ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

7 octobre 2020

TOOTS HIBBERT (TOOTS AND THE MAYTALS) 15 09 20

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 14 h 21 min

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 festival rock dans tous ses états 2004 photos Squale

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Ayant appris récemment le décès de Toots Hibbert leader du groupe Toots and The Maytals. C’est tout naturellement que nous lui avons consacré une émission. Que vous pouvez retrouver sur

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En seconde partie l’actu de la semaine

Mort du musicien jamaïcain Toots Hibbert, apôtre du reggae

Le chanteur du groupe The Maytals est mort vendredi à Kingston, capitale de la Jamaïque, à l’âge de 77 ans.

Avec son groupe Toots & the Maytals, il était l’un des premiers à avoir utilisé le mot « reggae », qui donna son nom au célèbre style musical. Le musicien jamaïcain Frederick Nathaniel Hibbert, dit « Toots », est mort vendredi 11 septembre à Kingston à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille. Il avait été plongé dans un coma artificiel depuis le début du mois, après avoir été admis à l’hôpital en raison de problèmes respiratoires.

Né en 1942 à May Pen, en Jamaïque, multi-instrumentaliste, songwritter et showman, Toots était considéré comme le plus grand chanteur de reggae vivant. Après la mort de ses parents, dès son adolescence, il s’installe dans le quartier de Trench Town, à Kingston, où la scène musicale locale est alors florissante, passant des fêtes de rue aux studios d’enregistrement et attirant de futures stars telles que Bob Marley ou Desmond Dekker. En 1962, il forme The Maytals avec Henry « Raleigh » Gordon and Nathaniel « Jerry » Mathias. Rapidement repérés par le producteur de disques jamaïcain Sir Coxsone, ils signent chez le célèbre label Studio One et gagnent en popularité.

Alors qu’à l’époque, le ska est la musique la plus populaire en Jamaïque, The Maytals s’orientent vers le rocksteady, une musique au rythme plus lent et donnant plus de place au chant et aux claviers.

En 1968, le groupe sort Do the Reggay, chanson qui restera largement reconnue comme celle qui donna son nom au genre musical. « Quand une fille n’était pas très jolie ou qu’elle n’était pas très bien habillée, on avait l’habitude de dire qu’elle était “streggay”. Un jour, je jouais et je ne sais pas pourquoi mais j’ai commencé à chanter : “Do the reggay, do the reggay” – c’est sorti comme ça », expliquait-il au Daily Star en 2012. « J’aurais peut-être pu l’appeler « streggay » si j’avais réfléchi plus longtemps. Ce serait quelque chose, si tout le monde dansait sur de la musique streggay. »

Figure centrale du reggae avec son groupe The Maytals, même s’ils furent éclipsés par Bob Marley & The Wailers, le chanteur Frederick Nathaniel – dit « Toots » – Hibbert est mort vendredi 11 septembre à Kingston, en Jamaïque. Agé de 77 ans, il avait été admis cet été à l’hôpital pour difficultés respiratoires et avait été plongé dans le coma.

A tout seigneur tout honneur. Toots Hibbert est en effet tenu non pas pour « l’inventeur » du mot reggae, mais certainement comme celui qui l’a pour la première fois employé dans une chanson avec Do the Reggay, en 1968. Ce terme de patois jamaïcain est alors apparu pour qualifier cette « nouvelle danse qui se répand en ville », comme le chante Toots Hibbert. Do the Reggay est un rocksteady, le genre alors dominant dans l’île, héritier du ska, dont il a considérablement ralenti le tempo. Et le chaînon vers ce reggae qui déferlera sur la planète après la découverte de la bande-son du film The Harder They Come (1972)qui comporte deux titres des Maytals, Sweet and Dandy et Pressure Drop.

Timbre chaud et rauque

Plus intéressantes que ce titre de gloire, qui avait déjà établi la postérité de Toots Hibbert, sont ses capacités vocales. Il fut un des plus vibrants et éloquents chanteurs jamaïcains, avec un timbre chaud et rauque, plein de dynamisme et de joie de vivre, très proche de ceux des shouters du rhythm’n’blues, à commencer par Otis Redding et Wilson Pickett. Lui-même citait Ray Charles comme un modèle. Il rendit hommage à ces cousins d’Amérique en 1988 avec l’album Toots in Memphis (1988).

Ce qui n’est guère surprenant, car à l’instar des soulmen, le garçon, né le 8 décembre 1942 dans la communauté rurale de May Pen (à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Kingston), avait été formé à la meilleure des écoles de chant populaire, celle du gospel. Ce huitième enfant d’une famille adventiste fut tôt brisé par le malheur, orphelin de mère à l’âge de 8 ans, puis de père trois ans plus tard, et dût partir gagner sa vie dans la capitale.

Il travaille dans un salon de coiffure dans le quartier de Trenchtown, épicentre des révolutions musicales de l’île, quand il rencontre en 1962, année de l’indépendance de la Jamaïque, les deux autres membres de ce qui formera The Maytals, Ralphus « Raleigh » Gordon et Nathaniel « Jerry » Matthias. Le trio vocal publie ensuite quelques singles enregistrés dans le réputé Studio One de Coxsone Dodd, accompagnés par les non moins fameux Skatalites. Tout semble lui sourire quand, en 1966, Bam Bam remporte un concours national de chansons. Mais l’année suivante, Toots Hibbert est arrêté pour possession de ganja. Il passera sept mois derrière les barreaux, contretemps qui lui inspira la chanson 54-46 That’s My Number, dont la suite « libérée », logiquement titrée 54-46 Was My Number, est devenue un standard du reggae.

 

Toots Hibbert, dernier d’une famille de sept enfants, est né en Jamaïque à May Pen dans la paroisse de Clarendon et a grandi en chantant du gospel dans la chorale d’une église baptiste. Adolescent, Toots Hibbert s’installe à Kingston au début des années 1960, il rencontre Raleigh Gordon et Jerry Matthias et ensemble ils forment “ The Maytals ”. Puis en 1962, ils sortent leur premier disque de ska chez Studio One. En 1966, ils remportent le festival jamaïcain de concours de chant avec Bam Bam : ils sont alors considérés comme l’un des plus grands groupes vocaux de la Jamaïque et enregistrent avec des producteurs tels que Coxsone DoddPrince BusterByron Lee et Leslie Kong. Ils remportent le titre deux autres fois avec des chansons écrites par Hibbert : en 1969 avec Sweet and Dandy et en 1972 avec Pomps & Pride.

Fin 1966, Frederick « Toots » Hibbert est emprisonné pour détention de marijuana durant dix-huit mois. C’est alors qu’il porte le matricule 54-46. Il en fera un tube dès sa sortie de prison, 54 46 That’s my number. Quelque temps plus tard, il sort le titre Do the Reggay : même si l’orthographe n’est pas celle du genre musical, il est le premier à utiliser le mot « reggae ». Matthew Sherman précise ainsi : « Le reggae était né. Toots annonça ce nouveau son avec le titre précurseur Do the Reggay. (…) Toots ne pouvait pas se tromper en enregistrant pour Leslie Kong. Avec les Beverley’s All-Stars (Jackie Jackson, Winston Wright, Hux Brown, Rad Bryan, Paul Douglas et Winston Grennan), noyau de musiciens constant et la brillante harmonie des Maytals… » 

Le premier album de Toots and the Maytals distribué par le label Island Records de Chris Blackwell fut Funky Kingston. Le critique musical Lester Bangs décrivit l’album dans Stereo Review comme « la perfection, l’ensemble le plus passionnant et diversifié de chansons de reggae par un artiste… » Chris Blackwell a entretenu un fort engagement envers Toots and the Maytals.  Il a dit : « Je connais Toots depuis plus longtemps que n’importe qui – bien plus longtemps que Bob (Bob Marley). Toots est un des êtres humains les plus purs que j’ai rencontré dans ma vie, pur presque à l’excès

L’influence de la musique soul, ou rhythm’n'blues, mais plutôt côté « Stax » que « Motown » a toujours été nette dans sa musique : il suffit de constater le nombre de ses reprises de Otis Redding, Ray Charles, The Neville Brothers, ou même Van Morisson, etc. L’influence est, dans de nombreux titres, évidente. F. Hibbert ne s’en cache d’ailleurs pas : voir les titres : Reggae Got SoulToots in Memphis.

En 1980, son disque Live, enregistré en concert, est mixé et pressé dans la nuit : il est sorti et vendu le lendemain du concert dans les magasins à Londres. F. Hibbert se sépare de Jerry et Raleigh en 1982, ce qui annonce la fin des Maytals d’origine ; mais Toots a malgré tout gardé le nom : les Maytals sont à présent les musiciens de Toots (qui en change souvent).

 xxie siècle

Toots Hibbert est encore actif et sort régulièrement de nouveaux disques notamment le très remarqué True love, album de duos avec Ben HarperShaggyEric ClaptonKeith Richards et bien d’autres

Il fait toujours de nombreuses tournées à travers le monde et son groupe a remporté le Grammy du meilleur album de reggae en 2004.

En 2005, Willie Nelson a sorti un album de reggae intitulé “Countryman” auquel Hibbert a participé sur la chanson “I’m a Worried Man”. Hibbert a également participé au clip officiel de “I’m a Worried Man” de Willie Nelson, qui a été filmé en Jamaïque.

En 2006, Toots participe à l’album Radiodread des Easy Star All-Stars, où il chante une reprise du titre Let Down issu de l’album OK Computer de Radiohead, repris intégralement par ce collectif reggae.

En 2007, Toots Hibbert a figuré dans la sortie officielle de la vidéo du concert de “ Willie Nelson and Friends – Outlaws & Angels ”.

En 2007, il a signé le duo Adieu Haïti avec le chanteur français Raphael

En 2009, Toots Hibbert collabore avec le producteur exécutif Malik Al Nasir de MediaCPR et Sidney Mills de Steel Pulse, qui a produit l’album du percussionniste jamaïcain Larry McDonald, Drumquestra. Son titre s’appelle « What about the Children ? », et est accompagné d’un clip tourné à New York. La même année il a également chanté avec le groupe de reggae de l’Iowa Public Property sur leur album Work to Do.

Toots Hibbert a également été juge pour les 10e Independent Music Awards pour soutenir les carrières des artistes indépendants. 

Toots Hibbert a collaboré avec le groupe de southern rock/blues, JJ Grey & MOFRO de Jacksonville en Floride. Il apparaît sur leur chanson, « The Sweetest Thing » sur leur album Georgia Warhorse.

Toots Hibbert est apparu dans le documentaire de 2011 “Reggae Got Soul: The Story of Toots and the Maytals” / “Le reggae a de l’âme: l’histoire de Toots and the Maytals” qui a été diffusé sur la chaîne BBC et a été décrit comme “l’histoire jamais racontée de l’un des artistes les plus influents à avoir jamais émergé de Jamaïque”. Le documentaire inclut Marcia GriffithsJimmy CliffBonnie RaittEric ClaptonKeith RichardsWillie Nelson, Anthony DeCurtis, Ziggy MarleyChris BlackwellPaolo NutiniPaul DouglasSly Dunbar, et Robbie Shakespeare

Toots Hibbert a rejoint les Red Hot Chili Peppers pour une interprétation de « Louie Louie » pendant leur concert du 31 décembre 2011 organisé par le milliardaire russe Roman Abramovich à Saint-Barthélemy. L’entrée était sur invitation uniquement et environ 300 invités dont George Lucas, Martha Stewart, Marc Jacobs et Jimmy Buffet assistèrent à la fête dans la propriété d’Abramovich d’une valeur de 90 millions de dollars.

En mai 2013, Toots Hibbert a été blessé à la tête après avoir été atteint par une bouteille lancée pendant un concert au River Rock Festival de Richmond, le forçant à annuler plusieurs mois de concerts. La bouteille avait été lancée par William C Lewis. Lewis faisait face à une condamnation pour blessure malveillante mais il plaida coupable pour des charges moindres. Malgré une lettre de Toots au juge dans laquelle il plaidait, « C’est un jeune homme, et j’ai entendu parler de ce qui arrive aux jeunes hommes en prison. Ma propre peine et souffrance serait accrue de savoir que ce jeune homme pourrait connaître ce sort », le juge condamna Lewis à six mois de prison.

Toots and the Maytals ont été cités comme inspiration par d’autres musiciens quand il s’agit de la longévité de carrière. L’artiste jamaïcain Sean Paul explique ceci en disant: « J’ai vu des gens formidables dans mon industrie, vous savez, des gens comme Toots … Toots and the Maytals. Toots, c’est un grand artiste de reggae et il est toujours actif… Il est là depuis des années et il est actif. Ce genre d’artistes m’inspirent. Je sais que je vais continuer à faire de la musique aussi longtemps que je peux»

Le 25 juillet 2018, Toots and the Maytals ont joué leur nouvelle chanson « Marley », un hommage à Bob Marley, en live pour la première fois lors de The Tonight Show Starring Jimmy Fallon

Le 26 juillet 2018, Rolling Stone s’est associé à YouTube Music pour « The Rolling Stone Relaunch » pour célébrer la refonte du magazine et du site web, en plus du récent lancement de YouTube Music. Il marque le début d’un accord de partenariat entre Rolling Stone et YouTube Music, fournissant des contenus numériques exclusifs et des expériences artistiques pour les utilisateurs. L’événement, tenu à Brooklyn, a accueilli 500 initiés de l’industrie de la musique et présenté une performance musicale de Shawn Mendes. La soirée s’est terminée par une performance spéciale par Toots and the Maytals, dont le chanteur Toots Hibbert a été nommé par Rolling Stone comme un des 100 plus grands chanteurs. Le concert a été filmé pour la série nommée aux Emmy Awards « Live from the Artists Den »

En août 2020, Toots Hibbert est admis en soins intensifs à l’hôpital, puis plongé dans un coma artificiel, à la suite de « complications respiratoires » et une suspicion de Covid 19. Il meurt brutalement le 11 septembre 2020, quelques jours seulement après des rumeurs évoquant déjà sa mort, et démenties dans la foulée par la ministre de la culture jamaïcain. Toots Hibbert venait juste de sortir un album Got to be Tough qui signait le retour attendu du mythique groupe Toots and The Maytals, et il donnait encore des concerts en janvier 2020

Les prémices de la musique en Jamaique

 

Le Mento

A la fin du XIX, un style de musique jamaïcain commence à émerger, il s’agit du Mento. Ses origines sont à la fois africaines et européennes. Cette musique fut dans un premier temps importée par les planteurs blancs dans les Caraïbes. Elle a ensuite envahit les zones rurales de la Jamaïque et rayonne dans les Caraïbes en général. Le mento mobilise des instruments tels que le banjo, la guitare, la flûte, des percussions, un piano, un saxophone de bambou ou encore un violon.  Les textes des morceaux de mento font référence à des critiques de la société, de la politique ou des textes qui parlent d’amour.

Harry Belafonte Jamaica Farewell, repris par Daddy Nuttea dans les années 90.

L’introduction du R&B en Jamaïque

Le jazz et le rhythm & Blues apparaissent en Jamaïque au cours de la seconde guerre mondiale. Ce sont les soldats américains qui ont contribué à faire découvrir ces nouveaux styles aux jamaïcains. La Jamaïque est un pays pauvre avec des écarts de richesse très élevés entre riches et pauvres. La plupart des habitants de l’île n’ont pas les moyens de s’acheter des enregistrements.

A partir des années 50’s, pour faire découvrir les morceaux à une masse importante de jamaïcains, les maisons de disque locales ont eu l’idée d’équiper un van d’un transistor afin de diffuser les sons dans les endroits publics. C’est l’apparition des fameux Sound System jamaïcains. Ils sont animés par un « selekter » ou Disc Jockey. Contrairement aux DJ de musique électronique, ils ne se contentent pas de diffuser les morceaux mais parlent également en rythme sur les morceaux qu’ils passent. Dès le départ, le DJ ou le Toaster devient un élément indispensable à tout évènement musical jamaïcain.

Les selecters se livrent à une concurrence sans merci pour rassembler le plus de personnes possibles. Ils tentent d’obtenir des exclusivités pour se démarquer les uns des autres. A cette époque, on dénombre notamment quatre grands selecters, King Edwards, Clément Coxsone qui sera le fondateur du magique Studio One, Prince Buster et Duke Reid. Ils passent du swing, du boogie, du jazz, du rhythm and blues. Ces courants musicaux vont également être le moteur du premier style de musique inventé par les Jamaïcains, le Ska.

Le caractère fortement marqué live explique que les premiers enregistrements de morceaux n’interviendront qu’à la toute fin des années 60’s. L’un des tous premiers morceaux de Sound System enregistré est celui de King Stitt, le titre se nomme Fire Corner. Il ne chante pas encore mais parle bien en rythme.

A partir de 1958, les premiers artistes de jazz et de R&B Jamaicains font leur apparition et sont enregistrés par des petits producteurs locaux. On peut citer par exemple le morceau « Muriel » d’Alton et Eddy. Un morceau à la croisée des chemins entre mento jamaïcain, rhythm and blues et jazz. Les textes oscillent notamment entre balades et chansons d’amour.

Le boogie woogi est également un son qui cartonne en Jamaique. On peut notamment citer le morceau de Bill Doggett, Honky Monk

Un nouveau rythme apparait, le shuffle jamaicain, mélange de musique mento, latines, gospell et R&B.

Easy Snappin – Theophilus Beckford

Au niveau des instruments, on trouve batterie, cuivres dont le saxophone est le plus répandu. Les chanteurs disposent de voix très puissantes. Le R&B est une source d’influence créative pour de nombreux musiciens. Il est à l’origine de l’émergence du style Rock’n Roll. Néanmoins, ce style va rapidement s’effacer au profit du rock des Rolling Stones, ou de la Soul de James Brown. En revanche, il serait un véritable contre-sens de confondre le Rhythm and Blues d’origine avec le RnB français qui n’a absolument rien à voir, puisque ce dernier est un dérivé du rap.

 

Ska/Rocksteady, l’identité musicale jamaïcaine se forge petit à petit

 

Le ska

En 1960, le Rhythm and Blues Shuffle va connaitre une révolution majeure. En effet, le rythme syncopé du boogie habité par le contretemps va se renforcer, pour devenir le socle de la future musique inventée en Jamaïque, le ska. A la suite de la mort du célèbre jazzman jamaïcain, Eric Dean, son groupe deviendra le groupe d’enregistrement attitré du studio d’enregistrement de Clément Coxsone Dodd, fondateur du très renommé Studio One. Le batteur Lloyd Knibb, futur membre de la formation des Skatalites, décida de modifier encore le rythme du shuffle. Celui-ci devient un quatre temps, encadré par la guitare, le clavier et les cuivres. Les morceaux ne sont pas forcément vocaux mais font danser toute l’île de la Jamaïque au cours des sound system.  Le nouveau rythme sera baptisé Ska, mélange de jazz, chants rhythm and blues et woogie shuffle. Au niveau des intruments, c’est un équilibre mélodique entre batterie, cuivres, guitare et contrebasse. En ce qui concernent les textes, ils parlent beaucoup d’amour et les histoires de Gangsters et des mauvais garçons (appelés « rude boy » par les jamaïcains) commencent à émerger

L’indépendance de la jamaique va confier au ska, un puissant rôle identitaire à l’île. C’est la première musique 100% jamaicaine.

Prince Buster est une des principales figures de l’éclosion du ska. Il a participé à sa montée en puissance en produisant des morceaux au sein de sa maison de disque et en assurant sa promotion au cours de ses Sound System. Un des premiers morceaux de ska qui a fait connaitre cette musique hors des frontières jamaïcaines fut le morceau « Al Capone » de Prince Buster, sorti en 1965. Tandis que le premier morceau de ska tout court fut l’œuvre de Millie Small, « My Boblollypop » en 1964. Le ska va largement influencer des artistes anglais à se lancer sur le créneau, à l’exemple de Madness, The Toaster ou the Busters.

Du Ska au Rocksteady

A partir du milieu des 1960’s, le shuffle ralentit encore. Le tempo devient binaire, plus lent avec moins de cuivre et une accentuation du clavier et du chant. Le rocksteady est très influencé par la soul. De nombreux jamaïcains vont ainsi réaliser des reprises à la sauce rocksteady, de morceaux de James Brown, Marvin Gaye ou encore de Steevie Wonder.

Le troisième temps de la mesure est marqué par la caisse claire, qui devient un mouvement caractéristique de la musique jamaïcaine. De nombreux artistes vont émerger durant cette période comme The Ethiopians, Toot’s and the Maytals, The Melodians et bien d’autres.

Le Rocksteady va égaement renforcer la concurrence entre les différents Sound System. La politique et la violence dans les quartiers sensibles vont être au cœur des textes de ce nouveau mouvement. Les mélodies seront concoctées par un ensemble basse, percussions, orgue et batterie. Pour profiter d’une playlist, je vous invite à consulter mon article sur le rocksteady.

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Une militante insoumise indique avoir écopé de 135 euros d’amende pour manifestation interdite car elle portait un sticker du parti, alors qu’elle tentait de rejoindre un rassemblement de gilets jaunes.

Bonjour,

Cassandra, une militante de La France insoumise, s’indigne dans une vidéo publiée samedi sur Twitter d’avoir été verbalisée à tort pour participation à une manifestation interdite. Ce jour-là, à la sortie du métro Invalides dans le VIIe arrondissement de Paris, la jeune femme souhaite emprunter la rue de l’Université qui longe l’Assemblée nationale pour se rendre à la station de métro du même nom, accompagnée de deux amis. «Aujourd’hui, en France, on marche dans la rue pour se rendre à une manifestation, on a la possibilité de perdre 135 euros», déplore la jeune femme dans la vidéo visionnée plus de 190 000 fois et relayée par plusieurs représentants de La France insoumise.

«On se rendait à la manifestation place Saint-Pierre, je portais un autocollant de La France insoumise avec ma veste par-dessus et à l’intérieur de mon sac, j’ai un gilet jaune que je ne portais pas», explique Cassandra dans la vidéo. Peu avant 13 heures, le petit groupe est contrôlé par des CRS. «Ils nous fouillent, ils étaient très sympas. Le sticker et le gilet jaune que j’avais dans le sac ne leur ont absolument pas posé de problème. Ils nous demandent simplement de patienter, car ils doivent demander à leur chef si on peut prendre la rue de l’Université», détaille-t-elle à CheckNews. Après vingt minutes d’attente, Cassandra explique qu’«un monsieur arrive et [lui] dit que c’est 135 euros d’amende pour participation à une manifestation interdite».

La raison ? D’après les explications apportées par le brigadier à Cassandra, la contravention se justifie parce que Cassandra portait un autocollant de La France insoumise, prouvant selon l’agent qu’elle était en train de manifester. «Il me dit que j’ai un sticker de La France insoumise qui n’est pas dissimulé, alors que nous sommes dans une zone interdite de manifestation. « C’est un signe politique distinctif, vous êtes en train de manifester toute seule », en gros», rapporte la militante.

 

Malgré les protestations de la jeune femme qui répète qu’elle n’était pas en train de manifester, le brigadier dresse la contravention. «Il m’a présenté une tablette pour signer. J’ai demandé s’ils allaient m’embarquer si je ne signais pas. Je ne savais pas ce que c’était. Il m’a demandé si je reconnaissais les faits. J’ai répondu que non. Je n’ai donc pas signé. Il m’a dit alors dit que je recevrai l’amende chez moi», explique Cassandra. Un instant inquiétés, ses deux amis n’ont finalement pas été sanctionnés, car «ils n’avaient pas de stickers».

Contactée, la préfecture indique que «toute personne verbalisée peut contester le procès-verbal devant les instances compétentes», sans répondre sur le cas de Cassandra précisément. En tout, 137 verbalisations pour rassemblement dans un périmètre interdit ont été effectuées samedi.

Ce cas de figure n’a rien d’une première. En mars 2019, deux gilets jaunes avaient par exemple été verbalisés pour avoir porté des pulls favorables au référendum d’initiative populaire dans un secteur de Paris où la manifestation était interdite. Les policiers avaient estimé que les vêtements en question étaient des «éléments attestant que le contrevenant est un manifestant».

Le Parisien» a indiqué sur Twitter, au sujet des gilets jaunes, que «seuls 10% des Français déclarent encore les soutenir». Le sondage sur lequel s’appuie le quotidien dit pourtant tout autre chose.

Rentrée des gilets jaunes : «On n’a pas les moyens de vivre, ni de crever»

Par Fanny Guyomard — 12 septembre 2020 à 16:57 (mis à jour à 18:33)

Un millier de personnes s’est retrouvé à la mi-journée sur la place de Wagram à Paris, martelant leur opposition au gouvernement, malgré les contraintes sanitaires imposées par l’épidémie de Covid-19.

Ce samedi, presque deux ans après le début du mouvement et six mois de silence, les gilets jaunes sont encore «bien là». Ces deux mots, ils les chantent, à 10 heures, sur la place parisienne de Wagram (XVIIarrondissement), où l’ambiance est guillerette mais la colère palpable. Les manifestants de la première heure se retrouvent entre accolades et sourires, le masque souvent baissé sur le menton. Et de ces bouches sortent toujours les mêmes revendications, que la crise sanitaire n’a fait qu’attiser : «justice sociale»«plus de démocratie participative»«fin des privilèges», ou encore «droit de manifester», un principe que l’interdiction des rassemblements pour cause de Covid-19 met à mal depuis mars.

Casque avec deux cornes sur la tête – «Parce qu’on nous a traités de « Gaulois réfractaires »» –, Jérôme, 54 ans, a roulé de nuit depuis la Haute-Savoie, où il s’occupe de la remontée des sièges mécaniques dans la station de ski d’Avoriaz. Mais c’est la dernière fois qu’il fera le voyage, car il en appelle, avec d’autres antennes locales, à la fin des manifestations. «On n’est pas entendus, donc il faut changer de méthode : mener au tribunal les ministres pour haute trahison, comme quand Agnès Buzyn a démissionné de son poste à la Santé pour aller à la mairie de Paris en plein Covid !» Autre motif de poursuites, selon lui : la privatisation des «bijoux de famille» comme Aéroports de Paris. Le seul porte-parole qu’il pourrait envisager serait le philosophe Michel Onfray«Mais les politiques, c’est fini», tranche Jérôme, qui n’avait jamais battu le pavé avant le 17 novembre 2018, date du premier rendez-vous des gilets jaunes.

«Il y a soi-disant eu des primes»

Marie, 24 ans, étudiante en droit, reste sceptique sur des poursuites contre les membres du gouvernement. «Ils sont protégés, le jugement serait seulement symbolique», estime celle qui vient de passer ses concours pour entrer dans une école d’avocats. Pour payer ses études, cette Héraultaise vivant à Sète travaille une centaine d’heures par mois comme auxiliaire de vie, pour 900 euros de salaire. Avec un loyer à 600 euros. «Mais j’ai arrêté pendant cinq semaines parce que j’ai attrapé le Covid, et je n’ai pas été indemnisée par la Sécu parce que je n’ai pas assez cumulé d’heures», regrette-t-elle. La jeune femme est une manifestante de la première heure. Depuis, juge-t-elle, le chômage et le coût de la vie n’ont fait que s’aggraver. «Il y a soi-disant eu des primes mais je n’étais pas concernée, et les bourses, je n’en ai pas vu la couleur…»

Seul le prix du carburant a baissé, «grâce au Covid, c’est triste à dire», note Mélanie, 29 ans. Pour ses 50 kilomètres de trajet quotidiens autour de Melun (Seine-et-Marne), celle qui travaille dans le sport automobile dépense 250 euros par mois. Ce samedi matin, le trajet s’est fait sans encombres : pas de périphérique bloqué ou de fouilles pour lui confisquer ses lunettes de plongée, utiles contre le gaz lacrymogène souvent utilisé par les CRS ou gendarmes mobiles. Comme la plupart de ses camarades, Mélanie n’a plus de gilet jaune, car ce serait prendre le risque d’une amende pour rassemblement non autorisé. A la main, elle tient une pancarte «On veut vous voir sur un vélo», moins une ode aux mobilités douces qu’une adresse aux «privilèges des politiques avec chauffeur».

«On n’a pas les moyens de vivre, ni de crever»

L’environnement ? «Bullshit», tacle Stefan, un Néerlandais qui participe pour la première fois au mouvement à Paris. Avec trois amis, il est venu pour défendre la liberté d’expression, ses convictions antimasque («Le masque retient le virus») et climatosceptiques («Le climat change tout le temps»). Plus loin, Marius et celui qui se fait appeler «Jean-Mi» placent, au contraire, la décroissance parmi les priorités. «Il faut décroître, affirment ces trentenaires. On n’a pas besoin de trop d’électricité ou de pétrole. C’est le système politique mondial qu’il faut changer.»

Par quels moyens ? «En donnant plus de pouvoir aux citoyens. Voter pour des gens ne sert à rien, il faut voter pour des projets», avance Jean-Mi. «Mais pour avoir un comportement écolo, faut d’abord en avoir les moyens.» Des propos qui font écho aux racines de la mobilisation des gilets jaunes, d’abord remontés contre le prix des carburants, avant que les revendications ne s’élargissent.

Moun, 53 ans, ne roule pas sur l’or. Cette enseignante à mi-temps gagne avec son mari 2 000 euros par mois. «Mais il faut enlever 1 000 euros pour le logement, ajoute derechef la Parisienne. On n’a pas les moyens de vivre, ni de crever. Même l’incinération coûte cher !», s’exaspère-t-elle. Autour, des manifestants la reconnaissent et la saluent amicalement. Parce que Moun, c’est la femme au parapluie multicolore, qui s’élève au-dessus de la foule. «De toutes les couleurs, parce qu’on se bat pour tout le monde.»

La police dans le viseur

Lorsque Moun a rejoint le mouvement, elle visait principalement les «privilèges», mais aujourd’hui s’est ajoutée la colère envers les policiers, pour celle qui dit avoir subi trois blessures dues à des tirs de LBD (lanceurs de balles de défense). «On ne peut pas rester pacifiques, je suis la première à être grossière quand un représentant m’insulte», lâche-t-elle, la fin de phrase recouverte par des sirènes de police. Des huées émergent de la foule, les insultes fusent.

 «C’est de la pure provoc leurs sirènes, quels gamins», sourit presque Moun. A quelques pas, Aomar, 44 ans, tient à préciser que «tous les policiers ne sont pas mauvais». Lui, que certains appellent le «leader», est déjà passé devant les tribunaux après des manifestations musclées. Habitant Charleville-Mézières, dans les Ardennes, il est arrivé dans la nuit, afin d’éviter les fouilles policières.

A la mi-journée, la foule, un millier de personnes, occupe toute la largeur de l’avenue de Wagram et reprend le slogan devenu habituel : «Tout le monde déteste la police !» Beaucoup ont le regard tourné vers l’Arc de Triomphe, à quelques centaines de mètres de là, solidement protégé par les forces de l’ordre. On entend un bruit de pétard. Et quelques conseils à la volée : «Faites attention à vous !»

Au gré d’affrontements sporadiques entre les manifestants et la police, dans cet arrondissement de l’Ouest parisien, le cortège s’est séparé en plusieurs groupes avec des dizaines de motos de la préfecture de police de Paris à leurs trousses. Des nasses ont aussi été réalisées par les forces de l’ordre au cours de l’après-midi et de nombreuses grenades lacrymogènes ont été tirées. A 18 heures, les autorités annonçaient que 256 personnes avaient été interpellées

Alors que la mobilisation parisienne des «gilets jaunes» se prépare en entretenant un certain flou, le gouvernement martèle que le droit à manifester est encadré. Décryptage des dispositifs législatifs encadrant les manifestations.

 

 Droit de manifester : que dit la loi ?

Une nouvelle journée de mobilisation des «gilets jaunes» se prépare pour samedi. Alors que plusieurs responsables ont appelé à se rendre à Paris samedi pour bloquer la capitale, une autorisation leur a été délivrée pour se rassembler au Champ-de-Mars. Une réponse qui ne convient pas à certains «gilets jaunes», qui réclamaient un rendez-vous place de la Concorde. Le flou est donc entretenu sur le lieu de la mobilisation. L’occasion pour le gouvernement de rappeler que le droit à manifester est strictement encadré.

Qu’est-ce que le droit à manifester ?

Contrairement au droit de grève, la liberté de manifester n’est pas inscrite dans la Constitution. Ce droit est garanti symboliquement par son inscription dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. L’article 10 souligne : «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.» Il est aussi implicitement garanti par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Me Jean-Louis Vasseur, avocat au sein du Cabinet Seban & Associés précise : «Aucun texte fondamental n’a consacré le droit de manifester. Le code pénal (article 431-1) réprime toutefois depuis 1994, les personnes se livrant à des actes tendant à entraver de manière concertée, à l’aide de menaces, une manifestation. C’est tout de même le signe de la reconnaissance de la liberté de manifester.»

A-t-on le droit de manifester n’importe où, n’importe quand ?

Le droit à manifester est strictement encadré et laisse peu de place à l’improvisation. Toutes les manifestations sur la voie publique (cortèges, défilés, rassemblements) doivent faire l’objet d’une déclaration préalable au moins trois jours et au maximum quinze jours francs avant la date de la manifestation. Cette déclaration doit être faite en mairie ou en préfecture. A Paris, les modalités sont légèrement différentes. La déclaration doit se faire à la préfecture de police, deux mois (trois en cas de foule importante) avant la mobilisation. Les demandes effectuées plus tardivement sont admises «lorsqu’un événement imprévu, d’envergure nationale ou internationale […] la justifie. L’urgence doit en être dûment motivée».

Pour être valide, la demande doit être signée par au moins trois organisateurs domiciliés dans le département, qui doivent détailler leurs identités et adresses. Le but de la manifestation, la date, l’heure, le lieu, l’itinéraire dans le cas d’un cortège, les mesures de sécurité prévues ou encore une estimation du nombre de participants attendus doivent être indiqués. Même si les autorités compétentes ne s’opposent pas à la mobilisation, elles peuvent exiger des modifications quant aux choix du lieu (comme dans le cas de la manifestation de samedi), du parcours ou des horaires par exemple.

Dans quel cas une manifestation peut-elle être interdite ?

Une manifestation peut être interdite via un arrêté, uniquement en cas de crainte de «troubles graves à l’ordre public», selon l’article L211-3 du code de la sécurité intérieure. Les interdictions sont donc relativement rares. L’avocat souligne : «C’est une notion extraordinaire parce qu’on en fait ce qu’on veut. Il y a risque de troubles à l’ordre public si par exemple il y a déjà eu des affrontements, si la rue est manifestement trop étroite et qu’il va y avoir des heurts avec des voitures sur le parcours.» Les organisateurs ont la possibilité de contester les arrêtés d’interdiction.

Qu’est-ce que l’on risque en faisant une manifestation sans autorisation ?

Des sanctions sont prévues si la manifestation se déroule sans déclaration préalable, mais aussi si cette dernière est incomplète ou inexacte pour «tromper sur l’objet ou les conditions» de la manifestation ou si le rassemblement a été interdit. L’article 431-9 du code pénal prévoit dans ces cas-ci, une peine de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Il est toutefois important de spécifier que ces sanctions s’appliquent uniquement aux organisateurs qui se sont signalés lors de la déclaration préalable et à ceux qui ont reçu une notification individuelle. Comme l’a rappelé CheckNews il y a quelques jours, une circulaire de 2016 précise bien que «la simple participation à une manifestation non déclarée ou interdite n’est pas réprimée par ces dispositions qui ne visent que les organisateurs». Les bloqueurs de route pourraient malgré tout se voir reprocher un «délit d’entrave à la circulation».

A partir de combien de personnes rassemblées estime-t-on que c’est une manifestation ?

Deux, trois, cinq personnes brandissant des banderoles peuvent-ils constituer une manifestation non déclarée ? En principe, oui. «Même s’ils sont vraiment très peu, qu’ils empruntent des chemins qui font un peu de trouble à l’ordre public, c’est une manifestation. Il faut donc la déclarer pour que la préfecture soit avertie de la date et prenne ces dispositions. Dans le cas inverse, si on ne se base que sur les textes, une personne, deux, trois qui manifestent sans l’avoir déclaré pourraient tomber sous le coup de l’article 431-9. Mais ça ne sera pas très important», explique Jean-Louis Vasseur. Il ajoute : «On ne peut pas établir un chiffre minimum de manifestants.»

Il existe d’ailleurs un précédent. En 2014, David van Hemelryck, considéré comme un leader du Printemps français (émanation radicale de la Manif pour tous), et deux autres militants étaient poursuivis pour «organisation d’une manifestation non déclarée». Le 30 novembre 2013, sur le parvis des droits de l’homme au Trocadéro à Paris, il avait déployé une banderole sur laquelle était inscrit «Hollande-démission.fr» avant d’être interpellé. Les trois manifestants ont finalement été relaxésLeurs avocats avaient, avant la relaxe, soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (1), arguant que l’article 431-9 ne définit pas ce qu’est une manifestation.

Marlène Thomas

Bonjour,

Vous nous interrogez après la publication d’un sondage réalisé par l’Ifop pour le Parisien sur les gilets jaunes. Sur Twitter, le quotidien indique au sujet de ce mouvement que «seuls 10% des Français déclarent encore les soutenir», provoquant de nombreuses réactions. Certains accusent le journal de déformer la réalité. De fait, les résultats de l’enquête de l’Ifop commandée par le quotidien disent tout autre chose.

D’après un extrait de l’étude publié par l’institut de sondage sur Twitter, 10% des interrogés entre le 3 et le 7 septembre «se sentent gilets jaunes», contre 11% fin mai, et 19% au début du mouvement, en décembre 2018. Toutefois, sans se sentir gilets jaunes, 41% des répondants soutiennent le mouvement. Un chiffre là encore assez stable depuis le début de l’année, voire en légère augmentation par rapport à janvier 2020, même si en baisse par rapport au début du mouvement.

Ainsi, en ajoutant les deux valeurs, on peut affirmer sur la base du sondage que 51% des interrogés se sentent gilets jaunes ou soutiennent encore le mouvement. Loin des 10%, donc.

Parmi les interrogés, enfin, 49% ne se sentent pas gilets jaunes et ne les soutiennent pas. C’est deux points de plus qu’en mai, et peu ou prou autant qu’en janvier et en avril.

 noter que si la formulation erronée du tweet du Parisien n’est pas reprise dans l’article du quotidien, celui-ci reste ambigu dans sa rédaction : «Une étude Ifop que nous dévoilons en exclusivité, relève que seul 1 Français sur 10 se sent proche du mouvement», peut-on lire en préambule de l’article. «Désormais, seul 10% de la population âgée de 18 ans et plus se sentirait proche des gilets jaunes, soit entre 4 et 4,5 millions de personnes. A titre de comparaison, ils étaient 19% dans ce cas en décembre 2018», est-il précisé plus loin.

Une légère majorité soutient encore le mouvement

Or, cette question de la «proximité» avec le mouvement n’est pas posée par l’Ifop. Le sondeur a demandé aux interrogés s’ils se sentaient gilets jaunes (10% ont donc répondu par l’affirmative), ou, bien que ne se sentant pas gilets jaunes, s’ils soutenaient malgré tout le mouvement (41% des répondants ayant répondu oui à cette question). Ce qui peut être interprété comme une forme de proximité.

A noter que l’article du Parisien ne permet pas d’accéder au sondage, ni ne donne l’ensemble de ses résultats.

Malgré les dissolutions répétées, les groupes identitaires lyonnais n’ont de cesse de renaître et de tenter de propager leurs idées, à grand renfort de manifestations et de récupération de faits divers. Dernier épisode en date : samedi, après l’organisation d’un rassemblement «contre l’insécurité», Génération identitaire a rouvert son bar dans le Vieux Lyon.

 

 A Lyon, un écosystème identitaire en évolution constante

Son regain de visibilité date du printemps et a désormais son hashtag : #OnVeutLesNoms. Omniprésente sur les réseaux sociaux, la mouvance identitaire a repris ses aises à Lyon à la faveur de l’épidémie de Covid-19, instrumentalisant des faits divers épars pour justifier ses campagnes de haine raciale et religieuse. «La période lui est très favorable, le confinement a nourri un « confusionnisme » pire qu’avant. C’est encore plus facile pour ces groupuscules de surfer sur les inquiétudes de la population», analyse Alain Chevarin, qui vient de publier Lyon et ses extrêmes droites aux éditions de la Lanterne.

Dernier coup de com fructueux dans la capitale des Gaules : un «rassemblement contre l’insécurité», samedi à 14 heures devant l’ancien palais de justice, dont les collectifs de riverains mobilisés sur le sujet s’étaient rapidement désolidarisés, pointant le rôle en sous-main des identitaires dans son organisation. Non autorisé par la préfecture, il a pourtant pu se dérouler sans entrave

Maintien de l’ordre : de nouveaux outils pour les policiers

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, prend soin des policiers tout en essayant de réduire les blessés chez les manifestants. Les tirs de lanceur de balles de défense, qui restent autorisés, seront désormais soumis à l’accord d’un « superviseur ».

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, chouchoute ses policiers. Il a profité, vendredi 11 septembre, de l’installation officielle de la nouvelle cheffe des CRS, Pascale Regnault-Dubois, pour présenter son nouveau schéma national de maintien de l’ordre. Applaudissements du syndicat majoritaire Alliance.

Menacés de disparition après les polémiques répétées sur les graves blessures occasionnées par cette arme, dénoncés par Jacques Toubon, alors Défenseur des droits, les lanceurs de balles de défense (LBD) sont maintenus. Mais chaque tir sera, désormais, soumis à l’accord d’un superviseur, qui accompagnera le tireur. Une pratique déjà en cours chez les CRS et les gendarmes mobiles.

Une nouvelle grenade de désencerclement

Maintenues également, les grenades de désencerclement, elles aussi accusées d’occasionner des lésions auditives et des blessures au visage. Avec un bémol : le nouveau modèle de cette grenade sera moins puissant et générera moins de projections en hauteur , a assuré Gérald Darmanin. Elles seront utilisées dès samedi 12 septembre, en cas de besoin dans les mobilisations des Gilets jaunes. Nous attendons de les tester, dit Régis Debord, de l’Unsa police CRS. Elles exploseront plus lentement. Il ne faudrait pas que des manifestants violents aient le temps de s’en saisir et de les relancer.

Les policiers pourront aussi continuer de porter leur cagoule pendant les manifestations. Ils y tenaient, notamment parce qu’elles sont anti-feu, indique Régis Debord. Face à des cocktails Molotov, elle nous protège. Promis, aussi, des véhicules plus adaptés, des commissariats rénovés, se réjouit Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance. Dans son discours, Darmanin « décide de redonner du pouvoir et de la considération aux policiers », salue-t-il, tout en attendant les actes .

Flouter les visages des policiers

Le ministre s’est aussi engagé à accéder à une demande formulée de longue date : interdire la diffusion, par les télés et réseaux sociaux, des visages des policiers lors d’opérations. Il faudra les flouter. « Cela permettra aux policiers de travailler plus sereinement, estime Fabien Vanhemelryck. Aujourd’hui, des policiers sont filmés et les images immédiatement diffusées sur les réseaux sociaux. De brèves vidéos, qui ne relatent jamais l’intégralité de l’opération. Des policiers, parfois, sont reconnus. Et certains se font agresser hors service , abonde Régis Debord. C’est encore arrivé récemment à Lyon. Un policier et sa femme ont été agressés devant chez eux. Cette interdiction empêchera les télés et internautes de diffuser des images en direct, ce que certains dénoncent. Mais est-elle vraiment applicable ? Cela nécessitera un contrôle très important des réseaux sociaux, reconnaît Fabien Vanhemelryck. Et une justice qui applique la loi.

Le ministre prévoit aussi de généraliser les caméras piétons, d’ici à juillet 2021. Elles seront plus robustes et plus haut de gamme que les précédentes. Celles-ci, avec une faible batterie et une mauvaise résolution, sont aujourd’hui très peu utilisées.

Pour Francis Daspe, une contre-révolution scolaire est bien en marche, avec Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer à la manœuvre. Il recense cinq types d’attaques contre le métier de professeur.

La maison Éducation nationale est visiblement prête à s’enflammer. Face à des remontées de terrain convergentes et à un sondage indiquant qu’une majorité des enseignants était saisie par le pessimisme, le ministre Blanquer vient de sortir son joker en proposant d’organiser un Grenelle des professeurs. En reprenant, dans une veine orwellienne du New Management Public où les mots correspondent à des réalités diamétralement opposées, les antiennes pourtant éculées de la « revalorisation du métier »et de la définition du « professeur du XXI° siècle ». Rien de moins !

LES CINQ ATTAQUES

Dans ces conditions, l’inquiétude peut être de mise de manière on ne peut plus légitime. Car un des piliers de la contre-révolution scolaire actuellement en marche sous la férule du duo Macron / Blanquer réside dans la remise en cause fondamentale du métier et de l’expertise des enseignants. Les racines de cette basse besogne se trouvaient déjà dans la vision managériale et autoritaire qui bouscule le service public d’éducation depuis plusieurs quinquennats. Il ne s’agit plus d’exercer son métier mais de se contenter de se soumettre aux injonctions ministérielles. Les attaques frontales contre le métier de professeur comportent cinq facettes complémentaires et cumulatives.

  • Des personnels muselés. C’est l’objectif visé par la loi Blanquer pour une école de la confiance du 26 juillet 2019. Elle s’échinait à poser une chape de plomb sur l’École et ses personnels. Ces derniers étaient invités à taire les maux qui rongent pourtant l’école, notamment à travers l’improbable devoir d’exemplarité. En fait, la loi Blanquer cherche à verrouiller toute une institution à travers une communication univoque, verticale et managériale, niant le réel et ses aspérités.
  • Des personnels assujettis. Le contrôle et l’assujettissement se réalisent de manière de plus en plus frontale avec des dispositions convergentes construisant patiemment un outil managérial. Ces pratiques conduisent à transformer les établissements scolaires en petites entreprises soumises à des contrats d’objectifs chiffrés s’appuyant sur des évaluations nationales pour lesquelles la proportion de tracasseries l’emporte nettement sur la pertinence et l’utilité réelles, aussi bien pour les élèves et les familles que pour les enseignants. L’assujettissement à une verticalité du pouvoir se renforce de la sorte, mais plus encore avec un ministre se positionnant en prise directe avec la profession, en se substituant de ce fait aux cadres intermédiaires, et tout en leur assignant des feuilles de route draconiennes. Sans doute une déclinaison de l’hybris jupitérienne de son maître…
  • Des personnels dépossédés. La tendance à la réduction, voire à la suppression, de la liberté pédagogique, présentée comme un « désordre pédagogico-gauchiste », actionne tous les leviers disponibles. Les personnels sont transformés de facto en prestataires de services. La tentative de réduire l’Éducation à un marché constitué d’opérateurs en concurrence les uns entre les autres ne peut être masquée en dépit des dénégations fleurant l’insincérité manifeste. C’est sans doute la partie la plus violente de la transformation en cours, même si elle est aussi la moins visible de l’extérieur. Au travers des évaluations nationales, de la mise en place des 2S2C (santé, sport, culture, civisme), du déploiement massif du numérique et de l’enseignement à distance, c’est tout le métier qui pourrait basculer vers un travail prescrit et automatisé. Et cela dans le but d’imposer une conception pédagogique unique fondée sur la marotte du ministre, celle des neurosciences.

La crise sanitaire a permis à une majorité de français de reconnaître les mérites et la valeur des enseignants

  • Des personnels précarisés. La destruction programmée du statut des enseignants (qui fait office de code du travail pour la fonction publique) sanctionnera la fin de l’indépendance du professeur, pourtant absolument nécessaire pour un exercice, serein et préservé d’éventuelles pressions particulières, de sa mission au service de l’intérêt général. Une accélération se produit avec la fin du paritarisme ouvrant la voie à un New Public Management totalement débridé. Car la mise à mort du paritarisme laisse la hiérarchie de l’Éducation Nationale toute puissante face aux enseignants. Aggravée par la multiplication des postes à profil, elle va générer une mise en concurrence croissante et une allégeance renforcée des personnels.
  • Des personnels méprisés. Cette réalité grotesque se traduit par la campagne insidieuse de prof-bashing orchestrée par le ministre lui-même (et sa majorité, qu’on se rappelle les propos outrageants de Sibeth Ndiaye au moment du confinement). Il joue en effet un rôle clé dans cette offensive contre l’école et ses personnels. Elle permet de discréditer toute la profession afin de la museler et de la couper des familles. Sans soutien, les enseignants vont se retrouver isolés et à la merci de changements majeurs qui s’appuieront sur ce discrédit fabriqué. Cependant le plan ourdi a du mal à fonctionner pleinement : la crise sanitaire a permis à une majorité de français de reconnaître les mérites et la valeur des enseignants, bien davantage que ceux d’une institution managée par des responsables aux abois et à la compétence douteuse.

L’ARNAQUE DU FUTUR GRENELLE

La contre-révolution scolaire actuellement en marche forcée réduit les personnels à n’être que des courroies de transmission d’une logique qui les écrase. C’est celle de la doxa managériale pour laquelle l’École est sommée d’obéir, de s’adapter de gré ou de force, de se soumettre et de fonctionner sans moyens. L’intendance ne suit plus, privée des moyens humains ou financiers et du temps de réflexion nécessaires. Croulant sous le poids des injonctions paradoxales, des dysfonctionnements structurels organisés, de l’imposition de changements non concertés, l’institution scolaire est menée à des impasses prévisibles, les enseignants voyant de surcroît la réalité professionnelle de leur métier niée.

Des enseignants en fin de compte muselés, assujettis, dépossédés, précarisés et méprisés

Quand le ministre Blanquer assigne au futur Grenelle des professeurs la mission de redéfinir « les hussards du XXI° siècle« , la mystification est à son comble. Il ne s’agira pas d’école ou de République à promouvoir, mais d’un projet de société à rebours des principes mêmes de la République. La Macronie ne vise pas à être une et indivisible, démocratique, sociale et laïque. Le grand marché de l’éducation imaginé par cette majorité et ce gouvernement se propose d’être territorialisé, inégalitaire, ubérisé, et soumis aux intérêts particuliers, marchands ou non marchands. Avec des enseignants relégués aux antipodes de l’ambition des hussards noirs de la République, et dont le cœur du métier aura été vidé de son sens initial au service de l’intérêt général. Des enseignants en fin de compte muselés, assujettis, dépossédés, précarisés et méprisés.

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