ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

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25 novembre 2020

CSPB 24 11 20

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 59 min

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Emission du CSPB du 24 11 2020 dernier mardi du mois sur Radio Libertaire 89.4 Mhz sur la bande FM et sur le blog du Comité

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Au sommaire de l’émission la chronique de Béa d’Askapena avec l’isolement qui frappe les presos basques, Irati qui est actuellement en prison avec sa mère et qui selon la loi espagnole sera séparée de sa mère en mars 2021 à l’Age de 3ans, le jour de la mémoire fêtée tous les ans en novembre par le gouvernement basque mais qui oublie régulièrement les personnes décédées sur les routes dû à la dispersion. Avec la chronique de Maité nous aborderons justement les accidents des familles visitant leurs proches, ainsi qu’un rapport sur l’isolement des militants basques dans les geôles espagnoles, le COVID et les conséquences pour les presos, les chiffres d’Etxerat, le fichier FIJAIT et les conséquences sur les militants, Iratxe Sorzabal, la reconnaissance d’aveux sous la torture, le MAE, les libérations de Josu Arkautz après 29 ans de prison et celle de Xistor Haramburu + de 30 ans de prison et enfin la sentence infligée à Mikel Barrios. La chronique de Loréa porte sur l’affaire de la manada 5 pourritures dont un garde civil et un militaire qui avait violé une jeune femme lors des fêtes de san firmin et avait déclenché une vague de protestation dans toute l’Espagne, et dans un autre registre les magasins féministes. Et enfin la chronique de Squale avec le collecif BIZI bloque un point de collecte Amazon à Bayonne, la future loi sur la “sécurité globale”. La présentation du livre « Au cœur du conflit basque. Pourquoi des citoyens du Pays Basque Nord ont-ils intégré l’ETA ? » édité par MEDIABASK, La Cour de cassation a définitivement accepté, mercredi 4 novembre, le principe d’une remise à l’Espagne de l’ex-dirigeant d’ETA Josu Urrutikoetxea. Peio Alcantarilla arrêté par la police française, Josu Arkauz Libre, La Manada « la meute », Mesdames découvrez l’arme anti-viol révolutionnaire, Rape-aXe ou le préservatif avec des dents.

 

Pour la partie musique vous entendrez : Anna Tijoux antipatriarca, En Tol Sarmiento (ETS) Ametsetan,  Gatibu Igelak, HUNTZA Aldapan gora, Anna Tijoux antifa dance, ZEA MAYS – Negua joan da ta, Zartako-K – Rude Girl, Askatasunera – L’Arcusgi, SkaP – Somos La Revolucion

 

Bizi! bloque un point de collecte Amazon à Bayonne

Ce mercredi matin, des activistes de Bizi! ont bloqué la borne Amazon installée dans le magasin Monoprix de Bayonne. Ils dénoncent “les privilèges inacceptables” du géant de la vente en ligne et appellent au boycott du “Black Friday”, le 27 novembre.

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Les activistes reprochent à Amazon de détruire le commerce local. © Bizi

« Amazon tue le commerce local » et « tue le climat », peut-on lire sur les banderoles brandies ce 18 novembre au matin par des militants de Bizi, venus bloquer le « hub locker » (point de collecte) d’Amazon à l’intérieur du supermarché Monoprix de Bayonne.

Les activistes dénoncent « les privilèges inacceptables d’Amazon qui peut continuer à livrer des biens non-alimentaires pendant le confinement » et se disent « indignés » de l’attitude de Monoprix. « A l’heure où certains supermarchés mettent leurs halls à disposition des commerces locaux en difficulté, Monoprix a choisi lui d’y inviter un de leurs plus grands prédateurs actuels », soulignent les militants, qui ne veulent pas de l’univers Amazon, selon eux « destructeur d’emplois et du climat ».

A l’approche du 27 novembre, jour du « Black Friday » (vendredi noir), Bizi appelle au boycott de cette opération commerciale. Selon l’association écologiste, celle-ci « incite à une surconsommation choquante en ces temps de crise climatique et sociale ».

Les membres de Bizi! réclament la fermeture de la borne de livraison d’Amazon. Ils ont adressé un courrier en ce sens à la directrice du magasin Monoprix.

Incident de Bayonne : les journalistes réagissent

Une soixantaine de journalistes ont affiché leur soutien à notre photojournaliste, Guillaume Fauveau, pris à partie dans l’exercice de son travail le 17 novembre dernier par des policiers qui ont cherché à l’intimider. C’est toute une profession qui monte au créneau et reste vigilante quant à la suite de la future loi sur la “sécurité globale”.

 

Notre photojournaliste Guillaume Fauveau a été pris à partie par des policiers le 17 novembre dernier. Menaces, intimidations… alors qu’il exerçait son métier en prenant en photos des policiers de dos dans la rue effectuant des contrôles. Dans un texte paru samedi 21 novembre, plus de 60 journalistes photographes, journalistes reporters d’images et rédacteurs lui ont exprimé leur soutien.

Une initiative également appuyée par la Fédération européenne des journalistes et la Fédération internationale des journalistes. Ils condamnent tous les agissements de l’agent de police à l’origine de l’incident et alertent sur les risques vis-à-vis de la liberté de la presse que la loi débattue actuellement par les députés à Paris pourrait contenir. Un message de vigilance adressé entre autres aux parlementaires et aux représentants de l’Etat.

La section SNJ (Syndicat national des journalistes) Midi-Pyrénées a également assuré « ce confrère de tout son soutien. Cet exemple montre comment une telle loi (Sécurité globale) restreindrait la liberté d’informer et rendrait plus difficile au quotidien la pratique de notre métier. » Dans une tribune parue au Monde, un collectif de journalistes a également relayé cet incident qui soulèverait beaucoup de questions quant à la future loi. Dans le même journal, dans une autre tribune, les directions des rédactions d’une trentaine de médias se sont engagées à ne pas accréditer leurs journalistes pour couvrir des manifestations, au nom de la liberté de la presse. La loi en cours d’examen touche particulièrement les journalistes, mais également les citoyens lambda.

 

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Contenu du texte signé par les journalistes locaux :

« Nous, journalistes, condamnons fermement les faits d’intimidation et les menaces, survenus mardi 17 novembre à Bayonne, de la part d’un agent des forces de police, subis par notre confrère, photographe et salarié de Mediabask, Guillaume Fauveau dans l’exercice de son travail. Nous lui apportons notre total soutien. Dans le contexte de l’examen de la loi « sécurité globale », nous restons vigilants et mobilisés quant au respect de la liberté de la presse et demandons à nos parlementaires et aux représentants de l’Etat d’en faire autant. »

– En Marche vers la dictature –

Le régime lance un nouvel assaut contre les libertés : le 20 octobre, les députés En Marche ont déposé un projet de loi baptisé « sécurité globale ». Elle sera débattue dès les prochains jours, de toute urgence, pour être imposée en plein confinement !

La loi est proposée par le député Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du RAID, unité de police militarisée et anti-terroriste. La police n’est plus au-dessus des lois, c’est elle qui l’écrit directement. On ne peut pas faire plus clair. Trois mesures du projet de loi :

 IMAGES EN TEMPS RÉEL ET RECONNAISSANCE FACIALE : la police est d’ores et déjà équipée de caméras piétons, en plus des nombreuses caméras qui constellent les villes de France. Avec cette loi, non seulement les agents pourront accéder aux images qu’ils ont enregistrées mais, plus grave, les images seront « transmises en temps réel au poste de commandement ». Cela permettrait l’analyse automatisée et en temps réel des images. Pour rappel, la police est autorisée depuis 2012 à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier une des 8 millions de photos déjà enregistrées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaire. En manifestation, la reconnaissance faciale en temps réel permettra au centre de commandement de renseigner en direct les agents de terrain sur l’identité des nombreux militants et militantes qu’ils croiseront, déjà fichées. Orwellien.

 DRONES : la loi veut autoriser et généraliser une pratique qui s’est répandue en violation de la loi au cours des derniers temps : le déploiement de drones pour surveiller les manifestations. Comme pour les caméras mobiles, les images captées par drones pourront être analysées par reconnaissance faciale en temps réel, facilitant les actions ciblées de la police contre des militants préalablement identifiés. La surveillance par drones permet aussi, plus simplement, de suivre à la trace n’importe quel individu « dérangeant » ou « surveillé ». Des mouchards partout, l’anonymat nul part.

 INTERDICTION DE DIFFUSER DES IMAGES DE POLICIERS : L’article 24 de la loi propose d’interdire au public de diffuser « l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police ». Une attaque très grave qui permettrait, notamment la censure de nombreux médias indépendants et réseaux sociaux. Avec une telle loi, il n’y aurait eu ni affaire Benalla, ni connaissance des innombrables violences policières dans les quartiers, les manifs, contre les Gilets Jaunes. Le régime organise simultanément l’anonymat – et donc l’impunité – total pour la police, avec l’absence de matricule, de possibilité d’identification et même de diffusion d’image d’un côté, et la surveillance et la reconnaissance totale des opposants pour les réprimer de l’autre. Une logique dictatoriale.

 UNE LOI IMPOSÉE EN VITESSE SOUS CONFINEMENT : les députés peuvent encore proposer des modifications de la loi. Ce projet est une nouvelle attaque massive contre la liberté d’informer et les libertés individuelles et collectives. Le 2 novembre, Darmanin sera auditionné par la Commission des lois. Le 4 novembre, la loi sera examinée en Commission des lois, et elle sera votée du 17 au 20 novembre.

La proposition de loi : http://www.assemblee-nationale.fr/…/l15b3452…

Son analyse par la quadrature du net :https://www.laquadrature.net/…/loi-securite-globale…/

 

securité globa

 

La proposition de loi relative à la sécurité globale est une proposition de loi française des députés LREM Alice Thourot (Drôme) et Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne, ancien patron du RAID) déposée à l’Assemblée nationale le 20 octobre 2020. Elle porte sur le renforcement des pouvoirs de la police municipale, l’accès aux images des caméras-piétons, la captation d’images par les drones et la diffusion de l’image des policiers.

Le texte, soutenu par les principaux syndicats policiers, fait l’objet de diverses critiques, par des sociétés de journalistes, des organismes publics nationaux et internationaux et des associations de défense des libertés publiques.

À la demande du gouvernement, la proposition de loi suit la procédure accélérée ; elle est examinée à l’Assemblée nationale du 17 au 20 novembre 2020.

Calendrier législatif

Le texte porte à l’origine sur la police municipale et le secteur de la sécurité privée, et est déposé le 14 janvier 2020 par les députés LREM Alice Thourot (Drôme) et Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne, ancien patron du RAID)1. En octobre 2020, la proposition de loi est complétée à l’initiative du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui souhaite lui adjoindre un volet sur la protection des fonctionnaires de police et militaires : « Il s’agit de protéger ceux qui nous protègent »2,3 — un slogan régulièrement utilisé par les soutiens du texte4.

Déposé le 20 octobre 2020, le texte fait l’objet d’une procédure accélérée sur décision du gouvernement (le 26 octobre), réduisant la navette parlementaire à une seule lecture par chambre5. Le recours à cette procédure fait l’objet d’une critique de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui y voit une « dégradation du débat démocratique ». Elle critique notamment le recours à une proposition de loi (issue de parlementaires) pour un texte en réalité porté par le gouvernement : « le gouvernement prive le parlement et la société d’un débat sur leur impact ainsi que d’une expertise juridique du Conseil d’Etat, préalables requis à l’examen parlementaire de tout projet de loi, mais pas pour une proposition de loi6. »

Le texte est examiné en commission des Lois le 5 novembre 20207. Il est débattu en séance dans l’hémicycle du 17 au 20 novembre ; les députés doivent notamment examiner 1 319 amendements4. Son vote solennel est prévu le 24 novembre5.

Articles 20 et 21

Les articles 20 et 21 sont relatifs à l’accès aux images, respectivement, des caméras de vidéosurveillance et des caméras-piétons portées par les policiers.

L’article 20 prévoit l’élargissement de l’accès aux images des caméras de vidéosurveillance à plusieurs personnels : les agents de la police municipale, ceux de la ville de Paris chargés d’un service de police, les contrôleurs de la préfecture de police, etc.8 ; cet accès était juste-là réservé aux policiers et gendarmes (nommément chargés de cette tâche)9. Le Défenseur des droits ainsi que certains députés estiment que l’accès élargi à ces images serait incompatible avec le respect du droit la vie privée10,8.

L’article 21, relatif aux caméras-piétons, prévoit que « les images pourront être transmises en direct au poste de commandement, les personnels accéder directement à leurs enregistrements et les images utilisées pour « l’information du public sur les circonstances de l’intervention » », ainsi que le résume le journaliste Pierre Januel sur Dalloz Actualités, qui y voit « un moyen de s’imposer dans la guerre des images »11. Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-Force Ouvrière, écrit dans La Croix que la possibilité de « diffuser sur les réseaux sociaux les vidéos issues des caméras des policiers » permettrait de « recontextualiser les interventions »12.

La Défenseur des droits estime que « ces dispositions sont susceptibles de porter atteinte au droit au respect de la vie privée »13,14, position rejointe par l’association Amnesty International France15. Permettant aux agents d’accéder aux images de leur propre caméra-piéton, l’article fait également craindre que des agents puissent modifier leur témoignage en conséquence, écrit Pierre Januel16.

Article 22

L’article 22 vise à donner un cadre juridique à l’usage des drones, qui en est jusque-là dépourvu — une décision du Conseil d’État parue le 18 mai 2020 somme à ce titre l’État de « de cesser, sans délai, de procéder aux mesures de surveillance par drone »17,18,19. Il entend ainsi autoriser la captation d’images par drones dans neuf cas20,21 :

« Art. L. 242‑5. – Dans l’exercice de leurs missions de prévention des atteintes à la sûreté de l’État, la défense ou la sécurité publique et de prévention, de recherche, de constatation ou de poursuite des infractions pénales, les services de l’État concourant à la sécurité intérieure et à la défense nationale peuvent procéder, au moyen de caméras installées sur des aéronefs, à la captation, l’enregistrement et la transmission d’images aux fins d’assurer :
1° La sécurité des rassemblements de personnes sur la voie publique ou dans les lieux ouverts au public, lorsque les circonstances font craindre des troubles graves à l’ordre public, ainsi que l’appui des personnels au sol en vue de maintenir ou de rétablir l’ordre public
2° La prévention d’actes de terrorisme
3° Le constat des infractions et la poursuite de leurs auteurs par la collecte de preuves
4° La protection des bâtiments et installations publics et de leurs abords
5° La sauvegarde des installations utiles à la défense nationale
6° La régulation des flux de transport
7° La surveillance des littoraux et des zones frontalières
8° Le secours aux personnes
9° La formation et la pédagogie des agents »

La Quadrature du Net (LQDN) et Amnesty International voient dans cet article des risques d’atteinte à la vie privée, notamment par l’usage potentiel de systèmes de reconnaissance faciale (dont LQDN craint qu’il soit la source de dérives, notamment des arrestations « préventives » de militants politiques)17,15,22,23.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies s’inquiète de l’usage de drones pour la surveillance et le maintien de l’ordre lors de manifestations. Il indique qu’« une telle ingérence [au droit à la vie privée] doit être mise en œuvre en vertu d’une base juridique nationale qui est suffisamment prévisible, accessible, fournit des garanties contre les abus », et que « les restrictions à ce droit doivent viser la protection d’un intérêt légitime et doivent avoir regard aux principes de nécessité, proportionnalité et non-discrimination », avant de rajouter que ces conditions « ne semblent pas remplies » par l’article 2224. En ce qui concerne l’usage des drones pour la prévention d’actes de terrorisme, le Conseil dénonce un article ne respectant pas les « principes de nécessité et de proportionnalité », le but n’étant pas « défini avec suffisamment de clarté et de prévision, conformément aux exigences du droit international »24.

L’article 22 est adopté le 21 novembre 2020, en dépit de l’avis de plusieurs parlementaires qui estiment le texte trop imprécis. Ainsi que le résume Le Monde, « dans le cadre de manifestations, les vidéos tournées par drone ou hélicoptère pourront être diffusées en direct dans la salle de commandement du dispositif de maintien de l’ordre puis conservées – pour une durée de trente jours, prolongée si elles sont utilisées dans le cadre d’une enquête » ; l’intérieur des domiciles ne devra pas être filmé18.

Article 24

L’article 24 est initialement formulé comme suit (paragraphes 1 et 2) :

« Le paragraphe 3 du chapitre IV de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est complété par un article 35 quinquies ainsi rédigé :
Art. 35 quinquies. – Est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un agent de la police nationale ou de la gendarmerie nationale autre que son numéro d’identification individuel lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. »

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, défend que cette proposition vise à empêcher que les policiers soient « jetés en pâture […] sur les réseaux sociaux »25.

Avec cet article, Gérald Darmanin entend répondre à une demande ancienne des syndicats de policiers26,27,28. Le syndicat Alliance Police nationale, qui évoque les propos haineux et les appels à la violence visant des policiers sur les réseaux sociaux, demande quant à lui depuis 2018 le floutage systématique des policiers26,29. Pour le secrétaire général d’Unité SGP Police-Force Ouvrière, si la législation préexistante permet déjà de poursuivre l’auteur de menaces à l’encontre d’un membre des forces de l’ordre dont la photo a été publiée sur les réseaux sociaux, « rien ne permet juridiquement de punir aujourd’hui celui qui a initialement posté cette image. […] Il a une responsabilité et c’est ce que vient reconnaître l’article 24 »12.

La validité juridique de l’article 24 est incertaine, un député estimant : « Constitutionnellement, on aura vraisemblablement des problèmes avec le caractère intentionnel de l’infraction30. »

L’article suscite également une vive opposition31,32, en particulier du Conseil des droits de l’homme des Nations unies33,34, du Défenseur des droits30,35,13,36, des journalistes37,38 (qui protestent dans une tribune signée par de très nombreuses rédactions39), des cinéastes40,41, le Conseil national des barreaux et des associations de défense des libertés publiques42,43,4. La presse étrangère s’indigne également44.

Les experts de l’ONU estiment que cette loi porte « des atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, notamment le droit à la vie privée, le droit à la liberté d’expression et d’opinion, et le droit à la liberté d’association et de réunion pacifique » et place la France en contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention européenne des droits de l’homme33.

Plusieurs journalistes soulignent que cette proposition intervient peu après qu’Emmanuel Macron a promis de défendre la liberté d’expression lors de son hommage au professeur assassiné Samuel Paty45,46.

Thibault Prévost, d’Arrêt sur images, rappelle que sans des vidéos telles que celles qui sont visées par le texte, de nombreuses enquêtes récentes n’auraient pas pu avoir lieu25, citant les affaires Benalla (place de la Contrescarpe)47Cédric Chouviat48, Geneviève Legay49, Olivier Beziade50, ou les violences policières dans le Burger King bordelais en 201851. Dans un autre article, il estime que « les pro-loi sont par ailleurs avares en données fiables sur le supposé harcèlement et repérage de policiers via les réseaux sociaux »4.

Selon Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, députés LREM à l’initiative de la proposition de loi, le but n’est pas d’interdire la diffusion d’images de policiers ni le floutage de leurs visages, mais seulement de sanctionner a posteriori la diffusion de ces images dans le contexte d’« appels à la violence contre des membres des forces de l’ordre » ; cependant, le ministre de l’Intérieur a une interprétation contradictoire de la proposition de loi, affirmant qu’elle « prévoit l’interdiction de la diffusion de ces images » ou bien le floutage des visages30,52. Lors du débat au Parlement, il plaide pour un durcissement de cette disposition : « Si vous voulez diffuser sur Internet de façon sauvage, pardon de le dire comme ça, vous devrez faire flouter les visages des policiers et des gendarmes »53,54. Ces prises de parole contradictoires induisent une certaine confusion quant à la portée réelle du texte4.

L’article est voté est adopté par l’Assemblée nationale le 20 novembre par 146 votes pour et 24 contre, avec un amendement gouvernemental de dernière minute faisant évoluer la rédaction de son paragraphe 2 de la sorte55,56 :

« Art. 35 quinquies. – Sans préjudice du droit d’informer, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification, autre que son numéro d’identification individuel, d’un agent de la police nationale, d’un militaire de la gendarmerie nationale ou d’un agent de police municipale, lorsque ces personnels agissent dans le cadre d’une opération de police. »

Autres dispositions

La proposition de loi prévoit également l’accroissement des pouvoirs des polices municipales (quand elles comptent plus de vingt agents), associé à un contrôle accentué de celles-ci16,57,58.

Parmi les autres dispositions du texte, est proposée la suppression automatique des réductions de peine pour les personnes condamnées pour violence ou menaces à l’encontre de policiers (y compris municipaux), gendarmes, pompiers, etc., une mesure jusque-là réservée aux personnes condamnées pour terrorisme16.

Enfin, le texte souhaite encadrer davantage les sociétés de sécurité privée (notamment en limitant le recours à la sous-traitance et en listant des infractions interdisant l’exercice de la profession), tout en leur accordant des prérogatives élargies (missions de surveillance contre les actes terroristes sur la voie publique, opérations de palpation de sécurité)16,59,60, dans la perspective des Jeux olympiques de Paris en 202458.

 

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La démocratie meurt dans l’obscurité PAR EDWY PLENEL ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 20 NOVEMBRE 2020 Aux côtés des défenseurs des droits fonds

Aux côtés des défenseurs des droits fondamentaux, Mediapart manifestera ce samedi pour le retrait de la loi « Sécurité globale ». La gravité de l’enjeu justifie cet appel inhabituel: si cette loi entre en vigueur, les lumières de la vigilance démocratique sur les actes de l’État s’éteindront. Democracy dies in darkness : en février 2017, au lendemain de l’intronisation présidentielle de Donald Trump, le Washington Post, ce quotidien américain rendu célèbre par ses investigations, dont le scandale du Watergate reste la plus connue, décidait d’inscrire cette phrase en tête de son site internet et à la une de ses éditions imprimées. C’était une réponse aux vérités alternatives promues par le nouvel occupant de la Maison Blanche, qui ne cessera, durant son mandat, de s’en prendre à la liberté de la presse, à son devoir de révéler et à son droit de critiquer. « La démocratie meurt dans l’obscurité » : alors que Donald Trump, battu dans les urnes, ne sera bientôt plus président des États-Unis d’Amérique, c’est dans la France d’Emmanuel Macron qu’il nous faut, aujourd’hui, convoquer cette alarme. Car, dans un climat de peur suscité par le terrorisme, la loi « Sécurité globale » défendue par le pouvoir exécutif et sa majorité parlementaire met fin à une liberté fondamentale, celle de renseigner, documenter, révéler, critiquer les manquements de l’État à l’encontre du peuple souverain (lire les articles de Jérôme Hourdeaux et Ilyes Ramdani sur le débat parlementaire). En entravant, voire en interdisant dans certains cas, la captation et la diffusion d’images de violences policières, son article 24 instaure un État de police en lieu et place de l’État de droit : c’est l’avènement d’un État qui a tous les droits, y compris celui de cacher les illégalités qu’il commet, d’empêcher qu’on connaisse les violences illégitimes faites en son nom, d’étouffer les scandales, les injustices et les abus de pouvoir dont elles relèvent. Si cette disposition est votée, il n’y aura plus d’affaires Benalla, Chouviat ou Legay – pour ne citer que trois exemples de faits d’intérêt public, aujourd’hui entre les mains de la justice, dévoilés par la diffusion d’images de violences policières (lire l’article de Pascale Pascariello sur ces affaires qui auraient été enterrées sans vidéo). Trois affaires différentes qui illustrent combien la fin de cette liberté ferait tomber un voile noir sur des réalités qui nous concernent toutes et tous : avec l’affaire Alexandre Benalla, la privatisation élyséenne de la police ; avec la mort de Cédric Chouviat, l’ordinaire des abus policiers ; avec la blessure de Geneviève Legay, la mise en cause du droit de manifester. La question n’est pas seulement le droit d’informer des médias mais surtout le droit de savoir des citoyens. Dans ces trois cas, les images ne sont pas venues que de journalistes professionnels mais aussi de lanceurs d’alerte. La liberté de la presse n’est pas un privilège des journalistes mais un droit des citoyens. Tout amendement de cet article liberticide qui prétendrait sanctuariser le travail des journalistes ne ferait qu’accroître son scandale : en accordant à la presse le monopole de l’information, la loi priverait le peuple tout entier d’un droit qui lui appartient. Celui, précisément, d’informer, de faire savoir et de faire connaître, d’alerter et de contester. La démocratie est un écosystème dont le droit de savoir et la liberté de dire sont les organes vitaux. Sans informations libres et sans opinions pluralistes, délivrées du contrôle de l’État, des intérêts et des idéologies de ses occupants du moment, il n’y a plus de démocratie véritable. Sans la production libre et indépendante de vérités de fait, surtout celles qui interpellent et surprennent, dérangent ou bousculent, le peuple souverain ne saura plus ce qui le concerne, ne pourra plus décider de son sort, sera empêché Directeur de la publication : Edwy Plenel www.mediapart.fr 2 2/3 de débattre de son avenir. Aveuglé par les phares du pouvoir, ces vérités officielles qui cachent des mensonges éhontés, il sera plongé dans l’obscurité. Mais cet article 24 n’est que le symbole flagrant d’une débâcle plus générale : le basculement dans un régime autoritaire, rompant avec ce qui restait d’esprit libéral dans nos grandes lois républicaines. C’est pourquoi nous demandons, au-delà du retrait pur et simple de cet article, le retrait de cette loi « Sécurité globale » dont les dispositions accroissent les pouvoirs de surveillance de l’État tout en annihilant les contre-pouvoirs de la société (lire l’article de Pascale Pascariello sur le Livre blanc de la sécurité intérieure). Avec l’autre loi de rupture, celle sur le « séparatisme » portant désormais l’emblème des « principes républicains » (lire l’article de Camille Polloni, Faïza Zerouala et Mathilde Mathieu), elle forme un tout qui renverse deux piliers démocratiques : quand l’une s’attaque à la liberté d’informer par et pour tous les citoyens, l’autre s’en prend à leur liberté de s’exprimer en voulant instaurer une procédure expéditive de comparution immédiate pour les opinions dissidentes ou provocantes. Si ces textes sont adoptés, ce ne sera plus le règne de l’arbitraire, des manifestations empêchées, des protestations réprimées, des violences illégitimes, des états d’urgence prolongés, etc. Non, c’en sera la consécration officielle, légale, définitive. Un arbitraire permanent, incontesté et incontestable. Un arbitraire devenu notre ordinaire. Mettant à bas l’esprit démocratique de la loi républicaine inaugurale, celle de 1881 consacrant la liberté de presse et de parole (lire l’article de Laurent Mauduit), ces deux lois signifieront la fin d’une République vivante et vibrante, riche de ses conflits et forte de ses polémiques. D’autant qu’elles ne s’arrêtent pas en si bon chemin puisqu’elles remettent aussi en cause le libéralisme politique d’autres lois républicaines fondatrices, sur l’école (1881-1882), sur les associations (1901), sur la laïcité (1905) (lire l’analyse d’Ellen Salvi). Quand la République devient un mot vide et creux, brandi comme un argument d’autorité pour faire taire et asséné telle une matraque pour mieux réprimer, c’est qu’elle n’est plus. Du moins plus démocratique. Le champ républicain a toujours connu ses conservateurs et ses réactionnaires abrités par sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » mais farouches ennemis de ce qu’elle signifie : l’égalité des droits, le droit de les défendre, le courage de les inventer, la promesse d’une société libre de s’organiser, de s’informer, de s’assembler, de manifester, de revendiquer, de lutter et de protester (lire l’article de Faïza Zerouala sur la pénalisation de l’occupation des universités). Ces républicains adversaires de la démocratie, de son esprit et de son essence, de ses lois fondatrices et de ses principes vitaux, ont revêtu de multiples atours dans notre histoire passée, dont le pouvoir actuel est le dernier avatar. Car la République invoquée à tirelarigot par nos actuels gouvernants n’est qu’un cachemisère. Elle fait penser à un arbre arraché, ou à un poisson réduit à son arête ou encore à une viande ramenée à l’os. Elle est sans vie, sans chair, sans épaisseur. Une République dépourvue d’adjectif, ni démocratique, ni sociale. Une République sans âme ni boussole. Une République égarée. En 2017, quand le Washington Post adopta l’alarme sur l’obscurité qui tombe sur la démocratie, un historien américain, Timothy Snyder, lui fit écho en publiant De la tyrannie, guide de résistance face à Donald Trump et à ses semblables ailleurs dans le monde afin de préserver les libertés dans les années à venir. L’une de ses « vingt leçons du XXe siècle » s’intitule : « Rester calme quand survient l’impensable » : « La tyrannie moderne, c’est le management de la terreur. En cas d’attaque terroriste, n’oubliez pas que les régimes autoritaires exploitent cet événement pour consolider leur pouvoir. » Et de conclure par cette recommandation : « Ne tombez pas dans le panneau. » Parce que nous refusons de tomber dans le panneau, nous manifesterons dans le calme face à l’impensable : la mise en cause de la démocratie par un gouvernement démocratiquement élu. Et nous ne cesserons de le faire jusqu’à ce qu’il recule.

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Conflit basque : un exercice de mémoire petit format

La présentation du livre « Au cœur du conflit basque. Pourquoi des citoyens du Pays Basque Nord ont-ils intégré l’ETA ? » édité par MEDIABASK a permis de libérer la parole le temps d’une rencontre.

 

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Il n’y a pas de plaques, peu de livres, guère de paroles politiques. Pourtant, cette période suscite de l’intérêt. Près de 150 personnes ont assisté à la présentation du livre édité par MEDIABASK sur le contexte qui entoure l’engagement de Jakes Esnal, Frederik Haranburu, Jon Kepa et Unai Parot il y a 40 ans. Pendant deux heures, Giuliano Cavaterra, l’auteur de l’ouvrage, Béatrice Molle-Haran, Jakes Abeberry et l’ancien avocat Jean-Baptiste Etcheverry sont revenus sur cette période dure du conflit basque, mardi 22 septembre, au cinéma le Sélect de Saint-Jean-de-Luz.

Auteure de la préface d’ »Au cœur du conflit basque. Pourquoi des citoyens du Pays Basque Nord ont-ils intégré l’ETA ?« , Béatrice Molle-Haran a rappelé en début de soirée l’importance du travail de mémoire. C’est ce à quoi se sont attelés les intervenants, apportant leur part de vérité au récit sur le conflit basque. L’ancienne journaliste de MEDIABASK et Artisane de la paix accepte l’idée que peuvent cohabiter plusieurs vérités, non, en revanche, le rejet de l’existence-même d’un conflit au Pays Basque.

Acteur politique majeur du mouvement abertzale dans la seconde moitié du XXème siècle et éditorialiste de la revue Enbata, Jakes Abeberry l’a connu de près. Il a également connu, intimement, les frères Parot. L’ouvrage de Giuliano Cavaterra est, selon lui, « un livre qui incarne le conflit, un des rares livres qui le fait », car l’histoire de ces quatre membres du commando Argala d’ETA encore incarcérés serait surtout « l’histoire de quatre humains ».

Des militants qu’il côtoie, pour certains, régulièrement dont l’arrestation, en 1990, « sidère » tout le monde, d’autant que « au lendemain de l’arrestation d’Unai Parot à Séville, son frère est passé par la rédaction d’Enbata pour discuter », a relaté Abeberry. A ce moment-là, le conflit est intense. Après la mort de Franco en 1975, la néo-démocratie espagnole ne remplace pas les pouvoirs « de fait » comme l’Armée. « ETA reprend sa lutte plus fort qu’avant. Jamais l’action d’ETA n’a été aussi vive qu’alors », se souvient le cofondateur du mouvement abertzale au Pays Basque Nord.

L’entente du « poing à la rose »

Les attentats, la guerre sale, notamment des GAL, l’entente du « poing à la rose » des deux côtés des Pyrénées, le conflit est dur à cette période. D’une violence qui faisait écho au contexte international qui l’était tout autant, comme l’a rappelé quelqu’un dans l’assistance évoquant, entre autres, les conséquences psychologiques de la Guerre d’Algérie. De cette violence, le Petit Bayonne a gardé quelques traces, mais, Giuliano Cavaterra l’a relevé, les victimes des mercenaires à la solde du gouvernement espagnol n’ont pas de plaques.

Quelques années plus tard, au moment du procès à la Cour d’assises spéciale de Paris, en 1997, « le contexte [est] épouvantable, résolument hostile de la part des autorités politiques et des autorités judiciaires à tout ce qui relevait de la contestation ou de la revendication basque. Jakes [Abeberry] parlait de la manière dont la doctrine de l’Etat français a changé par rapport à des militants qu’on estimait avant résistants qui sont devenus des délinquants », a recadré Jean-Baptiste Etcheverry, défenseur de Jakes Esnal et Frederik Haranburu à ce moment-là.

Il avait été frappé par la « démesure » du procès. Un dossier constitué dans l’Etat espagnol intégrant 22 voire 25 faits graves commis entre 1978 et 1989. « Chacun de ces faits devaient donner lieu à une audience », relève l’homme de droit, convaincu à l’époque que la Justice était totalement impossible. Le dossier était pourtant rempli d’incohérences. « Une certitude habitait tant les accusés que leurs avocats, c’est que les jeux étaient faits, a-t-il poursuivi. La procédure venait devant la cour d’Assises pour que les actions du ‘commando français’ de l’ETA soient soldées. Et on savait [qu’ils allaient écoper] des condamnations les plus sévères, c’est-à-dire, la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté maximale ».

Ils ne se sont pas trompés. Trente ans plus tard, les quatre militants d’ETA du Pays Basque Nord sont incarcérés, sans pouvoir faire valoir leur droit à la liberté conditionnelle à laquelle ils peuvent prétendre depuis une dizaine d’années.

 

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La Cour de cassation a définitivement accepté, mercredi 4 novembre, le principe d’une remise à l’Espagne de l’ex-dirigeant d’ETA Josu Urrutikoetxea. Celui-ci devra d’abord être jugé en France.

À l’aube de ses 70 ans, l’ancien chef d’ETA, Josu Urrutikoetxea, vit à Paris, bracelet électronique à la cheville, dans l’attente de ses procès. Ce mercredi 4 novembre, selon l’Afp, la chambre criminelle de la Cour de cassation a accepté le principe d’une remise différée à l’Espagne du Biscayen, visé par un Mandat d’arrêt européen (MAE).

La justice espagnole souhaiterait l’entendre dans le cadre d’un dossier instruit depuis le début des années 2000 sur les « herriko tarberna », ces cafés gérés par des collectifs de militants de la gauche radicale abertzale, accusés d’avoir fait transiter l’argent « sale » d’ETA.

Deux procédures en France

La remise aux autorités espagnoles de Josu Urrutikoetxea ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois. Ce dernier doit avant cela être jugé en France dans deux dossiers différents.

Cette figure historique d’ETA doit répondre de « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste « . Dans les deux procédures, lui est reprochée sa participation à des réunions secrètes. L’ancien chef d’ETA soutient que ces réunions étaient reliées aux négociations de paix. 

Le premier procès se tiendra en février devant la Cour d’appel de Paris, et le second en juin devant le tribunal correctionnel de Paris.

En parallèle, la justice espagnole l’accuse également d’être lié à l’attentat de la caserne de Saragosse, en 1987. L’attaque fit 11 morts, dont 5 enfants. Josu Urrutikoetxea est aussi soupçonné d’avoir participé à l’assassinat d’un cadre de Michelin, Luis Maria Hergueta, en 1980, à Vitoria. Lui nie toute implication dans ces deux affaires.

 

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Vers une reconnaissance d’aveux sous la torture ?

La cour d’appel de Paris vient d’examiner ce jeudi 18 novembre le dossier d’Iratxe Sorzabal au sujet du quatrième mandat d’arrêt européen prononcé à son encontre malgré des déclarations qui auraient été faites sous la torture. L’avocat général donne foi aux accusations de la prisonnière basque et réclame l’annulation du MAE. La décision de la cour sera connue le 16 décembre prochain.

MEDIABASK|2020/11/18|IRUZKIN 1 

 

Iratxe Sorzabal

 

L’avocat général de la Cour d’appel donne foi aux déclarations d’Iratxe Sorzabal. © (Jon URBE / FOKU)

Ce mercredi 18 novembre, la cour d’appel de Paris devait examiner le recours déposé par Iratxe Sorzabal concernant son quatrième mandat d’arrêt européen (MAE) lancé par l’Audiencia Nacional espagnole. La prisonnière d’Irun, arrêtée en 2001 à Hernani par la Garde Civile, avait suivi le protocole de reconnaissance de traitement de torture, le protocole Istanbul. Une première pour l’ensemble des prisonniers basques et ce 18 novembre, le parquet général de la cour d’Appel a donné foi aux déclarations d’Iratxe Sorzabal.

Il a appuyé sa décision en se référant au rapport présenté par le docteur Itsaso Idoiaga au cours du procès et aux expertises effectuées par un médecin légiste français. Lors de l’audition, l’avocat général a également estimé que le dossier transmis par Madrid « manquait de solidité » pour apporter d’autres preuves de la culpabilité d’Iratxe Sorzabal que sa confession sans la présence d’un avocat.

Ce sont pour ces raisons que le ministère public a demandé le rejet de ce quatrième MAE. Une prise de position saluée par l’avocate de Sorzabal, Xantiana Cachenaut. Cette dernière, qui a été soutenue à l’audience d’aujourd’hui par l’ancien magistrat de la cour de Versailles, Serge Portelli, et par l’avocat strasbourgeois et l’expert en droits de l’homme Grégory Thuan (Dieudonné) attend, par ailleurs, la prochaine audience pour savoir s’il sera fait droit à la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne basée au Luxembourg. L’avocate espère ainsi que l’organe de justice européen définisse un cadre pour régir ces situations de mandats d’arrêt européens s’appuyant sur des déclarations faites sous la torture.

La décision de la cour d’appel de Paris sera rendue le 16 décembre et pourrait marquer une étape essentielle dans le traitement des prisonniers basques. Elle ferait ainsi prévaloir la défense des droits face aux mandats d’arrêt européens en cours entre l’Espagne et la France.

 

Peio Alcantarilla arrêté par la police française

La police française a arrêté ce mercredi 11 novembre l’ancien prisonnier basque Peio Alcantarrilla à Hendaye. Il se trouve dans les locaux de la Police aux frontières dans la même ville.

ANTTON ETXEBERRI|2020/11/11|IRUZKIN 1 

 

Les contrôles de police se sont intensifiés ces dernières semaines. © Bob EDME

L’ancien prisonnier politique basque, Peio Alcantarilla, a été arrêté ce mercredi 11 novembre par la police française. Natif d’Irun et domicilié depuis longtemps à Urrugne, Alcantarilla travaille au Pays Basque Sud et c’est alors qu’il rentrait du travail qu’il a été arrêté, sur le pont Santiago d’Hendaye. Peio Alcantarilla a été emmené aux locaux de la Police aux frontières d’Hendaye dans lesquels il devrait passer la nuit, selon les propos du procureur de Bayonne Jérôme Bourrier à MEDIABASK, « afin de formaliser la procédure ». Il s’y trouve « en rétention judiciaire » et le parquet devrait donner sa décision demain dans la matinée le concernant.

Il lui est reproché de ne pas avoir respecté le protocole lié au Fichier judiciaire national des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). Ce fichier a été mis en place en juillet 2016 pour surveiller les personnes qui ont été condamnées pour terrorisme, dans un contexte d’attentats djihadistes. Près d’une centaine d’anciens prisonniers basques se sont vus ces dernières années intégrer dans ce fichier. Peio Alcantarilla avait été arrêté en octobre 2004 lors d’une opération policière. Il avait été condamné à dix ans de prison par la Cour d’Assises de Paris, devant laquelle il avait dénoncé avoir été torturé par la garde civile espagnole.

Les partis politiques EH Bai et EH Bildu dénoncent fermement, dans un communiqué commun, « l’arrestation du militant ainsi que les mesures liberticides appliquées ces derniers mois aux anciens prisonniers politiques ». Ils réclament aux Etats français et espagnol « de prendre en compte le contexte de paix en Pays Basque et d’annuler l’application de ces mesures d’exception ».

 

 

  

Josu Arkauz sera libéré lundi

Après 29 ans de prison, Josu Arkauz sera libéré lundi 23 novembre. Une nouvelle reçue avec “espoir et bonheur” par ses proches qui soulignent que cela fait des années qu’il aurait dû abandonner la prison.

IURRE BIDEGAIN|2020/11/20|0 IRUZKIN 

 

Josu Arkauz

 

Lundi 23 novembre, Josu Arkauz sera libre. Arrêté le 18 mars 1991 à Bayonne, après 29 ans de prison il abandonnera le centre pénitencier de Valladolid où il a passé quelques mois. Le Ministère de l’intérieur du Gouvernement espagnol l’a transféré en septembre 2020 de Murcia à Valladolid.

En 1992, la justice française l’a condamné à huit ans de prison. En 1997, le prisonnier originaire d’Arrasate est remis aux autorités espagnoles. Il est poursuivi pour trois délits « d’appartenance à une organisation armée ». Depuis, il a enchaîné les condamnations et durant ces 29 années sous les verrous, il a été incarcéré dans pas moins de 14 centres pénitenciers.

Condamné à 30 ans de prison, Josu Arkauz a accompli les trois quarts de sa peine en 2015. Comme le souligne son fils Unai Arkauz, il aurait dû être remis en liberté il y a cinq ans déjà. Contacté par MEDIABASK, le jeune homme rappelle également la dure décision prise par le Tribunal de Strasbourg en 2018.

En effet, ce dernier avait à l’époque considéré que le Gouvernement espagnol n’avait pas violé les droits de Santiago Arrozpide, Alberto Plazaola et Francisco Mujika après avoir décidé de ne pas tenir en compte des années d’emprisonnement accomplies dans l’Etat français. Une décision à l’impact direct sur la procédure de Josu Arkauz, puisque celui-ci « pensait être libéré ». « Cela nous avait fait beaucoup de mal », confie son fils.

la manada

© GettyImages

En 2018, leur condamnation à neuf ans de prison pour « abus sexuel » et leur remise en liberté provisoire avaient engendré des manifestations spectaculaires à travers l’Espagne. Ce vendredi 21 juin, la plus haute instance judiciaire espagnole a finalement requalifié les faits de « viol en réunion » et alourdi leur peine de prison.

Les faits remontent à juillet 2016. Alors que la ville de Pampelune, située dans le nord de l’Espagne, célèbre la San Firmin, cinq hommes, qui se surnomment alors « la meute », rencontrent une jeune femme de 18 ans, visiblement alcoolisée. Moins d’un quart d’heure après, les accusés, dont un militaire et un garde civil, l’emmènent dans l’entrée d’un immeuble où ils font enchaîner à leur victime fellations et rapports sans préservatifs avant de voler son téléphone et de la laisser à moitié nue. La meute s’était pas la suite vantée de ses « exploits » sur la messagerie Whatsapp avant d’y diffuser les terribles images de cette soirée.

En Espagne, l’affaire avait été le détonateur de mobilisations féministes d’envergure relayées par la presse du monde entier. Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues au Printemps 2018, criant « moi, oui je te crois » à l’attention de la victime après que les agresseurs avient été condamnés à neuf ans de prison pour « abus sexuel », et non pour « viol », avant d’être remis en liberté provisoire. Une grève des femmes avait alors été organisée et largement suivie sur l’ensemble du territoire.

« On ne peut exiger des victimes des attitudes dangereusement héroïques« 

De nouveau jugés, la procureure Isabel Rodriguez demandait au moins 18 ans de prison à l’encontre des accusés, âgés de de 24 à 27 ans, faisant valoir que la victime, cernée par ces cinq hommes de « forte stature« , avait « adopté une attitude de soumission et non de consentement« , comme le rapportent nos confrères de RTL. « On ne peut exiger des victimes des attitudes dangereusement héroïques« , a-t-elle insisté.
L’avocat de la défense exigeait quant à lui l’acquittement de ses clients, soutenant que la jeune femme avait « décidé d’avoir des relations » sexuelles avec l’ensemble du groupe. Jouant sur la notion de consentement, l’homme n’a pas hésité à avancer que les membres de la meute n’avaient pas pu réaliser qu’elle n’était pas consentante puisque qu’elle n’avait ni crié, ni résisté. Il a par ailleurs assuré que ses clients n’avaient pas eu « de procès juste » car « la société » toute entière avait réclamé leur condamnation à coups de manifestations retentissantes.

Cinq magistrats de la Cour suprême, dont deux femmes, ont examiné les recours présentés par l’accusation et la défense avant de conclure à l’unanimité qu’il s’agissait bien d’un « viol » au regard du droit espagnol, qui exige des preuves d’intimidation ou de violence.
Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, s’est félicité de cette décision de justice sur son compte Twitter : « C’était un viol. La décision de la Cour suprême le confirme. Seul un oui est un oui. L’Espagne continue de faire des progrès dans la protection des droits et libertés des femmes et ne s’arrêtera pas. Parce qu’on l’a crue, parce qu’on te croit« , a posté le politicien. Son gouvernement souhaiterait d’ailleurs désormais s’attaquer au Code pénal pour y introduire la notion de consentement sexuel explicite, sur le modèle suédois, où tout acte sexuel sans accord clair est considéré comme un viol.

 

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Découvrez l’arme anti-viol révolutionnaire, Rape-aXe ou le préservatif avec des dents.

C’est une idée innovante et étonnante qui a germée dans l’esprit de Sonnet Elhers, une doctoresse sud-africaine écœurée par le taux de viol extrêmement élevé dans son pays. Le principe du préservatif anti-viol est simple : on l’insère comme un tampon et la magie vicieuse de ce préservatif c’est qu’il est muni dans sa partie interne de petits crochets qui se resserrent en cas de viol sur le pénis de l’agresseur.

Une fois l’appendice pris au piège, l’homme ne peut plus marcher ni uriner et ne pourra plus le retirer sous peine de resserrer encore un peu plus les crochets. Pour être libéré il devra obligatoirement se rendre dans un hôpital. Un produit révolutionnaire semblerait-il pour les femmes qui ne se sentent pas en sécurité. « L’idéal serait que les femmes le portent lorsqu’elles ont accepté une blind date ou quand elles traversent une zone où elles se sentent en danger », a précisé le docteur Ehlers.

 

iparherriko talde antifaxista

 

 

 

 

11 novembre 2020

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Classé sous CSPB — SQUALE @ 18 h 28 min

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Histoire d’ETA armée de libération contre l’occupant espagnol

 

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Classé sous CAC HLM MANTES — SQUALE @ 14 h 17 min

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Pour cette 48ème nous recevions le Festival Contenpourien 9ème édition avec Canard président du festival et de l’asso à chacun son cirque qui représente le festival. Pour la partie musique c’était le groupe Jamewalkers qui sera sur la scène du festival le 8 juillet.

 

Festival Contentpourien 9

Festival Contentpourien 9

DATE : Du Vendredi 7 juillet 2017 au dimanche 9 juillet 2017

LIEU : Parc du domaine de la Vallée (Mantes-la-Ville 78711)

 

 

HORAIRE : 15h – 03h

TARIF : 16€ (Pass weekend) / 12€ (Pass journée) / 10€ (Pass journée tarif réduit)

 

 

 

Le Festival Contentpourien est un événement unique mettant à l’honneur les pratiques culturelles et plus particulièrement la musique et les arts de rue sur le territoire de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise.

Après une édition 2016 en demi-teinte suite à l’annulation du principal weekend en raison des intempéries, l’association A Chacun Son Cirque est heureuse de vous donner rendez-vous pour cet événement culturel devenu incontournable dans la région au fil des années : en effet c’est l’occasion pour la population locale de découvrir des artistes venus de différents horizons et exerçant dans une multitude de disciplines : musique, théâtre, arts du cirque, arts de rue, arts plastiques,…

Le Festival Contentpourien se déroule en deux temps :
- du 26 juin au 6 juillet, des événements gratuits sont organisés dans différents lieux culturels et associatifs ainsi que dans les écoles et l’espace public (programme détaillé à venir),
- du 7 au 9 juillet, le festival s’installe au parc de la vallée de Mantes-la-Ville pour 3 jours de concerts et de spectacles en plein air.

✫PROGRAMMATION✫
Vendredi 7 juillet
✓Inner Terrestrials
✓JOhnny Montreuil
✓Electric Bazar Cie
✓Apes O’Clock
✓Le gros tube
✓La dodoche à vinyles

Samedi 8 juillet
✓Fanfare Ciocarlia
✓ShazaLaKazoo
✓La P’tite Fumée
✓The Jamwalkers
✓Fama & Tonton’s Friends
✓Subpressure
✓Cie En ChantierS
✓Olivier Palmer
✓Cie Freddy Coudboul
✓La dodoche à vinyles

Dimanche 9 juillet
✓David Vincent et ses Mutants
✓BABIOLE
✓Red Chocolate
✓Cie Les Probiotiques
✓Ca Peut Sphère
▬▬▬▬▬▬
✫TARIFS✫
✓Pass weekend : 16€
✓Pass journée plein tarif : 12€
✓Pass journée tarif réduit* : 10€
✓Gratuit tout le weekend pour les moins de 16 ans
✓Gratuit pour tous dimanche 9 juillet

(*) Offre valable sur présentation d’un justificatif en cours de validité pour : étudiant, moins de 18 ans, plus de 65 ans, grand invalide civil, grand invalide de guerre et sans emploi.

✫PREVENTES✫
http://www.contentpourien.fr/billetterie
▬▬▬▬▬▬
✫INFOS PRATIQUES✫
Adresse :
Parc du domaine de la Vallée
78711 MANTES-LA-VILLE

Horaires :
✓Vendredi 7 juillet : 18h30 – 02h00
✓Samedi 8 juillet : 15h30 – 02h00
✓Dimanche 9 juillet : 15h00 – 20h00

Hébergement :
✓Camping gratuit sur place du vendredi 7 juillet à 18h30 jusqu’au lundi 10 juiller à 12h00.

Services sur place :
✓Restauration salée
✓Restauration sucrée par Candy Gaufre
✓Bar

Interdiction sur le festival :
✗Bouteilles en verre
✗Animaux de compagnie
✗Objets cotondants ou coupants
✗Camping gaz
✗Feux d’artifices
▬▬▬▬▬▬
✫CONTACTS✫
Régie générale : administration@contentpourien.fr
Communication : media@contentpourien.fr
Programmation : programmation@contentpourien.fr
Bénévolat : benevolat@contentpourien.fr
Billeterie : administration@contentpourien.fr
Autre : contact@contentpourien.fr

 

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Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 11 h 58 min

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« La tâche du photographe ne consiste pas à prouver quoi que ce soit par rapport à un événement humain. Nous ne sommes pas des propagandistes ; nous sommes des témoins du transitoire. »

— Henri Cartier-Bresson

L’exposition Magnum Analog Recovery

Du 29 avril au 27 août 2017, LE BAL présente un parcours dans les trésors de la coopérative parmi les tirages d’époque, maquettes de livres et publications depuis la création de Magnum Photos (1947) jusqu’en 1979. En 2017 coïncident l’anniversaire des 70 ans de Magnum Photos et la finalisation d’un fonds de milliers de tirages d’époque enfin rendu accessible : Magnum Analog Recovery.

Le photographe français Claude Iverné, exposé à la fondation Henri-Cartier Bresson, a d’abord été photographe de mode.

 

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En 1987, Claude Iverné quitte le confort de la maison Pierre Cardin, où il a remplacé le photographe maison pour redevenir assistant et apprendre au plus près des photographes de mode et de publicité de renom. Un seul endroit : les studios Pin-Up où travaille tout le ghotta de la planète. L’apprentissage est rapide, Polaroid 8×10’ avec Paolo Roversi, 6×7 TriX avec Lindbergh et Olivar, PanF avec Isserman, Inversible avec Oliviero Toscani, Hans Feurer, Michel Comte ou Patrick Demarchelier.

Les jeunes photographes techniquement fébriles savent que chez Pin-Up les assistants “assurent” les photographes reconnaissants abandonnent souvent leurs surplus de films et polas aux assistants. Les studios laissent à ces derniers la liberté d’utiliser gracieusement les locaux et infrastructures, labo compris. La ténacité paie. Lui sont systématiquement confiés les anglo-saxons. David Bailey, Avedon, Lord Snowdon. Nombre d’entre eux le débauchent pour des voyages. Iverné propose ses services aux heures décalées. Nuits, week-ends et vacances payés en heures supplémentaires lui permettent de bien vivre.

Tout en gardant son propre studio pour des travaux alimentaires, des catalogues de ventes de commissaires priseurs, publicités, portraits, il continue à apprendre avec ceux dont la technique l’intéresse particulièrement comme Albert Watson ou Roversi.

Catalogues et publicité constituent l’essentiel de son activité. Commence alors les portraits, personnels, après plusieurs voyages en Egypte et au Maroc, l’envie d’autre chose croît. Ses portraits seront remarqués par la presse, qui lui ouvrira une porte vers d’autres pratiques. Peu d’originaux ont résisté au temps. Nous montrons ici quelques polaroids et 4×5 rescapés de cette période.

 

ELNOUR

 

Claude Iverné, Bilad es Sudan
Du 11 mai au 30 juillet 2017
Fondation Henri Cartier-Bresson
2 Impasse Lebouis
75014 Paris
France

http://www.henricartierbresson.org/

Le photographe français Claude Iverné, exposé à la fondation Henri-Cartier Bresson, a exercé dans la presse en tant que portraitiste, se frottant notamment aux maitres. Nous vous offrons un aperçu de cette facette de son travail.

J’avais griffonné un petit mot à l’attention d’Alexander Liebermann après avoir lu une interview édifiante intitulée The Right Circle. Le maître de Condé Nast y affirmait l’insuffisance du talent pour émerger. Evoluer dans “les bons cercles” primait. L’article annonçait une exposition de peintures dans une galerie huppée de l’Upper East. Je n’en menais pas large, mais j’étais déterminé à recevoir son jugement sur mes portraits alors très inspirés de Penn, dont il était très proche. Il sortit d’une limousine et pénétra majestueusement dans la galerie, entouré de deux magnifiques femmes d’une remarquable élégance. J’entravais le cortège, une minuscule enveloppe tendue vers lui. Je répondis que c’était à lire plus tard, et filais, encore écarlate mais soulagé.

Le lendemain à 9 h : « Bonjour, Pardonnez-moi de vous déranger, je cherche à joindre Monsieur Claude Iverné s’il vous plaît ? » « Moi-même » répondis-je dans le combiné à cette voix posée dans un français sans accent. « Alexandre Libermann, quand puis-je vous rencontrer ? » « Cet après-midi 15 h ? » Une impressionnante paix et cordialité régnaient à cet étage. Je fus ponctuellement annoncé avec grande délicatesse. Il se leva pour m’accueillir dans son immense bureau et regarda longuement chacun de la vingtaine de tirage noir et blancs apportés. Evidemment, autant nous avons qui vous savez ici pour les portraits mais à Paris, j’aimerais bien collaborer avec quelqu’un comme vous.

« J’aimerais aussi voir comment vous traitez la couleur, auriez-vous quelques images à me montrer ? » « Oui, mais des images de catalogue peu représentatives. » « C’est juste pour considérer votre maitrise, je ne serai pas présent demain, mais si vous pouvez les déposer, cela m’importe. » Il fut convenu que je récupère le tout deux jours plus tard, sans garantie de sa présence. A ce moment, sa charmante me demanda de patienter car M. Lieberman lui avait demandé de le prévenir de mon passage. « Je me suis permis de montrer vos portraits à notre creative director chez Vogue » « Claude Iverné se trouve ici, je vous le passe, toujours dans un français précis ».

André Léon-Taley me partagea son avis commun d’avec celui d’A. Lieberman, mais voulait juste me rencontrer personnellement. Ne pouvant me voir sur l’heure et embarquant précisément pour Paris, nous prîmes rendez-vous pour un petit déjeuner trois jours plus tard au Regina. Dans l’intervalle, la directrice des 3 Suisses, mon client vital, exigea soudainement ma présence à une réunion de travail improvisée pour le prochain catalogue. Je parvins à Joindre Léon Talley. Après un silence, il acquiesça et me proposa de le rappeler le lendemain matin pour reporter notre rencontre, ne trouvant pas son agenda sur le moment. Jamais je ne parvins à le joindre de nouveau.

Lors de ce même séjour à New York, je reçus un coup de fil d’Irving Penn. Le petit mot à son intention, confié timidement à la personne qui m’avait ouvert la porte de son studio le matin même l’avait « touché » et il tenait à m’en remercier personnellement. Le soleil brillait ce jour de septembre 1993.

 

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Claude Iverné

Né en 1963, Claude Iverné vit et travaille en France et au Soudan. Formé à la photographie auprès des grands noms de la mode, il travaille avec Pierre Cardin, puis les studios Pin-Up : Roversi, Snowdon, Olivar, Watson, etc… La presse remarque ses portraits, et lui commande des reportages. Il fréquente le séminaire de Jean-François Chevrier à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et s’oriente vers une photographie plus affranchie, en tension entre les beaux-arts et les sciences sociales. Il défend la vue de l’œil humain comme méthode d’enregistrement, l’intimité et le brouillon comme mode de description.

Depuis 1998 et son premier voyage au Soudan, Iverné s’interroge sur les notions de territoire, d’identités et des codes et standards de représentations associés. En 2003, pour répondre à ses questions, il fonde Elnour (la lumière), bureau de recherches et de documentation où cohabitent ­­photographes, artistes, scientifiques et écrivains. Sa connaissance du pays et sa pratique de la langue l’amène à contribuer à de nombreuses conférences et interventions publiques.

Il a exposé aux Rencontres internationales d’Arles (projection Fnac, 2002), aux Nations-Unies, Khartoum 2002, à la Maison des métallos, 2003 et 2013, à la galerie Clémentine de le Ferronnière, 2011, à la galerie 123, Londres 2004, au Centre culturel français, Khartoum 2004, au musée Royal de Mariemont, Belgique, 2007, à Visa pour l’image, Perpignan, (projection 2007), au centre culturel d’Égypte, Paris, 2010. Il a remporté le prix 3P, 2004 et fut commissaire de l’exposition Soudan aux Rencontres internationales de Bamako, 2005.

Il a contribué à l’entrée de photographes soudanais dans des collections publiques internationales.

SUDAN FOTO

La Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, expose le travail du lauréat de son prix décerné en 2015. L’œuvre sur vingt ans d’un itinérant des sables.

On pourrait croire à première vue que Claude Iverné est photographe. Certes, c’est par l’image qu’il s’exprime, mais l’homme s’identifie rarement à la photographie, ou même n’en parle. C’est à la fois un vagabond, un ethnologue, un archiviste, un observateur animé de curiosité. Un artiste, pourrait-on lâcher. « Un poète », dit Quentin Bajac, conservateur en chef de la photographie au MoMA. Au fil du temps, brouiller les pistes est devenu quelque chose de naturel pour Claude Iverné. Ou plutôt en indiquer quelques-unes, dans le silence, et laisser l’intéressé s’y immiscer, seul. C’est d’ailleurs ce qu’il propose dans l’exposition de la Fondation Cartier-Bresson. Un jeu de pistes au Soudan, ce pays dont on ne parle que par ses drames humanitaires, et qu’on découvre d’une merveilleuse façon, au travers de vingt années de voyages. Cet itinéraire nous est porté sur un plateau, à chacun ensuite de pousser les choses plus loin, de s’intéresser réellement à tel homme, telle bâtisse, telle plaine. C’est l’intention. Ses photographies sont des encouragements.

Comme les vers de poésie, les photographies de Claude Iverné aiment être lues plusieurs fois avant de se laisser apprivoiser. En majorité faites de noirs et de blancs, d’une teinte étrange, grisâtre, presque filtrées, elles rappellent des images d’un autre temps, du XIXe siècle par exemple, durant lequel d’autres aventuriers ont emprunté les mêmes pistes soudanaises. « Les photos de Claude Iverné », dit Quentin Bajac, « m’évoquent celles de ceux qui, à cette époque, ont remonté le Nil jusqu’aux premières et deuxièmes cataractes, si mes souvenirs sont bons : Francis Frith ou Maxime Du Camp. » Ensemble, ces images, d’abord belles au regard, fines et subtiles, proposent une traversée d’une Afrique représentée, en compagnie de ses peuples, de manière attentive, respectueuse et digne. Il y a des portraits d’hommes et de femmes, des vues de leurs habitations, de paysages qui les entourent, de montagnes, de déserts, de pyramides, des photos d’animaux, d’arbres, d’objets, d’éléments – la roche, le sable, le vent – de villes aussi. Une ode à la richesse et la diversité de cette terre.

L’homme s’intéresse à tout, l’animé comme l’effacé, il fait attention aux autres, mais sans compassion ni pathos. Il est ici question de distance, entre autres. « J’aime la lenteur », dit-il. « Je peux rester des temps infinis devant une vue, à relire une phrase, errer dans un tableau. D’aucun dit que la patience du peuple soudanais est infinie. J’y ai trouvé un espace propre à ma lenteur, ou du moins dans lequel j’ai pu sans le savoir retrouver une vraie vie, contempler, m’affranchir du productivisme destructeur de notre monde développé. Mon ami Hafez s’en prit un jour à mon humeur. Nous roulions à l’arrière d’un pick-up à 10 à l’heure, contexte idéal pour voir et avancer en même temps un peu comme à dos de dromadaire, mais plus confortable. Et s’arrêter parfois pour une vue. Il s’agissait de rallier pour la première fois les fouilles archéologiques de Sedeinga avant le coucher du soleil. Depuis des heures chaque nubien sur la piste nous indiquait la même distance et le même temps jusqu’à notre destination. “Aucun d’entre eux ne possède de montre, ne saurait lire un compteur d’automobile, ni n’a jamais vu une carte. Comment veux-tu qu’ils s’expriment avec tes habitudes et référents ?”, m’avait alors dit Hafez. »

Claude Iverné, c’est une autre idée de l’imagerie africaine, dénuée de stéréotypes et en contraste avec l’esthétique communément utilisée par les reporters de presse. Christophe Ayad, journaliste au Monde, écrit ainsi en 2012 : « Il y a plus qu’une différence, un abîme, entre photographier l’Afrique et photographier en Afrique. Ce n’est pas une question de syntaxe, mais de point de vue. Claude Iverné, par exemple, photographie en Afrique, c’est-à-dire à hauteur d’homme, d’égal à égal. Cela paraît simple, comme ligne de conduite, mais demande un effort permanent consistant à se défaire de ses préjugés et des clichés que l’on a dans la tête avant de les reproduire en noir et blanc ou en couleur. Le Darfour est un territoire que connaît bien Iverné, pour s’y être rendu avant que le conflit n’éclate officiellement. ”Il y avait déjà un état de guerre permanent”, raconte Iverné, ”des armes partout, mais personne n’en parlait. A la fin du printemps 2004, quand la région était enfin accessible à la presse internationale, l’essentiel des violences était passé, se souvient-il. Chez les humanitaires comme chez les journalistes, il y a eu une quasi-déception. Il n’y avait pas grand-chose à montrer : pas d’enfants décharnés, de combats.” Les reporters photographes, venus se mesurer avec Sebastião Salgado et ses icônes bibliques de la famine en Ethiopie en 1984, en ont été réduits à des exercices de style. Claude Iverné évoque une image du photographe de guerre réputé James Nachtwey montrant un vieil homme en gros plan avec une larme qui perle sur sa joue. “Quelle est l’information ?” » Chez Claude Iverné, le drame est présent, mais il est invisible à l’œil nu : c’est l’absence de structure de santé ou d’école, l’absence de propriété foncière, l’absence de récolte. « J’affectionne le libre arbitre. J’énonce plutôt que dénonce. Les photographies de guerre ont-elles jamais arrêté la guerre ? » C’est une violence sourde et muette. Comment la reconnaît-on ? Le portrait simple d’un vieil homme au milieu d’un champ qui ne ressemble plus à rien de bien fertile.

Le Soudan est pour lui une affaire intime. Elle est liée d’abord à son « deuxième père » – lui ayant peu connu le premier –, qui rêvait de faire la mythique piste des Quarante jours, dont le nom indique la durée qu’il fallait aux caravanes d’esclaves et de marchandises venues de l’Afrique profonde pour rallier l’Egypte depuis les Etats du Darfour et du Kordofan (ouest et centre du Soudan à la jonction de l’Afrique saharienne et de l’Afrique noire). « Je garde un souvenir exact de ma première démarche à Zamālek au Caire », se souvient-il. « J’étais venu à la nonciature apostolique en 1997 consulter des originaux relatifs à l’expédition du missionnaire Daniel Comboni. Il s’agissait de remonter la piste des Quarante, dont les dromadaires achetés au Darfour échouaient à Assiout puis au Caire, sur les marchés aux bestiaux et bouchers Egyptiens. A cette époque, les caravanes rejoignaient le Nil à Daraw en haute Egypte. J’y ai séjourné quelques semaines en 1998, pour comprendre. Des Soudanais m’ont invité chez eux. Siddik m’a dit : “J’embarquerai de Khartoum le 4 février pour Fasher, afin d’y constituer un troupeau et l’envoyer sur la piste des quarante…“ Je l’ai cru. Le 4 février 1999, je l’ai trouvé dans la salle d’embarquement à peine étonné de me voir. Nous avons attendu toute la journée ensemble que l’avion arrive. »

En vadrouille, le Français se compare à un animal de compagnie, un chameau androgyne dans un troupeau de dromadaires. Un renard qui a demandé à être apprivoisé et qui pleure aux adieux du Petit Prince. Il évoque notamment son ami Hafez, « une énigme ». Analphabète, il est son traducteur depuis le début, et comme lui, un intuitif. Celui-ci démontre la vérité de l’enseignement universel. « Lorsque je ne parviens pas à échanger directement », explique Iverné, « dans des dialectes ou même en arabe soudanais, il trouve instinctivement les mots arabes simples et les images adaptées aux niveaux de langages respectifs de chacun. En 2004, Médecins sans Frontières m’embarque chez les nomades pour aider à les comprendre lors d’une mission vaccination. Le convoi passe pile devant le campement d’Hafez, alors qu’il y selle deux chevaux. “J’ai entendu dire que tu étais dans la région, alors j’allais te chercher !”, me lance-t-il alors. »

En 2015, la Fondation Cartier-Bresson lui attribue le prix éponyme pour son projet, encore à développer. Consécration. Selon Quentin Bajac, membre du jury, « Claude Iverné se replace dans ce mouvement qui, depuis les années 1970, s’interroge sur une autre manière de dire le monde contemporain et une certaine actualité ». Il est sensé retourner au Soudan poursuivre son exploration. Mais le Soudan n’est pas une terre sans danger. Au sud, selon l’intéressé, on passe du rêve au cauchemar sans prévenir. Et comme Cartier-Bresson, on tire avant de saluer. Au sud se sont concentrés beaucoup de maux historiques. S’y rajoutent désormais ceux du XXIe siècle : ses amalgames, le terrorisme de l’argent roi. Alors qu’il doit y retourner dans le cadre du prix à l’automne 2016, Claude Iverné renonce, au nom, notamment, de sa fille Camille, bientôt 10 ans. En novembre, au détour du boulevard de Strasbourg à Paris, à deux pas de son domicile, il confie : « Aucun laurier ne vaut la chandelle. Brassens chantait : “Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente”. Lorsque j’ai annoncé à ma fille, la veille du départ, que l’avion pour Juba décollerait sans moi, elle s’est approché yeux fermés et sans mots et m’a étreint fort dans ses bras. »

Qu’importe, le travail déjà effectué est colossal. Il le complète par un certain nombre de rencontres avec des Soudanais en Europe, réfugiés notamment. Ils sont dans le catalogue associé de l’exposition, publié par Xavier Barral, tous deux intitulés Bilad es sudan (« le pays des noirs »), avec toutes les autres images. Avant cet ouvrage, Claude Iverné a publié trois volumes intitulés SudanPhotoGraphs, sortes d’objets souples incompréhensibles au premier abord et très complets au second. Des cahiers à la maquette aléatoire, remplis de photographies, de cartes, d’écrits personnels, d’anecdotes recueillis, tels de grands carnets de route. Tout y converge vers la nécessité d’arrêter le regard et d’interroger.

Claude Iverné a beau être poète, littéraire et un peu bohème, il y a dans ce travail au long cours sur le Soudan une importante dimension d’archive, à la fois historique et actuelle. Presque une manière d’inventorier les hommes et les choses de ce pays, que l’on peut apercevoir dans ces mosaïques de portraits de Soudanaises et Soudanais qui font penser à un trombinoscope scolaire. Un côté bien plus pragmatique qu’il ne veuille bien l’admettre, et qui rappelle un autre illustre photographe. « On peut parler de justesse chez Claude Iverné », explique Quentin Bajac. « Lorsqu’on dit que ses images nécessitent beaucoup d’attention, je pense à de grands photographes. Ce sont des références un peu écrasantes pour Claude Iverné, mais on peut en exemple citer August Sander. Nombre d’images du photographe allemand sont des icônes, mais ce sont en même temps des images difficiles à comprendre : elles nécessitent une assez bonne compréhension de l’Allemagne de l’époque pour totalement se laisser apprécier, car elles agissent souvent sur des détails ou font référence à des stéréotypes de l’époque. On retrouve dans les photographies de Claude Iverné cette sorte de justesse, d’attention au détail qui, selon son degré de connaissance du lieu ou de l’histoire, va se laisser appréhender avec plus ou moins de finesse. À la manière de Sander, Claude Iverné incite le spectateur à une certaine connaissance pour enrichir sa lecture. »

Le décalage de son style, le sujet, la correspondance à aucun cadre, font de Claude Iverné une sorte de trublion de la photographie actuelle. On ose le mot politique. Lui nuance. « Politique signifie pour moi réfléchir, désobéir dans le sens de proposer une alternative à l’abrutissement, au formatage. J’entends trop souvent qu’il faut s’adapter au public, le prendre par la main, lui expliquer… Comme si le public était constitué d’une masse informe dénuée de ressources vives. Je persiste à penser que l’art peut ériger un rempart au marché, même si bien des artistes s’y dissolvent. »

Il revendique ainsi l’autonomie intellectuelle, « une lutte, un effort permanent contre l’abrutissement ». Un jour, alors qu’il est enfant et rentre de l’école avec sa mère, elle lui glisse : « Que tu penses différemment de tous, même très nombreux, ne signifie pas que tu aies tort. » Elle ajoute après un silence suffisant : « … cela ne signifie pas non plus que tu aies raison. » Aujourd’hui, ce sont plus les livres du philosophe Jacques Rancière qui occupent son temps perdu, et l’ennui indispensable à chaque réflexion. Surtout Le maître ignorant, livre qui, en ravivant la mémoire d’un personnage singulier de l’histoire de l’éducation – Joseph Jacotot –, pose la question politique fondamentale de l’égalité. Dans les influences, il y a aussi l’introduction de T.E. Lawrence dans The Seven Pillars Of Wisdom, Le petit Prince, le film Mon voisin Totoro de Miyazaki, les correspondances et entretiens de Walker Evans, Rimbaud, le journal d’Eugène Delacroix, les critiques de Baudelaire, les écrits de Giacometti, et ceux sur l’art de Matisse. D’autres passions ? Quelques accumulations d’objets ramassés au sol, de déchets écrasés sur toutes les routes et pistes de la planète, une collecte de feuilles mortes délicatement conservées depuis dix ans, des fossiles, et une collection de graines d’arbres plantées ci et là en cachette.

Aussi étrange que cela peut paraître, avant de devenir explorateur d’Afrique, Claude Iverné a été photographe de mode, portraitiste, photographe commercial. Des images plutôt dans un ton sobre et proche des soudanaises, mais peut-être plus esthétisantes et agrémentées de l’indispensable beauté féminine. De ce temps, il se rappelle quelques histoires mémorables, notamment depuis New York et en compagnie d’Alexander Liberman, directeur artistique de Vogue. « Un jour, j’avais griffonné un petit mot à l’attention d’Alexander Liberman après avoir lu une interview édifiante où le maitre de Condé Nast y affirmait l’insuffisance du talent pour émerger. Il sortit d’une limousine et pénétra majestueusement dans une galerie de l’Upper East Side où se tenait une exposition de ses peintures, entourée de deux magnifiques femmes d’une remarquable élégance. J’entravais le cortège, une minuscule enveloppe tendue vers lui. Je le rencontrai dès le lendemain, mais plus tard, à cause d’une commande des 3 Suisses que je devais honorer et pour laquelle je dus rentrer en France, nous perdîmes contact. »

Voici donc venu le temps de la reconnaissance pour le Bourguignon Claude Iverné, 54 ans, avec une exposition, un livre et les honneurs qui vont avec. Un proche évoque la dépression qui vient à la suite de tels évènements. Il répond que les projets ne manquent pas. « Moi qui n’ai jamais possédé de télé, je suis tombé sur un extrait du Seigneur des anneaux, au moment où le petit aux grandes oreilles pointues répond au héros : “Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti…” Je sais qu’au fond de là où j’ambitionne de me retirer, je crains manquer de temps pour m’ennuyer. » Il y a donc en prévision deux livres, un sur Rashid Mahdi, photographe, écrivain, et cinéaste soudanais, et l’une de ses plus belles rencontres ; un second sur l’histoire unique de la photographie au Soudan, un herbier photographique, et fonder une école libre où chacun apprend ce qu’il veut. Avant cela, il y a une expérience complète, à la Fondation Cartier-Bresson, faite d’images, de textes et de sons. Elle est à parcourir comme le maître des lieux le souhaiterait : avec le museau allongé.

Jonas Cuénin

 

100 MAGOU SAMB et MATEO 05 06 17

Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 11 h 40 min

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MAGOU SAMB

 

magou samb

 

Dans son nouvel album Dom Adama, dédié à la cause écologiste et humaniste, le Sénégalais Magou Samb aborde divers thèmes liés à l’effet négatif de l’homme sur l’environnement, tels que la pollution et le réchauffement climatique, comme dans « Dom Adama » (« le pollueur », et littéralement « fils d’Adam » ou « l’homme », « l’être humain » en wolof) ou « Guygui » (le baobab rebelle). Il y parle aussi de la force de l’amour, de la justice, de la paix dans le monde, et rend hommage aux femmes.

Delafosse

Artiste musicisien pro, chant et guitare, hip hop awards Senegal « audience baykat», nomination prix Charles cros 2006,Album

1992 – 1996

Magou est né au Sénégal, à Ngor, un village de pêcheurs situé à la pointe ouest de Dakar, à la pointe ouest de l’Afrique. C’est ici que vit le « Ndeup », rythme traditionnel « Lébou » où se mêlent chants, danses et percussions et dont la pratique peut aller jusqu’à la transe mystique. Magou a créé son propre répertoire et s’est produit sur scène avec son groupe Le Dakar Transit durant plus de dix ans.
Très vite repéré par le label Network (Oumou Sangare, Desert Blues…) Magou est parti enregistrer en Allemagne son premier album « Africa Yewul » (Afrique, réveille-toi), sorti chez Harmonia Mundi en 2006. Ce premier opus a été salué par la critique et récompensé par l’Académie Charles Cros.

Activités et associations : musicotherapie

 

C’est un retour aux sources, un mélange de racines et de modernité. Alliant voix, guitares acoustiques et percussions, sur des univers très variés, Dom Adama est une invitation à un voyage dans l’émotion et la douceur au fin fond de

L’Afrique et à travers le monde…

Dom Adama est enregistré avec le groupe Dakar Transit composé de divers artistes rencontrés durant son séjour à Paris : des artistes talentueux et généreux, des coups de foudre musicaux et humains !

 

Un voyage sans visa ni frontière…

Yeremêl jamyi

Magou auteur,compositeur ,

Arrangements et real :Magou et Diogal

Paroles

Yeremêl jamyi c’est l’histoire d’un parisien toujours stressé, toujours dans le speed,qui ne salut jamais ses voisins,il est allé se recueillir dans le désert de retour à paris ,un oiseau lui dit si tu veux la paix commence d’abord à dire bonjour,il a commencé à saluer ,même dans le metro,un jour sa voisine à répondu ,une semaine aprés ils ont pris un café ensemble,aujourd’hui c’est leurs mariage !!

Originaire de l’île de Ngor, un village de pêcheurs lébous situé à la pointe ouest de Dakar au Sénégal, Magou grandit au son du « ndeup », rythme traditionnel des Lébous mêlant chants, danses et tambours sabars et dont la pratique peut aller jusqu’à la transe mystique. Sorte de musicothérapie ou cérémonie d’exorcisme ancestrale chez les Lébous, le « ndeup » a pour fonction de soulager la maladie (notamment mentale) mais aussi de reconnaître les esprits ancestraux…

Africa Yeweul

 

C’est dans cet univers sonore et musical et par la pratique des chants religieux que Magou forme sa voix rauque et puissante, et son jeu de guitare teinté de mbalax, de musique mandingue,afro-cubain, afro-jazz et reggae de blues et de folk. Auteur, compositeur et interprète, Magou crée son propre répertoire et se produit sur scène avec son groupe Dakar Transit pendant plus de dix ans. Très vite repéré par le label Network (Oumou Sangaré, Desert Blues…) Magou quitte le Sénégal et s’envole pour l’Allemagne où il enregistre Africa yewul (Afrique, réveille-toi), son premier album sorti chez Harmonia Mundi en 2006. Salué par la critique et récompensé par l’Académie Charles Cros, Africa Yewul évoque l’union africaine, les souffrances et l’espoir d’un peuple, mais aussi l’amour, la foi et la solidarité, nécessaires dans un monde où chacun ne vit que pour soi.

Magou puise sa musique dans la tradition mais aussi dans le jazz, la soul et la musique afro-cubaine. Il prouve et confirme au grand public qu’il est avant tout un homme de scène et un grand chanteur. On distingue sa voix entre mille et ses textes en wolof en français ou en anglais sont ancrés dans le vécu, dans l’émotion et dans le partage.

Network medien

www.facebook.com/magousambofficiel/

www.networkmedien.de/200-2-Africa-Yewul-Afrique-Senegal-CD.html

 

Bio1: Nouvel Album MAGOU SAMB

 

Dans son nouvel album {Dom Adama}, dédié à la cause écologiste et humaniste, le Sénégalais Maguette Samb aka Magou aborde divers thèmes relatifs à l’effet négatif de l’homme sur l’environnement, tels que la pollution et le réchauffement climatique, comme dans « Dom Adama » (« le pollueur », et littéralement « fils d’Adam » ou « l’homme », « l’être humain » en wolof) ou « Guygui » (le baobab rebelle). Il y parle aussi de la force de l’amour, de la justice, de la paix dans le monde, et rend hommage aux Femmes.

 

{Dom Adama} est comme un conte parlant de l’homme moderne face à la surconsommation et le stress dans les grandes villes : « Un Parisien qui part dans le désert, les pieds nus, sans trouver de réponse ! De retour à Paris, un oiseau lui dit : « Tu veux la paix ? Sois en paix avec toi-même, commence à dire bonjour à tes voisins et respecte ton environnement !!! «  »

 

C’est un retour aux sources, un mélange de racines et de modernité… responsable. Alliant voix, guitares acoustiques et percussions, sur des univers très variés, {Dom Adama} est une invitation à un voyage dans l’émotion et la douceur au fin fond de l’Afrique et à travers le monde, brisant ainsi les frontières…

 

Le 2ème titre de l’album, « Soma Bëgué » (si tu m’aimes en wolof), est un mélange harmonieux de rythmes mbalax du Sénégal avec du flamenco espagnol, un métissage musical et un pont culturel entre le Sénégal et l’Espagne, entre l’Afrique et l’Europe. Quant à « Dom Adama », c’est un duo (voix, guitare, accordéon), un clin d’oeil à la France !

 

Dom Adama est enregistré avec le groupe Dakar Transe composé de divers artistes rencontrés durant son séjour à Paris (France) : des artistes talentueux et généreux, des coups de foudre musicaux et humains ! Un voyage sans visa ni frontière…

 

 

Biographie

Matéo SIXSTRINGS, auteur compositeur et interprète, se distingue par la chaleur de la voix et l’originalité de son univers.

 

mateo

 

Dans la tradition des conteurs, il met en musique de véritables histoires, qui nous racontent toutes et tous.

Les chansons, teintées d’amour, de tendresse, et d’humour, invitent au partage.

Il emmène le public vers des contrées où le coeur trouve ses raisons, où l’impossible devient possible.

La poésie y fait l’amour au rock, au blues, au reggae et le «groove » y trouve son compte.

 

 

A l’origine de plusieurs formations, collaborant avec d’autres artistes, toujours prêt pour une nouvelle aventure musicale, il n’a eu de cesse de proposer du neuf, porté par une énergie fraternelle.

 

Conscient que le domaine musical a été exploré maintes et maintes fois, il apporte à ses découvertes, la lucidité de son regard et la délicatesse de sa plume. A la suite d’un premier CD auto produit, sorti en 2009, intitulé « Cargo Tango », dont le titre est celui d’une chanson de l’album, il travaille actuellement sur un nouveau CD, dont la sortie est prévue pour la fin de cette année (2012).

 

Plus d’une centaine de concerts à son actif font de Matéo SIXSTRINGS un artiste confirmé.

9 novembre 2020

99 CSPB 30 05 2017

Classé sous CSPB — SQUALE @ 11 h 30 min

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L’Emission mensuelle du Comité le dernier mardi du mois pour un tour d’horizon de l’actu en Euskal Herria. Avec dans le studio des membres du Comité.

Retrouvez toute l’info sur le blog du CSPB

http://cspb.unblog.fr

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98 LE CRIC Mantes la Ville 23 05 2017

Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 11 h 24 min

Logo ça booste MARDI

 

 

ça booste recevait Romain du CRIC Collectif de Réflexions et d’Initiatives Citoyennes

Ça booste sous les pavés, Mantes-la-Ville 3 ans après

 

Mardi dernier Squale recevait Romain Carbonne dans son émission « Ça booste sous les pavés » pour discuter du CRIC, de Mantes-la-Ville, du FN et de politique.

Vous pouvez écouter l’émission sur le site de Radio libertaire (FM 89.4).

 

RAPPEL DES FAITS QUI ONT VU UNE VILLE OUVRIERE ET TRADITIONNELLEMENT A GAUCHE BASCULE DANS LA FANGE FN. Soixante ans que la gauche était au pouvoir à Mantes-la-Ville. La SFIO (Section française de l’internationale ouvrière), puis le Parti socialiste, puis le Parti communiste français, puis de nouveau le PS. Et il y a eu mars 2014. Un « cataclysme », selon les personnalités politiques locales. « Même si le contexte du Parti socialiste au niveau national n’était pas bon, on n’aurait jamais imaginé que le Front national pouvait passer à Mantes-la-Ville », analyse Annette Peulvast, ancienne maire PS, entre 1995 et 2008.

Et le contexte des socialistes au niveau local ? Pas très glorieux, aux dires des habitants… Pas une personne rencontrée lors du reportage diffusé ci-dessus qui ne mentionne la guerre que se sont livrée les deux candidates PS aux dernières élections municipales : Annette Peulvast contre Monique Brochot, maire PS de 2008 à 2014. « Des diffamations, des insultes, des messages anonymes, une vraie campagne d’humiliation venant des deux cotés », affirme une habitante, rencontrée lors d’une réunion d’un collectif de réflexion citoyenne. « On est tous responsables » de la division de la gauche et de la victoire du Front national, avoue Monique Brochot, avec maintenant huit mois de recul.

Mais elle est bien la seule à faire son mea culpa. « Si je ne m’étais pas portée candidate, mes électeurs auraient voté Front national », persiste Annette Peulvast. Du côté d’Éric Visintainer, candidat de droite, la gauche est entièrement responsable de cet exploit frontiste. Et, pour Fabrice Andreella, autre candidat de la droite, « aucun accord n’était possible au second tour pour se rassembler contre Cyril Nauth ». À la veille du second round électoral, l’impasse était totale. Les électeurs de gauche étaient déboussolés par deux listes concurrentes et les électeurs de droite se retrouvaient sans consigne de vote. Le lendemain, Cyril Nauth remportait la bataille avec à peine 30,26 % des voix.

Consultez notre dossier : Mantes-la-Ville : portrait d’une ville FN

Les projets concrets du nouveau maire FN de Mantes-la-Ville se comptent sur les doigts d’une main. Baisse des subventions pour les associations, nettoyage des tags, annulation des baptêmes républicains, disparition du drapeau européen sur le fronton de la mairie, et gel d’un projet de salle de prière pour la communauté musulmane.

« Le nouveau maire ? Mais il ne fait rien du tout, il attend », affirme un habitant, rencontré sur la place du marché, un dimanche matin. Et il attend quoi ? Depuis mars dernier, Cyril Nauth attendait le rendu d’une décision de justice. Juste après les élections municipales de mars dernier, l’opposition socialiste avait fait un recours en annulation de l’élection. Peine perdue, le recours a été rejeté le 28 octobre dernier. Cyril Nauth est bien le nouveau maire de Mantes-la-Ville.

Le maire compte-t-il désormais accélérer les chantiers ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, beaucoup d’habitants de cette petite commune située dans les Yvelines, presque juxtaposée à sa voisine plus médiatique, Mantes-la-Jolie, sont très impatients de le voir agir. « Laissons-lui sa chance, l’étiquette ne veut rien dire », lâche une dame, sac de courses à la main. « Le FN à Mantes-la-Ville ? Ça ne me choque pas, avoue un jeune, écouteurs dans les oreilles. Ça fait du changement. À eux maintenant de gérer. S’ils gèrent bien, tout va bien. Mais s’ils gèrent mal, ça deviendra plus compliqué »… Après plus de 60 ans de règne de la gauche à la mairie, les habitants de Mantes-la-Ville veulent surtout que « ça bouge ».

Dominé par Emmanuel Macron, le Front national s’en tire finalement plutôt bien à Mantes-la-Ville, seule commune d’Ile-de-France qu’il dirige. Avec 2 289 voix (soit 38 % des suffrages exprimés), il bat même son « record » des municipales de 2014 où il en avait récolté 2 027. Une progression de presque 10 % qui démontre « qu’on continue à convaincre plus de monde », se félicite le maire, Cyril Nauth.

 

Quelques minutes avant les résultats, son premier adjoint Laurent Morin avait fait de ces fameuses 2 027 voix un objectif à dépasser. « C’est un bon résultat, de nouveaux électeurs ont voté FN pour la première fois à Mantes-la-Ville », veut-il retenir à l’issue de leur proclamation.

 

Une analyse à nuancer toutefois : au 1er tour, le parti est resté dans la moyenne locale avec près de 1 800 suffrages recueillis. « S’il y avait une vraie satisfaction à la gestion Bleue Marine, on l’aurait vu avant », tranche Eric Visintainer, conseiller municipal LR.

 

Dans la couronne bleue qui entoure désormais Mantes-la-Ville, le Front confirme son ancrage. Il arrive en tête à Flacourt, un village où il réalise régulièrement de gros scores, frôle l’égalité à Follainville-Dennemont et réalise une percée spectaculaire à Bonnières-sur-Seine avec presque 45 % des voix. En revanche, il échoue lamentablement à Mantes-la-Jolie avec moins de 20 %. Des chiffres scrutés à la loupe chez les Républicains de la huitième circonscription qui ont fait du FN leur adversaire le plus sérieux aux législatives des 11 et 18 juin.

8 novembre 2020

CSPB 27 10 2020

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 37 min

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ÉGALEMENT SUR LE BLOG DU COMITÉ

 

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Actu’s d’Euskal Herria, le rapport d’Etxerat sur les prisonniers, chronique de Béa d’Askapena sur le covid dans les prisons en Hegoalde, chronique de Maité sur Josu Urrutikoetxea, les artisans de la paix et conférence d’Aiete, ITW de militants Kanaks sur le référendum et la mine de nickel qui risque de fermé avec les conséquences sur l’économie. Chronique de Squale sur la marche des solidarités et le CRA, historique de la conférence d’Aiete en 2011, le journal GARA et sa dette astronomique imposé par l’audiença nationale, l’avenir de l’euskara (langue Basque) et les classes immersives. 

Pour la partie musique : Aurrera Altsasu, Gatibu- Bixotza Suten, Txiki Bang-Bang, Gora Euskadi ETA Askatasuna [Rap&HipHop],  Loretxoa – Exkixu, siroka-bihotzetatik-zintzilik, Voces Clandestinas Feat  Lirika Podrida – Libertarios- Rap Anarquista. Rap KANAKY

   

 

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Une grosse centaine de militants s’est symboliquement unie ce samedi matin devant le centre de rétention administrative. La suite est prévue à 16 heures à Bayonne

La déclinaison basque de la grande Marche des solidarités prévue partout en France ce samedi 17 octobre a été lancée à 11 heures devant le Centre de rétention administrative d’Hendaye (CRA). Bien à l’heure, mais un peu perdu dans les rues d’Hendaye, un groupe de militants venu des Landes espérait bien ne plus jamais avoir à revenir ici. « Courage, c’est peut-être la dernière fois qu’on vient à Hendaye », se motivait-on en pressant le pas, le moral un peu plombé par les événements de la veille et la peur des amalgames qu’ils feront naître.

Repérés par les vigies placées sur les toits de « la prison » hendayaise, les cinq landais de l’association Une École, un toit, des papiers s’unissaient finalement à la centaine de militants alignés derrière les banderoles juste au moment du discours de la présidente de la Cimade Pays basque. « Ça pour marcher on aura marché. Mais on est venu pour ça, et on marchera également cet après-midi à Bayonne. De toute façon moi je continuerai de marcher tant que ma santé me le permettra », s’en satisfaisait Jeanine, « 82 ans et demi ».

Contre les centres de rétention et d’accueil

Au micro, une énième dénonciation de « l’échec d’une approche répressive et sécuritaire au service de l’endiguement et des expulsions et au détriment d’une politique d’accueil qui s’attacherait à garantir et protéger dignité et droits fondamentaux des personnes ». Postée devant un centre hendayais que tous espèrent voir fermer, la représentante de la Cimade dénonce plus largement l’avènement d’« un nouveau pacte européen qui prévoit la création de nouveaux camps, dénommés, centres d’accueil, conjuguée à une nouvelle procédure accélérée aux frontières ».

 

« La Cimade appelle à changement radical des politiques migratoires, pour une Europe qui mette en pratique l’hospitalité et encourage les solidarités sur le fondement de la dignité des droits humain », énonce-t-elle en formulant le vœu « que l’on assure la protection des personnes en exil, et non leur criminalisation, leur précarisation et leur exclusion ».

« Il est urgent que l’État français arrête de nier ses valeurs historiques que sont l’accueil et les solidarités, et il est urgent qu’il comprenne qu’il n’est plus possible de laisser aux réseaux de citoyens la seule responsabilité de prendre en charge les exilés et les réfugiés », annotaient les Landais, en demandant « la régularisation pour tous ».

La suite à partir de 16 heures, depuis l’esplanade Roland Barthes de Bayonne.

 

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19 décembre action de désobéissance civile.

Pour ce qui est des premières mobilisations retenues, les Artisans de la Paix appellent à une action de désobéissance civile pour les prisonniers basques le samedi 19 décembre, à l’occasion du 4ème anniversaire de l’opération de Louhossoa. Cette action sera massive et déterminée, tout en s’inscrivant dans la philosophie pacifique, respectueuse des personnes et plurielle qui anime la démarche des artisans de la paix depuis ses débuts. Nous aurons besoin de centaines de volontaires, prêts à participer à une telle action forte, désobéissante, et prêts à y consacrer leur journée entière, voire d’avantage si nécessaire. Une seconde mobilisation est prévue le 9 janvier 2021.

 

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Appel international en soutien au “négociateur” Josu Urrutikoetxea

L’ancien ministre de l’Intérieur Pierre Joxe, le leader historique du Sinn Féin Gerry Adams, le révérend clé du processus irlandais Harold Good, le professeur Noam Chomsky, l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira et de nombreuses autres personnalités et élus ont signé une déclaration exhortant Paris à garantir la protection de Josu Urrutikoetxea. Ils estiment que les procédures ouvertes à son encontre mettent en danger tous les processus de paix en cours et à venir.

 

A trois jours de l’audience devant réexaminer la condamnation prononcée en 2010 à l’encontre de Josu Urrutikoetxea à la cour d’appel de Paris – audience qui va être finalement reportée-, 225 personnalités internationales ont interpelé publiquement l’Etat français en son soutien vendredi 16 octobre. Le texte publié dans plusieurs médias parisiens porte la signature d’acteurs majeurs dans des conflits, notamment des Irlandais (Gerry Adams, Harold Good), des partenaires du processus basque (Brian Currin, Pierre Joxe, Alberto Spektorowski, Raymond Kendall…) et des élus siégeant dans différentes instances à Paris, Madrid ou Bruxelles, des universitaires ainsi que des noms de référence comme Noam Chomsky.

Déjà en avril, alors que le militant basque à la santé fragile se trouvait en prison en pleine crise sanitaire, un texte d’une ampleur internationale recueillait près de 130 soutiens pour demander sa libération. Cette fois, les signataires rappellent le rôle qu’il a eu dans les différentes phases de négociations entre ETA et les Etats espagnol et français et demandent que lui soit accordée la protection.

Les procédures dont Urrutikoetxea fait l’objet « couvrent les périodes de 2005 à 2007 et de 2011 à 2013, périodes durant lesquelles, très précisément, Josu Urrutikoetxea est à Genève puis à Oslo pour négocier avec l’Etat espagnol – et à la demande expresse de ce dernier –, écrivent-ils, avec le soutien technique du gouvernement français et le protectorat diplomatique des Etats suisse et norvégien, pays hôtes ». Ils affirment que « pour ces raisons, la situation actuelle de Josu Urrutikoetxea est simplement inacceptable. Continuer à faire de cet homme un prévenu, pire, un accusé, c’est pénaliser un artisan de la paix en cherchant à l’enfermer dans un passé historique marqué par d’intenses antagonismes ».

« Sans oublier bien évidemment les souffrances, les tragédies et les malheurs causés, de part et d’autre », ils déclarent que « en criminalisant cet homme qui a su, dès les années 80, envisager un horizon pacifié et, par la suite, négocier la paix – y compris au sein de son propre camp –, la France criminalise en effet implicitement tous les négociateurs et in fine remet en cause l’ensemble des processus de paix en cours et à venir ». Le militant basque a déjà souligné dans une interview parue jeudi dans Marianne que cette persécution viole « toutes les normes diplomatiques » concernant la résolution des conflits.

« Les faucons reviennent »

La déclaration internationale relève par ailleurs que son cas n’est pas isolé à travers le monde, évoquant la poursuite en Inde du négociateur Yasin Malik dans le conflit au Cachemire, les actions de la Colombie contre les protocoles de sécurité établis avec les Farc et l’ELN ou « le processus de paix au Kurdistan balayé d’un revers de main par le gouvernement autocratique de la Turquie, les faucons semblent à nouveau jouer contre la volonté des peuples à vivre en paix », estime-t-elle.

Les signataires apportent enfin « [leur] indéfectible soutien à toutes celles et ceux qui érigent le dialogue comme moyen de résoudre les conflits et œuvrent avec patience et détermination pour la paix » et rappellent aux États « leur devoir impérieux d’offrir des garanties juridiques pérennes à celles et ceux qui s’engagent sur la voie difficile du dialogue pour la paix ». Ils demandent à l’Etat français que « cet impératif se traduise en acte ».

Bien que le dossier concernant la condamnation de 2010 ne sera pas examiné ce lundi 19 octobre, les magistrats de la cour d’appel de Paris se pencheront à nouveau sur sa libération sous contrôle judiciaire. Depuis le mois de juillet, cet homme de 69 ans a quitté la prison de la Santé sous surveillance électronique.

 

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Le journal Gara a atteint son objectif

Grâce à la campagne “Souscris au futur”, Gara a trouvé les 10 000 abonnés nécessaires pour faire face à la dette du journal Egin contractée auprès de la Sécurité Sociale que la Justice espagnole lui a transférée. Un montant de plus de 3 millions d’euros. Le quotidien doit encore payer un million d’euros avant le printemps 2021.

Le logo du journal Gara a retrouvé sa couleur rouge ce jeudi 22 octobre. Un logo qui était passé à la couleur noire le temps que le quotidien rassemble les moyens nécessaires pour faire face à la dette héritée du journal Egin, par décision de la justice espagnole en 2003. La campagne « Souscris au futur » qui a démarré il y a neuf mois a été atteint son objectif : 10 000 abonnés au journal. Une belle réussite qu’a soulignée la direction du journal, lors de ses remerciements.

La Justice espagnole a fait porter à Gara la dette qu’Egin avait contractée auprès de la Sécurité Sociale. Une dette ascendante à 3 millions d’euros. Au départ, elle était de 4,7 millions d’euros. Finalement, un accord a été trouvé et le journal a dû débourser 500 000 euros par semestre. Deux paiements restent à effectuer, le premier ce 26 octobre et le dernier au printemps 2021.

Le fait d’obtenir les moyens nécessaires pour faire face à cette dette symbolise une réussite collective en faveur de la liberté et l’indépendance de la presse. Dans ce sens, le directeur du journal Gara, Iñaki Soto, et le responsable Marketing et Communication du journal, Asier Iñigo, ont utilisé le mot « victoire » lors d’une interview diffusée par Naiz Irratia ce jeudi 22 octobre. « Il s’agit d’un formidable effort collectif, a résumé Asier Iñigo, joyeux et fier. Nous sommes plus forts qu’il y a deux ans, notre communauté s’est agrandie et renforcée ».

Le directeur a souligné la valeur des médias Gara et Naiz, et n’a pas oublié les difficultés et inégalités rencontrées : « Alors que certains reçoivent des aides, nous avons dû payer trois millions d’euros. Publier tous les jours a été un grand exploit. Il n’y a pas beaucoup d’exemples de la sorte dans le monde. L’effort a été porté de génération en génération. C’est une bonne chose pour ce pays », a déclaré le directeur.

Des nouveautés à l’horizon

Une dette comme celle à laquelle le journal a dû faire face est encore plus indignante si l’on tient en compte le contexte de crise sanitaire. Une période durant laquelle les médias indépendants et portant un regard critique sur l’actualité sont plus nécessaires que jamais.

Gara regarde à présent vers l’avenir pour poursuivre ce travail laborieux en développant le projet. Comme l’ont expliqué les responsables, la campagne de souscriptions va également servir à franchir de nouveaux pas vers une transition digitale. Iñaki Soto a annoncé que prochainement, des nouveautés seront présentées : « Nous verrons ces fruits peu à peu ».

 

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L’Education nationale fait marche arrière sur l’immersion en basque

La classe immersive de l’école Basté-Quieta va rouvrir dans un délai « très rapide » et les autres projets d’expérimentation 100 % en langue basque seront acceptés. Une réflexion sera lancée en novembre pour poser un cadre et une méthodologie aux parcours bilingues de la maternelle au lycée.

 

Après des mois de mobilisations, la bataille a payé. A peine élu à la tête de l’Office public de la langue basque (OPLB) dont l’assemblée générale s’est tenue ce jeudi 15 octobre, Antton Curutcharry a pu dévoiler à la presse que l’affaire Basté-Quieta avait débouché sur une « issue heureuse ». Au cours de la réunion qui s’est déroulée mardi 13 octobre au ministère de l’Education nationale à Paris, une délégation d’élus basques avait haussé le ton et exigé une réponse pour ce jeudi.

Contre toute attente, la rectrice d’académie de Nouvelle-Aquitaine, Anne Bisagni-Faure a confirmé l’ouverture prochaine de la classe 100 % en langue basque de l’école publique de Saint-Pierre-d’Irube. « L’objectif est de poursuivre le développement de l’enseignement en langue basque » a-t-elle expliqué. « Nous souhaitons éviter d’être à nouveau confrontés à des difficultés » a-t-elle poursuivi, assurant que plus aucun projet d’expérimentation immersive dans le public ne serait refusé.

« L’expérimentation a été validée, les modalités restent à préciser » a ajouté Antton Curutcharry. Dès le mois de novembre, des discussions seront lancées pour préciser les « axes de travail » et la méthodologie « pour parvenir à créer des parcours d’enseignement bilingues cohérents et complets », a affirmé le sénateur Max Brisson. « Il va falloir coconstruire une méthodologie et sécuriser le système. Nous sommes prêts à travailler si c’est au profit de la production de locuteurs complets ».

Qu’est-ce qui a conduit le Gouvernement à revoir ainsi sa position ? Pour la conseillère départementale Bénédicte Luberriaga, la mobilisation citoyenne et des élus a été déterminante : « Je pense qu’ils [les représentants du ministère] ont compris que c’était un consensus social de tout le Pays Basque ». « On est allé assez loin, mardi… » avoue la sénatrice Frédérique Espagnac. « On a atteint un niveau de franchise que peut-être on n’avait jamais atteint auparavant. On a su rappeler plusieurs choses. Mais en sortant de ce rendez-vous, on était loin de penser qu’on aurait le résultat d’aujourd’hui ».

L’OPLB sauvé

« C’est une victoire et un espoir significatif pour le développement de la langue basque » s’est réjoui le président de l’OPLB. « Trois choses ont été sauvées. La classe immersive de Basté-Quieta et les projets d’expérimentation. Mais ce soir, on a aussi sauvé l’OPLB, cette grande machine qui travaille à cette politique publique linguistique ».

Le maire de Saint-Pierre-d’Irube, Alain Iriart, a déclaré que les élus feraient tout leur possible pour que la classe 100 % en langue basque de l’école Basté-Quieta ouvre dès la rentrée des vacances de la Toussaint qui démarrent ce vendredi.

 

 

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Suite à l’Assemblée des Artisans de la paix du 17 octobre.

Ce 17 octobre, à la date d’anniversaire de la Conférence International d’Aiete, 60 personnes dont des représentants d’organisations et des élus, se sont réunies en assemblée extraordinaire conviée par les Artisans de la Paix afin de déterminer ensemble, les nouvelles initiatives à construire au lendemain de la journée de mobilisation du 19 septembre.

Nous l’avons toujours dit et nous l’avons montré : la question des prisonniers est intimement liée à celle des victimes quelles qu’elles soient. Ce sont deux expressions cruelles d’une même histoire qu’il faut traduire en construction du vivre ensemble. Mais, aujourd’hui, il y a un obstacle qui entrave le chemin de la paix et la construction du vivre-ensemble: c’est le blocage sur le dossier des prisonniers. Après 10 années d’unilatéralité qui ont vu l’arrêt définitif de la lutte armée, le désarmement total et sans conditions, et la dissolution de l’ETA, il n’y a pas de la part des Etats, de réponses à la hauteur des enjeux. Il est temps que les pouvoirs publics entrent résolument dans la démarche. Ce sont les pas des uns et des autres qui permettront d’avancer.

Partant du constat que notre dynamique actuelle de mobilisation n’était pas suffisante pour être entendu à Paris, l’assemblée du 17 octobre a travaillé par ateliers sur la façon d’élargir notre champ d’interpellation avec de nouvelles initiatives diplomatiques, pédagogiques, et de nouvelles formes de mobilisations. Il a été décidé d’agir de façon plus forte, non seulement sur le territoire du Pays Basque, mais bien au-delà, car la question que nous voulons résoudre au Pays Basque est une question universelle ! Si les actions diplomatiques, pédagogiques et politiques doivent demeurer, il est paru évident que de nouvelles formes de mobilisations devaient être mises en place.

L’assemblée générale des Artisans de la Paix a décidé d’impulser un cycle de mobilisation, déterminée et permanente. Cette mobilisation montera crescendo dans les mois à venir, jusqu’à que le blocage politique et le traitement d’exception que subissent les prisonniers basques et qui empêche leurs libérations cèdent enfin.

 

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ETXERAT (22-10-2020). L’ex-prisonnier politique de Durango Asier Aginako Etxenagusia est mort aujourd’hui des suites d’une longue maladie. Etxerat envoie son plus chaleureux salut et son entière solidarité à sa famille et à ses ami.e.s.

Après avoir été opéré en janvier 2019 en lien avec la maladie dont il souffrait, Asier Aginako avait été libéré le 31 janvier de la même année. L’Audience Nationale avait accepté la demande de suspension de peine déposée par ses avocats en raison de son état de santé et de son droit à être traité et suivi dans les meilleures conditions possibles. Asier avait alors 43 ans, et était incarcéré depuis 15 ans.

Nous rappelons qu’en 2019, Oier Gomez et Joxe Angel Otxo de Eribe étaient également décédés après de longues maladies contractées en prison. La cruauté de la politique pénitentiaire d’exception apparaît plus crûment encore dans le cas de ceux qui sont atteints de maladies graves et incurables.

18 prisonniers figurent aujourd’hui sur la liste de ceux qui souffrent de telles maladies. Leur maintien en prison, et plus encore dans le contexte actuel de pandémie, conduit à l’aggravation de leur maladie et pousse leur situation à l’extrême. Il faut les libérer immédiatement.

Nous les voulons vivant.e.s et à la maison!

 

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Euskaraldia vient renforcer l’usage du basque

L’initiative aura lieu du 20 novembre au 14 décembre. Elle a été présentée ce mardi 20 octobre à Bayonne. Au total, 421 communes participeront à la campagne Euskaraldia, dont 66 du Labourd, de Basse-Navarre et de Soule.

IURRE BIDEGAIN|2020/10/24 17:45|0 IRUZKIN 

Le hall principal de la mairie de Bayonne a accueilli la présentation de l’initiative Euskaraldia ce mardi 20 octobre. Avant la campagne qui aura lieu du 20 novembre au 4 décembre pour accroître l’utilisation de la langue basque dans tout le pays, la télévision locale Kanaldude et le réseau de radios Arrosa Sarea ont enregistré une émission spéciale qui a rassemblé plusieurs acteurs du territoire.

 

La coordinatrice Arrate Illaro a pris la parole lors de la conférence de presse. Elle a été rejointe par Amets Lahetjuzan, membre d’Euskal Konfederazioa, Kike Amonarriz, président d’Euskaltzaleen Topagunea, Jean-René Etchegaray, président de l’Agglomération Pays Basque et maire de Bayonne, Antton Curutcharry, président de l’OPLB et Miren Dobaran, membre du Gouvernement basque.

Des centaines de communes

Tous les représentants ont souligné l’importance de la participation et de la mobilisation citoyenne pour le déroulé d’Euskaraldia. Ils ont fourni des éléments mettant en valeur le travail accompli jusqu’à ce jour. Il y a deux ans, 405 communes s’étaient inscrites. Cette année, elles sont déjà 421.

De plus, 6 737 entités ont organisé 25 000 espaces de pratique de l’euskara, dits « Arigune », dans 8 200 établissements situés sur l’ensemble du Pays Basque. En conséquence, les citoyens auront accès à de nombreux espaces où ils pourront parler le basque.

Antton Curutcharry, vice-président de la politique linguistique et de la culture au sein de l’Agglo, a expliqué que la CAPB proposera 30 espaces de pratique pendant l’Euskaraldia. Il a également salué les efforts des offices de tourisme, dont dix seront engagées dans cette initiative. Les 158 mairies du Pays Basque Nord encouragent également à participer à la dynamique, comme en témoignent les lettres qu’elles ont envoyées. L’Agglo organise également dix formations dédiées aux travailleurs et aux élus.

Deux rôles

« Nous sommes ici pour lancer un appel aux citoyens pour qu’ils participent à Euskaraldia », a déclaré Kike Amonarriz. Dans ce sens, il pense qu’il est indispensable de participer à la dynamique en s’inscrivant dans un des deux profils : Ahobizi (parole vivante) et Belarriprest (oreille aux aguets). Concernant les rôles, il a souligné que « ceux-ci n’ont rien à voir directement avec le niveau de connaissance, mais avec le comportement qui sera adopté ».

Ahobizi sera celui qui parlera basque avec tous ceux qui comprennent cette langue pendant ces 15 jours, celui qui dira le premier mot toujours en basque, et qui continuera à parler en basque avec ceux qui le comprennent. Pour être Belarriprest, il suffira de comprendre le basque et de montrer une volonté de parler basque aux autres.

« Nous devons utiliser le basque, car c’est le seul moyen de garantir son avenir. La transmission et l’utilisation sont indissociables », a déclaré Amets Lahetjuzan, membre d’Euskal Konfederazioa. Elle a rappelé que parler en basque avec n’importe qui n’est pas facile. Elle estime qu’Euskaraldia peut être l’outil parfait pour surmonter ces peurs et ces inquiétudes.

Jean-René Etchegaray s’est montré fier de pouvoir participer à l’initiative et d’accueillie la présentation de la dynamique à Bayonne. Il a rappelé qu’avec le gascon, le basque a été déclaré langue officielle, et que la CAPB développerait une politique linguistique ambitieuse.

L’inscription peut se faire sur le site Euskaraldia, aux points d’information qui seront mis en place dans les communes ou via l’application créée pour les mobiles.

 

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Cela fait 45 ans que Txiki et Otaegi ainsi que trois membres du FRAP ont été exécutés par le régime franquiste. Depuis, la gauche abertzale organise le 27 septembre la journée du combattant pour rendre hommage à ceux “qui ont donné leur vie pour la liberté du Pays Basque”. Cette année, elle organise une manifestation itinérante qui commencera à Saint-Jean-de-Luz et se terminera à Ciboure.

 

Juan Paredes « Txiki » et Angel Otaegi, ainsi que trois membres de l’organisation armée FRAP, ont été tués le 27 septembre 1975 par le régime franquiste. Depuis, la gauche abertzale organise chaque année le Gudari Eguna à cette date. Selon un communiqué, la journée est devenue « une journée pour rendre hommage à tous les combattants qui ont donné leur vie pour le Pays Basque ».

Le mouvement indépendantiste veut souligner le fait que des milliers de citoyens se sont joints à la lutte pour les droits du Pays Basque sans interruption ces dernières décennies, « avec des niveaux d’engagement différents ». Il estime que cette générosité a permis d’avancer : « Nous avons gardé le pays, notre langue et notre culture vivantes, et l’opportunité d’être libre et indépendant ».

 

Le travail des abertzale au premier plan

Cette année, le Gudari Eguna aura lieu dans un contexte particulier, grâce notamment aux résultats électoraux réalisés par les abertzale ces dernières années. Cela a été souligné : « Aujourd’hui, des milliers de personnes continuent à donner le meilleur d’eux dans divers domaines du militantisme ». La politique, le syndicalisme, la culture basque, le mouvement féministe, la jeunesse et les prisonniers politiques basques sont notamment mentionnés.

Sans renier que le mouvement abertzale a eu « des contradictions et des désaccords habituels », le communiqué souligne le travail et la disponibilité de tous, et se tourne vers l’avenir « afin d’accélérer et accumuler les forces plus que jamais pour continuer à donner le meilleur pour le Pays Basque ».

 

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Bars, restauration, boutiques et commodités habituellement proposés au sommet ne seront pas accessibles au public à compter de ce jeudi 22 octobre 2020

Randonneurs et vacanciers qui prévoyaient, ces prochains jours, de gravir la Rhune trouveront porte close dans les ventas du sommet à compter de ce jeudi 22 octobre 2020. Si le train continue à fonctionner jusqu’au 1er novembre inclus, avec des départs tous les trois quarts d’heure de 9 h 15 à 16 heures, le confinement en Navarre contraint les commerçants à abaisser leur rideau.

Moins de temps au sommet

Bars, restaurants, boutiques et commodités étant inaccessibles, les gestionnaires du train à crémaillères ont décidé de limiter le temps passé en haut du site à 45 minutes à partir de demain (jeudi).

Plus de renseignements et réservations sur le site Internet www.rhune.com.

 

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La Navarre ferme ses frontières

Hier, la président du gouvernement de Navarre, Maria Chivite, a annoncé que l’entrée et la sortie de la province autonome de Navarre seront restreintes pendant quinze jours à partir de minuit ce jeudi. Cette nouvelles mesure durera donc jusqu’au 4 novembre et doit répondre au vif regain de l’épidémie. En Navarre, les taux d’incidence avoisinaient hier les 900 cas pour 100 000 Habitants.

Parmi les autres mesures, les bars sont fermés et les commerces devront fermer à 21 heures. Les transports seront réduits de 50 % et les contacts familiaux sont limités. Certaines villes avaient déjà été confinées à nouveau. « Je suis conscient que les citoyens sont fatigués. Nous sommes confrontés à une expérience difficile, mais le virus est toujours virulent car nous n’avons pas d’outils. La mobilité et l’activité bénéficient au virus », a indiqué Maria Chivite.

Au sujet de cette mesure, Eric Spitz a confirmé qu’il y aura « des contrôles renforcés à la frontière, mais pas forcément dans cadre sanitaire, plutôt dans le cadre lutte contre le terrorisme à partir du 1er novembre ». Il semblait ignorer ce mardi matin la décision prise par Maria Chivite, indiquant qu’on pourrait se rendre dans les benta alors qu’il ne sera pas possible d’aller à Dantxarria ni à Luzaide en raison de la fermeture de la frontière. Les habitants du Pays Basque Nord ont la possibilité de se rendre en Navarre uniquement pour des motifs de travail, éducatif ou de santé, comme l’autorise la présidente de la province.

 

contre les prisons

 

Les détenus ont-ils une valeur marchande ? La privatisation du milieu carcéral dans de nombreux pays a enrichi une kyrielle de multinationales. Force de travail à moindre frais, consommateur enchaîné, la politique d’incarcération de masse a été soutenue par de puissants lobbys. De la prison ferme à l’immigration, en passant par la liberté conditionnelle, la privatisation s’attaque à l’ensemble du système correctionnel pour en tirer profit, au détriment de l’intérêt sociétal. Par Arthur Deveaux-Moncel et Florian Mattern.


Dans Surveiller et Punir, Michel Foucault date l’apparition du phénomène carcéral massif à la Révolution française, et plus précisément à la Constituante de 1791. « Entre le crime et le retour au droit et à la vertu, la prison constituera un espace entre deux mondes, un lieu pour les transformations individuelles qui restitueront à l’État les sujets qu’il avait perdus », écrit Jonas Hanway en 1775 dans The Defects of Police. Auparavant, la prison occupait une place résiduelle dans la hiérarchie des peines : l’ordonnance criminelle de 1670 limite son rôle aux lettres de cachet et à l’incarcération de mauvais débiteurs. Le changement faisant suite à la Révolution française est soudain et foudroyant, comme en témoigne le projet de Code criminel présenté à la Constituante par Le Peletier, qui proposait encore une diversité des châtiments : un « théâtre des peines ». En quelques années, la détention devient la forme essentielle du châtiment, transformation consacrée par le Code pénal de 1810. À cette époque, on assiste à une « colonisation de la pénalité par la prison » en Europe, écrit Foucault. Cette mutation touche en effet tant le Saint-Empire de Joseph II que la Russie de Catherine II, qu’elle dote d’un « nouveau code des lois ». À partir de la Restauration, 40 à 43 000 détenus peuplent les prisons françaises, soit un prisonnier pour 600 habitants.

Cette solution uniforme prête le flanc à de nombreuses critiques : « De manière que si j’ai trahi mon pays on m’enferme ; si j’ai tué mon père, on m’enferme ; tous les délits imaginables sont punis de la manière la plus uniforme. Il me semble voir un médecin qui pour tous les maux a le même remède », écrivait par exemple le parlementaire Charles Chabroud[1].

Les besoins issus de cette révolution pénale sont immenses et l’État s’en remet donc à des entreprises privées, « les renfermées ». En échange d’un prix de journée payé par l’État, l’entrepreneur pourvoit à tout : le système de « l’entreprise générale » est mis en place, bien que violemment critiqué. De Tocqueville à Jaillant, on s’émeut de l’insalubrité de lieux qui permettent à certains de s’enrichir : « Le détenu devient l’homme… ou plutôt la chose de l’entrepreneur… l’affaire de l’entrepreneur est de gagner de l’argent ; et le gouvernement, en traitant avec lui, a nécessairement soumis plus ou moins l’intérêt public à l’intérêt privé ». « Jusqu’à présent le service des maisons centrales a été organisé principalement du point de vue financier », dénonce Jaillant en 1873 à l’occasion d’une  commission d’enquête parlementaire. La Troisième République, et plus généralement la première moitié du XXe siècle, seront l’occasion d’une prise en main de la gestion des prisons par le pouvoir public.

La Troisième République, et la première moitié du XXe siècle seront l’occasion d’une prise en main de la gestion des prisons par le pouvoir public.

Néanmoins, cette dynamique s’inverse à partir de la seconde moitié du XXème siècle. Les systèmes carcéraux de nombreux pays subissent le déferlement de privatisations des années 1980, en premier lieu les États-Unis, victimes du durcissement des politiques pénales amorcé par Nixon dès 1969. Ce changement de ton de la politique américaine en matière de criminalité va faire exploser le nombre de prisonniers et mettre à mal les prisons gérées par les États et le gouvernement fédéral. Face à cette incessante War on Drugs des autorités américaines en pleine explosion néolibérale reaganienne, la solution privée s’impose : la cession de certaines prérogatives d’État en matière carcérale à des entreprises privées. S’établit alors rapidement une industrie carcérale privée dont la survie économique s’appuie sur le nombre de détenus pris en charge dans ses établissements. Ce sont au total 7 millions d’individus qui vivent sous le joug correctionnel dont plus de 2,3 millions de détenus et de prisonniers, et ce sur le seul territoire américain. Le modèle étasunien est un cas à part entière : les  États-Unis détiennent à eux-seuls ¼ de la population carcérale mondiale, alors qu’ils représentent moins d’1 % de la population globale.

DÉLÉGUER POUR ÉCONOMISER, LA STRATÉGIE DES ÉTATS

Le modèle carcéral privé est très différent en fonction du pays dans lequel il s’exerce. Environ 11 pays, essentiellement anglo-saxons, sont concernés par un certain niveau de privatisation, dans une proportion plus ou moins notable. On compte aussi parmi eux le Japon, l’Allemagne, la France, mais aussi le Chili, qui devient le premier pays d’Amérique du Sud à signer un contrat complet avec des compagnies pénitentiaires, ou encore le Pérou en 2010. Si le phénomène de privatisation carcérale affecte les États-Unis plus que tout autre pays dans le monde, celui-ci s’est bien propagé en particulier en Angleterre, en Écosse ou encore en Australie. En 2011, ces deux derniers détenaient respectivement 17 et 19 % de leurs prisonniers dans des établissements privés. En Australie, ce pourcentage est le résultat d’une augmentation de 95 % de la population carcérale privée entre 1998 et 2011[2].

Les partenariats public-privé fleurissent depuis 2008, date à laquelle Rachida Dati signe avec Bouygues un contrat concernant la construction, la gestion et l’entretien de trois nouvelles prisons.

La France n’est pas non plus épargnée par le mouvement de privatisations. Ainsi, les partenariats public-privé fleurissent en particulier depuis le 19 février 2008, date à laquelle Rachida Dati, alors ministre de la Justice, signe avec Bouygues un contrat concernant la construction, la gestion et l’entretien de trois nouvelles prisons. La chancellerie plaide pour une diminution des coûts, idée largement critiquée par la Cour des comptes dans un rapport paru en 2010 qui pointe du doigt d’une part les généreuses marges réalisées par les prestataires au détriment de l’intérêt des détenus, d’autre part un coût de la formation professionnelle des détenus inefficient (7,28€ en gestion publique, contre 17,23€ en gestion déléguée).

Aux États-Unis, la première prison privée est créée en 1984 au Texas. Aujourd’hui, un dixième des quelques 2,3 millions de prisonniers étasuniens le sont dans un établissement entièrement géré par le privé. Une moyenne fédérale qui cache d’importantes disparités puisqu’une vingtaine d’États interdit l’existence de prisons privées, tandis que le record est détenu par le Nouveau-Mexique, qui en compte 43,1 %. En échange de la construction et de la gestion des prisons, le gouvernement s’engage par des « clauses d’occupation » à ce que les lits soient occupés entre 80 et 100 %, sous peine de pénalités. GEO group et Core Civic (anciennement Corrections Corporation of America ou CCA) se partagent les 3,5 milliards de revenus annuels issus de ce marché.

Le gouvernement s’engage par des « clauses d’occupation » à ce que les lits soient occupés entre 80 et 100 %.

Au Royaume-Uni, le marché est tenu par deux grandes multinationales : d’un côté G4S, entreprise active dans 125 pays, employant 657 000 personnes et dont le chiffre d’affaires en 2014 culminait à 6,8 milliards de livres sterling. Toutefois, en 2018, le ministère de la Justice a repris la gestion de la prison de Birmingham à l’opérateur privé G4S, après qu’une inspection des services pénitentiaires ait révélé un état « épouvantable » de l’établissement qui accueille plus de 1 200 détenus. De l’autre côté se trouve Serco, surnommée « la plus grosse entreprise dont vous n’avez jamais entendu parler[3]« .

Le tableau général est esquissé : la prison est devenue un marché à conquérir dans de nombreux pays, bien que certains, en particulier l’Allemagne, aient décidé de faire marche arrière. De plus, cette privatisation s’accompagne de politiques d’exploitation, et prône une désastreuse politique d’incarcération de masse.

LES POLITIQUES DE PROFIT, LES STRATÉGIES DES ENTREPRISES

Le prisonnier, un travailleur exploité aux États-Unis

La notion de travail est intrinsèque à l’idée de rédemption du prisonnier. La prison Rasphuis à Amsterdam, ouverte en 1596 et destinée aux mendiants et jeunes malfaiteurs, rend le travail obligatoire contre un salaire. L’objectif de la prison étant la réinsertion, l’oisiveté, mère de tous les vices, doit être combattue, et il faut apprendre aux jeunes personnes de nouvelles compétences. Néanmoins, des failles juridiques ont permis de faire des prisonniers une main d’œuvre quasiment gratuite.

Aux  États-Unis, le 13e amendement de la Constitution adopté par le Congrès le 6 octobre 1865 abolit l’esclavage. Il laisse cependant un vide juridique dans lequel vont s’engouffrer les intérêts privés. Il dispose en effet : « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura été dûment condamné, n’existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction ». Cette subtilité juridique sert de base constitutionnelle à l’exploitation en milieu carcéral. Ainsi, le salaire moyen horaire en prison aux États-Unis est de 0,63$ par heure. Une moyenne qui cache de fortes disparités puisque dans les États du Texas, de Géorgie ou d’Alabama les prisonniers ne sont pas payés du tout, et sont même obligés de travailler sous menace de sanctions disciplinaires. L’esclavage ne se définit pas autrement.

Et pour quel travail ? La majorité des détenus sert à entretenir la prison, ce qui permet aux entreprises gestionnaires de diminuer leurs coûts puisque l’impact du facteur travail est négligeable. Toutefois, il ne s’agit pas toujours de travaux d’entretien. Ainsi, en Californie, 11,65 % des pompiers de l’État sont des prisonniers, travaillant pour un salaire de 3 à 4$ par jour[4]. Ironie du sort, ces aptitudes seront inutiles sur le marché du travail puisque la loi californienne interdit de recruter des pompiers ayant un casier judiciaire. Phénomène résiduel mais néanmoins révélateur, certains détenus, endettés, rejoignent l’industrie du spectacle, servant de distraction dans des corridas. En effet, environ 90 % des prisonniers aux États-Unis ne sont pas passés devant un juge[5], puisque tout le monde ne peut pas s’offrir un avocat et que le procureur enquête uniquement à charge ; ceux-ci ont donc fait l’objet d’un accord à l’amiable avec le procureur : pas de procès contre une demande de peine réduite.

Par ailleurs, de nombreuses entreprises privées les utilisent comme main d’œuvre à faible coût. Ainsi, l’entreprise d’élevage de volaille Kock Foods a fait l’objet d’une enquête sur l’utilisation du travail de prisonniers dans l’industrie de la volaille d’Alabama par le Southern Poverty Law Center (SPLC) qui estime que, dans au moins sept États, « des dizaines d’entreprises de la volaille  » tirent avantage de la main d’œuvre carcérale. Les conditions dans l’industrie sont brutales pour tous les travailleurs du secteur de la volaille. Selon des données fédérales, les usines de transformation des volailles comme celles d’Ashland ont des taux de blessés parmi la main d’œuvre qui atteignent presque le double de la moyenne nationale. Les maladies liées au lieu de travail sont environ six fois plus élevées que la moyenne nationale : traumatismes liés à un stress répétitif, problèmes respiratoires en raison de l’exposition à des produits chimiques, etc. Depuis 2015, 167 cas d’accidents, comprenant huit morts et plusieurs amputations, ont officiellement fait l’objet d’une enquête par les autorités fédérales. Dans les données produites par les États de Géorgie et de Caroline du Nord, le SPLC a découvert qu’au « moins deux dizaines de détenus ont été blessés depuis 2015 dans leur emploi au sein du secteur de la volaille ».

Plus connus du grand public, de grandes enseignes comme McDonald’s, Walmart ou encore Victoria’s Secret, par l’intermédiaire de son sous-traitant Third Generation, embauchaient des détenus avant que le scandale n’éclabousse la célèbre marque de lingerie. Le secteur carcéral produit approximativement 1,5 millions de dollars de valeur marchande dans le textile. Pour dénoncer cette exploitation, les prisons étasuniennes ont subi une grève largement suivie du 21 août au 9 septembre 2018, les prisonniers n’ayant plus de syndicats pour les défendre depuis une décision de la Cour suprême de 1977[6].

Enfermement et consommation, les chaînes du prisonnier privé

Si la stratégie initiale de privatisation du système carcéral semble être un reflet des politiques budgétaires en vigueur, celui-ci a ouvert un véritable marché, pléthore d’opportunités économiques que les investisseurs n’ont pas ignorées. Dès l’ouverture de la première prison privée américaine en 1984, les entreprises ont commencé à développer un modèle économique spécifique, propre au système judiciaire et carcéral en place. Plus de 4 000 entreprises américaines ont donc conquis ce nouveau marché, infiltrant chaque branche du secteur carcéral pour y remplacer l’État. S’il est évident que les nouvelles entreprises privées ont d’abord assumé la direction, la construction, et l’entretien d’établissements carcéraux classiques et privatisé l’aspect sécuritaire, le secteur privé s’est aussi accaparé les secteurs médicaux, des télécommunications, de surveillance mais surtout des libertés surveillées et conditionnelles[7].

Si la couverture santé publique américaine était loin d’être performante auparavant, la stratégie des coûts réduits pratiquée par le secteur privé pousse des entreprises – comme Corizon et Wexford – à réduire le personnel présent mais surtout à faire payer l’accès à la santé encore plus cher que ne le fait déjà l’État américain. Les témoignages d’abus de la part des médecins et infirmiers engagés dans ces contrats sont innombrables, en plus de la difficulté d’accès aux onéreux premiers soins et aux premières nécessités pour les détenus. C’est le cas notamment de l’accès aux protections hygiéniques féminines, payantes pour toute détenue sauf en cas d’ordonnance de la part du médecin de la prison. Le hic ? La consultation du médecin de garde de l’établissement est elle aussi payante.

Le secteur des télécommunications, et plus particulièrement de la téléphonie, a été investi par des entreprises comme JPay et Securus afin de rentabiliser les appels passés par et pour les détenus. Bien qu’il soit impossible d’établir un coût moyen des appels passés tant les entreprises impliquées dans ce secteur sont nombreuses, il n’est pas rare de voir le prix dépasser le dollar par minute. Ces frais téléphoniques faramineux pénalisent en particulier des familles souvent très précaires, qui doivent ainsi lutter chaque mois pour se payer un appel téléphonique régulier afin de ne pas perdre le contact avec un membre de la famille en prison ou en maison d’arrêt.

Si le terme  « prison » évoque avant tout une image de cellule avec des barreaux aux fenêtres, l’essentiel du système carcéral – plus des deux tiers aux États-Unis – ne coïncide pas avec cet imaginaire collectif de la geôle. En effet, l’immense majorité du système correctionnel consiste en une forme de liberté partielle, qu’elle soit surveillée ou conditionnelle. Puisqu’il est impossible de garder 2 % de la population américaine derrière les barreaux, les entreprises privées ont largement augmenté l’utilisation des libertés conditionnelles – et ce depuis 1976 -, sans oublier d’en faire un secteur économiquement rentable. L’opportunité de sortir de prison plus tôt ou d’éviter une incarcération – que de nombreux procureurs proposent pour éviter un procès ou lorsque la caution est trop élevée, tout particulièrement dans le cas de délits mineurs -, devient alors un fardeau économique pour les détenus. Les entreprises sont alors dans la capacité d’imposer de nombreux frais obligatoires aux condamnés, que ce soit des frais de supervision, d’éthylotests, de tests de drogue, etc. Et en cas d’impayés, le détenu en liberté conditionnelle risque de retourner en prison, ce qui le pousse à tout faire pour payer l’entreprise en question, qui peut, dès lors, fixer les prix souhaités.

Mais le « succès économique » de la liberté conditionnelle pour les acteurs du carcéral privé s’explique aussi par l’explosion des méthodes de surveillance des détenus, comme la pose de bracelets de chevilles électroniques afin de géolocaliser en permanence les détenus. Si cette méthode a été initiée dans les années 1960, la privatisation carcérale en a fait un élément majeur de son modèle de fonctionnement, augmentant ainsi de plus de 65 % entre 1998 et 2014 son utilisation, ce qui génère par ailleurs plus de 300 millions de dollars par an aux entreprises pratiquant cette méthode. Et depuis 2009, 49 États américains (à l’exception de Hawaï) autorisent les entreprises à facturer le port de ces bracelets de cheville à leurs porteurs. Mais si l’idée des dispositifs GPS pour lutter contre la surpopulation carcérale ou simplement comme alternative pour des délits mineurs est intéressante, ses résultats, hormis les logiques financières plus que contestables, sont très mitigés. Un très grand nombre d’alertes déclarées par ces appareils – plus de 70 % dans une étude de 2007 faite en Arizona – se révèlent être erronées, simplement provoquées par des zones blanches, et poussent ainsi une forme de laxisme de la part des agents chargés de cette surveillance. Ces appareils de surveillance ont de surcroît fait l’objet de très nombreuses plaintes de douleurs physiques quotidiennes (brûlures, abrasions, infections, enflures, céphalées, etc.), et créent une réelle stigmatisation sociale – tant l’image du criminel est forte au vu de la taille du bracelet.  En ce sens, Erving Goffman, définit le « stigmate » par la possession d’un attribut susceptible de jeter le discrédit sur celui qui le porte[8].

Le détenu se retrouve alors prisonnier d’un modèle de consommation extrêmement sournois qui lutte contre toute velléité de réinsertion.

L’ensemble de ces stratégies entrepreneuriales a notamment été qualifié de « McDonaldization »[9] des prisons privées, une recherche perpétuelle du bas coût et de la rentabilité immédiate au détriment de la juste supervision des détenus et des conditions de travail du personnel. Le détenu se retrouve alors prisonnier d’un modèle de consommation extrêmement sournois qui lutte contre toute velléité de réinsertion et qui pousse à la récidive et donc à l’augmentation globale de la criminalité.

LE SECTEUR CARCÉRAL PRIVÉ, UN MARCHÉ D’INFLUENCES POLITIQUES

Immigration et privatisation, le marché de l’enfermement des étrangers

Lorsque l’on parle du secteur carcéral privé, on a souvent tendance à oublier que la pénalisation de l’immigration rend nécessaire la construction de centres de détention. Ici encore, un intérêt privé émerge, avec un incroyable potentiel de croissance dont s’emparent les multinationales de la prison.

D’après la sociologue Louise Tassin, l’Europe développe une tendance à un « marché de l’enfermement des étrangers »[10]. En effet, concernant l’incarcération de migrants en Italie, c’est l’entreprise française GEPSA (qui gère 16 prisons et vend ses services à 10 centres de rétention administrative en France), filiale de Cofely appartenant au groupe GDF Suez, qui investit dans les Centres d’identification et d’expulsion (CIE), en échange d’un loyer versé par l’État. Pour gagner plus de parts de marché, GEPSA met en place une politique de concurrence par les prix, au détriment des demandeurs d’asile.

Au Royaume-Uni, le marché est dominé par une poignée de multinationales de sécurité, se répartissant 73 % des migrants détenus par le Service de Contrôle de l’Immigration et des Douanes, et la quasi-totalité des centres. La privatisation du secteur est amorcée dans les années 1970 sous le gouvernement conservateur d’Edward Heath et, en 2015, sur la totalité de ces établissements, seuls 2 IRC (Immigration Removal Centres, dans lesquels les migrants peuvent être enfermés indéfiniment) sont gérés par l’organisation gouvernementale Her Majesty’s Prison Service. Le reste est réparti entre G4S, GEO Group, Serco, Mitie et Tascor. Le coût annuel de détention est en moyenne de £94,56 par personne et par jour. Très critiqué, le dispositif de détention des migrants britanniques est connu pour être l’un des plus irrespectueux des droits des personnes détenues « Detained fast track » (DFT). Au total, le Home Office a passé plus de 780 millions de livres de contrats pour la détention et l’expulsion de migrants entre 2004 et 2022.

Les pays nordiques (en particulier le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède) ont la réputation d’être plus généreux envers les demandeurs d’asile, mais ont eux aussi privatisé un grand nombre de services. Si, en 1990, 12 % des centres d’accueil de demandeurs d’asile en Norvège étaient privés, c’était le cas de 77 % d’entre eux en 2013. Toutefois, les prestataires de services – notamment le groupe norvégien Adolfsen – fournissaient à l’origine des services de santé et d’aide sociale et non des services pénitentiaires. Ce qui conduit à une prise en charge bien plus respectueuse des migrants.

En Australie, le système de détention de migrants est entièrement géré par des compagnies privées, qui privilégient une gestion délocalisée. Le scandale du camp de l’île Christmas, à 1500 km des côtes australiennes (dirigé par le contractant Transfield Services et Wilson Security), est particulièrement médiatisé puisqu’en août 2016, une série de documents contenant des plaintes et des récits de mauvais traitements infligés au sein du centre a été publiée par le quotidien The Guardian. Elle contient des preuves de violences sexuelles faites aux enfants, de traumatismes, d’automutilations et de conditions de vie inacceptables. Suite à de multiples enquêtes et rapports parlementaires, le centre est fermé en 2018, mais rouvert en 2019, suite à une défaite historique de l’exécutif, ce qui témoigne d’une volonté de durcissement de la politique migratoire, sujet particulièrement politique en Australie.

Aux États-Unis, Marie Gottschalk, professeure de sciences politiques à l’université de Pennsylvanie, dénonce une « crimmigration », c’est-à-dire l’inflation des politiques pénales répressives contre les migrants, enfermés désormais dans des « centres de rétentions ». Ainsi, 30 jours de détention sont désormais prévus pour les migrants soupçonnés d’immigration illégale. Core Civic – qui a délaissé le nom CCA en 2016 pour se détacher des scandales qui le concernaient – gère plus de 60 complexes dans 19 États, avec un volume de « vente » de centres de rétention gonflé de 500 % en 20 ans. L’entreprise a gagné d’importantes parts de marché depuis le passage de la loi SB 1070 dans l’Arizona, qui crée un nouveau délit : celui de ne pas avoir sur soi ses documents d’immigration. Si la loi prévoyait à l’origine la possibilité d’arrêter sans mandat tout individu soupçonné d’être clandestin, la Cour suprême a limité son application. Un policier peut désormais contrôler l’identité et le statut d’une personne arrêtée pour une infraction, s’il a des « soupçons raisonnables » que cette personne pourrait demeurer aux États-Unis illégalement. Cette loi, rédigée par le lobby ALEC (dont CCA était alors un membre éminent), a permis de remplir les centres de détention. De plus, en Arizona, CCA exerce un monopole dans la détention des migrants. Un marché qui représente tout de même plus de 11 millions de dollars par mois.

Lobbying et politiques d’incarcération de masse

Si la lutte contre la criminalité a pris un tournant majeur dans les années 1970 avec Richard Nixon, ardent défenseur d’une politique dure sur ce sujet, plus connue sous le nom de doctrine Law & Order, celle-ci s’est intensifiée jusqu’aux années Obama. D’abord poussée par des raisons politiques et électorales – le 37e président des États-Unis ayant notamment besoin du vote des populations blanches traditionnellement démocrates – cette doctrine s’est progressivement affinée pour devenir un pilier du système politico-judiciaire américain. La présidence de Ronald Reagan (1980-1988) a vu l’apogée du durcissement des politiques pénales en matière de trafic de drogue, ce qui a largement contribué à l’apparition du carcéral privé pour soutenir l’État. L’Anti-Drug Abuse Act, adopté en 1986, a par exemple consacré les peines minimales pour une grande partie du système judiciaire. Ces peines ont donc rapidement fait augmenter le nombre de condamnations, servant ainsi les intérêts économiques des acteurs émergents. Cependant, si la présidence démocrate de Jimmy Carter (1976-1980) avait quelque peu interrompu la tendance, Bill Clinton (1992-2000) brise le clivage démocrate/républicain en étant le premier démocrate à défendre lui aussi une fermeté sur le sujet de la criminalité. Cela culmine en 1994 avec l’Anti-Violence Strategy qui vise à lutter contre la récidive en instaurant la règle des Three Strikes, une règle qui ordonne une condamnation à perpétuité en cas de troisième condamnation avec au moins un crime majeur. Soutenues par la privatisation à marche forcée du système carcéral, les politiques pénales américaines prennent alors définitivement le chemin de la tolérance zéro et de l’incarcération de masse.

ALEC propose une moyenne de 1 000 textes législatifs par an, dont environ 20 % deviennent lois.

En revanche, pour comprendre l’ampleur de la privatisation carcérale américaine, il est crucial de prendre en compte le rôle joué par les lobbyistes de ces entreprises pour orienter la législation dans un sens qui leur est favorable. À ce jeu-là, le plus grand acteur est l’American Legislative Exchange Council (ALEC), une organisation conservatrice très influente qui rédige et propose des textes de lois aux élus américains.

n effet, celle-ci propose une moyenne de 1 000 textes législatifs par an, dont environ 20 % deviennent lois. Fondée en 1973, cette organisation de lobbying politique prend rapidement de l’importance dans les domaines judiciaire et carcéral, au point d’être à l’origine des Three Strikes susmentionnées, ainsi que des peines minimales, mais aussi la SB-1070, les Stand Your Ground Laws (qui élargissent grandement le concept d’auto-défense en autorisant la simple suspicion de menace comme justification) et plus de 30 modèles de législation au niveau étatique et fédéral. Nombre des membres d’ALEC entretiennent des liens étroits avec le milieu carcéral, comme ce fut le cas dans les années 1990 lorsque le président de la Criminal Justice Task Force – de l’organisation chargée de rédiger des propositions de loi fermes en matière pénale – n’était autre qu’un cadre supérieur de CCA, la plus grande entreprise américaine de gestion privée de prisons.

Si les membres d’ALEC démentent continuellement toute collusion avec les géants du privé carcéral comme CCA ou GEO Group, les preuves de cette coopération ne font pas défaut. Un rapport des actionnaires de CCA de 2012 recommande par exemple de lutter contre tout laxisme et indulgence dans le cas des condamnations, des libertés conditionnelles et contre la décriminalisation de certaines activités. Par ailleurs, les entreprises comme CCA s’emploient à un lobbying extrêmement puissant et tentaculaire, dépassant l’échelle d’ALEC pour financer directement de très nombreuses institutions fédérales. CCA finance notamment le département de Justice, le US Marshall Service, le Bureau fédéral des prisons, le département pour la Sécurité nationale, l’immigration et la douane ou encore le Sénat, le département du Travail, le Bureau des affaires indiennes et l’administration pour les enfants et les familles. Pour ces institutions, les dépenses en lobbying atteignent certaines années jusqu’à quatre millions de dollars. Cependant, CCA et GEO Group font également pression sur les politiques judiciaires servant leurs intérêts en finançant directement des campagnes politiques ou des membres hauts placés de l’administration fédérale. En 2014, CCA a versé de l’argent à 23 sénateurs et 25 congressmen, et GEO Group à dix sénateurs et 28 congressmen. Ces entreprises, ainsi que Community Education Centers, Corizon Correctional Healthcare ou encore Global Tel Link, embauchent chaque année une centaine de lobbyistes dans divers États, un certain nombre d’entre eux étant même d’anciens membres du Congrès. Ce lobbying ne se limite pas à l’échelle fédérale puisque les campagnes des gouverneurs sont aussi très prisées. La campagne d’Arnold Schwarzenegger de 2003 est une des innombrables campagnes financées en partie par le carcéral privé, celui-ci ayant reçu 21 200$ pour rouvrir la prison de McFarland au nord de Los Angeles.

S’il est évident que les lobbyistes d’ALEC, de CCA et des autres entreprises s’intéressent à la rédaction de lois servant leurs intérêts, ces derniers s’attachent aussi à lutter contre toute « contre-réforme » et empêchent toute loi de passer l’épreuve camérale, comme le Private Prison Information Act de 2015,  qui aurait forcé les prisons privées à rendre publiques les informations sur la violence au sein de leurs établissements. La même année, le Justice Is Not For Sale Act du Sénateur indépendant Bernie Sanders – qui aurait aboli la privatisation carcérale dans sa totalité et à toutes les échelles, pour rendre la gestion de la criminalité et de la justice « à ceux qui répondent des électeurs et non des investisseurs » – a subi la pression des lobbyistes et n’a donc pu devenir loi.

Tout comme ALEC, CCA et GEO Group démentent régulièrement les accusations de lobbying et affirment, comme ici en 2013, « ne pas prendre position ou parti pour ou contre une réforme législative spécifique en matière d’immigration ». Toutes les dépenses de ces entreprises prouvent pourtant le contraire, leur survie économique étant largement dépendante des politiques judiciaires et migratoires.

LES ÉCHECS DU CARCÉRAL PRIVÉ

De la condamnation à la réinsertion, en passant par les secteurs de l’immigration, de la surveillance, de la santé, de la consommation, du travail, de l’exploitation, le système carcéral privé s’empare de concepts juridiques et sécuritaires pour en faire un modèle économique inhumain dont la première commodité est l’humain. Mêlé aux considérations politiques et idéologiques, aux lobbys et aux intérêts financiers des entreprises, ce système a substitué la réhabilitation des prisonniers à l’enrichissement privé et l’incarcération de masse. En plus de considérations morales, le carcéral privé montre constamment ses lacunes face au modèle public tant ses résultats sont pauvres. Le nombre de violences (entre détenus et entre détenus et gardes) y est une à deux fois supérieur, les plaintes des détenus ne se dirigent plus contre la gestion disciplinaire ou procédurale mais contre l’accès aux soins et la violence des gardes, les familles s’endettent lourdement pour maintenir le lien avec un détenu qui n’a bien souvent même pas eu le droit à un juste procès. Si les failles juridiques du 13e amendement ne sont pas l’apanage des entreprises carcérales, celles-ci sont exploitées sans vergogne, tournant ainsi en dérision les droits constitutionnels si chers aux Américains.

Ce système a substitué la réhabilitation des prisonniers à l’enrichissement privé et l’incarcération de masse.

La privatisation carcérale à outrance dans le paysage américain – mais aussi à l’international – a notamment perverti tout un équilibre de la société qui aspire pourtant à faire baisser le niveau de criminalité. Et sur ce point, la prison s’avère inefficace et inefficiente. Si certains médias se gargarisent de faits divers macabres pour justifier une violente répression carcérale, le taux de récidive, échelle de Richter de l’efficacité du système carcéral, devrait faire entendre raison aux responsables politiques – 63 % de re-condamnation en France après une première incarcération. Les errances de la privatisation du système carcéral nous amènent à soulever la question du rôle que l’État doit jouer dans la réhabilitation et la réinsertion de ses citoyens qui enfreignent la loi, et plus largement interroger le fonctionnement de la prison en elle-même.

Cependant, ce n’est visiblement pas le chemin pris par la plupart des États que nous avons cités. Entre 1987 et 2007, les États-Unis ont augmenté les dépenses pour le milieu carcéral de 127 % sans que les dépenses pour l’éducation n’ait augmenté de plus 21 %. La préconisation de Victor Hugo, « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons », s’éloigne de plus en plus.


[1] Ch. Chabroud, Archives parlementaires, t. XXVI p.618

[2] Cody Mason, « International growth trends in prison privatization », August 2013

[3] Migreurop, La détention des migrants dans l’Union européenne : un business florissant, juillet 2016

[4] « Prison Labor », Last Week Tonight with John Oliver (HBO, 5 août 2019)

[5] The 13th, documentaire réalisé par Ava DuVernay en 2016

[6] « Jones v. North Carolina Prisoners’ Labor Union (NCPLU) ». Contre le directeur du département des services correctionnels de cet État, David Jones.

[7] La liberté surveillée correspond ici au terme « probation », qui indique que le condamné purge sa peine à l’extérieur d’une prison suite à un accord lors du procès. La liberté conditionnelle correspond ici au terme « parole », qui indique une réduction de peine après avoir été en prison.

[8] Erving Goffman, Stigmates, (1963)

[9] Terme utilisé en 2011 par Gerry Gaes, ancien Directeur des Recherches à l’Office Fédéral des Prisons

[10] Louise Tassin « Quand une association gère un centre de rétention, le cas de Lampedusa (Italie) », Ve Congrès de l’association française de sociologie, 04/09/2014

 

 

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Attaque d’un bar à Paris: cinq militants d’ultra-droite arrêtés

19 oct. 2020 Par Matthieu Suc, Marine Turchi et Sébastien Bourdon

- Mediapart.fr

Selon nos informations, cinq membres du groupe d’extrême droite « Zouaves Paris » ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête sur des violences commises le 4 juin au Saint-Sauveur, un bar antifasciste parisien. Ils sont renvoyés devant le tribunal correctionnel le 15 janvier 2021 pour des faits de violences en réunion.

Déferrés vendredi, les militants ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel le 15 janvier 2021 pour des faits de violences en réunion n’ayant pas entraîné d’interruption de temps de travail (ITT) et pour des dégradations du bien d’autrui commises en réunion. Deux d’entre eux sont également poursuivis pour des faits de refus de remettre aux autorités une clé de déchiffrement d’un moyen de cryptologie. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur jugement.

 

 

Mediapart avait enquêté sur ce groupe, héritier du GUD (Groupe Union Défense), qui, à quatre jours d’intervalle, en juin dernier, avait attaqué, en plein Paris, le bar antifasciste Le Saint-Sauveur, puis un soutien du comité Adama Traoré dans le métro.

 

Ces deux dernières années, les Zouaves Paris ont fait parler d’eux à d’autres occasions : l’attaque du cortège du NPA lors de l’acte XI des « gilets jaunes », en janvier 2019, à coups de barre de fer ; des violences contre des antifascistes lors d’une manifestation identitaire le même mois ; un affrontement avec des antifascistes après l’incendie de Notre-Dame en avril 2019 ; l’agression d’un étudiant portant une veste aux couleurs du Maroc à la faculté de Nanterre en novembre 2019, puis, la charge de militants de gauche lors de la marche « Stop islamisme » de Génération identitaire ; ou encore l’agression, en janvier 2020, d’un journaliste de France Inter qui couvrait une manifestation anti-PMA à Paris.

 

Notre enquête avait permis de découvrir des connexions néonazies. Nous republions cet article, daté du 9 juin 2020.

 

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Deux attaques, à quatre jours d’intervalle. Sous l’appellation Zouaves Paris, des militants d’extrême droite, héritiers du GUD (Groupe Union Défense), multiplient les violences en plein Paris. Dernière en date : l’agression dans le métro d’un jeune homme vêtu d’un tee-shirt « Justice pour Adama », slogan du comité de soutien à Adama Traoré.

 

Le groupe a diffusé, le 8 juin, via une chaîne de la messagerie Telegram, bien connue de l’extrême droite militante, une courte vidéo de l’attaque, qui a eu lieu à la station Franklin-D.-Roosevelt, à Paris. Le message l’accompagnant se félicite que l’« antifa », « reconnu grâce à son pull du Comité Adama », se soit « écroul[é] devant sa meuf », après avoir reçu une « droite » du « Zouave », qui l’a poursuivi dans le métro.

 

Quatre jours plus tôt, c’est Le Saint-Sauveur, un bar du XXe arrondissement de Paris, que le même groupe a ciblé. Ni le lieu visé ni la date n’étaient dus au hasard. Implanté dans le quartier populaire de Ménilmontant, Le Saint-Sauveur est un haut lieu du milieu antifasciste de la capitale. Milieu qui s’apprêtait à commémorer, le 5 juin, le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué par des skinheads d’extrême droite en 2013.

 

Une vidéo publiée sur Twitter montre une quinzaine d’hommes avancer au pas de course en direction du bar. D’après les témoignages recueillis par Mediapart, ils s’en prennent alors indifféremment aux clients, renversent une partie de la terrasse, brisent quelques vitres, et s’emparent de tee-shirts mis en vente avant de prendre la fuite.

 

À Mediapart, Zelda, qui travaillait ce soir-là au Saint-Sauveur, raconte : « Tout le quartier leur est tombé dessus. Quand ils ont compris ce qu’il se passait, les jeunes de la Banane [le quartier voisin – ndlr] sont venus nous aider. » La descente semble, en effet, avoir viré à la débandade. Plusieurs vidéos que nous avons pu consulter montrent la fuite désorganisée des assaillants et le passage à tabac de l’un d’entre eux. Celui-ci a, par la suite, été pris en charge par les secours.

 

Une heure plus tard, une revendication est diffusée sur Telegram. Signé par les Zouaves Paris, le communiqué indique : « Une quinzaine de Zouaves présents pour attaquer le Saint Sauveur, QG des antifas. Violente charge des Zouaves armés de manches de pioches. Les antifas (une trentaine) refluent en désordre, abandonnant la terrasse pour se réfugier à l’intérieur du bar. […] Une quinzaine de rebeus de cité viennent alors prêter main-forte aux antifas en chargeant les fafs dans leur dos. Contre-charge des Zouaves, à moitié esquivée par les rebeus. Les Zouaves quittent le quartier avec l’arrivée de la police. »

 

Le lendemain, plusieurs personnalités de la gauche institutionnelle condamnent cette attaque et se rendent au Saint-Sauveur, parmi lesquelles Danielle Simonnet et Éric Coquerel, de La France insoumise (LFI). Le propriétaire du bar a, quant à lui, refusé de porter plainte. « Ce n’est pas la politique de la maison », explique-t-il à Mediapart.

Qui sont les militants se cachant derrière ce label « Zouaves Paris » ? Mediapart a enquêté sur le groupe d’assaillants et ses connexions ultra-radicales.

 

En mai 2017, le GUD, célèbre groupe de l’extrême droite militante post-1968, se métamorphose en « Bastion social » (lire notre enquête). L’objectif ? Sortir de la marginalité politique en alliant bataille culturelle et action sociale. Ses militants tentent de soigner leur image grâce à un vernis social, avec le but affiché de « venir en aide aux plus démunis », tout en appliquant la « préférence nationale » et en critiquant « l’immigration de masse ».

 

Si le centre névralgique du Bastion social se trouve à Lyon, le mouvement, qui s’inspire des néofascistes italiens de CasaPound, se décline rapidement à travers la France (Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Marseille). À Paris, en revanche, le basculement du GUD au Bastion social échoue. D’une part, parce que le GUD a éclaté en plusieurs sous-tendances dans la capitale. D’autre part, parce que ses militants restent attachés au label « GUD », à son histoire tumultueuse et ses actions violentes.

 

C’est de cet éclatement que sont nés, en 2018, les Zouaves Paris, un groupe informel composé d’éléments radicaux issus du GUD parisien, et, dans une moindre mesure, d’identitaires et de royalistes de l’Action française. Le groupuscule entend maintenir la tradition du coup de poing.

 

Les Zouaves Paris se font notamment remarquer lors des premiers actes du mouvement des gilets jaunes, comme Mediapart l’a raconté. Le 1er décembre 2018, ils participent ainsi aux affrontements sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres militants d’extrême droite, parmi lesquels leurs camarades du Bastion social. Six militants sont arrêtés, l’un est incarcéré et d’autres soumis à un contrôle judiciaire. Le 9 janvier 2019, ils sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de trois mois ferme à six mois avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

 

Le 26 janvier 2019, les Zouaves Paris revendiquent une violente attaque contre des militants du NPA, toujours dans le cadre d’une manifestation des gilets jaunes. On peut également leur imputer l’agression de supporteurs brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018, celle d’un étudiant à l’université de Nanterre, en novembre 2019, ou encore celle d’un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de La Manif pour tous, en janvier dernier.

 

Si les Zouaves Paris n’ont pas de hiérarchie claire, l’un de leurs militants est considéré comme le meneur : Marc de Cacqueray-Valménier, 21 ans, présent sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Marc Hassin ». Le jeune homme a participé à de multiples actions, notamment l’attaque du Saint-Sauveur ou les violences sur les Champs-Élysées, ce qui lui a valu une condamnation en janvier 2019.

 

Marc de Cacqueray est issu d’une vieille famille aristocratique et catholique traditionaliste, où l’on compte prêtres et militaires. Son père est un ancien de l’Action française ; son oncle fut une figure du mouvement Civitas ; son cousin a milité dans les rangs de La Manif pour tous et fut tête de liste du Rassemblement national aux municipales de mars, au Mans. Marc de Cacqueray a lui-même rejoint les royalistes de l’Action française en 2016, avant d’être écarté, le mouvement le trouvant trop remuant. Il s’est alors rapproché d’un autre jeune gudard pour lancer les Zouaves Paris, une voie plus radicale, qui regroupe des « cogneurs » de plusieurs groupuscules. Contacté, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de nos questions.

 

Ce groupuscule violent est bien implanté dans le paysage de l’extrême droite militante, en France et à l’international.

 

Une enquête menée par l’un des auteurs de ces lignes, et publiée par Bellingcat, révélait ainsi que Marc de Cacqueray s’attache à développer des liens avec plusieurs groupes ukrainiens. Le jeune militant s’est rendu à Kiev en décembre 2019 pour assister à un festival de black metal national-socialiste (NSBM). Il y a été filmé effectuant des gestes s’apparentant à des saluts nazis, mais a surtout profité de son séjour en Ukraine pour rencontrer diverses personnalités de l’extrême droite locale. Helena Semenyaka, secrétaire aux affaires internationales du Corps national – un parti d’extrême droite affilié au bataillon Azov, une unité nationaliste ukrainienne, à l’idéologie teintée de nazisme – l’a reçu pour une interview. Il s’est aussi rendu à un championnat de kick-boxing où étaient présents des membres du groupe néonazi « AVTONOMS.NS ».

 

En France, les Zouaves Paris sont également très proches d’un groupe de hooligans néonazis du Stade de Reims, les Mes Os. Un hooligan parisien « plutôt à gauche » interrogé par StreetPress va jusqu’à affirmer que les deux groupes ne formeraient, en réalité, qu’une seule entité.

 

Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ». Les Zouaves Paris et les Mes Os en avril 2018. Certains effectuent des saluts nazis, d’autres des saluts à trois doigts ou des « saluts kühnen ».

Plusieurs photos et vidéos publiées sur Instagram, que Mediapart s’est procurées, témoignent effectivement d’une forte proximité. Deux jours seulement après l’attaque du Saint-Sauveur, des membres des deux groupes se sont réunis pour célébrer l’anniversaire de l’un d’entre eux. Sur cette vidéo publiée sur Instagram, nous avons pu identifier au moins quatre membres des Zouaves Paris – dont Marc de Cacqueray – et un membre des Mes Os. Tous chantent en chœur « joyeux nazi-versaire » le bras tendu, avant de conclure par « Sieg Heil », reprenant ainsi le cri du salut nazi.

 

Outre ces soirées passées ensemble, plusieurs membres des Zouaves Paris participent, aux côtés des Mes Os, à des free fights, des combats arrangés entre groupes de hooligans.

 

Autre signe marquant des liens entre les deux structures, cette photo d’un bébé diffusée en février dernier sur le même canal Telegram que celui ayant servi pour la revendication de l’attaque du Saint-Sauveur. D’après nos informations, le bébé affublé d’un masque de Hitler et sur lequel est posé un sticker des Zouaves Paris est le fils d’un membre des Mes Os, âgé de seulement quelques jours au moment de la photo. Les militants parisiens ont également offert aux parents un body portant le blason de la Division nationaliste révolutionnaire (DNR), un groupe français néonazi.

 

Outre leurs amitiés rémoises, les Zouaves Paris côtoient certains militants de Génération identitaire. Cet autre mouvement d’extrême droite, branche jeunesse du Bloc identitaire, est connu pour ses happenings médiatiques, à l’instar de l’opération anti-immigration menée en avril 2018 à la frontière franco-italienne, pour laquelle plusieurs militants ont été condamnés. Certains de ses membres auraient été impliqués dans une rixe opposant notamment les Zouaves Paris à des militants antifascistes le soir du 15 avril 2019, non loin de la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu.

Sébastien Bourdon est un journaliste indépendant qui travaille principalement sur l’extrême droite militante à partir de méthodes d’enquête en sources ouvertes (OSINT).

Dans cet article, nous avons choisi de ne faire figurer que le nom complet de Marc de Cacqueray, parce qu’il est une figure du groupuscule, qu’il était présent lors de l’attaque du Saint-Sauveur, et que son nom a déjà été dévoilé dans la presse (ici et là), notamment à l’occasion de sa condamnation en première instance concernant les affrontements des Champs-Élysées. Contacté le 8 juin 2020, il n’a pas répondu et a désactivé son compte Facebook juste après l’envoi de notre liste de questions, avant de le réactiver.

 

st sauveur

 

Frais de bouche : la chambre régionale des comptes présente l’addition à l’ancien maire de Mantes-la-Jolie

La chambre estime que le député et ancien maire Michel Vialay doit rembourser la collectivité.

Par Claude Cécile

Publié le 13 Oct 20 à 16:11

Ce sont les pages les plus embarrassantes du rapport que vient de rendre la chambre régionale des comptes sur la gestion de la commune de Mantes-la-Jolie entre 2014 et 2019. Elles révèlent que des élus mènent grand train aux frais de la collectivité.

La chambre s’est intéressée aux frais de bouche de l’ancien maire Michel Vialay indûment pris en charge selon elle par la collectivité. Elle met en évidence des « montants très substantiels ». Pour l’année 2014, les notes de restaurant atteignent en cumul 10 477,09 €, et 14 602,56 € en 2015.

La chambre relève que « de nombreux repas pris en charge ont eu lieu le week-end », alors que Michel Vialay affirme que ces agapes se déroulaient dans l’intérêt de la commune. La chambre précise : « Aucun de ces frais n’a fait l’objet d’un ordre de mission présentant le but, la date, les circonstances de la mission et l’identité des invités » (page 121).

Produits de luxe en pagaïe

Au cours de ses investigations, la chambre a mis en évidence d’importants achats de bouteilles de vin en grande surface. Des passages en caisse pour 459,78 € en 2014, 815,16 € en 2015 et 1814,73 € en 2016. Mais aussi des achats de produits de luxe en pagaïe (un carré Hermès pour 490 € en avril 2015, une cravate Hermès pour 155 € en juillet 2015, des cadeaux Hermès pour 847 € en novembre 2015). En 2016, à nouveau, l’ancien maire a dévalisé la boutique Hermès : achat d’une cravate et d’un carré à 505 € en mars, d’une cravate à 160 € en novembre.

Pour les exercices 2016 et 2017, les notes de restaurant réglées in fine par le contribuable atteignent en cumul 13 518 € et 11 265,20 €.

La chambre estime « guère probantes » les explications de l’ancien maire. Les produits Hermès auraient été offerts à sa cheffe de cabinet, au président d’honneur de l’Association sportive mantaise et au Président de la République du Sénégal. Les achats de vin répondaient à une « logique managériale », laquelle commandait apparemment d’organiser des « déjeuners campagnards » avec les collaborateurs.

La chambre pointe aussi des dépenses « insolites » mises à la charge du contribuable : fromages, fruits et légumes, lampadaire, etc.

Le rapport souligne « la fréquence des remboursements de notes de restaurants pour des repas le plus souvent de deux couverts : 63 factures sur six mois en 2014, 100 factures en 2015, 74 factures en 2016, 79 en 2017 d’un montant moyen respectivement de 142 € en 2017 et 182 € en 2018 » (page 103).

La chambre invite la commune à « régulariser » et à « émettre des titres de recettes sur l’ancien maire », pour des montants de 26 895,59 € pour les exercices 2014 et 2015, et de 24 783,20 € pour les exercices 2016 et 2017. En clair : elle considère que Michel Vialay doit rembourser. Coquettes sommes !

Quand il a quitté son fauteuil de maire en décembre 2017, le député Michel Vialay, devenu simple conseiller municipal de Mantes-la-Jolie, a conservé la Peugeot 308 que la Ville mettait à sa disposition. S’il a acquitté une redevance annuelle pour l’usage de cette auto, il n’a jamais remboursé les frais d’essence, de péage et de stationnement afférents alors que la convention de mise à disposition le prévoyait expressément.

De décembre 2017 à avril 2019, la dépense s’élève – pour le seul gazole – à 3 528,92 € que Michel Vialay devra rembourser à la collectivité. S’agissant de ces frais en particulier, le député a développé cette ligne de défense : il ne peut pas lui être reproché « l’absence d’émission de titre de recette par la commune de Mantes-la-Jolie » (page 91). Autrement dit : si on ne lui a pas demandé de rembourser, ce n’est tout de même pas de sa faute…

Des séjours luxueux au Sénégal

Le rapport donne le détail des « frais de mission » remboursés à Michel Vialay dans le cadre de séjours au Maroc et au Sénégal effectués au titre de la « coopération décentralisée ». Il descend dans des hôtels 5 étoiles mais il y obtient, a-t-il précisé à la chambre, la réduction de – 40 % consentie aux diplomates. Le contribuable peut donc respirer… Ces frais de mission pour la période 2014-2018 dépassent 30 000 €.

Une note de restaurant de 301,85 € pour un repas de langoustes pris à deux à Dakar en décembre 2017 semble, selon la chambre, « dépasser les dépenses susceptibles d’être engagées dans le cadre d’une action de coopération décentralisée ».

Et le maire actuel de Mantes-la-Jolie Raphaël Cognet ? Il s’est aussi fait prendre les doigts dans le pot de confiture. En mars 2018, alors qu’il était en vacances, il a utilisé la carte Total mise à sa disposition par la commune pour faire trois fois le plein d’essence au cours d’une seule journée. Péché véniel dira-t-on, en comparaison des dépenses excessives reprochées à son prédécesseur. Raphaël Cognet s’est engagé à rembourser la collectivité. La chambre insiste sur le peu de contrôle exercé par la collectivité sur l’usage des cartes essence. Elle donne crédit au maire actuel de Mantes-la-Jolie d’avoir régularisé en 2018 le régime des indemnités de représentation en se faisant voter une enveloppe maximale de 13 000 € par an.

Au conseil municipal du 5 octobre, l’élu communiste Marc Jammet a accusé : « Certains élus semblent avoir confondu leur compte en banque avec celui de la trésorerie municipale. »

Une précision de Raphaël Cognet

Après la mise en ligne de cet article, Raphaël Cognet nous a indiqué qu’il avait déjà remboursé la commune. Il s’agissait d’un déplacement effectué à titre privé, et non de vacances. Le maire estime que l’expression « les doigts dans le pot de confiture » est excessive s’appliquant à une « bêtise » qu’il reconnaît.

 

la commune 1871

 

Le Sacré-Cœur classé monument historique ? Une insulte à l’histoire de France et aux morts de la Commune !

Par L’UFAL – UNION DES FAMILLES LAÏQUES  14 octobre 2020 7 commentaires

La presse annonce que la basilique du Sacré-Cœur serait bientôt classée monument historique. Il s’agit d’abord d’un avantage supplémentaire accordé par la République — pourtant laïque — à l’Église catholique, qui n’en cumule déjà que trop ; à commencer par le financement public de ses établissements d’enseignement. Les subventions du ministère de la Culture pourront désormais bénéficier directement à cette pièce montée d’un goût architectural douteux, mais au sens symbolique assurément clivant.

 

Après le Temps des Cerises, le temps des cilices(1) ?

Car reconnaître le Sacré-Cœur « d’intérêt public » par voie de classement, c’est faire insulte à l’histoire, à la République, et au chapitre des luttes sociales du « roman national ». La basilique fut en effet explicitement érigée « en expiation(2) » de la Commune de Paris. Cela fut dit lors des débats sur la déclaration « d’utilité publique » de ce bâtiment à l’Assemblée nationale, le 24 juillet 1873 (la laïcité n’existait pas encore). Cela fut répété en 1875, lors de la pose de la première pierre sur la butte Montmartre, car « C’est là où la Commune a commencé ». Depuis 130 ans, l’orgueilleux symbole de la domination sanglante de la bourgeoisie surplombe le Paris qui fut populaire.

 

Le classer monument historique, c’est considérer que la Commune est « derrière nous » — comme le dit peu élégamment la ministre de la culture. À l’heure où d’aucuns veulent déboulonner les statues de Colbert parce qu’auteur du « Code noir », voilà un paradoxal exemple de « cancel culture » : la mémoire des dominants effaçant l’histoire ! C’est la deuxième mort des révolutionnaires de 1871, massacrés par la soldatesque de Thiers et du général Galliffet(3) pour avoir osé la première « République sociale ».

 

Or la France, en 1946, est constitutionnellement devenue une République « sociale » : pour cela, il aura fallu des milliers (voire des dizaines de milliers) de morts en 1871, puis ceux de la Résistance. Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a d’ailleurs voté un texte proclamant la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune. Ainsi, la République doit autant aux héritiers des Communards qu’à ceux des républicains fusilleurs, et ceci n’est pas « derrière nous ».

 

Certes, la maire adjointe de Paris en charge du patrimoine argue que sera également inclus dans le classement le square Louise-Michel attenant à la basilique. Mais quel déséquilibre entre le souvenir de l’héroïne de la Commune, que seuls l’enseignement de l’histoire et les mémoires militantes perpétuent, et la notoriété mondiale du deuxième monument le plus visité de Paris ! Ce n’est pas ce « pâté d’alouette et de cheval » (une alouette communarde, un cheval versaillais) qui « réconcilier[a]ces deux histoires ».

 

Madame Bachelot, ne commettez pas cette réécriture symbolique de l’histoire. Madame Hidalgo, qui avez poussé le souci de la population de Paris jusqu’à participer à la bénédiction archiépiscopale du 9 avril 2020(4), n’évacuez pas la mémoire populaire.

 

QUAND LE MINISTÈRE DE LA CULTURE RÉÉCRIT L’HISTOIRE

Mais que devait donc « expier » la France, par l’érection du Sacré-Cœur — si l’on ose dire ?

 

Le Monde du 14 octobre résume : « Selon le ministère de la Culture, c’est à “une mauvaise lecture de l’histoire” que le Sacré-Cœur doit de ne jamais avoir été classé. Longtemps, la basilique a été associée aux événements de la Commune de Paris, la croyance publique laissant entendre que son édification avait été décidée pour “expier les crimes des communards”.

 

De fait, c’est au sommet de la butte Montmartre que débuta l’insurrection des Parisiens [emmenés par les Parisiennes !] le 18 mars 1871, lorsque les troupes d’Adolphe Thiers vinrent enlever les canons de la Garde nationale qui y étaient entreposés. Mais la décision d’édifier la basilique a été prise dès 1870, affirment les historiens. “Ces querelles sont derrière nous mais ont retardé le processus de protection”, reconnaît [sic] Roselyne Bachelot. »

 

Un « symbole de l’ordre moral(5) alors triomphant, de la réaction la plus cléricale »

 

Que disent au juste les historiens, de cette question de date ? Citons cette fois Le Point(6) — que l’on ne suspectera pas d’être la voix des Communards :

 

« (…) ce fut une initiative privée, qui débuta sans pour autant viser la Commune. (…) Alexandre Legentil, propriétaire de grands magasins de tissus, (…) demanda pardon en raison des “malheurs qui désol(ai)ent le pays et des attentats sacrilèges commis à Rome (envahie par les troupes françaises qui mirent fin au pouvoir temporel du pape)”. (…) l’évêque de Nantes, Mgr Felix Fournier, venait d’attribuer la défaite de la France à une punition divine pour un siècle de déchéance depuis la Révolution (…) argumentaire, qui moins d’un siècle plus tard reviendra avec succès sous Vichy (…).

 

Il servit à un lobbying clérical efficace “après la chute de la Commune. Après des débats houleux, le vote de l’Assemblée nationale composée en 187[3] à majorité de royalistes cléricaux permet de reconnaître l’église d’utilité publique et autorise l’expropriation. (…) Financée par une souscription publique — près de 10 millions de Français vont verser leur écot pour une pierre —, ce projet, symbole de l’ordre moral alors triomphant, de la réaction la plus cléricale, ne va être achevé, ironie de l’histoire, qu’en 1891, alors que la République a déjà versé dans l’anticléricalisme. Le conseil municipal tentera bien en 1904 d’ériger en face la statue du chevalier de La Barre, symbole de l’intolérance religieuse [elle le fut en 1905], celle-là sera finalement éloignée.(7)”

 

On a donc le choix dans la date : 1870 pour “le symbole de la réaction la plus cléricale”, ou 1873 pour “l’expiation de la Commune” ? C’est dans les deux cas aussi laid que le monument lui-même (remarquait déjà Zola), qui mérite pour cela d’être laissé en place… avec les explications historiques qui s’imposent !

 

C. A.

 

 

 

 

 

 

 

17 OCTOBRE 1961 20 10 2020

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 9 h 57 min

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En ces temps troubles où nos libertés s’amenuisent de jour en jour, ça booste a voulu rappeler à sa manière l’anniversaire du 17 octobre 61 par les événements tragiques et le nombre de mort enregistré durant cette journée et celles qui suivirent. Un fait quasi inédit dans l’histoire de cette république si ce n’est durant la commune, cela fait écho bien évidemment à ce que nous sommes en train de vivre actuellement non pas dans la tragédie de la répression féroce à l’encontre de français musulmans il y a de cela bientôt 60 ans mais par le couvre feux qui fut instauré aux algériens en cet automne 1961 et le massacre qui fut perpétré par le pouvoir gaulliste de l’époque entre les 3 morts officiels et les 250 aujourd’hui admis. Couvre feux que le pouvoir actuel met en place et qui je le répète met en danger nos libertés, depuis Sarko qui est aujourd’hui mis en examen pour association de malfaiteurs ce qui est inique dans l’histoire des présidents français et qui je l’espère le verra condamné, fichiers, procédés de surveillance, biométrie, justice de moins en moins indépendante… Les justifications ne manquent pas : lutte contre la délinquance, contre la violence routière, au nom de la dignité, de la sécurité, de l’environnement, de la sécurité publique et de la santé publique ! Deux événements majeurs y ont contribué : les attentats du 11 septembre 2001 et l’arrivée de Nicolas Sarkozy. A cela il faut rajouter vigipirate, Les lois Perben I (2002), qui étend la comparution immédiate et qui autorise la détention provisoire à 13 ans, et Perben II (2004), qui confient des droits arbitraires aux forces de l’ordre, consolident la loi du 15 novembre 2001. Rachida Dati, ancienne Garde des Sceaux déclare le 8 janvier 2008 à propos de sa loi sur la rétention de sureté : « C’est la sûreté de tous au prix de la liberté de quelques-uns« .  la maîtrise des flux migratoires et la répression de l’immigration irrégulière et de ceux qui la favorisent, on entre inéluctablement en conflit avec les libertés. la vidéosurveillance. Etats d’urgence contre la menace terroriste suite aux attentats de 2015 et depuis 2020 état d’urgence sanitaire avec la mise en place du confinement et maintenant couvre feux toujours au nom de la sécurité du citoyen. Et tout cela dans la quasi indifférence le pouvoir nous vend en bonimenteur ses lois scélérates pour notre bien avec macron en père de la nation qui a des relents de plus en plus vichyste sans que cela ne perturbe les partis politiques d’opposition et encore moins le quidam qui est juste bon à travailler et crever pour le bien de la nation. Après cet aparté qui me semblait bon de rappeler nous allons entendre au cours de cette émission mémoires du 17 10 61 avec tout d’abord le  

    

 

Les policiers tuent 

 

17 10 61 témoignage de Omar Touil et Ahmed Touil ainsi que du photographe Georges Azenstarck et de Monique Hervo militante du service international. C’est Trois manifestants et ce journaliste témoignent du déroulement pacifique de la manifestation et de sa répression d’une sauvagerie inouïe. Cinq mois avant la fin de la Guerre d’Algérie le pouvoir gaulliste a réprimé de façon extrêmement violente (40 à 300 morts en une soirée selon les sources) une manifestation pacifique de toute la population civile algérienne de la région parisienne, manifestation contre le couvre-feu frappant cette seule population (tous avait la nationalité française). La pouvoir a longuement nié ce crime d’Etat (version officielle : 3 morts). En 1962, ces faits ont été amnistiés par un simple décret (devenu une loi par la suite) du même pouvoir gaulliste.

Vient ensuite

16 10 96 à l’occasion de l’anniversaire à l’appel du MRAP 1 jour en avance, un condensé des archives de l’INA sur le procès Papon alors préfet de police de paris sur les évènements de ce 17 octobre 1961 avec l’intervention d’historien comme Jean Luc Einaudi, d’algériens, de militants, de policier, d’avocats. Puis

L’histoire de cette photo avec l’inscription « ici on noie les algériens » qui aura mis 24 ans avant d’être publiée

Mémoire sauvée du vent un document sonore avec un retour sur la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, et le transfert des travailleurs algériens, des bidonvilles vers les cités de relogement, et les expulsions vers leurs douars respectifs.

Et enfin si on en a le temps, un article paru dans la presse dans les années 80 et le témoignage d’un écrivain et journaliste qui a écrit un article dans le matin d’Algérie, sur cette triste journée du 17 10 61 et d’après ses recherches sur cette journée et la période qui a suivi il fait état de plus de 500 morts ou disparu la recherche de la vérité se poursuit puisque les archives de la police seront consultable en 2021 si d’ici là les preuves n’ont pas disparues. Et pour la partie musique nous entendrons

 

Musique : A Yemma Azizen par Yunès Matoub, Ancien chant kabyle par le Groupe Djurdjura التراث الامازيغي القبائلي فرقة جرجرة, KOUM TARA – teaser album – Chaâbi, Jazz & Strings, AKLI D – Abarman, une très belle chanson kabyle par Sarah Mélina Zermoun qui interprète ce chef-d’oeuvre du grand poète Brahim Tayeb, Tinariwen islegh taghram tifhamam

 

 Fuyez !

Dans les années 80, alors que l’épisode paraît expurgé de l’histoire de la guerre d’Algérie telle qu’on l’enseigne pourtant timidement, tout le monde n’a pas oublié le 17 octobre 1961. Et quelques uns œuvrent à le faire savoir. Les clichés de Georges Azenstarck aident pour porter cette mémoire qui se fraye mal un chemin dans le savoir encore fragile sur l’événement. Faute d’accès aux archives de la police, ces images semblent a posteriori comme des points de suspension. Mais quand Jean-Luc Einaudi entreprendra de déconstruire le mensonge, et d’installer un récit historien de l’épisode, il glane des ressources considérables à force de passer l’angle mort au peigne fin. Il étaye une histoire orale du 17 octobre, et contrecarre l’absence d’archives par une enquête dense auprès de policiers, de journalistes, de militants, et bien sûr d’Algériens présents ce soir-là.  Il épluche aussi les registres des cimetières parisiens, et livre une chronologie précise de la soirée. 

A la fois déconstruction d’une occultation et récit de l’événement, l’enquête est inédite, et le Seuil accepte de la publier : ce sera La Bataille de Paris, sorti en 1991, et désormais disponible en format poche – et toujours aussi précieux, six ans après la mort d’Einaudi, en 2014. Jean-Luc Einaudi, qui n’est pas universitaire de métier mais éducateur et écrivain dans la vie avant d’être historien, vient de combler un trou béant. Le filet de l’oubli soigneusement tissé se dilate, et au procès de Maurice Papon, qui s’ouvre en février 1997 devant la Cour d’assises de Gironde, le 17 octobre 1961 resurgit. Einaudi est cité à comparaître à Bordeaux à la demande des parties civiles, alors que la carrière de Maurice Papon est examinée dans son ensemble. Il y livre ce qu’il sait du 17 octobre pour l’avoir mis au jour ; il rappelle surtout que le Papon de Vichy a aussi été le Papon, préfet de police de Paris, en pleine guerre d’Algérie. Placide, Maurice Papon dit à la barre : 

La morgue, les non-lieux et les homicides volontaires

Dans les mois qui suivent, c’est l’emballement : alors que les archives sont si difficiles d’accès, un rapport de police se fraye un chemin entre les verrous, il est glaçant et incontestable : il s’agit d’un registre qui liste plusieurs dizaines de “FMA” (pour “Français musulmans d’Algérie”) et les départage : ceux de la morgue, avec leur numéro de dossier à l’Institut médico-légal, ceux pour qui est inscrit “homicide volontaire” et les autres, “non lieu”. Du côté de la classe politique, la ministre de la Culture de l’époque, Catherine Trautmann promet une ouverture des archives classifiées, et Jean-Pierre Chevènement missionne un rapport sur la nuit de ratonnade, qui pointe les archives volatilisées montrant bien l’occultation. Le chiffre officiel passe de 3 à 32 morts, c’est-à-dire un bilan très en-deça de ce qu’estimait déjà Jean-Luc Einaudi (et de ce qu’admettent aujourd’hui les historiens). 

Les compte-rendus de ce passage devant la Cour d’assises sont précis, mais le climat est tendu et la place d’Einaudi trop périphérique sans doute pour ne pas être seul : des journalistes et des intellectuels lui font par exemple le procès de mettre sur le même plan les rafles survenues à Bordeaux en 1942 et les massacres d’Algériens en 1961 (ou De Gaulle et Pétain dans le même sac). L’auteur de La Bataille de Paris décide de publier une tribune dans le journal Le Monde. Noir sur blanc, il écrit cette phrase qui n’avait jamais été écrite : « Il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Papon. » Lui, l’ancien lycéen qui fit mai 68 à Fougères et dont l’historien Fabrice Riceputi a raconté une trajectoire de « citoyen-chercheur » en rupture d’avec le PCF, est encore très seul avec cet objet de recherche marginal. Depuis le savoir qu’il a accumulé, il écrit : “Pour le moment, je persiste et je signe”. 

La tribune paraît dans Le Monde dans l’édition du 20 mai 1998 sous le titre “Octobre 1961 : pour la vérité, enfin” et est toujours accessible dans les archives du quotidien. Papon, qui n’avait pas porté plainte à la publication de La Bataille de Paris sept ans plus tôt, porte plainte. Condamné le  2 avril 1998 à dix ans de prison et à verser l’équivalent de 700 000 euros aux parties civiles, l’ancien préfet attaque Jean-Luc Einaudi. Ce sera un nouveau procès dans le procès, et une étape décisive pour stabiliser la connaissance qu’on a du 17 octobre 1961. A la barre, défileront une trentaine de témoins dont Pierre Messmer, qui était ministère des Armées à l’époque, ou encore l’historien Pierre Vidal-Naquet qui, le premier, avait nommé le “pogrom”. Des Algériens qui ont vécu l’événement témoignent aussi, ainsi que Brigitte Lainé et Philippe Gros, deux archivistes qui apportent, depuis leur accès au secret des archives, leur crédit empirique à la démonstration de Jean-Luc Einaudi – et qui le paieront d’une mise à l’écart durable, et profondément injuste. Au procès, Brigitte Lainé, qui a minutieusement épluché les archives judiciaires de septembre à décembre 1961, décrit par exemple : “Dès le mois de septembre, il y a une constante dans la mise en scène de la mort : une majorité de noyés, retrouvés dans la Seine ou les canaux parisiens, les mains liées ou avec des traces de strangulation ou de balles.” 

 

Les bus

  

Azenstarck, le photographe qui a témoigné contre Maurice Papon

Georges Azenstarck vient de mourir. Photo-reporter engagé, il avait documenté la vie des pauvres et des ouvriers, mais aussi la nuit du 17 octobre 1961, quand sous les ordres de Maurice Papon, la police parisienne a tué plusieurs centaines d’Algériens, dont beaucoup furent jetés à la Seine.

 

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Au fil de la soirée du 17 au 18 octobre 1961, même les photos floues précisent la chronologie du drame et laissent deviner des cadavres qui s’amoncellent dans la capitale.• Crédits : Keystone - Getty

On a appris avec quelques jours de décalage la mort de Georges Azenstarck, le 2 septembre. Le photographe, qui avait été salarié du journal L’Humanité entre 1956 et 1968, est mort à l’âge de 85 ans, à Marseille. Son nom ne vous dit peut être rien : entré à l’agence Rapho en 1979, il était moins connu que Robert Doisneau ou Willy Ronis, dont il était proche. Bien qu’il ait été photo-reporter, ses images circulent peu : on ne les trouve pas dans les grandes banques d’images auxquelles les médias sont abonnés, et où ils puisent pour illustrer leurs articles. On les retrouve plutôt à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, la bibliothèque Roger Viollet. Archivé (et visionnable en ligne par ici), le travail d’Azenstarck représente une mémoire photographique considérable pour l’histoire de France, qu’il avait documentée avec assiduité. Plutôt du côté des pauvres et des ateliers à l’usine, pour celui qui a couvert le Mai 68 ouvrier et aussi collaboré à la presse syndicale, et en particulier un journal comme La Vie ouvrière.

 

Azenstarck, ce fut aussi un regard rare sur les bidonvilles qui essaimaient en lisière de Paris après la Seconde guerre mondiale. Comme Monique Hervo, qui, elle, vivait au bidonville de Nanterre, et comme peu d’autres photographes, il a beaucoup photographié les baraquements de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne. Ses photos des familles portugaises qui vivaient là sont restées importantes pour dire autre chose des Trente glorieuses.

 

C’était Dallas

Si vous avez déjà croisé la couverture d’un livre co-écrit avec Gérard MordillatLes Rudiments du monde, paru en 2002 chez Eden, vous n’avez sans doute pas pu passer à côté de la photo de couverture : un portrait, en noir et blanc, et assez de grain pour qu’on ait l’impression que la femme à l’image va sortir sa main de la manche de son col noir. Puissante, la photo voyage, et elle servira encore à l’occasion d’un roman social du même Mordillat, Les Vivants et les morts dans son édition de poche de 2006. Une histoire d’usine qui ferme, et de ce couple dont la fille se fait appeler “Dallas”. C’est une fiction mais dans la vraie vie, Azenstarck a couvert les piquets de grève chez Citroën en 1984 en plein tournant de la rigueur, et aussi la sortie des ouvrières de la Lainière à Roubaix. A la CGT, on rappelle que le Parisien né en 1934 était un photographe de terrain : en 1965, il était là pour photographier l’enterrement de vingt-et-un mineurs marocains tués dans un coup de grisou dans le Pas-de-Calais. Georges Azenstarck était un reporter, et à la veille de l’an 2000, l’un de ses reportages avait été sélectionné par l’agence Associated Press comme des cent meilleurs du XXe siècle.

 

En reporter, il a documenté aussi ce qui restera tardivement un angle mort de l’histoire de France : le 17 octobre 1961. Son travail ce soir-là dans les rues de Paris fut même si considérable que si on connaît mieux l’épisode tragique aujourd’hui, c’est notamment grâce à Georges Azenstarck. Ses clichés pris avec vue sur le bitume, tandis qu’un cortège d’Algériens manifestait pour protester contre le couvre-feu à 20 heures que le préfet Maurice Papon venait de leur imposer douze jours plus tôt, ont aidé à accoucher à la fois de l’histoire et d’une mémoire. En 1961, les locaux de L’Humanité donnaient encore du côté des grands boulevards à Paris. C’est-à-dire que depuis les balcons du journal au troisième étage, on avait ce soir-là une vue plongeante sur la répression en train de s’abattre sur le cortège, sur les femmes et les enfants qu’on écarte presque tous alors que se poursuit le bruit du pas de hommes qui continuent de marcher tandis qu’ils se font tirer dessus. C’est ce soir-là que plusieurs dizaines d’Algériens seront jetés à la Seine – un saut d’échelle lugubre pour une pratique dont les réseaux anticolonialistes savaient alors qu’elle existait déjà, ici ou là, ponctuellement.

Aujourd’hui, on peut dire tout ça, et on sait un peu mieux ce qu’il s’est passé ce soir-là dans la capitale, alors que la Guerre d’Algérie s’étirait depuis sept ans. Mais longtemps, on n’a pu dire que très peu de cet épisode au premier bilan officiel cinglant : deux morts, écrivait Le Figaro en Une de son édition du 18 octobre 1961. Le bilan officiel grimpera à trois morts, et bien des années plus tard, du côté du Front national, on continue d’entendre dire que sept Algériens en tout et pour tout on perdu la vie – et qu’ils se seraient tout bonnement entre-tués. 

Quand François Hollande reconnaîtra la responsabilité de la République dans ce massacre, cinquante-et-un ans après les faits, les historiens convenaient que la répression sanglante avait fait a minima au-delà de deux cents morts, et peut-être plus de trois cents. Longtemps, dans les réseaux militants à l’extrême-gauche, on a dit que le massacre des Algériens avait été le deuxième massacre le plus sanglant depuis la Commune de Paris. C’est aussi ce qu’affirmait Georges Azenstarck dans un documentaire de Faiza Guène et Bernard Richard, produit en 2002 et accessible via YouTube. 

Le panier à salades et ces morts comme des « sacs à patates »

Dans cette vidéo, le photographe décrit sa soirée passée avec son collègue photographe à « L’Huma », les cadavres qu’il voit depuis le balcon du journal, qui s’entassent en contrebas dans la rue, du côté du Rex, “comme des sacs à patates”. Il décrit aussi les Algériens que la police traine par le col, vifs ou morts, et ce camion qu’on appelait encore “panier à salade”, qui stationne une grosse dizaine de minutes sous sa fenêtre et lui masque la vue. Lorsque le camion remettra le moteur, les cadavres entassés auront disparu. Les tirs se sont tus, Azenstarck descend en trombe, il tente de photographier ce policier qui, seau d’eau à la main, tente en vain de nettoyer le sang sur le trottoir. On l’empêche assez vite de mitrailler. Mais ses pellicules de la soirée du 17 octobre 1961 serviront a posteriori à étayer la réalité : on a bien massacré des Algériens dans les rues de Paris ce soir-là. Son travail est à la hauteur de celui d’Elie Kagan et d’ailleurs des sites pro-Algérie française continuent, presque soixante ans après l’événement, à brocarder “Azenstarck le menteur”, “Azenstarck le communiste” pour ce qu’il a montré, et dit.

Mais en réalité, Azenstarck n’a pas fait que nous donner de quoi mieux connaître l’épisode. Il a aussi aidé à ce qu’on nomme le massacre, et à ce qu’on le regarde de face. Il a témoigné au milieu du brouillard.  Car le 17 octobre 1961 est longtemps resté un angle mort dans l’histoire de France. Devenu aujourd’hui un chapitre de la Guerre d’Algérie, ce massacre n’est toujours qu’à peine considéré comme une page de l’histoire du maintien de l’ordre à la française. C’est le prix d’un enfouissement durable de ce que l’historien Pierre Vidal-Naquet avait appelé “pogrom” dès novembre 1961, à l’occasion d’un article dans Les Temps modernes.

Des historiens ont nommé cet enfouissement “la triple occultation” et en 2011, dans un ouvrage paru à La Découverte, Gilles Manceron détaillait ce mécanisme :

Le silence qui a entouré le 17 octobre 1961 pendant près de trois décennies n’a rien d’énigmatique . Trois facteurs ont contribué à la « dissimulation du massacre » : la négation et la dénaturation immédiates des faits de la part de l’État français, prolongées par son désir de les cacher ; la volonté de la gauche institutionnelle que la mémoire de la manifestation de Charonne contre l’OAS en février 1962 recouvre celle de ce drame ; et le souhait des premiers gouvernants de l’Algérie indépendante qu’on ne parle plus d’une mobilisation organisée par des responsables du FLN qui étaient, pour la plupart, devenus des opposants. Trois désirs d’oubli ont convergé. Ils ont additionné leurs effets pour fabriquer ce long silence.

Dans les années 80, alors que l’épisode paraît expurgé de l’histoire de la guerre d’Algérie telle qu’on l’enseigne pourtant timidement, tout le monde n’a pas oublié le 17 octobre 1961. Et quelques uns œuvrent à le faire savoir. Les clichés de Georges Azenstarck aident pour porter cette mémoire qui se fraye mal un chemin dans le savoir encore fragile sur l’événement. Faute d’accès aux archives de la police, ces images semblent a posteriori comme des points de suspension. Mais quand Jean-Luc Einaudi entreprendra de déconstruire le mensonge, et d’installer un récit historien de l’épisode, il glane des ressources considérables à force de passer l’angle mort au peigne fin. Il étaye une histoire orale du 17 octobre, et contrecarre l’absence d’archives par une enquête dense auprès de policiers, de journalistes, de militants, et bien sûr d’Algériens présents ce soir-là.  Il épluche aussi les registres des cimetières parisiens, et livre une chronologie précise de la soirée. 

A la fois déconstruction d’une occultation et récit de l’événement, l’enquête est inédite, et le Seuil accepte de la publier : ce sera La Bataille de Paris, sorti en 1991, et désormais disponible en format poche – et toujours aussi précieux, six ans après la mort d’Einaudi, en 2014. Jean-Luc Einaudi, qui n’est pas universitaire de métier mais éducateur et écrivain dans la vie avant d’être historien, vient de combler un trou béant. Le filet de l’oubli soigneusement tissé se dilate, et au procès de Maurice Papon, qui s’ouvre en février 1997 devant la Cour d’assises de Gironde, le 17 octobre 1961 resurgit. Einaudi est cité à comparaître à Bordeaux à la demande des parties civiles, alors que la carrière de Maurice Papon est examinée dans son ensemble. Il y livre ce qu’il sait du 17 octobre pour l’avoir mis au jour ; il rappelle surtout que le Papon de Vichy a aussi été le Papon, préfet de police de Paris, en pleine guerre d’Algérie. Placide, Maurice Papon dit à la barre : 

Je veux bien me repentir, mais de quoi? De quelle faute?

 

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La morgue, les non-lieux et les homicides volontaires

Dans les mois qui suivent, c’est l’emballement : alors que les archives sont si difficiles d’accès, un rapport de police se fraye un chemin entre les verrous, il est glaçant et incontestable : il s’agit d’un registre qui liste plusieurs dizaines de “FMA” (pour “Français musulmans d’Algérie”) et les départage : ceux de la morgue, avec leur numéro de dossier à l’Institut médico-légal, ceux pour qui est inscrit “homicide volontaire” et les autres, “non lieu”. Du côté de la classe politique, la ministre de la Culture de l’époque, Catherine Trautmann promet une ouverture des archives classifiées, et Jean-Pierre Chevènement missionne un rapport sur la nuit de ratonnade, qui pointe les archives volatilisées montrant bien l’occultation. Le chiffre officiel passe de 3 à 32 morts, c’est-à-dire un bilan très en-deça de ce qu’estimait déjà Jean-Luc Einaudi (et de ce qu’admettent aujourd’hui les historiens). 

Les compte-rendus de ce passage devant la Cour d’assises sont précis, mais le climat est tendu et la place d’Einaudi trop périphérique sans doute pour ne pas être seul : des journalistes et des intellectuels lui font par exemple le procès de mettre sur le même plan les rafles survenues à Bordeaux en 1942 et les massacres d’Algériens en 1961 (ou De Gaulle et Pétain dans le même sac). L’auteur de La Bataille de Paris décide de publier une tribune dans le journal Le Monde. Noir sur blanc, il écrit cette phrase qui n’avait jamais été écrite : « Il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Papon. » Lui, l’ancien lycéen qui fit mai 68 à Fougères et dont l’historien Fabrice Riceputi a raconté une trajectoire de « citoyen-chercheur » en rupture d’avec le PCF, est encore très seul avec cet objet de recherche marginal. Depuis le savoir qu’il a accumulé, il écrit : “Pour le moment, je persiste et je signe”. 

La tribune paraît dans Le Monde dans l’édition du 20 mai 1998 sous le titre “Octobre 1961 : pour la vérité, enfin” et est toujours accessible dans les archives du quotidien. Papon, qui n’avait pas porté plainte à la publication de La Bataille de Paris sept ans plus tôt, porte plainte. Condamné le  2 avril 1998 à dix ans de prison et à verser l’équivalent de 700 000 euros aux parties civiles, l’ancien préfet attaque Jean-Luc Einaudi. Ce sera un nouveau procès dans le procès, et une étape décisive pour stabiliser la connaissance qu’on a du 17 octobre 1961. A la barre, défileront une trentaine de témoins dont Pierre Messmer, qui était ministère des Armées à l’époque, ou encore l’historien Pierre Vidal-Naquet qui, le premier, avait nommé le “pogrom”. Des Algériens qui ont vécu l’événement témoignent aussi, ainsi que Brigitte Lainé et Philippe Gros, deux archivistes qui apportent, depuis leur accès au secret des archives, leur crédit empirique à la démonstration de Jean-Luc Einaudi – et qui le paieront d’une mise à l’écart durable, et profondément injuste. Au procès, Brigitte Lainé, qui a minutieusement épluché les archives judiciaires de septembre à décembre 1961, décrit par exemple : “Dès le mois de septembre, il y a une constante dans la mise en scène de la mort : une majorité de noyés, retrouvés dans la Seine ou les canaux parisiens, les mains liées ou avec des traces de strangulation ou de balles.” 

 

Au cœur des débats, le nombre de morts, mais aussi, et au-delà, la volonté de calfeutrer le tout. De dissimuler. Or les images de Georges Azenstarck montrent justement qu’on réprime une foule sans arme, et qu’on traîne des Algériens sur le sol. Sur une autre photo, Azenstarck a compté jusqu’à douze cadavres devant le 5, boulevard Poissonnière. Venu témoigner au procès que Papon intente à l’historien, le photographe utilise des mots comme “sauvagerie” et “déchaînement” pour raconter à son tour. Il dit : 

J’étais dans le labo photo avec Serge Gautier, ce soir du 17 octobre 1961. Je développais, pour le journal du lendemain, mes clichés de la manifestation de milliers d’Algériens entre République et Opéra », explique le photographe Georges Azenstarck, alors salarié du service photo de l’Humanité. « J’étais frappé par la dignité des manifestants qui défilaient pacifiquement, dignement, sans banderole, avec femmes et enfants. Ils avaient mis leurs plus beaux costumes. Ils étaient fiers de défendre leurs droits de Français du département d’Algérie. Soudain, on nous appelle. Il se passe des choses très graves sur le boulevard Poissonnière, juste devant le journal.

Et aussi :

L’horreur fut à son comble quand nous vîmes des policiers traîner sur le sol des corps d’Algériens inertes. Ils les traînaient par les bras, par les vêtements, par le col, puis ils les entassaient les uns sur les autres à même le sol, devant le portail du n° 5 du boulevard Poissonnière, à l’enseigne d’un journal qui s’appelait Noir et Blanc et qui faisait partie de l’immeuble du cinéma le Rex.

Jean-Luc Einaudi sera relaxé au terme de ce procès. Même survenu trente-huit ans plus tard, le témoignage du photographe, ainsi que ses tirages, sont d’autant plus précieux qu’il s’est d’abord agi de planches contact : ni le 18 octobre 1961 ni les jours qui suivront, L’Humanité ne publiera les images de Georges Azenstarck. Bien des années plus tard, en 2011, le journal publiera un petit entrefilet rétrospectif pour s’interroger : 

Pourquoi ? Les saisies, dont l’Humanité a maintes fois payé le prix, sont-elles, en cette période complexe, hyper violente, l’une des raisons de cette non-parution ?

Cette année-là, une nouvelle version du livre de Georges Azenstarck sur le 17 octobre 1961 venait de paraître. Le massacre s’écrivait désormais noir sur blanc, mais se regardait aussi sur papier glacé. Glaçant.

Chloé Leprince

 

Dans les bus 

 

On connaît désormais les modalités de la répression policière du 17 octobre 1961 à Paris, si l’on en mesure difficilement l’étendue. Écrivant chroniqueur, je ne suis pas historien. J’éprouve cette histoire, notamment, et je lis les historiens. Le relevé suivant de constats bien fondés, authentiques, peut servir à les récapituler.

Octobre 1961 a vu culminer à Paris un état de guerre non déclaré entre police française et immigration algérienne. Maintenant que cette guerre est reconnue historiquement, des tendances idéologiques qui longtemps l’ont déniée et occultée, en légitiment les méthodes répressives : puisqu’il s’agissait d’une guerre, tous les moyens étaient bons.

Et l’on fait l’impasse sur la notion de crimes de guerre, sur la disproportion des armements et l’inégalité des « armées » en présence, ainsi que sur le caractère civil et social de la très grande majorité des Algériens indépendantistes en France.

Pis encore, elles identifient ce combat de la police de Papon et de groupuscules fascistes, qui se disaient « anti-terroristes » dans les termes de l’époque, en effectuant une analogie avec la question de la lutte anti-terroriste dans les années 2010. Il s’ensuit un amalgame mensonger entre la lutte politique collective de la « guerre d’Algérie en France » et les menées criminelles d’infimes minorités ultra-islamistes de nos jours.

C’est potentiellement une menace contre une composante sociologique bien plus large que ces minorités, du fait des glissements racistes et anti-musulmans qu’effectue une opposition cryptée à une prétendue « invasion de l’islamisme ». 

Ce contexte actuel brièvement esquissé, la reconnaissance des contradictions sociales et politiques vécues ne doit pas être engloutie dans une « guerre des mémoires » qui les annulerait toutes au prétexte d’impartialité ou d’« objectivité » historiographique. Une connaissance véridique est nécessaire, et sur cette crise majeure elle est encore à se chercher. Car ce fut une crise majeure que le conflit politique entre la France gaullienne et l’immigration algérienne pour partie liée à la revendication indépendantiste.

On peut dire que cette immigration a marqué la première synthèse entre population française et population (post-)coloniale immigrée. Pour beaucoup, elle s’est effectuée malgré ses composantes (les Français n’étaient pas accueillants, dans leur majorité ; et qui choisissait avec plaisir l’exil, el ghorba ?). Elle a été ponctuée de drames tragiques. Ses conséquences s’étendent encore. Il ne faut pas en étouffer la mémoire, mais surmonter ce dont elle est porteuse. Encore faut-il le reconstituer. Les dénis enveniment.

Cet état de guerre ancien, institué peu à peu depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, n’a paru tel que lorsque ceux qui en étaient les victimes se sont dressés contre lui. Le 17 octobre 1961 est la date saillante de ce long processus. 

De tant de guerres on ignore toute comptabilisation plausible… De cette époque appréhendée dans son ensemble, on ne connaîtra jamais le nombre exact de morts, les broyés, les noyés, les expulsés par ce que l’on appelle depuis des charters, avions ou bateaux hebdomadaires, et perdus ou sacrifiés ailleurs. Plus ou moins. Les morts ici enregistrés comme envoyés dans le Sahara ; les morts au Sahara des suites des blessures infligées ici et restées sans soin ; les exécutés par la police grimés en victimes du FLN.

Ce dernier aspect à lui seul affecte toute statistique d’un cachet d’impossibilité sinon d’invraisemblance. L’un des torturés du livre la Gangrène l’évoque en 1959, ainsi que maintes fois des historiens et des témoins. Certains citent des propos récurrents de policiers, leurs vantardises, leurs menaces (en substance : on te laisse dans un coin avec un écriteau FLN en pseudo-signature.)

Par ailleurs, « beaucoup d’attentats commis par le MNA étaient mis sur le compte du FLN », publiait en 1962 le journaliste Jacques Duchemin (Histoire du FLN, éd. la Table ronde). Par attentat, à l’époque, on désignait surtout, non pas les ratonnades ni les lynchages occasionnels commis par des Français contre des Algériens, mais les combats ou les assassinats dont ces derniers étaient auteurs ou cibles. Des recensements évoquent un nombre important d’« attentats » secouant la capitale : il s’agit majoritairement de saccages ou de plastiquage de « cafés arabes ».

Donc, parmi les « victimes du FLN », les affectations officielles, dans les rapports de police, ou médiatiques, présentaient alors un niveau exagéré. On ne peut aujourd’hui l’interpréter comme un constat exact. Si, dans cette comptabilité atroce, la colonne « Algériens morts du fait du FLN » doit être diminuée d’un nombre que l’on perçoit important de victimes maquillées comme telles, ce sont d’autres colonnes de responsables qui s’en trouvent ipso facto augmentées… 

Un rapport interne du Service de coordination des affaires algériennes de la Préfecture de police, consacré à la lutte entre MNA et FLN, recensant les tués et leur appartenance, contredit absolument l’attribution au FLN des morts algériens trouvés partout cette année-là. Le bilan pour 1961 comptabilise 18 victimes membres du FLN et 5 membres du MNA.

Aucune de juin à décembre. On est bien loin du nombre de corps recensés. Ceci dément catégoriquement les assertions d’historiens récents (Rémy Valat, Jean-Paul Brunet…) selon lesquelles le nombre important de morts algériens cette année-là concerne des « victimes du FLN ».

Non moins logiquement, les cadavres « déguisés » étaient soit ceux d’Algériens non engagés (et, pour inclure toute possibilité, de quelques Italiens et Latino-Américains pris par erreur pour Algériens du fait de leur « faciès »), soit en majorité ceux de militants ou de sympathisants de la Fédération de France du FLN, liquidés pour cette appartenance – proportions difficilement mesurables, outre qu’aux meurtres circonstanciés se combinaient les défoulements aléatoires. 

Sans parler de ceux à jamais disparus, privés même de consignation administrative.

La mer, dit-on, rend toujours les corps de ses victimes, quand du moins on ne les balance pas d’un avion, coulées dans un bloc de béton. Mais les tempêtes de l’Histoire ne les restituent pas ainsi. Combien sont morts encore à la mémoire, anonymes de la vie et au-delà ?

Parmi les 389 Algériens assassinés ou disparus recensés pour l’automne 1961 par Jean-Luc Einaudi (Scènes de la guerre d’Algérie en France. Automne 1961, éd. Le Cherche Midi, 2009), 90 n’ont pas été identifiés : corps retrouvés, rendus méconnaissables par la durée d’un séjour dans l’eau d’un canal, par la cruauté de leur meurtre…

Un État qui, le 17 octobre, a pu réquisitionner les métros, les autobus, les plus grandes salles parisiennes de concert privées, les hôpitaux, les gymnases scolaires, était-il incapable de réquisitionner aussi des structures funéraires, un crématorium de banlieue ?

En Algérie, l’incinération-occultation des victimes de violences militaires ou civiles fut pratiquée, le fut sans doute massivement en 1945, au lendemain de Sétif et Guelma, pour prévenir les éventuelles enquêtes parlementaires ou internationales (Boucif Mekhaled, Chronique d’un massacre. 8 mai 1945…, coéd. Au nom de la mémoire – Syros, 1995, p. 206 ; et R. de Rochebrune, B. Stora, La Guerre d’Algérie vue par les Algériens, t. I, p. 79, éd. Denoël, 2011, cité par sa rééd. Folio Histoire, 2016). 

Était-il inconcevable d’importer en France, avec les méthodes coloniales, ces coutumes de « nettoyage » ?

Jean-Luc Einaudi (Octobre 1961. Un massacre à Paris, nouvelle édition augmentée, éd. Fayard, 2011, p. 87 ; cité ci-après Einaudi éd. 2011) rapporte un témoignage indirect d’un « déchargement de cadavres d’Algériens transportés à bord de camions » à Créteil, après le 17 octobre. « Les cadavres avaient été enfouis dans une fosse commune improvisée. » En 1999, des ossements furent trouvés au lieu dit, « à fleur de terre, en grand nombre ».

Puis les témoins se sont dédits, défilés. Une enquête préliminaire demeura sans suite. Un journaliste aussi trouva des ossements… Ces corps n’ont jamais été comptabilisés, enregistrés, recensés. Ils ne figurent pas dans les estimations statistiques des victimes algériennes de 1961.

Aux probables inhumations clandestines des autorités s’ajoute un autre facteur : les indépendantistes algériens ont enterré des leurs sans que ces victimes soient numérées officiellement par l’administration française. On sait que des bidonvilles comportaient des zones affectées aux inhumations.

Plusieurs témoignages évoquent ce recours s’agissant de la manifestation du 17 octobre. Selon le journaliste Jacques Derogy (dans l’Express du 19 octobre 1961), ce sont des militants du FLN qui, vers minuit, vinrent emporter les cadavres du boulevard Bonne Nouvelle, célèbres si l’on peut dire par les photographies et témoignages d’un journaliste de l’Humanité, mais qui disparurent eux aussi des statistiques archivistiques.

Cette pratique est corroborée par une note d’une assistante sociale, B. Gall, travaillant en relations avec des Algériens de Nanterre. Dans son journal, à la date du 22 octobre semble-t-il, elle écrit : « Rencontré P. ce soir [tous les noms sont abrégés sans doute par discrétion, sinon par sécurité]. Un de ses amis a participé au ramassage des morts dans les rues de Paris. Il affirme qu’il en a compté 78. » (Cité par J.-L. Einaudi, éd. 2011, p. 436.) Voici une « série » de quatre-vingts morts absents des registres susceptibles d’être objectivement recensés.

Comment expliquer la différence entre les victimes comptabilisées et la surabondance de témoignages en des lieux et des moments différents ? Que penser de ce rapport publié dans sa livraison de novembre 1961 par l’Ouvrier algérien en France, organe clandestin depuis 1958 de l’Amicale générale des Travailleurs algériens (structure syndicale créée par le FLN) et intitulé « Un rescapé du Pont de Neuilly vous parle… » ?

« Pont de Neuilly, 17 octobre, 20 h 15. – Trois barrages successifs de “flics”, entre le métro et le pont. Un quatrième barrage préventif (!) de harkis. Tout ce “beau monde” prétendant maintenir six mille manifestants [venus des bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers] entre le pont de Neuilly et le rond-point de la Défense.

» Des cars prennent position dans les rues adjacentes. Un signal a été donné et, de leurs positions respectives, les flics stationnés dans ces rues ouvrent délibérément le feu, durant trente et une minutes très exactement, laissant sur le pavé une centaine de corps.

» La foule se scinde. Un groupe de deux cents frères algériens (hommes, femmes, enfants) se réfugient dans un chantier de construction rue Jean Jaurès et rue Bellini, à Puteaux. Les flics découvrent la retraite et font feu. Un autre groupe, se dirigeant sur Courbevoie, est pris en chasse par des civils munis de manivelles, certains armés de revolvers. D’autres préfèrent foncer, en voiture, sur la foule. Avenue De Gaulle, entre Puteaux et Courbevoie, l’autobus 161 fonce sur les frères, laissant derrière lui un tableau effroyable. Au pont de Charlebourg, à Colombes, un autre conducteur de l’autobus 161 fait de même, après avoir demandé aux passagers de s’accroupir !

» Quant aux frères qui se trouvaient encore çà et là, la police les jeta dans la Seine. Certains, qui tentaient de regagner la berge en nageant, furent mitraillés, le reste emporté par le courant. Ceux qui furent repêchés se trouvent à Vincennes [au Centre d’identification].

» […] À 5 heures du matin, les habitants de l’avenue De Gaulle lavent les trottoirs (sans commentaire !). Une horde de jeunes gens en vélomoteurs se fait un plaisir de découvrir tout Algérien réfugié dans un couloir pour le signaler aux flics. […] »

Qu’en penser ? est-ce amplification militante ? Dans de tout autres crises socio-historiques les rumeurs, recoupant des aperçus épars, ont pu accroître l’estimation du nombre des victimes. Ensuite les rapports officiels, constatables dans l’objectivité historiographique, se révèlent souvent moindres. Tant de morts disparaissent, si je puis dire, à un second degré, dont plus rien d’objectivable ne demeure… L’« exactitude » se situe dans quelque indiscernable « entre-deux ».

Mais ici ce ne sont pas rumeurs recoupées par la passion ou le calcul. Des consignes internes du FLN, durant l’automne 1961, demandaient que soient remontés les témoignages précis sur les menées, les meurtres expéditifs, de la police parisienne. Des cas sont cités en divers tracts et communiqués, qui se recoupent. On ne recherchait pas des rumeurs. On recensait des faits.

Des noms, des adresses, des circonstances sont établis, méthodiquement, dirait-on par un avocat, pour lequel, vu le contexte, il était aussi inutile d’extrapoler que de ne pas être exact. 

Serait-ce alors une instrumentalisation idéologique, un calcul, selon lequel, plus on accroîtrait le nombre des victimes, et plus le cas serait gravissime pour l’« opinion publique » ? Ce procès d’intention est privilégié abusivement par des historiens expliquant la manifestion non-violente du 17 octobre par un plan machiavélique de la haute direction du FLN, plan selon lequel un ordre unilatéral de sortir malgré le couvre-feu de Papon condamnait les Algériens à une répression qui scandaliserait la France. Mais quelle opinion publique ? 

Celle qui soutenait policiers et bénévoles dans leurs basses œuvres ? Sur ce plan, tandis que l’on privilégie (pour sauver l’image de la gauche française) la minorité qui sut témoigner du sort fait aux Algériens en France, il convient de souligner son absence d’influence, fréquemment évoquée, notamment par Pierre Vidal-Naquet dans ses Mémoires. Aurait-elle enregistré les crimes dont l’information lui était transmise par la Fédération de France, les aurait-elle tous divulgués, elle n’aurait pas été davantage entendue. Il y eut de sa part des rapports honnêtes et courageux, mais forcément partiels : les soutiens n’étaient pas partout. 

Grossir, amplifier, à l’époque, ne servait à rien. Et il n’en était pas besoin : la réalité suffisait. On la minorait, on la négligeait ; en même temps on la revendiquait sans occasionner de scandale majeur.

Les scènes décrites dans ce témoignage du Pont de Neuilly – où s’avançaient en groupes serrés les habitants des bidonvilles proches – présentent de ce fait une concentration plus importante. Mais elles eurent encore leurs analogies attestées, au quartier Latin, sur les grands boulevards : pas d’armes à feu, dans l’ensemble ; les matraques manches de pioches…

Ou avec cette « farce » de policiers : ils en voulaient à Maurice Papon, jugé trop timoré sans doute. Dans l’enceinte même de la Préfecture, cette nuit du 17, on poussa des groupes d’interpellés algériens vers les appartements du préfet. Celui-ci prit peur ; il convoqua d’autres troupes pour s’interposer. Et toutes, confraternellement réunies, assommaient les Algériens à coups de bancs. Selon un témoin, « s’ils ne sont pas morts, ils avaient la tête dure ». Sans certitude, des témoignages d’administrateurs de la police réprouvant cette barbarie estiment probable et a minima le nombre de quatre-vingts décès. Voici encore une « série ». Cette « souricière » était fameuse parmi le personnel de la police.

Bien sûr les « cent corps » laissés sur le pavé autour du Pont de Neuilly après une demi-heure de mitraillage n’étaient pas tous morts, une proportion était blessée seulement : vouée à la Seine ? ailleurs ? En une demi-heure, combien une mitraillade atteint-elle de civils massés et encerclés dans une nasse ? Son ampleur en tout cas n’est pas exagérée. Le journaliste Jacques Derogy, présent le 17 octobre en certains points des cortèges algériens, évoque également une mitraillade d’une demi-heure au pont de Neuilly (Archives de l’Express, article du 19 octobre 1961 réédité sur internet en 2012).

Un autre témoignage cité par J.-L. Einaudi (éd. 2011, p. 313-314) est celui d’un appelé chargé des transcriptions des messages radios de la police. Il a capté des messages émanant de gendarmes mobiles qui « avaient pris en tenaille, sur un pont, des manifestants qu’ils balançaient dans la Seine […]. Nous les entendions annoncer sur un ton de victoire : “Dix bougnoules de plus” ; “Encore quinze ratons à la flotte”.

Lorsque la répression touche à sa fin, un décompte final est communiqué. Il fait état de 200 victimes… au bas mot. » Le témoin, in La Montagne, 12 février 1999, poursuit : de retour à leur caserne, ces gendarmes ingurgitent force bières ; « L’alcool aidant, les commentaires, à connotation ouvertement raciste, allaient bon train. Et ils confirmaient, en les amplifiant même, les informations qui nous étaient parvenues. À certains moments, nous avons même entendu parler de 300 “bicots” jetés à la Seine. » D’autres témoignages font échos à ces vantardises : « À l’arrivée des car de police [au Palais des Sports], les CRS se congratulaient pour leurs exploits : “Neuf dans mon coin” – “Dix dans le mien”. » (éd. 2011, p. 415).

Trois cents victimes cette nuit-là imputables à certaines parties des forces de l’ordre en présence, et jetées dans la Seine. Auxquelles s’ajoutent les noyés ailleurs, les tués sur place ramassés par des membres du FLN, les quatre-vingts morts au bas mot tabassés à coups de bancs dans la Préfecture, les morts plus tard, des suites de leurs blessures, dans les bidonvilles ou les garnis…Probablement inhumés discrètement par les leurs ou les frères. Et ceux réexpédiés blessés « au bled ».

Sur cette même question, un autre témoignage cité p. 326 : La nuit du 17, dans un café, près du Palais des Sports où sont parqués des raflés, un journaliste converse avec six militaires qui « lui racontent qu’ils sont fatigués car ils viennent de charger beaucoup de cadavres dans des cars de police pour être jetés à la Seine. Ces victimes sont décédées après avoir été embarquées. Elles s’ajoutent aux 300 évoqués plus haut.

Et encore, en p. 333, cet autre extrait du témoignage de Gérard Monate (policier ancien résistant, co-auteur du communiqué Un groupe de policiers déclare du 31 octobre 1961) : des agents de l’Institut médico-légal lui ont « assuré qu’à leur niveau il y a eu plus d’une centaine de corps qui ont été dirigés vers l’IML. […] Sur instruction, les corps étaient rejetés à la Seine. »

Aux « beaucoup de cadavres » transportés depuis le Palais des Sports, s’ajoutent donc ces « plus de cent » rejetés depuis l’IML. G. Monate : « Il y a eu au moins cent victimes [arrivés à l’IML], cela c’est sûr, mais je pense qu’il y en a eu beaucoup plus. » L’IML était situé en bordure de la Seine ; les corps largués n’étaient pas enregistrés officiellement : les sources plus tard constateraient peu de décès ce soir-là, rapporteront Brunet et d’autres. On ne saura non plus la nature de leurs blessures, les causes du trépas.

Rien que par ces trois « séries », on atteint 560 morts au moins

Des infirmiers d’un hôpital militaire intervenus au Palais des Sports trouvent encore le 19 octobre des blessés (plus de 800 personnes souffrant au moins d’une fracture). « Selon des informations transmises par leurs contacts dans les hôpitaux et les services de santé […], ils évaluent le nombre des morts à 80. » (Cité par J.-L. Einaudi, éd. 2011, p. 381.) Ceux-ci ont été constatés parmi les blessés étant parvenus ou apportés à un hôpital et forment donc une nouvelle « série ».

On sait que beaucoup d’Algériens évitaient de consulter les hôpitaux, anticipant les rafles qui s’y déroulaient. On sait que beaucoup, jetés à la Seine, ne passaient pas par les hôpitaux ni par l’IML. Ces 80 morts, sauf approximation de l’expression qui associerait les morts en hôpital et ceux dont ces témoins ont entendu parler, comptent parmi ceux qui n’étaient pas morts dans les rues, dans la Seine, à la Préfecture, au Palais des Sports ou autres lieux de rétention, qui n’avaient pas été transportés à l’IML. Une part au moins s’ajoute donc aux plus de cinq cents évoqués pour ces différents « statuts ».

Mettre en relation ces « faits divers » suggère un nombre de victimes bien supérieur à la soixantaine dénombrable preuves à l’appui pour cette seule nuit ; et bien supérieure aux 300 que Jean-Luc Einaudi, dans ses premières recherches, a pu recenser pour l’automne 1961. 

Que penser encore de ce témoignage ultérieur d’une femme dont le père avait manifesté le 17 octobre ? Lorsqu’elle était enfant, il lui transmit comme une évidence que, le 18, autour de 150 blessés moururent ici et là, des suites de leurs blessures, dans des caves, des cabanes, des meublés. (Consulter un hôpital était absurde : les policiers contrôlaient ceux-ci ; des services sanitaires et des docteurs dénonçaient immédiatement les « basanés » blessés.) Cet homme ne faisait pas propagande, n’avait aucun motif d’amplifier. Il disait à sa fille ce que ses frères et lui savaient bien, sans attendre que ce soit consigné, numéré, officialisé, reconnu… À l’époque, il pouvait centupler, ou oublier, ceci n’impliquait aucun enjeu public. Il était de ceux que ce monde n’écoute pas.

Que conclure de cet autre témoin de l’époque, selon qui, à l’immense bidonville de La Folie et dans d’autres bidonvilles du secteur, il y avait, le soir du 17 ou le lendemain, « un blessé dans chaque cabane » ?

Je ne veux alimenter une vaine querelle de chiffres. Peut-être moins ou plus nombreux ne signifie pas moins ou plus monstrueux. Cette monstruosité rend superflu le gonflement de statistiques incalculables. Estimées par des témoignages fragmentaires, les différentes « séries » évoquées ici avoisinent 640 décès a minima la nuit même, auxquels s’ajoutent les 150 blessés réfugiés chez eux et décédés les jours suivants. 

Pour les estimations chiffrées, Jean-Luc Einaudi (éd. 2011, p. 531) récapitule et actualise en fin de ce livre : 316 morts en septembre et octobre 1961 (dont 88 non identifiés), auxquels s’ajoutaient 73 disparitions. Parmi ceux-ci, 156 cas sont « constatés à partir du 17 octobre ». Sur la base de ce qui reste de statistiques encore constatables dans les administrations policières et hospitalières, il pose la question « complémentaire » des matraqués dans la « souricière » de la Préfecture (50 à 60), et des cadavres rejetés par l’IML (80 ?) – chiffres toujours minimaux.

On peut se demander si la maladie qui l’a emporté rapidement en 2014 ne l’a pas empêché de poursuivre et de synthétiser ses recherches devant les nouveaux témoignages disparates parvenus ou exhumés après la parution de ses premiers ouvrages, car, et ce n’est pas une critique à son encontre, les différents éléments qu’il accumule outrepassent son estimation initiale. 

Il faut ajouter à ces différentes « séries » les ratonnades fréquentes dans la banlieue parisienne durant les nuits des trois mois suivants (grand nombre de rafles à Nanterre et dans d’autres secteurs, accompagnées de meurtres par dizaines éparses). Un témoignage tardif d’un policier cité par Jean-Luc Einaudi (éd. 2011, p. 352) : « On s’est retrouvés dans cette zone des pavillons de Colombes […], il était déjà vingt-trois heures [le 18 octobre]. […] On tirait sur tout ce qui bougeait… C’était l’horreur, l’horreur. […] Pendant deux heures, deux heures, ça a été la chasse à l’homme et là ça a été véritablement terrible, terrible, terrible ! […] Il y avait un car qui nous suivait, un car de police, qui était chargé de ramasser les manifestants, et lorsqu’on est allés dans ce car […] ben il y avait des morts quoi… »

Terrible expression de l’intensité de ces chasses à l’homme, qui se sont poursuivies les jours suivant le 17, ponctuées par des mises à mort préméditées, quasi automatiques et sans motif avouable, hors toute interpellation et procédure, enquête… Combien un « panier à salade » de l’époque pouvait-il contenir de corps ? Dix, quinze ? Au bas mot. Des fourgons utilisés également à l’époque contenaient davantage de places. 

Si l’on retient la somme des différentes « séries » elles-mêmes approximatives, comme une estimation minimale, on n’atteint pas 2 (estimation policière de l’époque), 30 ou 60 (chiffre avancé par des historiens hostiles après 2011), ni même deux cents à trois cents (estimation courante) morts consécutifs à la manifestation du 17 octobre. On atteint 640, plus 140 (les décès des suites des blessures), plus… des dizaines de raflés ou, pas même interpellés, de « ratonnés » les jours suivants.

Une conclusion avoisinerait ainsi les 800 morts. Et vu ce que l’on sait de ce que l’on ne peut savoir (les inhumés en fosse commune, par exemple), l’hypothèse du millier de décès peut être considérée comme moins inadaptée.

Auteur

Jean-Louis Mohand Paul

BIOGRAPHIE & INFORMATIONS

Nationalité : France

Biographie :

Jean-Louis Mohand Paul est un professionnel du Livre.

Correcteur, metteur en page, éditeur, traducteur de l’anglais et de l’ancien français, il est auteur d’un manuel de microtypographie et de plusieurs essais.

Romancier, il a publié « Panthéon » (2006), « Les pseudonymes » (2017), « Le faux-fils » (2019).

 

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