse aux voix qui invitent à « passer à autre chose », à tourner la page d’un passé qui n’a pas été soldé pleinement, et qui poussent à accep­ter le fait accompli de l’occupation française.

[1Front de libération nationale Kanak et socialiste, coa­lition de partis créée en septembre 1984 qui porte la re­vendication indépendantiste

[2René Guiart, « La vie et la mort d’un héros Kanak : Eloi Machoro », Journal de la société des océanistes 92-­93

[3Ibid.

[4Ibid.

[5Edgard Pisani, Persiste et Signe, p.340, ed. Odile Jacob.

[6« Un ancien gendarme affirme qu’Eloi Machoro a été tué sur ordre », Le Monde, 04/12/1986.

[7Seule figure indépendantiste de l’Union Calédonienne ayant survécu aux « événements » des années 80, il suc­cédera à Jean­-Marie Tjibaou à la tête de l’organisation en 1989

[8David Robie,« Assassins in Kanaky », Covert Action In­ formation Bulletin n°29, 1988.

[9René Guiart, op. cit

[10Soir 3 du 12 janvier 1985, archives INA.

[11Edgard Pisani, op. cit. p.342.

 ELOI4

 

L’association Lampe-Tempête est l’outil qu’ils ont créé pour développer leurs explorations audio-visuelles.

https://soundcloud.com/lampetempete/

Benoît Godin est actif au sein de plusieurs radios et webradios associatives toulousaines (Canal sud, FMR, Onde courte…). Entretenant des liens forts avec la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu de nombreuses fois, il réalise là son premier grand documentaire sonore.
Simon Auffret, lui aussi ancien de l’ESAV, signe les créations musicales originales, ainsi que le mixage du documentaire. Dj et beatmaker sous le pseudonyme de Sahimone, il habite aujourd’hui à Varsovie (Pologne) où il anime deux émissions consacrées à l’electro sur Radio Kapitał. 

Dernière minute : le comédien Iabe Lapacas rejoint l’aventure. Lui qui a interprété Alphonse Dianou, autre figure importante du combat kanak des années 80, dans le film de Mathieu Kassovitz « L’ordre et la morale » prêtera sa voix pour raconter l’histoire d’Eloi Machoro.

 

3 février 2021

ELOI MACHORO 3/6 02 02 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 13 h 36 min

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BENOIT GODIN
Formé à l’ESAV de Toulouse, investi dans le monde de la radio depuis une dizaine d’années, Benoît Godin est actif au sein de plusieurs radios et webradios associatives toulousaines (Canal sud, FMR, Onde courte…). Entretenant des liens forts avec la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu de nombreuses fois, il réalise là son premier grand documentaire sonore.
Simon Auffret, lui aussi ancien de l’ESAV, signe les créations musicales originales, ainsi que le mixage du documentaire. Dj et beatmaker sous le pseudonyme de Sahimone, il habite aujourd’hui à Varsovie (Pologne) où il anime deux émissions consacrées à l’electro sur Radio Kapitał.

 

L’association Lampe-Tempête est l’outil qu’ils ont créé pour développer leurs explorations audio-visuelles.
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Dernière minute : le comédien Iabe Lapacas rejoint l’aventure. Lui qui a interprété Alphonse Dianou, autre figure importante du combat kanak des années 80, dans le film de Mathieu Kassovitz « L’ordre et la morale » prêtera sa voix pour raconter l’histoire d’Eloi Machoro.

 

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3ème volet « le coup de tamiok », sur le parcours d’Eloi Machoro leader indépendantiste kanak, avec le concours de Benoit Godin qui a réalisé ce documentaire sonore « le combat ne doit pas cesser » et Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire par Hamid Mokaddem. Nous avons évoqué le programme de la semaine anti-coloniale et anti-raciste 2021 qui se tient du 28 01 au 13 02, pour vous connecter.

Lien Webinaire Zoom :

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ID : 86468218796

Lien Page Facebook de la Semaine anticoloniale 2021 :

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Lien de la chaîne Youtube Semaine anticoloniale et antiraciste :

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Pour la partie musique, Hyarisson OUI, MA BELLE KANAKY, Rap KANAKY, Yii kéa – Le Soleil se lève sur ma Kanaky, YBAL KHAN-Original Kanak Man (KANAKY RAP)

 

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HAMID

HAMID MOKADDEM

Professeur agrégé de philosophie à l’Institut de la Formation des Maîtres de la Nouvelle-Calédonie, anthropologue, écrivain et éditeur, Mokaddem vit, travaille et milite en Nouvelle-Calédonie depuis 1989. Il milite, d’abord, au sens de « militer pour une politique de la vérité » (ibidem : 126), comme l’éclairent aussi les épigraphes à son livre. La première est tirée de Michel Foucault, référence incontournable dans le travail de recherche de Mokaddem, et la dernière d’Apollinaire Anova, écrivain kanak dont la pensée a été redécouverte aussi grâce à l’œuvre de Mokaddem (2014b) et à son travail d’éditeur.

  • 1 Avant sa forme définitive, ce texte avait fait l’objet de plusieurs interventions ; aux deux colloq (…)

« […] il ne s’agirait pas de retracer la biographie générale et exemplaire de l’homme révolutionnaire ou de trouver l’enracinement de son projet ; mais de montrer comment se sont formés une pratique discursive et un savoir révolutionnaire qui s’investissent dans des comportements et des stratégies, qui donnent lieu à une théorie de la société et qui opèrent l’interférence et la mutuelle transformation des uns et des autres. » (Foucault, 1969 : 264)

« Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue le rôle de discours parrêsiastique. » (Foucault, 2009 : 169)

Les terrains minés en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie »

 

  • 2 Ces logiques constitutives de l’espace politique de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » ont été l’objet e (…)
  • 3 À l’intérieur de chaque peuple, des sous-groupes peuvent se former pour des raisons stratégiques pr (…)
  • 4 Un échantillon, sur le terrain de Houaïlou au centre nord-est de l’archipel, est étudié de manière (…)
  • 5 Publier au sens conféré par Kant (et non par Lacan de « poubelliser ») qui est de s’adresser de man (…)
  • 6 Sur les problèmes de parenté et de conflit sur le terrain, voir Leblic (2004 : 319-350, 2010).

1Effectuant mes recherches en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » – j’expliquerai tout de suite le sens hybride de ces deux noms propres –, le recours à la première personne du singulier plutôt qu’à l’usage convenu du « nous » universitaire s’avère être un impératif. Le lieu (terrains des enquêtes et des recherches) est celui d’un espace politique en cours de constitution. J’entends « constitution » dans les trois sens respectifs de politique (une souveraineté nationale suspendue, non encore constituée, par des accords économiques et politiques), de juridique (la Nouvelle-Calédonie est le nom de la collectivité d’outre-mer sui generis de la République française) et d’anthropologique (outre le « peuple calédonien » constitué par le statut juridique de citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, il existe des peuples composant un « peuple multinational »). L’espace dénommé « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » est travaillé de l’intérieur par des logiques de composition/décomposition/recomposition mobilisées par et autour des conflits d’intérêts2. Ce « nous communautaire » est surdéterminé par la puissance d’enracinement au lieu (foncier), au nom (le pays) et à l’histoire (la durée). Le recours, à tout bout de champ, à un « nous communautaire » oblige l’enquêteur à clarifier sa position vis-à-vis de ces « nous pluriels », désignant pour l’essentiel mais pas exclusivement, le « peuple kanak » et le « peuple calédonien »3. L’exercice du « je » est véritablement un exercice du sujet, à savoir un essai de clarification de son rapport à soi et aux autres. Les obligations sociales d’intégrer un groupe (le « nous communautaire ») fonctionnent avec les mêmes logiques classificatoires des parentés et/ou des catégories politiques d’amis/ennemis étudiées par Carl Schmitt et reprises par Mao Tsé Toung. Il me semble que ces processus d’identifications correspondent aux jeux des placements des groupes dans l’espace politique. Une des conséquences est que tout chercheur fait, un jour ou l’autre, l’objet de suspicions, de récupérations et/ou de transferts et contre-transferts. Les dessous des cartes ne sont jamais évidents à comprendre tant ceux-ci renvoient à des histoires localisées4. Publier en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie », c’est composer avec des rapports sociaux sous-tendus par une pression « insulaire » et « politique »5. La proximité ne facilite pas une recherche voulant se dissocier des compromissions. L’exiguïté des relations de parenté et la contiguïté des rapports sociaux ont forcément des incidences sur les recherches effectuées6. Il est impossible au chercheur d’écrire, de publier, ou de prendre la parole en public, sans subir les conséquences d’être inquiété ou de faire l’objet de pressions. Ces risques sont d’autant plus réels s’agissant d’analyses questionnant le présent (Leblic, 1999). Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, la question du choix du nom de pays, « Kanaky » et/ou « Nouvelle-Calédonie », intensifie la tension politique. Elle réactive le devenir incertain du « Pays » et inquiète les peuples concernés. En effet, derrière le choix du nom de pays, se joue le devenir de la souveraineté. « Kanaky » nomme la souveraineté revendiquée par une majeure partie du peuple kanak incompatible (ou perçue comme tel) avec « Nouvelle-Calédonie », nom anglais francisé, que tient à conserver l’ensemble des autres communautés « ethniques ». (Une infime partie du peuple kanak « anti-indépendantiste » se considère être une communauté composant, avec les autres communautés, le « peuple calédonien »).

2Ce contexte – l’espace politique en cours de constitution – explique les orientations et les sens des investigations que j’ai commencé d’entreprendre depuis 1989. Il s’agit pour moi de voir et de savoir comment les « communautés/peuples » se composent pour constituer l’espace de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie ». Comment, par exemple, les transportés et migrants d’hier se convertissent en communautés se plaçant dans l’espace politique en cours de constitution (Mokaddem, 2010).

  • 7 J’ai effectué une série de travaux et de publications sur les trajectoires de Jean-Marie Tjibaou, R (…)

3L’étude de la trajectoire d’Éloi Machoro, un des leaders les plus charismatiques contemporain de la montée en puissance du nationalisme kanak, s’inscrit dans ces recherches. Il s’agit de décrire et d’analyser la généalogie du concept de peuple kanak7. Il s’avère que depuis 1998, date de la mise en place de l’accord de Nouméa, une portion du peuple kanak mobilise le concept de « peuple autochtone » pour revendiquer des droits collectifs et bénéficier des plus-values des usines de transformation de minerai de nickel. Je crois que ces types de recherches peuvent contribuer à clarifier en partie le télescopage entre les concepts de « peuple kanak » et de « peuple autochtone » (Bellier, 2012 ; Salaün, 2013).

Conversion de l’ethnie en peuple

4Je voudrais reprendre deux hypothèses de travail qu’on lit dans les travaux de Michel Foucault – l’une émise en 1969 sur la possibilité de soumettre le savoir politique à une analyse de type archéologique et l’autre en 1984, énoncée sous forme de « promenade, excursus, errance » sur la catégorie morale de cynisme à travers la culture occidentale. La première hypothèse évoquait l’articulation entre une pratique discursive et une théorie révolutionnaire de la société et la seconde, la manière d’être ou le style de vie révolutionnaire (Foucault, 1969 : 264 et 2009 : 169-171). L’analyse que je propose s’inscrit dans le sillage de ces deux hypothèses pour étudier et décrire comment un parcours politique se convertit en une trajectoire nationale du peuple kanak. J’essaie de mettre à jour les relations compliquées entre « dire-vrai révolutionnaire » et « théorie de la société » en expliquant comment un acteur a réussi à faire monter en puissance le mouvement révolutionnaire en contribuant par ses actions, ses discours et son implication physique jusqu’au sacrifice de sa vie, au mouvement de transformation des ethnies « canaques » en peuple « kanak ». Pour ce faire, je mets en rapport deux axes difficiles à maintenir ensemble : l’histoire du présent (au sens d’un anachronisme réglé) et une anthropologie du politique (au sens d’une analyse anthropologique en partant du point de vue des acteurs ou agents).

5Pourquoi revenir sur une période révolue classifiée d’événements ? Aujourd’hui, le paradigme des actions politiques change en fonction d’une autre séquence d’événements. Les militants nationalistes kanak sont passés des barrages routiers aux négociations pour intégrer et gérer des institutions. On doit remarquer que les actions d’aujourd’hui mémorisent les actions révolutionnaires d’hier. La mémoire collective parle des « événements » comme une période inquiétante de « guerre civile ». Je crois qu’une des raisons de ces inquiétudes est de dissimuler cette vérité : c’est à partir d’une séquence courte (1984-1985) que s’est constitué le concept de peuple kanak obligeant l’ensemble des autres communautés à considérer son propre devenir. C’est dans cette séquence d’événements brève et intense que s’est opérée la transformation de l’ethnie « mélanésienne » en peuple « kanak ». L’archéologie a montré comment les groupes austronésiens à partir d’une longue durée (4 000 ans) sont devenus les groupes mélanésiens (Sand, 2010). Il est possible de dire qu’à partir d’une accélération de l’histoire contemporaine, les groupes autochtones mélanésiens se sont constitués en peuple national revendiquant la souveraineté de Kanaky. La trajectoire d’Éloi Machoro, au même titre que celle de Jean-Marie Tjibaou ou d’autres acteurs kanak, correspond à celle du peuple kanak (Mokaddem, 2005, 2011). Pour toutes ces raisons, je décide de focaliser l’analyse sur la conversion du parcours en trajectoire nationale à partir de cette séquence d’événements. Je différencie les deux catégories de « parcours » et de « trajectoire » pour mieux discerner les modalités des vecteurs (orientations) et les intensités (accélération d’une courbe de vie) des devenirs et conversions (ethnies en peuple) d’une trajectoire singulière (Leblic, 1993, 2007 ; Wittersheim, 2006 ; Waddell, 2008 ; Trépied, 2010).

Parcours

  • 8 Les matériaux de mes enquêtes proviennent d’entretiens faits en 2011 dans la région de Canala avec (…)

6Éloi Machoro est né le 19 janvier 1946 à la tribu de Nakéty de Canala (centre sud-est de l’archipel de la Nouvelle-Calédonie), d’un père originaire de Lifou (une des trois îles Loyauté), catéchiste et élève du prêtre mariste François Luneau – fondateur du séminaire de Nakéty et en 1946 de l’uicalo (Union des indigènes calédoniens amis de la liberté dans l’ordre)8. Sa mère, Bernadette Mero, fait partie d’un clan des chefferies. Avant-dernier d’une famille de huit enfants (quatre garçons et quatre filles), il reçoit une formation religieuse au petit séminaire de Saint Tarcissius à Canala puis à Saint-Léon à Païta, commune du Grand Nouméa (Coulon, 1985 : 35). Dans l’histoire politique, on constate que le mouvement de libération kanak est fortement imprégné de pensée chrétienne (Burck, 2012 : 134). Éloi Machoro passe son premier baccalauréat à Saint-Léon de Païta puis au lycée Lapérouse de Nouméa. En 1966, il avait la réputation d’être un garçon brillant qui travaillait au Trésor public que ses collègues de travail surnommaient le « chouchou du patron », le Trésorier payeur général Gilbert Zaksas qui l’avait poussé à suivre les cours de licence de droit (Burck, 2012 : 29). Ce même haut-fonctionnaire avait repéré Jean-Marie Tjibaou le rapprochant plus tard de Jacques Lafleur (Missotte, 2005 ; Kotra, 2009 : 51-52). Il travaille au service du Trésor pendant deux années puis est maçon dans une entreprise de construction à Nouméa et à Bourail, gardien et chauffeur de station d’élevage d’un petit mineur de Pouémbout et en 1975 instituteur à l’école publique de Canala. Il anime avec François Burck un groupe de jeunes (Coulon, 1985: 35; Burck, 2012: 30). Marc Coulon précise que ce parcours lui avait permis de communiquer avec le peuple :

« avant d’être instituteur, il travaille plusieurs années avec les mineurs, les ouvriers des chantiers, les éleveurs… De là viendra peut-être qu’il sera un des élus kanak les plus aptes à discuter, non seulement avec le peuple paysan, mais aussi avec les travailleurs urbains et industriels. » (Coulon, 1985 : 35)

7Suite au xve congrès de l’uc, tenu à Bourail en juin 1977, il devient membre du bureau politique puis élu conseiller de l’Assemblée territoriale. Après l’Union multiraciale de Yann Céléné Uregei en 1975, le palika (Parti de libération nationale kanak) en 1976, l’UC de parti autonomiste calédonien devient un parti indépendantiste kanak. Les non-Kanak, à l’exception d’un très petit nombre, démissionnent de l’uc pour rejoindre le rpc (Rassemblement pour la Calédonie) de Jacques Lafleur créé en 1977 ou composer avec Jean-Pierre Taïeb Aïfa, ancien secrétaire général de l’uc, un parti calédonien, la Nouvelle société calédonienne puis la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (fnsc) en 1978 (Leblic, 1993 ; Aïfa, 2005 ; Poigoune, 2005).

  • 9 Ce discours important est également reproduit en « Document 7 » du livre de François Burck (2012 : (…)

8De 1977 à 1984, Éloi Machoro poursuit une carrière politique professionnelle. Il démissionne de son mandat de conseiller à l’Assemblée territoriale avec les élus du Front indépendantiste (fi), créé en 1981 grâce au travail militant de Pierre Declerq (Burck, 2012 : 45-46). Le fi est dissout pour faire place au flnks créé à la date symbolique du 24 septembre 1984. Au congrès de l’uc tenu du premier au quatre novembre 1984 à Touho, Éloi Machoro expliquait que le flnks avait été créé contre le statut de Georges Lemoine (« Discours d’ouverture du xvcongrès de l’uc à Touho du 1er novembre 1984 », in Mokadem, 2011 : 144)9. Marc Coulon relate les circonstances ainsi :

  • 10 Une autre appréciation du gouvernement « Tjibaou » est exposée par Barbançon (2008).

« Machoro revient ulcéré de Paris, où il n’y avait pas plus de neuf députés dans l’hémicycle pour débattre du statut Lemoine qui engage l’avenir du peuple kanak ; on pressent qu’il faut à la place élargir et relancer la dynamique populaire, après deux ans de délégation de la cause au gouvernement d’entente. Ce n’est pas le rôle de Jean-Marie Tjibaou d’assurer cette relance ou cette relève (il est le président du mouvement et du Territoire), ce n’est pas non plus son charisme. Il faut un militant, et c’est Éloi Machoro. Celui-ci va multiplier les contacts, les réunions, les interventions, assurant une présence sur tous les fronts, sur tous les terrains, pour insuffler une nouvelle phase qui apparaît de plus en plus nécessaire ne serait-ce que pour voler au secours de son gouvernement qui s’essouffle, puis surtout, pour contrer ce statut Lemoine qui menace10. »

9À partir du 18 novembre 1984, le parcours politique d’Éloi Machoro se convertit en une trajectoire révolutionnaire.

 

ELOI5

 

Scansion de la trajectoire : 18 novembre 1984/12 janvier 1985

10Machoro décide de rehausser l’action du boycott des élections territoriales du 18 novembre 1984 vers un niveau national et international. La trajectoire correspond à une scansion historique. Conjuguant anticipation politique et conscience historique, Éloi Machoro écrit une lettre la veille de la journée du 18 novembre 1984 – journée qu’il décide de transformer en moment historique. La lettre est adressée « à François Burck et à l’intention de toute l’UC et aux responsables de ce Parti ». Datée et située de manière très précise, « le 17 novembre 1984 à 23h55 à Nakéty », la lettre fut remise à son destinataire par Françoise Machoro, sœur d’Éloi Machoro, longtemps après le 12 janvier 1985, date où furent tués Éloi Machoro et Marcel Nonnaro par les tireurs d’élite du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (gign). Je cite l’intégralité de ce texte :

« Nakéty, le 17/11/84 à 23h55

F. Burck (à l’intention de toute l’UC et à vous responsable de ce Parti)

Demain, la journée sera rude pour tout le peuple kanak. Le boycott actif des élections prôné par ceux qui sont conscients que la survie du peuple kanak se jouera demain réussira ou ne réussira pas. S’il réussit, le gouvernement a tous les moyens à sa disposition pour présenter cela comme un échec.

Sur le plan national, les métropolitains ont d’autres problèmes et ils ne nous connaissent pas. Sur le plan international, avec les Pays du Pacifique et les pays capitalistes ils ont les moyens pour minimiser nos actions notamment en évoquant notre caractère minoritaire et en grossissant la valeur des Kanak présents sur les listes électorales. Il faut donc quelque chose de plus que le boycott actif.

Les prisonniers de Koindé sont encore en taule et ils vont continuer de croupir si l’on [n’]assimile pas d’une façon concrète leur lutte pour la survie du peuple kanak.

D’une façon ou d’une autre, ceux qui ont signé le mot d’ordre du boycott actif des élections paieront après les élections ou pendant la journée de demain.

Je ne veux pas être incarcéré pour de rien et, demain je prendrai une part très active à l’action qui sera menée dans la mairie de Canala.

Ce sera à vous d’exploiter le plus possible la suite des événements pour notre lutte, pour faire comprendre aux gens (Kanak) la gravité de la situation pour le peuple, le combat politique des gens de Koindé-Ouipoin. Je te fais confiance. Le Combat ne doit pas cesser faute de leaders ou faute de combattants. » (Archives François Burck ; publiée in Mokaddem, 2011 : 155-158 ; aussi in Burck, 2012 : 150-151 avec la reproduction de l’original)

11La dernière phrase, « Le Combat ne doit pas cesser faute de leaders ou faute de combattants », est devenue un mot d’ordre célèbre au niveau de la mémoire collective kanak. La détermination d’Éloi Machoro est proportionnelle à la gravité de la situation (ou considérée par lui comme étant une situation grave). Pour faire prendre conscience aux Gens (les autres Kanak) que ce qui se joue est la « lutte pour la survie du peuple kanak », l’action du boycott est estimée insuffisante. Qu’est-ce qui permettait à Éloi Machoro d’estimer que l’action du boycott actif allait être insuffisante et de soutenir « qu’il faut quelque chose de plus » ?

  • 11 L’ustke est le premier syndicat kanak, après le syndicat des travailleurs et des enseignants (ste), (…)

12Il y a dans la trajectoire une mémorisation de l’expérience institutionnelle (Assemblée territoriale, Assemblée nationale, onu) couplée avec l’expérience militante. Éloi Machoro était un des acteurs principaux des manifestations organisées dans les rues de Nouméa lors des années quatre-vingt. Il était présent et invité à la création en décembre 1981 du premier syndicat kanak, l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (ustke)11.

  • 12 Éloi Machoro possédait une hache ou « tamioc » (en français local) qu’il utilisait de manière symbo (…)
  • 13 Daniel Dommel, présent à la séance, décrit la caricature de démocratie dont une des conséquences fu (…)
  • 14 Jacques Violette, militant du psc (Parti socialiste calédonien) devenu psk (Parti socialiste en Kan (…)
  • 15 L’accord de Nouméa, garanti par la Constitution, se fonde sur un transfert évolutif de la souverain (…)

TAMIOK

 

13En 1981, contre l’assassinat de Pierre Declercq, secrétaire général de l’uc, il organise avec les militants de la région de Canala un des premiers barrages routiers. Au sein de l’unique institution délibérante de la Nouvelle-Calédonie, conseiller de l’Assemblée territoriale, au nom du fi, il défend les dossiers sur la fiscalité et la redistribution des finances publiques mais fait la rude épreuve du verrouillage institutionnel et de l’obstruction des dossiers par une majorité d’élus anti-indépendantistes12. Le 4 juillet 1984, il précise dans une interview télévisée que n’ayant pas la majorité au sein de l’Assemblée territoriale, institution « sous la tutelle de l’État colonial », le fi a les « mains liés » et ajoute que Pierre Declercq a été assassiné parce qu’il avait contribué à la mise en place de l’indépendance kanak au sein de l’Assemblée territoriale (Machoro, « Bilan Assemblée Territoriale Machoro du 4 juillet 1984 », interview de 16 min 32 avec un journaliste de Radio France outre-mer, Archives audiovisuelles de rfo, Nouméa, Nouvelle-Calédonie). Le 31 juillet 1984, il assiste, médusé, à l’Assemblée nationale à Paris à une « Caricature » de démocratie lors des discussions du vote de la loi du statut Lemoine (Dommel, 1993: 44). Neuf députés présents votèrent pour leurs collègues absents montrant leur indifférence pour le dossier calédonien. Les amendements du fi, exprimés par la « bouche du député Roch Pidjot », sont rejetés et classés « inconstitutionnels » (Pidjot, « Discours prononcé à l’Assemblée nationale du 31 juillet 1984 », in Mokaddem, 2011 : 133 ; et lettre du 30 mai 1984 d’Éloi Machoro à François Burck in Burck, 2012 : 128-129)13. La déclaration du congrès de Nainville-les-Roches, non signée par Jacques Lafleur, par conséquent non signé par le rpcr, avait acté deux principes : « le droit inné et actif à l’indépendance » et « le corps électoral restreint au peuple kanak et aux victimes de l’histoire ». Le statut Lemoine revient sur ces deux principes. Les propositions d’amendement de la loi par le député Roch Déo Pidjot sont purement et simplement ignorées14. Il aura fallu la loi constitutionnelle de juillet 2009 pour que la question du corps électoral restreint aux citoyens de la Nouvelle-Calédonie trouve une solution15. On peut dire que la « mémorisation institutionnelle » et l’« expérience militante » structurent et orientent la décision politique d’Éloi Machoro.

  • 16 Jacques Roynette revient sur ce point s’estimant s’être fait piéger (Roynette, 2008).
  • 17 Voir en fin d’article, les deux photographies : l’une parue dans Les Nouvelles calédoniennes le 19 (…)

14Ce n’est pas tout. Éloi Machoro fait un pas supplémentaire. Il déplace les frontières entre « droit commun » et « droit politique » instituées par l’ordre et la légalité républicains et associe le sort des militants de Koindé-Ouipoin, considérés comme des prisonniers de droit commun, au mouvement national et politique du peuple kanak. Les gens de la tribu avaient défendu leurs droits contre l’opération des gardes mobiles venus récupérer avec des moyens disproportionnés les engins confisqués d’un entrepreneur forestier. Ils exigeaient réparations et dédommagements suite aux destructions et pollutions des « creeks » occasionnées par l’exploitation capitaliste des forêts sans aucun souci du développement durable et des devenirs des populations autochtones. Éloi Machoro, en tant que secrétaire général de l’UC, avait proposé au Haut-commissaire de la République que les Gens de Koindé Ouipoin gèrent la production par la création d’un Groupe d’intérêt économique (« Lettre du 15 janvier 1983 adressée à Jacques Roynette, haut-commissaire de la République », Archives de l’Union calédonienne, in Burck, 2012 : 123-126)16. L’État refusait la proposition en prenant fait et cause pour l’entrepreneur mobilisant la force armée pour régler le contentieux. L’affaire s’était soldée par deux morts parmi les forces de l’ordre venues récupérer les engins confisqués, une dizaine de blessés et une dizaine d’arrestations « privant ainsi des familles dépourvues de forces vives » (idem : 124). Éloi Machoro voulait que le sort des prisonniers « oubliés » de Koindé Ouipoin ne soit pas dissocié du destin du peuple kanak (idem : 124). Pour lui, il fallait le faire par une action plus marquée que le boycott actif des élections territoriales organisées par le statut Lemoine. Le 18 novembre 1984, il brise l’urne électorale à coups de hache se faisant délibérément prendre en photographie. Les circonstances de la photographie m’ont été racontées par les acteurs et témoins directs de l’événement (Dohouade et Takamatsu, 2011, et photographies de Louise Takamatsu in Burck, 2012 : 15817). La participation, en apparence passive, du maire de Canala Maximilien Karembeu (oncle paternel du célèbre footballeur) explique la réussite de la performance. J’ai recoupé par des entretiens ethnographiques les différents points de vue pour resituer l’action d’Éloi Machoro et la photographie de Louise Takamatsu devenue surmédiatisée (Dohouade, 2011 ; Machoro, Louis, 2011 ; Takamatsu, 2011 ; Mokaddem, 2011). En 1988, Jean-Paul Besset revient sur ce geste en mettant l’accent sur sa dimension internationale :

  • 18 Il y a une erreur. Il ne s’agit pas de la mairie de Thio mais de Canala. Thio est le village minier (…)

« Adepte courageux de l’action symbolique et de la mise en scène, il a “lancé” le flnks sur l’orbite international. Contrairement à ce qu’on croit, il agissait plus en modérateur et négociateur qu’en chef de guerre. L’urne qu’il a brisée à Thio [sic] reste un des actes majeurs de la transgression de l’ordre colonial. Son assassinat est à mesure de celle-ci18. » (Besset, 1988 : 166)

15L’analyse de Jean-Paul Besset, alors journaliste couvrant le dossier calédonien, recoupe l’évaluation politique d’Éloi Machoro. Ce dernier considérait nécessaire de conférer au mouvement une envergure nationale et internationale pour faire reconnaître aux yeux de la planète la situation minoritaire du peuple kanak au point de vue démographique et démocratique. On doit expliquer ce point et je dois revenir sur l’expression de « survie du peuple kanak ».

  • 19 La catégorie de « communauté ethnique » est reprise par Alain Christnacht (2004). Nous assistons à (…)

16On pourrait croire que la violence des propos tenus soit imputable à une rhétorique militante exagérant la situation. Au passage, on peut se demander si la violence contenue de l’action révolutionnaire de Machoro est en rapport avec celle d’une guerre conjurée décrite et analysée tout récemment (Naepels, 2013). Les propos de « survie du peuple kanak » et de « destruction du peuple kanak » ne sont pas propres à Éloi Machoro. Les figures de style, qu’on pourrait croire être de l’ordre d’une mise en scène théâtralisée digne d’un psychodrame, sont à mettre en relation avec le mot d’ordre d’une des commissions de travail du congrès de l’uc tenu à Touho, déjà mentionné, du premier au quatre novembre 1984 : « Statut Lemoine, processus irréversible pour la destruction du peuple kanak ». Il s’agissait de contrer le statut Lemoine mais aussi de construire une société à partir d’actions révolutionnaires. Les militants percevaient que ce nième statut perpétuait des mesures technocratiques de l’État minorant le peuple kanak voulant le transformer en une « communauté ethnique » parmi l’ensemble des autres communautés dans la continuité d’« une opération de peuplement outre-mer » (Messmer, 1972 in Coulon, 1985 : 231)19. Alban Bensa rapporte une image percutante d’Éloi Machoro dénonçant cette situation, dans une interview juste après l’affaire de Koindé Ouipouin :

« Dans le système colonial, nous ne voulons pas être quelques petits pois perdus dans un potage. » (Machoro in Bensa, 1985, repris in 1995 : 147)

17La formule de « destruction de peuple kanak » est un énoncé performatif construit par les militants lors du congrès politique de l’Union calédonienne. Ce performatif fut repris en avril-mai 1988 par les militants nationalistes d’Ouvéa. Chanel Kapoeri et Alphonse Dianou, les deux principaux leaders des deux sections de commandos ayant pris en otages les gendarmes à Ouvéa, reprenaient ce mot d’ordre pour légitimer leur action en calquant leur modèle d’action sur celui d’Éloi Machoro (Kapoeri, 1989). J’insiste sur ce point : l’action pratique et militante va de pair avec le discours politique kanak. Il s’agissait alors de construire une société en tenant compte du peuple kanak et de ses systèmes de besoin et de pensée. Il suffit pour être convaincu de lire l’intégralité du discours d’ouverture du congrès prononcé par Éloi Machoro, secrétaire général de l’Union calédonienne, dont je ne cite que le tout début :

  • 20 On trouve les textes et photographies de ce congrès dans Burck (2012: 138-149). Christian Burck, mi (…)

« Notre premier objectif, c’est d’obtenir le pouvoir politique. C’est le travail de la commission animée par Christian Burck. Le deuxième objectif, c’est d’arrêter des propositions concrètes à réaliser. Nous nous battons pour avoir, pour arracher le pouvoir politique, mais dès que nous l’aurons, qu’en ferons-nous ? C’est le travail des autres commissions : Relations extérieures avec Yeiwéné, Constitution avec Lenormand, Plan de Développement avec Cortot, la Monnaie avec Tjibaou. Il faut élaborer des propositions précises que nous appliquerons dès que nous aurons le pouvoir politique. Le troisième objectif de ce congrès, c’est de proposer les grands principes pour les orientations de la société future du pays kanak indépendant. » (« Discours d’ouverture du XVe congrès de l’UC à Touho du 1er novembre 1984 », in Burck, 2012 : 138)20

  • 21 « Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue (…)
  • 22 J’avais déjà traité de ce prétendu différend entre les deux leaders kanak (Mokaddem, 2005 : 193-214 (…)
  • 23 ndlr. – Cette étude de la trajectoire d’Éloi Machoro est très liée à l’histoire de la colonisation (…)

ELOI2

18Je dois ajouter quelques précisions sur le style ou la manière de dire et de faire d’Éloi Machoro en reprenant ce que Foucault désignait par discours « parrêsiastique21 » ou « dire-vrai » (Foucault, 2009). La concision des énoncés performatifs est celle du franc-parler ou de la « parrêsia », un discours prescriptif et direct (symétrique inverse du discours sinueux et flagorneur) exprimé pour modifier la conduite. Ce type de discours veut être à hauteur d’un moment qualifié de grave. La densité et l’intensité du moment, où se joue « le sort du peuple kanak », obligent l’auteur à être et à devenir acteur d’une pratique inscrite dans un mouvement considéré comme celui de la marche de tout un peuple. Les énoncés performatifs – « Il faut donc quelque chose de plus que le boycott actif » et « Le Combat ne doit pas cesser faute de combattants. » – sont des impératifs. Ces discours sont des actes décidant de passer de la finitude d’un parcours vers l’ouverture d’une trajectoire nationale. Faire du 18 novembre 1984 une journée décisive, un événement marquant, un tournant décisif où « plus rien ne sera plus comme avant », oblige le militant politique à devenir un révolutionnaire. Le mode d’être et les façons de dire et de faire correspondent au style ou à une esthétique de l’existence au sens puissant conféré par L’Histoire de la sexualité de Michel Foucault, devenir ce qu’on est. Certains ont voulu voir des oppositions entre Machoro et Tjibaou au point d’accuser le second de trahison et de complicité d’assassinat vis-à-vis du premier. Le style direct et concis de Machoro n’est pas celui sinueux et oblique de Tjibaou. Dans leurs différences, on doit lire non pas un différend mais une différenciation se complétant chacune pour contribuer à la constitution du peuple kanak et de sa souveraineté, Kanaky22. Dans le même ordre de comparaisons, Éloi Machoro inscrivait sa trajectoire dans le sillage historique de celle d’Ataï (Coulon, 1985 ; Jorédié, 1985 ; Dohouade, 2011 ; Machoro, Louis, 2011) et de « La guerre de 1878  » (Bensa, 2004 ; Millet, 2004)23. Tjibaou, quant à lui, ne cessait, aux moments les plus critiques des pourparlers et négociations avec la France, de se ressourcer à la « guerre de 1917 » (Mokaddem, 2004, 2005 ; Muckle, 2012).

19La conversion du parcours en trajectoire s’opère précisément du 18 novembre 1984 jusqu’à la mort brutale d’Éloi Machoro, le 12 janvier 1985. La vélocité de la trajectoire correspond à l’intensité et scansion de la séquence d’événements. Au point que beaucoup ont fait de la vélocité d’Éloi Machoro une légende (Aïfa, 2005). Il sillonne le nord du territoire déjouant les contrôles des gendarmeries et les contre-barrages routiers des milices « loyalistes » pour informer les comités de lutte (Dohouade, 2011). Il assiège la ville de Thio, fief de la puissante Société le nickel (sln), poumon économique du territoire. Ensuite, il veut encercler le principal village de la côte ouest, La Foa. Le 9 janvier 1985, l’assassinat non élucidé d’un jeune Calédonien, Yves Tual, neveu du maire évincé de Thio Raymond Galliot, provoque le 10 janvier 1985 des émeutes, organisées par les milices de la mairie, à Nouméa ciblant des points précis: incendies de la maison de l’ethnologue Jean Guiart, dont le fils René Guiart milite sur la côte ouest (Guiart R., 2001), du bateau de Jean-Marie Kohler, sociologue à l’orstom, du local de l’ustke et de la station service d’André Dang. Le 11 janvier, Edgard Pisani, nommé par le Président de la République Ministre de la Nouvelle-Calédonie, décrète le couvre-feu et ordonne le 12 janvier la neutralisation par le gign d’Éloi Machoro. La trajectoire stoppée nette au lieu-dit La Bachelerie, non loin de l’endroit où Ataï fut décapité en 1878, rejoint le mouvement de fond du peuple kanak déjà mentionné (Coulon, 1985 ; Jorédié, 1985 ; Burck, 2012). On doit dire que Machoro, avec d’autres militants, personnifie dans la mémoire collective, la conversion du peuple autochtone en peuple national de Kanaky. La décision d’inscrire l’action au niveau national et international anticipe sur la décision de construire l’économie de Kanaky. Les gestions des premières institutions décentralisées, les Régions « Pisani/Fabius » créées en 1985, allaient permettre aux Kanak de participer à la maîtrise des leviers de l’économie du territoire (Leblic, 1993).

Les modalités des actions : nouvel objet des recherches d’anthropologie politique ?

  • 24 On pourrait comparer ce geste performatif à celui des Cyniques grecs dont les études ont été remise (…)

20Les modalités des actions correspondent aux logiques d’accélérations des événements. Elles expriment ces correspondances. La trajectoire s’oriente et converge vers la mise en place de l’identité nationale du peuple kanak. Le sens de l’action d’Éloi Machoro change les paradigmes des actions et provoque de nouvelles règles politiques. Pour reprendre une image d’Arendt que cite Alban Bensa au sujet de la construction architecturale du centre culturel Tjibaou par Renzo Piano, la trajectoire fulgurante d’Éloi Machoro ouvre une « brèche dans le temps » (Arendt, 1989 : 21 ; Bensa, 1995 : 326). Au jeu forcé et tronqué des règles formelles de la démocratie, Éloi Machoro oppose le geste performatif de briser l’urne électorale à coup de hache. La concision du geste suppléé à la parole24. La démocratie parlementaire fonctionne en minorant le peuple kanak et en le marginalisant en dehors de l’économie du territoire, notamment la maîtrise des leviers du nickel. L’action d’assiéger le village minier de Thio, de sillonner la Nouvelle-Calédonie pour propager le mot d’ordre et d’associer tous les pays et régions kanak au mouvement du peuple kanak, puis d’encercler La Foa, est une volonté de reconquérir la souveraineté territoriale de Kanaky. Pour évaluer ces logiques, l’ethnologie doit changer de méthode. Il ne s’agit ni de faire une enquête monographique ni de produire des analyses quantitatives pour mesurer les régularités des parcours mais d’analyser les vecteurs et intensités des trajectoires transformées en trajectoires nationales. Pour être encore plus précis, l’attention doit se porter sur les modalités articulant « trajectoire singulière » et « trajectoire nationale ». Ces transformations du « parcours politique » en « trajectoire nationale » passent par des modes opératoires que je désigne par le concept de conversion. La trajectoire d’Éloi Machoro est une trajectoire nationale parce qu’elle réussit par l’action et le discours à exprimer en même temps « montée en puissance du nationalisme kanak » et « devenir du peuple kanak ». Le peuple kanak s’est constitué en peuple par la prise de conscience historique des groupes « canaques ». Nous sommes en droit de dire et nous devons affirmer qu’Éloi Machoro a puissamment contribué à actualiser une prise de conscience historique nationale. Il l’a fait en couplant « action révolutionnaire » et « conception de la société à construire ».

Recherches scientifiques et recherche de la vérité

 

  • 25 On doit citer ici un extrait du point 3 du préambule de l’accord de Nouméa signé en mai 1998 : « La (…)

21Une étude de l’action et des discours sous-tendant l’action d’un acteur important – pour ne pas dire incontournable – du mouvement nationaliste kanak permet de clarifier l’écheveau combinant une situation locale et régionale avec la politique de l’État de la République française dans le Pacifique Sud et avec les politiques globales et mondiales « occidentales » en Océanie. Éloi Machoro – avec d’autres acteurs – a contribué à la constitution et à l’identité du peuple kanak reconnu par le droit international et par le droit de la Constitution de la Ve République française. On peut ironiser et reprocher à l’étude de se focaliser sur une séquence d’événements très courte dont le caractère microscopique semble survaloriser une action aux dépens d’actions globales et internationales (Sahlins, 1985 ; Thomas, 1989 ; Ballard, 2003). Il me semble au contraire que porter l’attention sur cette séquence, permet d’étudier au plus près la manière dont s’est opérée la conversion d’une « ethnie » ou de « groupes ethniques canaques » en « peuple national kanak ». Elle permet de voir comment s’est constituée une identification graduelle et progressive du peuple par la revendication d’une souveraineté nationale dénommée « Kanaky25». La reconnaissance de la souveraineté de « Kanaky » et de l’existence du « peuple kanak » a été rendue possible par des décisions, des actions et des discours contemporains d’une révolution nationaliste. Pour décrire ces actions et discours, la recherche anthropologique doit se démarquer de son double, la sociologie des sciences politiques, et renouveler les méthodes ethnographiques pour comprendre, à partir d’entretiens et de lectures de documents (presses, courriers, reportages télévisés de l’époque, etc.), l’action d’un leader située aux croisements des contraintes régionale, nationale et internationale. Cependant, ce type de démarche trouve sur sa route un double obstacle épistémologique.

L’obstacle de la représentation

  • 26 Un étudiant kanak, Goué Éric, de l’université de la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d’un brillant (…)

22Il y a l’écran ou la résistance au sens « analytique » de la représentation ou du « fantasme » des mémoires collectives. Éloi Machoro n’est pas (re)connu. L’opinion du « peuple calédonien » lui préfère l’image « pacifiste » de Tjibaou dont elle ne retient que le geste de la poignée de main avec Jacques Lafleur lors de la signature de l’accord de Matignon en mai 1988. De l’autre côté, les jeunes générations kanak ne retiennent que la figure iconoclaste du « Che Guevara kanak26 ». D’un côté, Éloi Machoro incarne la violence structurelle des événements responsables de l’exode des communautés « ethniques » vers Nouméa. D’un autre, nous avons l’image romancée et romantique du révolutionnaire mort en héros et en martyr d’une cause. Ni hagiographie, ni regard clinique sur la violence, indicateur et connecteur de l’histoire ethnographique mettant au même niveau axiologique une violence révolutionnaire avec n’importe quelle forme de violence, la recherche ethnographique doit aider à comprendre le devenir actuel des ethnies en peuples. Examiner la trajectoire de Machoro permet d’expliquer le devenir du peuple kanak et dans une certaine mesure, celui des autres communautés. Un chercheur doit surmonter les partis pris binaires dont chacun détient une part de vérité. Je dois dire qu’en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, écrire ou publier sur Machoro provoque des réactions vives (évoquées en début d’analyse) vous sommant à basculer d’un côté ou de l’autre.

L’anachronisme réglé

 

  • 27 Les redistributions récurrentes dans les savoirs font apparaître pour l’historien des sciences plus (…)

23L’autre obstacle épistémologique, concept de Gaston Bachelard que j’infléchis vers un sens différent, est plus théorique en apparence (Bachelard, 1938). Choisir une séquence d’événements courte risque de produire une discontinuité contredisant la continuité des longues durées. Une coupe synchronique et une périodisation aussi mince peuvent produire des transferts ou des projections d’intérêt du temps présent sur un passé déformé et transformé. Je recours à un autre concept bachelardien, celui de « récurrence ». Par récurrence, il s’agit de partir de concepts mobilisés aujourd’hui, comme ceux de « peuple autochtone » et de « peuple kanak », pour retracer leurs généalogies27. Pour comprendre comment s’est constitué le peuple kanak, il est impératif de revenir au contexte chronologique et au moment où les groupes « canaques » ont pris conscience de leur unité nationale. De la même manière, on ne peut comprendre la manière dont les communautés calédoniennes décident de se poser en communautés constituées par une histoire singulière qu’en revenant par récurrence sur les moments les ayant obligés à se regarder « soi-même comme un autre ». Comprendre la genèse et constitution du peuple kanak signifie expliquer comment ce peuple s’est constitué en peuple national de Kanaky et, regard en miroir, comment l’ensemble des autres communautés calédoniennes furent obligées de se regarder elles-mêmes en rapport à la revendication du peuple kanak. Se focaliser sur une séquence d’événements aussi brève marque forcément une discontinuité par rapport aux longues durées. Mais, il me semble que la séquence d’événements « 18 novembre 1984/12 janvier 1985 », correspondant à l’historicité de la trajectoire d’Éloi Machoro, permet de déterminer les actuelles formations identitaires ou encore les placements des communautés et/ou peuples dans l’espace politique en train de se constituer.

Je connais et mesure les risques encourus à entreprendre de telles recherches. Je reste convaincu que c’est au prix de tels risques qu’on fait de la recherche scientifique une recherche de la vérité.

 

ELOI3

notes

1 Avant sa forme définitive, ce texte avait fait l’objet de plusieurs interventions ; aux deux colloques universitaires organisés à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) par l’association Corail (Centre pour l’Océanie des recherches des arts et des idées et des littératures) respectivement en 2009 par Gilles Pestana et en 2011par Véronique Fillol et Pierre-Yves Lemeur et lors d’une participation à un des ateliers du séminaire du pha (Pacific History Association) à l’Université de Wellington organisé en décembre 2011 par Adrian Muckle. Lors des trois interventions orales, j’ai tenu compte des remarques critiques de Patrice Godin, Raphaël Mapou et des collègues chercheurs océaniens, américains, australiens et néo-zélandais dont je suis au regret de n’avoir pas retenu les noms. Isabelle Leblic a fait une lecture critique considérable dont j’ai tenu compte dans la mesure du possible. Les conversations informelles avec Jacques Violette et François Burck m’ont aussi été utiles.

2 Ces logiques constitutives de l’espace politique de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » ont été l’objet exclusif d’une thèse d’anthropologie politique que j’ai soutenue à l’ehess (École des hautes études en sciences sociales) de Paris le 22 janvier 2010 : Anthropologie politique de la Nouvelle-Calédonie contemporaine. Constitution et médiation des espaces publics insulaires.

3 À l’intérieur de chaque peuple, des sous-groupes peuvent se former pour des raisons stratégiques propres. Par exemple, pour le peuple kanak, il existe des divisions internes territoriales, foncières, économiques et politiques. Au sein du peuple calédonien, des catégories « ethniques » se constituent pour marquer leur propre singularité et identité. J’avais effectué des enquêtes à Bourail, fief principal où s’enracine la communauté dite des « Arabes » de Nouvelle-Calédonie par laquelle se joue une démarcation d’ordre stratégique recourant à la légitimité d’une histoire (Mokaddem, 2010).

4 Un échantillon, sur le terrain de Houaïlou au centre nord-est de l’archipel, est étudié de manière approfondie et détaillée par Michel Naepels (1998) et également par Isabelle Leblic sur d’autres terrains (2010).

5 Publier au sens conféré par Kant (et non par Lacan de « poubelliser ») qui est de s’adresser de manière élargie à un public pour diffuser et transmettre des recherches en vue de sortir de l’état de minorité.

6 Sur les problèmes de parenté et de conflit sur le terrain, voir Leblic (2004 : 319-350, 2010).

7 J’ai effectué une série de travaux et de publications sur les trajectoires de Jean-Marie Tjibaou, Roch Déo Pidjot, Raphaël Pidjot et d’Éloi Machoro et j’ai contribué à l’édition technique et scientifique du récit documenté de François Burck, un des compagnons proches d’Éloi Machoro  (Mokaddem, 2005 ; 2011 ; Burck, 2012). NDLR. – Voir le compte rendu de l’ouvrage de Burck dans les pages qui suivent (Comptes rendus d’ouvrage, pp. x-x).

8 Les matériaux de mes enquêtes proviennent d’entretiens faits en 2011 dans la région de Canala avec Louis Machoro, frère d’Éloi Machoro, Gaeton Dohouade, un des militants proche d’Éloi Machoro, Louise Takamatsu, l’auteure de la célèbre photographie prise le 18 novembre 1984, du récit de François Burck et des documents d’archives (lettres, discours des congrès politiques, témoignages, photographies, archives audiovisuelles, etc.) ; Burck (2012) ; Dohouade, (2011) ; Éloi Machoro (voir les entrées des références dans la bibliographie) ; Louis Machoro (2011) ; Mokaddem (2005, 2011) ; Takamatsu, (2011).

9 Ce discours important est également reproduit en « Document 7 » du livre de François Burck (2012 : 138-149). On y trouve les photographies des congressistes et orateurs de ce congrès.

10 Une autre appréciation du gouvernement « Tjibaou » est exposée par Barbançon (2008).

11 L’ustke est le premier syndicat kanak, après le syndicat des travailleurs et des enseignants (ste), créé par Paul Néaoutyine et Élie Poigoune, tous deux principaux protagonistes de ce qui allait devenir le Palika (Parti de libération kanak).

12 Éloi Machoro possédait une hache ou « tamioc » (en français local) qu’il utilisait de manière symbolique lors de ce premier barrage routier coupant les flux commerciaux et économiques. Ce tamioc en possession de François Burck sert de modèle pour la reproduction plastique faite par Miriam Schwamm (Burck, 2012 : 82).

13 Daniel Dommel, présent à la séance, décrit la caricature de démocratie dont une des conséquences fut la décision du boycott actif du statut « Lemoine » le 18 novembre 1984 (Dommel, 1993).

14 Jacques Violette, militant du psc (Parti socialiste calédonien) devenu psk (Parti socialiste en Kanaky) m’a fait part de son témoignage faisant partie de la délégation du fi ayant accompagné le député Roch Déo Pidjot. Les amendements travaillés par la délégation du fi et proposés à l’Assemblée nationale par Roch Déo Pidjot furent rejetés par le vote de l’Assemblée nationale (Mokaddem, 2005 : 41-43).

15 L’accord de Nouméa, garanti par la Constitution, se fonde sur un transfert évolutif de la souveraineté et la création d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie limitant le corps électoral aux citoyens nationaux français ayant une durée de dix années sur le territoire avant 1998. La citoyenneté peut se transformer sous certaines conditions juridiques en nationalité de la Nouvelle-Calédonie.

16 Jacques Roynette revient sur ce point s’estimant s’être fait piéger (Roynette, 2008).

17 Voir en fin d’article, les deux photographies : l’une parue dans Les Nouvelles calédoniennes le 19 novembre 1984 sans légende, l’autre dans le journal de l’Union calédonienne, L’Avenir calédonien. La première a fait le tour de la planète.

18 Il y a une erreur. Il ne s’agit pas de la mairie de Thio mais de Canala. Thio est le village minier situé à côté de Canala qui subit le siège des militants mobilisés par et autour d’Éloi Machoro.

19 La catégorie de « communauté ethnique » est reprise par Alain Christnacht (2004). Nous assistons à une mise en œuvre des technologies politiques régulant les populations; ce qu’il est convenu d’appeler depuis Foucault le biopouvoir.

20 On trouve les textes et photographies de ce congrès dans Burck (2012: 138-149). Christian Burck, militant de l’Union calédonienne, frère de François Burck ; Yéiwéné Yéiwéné, militant originaire de l’île de Maré, membre du bureau politique ; Maurice Lenormand, ancien député, membre du bureau politique ; Gérald Cortot, militant devenu un des membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, institution créée en 1998 avec le dispositif de l’accord de Nouméa ; Jean-Marie Tjibaou, membre du bureau politique.

21 « Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue le rôle de discours parrêsiastique » (Foucault, 2009: 169).

22 J’avais déjà traité de ce prétendu différend entre les deux leaders kanak (Mokaddem, 2005 : 193-214) ; certains militants nationalistes avaient accusé Tjibaou de trahison suite à l’assassinat de Machoro en 1985 ; Isabelle Leblic, Patrice Godin et Raphaël Mapou ont attiré mon attention sur ce point précis par leurs remarques critiques.

23 ndlr. – Cette étude de la trajectoire d’Éloi Machoro est très liée à l’histoire de la colonisation de la région xârâcùù et, notamment, à la question de l’implication des gens de la région dans la révolte de 1878 : beaucoup de gens de Canala notamment furent des alliés de l’Administration coloniale de l’époque et c’est le Grand Chef Nondo, dit-on, qui est l’instigateur de l’assassinat d’Ataï, mais les choses sont plus complexes (voir le texte de Saussol ci-dessus : En marge de l’insurrection kanak de 1878 : « Nos “fidèles alliés Canala”, mythe ou réalité ? »). Ainsi, pour comprendre la détermination d’Éloi, il faut prendre aussi en compte ces données historique de la région de xârâcùù. D’ailleurs, Éloi, en son temps, avait parlé d’une coutume qu’il voulait faire aux gens de La Foa pour s’excuser du passé, c’est-à-dire de la participation des gens de Canala à l’assassinat du grand chef Ataï. Cette coutume de réconciliation eut d’ailleurs lieu en 1981, donc trois avant les événements. Le monument célébrant Nondo est toujours à Canala et est toujours entretenu par les gens de son clan. Ce moment douloureux de l’histoire kanak est souvent oublié parce que personne n’en parle ; mais tous les Kanak de la région la connaissent. Et Éloi aussi la connaissait. Mais, au moment de la recherche d’unité du peuple kanak pour la construction d’un destin commun avec les autres, parler de cela risque de diviser. Par manque de temps – nécessité de faire des enquêtes ethnographiques de terrain sur ce point précis – et manque de place ici, l’auteur de cet article a préféré remettre à plus tard la poursuite de ce parallèle suggéré par la rédaction.

24 On pourrait comparer ce geste performatif à celui des Cyniques grecs dont les études ont été remises au goût du jour par Michel Foucault, à la différence qu’Éloi Machoro ne se limitait pas à une critique de l’ordre de la société coloniale, il voulait construire une société.

25 On doit citer ici un extrait du point 3 du préambule de l’accord de Nouméa signé en mai 1998 : « La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. Des hommes et des femmes ont perdu dans cette confrontation leur vie ou leurs raisons de vivre. De grandes souffrances en sont résultées. Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d’une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun. »

26 Un étudiant kanak, Goué Éric, de l’université de la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d’un brillant exposé en 2012 sur « Éloi Machoro et les statuts politiques de la Nouvelle-Calédonie » et d’autres, dans le cadre de conversations informelles, reprennent l’image de « Che Guevara kanak » ; voir également sur ce point, le témoignage de Louis-José Barbançon, alors professeur d’histoire-géographie dans un collège d’un quartier populaire de Nouméa, chef-lieu du Territoire (Barbançon, 1995).

27 Les redistributions récurrentes dans les savoirs font apparaître pour l’historien des sciences plusieurs passés, plusieurs enchaînements, plusieurs hiérarchies d’importance, plusieurs réseaux de détermination, plusieurs téléologies, etc. Cf. Foucault (1969 : 11).

References

Bibliographical reference

Hamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des Océanistes, 136-137 | 2013, 181-194.

Electronic reference

Hamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des Océanistes [Online], 136-137 | 2013, Online since 14 November 2013, connection on 01 February 2021. URL : http://journals.openedition.org/jso/6936 ; DOI : https://doi.org/10.4000/jso.6936

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Published in Journal de la Société des Océanistes147 | 2018

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Nouvelle-Calédonie : les indépendantistes font chuter le gouvernement collégial

Le FLNKS dénonce notamment le processus de vente de l’usine de nickel du groupe brésilien Vale. Un nouveau gouvernement doit être élu dans les quinze jours.

L’usine de nickel de Vale NC à Goro, dans le sud de la Nouvelle-Calédonie, le 27 mai 2015. FRED PAYET / AFP

Le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie est tombé, mardi 2 février, après la démission des indépendantistes de l’exécutif, qui ont dénoncé « l’impasse et l’immobilisme » dans l’archipel, où la vente d’une usine de nickel crée depuis plusieurs mois un climat de tension.

Les indépendantistes du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) disposaient de cinq postes de l’exécutif sur onze. Leur démission, ainsi que celle de leurs suivants de liste, entraîne de facto une chute du gouvernement collégial, élu par les membres du Congrès. Un nouveau gouvernement devra être élu dans un délai de quinze jours, selon le statut de l’accord de Nouméa (1998).

Dans un communiqué mis en ligne par le FLNKS, Louis Mapou, président du groupe UNI-FLNKS (Union nationale pour l’indépendance), et son homologue de l’UC-FLNKS (Union calédonienne), Pierre-Chanel Tutugoro, déclarent avoir « déposé conjointement » une lettre au président du gouvernement, Thierry Santa (loyaliste). « Les membres du gouvernement [indépendantistes] présentent leur démission », peut-on lire dans cette lettre.

L’une des raisons invoquées par le FLNKS est le « processus de vente » de l’usine de nickel du groupe brésilien Vale« qui fait primer les intérêts des multinationales sans considération des aspirations des populations locales ». La vente de cette unité industrielle à un consortium calédonien et international dans lequel figure le géant suisse Trafigura, pourrait aboutir le 12 février. Or, elle soulève un tollé dans la mouvance indépendantiste et a été à l’origine d’une flambée de violence en décembre. L’usine est à l’arrêt après avoir été prise d’assaut par des émeutiers le 10 décembre et est la cible de déprédations.

« Décision incohérente, irresponsable et dangereuse »

Les indépendantistes mettent aussi en cause « le retard dans le vote du budget primitif » de l’île, qui a été reporté au mois de mars, ainsi que « la dynamique institutionnelle en panne et le consensus qui est de moins en moins la règle ».

L’Avenir en confiance (AEC), coalition des principaux partis non indépendantistes dont est issu le président du gouvernement, a fustigé « une décision incohérente, irresponsable et dangereuse ».

« En provoquant une crise institutionnelle en pleine période de gestion de la crise sanitaire, d’une possible crise budgétaire ainsi que des tensions économiques et sociales fortes, les indépendantistes font peser un immense risque sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie », ont-ils déclaré dans un communiqué. Leader de l’Eveil océanien, parti charnière au Congrès à même de faire et défaire les majorités, Milakulo Tukumuli a, lui, estimé que cette décision des indépendantistes avait été prise « pour bloquer la cession de l’usine de Vale ».

Une réunion visant à faire valider le projet avec Trafigura par les exécutifs des collectivités, prévue pour le 12 février, aurait été avancée à mercredi, selon plusieurs sources.

Explications : Le nickel, « métal du diable », embrase la Nouvelle-Calédonie

Discussion avec l’Etat au point mort

« Je préfère une action institutionnelle à une action sur le terrain. Nous l’avons déjà dit, nous pensons qu’il faut repousser la vente de cette usine, les oppositions sont trop fortes », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) M. Tukumuli. Ce dernier n’a toutefois pas précisé si son parti formerait ou pas une majorité avec le FLNKS « dans ce contexte compliqué ».

Les discussions avec l’Etat pour préparer « l’après-accord de Nouméa » sont au point mort en raison du conflit autour de la vente de l’usine Vale. L’archipel est en outre confronté à une crise budgétaire sans précédent et à une économie en berne, due aux incertitudes institutionnelles et à l’épidémie de Covid-19.

La chute du gouvernement intervient quatre mois après le référendum sur l’indépendance du 4 octobre, remporté d’une courte tête par les partisans de la France (53,3 %). Un premier référendum avait eu lieu en 2018 et un troisième est encore possible d’ici à 2022.

 

 

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