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13 mai 2020

85 L’EMISSION DU CSPB 31 01 17

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CSPB

COMITÉ SOLIDARITÉ PEUPLE BASQUE

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Naissance du fait national au Pays basque
Vincent Garmendia
Citer ce document / Cite this document :
Garmendia Vincent. Naissance du fait national au Pays basque. In: Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, n°38, 1982.
Numéro consacré aux consciences nationales dans le monde ibérique et ibérico-américain. pp. 135-151 ;
doi : https://doi.org/10.3406/carav.1982.1604
https://www.persee.fr/doc/carav_0008-0152_1982_num_38_1_1604
Fichier pdf généré le 13/05/2018

Naissance
du fait national au Pays Basque
PAR
Vincent GARMENDIA
Université de Bordeaux III
Comme le soulignait il y a plusieurs années Pierre Vilar, les
Français sont souvent fort surpris quand on leur parle de nationalisme
basque ou de nationalisme catalan. Dans la mesure où le problème
ne se pose pas avec autant de vigueur dans leur pays, ils ont du mal
à comprendre l’existence de tels mouvements chez leurs voisins. Ils
ne sont d’ailleurs pas les seuls à réagir de la sorte. En Espagne cette
question a toujours suscité de violentes polémiques où
l’incompréhension et l’ignorance jouent un grand rôle 0).
(1) Pour des raisons évidentes le sujet a été tabou jusqu’à une date
relativement récente. La historia del nacionalismo vasco de Maximiano García Venero
est longtemps restée la seule œuvre consacrée à ce sujet brûlant mais durant
ces dernières années la bibliographie s’est singulièrement étoffée. Citons dans
l’ordre d’apparition : Stanley Payne, El nacionalismo vasco, Barcelona, Dopesa,
1974; Juan José Solozabal, El primer nacionalismo vasco, Madrid, Tucar, 1975;
Beltza, Et nacionalismo vasco 1876-1936, San Sebastián, Txertoa, 1976; Jean
Claude Larronde, El nacionalismo vasco, su origen y su ideología en la obra de
Sabino Arana-Goiri, San Sebastián, Txertoa, 1977; Ortzi, Historia de Euskadi:
el nacionalismo vasco y Eta, Paris, Ed. Ruedo Ibérico, 1975; Beltza, Del carlismo
al nacionalismo burgués, San Sebastián, Txertoa, 1978; Antonio Elorza, Ideologías
del nacionalismo vasco, San Sebastián, Haranburu, 1978; Jokin Apalategui, Los
Vascos. De la nación al estado, Elkar, 1979; Javier Corcuera, Orígenes, ideología y
organización del nacionalismo vasco (W6-1904), Madrid, Siglo XXI, 1980.

136 C. de CARAVELLE
L’histoire nous permet heureusement de mieux saisir le
phénomène en nous montrant en particulier que l’idée d’une Espagne
foncièrement unitaire est somme toute relativement récente. Elle nous
permet surtout de voir que le surgissement du nationalisme basque
dans les dernières années du XIXe siècle se produit dans un milieu
prédisposé et préparé dans une certaine mesure à une telle
apparition. Si le message de Sabino Arana fut terriblement efficace, c’est
parce qu’il se fondait en grande partie sur des schémas idéologiques
fortement ancrés dans les mentalités. Pour comprendre la naissance
puis la force du nationalisme basque, il est indispensable de replacer
le phénomène dans la longue durée (2).
Lorsque les provinces basques s’unissent à la Couronne de Cas
tille (3), chacune apporte comme l’ont fait d’ailleurs d’autres
provinces et comme cela s’est fait dans d’autres pays, tout un faisceau de
coutumes et d’usages reconnus par les premiers chefs du pays et que
le monarque s’engage à respecter : les fueros. Avec les fueros les
provinces conservent une autonomie si réelle qu’un historien tel que
Francisco Elias de Tejada, peu suspect de sympathie pour le
nationalisme basque, peut écrire : « le Guipúzcoa fut un corps politique
séparé tant que les Espagnes restèrent des Espagnes véritables » (4).
Cela n’exclut pas cependant l’existence de liens très étroits entre les
provinces basques et la Monarchie. Un historien aussi pondéré que
Gregorio Monreal n’a pas manqué de souligner récemment que les
Basques manifestèrent tout au long de l’époque moderne une
adhésion très réelle à la monarchie castillane et qu’ils jouèrent un rôle de
premier plan dans la haute administration de la couronne (5).
Nul ne peut nier de tels faits sans travestir la vérité historique. A
ce propos le personnage du Guipuzcoan Esteban de Garibay magistra
(2) II convient aussi de replacer la naissance du nationalisme basque dans le
grand mouvement d’éveil des minorités nationales qui agite l’Europe dans le
dernier tiers du XIX* siècle. Sur ce point voir P. Renouvin et J.B. Duroselle,
Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, A. Colin, 1964.
(3) Le Guipúzcoa le fait en 1200, l’Alava en 1332, la Biscaye en 1379 et la
Navarre en 1512.
(4) F. Elias de Tejada y G. Percopo, La provincia de Guipúzcoa, Madrid, Mino
tauro, 1965, p. 14-15. Les auteurs évoquent à ce propos le traité « international »
signé le 9 mars 1482 à la Cour d’Angleterre par des ambassadeurs guipuzcoans et
au terme duquel il était certifié qu’il n’y aurait pas de représailles entre Anglais
et Guipuzcoans en cas de conflit entre le roi d’Angleterre et le roi castillan. Les
historiens nationalistes basques n’ont pas manqué bien évidemment de se
référer à ce traité et à d’autres du même genre. Voir, par exemple, Padre
Bernardino de Estella, Historia vasca, Bilbao, Verdes Achirrica, 1931.
(5) Gregorio Monreal, El pensamiento político vasco en el siglo XVI, San
Sebastián, octobre 1980, Conférence inédite.

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 137
lement étudié par Julio Caro Baroja est tout à fait exemplaire. Chez
lui la conscience d’un certain particularisme basque n’est pas du tout
incompatible avec l’adhésion à la couronne (6).
Cela étant dit, les Basques eurent très tôt conscience de leurs
particularités et s’attachèrent à les mettre en valeur. En particulier la
volonté de conforter leur autonomie et de justifier leur condition
noble qui conférait comme l’on sait d’indiscutables privilèges dans
tout le royaume amenèrent nombre d’auteurs du XVIe à souligner
et à justifier les particularités du Pays Basque. Comme Andrés de
Mañaricua l’a fort bien montré pour la Biscaye, leurs œuvres allaient
marquer durablement l’historiographie du pays basque et au-delà la
mentalité collective du peuple basque (7).
Il n’est pas sans intérêt de voir quels sont ces dogmes historiques
et ces mythes (8) que popularisèrent plus près de nous carlistes et
nationalistes basques. Il y a d’abord le symbole de la liberté
originelle de la Biscaye, la bataille d’Arrigorriaga au IXe siècle où les Bis
cayens triomphèrent des Asturiens. Il y a l’idée du pacte entre le
peuple et son seigneur Jaun Zuria. Il y a aussi le « Cantabrisme » qui
symbolisme l’héroïsme et l’invincibilité de la région cantabrique qui sut
conserver son indépendance et sa langue, la langue de Tubal, petit
fils de Noë et premier habitant de la péninsule (9). Il y a enfin l’idée
du monothéisme primitif et le culte de la croix chez les anciens
Basques.
L’existence de ces textes est le signe d’un réflexe d’auto-défense de
la part des Basques. On a souvent dit que la monarchie absolue
respecta toujours les fueros. Il semble que la vérité ne soit pas aussi
simple. On a plutôt l’impression que la monarchie absolue respecte les
fueros comme cela se passe d’ailleurs dans la France de l’Ancien
(6) « Nuestro don Esteban de Garibay « sentía » lo particular, su vasquismo,
con el mismo grado de pasión con que sentía algo considerado como más general,
ya que no universal, su monarquismo ». J. Caro Barojà, Los Vascos y la historia
a través de Garibay, San Sebastián, Txertoa, 1972, p. 225.
(7) Andrés E. de Mañaricua y Nuere, Historiografía de Vizcaya {Desde García
de Solazar a Labayru), Bilbao, Biblioteca de la Gran Enciclopedia Vasca, 1971.
(8) Avant de les recenser, Mañaricua precise, p. 144, « Entre los diversos
temas historíeos-legendarios que encontramos formados en la historia vizcaína,
ya a fines del siglo XVI, algunos destacan especialmente, no ya por su naturaleza
distinta, sino por la importancia que iban a revestir en lo sucesivo… A ellos
denominamos mitos por su importancia en la mentalidad vizcaína y sus
resultantes teóricas (históricas) y prácticas (jurídico-políticas). Al denominarlas así
no pretendemos negarles todo elemento de verdad. En el origen de la leyenda —
de cuya naturaleza participan — suele existir un núcleo real que la imaginación
colectiva o individual ha revestido de fantasía».
(9) Sur ce point, voir A. Tovar, Mitología e ideología sobre la lengua vasca,
Madrid, Alianza Editorial, 1980.

138 C. de CARAVELLE
Régime (10) parce qu’elle ne peut pas faire autrement (n). Les
tentatives pour limiter la portée des fueros, en particulier dans le domaine
fiscal, furent nombreuses mais chaque fois la réaction des Basques
fut immédiate (12). Plus tard, au XVIII* siècle, au début duquel
Philippe V décrète l’abolition des fueros catalans et valenciens, les
soulèvements populaires des Machinadas (13) et certains textes tels que
les Conferencias du Père Larramendi écrites en 1757 mais jamais
publiées (14) montrent encore que les Basques sont les défenseurs
zélés et souvent farouches de leurs franchises.
Les Basques manifestent aussi leur attachement à leur terre et à
leur originalité plus paisiblement avec la fondation en 1765 de la
Real Sociedad Vascongada de los Amigos del País. Comme on peut
le lire dans les statuts de la célèbre société, les Caballeritos de Azcoi
tia se proposent de développer le savoir, la culture et la langue de la
« nation » basque et de resserrer les liens existant entre les trois
provinces avec la devise Irurac Bat (Trois = un) (15). S’il convient
donc de nuancer singulièrement l’idée selon laquelle la monarchie
absolue respecta toujours les fueros basques, il n’en reste pas moins
vrai que la cohabitation se fait sans trop de heurts jusqu’au seuil du

XIX* siècle. A cette époque les choses changent radicalement. Une

offensive de grande envergure contre les fueros se dessine à
l’initiative de Godoy avec la publication en 1802 du Diccionario Geográfico
Histórico de las Provincias Vascongadas y Navarra suivi à partir de
1806 par l’œuvre du chanoine Llórente Noticias históricas de las
Provincias Vascongadas. En postulant expressément l’unité de la nation
espagnole, la Constitution de Cadix porte singulièrement atteinte au
principe même des fueros et donne le ton de ce que va être désormais
(10) P. Goubert, L’Ancien Régime, Paris, A. Colin, 1971, t. II, p. 75.
(11) Voir de nombreux exemples dans le livre de Fidel de Sagarminaga, El
gobierno foral del Señorío de Vizcaya, Bilbao, 1908.
(12) Voir notre thèse L’Idéologie carliste (186&-76). Aux origines du
nationalisme basque, p. 502 et suiv.
(13) Elles eurent lieu en 1718 et en 1766. Le mot machinada vient de matxin
nom des ouvriers qui travaillaient le fer et dont le patron était Saint Martin.
(14) On comprend que cette œuvre n’ait jamais été publiée. Dans ses
Conferencias curiosas, políticas, legales y morales sobre los fueros de la Muy Noble y Muy
Leal Provincia de Guipúzcoa, le jésuite guipuzcoan s’en prend violemment à
l’administration centrale coupable d’avoir voulu porter atteinte aux libertés de la
province. Il y évoque même la légitimité d’une lutte armée dans le cas d’une
remise en question des fueros et agite la menace de la création d’une
république indépendante. Sur cette œuvre voir l’article de P. Fernández Albaladejo, La
particular historia de Guipúzcoa, Saioak, I, 1977, p. 148-156.
(15) Voir J. de Aralar, El Conde de Peñaflorida y los caballeritos de Azkoitia,
Buenos Aires, Ekin, 1942.

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 139
la politique du pouvoir central soucieux d’assimiler les provinces
basques au reste du royaume.
Un rapport de la Junta reformadora de abusos datant de 1818 est
tout à fait explicite. Il a en outre le mérite de dire ce que les fueros
signifient pour le pouvoir :
« ¿ Qué hay de común con las demás provincias de España ? Nada
absolutamente. Las leyes distintas. El gobierno es todo suyo : las
contribuciones, ningunas; el comercio, sin reglamento y del todo
franco; las aduanas infructuosas; la hidalguía o nobleza, solariega,
universal; los establecimientos, suyos; los beneficios, todos
patrimoniales. <; Cómo de esta suerte pueden considerarse una paite
integrante de la Monarquía española, si no están sujetos ni a sus
leyes, ni a sus cargas, ni a sus obligaciones ? »
La propagande des absolutistes bien orchestrée par l’Eglise basque
aidant, l’idée selon laquelle le libéralisme souhaite ardemment
l’abolition des fueros va s’installer solidement dans les esprits. Malgré le
scepticisme de certains historiens et même si elle n’est pas l’unique
raison, il nous semble que la peur de voir les fueros disparaître joue
un rôle non négligeable dans l’engagement des Basques dans la
première guerre carliste. Sans aller jusqu’à penser avec le très imaginatif
Augustin Chaho que cette guerre constitue en quelque sorte une
guerre de libération nationale (16), il semble bien que la défense des
fueros amène les Basques à soutenir la cause carliste (17).
Si le traité de Vergara du 30 août 1839 préserve l’essentiel, il est
tout à fait évident que malgré les concessions qu’exige la nécessité de
mettre un point final à une longue guerre de sept ans, Madrid se
(16) Dans son Voyage en Navarre pendant l’insurrection des Basques publié
en 1836, Chaho prête à Zumalacárregui des paroles que n’aurait pas désavouées
Sabino Arana : « Notre race, trop longtemps ensevelie dans un sommeil
léthargique, s’est réveillé à mon appel; elle s’est levée digne du rôle éclatant que de
grands événements lui préparent : j’ai frayé devant elle les voies de l’avenir.
Notre sang, répandu dans les combats fera naître sur les montagnes une
génération de héros; témoins des larmes de la patrie et de nos blessures, nos enfants
bercés avec des chants guerriers nourriront dans leurs cœurs la haine de
l’oppression; ils se presseront en frères autour du chêne de la liberté, ils arboreront
le drapeau de la délivrance… » Sur A. Chaho, voir l’excellent article d’Eugène
Goyheneche : « Un ancêtre du nationalisme basque. Augustin Chaho et la guerre
carliste » in Euskal Herria (1879-1850), Bayonne, Société des Amis du Musée
Basque, 1978, p. 229-259.
(17) Renato Barahona Arévalo termine sa thèse The Making of carlism in
Vizcaya 1814-1833 sur ces mots : « Furthermore, at least in the case of Vizcaya,
there is substantial proof that the fueros, even if not directly invoked by the
carlists during the rebellion played an extremely important role in the general
context of the revolt». Dans sa thèse récemment publiée Fueros y revolución
liberal en Navarra, Madrid, Alianza Editorial, 1981, María Cruz Mina émet un
avis différent.

140 C. de CARAVELLE
réserve une porte de sortie. La loi du 25 octobre 1839 dit que les
fueros sont confirmés « sans préjudice de l’unité constitutionnelle
de la Monarchie ».
De fait l’édifice forai va être considérablement amoindri et privé
d’une grande partie de sa substance (18). La suppression du pase foral
qui permettait aux Juntas de refuser les ordonnances royales
contraires aux fueros et celle de l’organisation judiciaire propre au pays, le
transfert des douanes sur la frontière française sont autant
d’agressions contre le système des fueros.
Entre les deux guerres carlistes le succès de la chanson d’Iparra
guirre Guernicaco Arbola porte témoignage de la popularité de l’idée
fuerista. Il est à la hauteur de l’émotion suscitée au Pays Basque par
les attaques que subissent les fueros de la part du sénateur Sánchez
Silva (19).
Pour ce qui est de la seconde guerre carliste nous pensons avoir
montré en allant au-delà du discours officiel carliste que les
partisans basques de Don Carlos prirent les armes pour sauvegarder un
mode de vie dont les fueros étaient selon eux la meilleure
garantie (20).
Dans leur souci de montrer que le libéralisme est l’ennemi
irréconciliable des fueros, les carlistes s’attachent à démontrer en fin de
compte que le libéralisme est l’ennemi du peuple basque. L’idée d’un
Pays Basque bâillonné et injustement opprimé par le pouvoir
libéral et madrilène devient un leitmotiv du discours carliste. Dans le
même temps, pour prouver l’illégitimité de l’action du libéralisme
au Pays Basque, les carlistes soulignent inlassablement les caractères
qui confèrent à cette région une réelle autonomie. L’autonomie
politique, la race et la langue sont les éléments différentiels que les
carlistes basques en guerre mettent sans cesse en relief. En fait, il y a un
processus qui conduit inexorablement de la décentralisation invoquée
par la hiérarchie carliste à ce que l’on est en droit d’appeler le
protonationalisme. Pour beaucoup de combattants, la guerre devient une
guerre contre l’étranger qui vient occuper leur pays. On constate
très vite que pour eux les soldats libéraux venus du Sud de l’Ebre
sont radicalement différents. Une chanson carliste qui sera reprise
très significativement par les nationalistes basques appelle à tirer sur
(18) Voir J.M. de Ângulo, La abolición de los fueros e instituciones vascongadas,
San Sebastián, Auñamendi, 1976, p. 46-63.
(19) Sur ces débats voir Discusión sobre los fueros de las Provincias
Vascongadas habida en el Senado en las sesiones celebradas del 13 al 21 de junio, Vitoria,
Manteli, 1864.
(20) Voir notre thèse déjà citée p. 520-590.

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 141
ces hommes aux petites oreilles que sont pour les Basques les
Espagnols :
« Eta tiro, eta tiro,
eta tiro beltzari (2i)
eta tiro, eta tiro,
bellarrimotzari. »
La guerre carliste se réduit très vite à une guerre entre l’Espagne
avec tout son appareil d’Etat et la quasi totalité de la population
basque qui représente à peine 5 % de la population totale du pays. Il est
indéniable qu’elle aide grandement à faire naître ou à accroître la
conscience nationale d’une partie de la population basque. Il est
non moins évident qu’elle intensifie la fidélité au groupe basque et
l’hostilité au groupe ennemi. L’importance d’un gouvernement
autonome qui regroupa les quatre provinces pendant près de trois ans face
au reste de l’Espagne ne saurait davantage être négligée dans cette
prise de conscience. Comment ne pas souscrire dans ces conditions
aux lignes qu’écrivait il y a un demi-siècle Arturo Campion :
« Cuando las nieblas de las pasiones políticas no anublen ya las
inteligencias, éstas percibirán claramente que los realistas y
carlistas de antaño fueron, involuntariamente o
inconscientemente, precursores de los nacionalistas de ogaño… las guerras
civiles, por la contigüedad del territorio común de combate y la
mancomunidad de los sentimientos, abatieron muchas de las
barreras morales interpuestas entre alaveses, guipuzcoanos,
navarros y vizcaínos. El neologismo político colectivo « las cuatro
provincias-lau probintziak» que en tantas ocasiones hemos oído
sonar, aparejó la vía al Euzkadi de Sabino (22) »
Lorsque les carlistes sont battus, les Basques subissent, selon le
mot de Cánovas, la loi des vaincus. Malgré l’éloquente défense
d’hommes comme Mateo Benigno Moraza et Camilo Villavaso aux Cortés,
les fueros sont abolis le 21 juillet 1876. Si beaucoup d’Espagnols
triomphent (23), la grande majorité du peuple basque est atterrée.
La presse porte le deuil des liberté enfuies. S’ils perdent des
avantages bien concrets (24), beaucoup pensent aussi qu’un peu de « l’âme
(21) Ce terme qui signifie noir en basque était couramment utilisé par les
carlistes pour désigner les libéraux.
(22) Cité par À. de Ortueta, Nabarra y la unidad vasca, Barcelona, 1931, p. 476.
(23) J.M. de Angulo, op. cit., t. I, p. 87.
(24) L’article Premier de la loi du 21 juillet 1876 était rédigé comme suit : « Los
deberes que la Constitución política ha impuesto siempre a todos los españoles
de acudir al servicio de las armas cuando la ley los llama, y de contribuir, en
proporción de sus haberes, a los gastos del Estado, se extenderán, como los
derechos constitucionales se extienden, a los habitantes de las provincias de
Vizcaya, Guipúzcoa y Álava, del mismo modo que a los demás de la Nación ».

142 C. de CARAVELLE
basque » disparaît avec l’abolition de leurs franchises séculaires. La
perte des fueros amène surtout un grand nombre de libéraux basques
consternés de constater que tous les Basques, et pas seulement les
carlistes, sont « punis », à rejoindre les rangs de l’opposition au
pouvoir central (25).
Comme ce dernier instaure un véritable état d’exception (26) afin
d’éviter que les manifestations d’hostilité aux mesures
gouvernementales ne dégénèrent, l’indignation s’ajoute à l’amertume du peuple
basque. Certains n’hésiteront pas à comparer la situation du Pays
Basque à celle de l’Irlande privée de ses libertés en 1800 (27). Si la grande
majorité du peuple basque est traumatisée par la perte des fueros, il
n’en est pas de même pour la grande bourgeoisie industrielle et
financière des Chavarri, Ibarra et autres Urquijo à qui l’abolition des
fueros a donné des ailes en la libérant des obstacles qui pouvaient
entraver son essor et qui tire le maximum d’avantages des Conciertos
económicos avec le pouvoir central C28). La crainte qu’ont certains
intellectuels basques de voir disparaître tout à fait ce qu’il reste du
particularisme basque les amène à promouvoir un véritable renouveau
culturel. Des associations et des revues voient le jour qui s’attachent à
développer en particulier la connaissance de l’histoire et du folklore
basque. VAsociación Euskara de Navarra animée par Arturo Campion
dès 1878, la Revista de las Provincias Euskaras de l’alavais Herran, la
Revista de Vizcaya de Sagarminaga puis la Revista Euskalerria de
José Manterola témoignent des efforts de l’intelligentsia basque pour
sauver l’héritage culturel du Pays Basque.
Il y a donc à la fin du siècle tout un état d’esprit qui peut nous aider
à comprendre la naissance du phénomène nationaliste. Néanmoins le
contexte idéologique et émotionnel ne suffit pas à l’expliquer à lui
seul. Le catalyseur sera l’industrialisation et plus particulièrement
l’industrialisation de la Biscaye, province qui sera logiquement le
(25) Le fait que la défense des fueros ait été revendiquée massivement par des
traditionalistes comme Larramendi et plus tard par les carlistes tend à occulter
l’existence d’une revendication « libérale » des fueros. S’il est vrai qu’un ilustrado
comme Valentín de Foronda parla avec mépris de cette «préoccupation
gothique », il n’en est pas moins vrai que d’autres ilustrados comme Manuel de
Aguirre ou Marchena ne tarissaient pas d’éloges sur le système forai. Voir, par
exemple M. de Aguirre, Cartas y discursos del Militar Ingenuo al Correo de los
Ciegos de Madrid, Ed. de A. Elorza, San Sebastián, 1973, p. 260.
(26) Idoia Estornes Zubizarreta, Carlismo y abolición forai, San Sebastián,
Auñamendi, 1976, p. 188.
(27) Voir José María de Lizana, Recuerdos, Bilbao, Casa de Misericordia, 1885.
Cité par Jon Bilbao in Bases ideológicas del nacionalismo vasco en el siglo XIX,
inédit obligeamment communiqué par l’auteur.
(28) J.C. Larronde, op. cit., p. 219 et suiv.

PAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 143
berceau du nationalisme basque. Tout naturellement la Navarre et
l’Alava peu touchées par l’expansion industrielle resteront au début
à l’écart du phénomène nationaliste.
Outre le traumatisme causé par la perte des fueros et les
frustrations nées de la défaite, la population basque et tout
particulièrement la population biscayenne subissent en effet le choc d’une
extraordinaire transformation socio-économique après 1876.
Certes, les débuts de l’industrialisation au Pays Basque remontent
aux années 40. Le transfert des douanes sur la frontière profite
indiscutablement à l’industrie basque naissante et la société Santa Ana
de Bolueta fondée en 1841 est la première d’une série d’entreprises qui
voient le jour entre les deux guerres carlistes. Nous avons d’ailleurs
montré dans notre thèse que le carlisme des années 70 est dans une
large mesure un mouvement de refus de la société industrielle
naissante. Cependant cet essor n’a pas de commune mesure avec le
véritable boom économique que vit la Biscaye dans le dernier quart du
siècle (29) grâce à l’exportation de minerai de fer (30) permise par le
libéralisme espagnol (31).
D’après les chiffres donnés par Pablo de Alzóla, entre 1882, date à
laquelle apparaît la société Altos Hornos et 1901, la vente de fer et
d’acier laminé est multipliée par dix. S’il y a, en 1886, 22 sociétés avec
un capital de 8.500.000 pesetas, elles sont 147 en 1901 pour un capital
de près de 500 millions Í32).
L’industrialisation de la Biscaye provoque une immigration massive
dans la zone minière et industrielle. Les chiffres sont très éloquents.
(29) Sur ce point, voir entre autres la remarquable étude de Manuel Gonzalez
Portilla, La formación de la sociedad capitalista en el Pais Vasco (1876-1913), San
Sebastián, Haranburu, 1981.
(30) En 1876, sur Une production de 432 000 tonnes, 350000 sont exportées. En
1877 les chiffres sont respectivement de 1050000 et 750000. En 1880 ils sont de
2684000 et 2345 600 tonnes pour atteindre à la fin du siècle 6 4% 000 et 5 412700
tonnes.
Cité par Beltza, El Nacionalismo vasco…, p. 40.
(31) Beltza (pseudonyme de López Adán) écrit : « La introducción en Vasconia
del modo de producción capitalista como modo dominante no fue un producto
del desarrollo natural del capitalismo vasco sino un brusco salto traído del
exterior mediante el juego coaligado de los intereses expoliadores del
imperialismo europeo y de la legislación creada por los oligarcas españoles que acababan
de unificar el mercado hispano tras la victoria violenta sobre los carlistas
vascos. El resultado fue que en la formación social vasca este capitalismo entró
inicialmente como un cuerpo extraño aunque fortísimo. La sociedad vasca no lo
creó aunque sufrió su impacto. Esto explica una doble situación : la mentalidad
anticapitalista de los primeros nacionalistas vascos y de las demás fuerzas de
resistencia vasca a la integración forzada en España y la rápida españolización
de los capitalistas vascos ». Op. cit., p. 45.
(32) A. Elorza, op. cit., p. 111.

144 C. de CARAVELLE
La population de la province passe de 189.954 habitants en 1877 à
311.361 en 1900. A cette date 60 % des électeurs de Bilbao ne sont
pas nés en Biscaye C33). En 1904 plus de 75 °/o des mineurs viennent
de Castille, des Asturies ou de Galice Í34).
Dans toutes ses composantes le paysage basque est donc
radicalement transformé. Le nationalisme sera dans une large mesure
l’expression idéologique de la résistance à ce changement
extraordinaire qui rompt l’équilibre de la société basque.
La grande bourgeoisie industrielle et financière tournée vers Madrid
ne participe pas d’une façon générale à la naissance du nationalisme.
Comme le remarque très justement Solozabal, la classe « nationaliste
par excellence » selon Marx est absente lors des premiers pas d’un
mouvement fortement teinté de ruralisme et d’anti-industrialisme (35).
Héritier du carlisme basque, le premier nationalisme refuse avec une
égale vigueur le capitalisme de la grande bourgeoisie et le socialisme
qu’elle secrète. Même s’il évolue par la suite, Sabino Arana est bien
au départ l’expression du désarroi que provoquent l’industrialisation
et ses retombées dans les couches de la société marginalisées par
l’essor industriel (36). L’étude sociologique du groupe relativement
réduit des premiers nationalistes qui suivent Sabino Arana est à cet
égard fort éclairante. Les premiers compagnons d’Arana se
recrutent dans la petite bourgeoisie urbaine, chez les employés et les
intellectuels.
Pour Sabino Arana les grands capitalistes basques sont
directement responsables des malheurs de la société basque puisqu’ils sont
les premiers coupables de l’invasion maketa et des funestes
conséquences qu’elle suppose :
«Con esa invasión maketa, gran parte de la cual ha venido a
nuestro suelo por vuestro apoyo, para explotar vuestras minas
y serviros en los talleres y en el comercio, estáis pervirtiendo la
sociedad bizkaina, pues cometa es ése que no arrastra consigo
más que inmundicia y no presagia más que calamidades : la
impiedad, todo género de inmoralidad, la blasfemia, el crimen,
el librepensamiento, la incredulidad, el socialismo, el anarquismo,
todo ello es obra suya (37). »
(33) J. Corcuera, op. cit., p. 81.
(34) A. Elorza, op. cit., p. 115.
(35) JJ. Solozabal, op. cit., p. 323, note 5.
(36) López Adán a bien souligné que beaucoup de Basques issus du monde
agraire préfèrent l’émigration à la prolétarisation dans la zone minière. Del
carlismo al nacionalismo burgués, p. 135-136.
(37) Obras Completas de Arana-Goiri’tar Sabin, Buenos Aires, 1965, p. 441. Pour
Arana, le mot maketo (du français métèque ou de l’espagnol macuto, sac porté
par les ouvriers castillans) désigne tous les Espagnols et spécialement ceux qui
se sont établis au Pays Basque.

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 145
Cette hostilité de Sabino Arana au grand capital basque ne signifie
pas pour autant qu’il ait la moindre sympathie pour le socialisme.
Pour lui, les idées socialistes sont anti-chrétiennes et anti-basques.
L’oppression de la bourgeoisie n’est rien en regard de l’oppression
étrangère Í38).
C’est dans ce contexte socio-économique sans oublier la longue
tradition idéologique évoquée plus haut qu’il faut situer l’idéologie de
Sabino Arana qui commence à être diffusée dans les années 90 (39).
Mais avant de la présenter il convient de faire quelques remarques
sur son originalité.
Nous sommes tout à fait d’accord avec Juan José Solozabal pour
dire qué Sabino Arana ne fut pas le démiurge qu’une certaine
bibliographie nationaliste reconnut en lui Í40) même s’il est vrai qu’une série
de convergences font que c’est vraiment avec lui que l’on passe de
l’idée de peuple basque à l’idée de nation basque (41).
Si l’on fait abstraction de l’idée séparatiste (42), il est difficile de
discerner des différences radicales entre l’idéologie carliste puis
intégriste et l’idéologie des premiers nationalistes basques C43). Au
demeurant cela n’a rien d’étonnant. La conjoncture socio-économique dans
laquelle apparaît le nationalisme n’est pas radicalement différente des
circonstances dans lesquelles se développe le carlisme à l’époque de
la seconde guerre. Nous dirons que la crise que traversent certaines
couches de la société basque et que les changements auxquels elles
se trouvent confrontées sont singulièrement amplifiés. Le passage
d’une société à dominante agraire à une société industrielle encore
timide dans les années 60-70 est maintenant une réalité vraiment
« catastrophique » pour beaucoup de Basques. Le cas de la famille
(38) Voir J.C. Larronde, op. cit., p. 251 et suiv.
(39) En 1893 et en 1894 on observe une réelle agitation contre la politique du
gouvernement Sagasta. La San Rocada à Guernica et la Gamazflda en Navarre
en sont les manifestations les plus spectaculaires. Le groupe de nationalistes qui
dispose du journal BizKaitara depuis le 8 juin 1893 fonde en 1894 le Centre
Basque (Euskeldun Batzokija) qui débouchera sur la formation du PNV clandestin
en 1895.
(40) Solozabal, op. cit., p. 325, note 1.
(41) Corcuera, op. cit., p. 51.
(42) Même cette idée est loin d’être nouvelle. En fait Sabino Arana va jusqu’au
bout du raisonnement de certains carlistes comme Dorronsoro, pour ne citer
qu’un exemple, qui agitèrent l’épouvantail séparatiste au cas où le pouvoir
central n’aurait pas respecté les fueros. On trouve déjà la même idée lors de la
première guerre carliste. Sur cette question voir les pertinentes remarques de
Corcuera, op. cit., p. 51-52.
(43) Voir notre thèse.

146 C. de CARAVELLE
de Sabino Arana lui-même est parfaitement exemplaire à cet
égard (*•).
Mais voyons maintenant plus précisément les grandes lignes de
l’idéologie des premiers nationalistes basques.
Le ton est donné avec le choix de la devise. Jaungoikoa eta Lagi
Zarra (Dieu et les vieilles lois) remplace Jaungoikua eta foruak (Dieu
et les fueros). Sabino Arana reconnaît lui-même que la différence n’est
pas bien grande mais pour lui sa devise est plus basque. Le mot fuero
est espagnol et signifie privilège ce qui est contraire à la vérité, dit-il.
Pour lui, les fueros basques sont des lois que le peuple s’est données
souverainement sans l’intervention d’un pouvoir étranger
La grande idée développée par Arana et que personne n’avait osé
formuler avec autant de netteté avant lui est que la Biscaye (45) a été
tout à fait indépendante de l’Espagne jusqu’en 1839.Elle se
différencie en cela de la Catalogne qui n’est pour lui qu’une région espagnole.
Sa première œuvre significativement intitulée Bizcaya por su
independencia est le récit de quatre batailles qui selon lui sauvegardèrent
l’indépendance de la Biscaye face aux Espagnols. La conclusion est
éloquente :
«Ayer. — Bizcaya, Confederación de Repúblicas independientes,
lucha contra España, que pretende conquistarla, y Ja vence en
Arrigorriaga (888), permaneciendo libre. — Bizcaya, República
Señorial independiente, siendo súbdito de Castilla-León su Señor,
lucha contra España, que pretende conquistarla, y la vence en
Gordexola y Otxandíano (1355), permaneciendo libre. — Bizcaya,
República Señorial independiente siendo su Señor a un tiempo
Rey de Castilla-León, lucha contra España, que pretende
conquistarla, y la vence en Munguía (1470), permaneciendo libre.
Hoy. — Bizcaya és una provincia de España.
Mañana. — ¿ . . . . . . ?
Tienen la palabra los bizcamos del siglo XIX, pues que de su
conducta depende el porvenir. (^) »
(44) Solozábal, op. cit., p. 331.
(45) II est certain que Sabino Arana ne parle, au début, que de la Biscaye. Pour
lui, cependant, l’intérêt des états basques indépendants (sic) est de former une
confédération. Il écrit dans le premier numéro de sa revue BizKaitara, le 8 juin
1893 : « ¿ Serán por ventura tan insensatos (los cuatro estados euskerianos) que,
no abrazándose estrechamente para formar un solo cuerpo, el cuerpo nacional
de Euskeria, se aislen y separen con tan inaudito desafecto que si alguno de
ellos fuese atacado en sus derechos, no acudan los demás en su socorro y lo
desamparen y lo abandonen en sus propias fuerzas ? ». Le mot Euskadi (Patrie
des Basques) sera utilisé pour la première fois par Arana dans le journal El
Correo Vasco en juillet 1899.
(46) S. Arana, op. cit., p. 138. Il est évident que la rigueur et les connaissances
historiques firent souvent défaut à l’autodidacte que fut Arana. Unamuno le
compara à un alchimiste qui parlerait de chimie. Sabino Arana aurait pu
répondre que l’histoire était pour lui « la science patriotique par excellence » et faire

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 147
Aucun parti existant n’a su défendre la Biscaye soumise à une violente
domination étrangère. Elle risque de ce fait de perdre non seulement
sa culture et sa langue mais aussi et surtout sa religion.
Dépendante de l’Espagne, la Biscaye ne peut être catholique. Cela
est extrêmement grave car Sabino Arana, très proche des intégristes,
accorde une place tout à fait privilégiée à la religion :
« Y entendedlo bien : si en las montañas de Euskaria, antes
morada de la libertad, hoy despojo del extranjero, ha resonado
al fin en estos tiempos de esclavitud el grito de independencia
SOLO POR DIOS HA RESONADO. (47) »
Préjudiciable à la religion des Basques, le contact avec l’Espagne
libérale l’est aussi pour les bonnes mœurs du pays : le libéralisme n’est-il
pas un péché ?
Rien n’est aussi grave que cette corruption qui menace le peuple
basque
Entre el cúmulo de terribles desgracias que afligen a nuestra
amada patria, ninguna tan terrible y aflictiva, juzgada en sí misma
cada una de ellas, como el roce de sus hijos con los hijos de la
nación española.
Ni la extinción de la lengua, ni el olvido de su historia, ni la
pérdida de sus propias y santas instituciones e imposición de
otras extrañas y liberales, ni la misma esclavitud política que
hace más de once lustros padece, la equiparan en gravedad y
trascendencia í48).
L’indépendance est bien la meilleure des prophylaxies :
« No insultamos al pueblo español, no intentamos ofender a
nadie: sólo queremos salvar a nuestra patria. Somos hijos de
una raza desgraciada, somos miembros de una extraviada
sociedad, y estamos en el deber de encaminar a su fin a la sociedad
en que vivimos y de procurar la felicidad de la raza a que
pertenecemos : y para encaminar a su fin a nuestro pueblo, hemos
de enseñarle el único camino y para que pueda conseguir su
felicidad hemos de mostrarle su actual desgracia y señalarle la
causa. Y si publicamos la degradación del carácter español, es
porque el euskeriano vea en su roce con ese pueblo la causa de su
siennes les paroles de l’auteur des Tradiciones Vasco-Cántabras, Venancio de
Araquistain, accusé d’avoir nié la conquête du Pays Basque par les Romains :
« Déjennos gozar tranquilamente de nuestras gloriosas tradiciones, más o menos
exageradas, si es que cabe cierta exageración en las hazañas de aquellas razas
gigantes, y no echen por Dios en olvido que hasta los errores son respetables en
los pueblos cuando se hallan inspirados por el santo sentuniento de la patria » (Et
Semanario Católico Vasco-Navarro, 5 avril 1867).
(47) S. Arana, op. cit., p. 1333.
(48) Ibid., p. 1326.

148 C. de CARAVELLE
rebajamiento moral, y si afirmamos la independencia de nuestra
raza, la afirmamos como necesaria e ineludible para evitar el
mortal contagio y salvar a nuestros hermanos, a nuestra familia,
a nuestra patria (49). »
Javier Corcuera a donné une explication très satisfaisante de la haine
implacable que Sabino Arana éprouve pour l’Espagne et qui lui fit
écrire un jour :
« Si algún español que estuviera, por ejemplo, ahogándose en la
ría, pidiese socorro, contéstale: Nik estakit erderaz (Yo no
entiendo el español) » i50).
Corcuera écrit :
« Es muy probable que dicha profundísima aversión naciera del
no menor profundo amor que siente Sabino por su patria vizcaína
o vasca, que él veía conquistada y a punto de perder sus mejores
virtudes y su misma esencia nacional por obra y gracia de la
invasión española. Es, quizá, también posible que le fuera urgida
la separación entre Euskaria y España, precisamente por la
experiencia real que tenía Sabino de España y de los españoles :
una nación que suprimió los fueros vascos, con un gobierno
liberal, y cuyos súbditos (o al menos los que en gran número
llegaron a Vizcaya), pobres gentes víctimas de siglos de
explotación y de incultura, están contribuyendo al deterioro de las
condiciones de vida vizcaínas y, en general, vascas (51)> »
II convient de dire cependant que la haine de l’Espagne n’est pas
une totale invention d’Arana. Si cette hostilité est formulée bien haut
par lui, nous trouvons des signes d’un courant anti-espagnol bien avant
la fin du siècle (52). L’afflux de l’immigration castillane donne
évidemment une dimension nouvelle au phénomène.
Les premiers nationalistes refusent avec force le monde qu’il leur
est donné de vivre. Ils ont la nostalgie de ce Pays Basque rural tout à
fait idyllique que fut selon eux la terre de leurs ancêtres avant
l’avènement du libéralisme, l’apparition de l’industrialisation et l’invasion
maketa. Pour Sabino Arana, le salut passe par le retour à la Biscaye
des fueros antérieure à 1839, la Biscaye rurale et patriarcale, égalitaire
(49) Ibid., p. 1331.
(50) J. Corcuera, op. cit., p. 350.
(51) Ibid., p. 349.
(52) Charles Dembowsky écrit dès 1838 dans son œuvre Dos años en España
y Portugal durante la guerra civil : « Es evidente que la lucha ya no se sostiene
sino gracias a la admirable tenacidad que caracteriza a los Navarros y a los
Vascongados, y a su odio innato a los españoles que consideran como dominadores
extranjeros ».

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 149
et « démocratique », sans conflits sociaux (M) chantée par Trueba et
beaucoup d’autres (M).
Au diable la Biscaye industrielle s’il faut payer ce prix pour
parvenir à une véritable restauration de la patrie :
« Si no puede ser otra cosa mientras los montes de Bizcaya
tengan hierro en su seno, ¡plegué a Dios se hundan en el abismo
y desaparezcan sin dejar huella todas sus minas ! Fuese pobre
Bizcaya y no tuviera más que campos y ganados, y seríamos
entonces patriotas y felices. (S5) »
Cet état d’esprit est bien évidemment violemment critiqué par la
grande bourgeoisie industrielle dont l’un des plus éminents porte
parole, Pablo de Alzóla, voit chez Sabino Arana :
«La estrechísima idea de desalojar de las sagradas montañas
euskaras a los pérfidos maketos, reverdeciendo las tradiciones de
Aitor, a fin de convertir a sus paisanos en nuevos druidas que
entonen en los bosques los cantos de Lekobide y Altabiscar, y
marchen al son del tamboril, vestidos de boina y abarca con el
clásico makila, cantando alegres zortzikos (56). »
Sabino Arana fonde prioritairement son nationalisme sur la race.
Comme Corcuera l’a bien souligné (57), c’est la race basque qui
permettra de dépasser le nationalisme biscayen des origines pour
passer au nationalisme basque.
Pour Sabino Arana, la race est synonyme de nation. Elle est plus
importante que là langue et le territoire. Il y a une race basque
originale et pure à la différence de la race espagnole, produit, dira Luis de
Eleizalde, d’un mélange de dix ou douze races distinctes (58). Le signe
de la race est le nom que l’on porte (59). Il convient de la protéger à
tout prix contre l’invasion espagnole car le contact avec le peuple
(53) II va sans dire que cette image est pour l’essentiel un mythe de plus.
Miguel de Âzaola parle à son propos de « leyenda rosa ». Les travaux d’historiens
comme Otazu, Fernández de Pinedo et Fernández Albaladejo ont remis les
choses à une plus juste place.
(54) Voir, par exemple, l’ouvrage de Trueba, Bosquejo de la organización
social de Vizcaya, Bilbao, 1870.
(55) S. Arana, op. cit., p. 441.
(56) Cité par A. Elorza in op. cit., p. 123.
(57) J. Corcuera, op. cit., p. 585.
(58) Cité par J.C. Larronde in op. cit., p. 121.
(59) Le père Evangelista de Ibero écrira en 1906 dans sa brochure A mi vasco :
« Quiera, o no quiera, un Lizárraga será siempre vasco, aunque nazca en un
cortijo de Jerez o una pampa de la Argentina… un Fernández o un González jamás
podrá llamarse vasco, así vea la luz primera en lo más escondido de los montes
de Guipuzkoa ». Euskeldun Batzokija.

150 C. de CARAVELLE
espagnol est le mal par excellence. Comment en serait-il autrement si
l’on en croit le pittoresque parallèle fait par Sabino Arana ?
« La fisonomía del bizkaino es inteligente y noble; la del español
inexpresiva y adusta.
El bizkaino es de andar apuesto y varonil; el español o no sabe
andar (ejemplo, los quintos) o si es apuesto, es tipo femenil
(ejemplo, el torero).
El bizkaino es nervudo y ágil; el español es flojo y torpe.
El bizkaino es inteligente y hábil para toda clase de trabajos; el
español es corto de inteligencia y carece de maña para los
trabajos más sencillos. Preguntádselo a cualquier contratista de obras,
y sabréis que un bizkaino hace en igual tiempo tanto como tres
maketos juntos… (60) ».
La langue est une autre composante du nationalisme basque et
Sabino Arana ne ménagera pas ses efforts pour sa sauvegarde. Après
les carlistes (61), Arana défend le basque en grand danger de
marginalisation mais il le défend dans la mesure où il apparaît comme le
« bouclier » de la race menacée par la contagion espagnole au point
de considérer comme nocive la connaissance de cette langue par
les Espagnols (62). Son action pour « purifier » la langue tendra à
remplacer tous les termes suspects d’avoir des origines étrangères en
créant de nombreux néologismes dont certains — aberri (patrie),
dberzale (patriote), azkatasuna (liberté) ont acquis depuis leurs
lettres de noblesse.
Comme on le voit, l’idéologie de Sabino Arana n’est pas
spécialement faite pour emporter l’adhésion de la bourgeoisie. Une partie de
cette classe rejoindra pourtant les rangs nationalistes.
A la fin des années 90, en effet, la majorité des membres de la Socie
ded Euskalerria de Ramón de la Sota qui appartiennent le plus
souvent à la moyenne bourgeoisie industrielle et au milieu des armateurs,
ceux qu’Arana qualifia de « phéniciens », vont se rapprocher de lui.
Le Parti Nationaliste Basque sera la structure qui permettra à ces
héritiers du fuerismo libéral de concilier leur défense du
particularisme basque et leur opposition à la bourgeoisie monopoliste ainsi
que leur méfiance à l’égard du socialisme qui montre sa force lors de
la grande grève de 1890.
Disposant de moyens financiers dont la formation d’Arana était
dépourvue, ces hommes vont conférer un nouvel essor au mouvement
nationaliste et tenter de lui donner une allure plus moderne. Ils
(60) S. Arana, op. cit., p. 390 et suiv.
(1) Voir notre thèse p. 572 et suiv.
(62) S. Arana, op. cit., p. 1308.

FAIT NATIONAL AU PAYS BASQUE 151
devront bien évidemment composer avec l’idéologie intégriste d’Arana
fortement ancrée dans les mentalités.
En retour, celui-ci nuancera singulièrement ses positions sur la
société industrielle au point d’accepter l’industrialisation et l’esprit
d’entreprise comme valeurs de la société basque. Ce faisant, Sabino
Arana prenait acte des changements irréversibles subis par la société
biscayenne. A cet égard, le fait que les frères Arana participent à
l’aventure capitaliste dépasse l’anecdote (63). L’intransigeance
religieuse et séparatiste (54) diminuera au point de rapprocher le parti
nationaliste basque de la Lliga Regionalism Catalana.
Les concessions réciproques ne mettent pas cependant un terme
aux divergences entre les deux groupes qui coexistent au sein du parti.
Les deux tendances cohabiteront tant bien que mal jusqu’en 1921 date
de la scission aberriana (tendance araniste orthodoxe).
(63) J. Corcuera, op. cit., p. 470.
(64) Sur l’évolution « espagnoliste » de Sabino Arana, voir J. Corcuera, op. cit.,
p. 512 et suiv. *

84 JePH 24 01 17

Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 17 h 41 min

 

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JePh

« L’indicible »

C’est à l’âge de 17 ans que Jean-Philippe Vauthier se procure sa première guitare. Avec elle il veut changer le monde.

il ressent un besoin irrépressible de s’exprimer. L’amour des mots et de la mélodie, le poussent à écrire et à chanter. Il veut dire l’indicible… ce qui est ancré au plus profond de lui.

Enfant « dans la lune », il nourrit une forte vie intérieure. Son extrême sensibilité au monde extérieur fait naître en lui un intense sentiment d’injustice.

En 2003 il crée le groupe «Tournée Générale » qui rencontre un franc succès (2000 concerts et 6 albums distribués nationalement en un peu plus de10 ans).

Petit à petit il se laisse envahir par le besoin d’écrire sur des thèmes plus personnels, dans un univers plus intimiste mais aussi plus universel.

En 2013 il fait le grand saut et s’installe à Paris.

En 2015, en écho aux mentors qui ont nourrit son écriture et notamment à cette fameuse chanson de Brel, il crée le personnage de JePh.

 

Paroles…

Le texte occupe une place centrale dans l’univers de JePh.

Ses spectacles se partagent entre chansons et poèmes déclamés.

A l’instar d’un Bernard Dimey, ses textes ont un rythme et une mélodie intrinsèques, ils peuvent être chantés, scandés ou simplement dit.

 

 

… Et musique !

La musique et les arrangements viennent fixer un décor, illustrer le propos et l’univers poétique de JePh.

S’il fallait définir une essence à la musique de JePh, c’est le rock et la foik dans ce qu’ils ont de plus authentique, sans connotations et clichés. Leonard Cohen et Graeme Allwright serait certainement ses mentors pour leur exigence musicale : Jeu en picking, déroulés d’arpèges, ballades folk, couleurs blues, chansons pop, envolées lyriques,… quelqu’en soit la forme, le son est ancré dans l’âme du chanteur, dans ce qu’il a de plus pur.

Jeph a absorbé la musique rock anglo-saxonne des années 60-70 et toute la chanson française d’essence poétique depuis Léo Ferré et nous restitue sans artifices sa musicalité propre, celle qui gronde et sommeille en lui.

Entre musique et cinéma, entre poésie et chanson, entre le corps et l’âme, entre ici et ailleurs, JePh nous emmène en voyage dans son for intérieur, bercés de ses fortes convictions et de ses rêves puissants. Une aventure chimérique ancrée dans une réalité sociale.

 

83 43ème HLM CAP’S CREW ET CHACUN SON CIRQUE 17 01 17

Classé sous CAC HLM MANTES — SQUALE @ 17 h 22 min

 

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Les origines de l’association A chacun son cirque remontent à l’année 2005, autour d’une équipe de huit jeunes âgés entre 17 à 20 ans qui étaient à la recherche d’un lieu pour pouvoir pratiquer, favoriser et promouvoir leur passion commune pour les arts du cirque et de la rue.

L’association a été créée le 11 mai 2005 et relève de la loi du 1er juillet 1901 et de son décret d’application du 16 août 1901.

L’objectif de l’association est de participer au développement de la culture. Cette volonté se concrétise par l’accompagnement des pratiques culturelles amatrices et professionnelles au travers de :

  • l’expression et la curiosité,
  • l’écoute et l’esprit critique,
  • l’initiative artistique,
  • les pratiques collectives dans leur diversité.

 

D’abord orientée principalement vers les arts du cirque et de la rue, l’association s’est rapidement et naturellement ouverte aux autres formes de culture, et particulièrement à la musique.

Partant du constat que les disciplines des musiques actuelles et des arts de la rue étaient très peu représentées sur le territoire de Mantes-en-Yvelines, l’association A Chacun son cirque a fait le pari de s’inscrire de façon significative dans la vie culturelle locale en organisant un événement  de grande envergure permettant de promouvoir ces disciplines au travers de spectacles, de concerts et d’expositions : c’est ainsi que se déroula en juillet 2009 la première édition du festival Contentpourien.

 

Reconduit chaque année depuis sa création, le festival Contentpourien est devenu un événement majeur qui suscite auprès de la population locale un intérêt ne cessant de croître au fil e ses éditions.

 

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82 SPECIALE CAPPA REDIFF 10 01 17

Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 17 h 06 min

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VOIR BILLET 23 04 2013

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