ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

8 novembre 2020

CSPB 27 10 2020

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 37 min

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ÉGALEMENT SUR LE BLOG DU COMITÉ

 

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Actu’s d’Euskal Herria, le rapport d’Etxerat sur les prisonniers, chronique de Béa d’Askapena sur le covid dans les prisons en Hegoalde, chronique de Maité sur Josu Urrutikoetxea, les artisans de la paix et conférence d’Aiete, ITW de militants Kanaks sur le référendum et la mine de nickel qui risque de fermé avec les conséquences sur l’économie. Chronique de Squale sur la marche des solidarités et le CRA, historique de la conférence d’Aiete en 2011, le journal GARA et sa dette astronomique imposé par l’audiença nationale, l’avenir de l’euskara (langue Basque) et les classes immersives. 

Pour la partie musique : Aurrera Altsasu, Gatibu- Bixotza Suten, Txiki Bang-Bang, Gora Euskadi ETA Askatasuna [Rap&HipHop],  Loretxoa – Exkixu, siroka-bihotzetatik-zintzilik, Voces Clandestinas Feat  Lirika Podrida – Libertarios- Rap Anarquista. Rap KANAKY

   

 

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Une grosse centaine de militants s’est symboliquement unie ce samedi matin devant le centre de rétention administrative. La suite est prévue à 16 heures à Bayonne

La déclinaison basque de la grande Marche des solidarités prévue partout en France ce samedi 17 octobre a été lancée à 11 heures devant le Centre de rétention administrative d’Hendaye (CRA). Bien à l’heure, mais un peu perdu dans les rues d’Hendaye, un groupe de militants venu des Landes espérait bien ne plus jamais avoir à revenir ici. « Courage, c’est peut-être la dernière fois qu’on vient à Hendaye », se motivait-on en pressant le pas, le moral un peu plombé par les événements de la veille et la peur des amalgames qu’ils feront naître.

Repérés par les vigies placées sur les toits de « la prison » hendayaise, les cinq landais de l’association Une École, un toit, des papiers s’unissaient finalement à la centaine de militants alignés derrière les banderoles juste au moment du discours de la présidente de la Cimade Pays basque. « Ça pour marcher on aura marché. Mais on est venu pour ça, et on marchera également cet après-midi à Bayonne. De toute façon moi je continuerai de marcher tant que ma santé me le permettra », s’en satisfaisait Jeanine, « 82 ans et demi ».

Contre les centres de rétention et d’accueil

Au micro, une énième dénonciation de « l’échec d’une approche répressive et sécuritaire au service de l’endiguement et des expulsions et au détriment d’une politique d’accueil qui s’attacherait à garantir et protéger dignité et droits fondamentaux des personnes ». Postée devant un centre hendayais que tous espèrent voir fermer, la représentante de la Cimade dénonce plus largement l’avènement d’« un nouveau pacte européen qui prévoit la création de nouveaux camps, dénommés, centres d’accueil, conjuguée à une nouvelle procédure accélérée aux frontières ».

 

« La Cimade appelle à changement radical des politiques migratoires, pour une Europe qui mette en pratique l’hospitalité et encourage les solidarités sur le fondement de la dignité des droits humain », énonce-t-elle en formulant le vœu « que l’on assure la protection des personnes en exil, et non leur criminalisation, leur précarisation et leur exclusion ».

« Il est urgent que l’État français arrête de nier ses valeurs historiques que sont l’accueil et les solidarités, et il est urgent qu’il comprenne qu’il n’est plus possible de laisser aux réseaux de citoyens la seule responsabilité de prendre en charge les exilés et les réfugiés », annotaient les Landais, en demandant « la régularisation pour tous ».

La suite à partir de 16 heures, depuis l’esplanade Roland Barthes de Bayonne.

 

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19 décembre action de désobéissance civile.

Pour ce qui est des premières mobilisations retenues, les Artisans de la Paix appellent à une action de désobéissance civile pour les prisonniers basques le samedi 19 décembre, à l’occasion du 4ème anniversaire de l’opération de Louhossoa. Cette action sera massive et déterminée, tout en s’inscrivant dans la philosophie pacifique, respectueuse des personnes et plurielle qui anime la démarche des artisans de la paix depuis ses débuts. Nous aurons besoin de centaines de volontaires, prêts à participer à une telle action forte, désobéissante, et prêts à y consacrer leur journée entière, voire d’avantage si nécessaire. Une seconde mobilisation est prévue le 9 janvier 2021.

 

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Appel international en soutien au “négociateur” Josu Urrutikoetxea

L’ancien ministre de l’Intérieur Pierre Joxe, le leader historique du Sinn Féin Gerry Adams, le révérend clé du processus irlandais Harold Good, le professeur Noam Chomsky, l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira et de nombreuses autres personnalités et élus ont signé une déclaration exhortant Paris à garantir la protection de Josu Urrutikoetxea. Ils estiment que les procédures ouvertes à son encontre mettent en danger tous les processus de paix en cours et à venir.

 

A trois jours de l’audience devant réexaminer la condamnation prononcée en 2010 à l’encontre de Josu Urrutikoetxea à la cour d’appel de Paris – audience qui va être finalement reportée-, 225 personnalités internationales ont interpelé publiquement l’Etat français en son soutien vendredi 16 octobre. Le texte publié dans plusieurs médias parisiens porte la signature d’acteurs majeurs dans des conflits, notamment des Irlandais (Gerry Adams, Harold Good), des partenaires du processus basque (Brian Currin, Pierre Joxe, Alberto Spektorowski, Raymond Kendall…) et des élus siégeant dans différentes instances à Paris, Madrid ou Bruxelles, des universitaires ainsi que des noms de référence comme Noam Chomsky.

Déjà en avril, alors que le militant basque à la santé fragile se trouvait en prison en pleine crise sanitaire, un texte d’une ampleur internationale recueillait près de 130 soutiens pour demander sa libération. Cette fois, les signataires rappellent le rôle qu’il a eu dans les différentes phases de négociations entre ETA et les Etats espagnol et français et demandent que lui soit accordée la protection.

Les procédures dont Urrutikoetxea fait l’objet « couvrent les périodes de 2005 à 2007 et de 2011 à 2013, périodes durant lesquelles, très précisément, Josu Urrutikoetxea est à Genève puis à Oslo pour négocier avec l’Etat espagnol – et à la demande expresse de ce dernier –, écrivent-ils, avec le soutien technique du gouvernement français et le protectorat diplomatique des Etats suisse et norvégien, pays hôtes ». Ils affirment que « pour ces raisons, la situation actuelle de Josu Urrutikoetxea est simplement inacceptable. Continuer à faire de cet homme un prévenu, pire, un accusé, c’est pénaliser un artisan de la paix en cherchant à l’enfermer dans un passé historique marqué par d’intenses antagonismes ».

« Sans oublier bien évidemment les souffrances, les tragédies et les malheurs causés, de part et d’autre », ils déclarent que « en criminalisant cet homme qui a su, dès les années 80, envisager un horizon pacifié et, par la suite, négocier la paix – y compris au sein de son propre camp –, la France criminalise en effet implicitement tous les négociateurs et in fine remet en cause l’ensemble des processus de paix en cours et à venir ». Le militant basque a déjà souligné dans une interview parue jeudi dans Marianne que cette persécution viole « toutes les normes diplomatiques » concernant la résolution des conflits.

« Les faucons reviennent »

La déclaration internationale relève par ailleurs que son cas n’est pas isolé à travers le monde, évoquant la poursuite en Inde du négociateur Yasin Malik dans le conflit au Cachemire, les actions de la Colombie contre les protocoles de sécurité établis avec les Farc et l’ELN ou « le processus de paix au Kurdistan balayé d’un revers de main par le gouvernement autocratique de la Turquie, les faucons semblent à nouveau jouer contre la volonté des peuples à vivre en paix », estime-t-elle.

Les signataires apportent enfin « [leur] indéfectible soutien à toutes celles et ceux qui érigent le dialogue comme moyen de résoudre les conflits et œuvrent avec patience et détermination pour la paix » et rappellent aux États « leur devoir impérieux d’offrir des garanties juridiques pérennes à celles et ceux qui s’engagent sur la voie difficile du dialogue pour la paix ». Ils demandent à l’Etat français que « cet impératif se traduise en acte ».

Bien que le dossier concernant la condamnation de 2010 ne sera pas examiné ce lundi 19 octobre, les magistrats de la cour d’appel de Paris se pencheront à nouveau sur sa libération sous contrôle judiciaire. Depuis le mois de juillet, cet homme de 69 ans a quitté la prison de la Santé sous surveillance électronique.

 

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Le journal Gara a atteint son objectif

Grâce à la campagne “Souscris au futur”, Gara a trouvé les 10 000 abonnés nécessaires pour faire face à la dette du journal Egin contractée auprès de la Sécurité Sociale que la Justice espagnole lui a transférée. Un montant de plus de 3 millions d’euros. Le quotidien doit encore payer un million d’euros avant le printemps 2021.

Le logo du journal Gara a retrouvé sa couleur rouge ce jeudi 22 octobre. Un logo qui était passé à la couleur noire le temps que le quotidien rassemble les moyens nécessaires pour faire face à la dette héritée du journal Egin, par décision de la justice espagnole en 2003. La campagne « Souscris au futur » qui a démarré il y a neuf mois a été atteint son objectif : 10 000 abonnés au journal. Une belle réussite qu’a soulignée la direction du journal, lors de ses remerciements.

La Justice espagnole a fait porter à Gara la dette qu’Egin avait contractée auprès de la Sécurité Sociale. Une dette ascendante à 3 millions d’euros. Au départ, elle était de 4,7 millions d’euros. Finalement, un accord a été trouvé et le journal a dû débourser 500 000 euros par semestre. Deux paiements restent à effectuer, le premier ce 26 octobre et le dernier au printemps 2021.

Le fait d’obtenir les moyens nécessaires pour faire face à cette dette symbolise une réussite collective en faveur de la liberté et l’indépendance de la presse. Dans ce sens, le directeur du journal Gara, Iñaki Soto, et le responsable Marketing et Communication du journal, Asier Iñigo, ont utilisé le mot « victoire » lors d’une interview diffusée par Naiz Irratia ce jeudi 22 octobre. « Il s’agit d’un formidable effort collectif, a résumé Asier Iñigo, joyeux et fier. Nous sommes plus forts qu’il y a deux ans, notre communauté s’est agrandie et renforcée ».

Le directeur a souligné la valeur des médias Gara et Naiz, et n’a pas oublié les difficultés et inégalités rencontrées : « Alors que certains reçoivent des aides, nous avons dû payer trois millions d’euros. Publier tous les jours a été un grand exploit. Il n’y a pas beaucoup d’exemples de la sorte dans le monde. L’effort a été porté de génération en génération. C’est une bonne chose pour ce pays », a déclaré le directeur.

Des nouveautés à l’horizon

Une dette comme celle à laquelle le journal a dû faire face est encore plus indignante si l’on tient en compte le contexte de crise sanitaire. Une période durant laquelle les médias indépendants et portant un regard critique sur l’actualité sont plus nécessaires que jamais.

Gara regarde à présent vers l’avenir pour poursuivre ce travail laborieux en développant le projet. Comme l’ont expliqué les responsables, la campagne de souscriptions va également servir à franchir de nouveaux pas vers une transition digitale. Iñaki Soto a annoncé que prochainement, des nouveautés seront présentées : « Nous verrons ces fruits peu à peu ».

 

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L’Education nationale fait marche arrière sur l’immersion en basque

La classe immersive de l’école Basté-Quieta va rouvrir dans un délai « très rapide » et les autres projets d’expérimentation 100 % en langue basque seront acceptés. Une réflexion sera lancée en novembre pour poser un cadre et une méthodologie aux parcours bilingues de la maternelle au lycée.

 

Après des mois de mobilisations, la bataille a payé. A peine élu à la tête de l’Office public de la langue basque (OPLB) dont l’assemblée générale s’est tenue ce jeudi 15 octobre, Antton Curutcharry a pu dévoiler à la presse que l’affaire Basté-Quieta avait débouché sur une « issue heureuse ». Au cours de la réunion qui s’est déroulée mardi 13 octobre au ministère de l’Education nationale à Paris, une délégation d’élus basques avait haussé le ton et exigé une réponse pour ce jeudi.

Contre toute attente, la rectrice d’académie de Nouvelle-Aquitaine, Anne Bisagni-Faure a confirmé l’ouverture prochaine de la classe 100 % en langue basque de l’école publique de Saint-Pierre-d’Irube. « L’objectif est de poursuivre le développement de l’enseignement en langue basque » a-t-elle expliqué. « Nous souhaitons éviter d’être à nouveau confrontés à des difficultés » a-t-elle poursuivi, assurant que plus aucun projet d’expérimentation immersive dans le public ne serait refusé.

« L’expérimentation a été validée, les modalités restent à préciser » a ajouté Antton Curutcharry. Dès le mois de novembre, des discussions seront lancées pour préciser les « axes de travail » et la méthodologie « pour parvenir à créer des parcours d’enseignement bilingues cohérents et complets », a affirmé le sénateur Max Brisson. « Il va falloir coconstruire une méthodologie et sécuriser le système. Nous sommes prêts à travailler si c’est au profit de la production de locuteurs complets ».

Qu’est-ce qui a conduit le Gouvernement à revoir ainsi sa position ? Pour la conseillère départementale Bénédicte Luberriaga, la mobilisation citoyenne et des élus a été déterminante : « Je pense qu’ils [les représentants du ministère] ont compris que c’était un consensus social de tout le Pays Basque ». « On est allé assez loin, mardi… » avoue la sénatrice Frédérique Espagnac. « On a atteint un niveau de franchise que peut-être on n’avait jamais atteint auparavant. On a su rappeler plusieurs choses. Mais en sortant de ce rendez-vous, on était loin de penser qu’on aurait le résultat d’aujourd’hui ».

L’OPLB sauvé

« C’est une victoire et un espoir significatif pour le développement de la langue basque » s’est réjoui le président de l’OPLB. « Trois choses ont été sauvées. La classe immersive de Basté-Quieta et les projets d’expérimentation. Mais ce soir, on a aussi sauvé l’OPLB, cette grande machine qui travaille à cette politique publique linguistique ».

Le maire de Saint-Pierre-d’Irube, Alain Iriart, a déclaré que les élus feraient tout leur possible pour que la classe 100 % en langue basque de l’école Basté-Quieta ouvre dès la rentrée des vacances de la Toussaint qui démarrent ce vendredi.

 

 

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Suite à l’Assemblée des Artisans de la paix du 17 octobre.

Ce 17 octobre, à la date d’anniversaire de la Conférence International d’Aiete, 60 personnes dont des représentants d’organisations et des élus, se sont réunies en assemblée extraordinaire conviée par les Artisans de la Paix afin de déterminer ensemble, les nouvelles initiatives à construire au lendemain de la journée de mobilisation du 19 septembre.

Nous l’avons toujours dit et nous l’avons montré : la question des prisonniers est intimement liée à celle des victimes quelles qu’elles soient. Ce sont deux expressions cruelles d’une même histoire qu’il faut traduire en construction du vivre ensemble. Mais, aujourd’hui, il y a un obstacle qui entrave le chemin de la paix et la construction du vivre-ensemble: c’est le blocage sur le dossier des prisonniers. Après 10 années d’unilatéralité qui ont vu l’arrêt définitif de la lutte armée, le désarmement total et sans conditions, et la dissolution de l’ETA, il n’y a pas de la part des Etats, de réponses à la hauteur des enjeux. Il est temps que les pouvoirs publics entrent résolument dans la démarche. Ce sont les pas des uns et des autres qui permettront d’avancer.

Partant du constat que notre dynamique actuelle de mobilisation n’était pas suffisante pour être entendu à Paris, l’assemblée du 17 octobre a travaillé par ateliers sur la façon d’élargir notre champ d’interpellation avec de nouvelles initiatives diplomatiques, pédagogiques, et de nouvelles formes de mobilisations. Il a été décidé d’agir de façon plus forte, non seulement sur le territoire du Pays Basque, mais bien au-delà, car la question que nous voulons résoudre au Pays Basque est une question universelle ! Si les actions diplomatiques, pédagogiques et politiques doivent demeurer, il est paru évident que de nouvelles formes de mobilisations devaient être mises en place.

L’assemblée générale des Artisans de la Paix a décidé d’impulser un cycle de mobilisation, déterminée et permanente. Cette mobilisation montera crescendo dans les mois à venir, jusqu’à que le blocage politique et le traitement d’exception que subissent les prisonniers basques et qui empêche leurs libérations cèdent enfin.

 

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ETXERAT (22-10-2020). L’ex-prisonnier politique de Durango Asier Aginako Etxenagusia est mort aujourd’hui des suites d’une longue maladie. Etxerat envoie son plus chaleureux salut et son entière solidarité à sa famille et à ses ami.e.s.

Après avoir été opéré en janvier 2019 en lien avec la maladie dont il souffrait, Asier Aginako avait été libéré le 31 janvier de la même année. L’Audience Nationale avait accepté la demande de suspension de peine déposée par ses avocats en raison de son état de santé et de son droit à être traité et suivi dans les meilleures conditions possibles. Asier avait alors 43 ans, et était incarcéré depuis 15 ans.

Nous rappelons qu’en 2019, Oier Gomez et Joxe Angel Otxo de Eribe étaient également décédés après de longues maladies contractées en prison. La cruauté de la politique pénitentiaire d’exception apparaît plus crûment encore dans le cas de ceux qui sont atteints de maladies graves et incurables.

18 prisonniers figurent aujourd’hui sur la liste de ceux qui souffrent de telles maladies. Leur maintien en prison, et plus encore dans le contexte actuel de pandémie, conduit à l’aggravation de leur maladie et pousse leur situation à l’extrême. Il faut les libérer immédiatement.

Nous les voulons vivant.e.s et à la maison!

 

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Euskaraldia vient renforcer l’usage du basque

L’initiative aura lieu du 20 novembre au 14 décembre. Elle a été présentée ce mardi 20 octobre à Bayonne. Au total, 421 communes participeront à la campagne Euskaraldia, dont 66 du Labourd, de Basse-Navarre et de Soule.

IURRE BIDEGAIN|2020/10/24 17:45|0 IRUZKIN 

Le hall principal de la mairie de Bayonne a accueilli la présentation de l’initiative Euskaraldia ce mardi 20 octobre. Avant la campagne qui aura lieu du 20 novembre au 4 décembre pour accroître l’utilisation de la langue basque dans tout le pays, la télévision locale Kanaldude et le réseau de radios Arrosa Sarea ont enregistré une émission spéciale qui a rassemblé plusieurs acteurs du territoire.

 

La coordinatrice Arrate Illaro a pris la parole lors de la conférence de presse. Elle a été rejointe par Amets Lahetjuzan, membre d’Euskal Konfederazioa, Kike Amonarriz, président d’Euskaltzaleen Topagunea, Jean-René Etchegaray, président de l’Agglomération Pays Basque et maire de Bayonne, Antton Curutcharry, président de l’OPLB et Miren Dobaran, membre du Gouvernement basque.

Des centaines de communes

Tous les représentants ont souligné l’importance de la participation et de la mobilisation citoyenne pour le déroulé d’Euskaraldia. Ils ont fourni des éléments mettant en valeur le travail accompli jusqu’à ce jour. Il y a deux ans, 405 communes s’étaient inscrites. Cette année, elles sont déjà 421.

De plus, 6 737 entités ont organisé 25 000 espaces de pratique de l’euskara, dits « Arigune », dans 8 200 établissements situés sur l’ensemble du Pays Basque. En conséquence, les citoyens auront accès à de nombreux espaces où ils pourront parler le basque.

Antton Curutcharry, vice-président de la politique linguistique et de la culture au sein de l’Agglo, a expliqué que la CAPB proposera 30 espaces de pratique pendant l’Euskaraldia. Il a également salué les efforts des offices de tourisme, dont dix seront engagées dans cette initiative. Les 158 mairies du Pays Basque Nord encouragent également à participer à la dynamique, comme en témoignent les lettres qu’elles ont envoyées. L’Agglo organise également dix formations dédiées aux travailleurs et aux élus.

Deux rôles

« Nous sommes ici pour lancer un appel aux citoyens pour qu’ils participent à Euskaraldia », a déclaré Kike Amonarriz. Dans ce sens, il pense qu’il est indispensable de participer à la dynamique en s’inscrivant dans un des deux profils : Ahobizi (parole vivante) et Belarriprest (oreille aux aguets). Concernant les rôles, il a souligné que « ceux-ci n’ont rien à voir directement avec le niveau de connaissance, mais avec le comportement qui sera adopté ».

Ahobizi sera celui qui parlera basque avec tous ceux qui comprennent cette langue pendant ces 15 jours, celui qui dira le premier mot toujours en basque, et qui continuera à parler en basque avec ceux qui le comprennent. Pour être Belarriprest, il suffira de comprendre le basque et de montrer une volonté de parler basque aux autres.

« Nous devons utiliser le basque, car c’est le seul moyen de garantir son avenir. La transmission et l’utilisation sont indissociables », a déclaré Amets Lahetjuzan, membre d’Euskal Konfederazioa. Elle a rappelé que parler en basque avec n’importe qui n’est pas facile. Elle estime qu’Euskaraldia peut être l’outil parfait pour surmonter ces peurs et ces inquiétudes.

Jean-René Etchegaray s’est montré fier de pouvoir participer à l’initiative et d’accueillie la présentation de la dynamique à Bayonne. Il a rappelé qu’avec le gascon, le basque a été déclaré langue officielle, et que la CAPB développerait une politique linguistique ambitieuse.

L’inscription peut se faire sur le site Euskaraldia, aux points d’information qui seront mis en place dans les communes ou via l’application créée pour les mobiles.

 

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Cela fait 45 ans que Txiki et Otaegi ainsi que trois membres du FRAP ont été exécutés par le régime franquiste. Depuis, la gauche abertzale organise le 27 septembre la journée du combattant pour rendre hommage à ceux “qui ont donné leur vie pour la liberté du Pays Basque”. Cette année, elle organise une manifestation itinérante qui commencera à Saint-Jean-de-Luz et se terminera à Ciboure.

 

Juan Paredes « Txiki » et Angel Otaegi, ainsi que trois membres de l’organisation armée FRAP, ont été tués le 27 septembre 1975 par le régime franquiste. Depuis, la gauche abertzale organise chaque année le Gudari Eguna à cette date. Selon un communiqué, la journée est devenue « une journée pour rendre hommage à tous les combattants qui ont donné leur vie pour le Pays Basque ».

Le mouvement indépendantiste veut souligner le fait que des milliers de citoyens se sont joints à la lutte pour les droits du Pays Basque sans interruption ces dernières décennies, « avec des niveaux d’engagement différents ». Il estime que cette générosité a permis d’avancer : « Nous avons gardé le pays, notre langue et notre culture vivantes, et l’opportunité d’être libre et indépendant ».

 

Le travail des abertzale au premier plan

Cette année, le Gudari Eguna aura lieu dans un contexte particulier, grâce notamment aux résultats électoraux réalisés par les abertzale ces dernières années. Cela a été souligné : « Aujourd’hui, des milliers de personnes continuent à donner le meilleur d’eux dans divers domaines du militantisme ». La politique, le syndicalisme, la culture basque, le mouvement féministe, la jeunesse et les prisonniers politiques basques sont notamment mentionnés.

Sans renier que le mouvement abertzale a eu « des contradictions et des désaccords habituels », le communiqué souligne le travail et la disponibilité de tous, et se tourne vers l’avenir « afin d’accélérer et accumuler les forces plus que jamais pour continuer à donner le meilleur pour le Pays Basque ».

 

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Bars, restauration, boutiques et commodités habituellement proposés au sommet ne seront pas accessibles au public à compter de ce jeudi 22 octobre 2020

Randonneurs et vacanciers qui prévoyaient, ces prochains jours, de gravir la Rhune trouveront porte close dans les ventas du sommet à compter de ce jeudi 22 octobre 2020. Si le train continue à fonctionner jusqu’au 1er novembre inclus, avec des départs tous les trois quarts d’heure de 9 h 15 à 16 heures, le confinement en Navarre contraint les commerçants à abaisser leur rideau.

Moins de temps au sommet

Bars, restaurants, boutiques et commodités étant inaccessibles, les gestionnaires du train à crémaillères ont décidé de limiter le temps passé en haut du site à 45 minutes à partir de demain (jeudi).

Plus de renseignements et réservations sur le site Internet www.rhune.com.

 

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La Navarre ferme ses frontières

Hier, la président du gouvernement de Navarre, Maria Chivite, a annoncé que l’entrée et la sortie de la province autonome de Navarre seront restreintes pendant quinze jours à partir de minuit ce jeudi. Cette nouvelles mesure durera donc jusqu’au 4 novembre et doit répondre au vif regain de l’épidémie. En Navarre, les taux d’incidence avoisinaient hier les 900 cas pour 100 000 Habitants.

Parmi les autres mesures, les bars sont fermés et les commerces devront fermer à 21 heures. Les transports seront réduits de 50 % et les contacts familiaux sont limités. Certaines villes avaient déjà été confinées à nouveau. « Je suis conscient que les citoyens sont fatigués. Nous sommes confrontés à une expérience difficile, mais le virus est toujours virulent car nous n’avons pas d’outils. La mobilité et l’activité bénéficient au virus », a indiqué Maria Chivite.

Au sujet de cette mesure, Eric Spitz a confirmé qu’il y aura « des contrôles renforcés à la frontière, mais pas forcément dans cadre sanitaire, plutôt dans le cadre lutte contre le terrorisme à partir du 1er novembre ». Il semblait ignorer ce mardi matin la décision prise par Maria Chivite, indiquant qu’on pourrait se rendre dans les benta alors qu’il ne sera pas possible d’aller à Dantxarria ni à Luzaide en raison de la fermeture de la frontière. Les habitants du Pays Basque Nord ont la possibilité de se rendre en Navarre uniquement pour des motifs de travail, éducatif ou de santé, comme l’autorise la présidente de la province.

 

contre les prisons

 

Les détenus ont-ils une valeur marchande ? La privatisation du milieu carcéral dans de nombreux pays a enrichi une kyrielle de multinationales. Force de travail à moindre frais, consommateur enchaîné, la politique d’incarcération de masse a été soutenue par de puissants lobbys. De la prison ferme à l’immigration, en passant par la liberté conditionnelle, la privatisation s’attaque à l’ensemble du système correctionnel pour en tirer profit, au détriment de l’intérêt sociétal. Par Arthur Deveaux-Moncel et Florian Mattern.


Dans Surveiller et Punir, Michel Foucault date l’apparition du phénomène carcéral massif à la Révolution française, et plus précisément à la Constituante de 1791. « Entre le crime et le retour au droit et à la vertu, la prison constituera un espace entre deux mondes, un lieu pour les transformations individuelles qui restitueront à l’État les sujets qu’il avait perdus », écrit Jonas Hanway en 1775 dans The Defects of Police. Auparavant, la prison occupait une place résiduelle dans la hiérarchie des peines : l’ordonnance criminelle de 1670 limite son rôle aux lettres de cachet et à l’incarcération de mauvais débiteurs. Le changement faisant suite à la Révolution française est soudain et foudroyant, comme en témoigne le projet de Code criminel présenté à la Constituante par Le Peletier, qui proposait encore une diversité des châtiments : un « théâtre des peines ». En quelques années, la détention devient la forme essentielle du châtiment, transformation consacrée par le Code pénal de 1810. À cette époque, on assiste à une « colonisation de la pénalité par la prison » en Europe, écrit Foucault. Cette mutation touche en effet tant le Saint-Empire de Joseph II que la Russie de Catherine II, qu’elle dote d’un « nouveau code des lois ». À partir de la Restauration, 40 à 43 000 détenus peuplent les prisons françaises, soit un prisonnier pour 600 habitants.

Cette solution uniforme prête le flanc à de nombreuses critiques : « De manière que si j’ai trahi mon pays on m’enferme ; si j’ai tué mon père, on m’enferme ; tous les délits imaginables sont punis de la manière la plus uniforme. Il me semble voir un médecin qui pour tous les maux a le même remède », écrivait par exemple le parlementaire Charles Chabroud[1].

Les besoins issus de cette révolution pénale sont immenses et l’État s’en remet donc à des entreprises privées, « les renfermées ». En échange d’un prix de journée payé par l’État, l’entrepreneur pourvoit à tout : le système de « l’entreprise générale » est mis en place, bien que violemment critiqué. De Tocqueville à Jaillant, on s’émeut de l’insalubrité de lieux qui permettent à certains de s’enrichir : « Le détenu devient l’homme… ou plutôt la chose de l’entrepreneur… l’affaire de l’entrepreneur est de gagner de l’argent ; et le gouvernement, en traitant avec lui, a nécessairement soumis plus ou moins l’intérêt public à l’intérêt privé ». « Jusqu’à présent le service des maisons centrales a été organisé principalement du point de vue financier », dénonce Jaillant en 1873 à l’occasion d’une  commission d’enquête parlementaire. La Troisième République, et plus généralement la première moitié du XXe siècle, seront l’occasion d’une prise en main de la gestion des prisons par le pouvoir public.

La Troisième République, et la première moitié du XXe siècle seront l’occasion d’une prise en main de la gestion des prisons par le pouvoir public.

Néanmoins, cette dynamique s’inverse à partir de la seconde moitié du XXème siècle. Les systèmes carcéraux de nombreux pays subissent le déferlement de privatisations des années 1980, en premier lieu les États-Unis, victimes du durcissement des politiques pénales amorcé par Nixon dès 1969. Ce changement de ton de la politique américaine en matière de criminalité va faire exploser le nombre de prisonniers et mettre à mal les prisons gérées par les États et le gouvernement fédéral. Face à cette incessante War on Drugs des autorités américaines en pleine explosion néolibérale reaganienne, la solution privée s’impose : la cession de certaines prérogatives d’État en matière carcérale à des entreprises privées. S’établit alors rapidement une industrie carcérale privée dont la survie économique s’appuie sur le nombre de détenus pris en charge dans ses établissements. Ce sont au total 7 millions d’individus qui vivent sous le joug correctionnel dont plus de 2,3 millions de détenus et de prisonniers, et ce sur le seul territoire américain. Le modèle étasunien est un cas à part entière : les  États-Unis détiennent à eux-seuls ¼ de la population carcérale mondiale, alors qu’ils représentent moins d’1 % de la population globale.

DÉLÉGUER POUR ÉCONOMISER, LA STRATÉGIE DES ÉTATS

Le modèle carcéral privé est très différent en fonction du pays dans lequel il s’exerce. Environ 11 pays, essentiellement anglo-saxons, sont concernés par un certain niveau de privatisation, dans une proportion plus ou moins notable. On compte aussi parmi eux le Japon, l’Allemagne, la France, mais aussi le Chili, qui devient le premier pays d’Amérique du Sud à signer un contrat complet avec des compagnies pénitentiaires, ou encore le Pérou en 2010. Si le phénomène de privatisation carcérale affecte les États-Unis plus que tout autre pays dans le monde, celui-ci s’est bien propagé en particulier en Angleterre, en Écosse ou encore en Australie. En 2011, ces deux derniers détenaient respectivement 17 et 19 % de leurs prisonniers dans des établissements privés. En Australie, ce pourcentage est le résultat d’une augmentation de 95 % de la population carcérale privée entre 1998 et 2011[2].

Les partenariats public-privé fleurissent depuis 2008, date à laquelle Rachida Dati signe avec Bouygues un contrat concernant la construction, la gestion et l’entretien de trois nouvelles prisons.

La France n’est pas non plus épargnée par le mouvement de privatisations. Ainsi, les partenariats public-privé fleurissent en particulier depuis le 19 février 2008, date à laquelle Rachida Dati, alors ministre de la Justice, signe avec Bouygues un contrat concernant la construction, la gestion et l’entretien de trois nouvelles prisons. La chancellerie plaide pour une diminution des coûts, idée largement critiquée par la Cour des comptes dans un rapport paru en 2010 qui pointe du doigt d’une part les généreuses marges réalisées par les prestataires au détriment de l’intérêt des détenus, d’autre part un coût de la formation professionnelle des détenus inefficient (7,28€ en gestion publique, contre 17,23€ en gestion déléguée).

Aux États-Unis, la première prison privée est créée en 1984 au Texas. Aujourd’hui, un dixième des quelques 2,3 millions de prisonniers étasuniens le sont dans un établissement entièrement géré par le privé. Une moyenne fédérale qui cache d’importantes disparités puisqu’une vingtaine d’États interdit l’existence de prisons privées, tandis que le record est détenu par le Nouveau-Mexique, qui en compte 43,1 %. En échange de la construction et de la gestion des prisons, le gouvernement s’engage par des « clauses d’occupation » à ce que les lits soient occupés entre 80 et 100 %, sous peine de pénalités. GEO group et Core Civic (anciennement Corrections Corporation of America ou CCA) se partagent les 3,5 milliards de revenus annuels issus de ce marché.

Le gouvernement s’engage par des « clauses d’occupation » à ce que les lits soient occupés entre 80 et 100 %.

Au Royaume-Uni, le marché est tenu par deux grandes multinationales : d’un côté G4S, entreprise active dans 125 pays, employant 657 000 personnes et dont le chiffre d’affaires en 2014 culminait à 6,8 milliards de livres sterling. Toutefois, en 2018, le ministère de la Justice a repris la gestion de la prison de Birmingham à l’opérateur privé G4S, après qu’une inspection des services pénitentiaires ait révélé un état « épouvantable » de l’établissement qui accueille plus de 1 200 détenus. De l’autre côté se trouve Serco, surnommée « la plus grosse entreprise dont vous n’avez jamais entendu parler[3]« .

Le tableau général est esquissé : la prison est devenue un marché à conquérir dans de nombreux pays, bien que certains, en particulier l’Allemagne, aient décidé de faire marche arrière. De plus, cette privatisation s’accompagne de politiques d’exploitation, et prône une désastreuse politique d’incarcération de masse.

LES POLITIQUES DE PROFIT, LES STRATÉGIES DES ENTREPRISES

Le prisonnier, un travailleur exploité aux États-Unis

La notion de travail est intrinsèque à l’idée de rédemption du prisonnier. La prison Rasphuis à Amsterdam, ouverte en 1596 et destinée aux mendiants et jeunes malfaiteurs, rend le travail obligatoire contre un salaire. L’objectif de la prison étant la réinsertion, l’oisiveté, mère de tous les vices, doit être combattue, et il faut apprendre aux jeunes personnes de nouvelles compétences. Néanmoins, des failles juridiques ont permis de faire des prisonniers une main d’œuvre quasiment gratuite.

Aux  États-Unis, le 13e amendement de la Constitution adopté par le Congrès le 6 octobre 1865 abolit l’esclavage. Il laisse cependant un vide juridique dans lequel vont s’engouffrer les intérêts privés. Il dispose en effet : « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura été dûment condamné, n’existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction ». Cette subtilité juridique sert de base constitutionnelle à l’exploitation en milieu carcéral. Ainsi, le salaire moyen horaire en prison aux États-Unis est de 0,63$ par heure. Une moyenne qui cache de fortes disparités puisque dans les États du Texas, de Géorgie ou d’Alabama les prisonniers ne sont pas payés du tout, et sont même obligés de travailler sous menace de sanctions disciplinaires. L’esclavage ne se définit pas autrement.

Et pour quel travail ? La majorité des détenus sert à entretenir la prison, ce qui permet aux entreprises gestionnaires de diminuer leurs coûts puisque l’impact du facteur travail est négligeable. Toutefois, il ne s’agit pas toujours de travaux d’entretien. Ainsi, en Californie, 11,65 % des pompiers de l’État sont des prisonniers, travaillant pour un salaire de 3 à 4$ par jour[4]. Ironie du sort, ces aptitudes seront inutiles sur le marché du travail puisque la loi californienne interdit de recruter des pompiers ayant un casier judiciaire. Phénomène résiduel mais néanmoins révélateur, certains détenus, endettés, rejoignent l’industrie du spectacle, servant de distraction dans des corridas. En effet, environ 90 % des prisonniers aux États-Unis ne sont pas passés devant un juge[5], puisque tout le monde ne peut pas s’offrir un avocat et que le procureur enquête uniquement à charge ; ceux-ci ont donc fait l’objet d’un accord à l’amiable avec le procureur : pas de procès contre une demande de peine réduite.

Par ailleurs, de nombreuses entreprises privées les utilisent comme main d’œuvre à faible coût. Ainsi, l’entreprise d’élevage de volaille Kock Foods a fait l’objet d’une enquête sur l’utilisation du travail de prisonniers dans l’industrie de la volaille d’Alabama par le Southern Poverty Law Center (SPLC) qui estime que, dans au moins sept États, « des dizaines d’entreprises de la volaille  » tirent avantage de la main d’œuvre carcérale. Les conditions dans l’industrie sont brutales pour tous les travailleurs du secteur de la volaille. Selon des données fédérales, les usines de transformation des volailles comme celles d’Ashland ont des taux de blessés parmi la main d’œuvre qui atteignent presque le double de la moyenne nationale. Les maladies liées au lieu de travail sont environ six fois plus élevées que la moyenne nationale : traumatismes liés à un stress répétitif, problèmes respiratoires en raison de l’exposition à des produits chimiques, etc. Depuis 2015, 167 cas d’accidents, comprenant huit morts et plusieurs amputations, ont officiellement fait l’objet d’une enquête par les autorités fédérales. Dans les données produites par les États de Géorgie et de Caroline du Nord, le SPLC a découvert qu’au « moins deux dizaines de détenus ont été blessés depuis 2015 dans leur emploi au sein du secteur de la volaille ».

Plus connus du grand public, de grandes enseignes comme McDonald’s, Walmart ou encore Victoria’s Secret, par l’intermédiaire de son sous-traitant Third Generation, embauchaient des détenus avant que le scandale n’éclabousse la célèbre marque de lingerie. Le secteur carcéral produit approximativement 1,5 millions de dollars de valeur marchande dans le textile. Pour dénoncer cette exploitation, les prisons étasuniennes ont subi une grève largement suivie du 21 août au 9 septembre 2018, les prisonniers n’ayant plus de syndicats pour les défendre depuis une décision de la Cour suprême de 1977[6].

Enfermement et consommation, les chaînes du prisonnier privé

Si la stratégie initiale de privatisation du système carcéral semble être un reflet des politiques budgétaires en vigueur, celui-ci a ouvert un véritable marché, pléthore d’opportunités économiques que les investisseurs n’ont pas ignorées. Dès l’ouverture de la première prison privée américaine en 1984, les entreprises ont commencé à développer un modèle économique spécifique, propre au système judiciaire et carcéral en place. Plus de 4 000 entreprises américaines ont donc conquis ce nouveau marché, infiltrant chaque branche du secteur carcéral pour y remplacer l’État. S’il est évident que les nouvelles entreprises privées ont d’abord assumé la direction, la construction, et l’entretien d’établissements carcéraux classiques et privatisé l’aspect sécuritaire, le secteur privé s’est aussi accaparé les secteurs médicaux, des télécommunications, de surveillance mais surtout des libertés surveillées et conditionnelles[7].

Si la couverture santé publique américaine était loin d’être performante auparavant, la stratégie des coûts réduits pratiquée par le secteur privé pousse des entreprises – comme Corizon et Wexford – à réduire le personnel présent mais surtout à faire payer l’accès à la santé encore plus cher que ne le fait déjà l’État américain. Les témoignages d’abus de la part des médecins et infirmiers engagés dans ces contrats sont innombrables, en plus de la difficulté d’accès aux onéreux premiers soins et aux premières nécessités pour les détenus. C’est le cas notamment de l’accès aux protections hygiéniques féminines, payantes pour toute détenue sauf en cas d’ordonnance de la part du médecin de la prison. Le hic ? La consultation du médecin de garde de l’établissement est elle aussi payante.

Le secteur des télécommunications, et plus particulièrement de la téléphonie, a été investi par des entreprises comme JPay et Securus afin de rentabiliser les appels passés par et pour les détenus. Bien qu’il soit impossible d’établir un coût moyen des appels passés tant les entreprises impliquées dans ce secteur sont nombreuses, il n’est pas rare de voir le prix dépasser le dollar par minute. Ces frais téléphoniques faramineux pénalisent en particulier des familles souvent très précaires, qui doivent ainsi lutter chaque mois pour se payer un appel téléphonique régulier afin de ne pas perdre le contact avec un membre de la famille en prison ou en maison d’arrêt.

Si le terme  « prison » évoque avant tout une image de cellule avec des barreaux aux fenêtres, l’essentiel du système carcéral – plus des deux tiers aux États-Unis – ne coïncide pas avec cet imaginaire collectif de la geôle. En effet, l’immense majorité du système correctionnel consiste en une forme de liberté partielle, qu’elle soit surveillée ou conditionnelle. Puisqu’il est impossible de garder 2 % de la population américaine derrière les barreaux, les entreprises privées ont largement augmenté l’utilisation des libertés conditionnelles – et ce depuis 1976 -, sans oublier d’en faire un secteur économiquement rentable. L’opportunité de sortir de prison plus tôt ou d’éviter une incarcération – que de nombreux procureurs proposent pour éviter un procès ou lorsque la caution est trop élevée, tout particulièrement dans le cas de délits mineurs -, devient alors un fardeau économique pour les détenus. Les entreprises sont alors dans la capacité d’imposer de nombreux frais obligatoires aux condamnés, que ce soit des frais de supervision, d’éthylotests, de tests de drogue, etc. Et en cas d’impayés, le détenu en liberté conditionnelle risque de retourner en prison, ce qui le pousse à tout faire pour payer l’entreprise en question, qui peut, dès lors, fixer les prix souhaités.

Mais le « succès économique » de la liberté conditionnelle pour les acteurs du carcéral privé s’explique aussi par l’explosion des méthodes de surveillance des détenus, comme la pose de bracelets de chevilles électroniques afin de géolocaliser en permanence les détenus. Si cette méthode a été initiée dans les années 1960, la privatisation carcérale en a fait un élément majeur de son modèle de fonctionnement, augmentant ainsi de plus de 65 % entre 1998 et 2014 son utilisation, ce qui génère par ailleurs plus de 300 millions de dollars par an aux entreprises pratiquant cette méthode. Et depuis 2009, 49 États américains (à l’exception de Hawaï) autorisent les entreprises à facturer le port de ces bracelets de cheville à leurs porteurs. Mais si l’idée des dispositifs GPS pour lutter contre la surpopulation carcérale ou simplement comme alternative pour des délits mineurs est intéressante, ses résultats, hormis les logiques financières plus que contestables, sont très mitigés. Un très grand nombre d’alertes déclarées par ces appareils – plus de 70 % dans une étude de 2007 faite en Arizona – se révèlent être erronées, simplement provoquées par des zones blanches, et poussent ainsi une forme de laxisme de la part des agents chargés de cette surveillance. Ces appareils de surveillance ont de surcroît fait l’objet de très nombreuses plaintes de douleurs physiques quotidiennes (brûlures, abrasions, infections, enflures, céphalées, etc.), et créent une réelle stigmatisation sociale – tant l’image du criminel est forte au vu de la taille du bracelet.  En ce sens, Erving Goffman, définit le « stigmate » par la possession d’un attribut susceptible de jeter le discrédit sur celui qui le porte[8].

Le détenu se retrouve alors prisonnier d’un modèle de consommation extrêmement sournois qui lutte contre toute velléité de réinsertion.

L’ensemble de ces stratégies entrepreneuriales a notamment été qualifié de « McDonaldization »[9] des prisons privées, une recherche perpétuelle du bas coût et de la rentabilité immédiate au détriment de la juste supervision des détenus et des conditions de travail du personnel. Le détenu se retrouve alors prisonnier d’un modèle de consommation extrêmement sournois qui lutte contre toute velléité de réinsertion et qui pousse à la récidive et donc à l’augmentation globale de la criminalité.

LE SECTEUR CARCÉRAL PRIVÉ, UN MARCHÉ D’INFLUENCES POLITIQUES

Immigration et privatisation, le marché de l’enfermement des étrangers

Lorsque l’on parle du secteur carcéral privé, on a souvent tendance à oublier que la pénalisation de l’immigration rend nécessaire la construction de centres de détention. Ici encore, un intérêt privé émerge, avec un incroyable potentiel de croissance dont s’emparent les multinationales de la prison.

D’après la sociologue Louise Tassin, l’Europe développe une tendance à un « marché de l’enfermement des étrangers »[10]. En effet, concernant l’incarcération de migrants en Italie, c’est l’entreprise française GEPSA (qui gère 16 prisons et vend ses services à 10 centres de rétention administrative en France), filiale de Cofely appartenant au groupe GDF Suez, qui investit dans les Centres d’identification et d’expulsion (CIE), en échange d’un loyer versé par l’État. Pour gagner plus de parts de marché, GEPSA met en place une politique de concurrence par les prix, au détriment des demandeurs d’asile.

Au Royaume-Uni, le marché est dominé par une poignée de multinationales de sécurité, se répartissant 73 % des migrants détenus par le Service de Contrôle de l’Immigration et des Douanes, et la quasi-totalité des centres. La privatisation du secteur est amorcée dans les années 1970 sous le gouvernement conservateur d’Edward Heath et, en 2015, sur la totalité de ces établissements, seuls 2 IRC (Immigration Removal Centres, dans lesquels les migrants peuvent être enfermés indéfiniment) sont gérés par l’organisation gouvernementale Her Majesty’s Prison Service. Le reste est réparti entre G4S, GEO Group, Serco, Mitie et Tascor. Le coût annuel de détention est en moyenne de £94,56 par personne et par jour. Très critiqué, le dispositif de détention des migrants britanniques est connu pour être l’un des plus irrespectueux des droits des personnes détenues « Detained fast track » (DFT). Au total, le Home Office a passé plus de 780 millions de livres de contrats pour la détention et l’expulsion de migrants entre 2004 et 2022.

Les pays nordiques (en particulier le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède) ont la réputation d’être plus généreux envers les demandeurs d’asile, mais ont eux aussi privatisé un grand nombre de services. Si, en 1990, 12 % des centres d’accueil de demandeurs d’asile en Norvège étaient privés, c’était le cas de 77 % d’entre eux en 2013. Toutefois, les prestataires de services – notamment le groupe norvégien Adolfsen – fournissaient à l’origine des services de santé et d’aide sociale et non des services pénitentiaires. Ce qui conduit à une prise en charge bien plus respectueuse des migrants.

En Australie, le système de détention de migrants est entièrement géré par des compagnies privées, qui privilégient une gestion délocalisée. Le scandale du camp de l’île Christmas, à 1500 km des côtes australiennes (dirigé par le contractant Transfield Services et Wilson Security), est particulièrement médiatisé puisqu’en août 2016, une série de documents contenant des plaintes et des récits de mauvais traitements infligés au sein du centre a été publiée par le quotidien The Guardian. Elle contient des preuves de violences sexuelles faites aux enfants, de traumatismes, d’automutilations et de conditions de vie inacceptables. Suite à de multiples enquêtes et rapports parlementaires, le centre est fermé en 2018, mais rouvert en 2019, suite à une défaite historique de l’exécutif, ce qui témoigne d’une volonté de durcissement de la politique migratoire, sujet particulièrement politique en Australie.

Aux États-Unis, Marie Gottschalk, professeure de sciences politiques à l’université de Pennsylvanie, dénonce une « crimmigration », c’est-à-dire l’inflation des politiques pénales répressives contre les migrants, enfermés désormais dans des « centres de rétentions ». Ainsi, 30 jours de détention sont désormais prévus pour les migrants soupçonnés d’immigration illégale. Core Civic – qui a délaissé le nom CCA en 2016 pour se détacher des scandales qui le concernaient – gère plus de 60 complexes dans 19 États, avec un volume de « vente » de centres de rétention gonflé de 500 % en 20 ans. L’entreprise a gagné d’importantes parts de marché depuis le passage de la loi SB 1070 dans l’Arizona, qui crée un nouveau délit : celui de ne pas avoir sur soi ses documents d’immigration. Si la loi prévoyait à l’origine la possibilité d’arrêter sans mandat tout individu soupçonné d’être clandestin, la Cour suprême a limité son application. Un policier peut désormais contrôler l’identité et le statut d’une personne arrêtée pour une infraction, s’il a des « soupçons raisonnables » que cette personne pourrait demeurer aux États-Unis illégalement. Cette loi, rédigée par le lobby ALEC (dont CCA était alors un membre éminent), a permis de remplir les centres de détention. De plus, en Arizona, CCA exerce un monopole dans la détention des migrants. Un marché qui représente tout de même plus de 11 millions de dollars par mois.

Lobbying et politiques d’incarcération de masse

Si la lutte contre la criminalité a pris un tournant majeur dans les années 1970 avec Richard Nixon, ardent défenseur d’une politique dure sur ce sujet, plus connue sous le nom de doctrine Law & Order, celle-ci s’est intensifiée jusqu’aux années Obama. D’abord poussée par des raisons politiques et électorales – le 37e président des États-Unis ayant notamment besoin du vote des populations blanches traditionnellement démocrates – cette doctrine s’est progressivement affinée pour devenir un pilier du système politico-judiciaire américain. La présidence de Ronald Reagan (1980-1988) a vu l’apogée du durcissement des politiques pénales en matière de trafic de drogue, ce qui a largement contribué à l’apparition du carcéral privé pour soutenir l’État. L’Anti-Drug Abuse Act, adopté en 1986, a par exemple consacré les peines minimales pour une grande partie du système judiciaire. Ces peines ont donc rapidement fait augmenter le nombre de condamnations, servant ainsi les intérêts économiques des acteurs émergents. Cependant, si la présidence démocrate de Jimmy Carter (1976-1980) avait quelque peu interrompu la tendance, Bill Clinton (1992-2000) brise le clivage démocrate/républicain en étant le premier démocrate à défendre lui aussi une fermeté sur le sujet de la criminalité. Cela culmine en 1994 avec l’Anti-Violence Strategy qui vise à lutter contre la récidive en instaurant la règle des Three Strikes, une règle qui ordonne une condamnation à perpétuité en cas de troisième condamnation avec au moins un crime majeur. Soutenues par la privatisation à marche forcée du système carcéral, les politiques pénales américaines prennent alors définitivement le chemin de la tolérance zéro et de l’incarcération de masse.

ALEC propose une moyenne de 1 000 textes législatifs par an, dont environ 20 % deviennent lois.

En revanche, pour comprendre l’ampleur de la privatisation carcérale américaine, il est crucial de prendre en compte le rôle joué par les lobbyistes de ces entreprises pour orienter la législation dans un sens qui leur est favorable. À ce jeu-là, le plus grand acteur est l’American Legislative Exchange Council (ALEC), une organisation conservatrice très influente qui rédige et propose des textes de lois aux élus américains.

n effet, celle-ci propose une moyenne de 1 000 textes législatifs par an, dont environ 20 % deviennent lois. Fondée en 1973, cette organisation de lobbying politique prend rapidement de l’importance dans les domaines judiciaire et carcéral, au point d’être à l’origine des Three Strikes susmentionnées, ainsi que des peines minimales, mais aussi la SB-1070, les Stand Your Ground Laws (qui élargissent grandement le concept d’auto-défense en autorisant la simple suspicion de menace comme justification) et plus de 30 modèles de législation au niveau étatique et fédéral. Nombre des membres d’ALEC entretiennent des liens étroits avec le milieu carcéral, comme ce fut le cas dans les années 1990 lorsque le président de la Criminal Justice Task Force – de l’organisation chargée de rédiger des propositions de loi fermes en matière pénale – n’était autre qu’un cadre supérieur de CCA, la plus grande entreprise américaine de gestion privée de prisons.

Si les membres d’ALEC démentent continuellement toute collusion avec les géants du privé carcéral comme CCA ou GEO Group, les preuves de cette coopération ne font pas défaut. Un rapport des actionnaires de CCA de 2012 recommande par exemple de lutter contre tout laxisme et indulgence dans le cas des condamnations, des libertés conditionnelles et contre la décriminalisation de certaines activités. Par ailleurs, les entreprises comme CCA s’emploient à un lobbying extrêmement puissant et tentaculaire, dépassant l’échelle d’ALEC pour financer directement de très nombreuses institutions fédérales. CCA finance notamment le département de Justice, le US Marshall Service, le Bureau fédéral des prisons, le département pour la Sécurité nationale, l’immigration et la douane ou encore le Sénat, le département du Travail, le Bureau des affaires indiennes et l’administration pour les enfants et les familles. Pour ces institutions, les dépenses en lobbying atteignent certaines années jusqu’à quatre millions de dollars. Cependant, CCA et GEO Group font également pression sur les politiques judiciaires servant leurs intérêts en finançant directement des campagnes politiques ou des membres hauts placés de l’administration fédérale. En 2014, CCA a versé de l’argent à 23 sénateurs et 25 congressmen, et GEO Group à dix sénateurs et 28 congressmen. Ces entreprises, ainsi que Community Education Centers, Corizon Correctional Healthcare ou encore Global Tel Link, embauchent chaque année une centaine de lobbyistes dans divers États, un certain nombre d’entre eux étant même d’anciens membres du Congrès. Ce lobbying ne se limite pas à l’échelle fédérale puisque les campagnes des gouverneurs sont aussi très prisées. La campagne d’Arnold Schwarzenegger de 2003 est une des innombrables campagnes financées en partie par le carcéral privé, celui-ci ayant reçu 21 200$ pour rouvrir la prison de McFarland au nord de Los Angeles.

S’il est évident que les lobbyistes d’ALEC, de CCA et des autres entreprises s’intéressent à la rédaction de lois servant leurs intérêts, ces derniers s’attachent aussi à lutter contre toute « contre-réforme » et empêchent toute loi de passer l’épreuve camérale, comme le Private Prison Information Act de 2015,  qui aurait forcé les prisons privées à rendre publiques les informations sur la violence au sein de leurs établissements. La même année, le Justice Is Not For Sale Act du Sénateur indépendant Bernie Sanders – qui aurait aboli la privatisation carcérale dans sa totalité et à toutes les échelles, pour rendre la gestion de la criminalité et de la justice « à ceux qui répondent des électeurs et non des investisseurs » – a subi la pression des lobbyistes et n’a donc pu devenir loi.

Tout comme ALEC, CCA et GEO Group démentent régulièrement les accusations de lobbying et affirment, comme ici en 2013, « ne pas prendre position ou parti pour ou contre une réforme législative spécifique en matière d’immigration ». Toutes les dépenses de ces entreprises prouvent pourtant le contraire, leur survie économique étant largement dépendante des politiques judiciaires et migratoires.

LES ÉCHECS DU CARCÉRAL PRIVÉ

De la condamnation à la réinsertion, en passant par les secteurs de l’immigration, de la surveillance, de la santé, de la consommation, du travail, de l’exploitation, le système carcéral privé s’empare de concepts juridiques et sécuritaires pour en faire un modèle économique inhumain dont la première commodité est l’humain. Mêlé aux considérations politiques et idéologiques, aux lobbys et aux intérêts financiers des entreprises, ce système a substitué la réhabilitation des prisonniers à l’enrichissement privé et l’incarcération de masse. En plus de considérations morales, le carcéral privé montre constamment ses lacunes face au modèle public tant ses résultats sont pauvres. Le nombre de violences (entre détenus et entre détenus et gardes) y est une à deux fois supérieur, les plaintes des détenus ne se dirigent plus contre la gestion disciplinaire ou procédurale mais contre l’accès aux soins et la violence des gardes, les familles s’endettent lourdement pour maintenir le lien avec un détenu qui n’a bien souvent même pas eu le droit à un juste procès. Si les failles juridiques du 13e amendement ne sont pas l’apanage des entreprises carcérales, celles-ci sont exploitées sans vergogne, tournant ainsi en dérision les droits constitutionnels si chers aux Américains.

Ce système a substitué la réhabilitation des prisonniers à l’enrichissement privé et l’incarcération de masse.

La privatisation carcérale à outrance dans le paysage américain – mais aussi à l’international – a notamment perverti tout un équilibre de la société qui aspire pourtant à faire baisser le niveau de criminalité. Et sur ce point, la prison s’avère inefficace et inefficiente. Si certains médias se gargarisent de faits divers macabres pour justifier une violente répression carcérale, le taux de récidive, échelle de Richter de l’efficacité du système carcéral, devrait faire entendre raison aux responsables politiques – 63 % de re-condamnation en France après une première incarcération. Les errances de la privatisation du système carcéral nous amènent à soulever la question du rôle que l’État doit jouer dans la réhabilitation et la réinsertion de ses citoyens qui enfreignent la loi, et plus largement interroger le fonctionnement de la prison en elle-même.

Cependant, ce n’est visiblement pas le chemin pris par la plupart des États que nous avons cités. Entre 1987 et 2007, les États-Unis ont augmenté les dépenses pour le milieu carcéral de 127 % sans que les dépenses pour l’éducation n’ait augmenté de plus 21 %. La préconisation de Victor Hugo, « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons », s’éloigne de plus en plus.


[1] Ch. Chabroud, Archives parlementaires, t. XXVI p.618

[2] Cody Mason, « International growth trends in prison privatization », August 2013

[3] Migreurop, La détention des migrants dans l’Union européenne : un business florissant, juillet 2016

[4] « Prison Labor », Last Week Tonight with John Oliver (HBO, 5 août 2019)

[5] The 13th, documentaire réalisé par Ava DuVernay en 2016

[6] « Jones v. North Carolina Prisoners’ Labor Union (NCPLU) ». Contre le directeur du département des services correctionnels de cet État, David Jones.

[7] La liberté surveillée correspond ici au terme « probation », qui indique que le condamné purge sa peine à l’extérieur d’une prison suite à un accord lors du procès. La liberté conditionnelle correspond ici au terme « parole », qui indique une réduction de peine après avoir été en prison.

[8] Erving Goffman, Stigmates, (1963)

[9] Terme utilisé en 2011 par Gerry Gaes, ancien Directeur des Recherches à l’Office Fédéral des Prisons

[10] Louise Tassin « Quand une association gère un centre de rétention, le cas de Lampedusa (Italie) », Ve Congrès de l’association française de sociologie, 04/09/2014

 

 

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Attaque d’un bar à Paris: cinq militants d’ultra-droite arrêtés

19 oct. 2020 Par Matthieu Suc, Marine Turchi et Sébastien Bourdon

- Mediapart.fr

Selon nos informations, cinq membres du groupe d’extrême droite « Zouaves Paris » ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête sur des violences commises le 4 juin au Saint-Sauveur, un bar antifasciste parisien. Ils sont renvoyés devant le tribunal correctionnel le 15 janvier 2021 pour des faits de violences en réunion.

Déferrés vendredi, les militants ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel le 15 janvier 2021 pour des faits de violences en réunion n’ayant pas entraîné d’interruption de temps de travail (ITT) et pour des dégradations du bien d’autrui commises en réunion. Deux d’entre eux sont également poursuivis pour des faits de refus de remettre aux autorités une clé de déchiffrement d’un moyen de cryptologie. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur jugement.

 

 

Mediapart avait enquêté sur ce groupe, héritier du GUD (Groupe Union Défense), qui, à quatre jours d’intervalle, en juin dernier, avait attaqué, en plein Paris, le bar antifasciste Le Saint-Sauveur, puis un soutien du comité Adama Traoré dans le métro.

 

Ces deux dernières années, les Zouaves Paris ont fait parler d’eux à d’autres occasions : l’attaque du cortège du NPA lors de l’acte XI des « gilets jaunes », en janvier 2019, à coups de barre de fer ; des violences contre des antifascistes lors d’une manifestation identitaire le même mois ; un affrontement avec des antifascistes après l’incendie de Notre-Dame en avril 2019 ; l’agression d’un étudiant portant une veste aux couleurs du Maroc à la faculté de Nanterre en novembre 2019, puis, la charge de militants de gauche lors de la marche « Stop islamisme » de Génération identitaire ; ou encore l’agression, en janvier 2020, d’un journaliste de France Inter qui couvrait une manifestation anti-PMA à Paris.

 

Notre enquête avait permis de découvrir des connexions néonazies. Nous republions cet article, daté du 9 juin 2020.

 

iparherriko talde antifaxista

 

Deux attaques, à quatre jours d’intervalle. Sous l’appellation Zouaves Paris, des militants d’extrême droite, héritiers du GUD (Groupe Union Défense), multiplient les violences en plein Paris. Dernière en date : l’agression dans le métro d’un jeune homme vêtu d’un tee-shirt « Justice pour Adama », slogan du comité de soutien à Adama Traoré.

 

Le groupe a diffusé, le 8 juin, via une chaîne de la messagerie Telegram, bien connue de l’extrême droite militante, une courte vidéo de l’attaque, qui a eu lieu à la station Franklin-D.-Roosevelt, à Paris. Le message l’accompagnant se félicite que l’« antifa », « reconnu grâce à son pull du Comité Adama », se soit « écroul[é] devant sa meuf », après avoir reçu une « droite » du « Zouave », qui l’a poursuivi dans le métro.

 

Quatre jours plus tôt, c’est Le Saint-Sauveur, un bar du XXe arrondissement de Paris, que le même groupe a ciblé. Ni le lieu visé ni la date n’étaient dus au hasard. Implanté dans le quartier populaire de Ménilmontant, Le Saint-Sauveur est un haut lieu du milieu antifasciste de la capitale. Milieu qui s’apprêtait à commémorer, le 5 juin, le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué par des skinheads d’extrême droite en 2013.

 

Une vidéo publiée sur Twitter montre une quinzaine d’hommes avancer au pas de course en direction du bar. D’après les témoignages recueillis par Mediapart, ils s’en prennent alors indifféremment aux clients, renversent une partie de la terrasse, brisent quelques vitres, et s’emparent de tee-shirts mis en vente avant de prendre la fuite.

 

À Mediapart, Zelda, qui travaillait ce soir-là au Saint-Sauveur, raconte : « Tout le quartier leur est tombé dessus. Quand ils ont compris ce qu’il se passait, les jeunes de la Banane [le quartier voisin – ndlr] sont venus nous aider. » La descente semble, en effet, avoir viré à la débandade. Plusieurs vidéos que nous avons pu consulter montrent la fuite désorganisée des assaillants et le passage à tabac de l’un d’entre eux. Celui-ci a, par la suite, été pris en charge par les secours.

 

Une heure plus tard, une revendication est diffusée sur Telegram. Signé par les Zouaves Paris, le communiqué indique : « Une quinzaine de Zouaves présents pour attaquer le Saint Sauveur, QG des antifas. Violente charge des Zouaves armés de manches de pioches. Les antifas (une trentaine) refluent en désordre, abandonnant la terrasse pour se réfugier à l’intérieur du bar. […] Une quinzaine de rebeus de cité viennent alors prêter main-forte aux antifas en chargeant les fafs dans leur dos. Contre-charge des Zouaves, à moitié esquivée par les rebeus. Les Zouaves quittent le quartier avec l’arrivée de la police. »

 

Le lendemain, plusieurs personnalités de la gauche institutionnelle condamnent cette attaque et se rendent au Saint-Sauveur, parmi lesquelles Danielle Simonnet et Éric Coquerel, de La France insoumise (LFI). Le propriétaire du bar a, quant à lui, refusé de porter plainte. « Ce n’est pas la politique de la maison », explique-t-il à Mediapart.

Qui sont les militants se cachant derrière ce label « Zouaves Paris » ? Mediapart a enquêté sur le groupe d’assaillants et ses connexions ultra-radicales.

 

En mai 2017, le GUD, célèbre groupe de l’extrême droite militante post-1968, se métamorphose en « Bastion social » (lire notre enquête). L’objectif ? Sortir de la marginalité politique en alliant bataille culturelle et action sociale. Ses militants tentent de soigner leur image grâce à un vernis social, avec le but affiché de « venir en aide aux plus démunis », tout en appliquant la « préférence nationale » et en critiquant « l’immigration de masse ».

 

Si le centre névralgique du Bastion social se trouve à Lyon, le mouvement, qui s’inspire des néofascistes italiens de CasaPound, se décline rapidement à travers la France (Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Marseille). À Paris, en revanche, le basculement du GUD au Bastion social échoue. D’une part, parce que le GUD a éclaté en plusieurs sous-tendances dans la capitale. D’autre part, parce que ses militants restent attachés au label « GUD », à son histoire tumultueuse et ses actions violentes.

 

C’est de cet éclatement que sont nés, en 2018, les Zouaves Paris, un groupe informel composé d’éléments radicaux issus du GUD parisien, et, dans une moindre mesure, d’identitaires et de royalistes de l’Action française. Le groupuscule entend maintenir la tradition du coup de poing.

 

Les Zouaves Paris se font notamment remarquer lors des premiers actes du mouvement des gilets jaunes, comme Mediapart l’a raconté. Le 1er décembre 2018, ils participent ainsi aux affrontements sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres militants d’extrême droite, parmi lesquels leurs camarades du Bastion social. Six militants sont arrêtés, l’un est incarcéré et d’autres soumis à un contrôle judiciaire. Le 9 janvier 2019, ils sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de trois mois ferme à six mois avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

 

Le 26 janvier 2019, les Zouaves Paris revendiquent une violente attaque contre des militants du NPA, toujours dans le cadre d’une manifestation des gilets jaunes. On peut également leur imputer l’agression de supporteurs brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018, celle d’un étudiant à l’université de Nanterre, en novembre 2019, ou encore celle d’un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de La Manif pour tous, en janvier dernier.

 

Si les Zouaves Paris n’ont pas de hiérarchie claire, l’un de leurs militants est considéré comme le meneur : Marc de Cacqueray-Valménier, 21 ans, présent sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Marc Hassin ». Le jeune homme a participé à de multiples actions, notamment l’attaque du Saint-Sauveur ou les violences sur les Champs-Élysées, ce qui lui a valu une condamnation en janvier 2019.

 

Marc de Cacqueray est issu d’une vieille famille aristocratique et catholique traditionaliste, où l’on compte prêtres et militaires. Son père est un ancien de l’Action française ; son oncle fut une figure du mouvement Civitas ; son cousin a milité dans les rangs de La Manif pour tous et fut tête de liste du Rassemblement national aux municipales de mars, au Mans. Marc de Cacqueray a lui-même rejoint les royalistes de l’Action française en 2016, avant d’être écarté, le mouvement le trouvant trop remuant. Il s’est alors rapproché d’un autre jeune gudard pour lancer les Zouaves Paris, une voie plus radicale, qui regroupe des « cogneurs » de plusieurs groupuscules. Contacté, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de nos questions.

 

Ce groupuscule violent est bien implanté dans le paysage de l’extrême droite militante, en France et à l’international.

 

Une enquête menée par l’un des auteurs de ces lignes, et publiée par Bellingcat, révélait ainsi que Marc de Cacqueray s’attache à développer des liens avec plusieurs groupes ukrainiens. Le jeune militant s’est rendu à Kiev en décembre 2019 pour assister à un festival de black metal national-socialiste (NSBM). Il y a été filmé effectuant des gestes s’apparentant à des saluts nazis, mais a surtout profité de son séjour en Ukraine pour rencontrer diverses personnalités de l’extrême droite locale. Helena Semenyaka, secrétaire aux affaires internationales du Corps national – un parti d’extrême droite affilié au bataillon Azov, une unité nationaliste ukrainienne, à l’idéologie teintée de nazisme – l’a reçu pour une interview. Il s’est aussi rendu à un championnat de kick-boxing où étaient présents des membres du groupe néonazi « AVTONOMS.NS ».

 

En France, les Zouaves Paris sont également très proches d’un groupe de hooligans néonazis du Stade de Reims, les Mes Os. Un hooligan parisien « plutôt à gauche » interrogé par StreetPress va jusqu’à affirmer que les deux groupes ne formeraient, en réalité, qu’une seule entité.

 

Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ». Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».

Plusieurs photos et vidéos publiées sur Instagram, que Mediapart s’est procurées, témoignent effectivement d’une forte proximité. Deux jours seulement après l’attaque du Saint-Sauveur, des membres des deux groupes se sont réunis pour célébrer l’anniversaire de l’un d’entre eux. Sur cette vidéo publiée sur Instagram, nous avons pu identifier au moins quatre membres des Zouaves Paris – dont Marc de Cacqueray – et un membre des Mes Os. Tous chantent en chœur « joyeux nazi-versaire » le bras tendu, avant de conclure par « Sieg Heil », reprenant ainsi le cri du salut nazi.

 

Outre ces soirées passées ensemble, plusieurs membres des Zouaves Paris participent, aux côtés des Mes Os, à des free fights, des combats arrangés entre groupes de hooligans.

 

Autre signe marquant des liens entre les deux structures, cette photo d’un bébé diffusée en février dernier sur le même canal Telegram que celui ayant servi pour la revendication de l’attaque du Saint-Sauveur. D’après nos informations, le bébé affublé d’un masque de Hitler et sur lequel est posé un sticker des Zouaves Paris est le fils d’un membre des Mes Os, âgé de seulement quelques jours au moment de la photo. Les militants parisiens ont également offert aux parents un body portant le blason de la Division nationaliste révolutionnaire (DNR), un groupe français néonazi.

 

Outre leurs amitiés rémoises, les Zouaves Paris côtoient certains militants de Génération identitaire. Cet autre mouvement d’extrême droite, branche jeunesse du Bloc identitaire, est connu pour ses happenings médiatiques, à l’instar de l’opération anti-immigration menée en avril 2018 à la frontière franco-italienne, pour laquelle plusieurs militants ont été condamnés. Certains de ses membres auraient été impliqués dans une rixe opposant notamment les Zouaves Paris à des militants antifascistes le soir du 15 avril 2019, non loin de la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu.

Sébastien Bourdon est un journaliste indépendant qui travaille principalement sur l’extrême droite militante à partir de méthodes d’enquête en sources ouvertes (OSINT).

Dans cet article, nous avons choisi de ne faire figurer que le nom complet de Marc de Cacqueray, parce qu’il est une figure du groupuscule, qu’il était présent lors de l’attaque du Saint-Sauveur, et que son nom a déjà été dévoilé dans la presse (ici et là), notamment à l’occasion de sa condamnation en première instance concernant les affrontements des Champs-Élysées. Contacté le 8 juin 2020, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de notre liste de questions, avant de le réactiver.

 

st sauveur

 

Frais de bouche : la chambre régionale des comptes présente l’addition à l’ancien maire de Mantes-la-Jolie

La chambre estime que le député et ancien maire Michel Vialay doit rembourser la collectivité.

Par Claude Cécile

Publié le 13 Oct 20 à 16:11

Ce sont les pages les plus embarrassantes du rapport que vient de rendre la chambre régionale des comptes sur la gestion de la commune de Mantes-la-Jolie entre 2014 et 2019. Elles révèlent que des élus mènent grand train aux frais de la collectivité.

La chambre s’est intéressée aux frais de bouche de l’ancien maire Michel Vialay indûment pris en charge selon elle par la collectivité. Elle met en évidence des « montants très substantiels ». Pour l’année 2014, les notes de restaurant atteignent en cumul 10 477,09 €, et 14 602,56 € en 2015.

La chambre relève que « de nombreux repas pris en charge ont eu lieu le week-end », alors que Michel Vialay affirme que ces agapes se déroulaient dans l’intérêt de la commune. La chambre précise : « Aucun de ces frais n’a fait l’objet d’un ordre de mission présentant le but, la date, les circonstances de la mission et l’identité des invités » (page 121).

Produits de luxe en pagaïe

Au cours de ses investigations, la chambre a mis en évidence d’importants achats de bouteilles de vin en grande surface. Des passages en caisse pour 459,78 € en 2014, 815,16 € en 2015 et 1814,73 € en 2016. Mais aussi des achats de produits de luxe en pagaïe (un carré Hermès pour 490 € en avril 2015, une cravate Hermès pour 155 € en juillet 2015, des cadeaux Hermès pour 847 € en novembre 2015). En 2016, à nouveau, l’ancien maire a dévalisé la boutique Hermès : achat d’une cravate et d’un carré à 505 € en mars, d’une cravate à 160 € en novembre.

Pour les exercices 2016 et 2017, les notes de restaurant réglées in fine par le contribuable atteignent en cumul 13 518 € et 11 265,20 €.

La chambre estime « guère probantes » les explications de l’ancien maire. Les produits Hermès auraient été offerts à sa cheffe de cabinet, au président d’honneur de l’Association sportive mantaise et au Président de la République du Sénégal. Les achats de vin répondaient à une « logique managériale », laquelle commandait apparemment d’organiser des « déjeuners campagnards » avec les collaborateurs.

La chambre pointe aussi des dépenses « insolites » mises à la charge du contribuable : fromages, fruits et légumes, lampadaire, etc.

Le rapport souligne « la fréquence des remboursements de notes de restaurants pour des repas le plus souvent de deux couverts : 63 factures sur six mois en 2014, 100 factures en 2015, 74 factures en 2016, 79 en 2017 d’un montant moyen respectivement de 142 € en 2017 et 182 € en 2018 » (page 103).

La chambre invite la commune à « régulariser » et à « émettre des titres de recettes sur l’ancien maire », pour des montants de 26 895,59 € pour les exercices 2014 et 2015, et de 24 783,20 € pour les exercices 2016 et 2017. En clair : elle considère que Michel Vialay doit rembourser. Coquettes sommes !

Quand il a quitté son fauteuil de maire en décembre 2017, le député Michel Vialay, devenu simple conseiller municipal de Mantes-la-Jolie, a conservé la Peugeot 308 que la Ville mettait à sa disposition. S’il a acquitté une redevance annuelle pour l’usage de cette auto, il n’a jamais remboursé les frais d’essence, de péage et de stationnement afférents alors que la convention de mise à disposition le prévoyait expressément.

De décembre 2017 à avril 2019, la dépense s’élève – pour le seul gazole – à 3 528,92 € que Michel Vialay devra rembourser à la collectivité. S’agissant de ces frais en particulier, le député a développé cette ligne de défense : il ne peut pas lui être reproché « l’absence d’émission de titre de recette par la commune de Mantes-la-Jolie » (page 91). Autrement dit : si on ne lui a pas demandé de rembourser, ce n’est tout de même pas de sa faute…

Des séjours luxueux au Sénégal

Le rapport donne le détail des « frais de mission » remboursés à Michel Vialay dans le cadre de séjours au Maroc et au Sénégal effectués au titre de la « coopération décentralisée ». Il descend dans des hôtels 5 étoiles mais il y obtient, a-t-il précisé à la chambre, la réduction de – 40 % consentie aux diplomates. Le contribuable peut donc respirer… Ces frais de mission pour la période 2014-2018 dépassent 30 000 €.

Une note de restaurant de 301,85 € pour un repas de langoustes pris à deux à Dakar en décembre 2017 semble, selon la chambre, « dépasser les dépenses susceptibles d’être engagées dans le cadre d’une action de coopération décentralisée ».

Et le maire actuel de Mantes-la-Jolie Raphaël Cognet ? Il s’est aussi fait prendre les doigts dans le pot de confiture. En mars 2018, alors qu’il était en vacances, il a utilisé la carte Total mise à sa disposition par la commune pour faire trois fois le plein d’essence au cours d’une seule journée. Péché véniel dira-t-on, en comparaison des dépenses excessives reprochées à son prédécesseur. Raphaël Cognet s’est engagé à rembourser la collectivité. La chambre insiste sur le peu de contrôle exercé par la collectivité sur l’usage des cartes essence. Elle donne crédit au maire actuel de Mantes-la-Jolie d’avoir régularisé en 2018 le régime des indemnités de représentation en se faisant voter une enveloppe maximale de 13 000 € par an.

Au conseil municipal du 5 octobre, l’élu communiste Marc Jammet a accusé : « Certains élus semblent avoir confondu leur compte en banque avec celui de la trésorerie municipale. »

Une précision de Raphaël Cognet

Après la mise en ligne de cet article, Raphaël Cognet nous a indiqué qu’il avait déjà remboursé la commune. Il s’agissait d’un déplacement effectué à titre privé, et non de vacances. Le maire estime que l’expression « les doigts dans le pot de confiture » est excessive s’appliquant à une « bêtise » qu’il reconnaît.

 

la commune 1871

 

Le Sacré-Cœur classé monument historique ? Une insulte à l’histoire de France et aux morts de la Commune !

Par L’UFAL – UNION DES FAMILLES LAÏQUES  14 octobre 2020 7 commentaires

La presse annonce que la basilique du Sacré-Cœur serait bientôt classée monument historique. Il s’agit d’abord d’un avantage supplémentaire accordé par la République — pourtant laïque — à l’Église catholique, qui n’en cumule déjà que trop ; à commencer par le financement public de ses établissements d’enseignement. Les subventions du ministère de la Culture pourront désormais bénéficier directement à cette pièce montée d’un goût architectural douteux, mais au sens symbolique assurément clivant.

 

Après le Temps des Cerises, le temps des cilices(1) ?

Car reconnaître le Sacré-Cœur « d’intérêt public » par voie de classement, c’est faire insulte à l’histoire, à la République, et au chapitre des luttes sociales du « roman national ». La basilique fut en effet explicitement érigée « en expiation(2) » de la Commune de Paris. Cela fut dit lors des débats sur la déclaration « d’utilité publique » de ce bâtiment à l’Assemblée nationale, le 24 juillet 1873 (la laïcité n’existait pas encore). Cela fut répété en 1875, lors de la pose de la première pierre sur la butte Montmartre, car « C’est là où la Commune a commencé ». Depuis 130 ans, l’orgueilleux symbole de la domination sanglante de la bourgeoisie surplombe le Paris qui fut populaire.

 

Le classer monument historique, c’est considérer que la Commune est « derrière nous » — comme le dit peu élégamment la ministre de la culture. À l’heure où d’aucuns veulent déboulonner les statues de Colbert parce qu’auteur du « Code noir », voilà un paradoxal exemple de « cancel culture » : la mémoire des dominants effaçant l’histoire ! C’est la deuxième mort des révolutionnaires de 1871, massacrés par la soldatesque de Thiers et du général Galliffet(3) pour avoir osé la première « République sociale ».

 

Or la France, en 1946, est constitutionnellement devenue une République « sociale » : pour cela, il aura fallu des milliers (voire des dizaines de milliers) de morts en 1871, puis ceux de la Résistance. Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a d’ailleurs voté un texte proclamant la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune. Ainsi, la République doit autant aux héritiers des Communards qu’à ceux des républicains fusilleurs, et ceci n’est pas « derrière nous ».

 

Certes, la maire adjointe de Paris en charge du patrimoine argue que sera également inclus dans le classement le square Louise-Michel attenant à la basilique. Mais quel déséquilibre entre le souvenir de l’héroïne de la Commune, que seuls l’enseignement de l’histoire et les mémoires militantes perpétuent, et la notoriété mondiale du deuxième monument le plus visité de Paris ! Ce n’est pas ce « pâté d’alouette et de cheval » (une alouette communarde, un cheval versaillais) qui « réconcilier[a]ces deux histoires ».

 

Madame Bachelot, ne commettez pas cette réécriture symbolique de l’histoire. Madame Hidalgo, qui avez poussé le souci de la population de Paris jusqu’à participer à la bénédiction archiépiscopale du 9 avril 2020(4), n’évacuez pas la mémoire populaire.

 

QUAND LE MINISTÈRE DE LA CULTURE RÉÉCRIT L’HISTOIRE

Mais que devait donc « expier » la France, par l’érection du Sacré-Cœur — si l’on ose dire ?

 

Le Monde du 14 octobre résume : « Selon le ministère de la Culture, c’est à “une mauvaise lecture de l’histoire” que le Sacré-Cœur doit de ne jamais avoir été classé. Longtemps, la basilique a été associée aux événements de la Commune de Paris, la croyance publique laissant entendre que son édification avait été décidée pour “expier les crimes des communards”.

 

De fait, c’est au sommet de la butte Montmartre que débuta l’insurrection des Parisiens [emmenés par les Parisiennes !] le 18 mars 1871, lorsque les troupes d’Adolphe Thiers vinrent enlever les canons de la Garde nationale qui y étaient entreposés. Mais la décision d’édifier la basilique a été prise dès 1870, affirment les historiens. “Ces querelles sont derrière nous mais ont retardé le processus de protection”, reconnaît [sic] Roselyne Bachelot. »

 

Un « symbole de l’ordre moral(5) alors triomphant, de la réaction la plus cléricale »

 

Que disent au juste les historiens, de cette question de date ? Citons cette fois Le Point(6) — que l’on ne suspectera pas d’être la voix des Communards :

 

« (…) ce fut une initiative privée, qui débuta sans pour autant viser la Commune. (…) Alexandre Legentil, propriétaire de grands magasins de tissus, (…) demanda pardon en raison des “malheurs qui désol(ai)ent le pays et des attentats sacrilèges commis à Rome (envahie par les troupes françaises qui mirent fin au pouvoir temporel du pape)”. (…) l’évêque de Nantes, Mgr Felix Fournier, venait d’attribuer la défaite de la France à une punition divine pour un siècle de déchéance depuis la Révolution (…) argumentaire, qui moins d’un siècle plus tard reviendra avec succès sous Vichy (…).

 

Il servit à un lobbying clérical efficace “après la chute de la Commune. Après des débats houleux, le vote de l’Assemblée nationale composée en 187[3] à majorité de royalistes cléricaux permet de reconnaître l’église d’utilité publique et autorise l’expropriation. (…) Financée par une souscription publique — près de 10 millions de Français vont verser leur écot pour une pierre —, ce projet, symbole de l’ordre moral alors triomphant, de la réaction la plus cléricale, ne va être achevé, ironie de l’histoire, qu’en 1891, alors que la République a déjà versé dans l’anticléricalisme. Le conseil municipal tentera bien en 1904 d’ériger en face la statue du chevalier de La Barre, symbole de l’intolérance religieuse [elle le fut en 1905], celle-là sera finalement éloignée.(7)”

 

On a donc le choix dans la date : 1870 pour “le symbole de la réaction la plus cléricale”, ou 1873 pour “l’expiation de la Commune” ? C’est dans les deux cas aussi laid que le monument lui-même (remarquait déjà Zola), qui mérite pour cela d’être laissé en place… avec les explications historiques qui s’imposent !

 

C. A.

 

 

 

 

 

 

 

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