ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

23 avril 2020

66 SPÉCIALE ROCKSTEADY 16 08 16

Classé sous EMISSIONS — SQUALE @ 18 h 58 min

 

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Ska/Rocksteady, l’identité musicale jamaïcaine se forge petit à petit

 

Le ska

En 1960, le Rhythm and Blues Shuffle va connaitre une révolution majeure. En effet, le rythme syncopé du boogie habité par le contretemps va se renforcer, pour devenir le socle de la future musique inventée en Jamaïque, le ska. A la suite de la mort du célèbre jazzman jamaïcain, Eric Dean, son groupe deviendra le groupe d’enregistrement attitré du studio d’enregistrement de Clément Coxsone Dodd, fondateur du très renommé Studio One. Le batteur Lloyd Knibb, futur membre de la formation des Skatalites, décida de modifier encore le rythme du shuffle. Celui-ci devient un quatre temps, encadré par la guitare, le clavier et les cuivres. Les morceaux ne sont pas forcément vocaux mais font danser toute l’île de la Jamaïque au cours des sound system.  Le nouveau rythme sera baptisé Ska, mélange de jazz, chants rhythm and blues et woogie shuffle. Au niveau des intruments, c’est un équilibre mélodique entre batterie, cuivres, guitare et contrebasse. En ce qui concernent les textes, ils parlent beaucoup d’amour et les histoires de Gangsters et des mauvais garçons (appelés « rude boy » par les jamaïcains) commencent à émerger

L’indépendance de la jamaique va confier au ska, un puissant rôle identitaire à l’île. C’est la première musique 100% jamaicaine.

Prince Buster est une des principales figures de l’éclosion du ska. Il a participé à sa montée en puissance en produisant des morceaux au sein de sa maison de disque et en assurant sa promotion au cours de ses Sound System. Un des premiers morceaux de ska qui a fait connaitre cette musique hors des frontières jamaïcaines fut le morceau « Al Capone » de Prince Buster, sorti en 1965. Tandis que le premier morceau de ska tout court fut l’œuvre de Millie Small, « My Boblollypop » en 1964. Le ska va largement influencer des artistes anglais à se lancer sur le créneau, à l’exemple de Madness, The Toaster ou the Busters.

 

Du Ska au Rocksteady

A partir du milieu des 1960’s, le shuffle ralentit encore. Le tempo devient binaire, plus lent avec moins de cuivre et une accentuation du clavier et du chant. Le rocksteady est très influencé par la soul. De nombreux jamaïcains vont ainsi réaliser des reprises à la sauce rocksteady, de morceaux de James Brown, Marvin Gaye ou encore de Steevie Wonder.

Le troisième temps de la mesure est marqué par la caisse claire, qui devient un mouvement caractéristique de la musique jamaïcaine. De nombreux artistes vont émerger durant cette période comme The Ethiopians, Toot’s and the Maytals, The Melodians et bien d’autres.

Le Rocksteady va également renforcer la concurrence entre les différents Sound System. La politique et la violence dans les quartiers sensibles vont être au cœur des textes de ce nouveau mouvement. Les mélodies seront concoctées par un ensemble basse, percussions, orgue et batterie. 

le Rocksteady.

Commençons par un petit rappel : le Ska fut le premier style musical inventé par les jamaïcains et célébrait l’indépendance de l’île obtenue en 1962. Les rythmes endiablés et chargés en cuivres faisaient danser toute la Jamaïque dans la bonne humeur. La scène jamaïcaine s’est structurée avec des artistes comme Skatalites, Byron Lee And the Dragonaires, Prince Buster, Desmond Dekker, Les Wailers ou encore Toot’s Hibbert. Pour l’anecdote : lorsque les Wailers ont auditionné chez Clément Coxsonne pour la première fois, les premiers morceaux n’ont pas réussi à le convaincre. C’est alors que Peter Tosh commence à chanter « Simmer Down », un titre qui a immédiatement séduit Sir C. Le lendemain, les Wailers étaient de retour au studio pour enregistrer le morceau avec la participation des Skatalites

Le contexte social influence beaucoup l’évolution de la musique, progressivement le doute sur le futur de la nation s’est installé dans l’esprit des jamaïcains. A partir du milieu des années 1960’s, le rythme se décélère, les compositions deviennent moins riches musicalement avec des cuivres ne marquant plus que le refrain. On le ressent aussi au travers de l’écriture, où l’on voit doucement apparaître des textes exposant le contexte social ainsi qu’un retour à des thèmes s’approchant du Blues. Le rocksteady est parfois qualifié de Soul jamaïcaine ou l’amour et les filles font également partie des thèmes centraux. Une anecdote plus fantaisiste existe quant à l’émergence du genre. Lors d’un concert de ska d’Alton Ellis, surnommé « mr Soul »,  le bassiste était malade. Alton Ellis s’empara alors de la basse mais ne parvint pas à reproduire l’accord propre au ska, le shuffle se trouva modifié, et ce serait la naissance du rocksteady. Il est considéré comme le précurseur du rocksteady et a même produit un titre éponyme « Get Ready, Rocksteady »

Derrière Alton Ellis, le paysage musical s’est profondément enrichi. La scène jamaïcaine va littéralement exploser. Aux cotés de chanteurs déjà confirmés comme Ken Boothe, Stranger Cole, Delroy Wilson (qui a enregistré ses premiers titres à seulement 14 ans), l’exceptionnel Jackie Opel ou Jackie Edwards, pléthore de groupes se forment : The Heptones, The Paragons, The Jamaicans, The Techniques, The Uniques, The Sensations, The Cables, The Clarendonians, The Gaylads et tant d’autres encore.  Excepté les Heptones, la plupart de ces formations ont connu un rayonnement local assez court ponctué par un ou deux albums mais n’ont pas réussi à se renouveler musicalement. Nombreux membres issus de ces groupes ont alors poursuivi leur carrière en solo avec plus ou moins de succès, pensons à John Holt, Bob Andy, I-Kong, Slim Smith, Cornell Campbell ou bien Leroy Sibbles. Les premiers opus solo des chanteurs présentent clairement la transition entre rocksteady et reggae. Le troisième temps marqué par une caisse claire se fait de plus en plus pressant. Du rocksteady au reggae, il n’y eu qu’un pas, ou plutôt que quelques accords à modifier. Il fut franchi en 1968, mais qu’il est dur de dire qui est le père fondateur du reggae : Toot’s and The Maytals, Clancy Eccles, Bob Marley ??! 

 

 UNE PÉPITE  DU ROCKSTEADY QUE JE VOUS LAISSE DÉCOUVRIR PAR UN FAN  BIG UP !!! A YOUSS MERCI….. 

Tout le Monde aime le Rocksteady

Entre Treasure Isle et Studio One

Plongée dans les origines Soul du Reggae

En musique (25 morceaux), infos et images

Avec Desmond Dekker, Alton Ellis, Ken Boothe, Bob Andy, Delroy Wilson, Marcia Griffiths, Bob Marley, Slim Smith, Hopeton Lewis, The Gaylads, The Paragons, The Heptones, The Versatiles, The Minstrels, etc…

 

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Mouvement musical né entre 1964 et 1968 en Jamaïque, le rocksteady a éclos lors du flétrissement du ska, genre qui faisait alors des ravages.

L’année 1964 est présentée par nombre de spécialistes comme une année charnière, car c’est durant celle-ci que l’explosion du ska s’est faite, avec le premier hit international « My Boy Lollipop » sur le célèbre label Island Records. La déferlante ska était alors lancée et, compte tenu de son rythme endiablé et de son public chaud bouillant, elle dévasta rapidement tout sur son passage à cause notamment de l’engouement phénoménal des rude boys (jeunes désoeuvrés des quartiers difficiles) qui semaient la terreur sur l’île, dégradant, pillant, et adoptant un nouveau look propre à horrifier la population : treillis militaires, pantalons pattes d’eph, T-shirts décolorés, badges, cheveux longs, bijoux… l’horreur.

Ainsi, malgré que les différents groupes de musique appelèrent dans leurs lyrics les rude boys à s’assagir, rien n’y fit, et la terreur continua à gagner les rues. Cette violence palpable se ressentit rapidement jusque dans le rythme de plus en plus frénétique du ska, qui après une incroyable vague de chaleur durant l’été de cette même année, se ralentit soudainement, annonçant par là même les prémices du rocksteady. On raconte que le rythme s’est à ce point freiné parce que les danseurs ne parvenaient plus à soutenir le rythme de cette musique punchy.

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Un exemple de ce ralentissement encore relatif, avec :

Feel Like Jumping – MARCIA GRIFFITHS

https://www.youtube.com/watch?v=kMgQvAoQN-c

 

En 1965, alors que l’euphorie liée à l’acquisition de l’indépendance (1962) était déjà bien loin, la Jamaïque était violentée par plusieurs événements et la généralisation des comportements rudes boy trouva son point d’orgue après la mort de Malcom X, en février. Pour rajouter au climat tendu, le célèbre ghetto Back-a-Wall, véritable centre névralgique de la culture rasta, fut rasé par des bulldozers, et le parti J.L.P., fraîchement élu et pro-américain, fit reconstruire de nouveaux bâtiments salubres pour y installer ses plus ardents défenseurs. Du coup, les nombreux rastas qui vivaient là-bas se réfugièrent à Trenchtown, quartier bien connu des amateurs de reggae pour y avoir nourri entre autres : Desmond Dekker, Alton Ellis et Ken Boothe, trois piliers du rocksteady.

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Rejoice Jah Jah Children – THE SILVERTONES

https://www.youtube.com/watch?v=DC2ozIxPM-0

 

Dans ce contexte social délétère et revendicatif, le ska semblait un peu trop « ras-les-pâquerettes » pour libérer les consciences, et apparut alors ce nouveau son, nouveau en Jamaïque, plus lent, davantage influencé par la soul américaine. Appelé rocksteady, ce nouveau style musical amena plusieurs changements : la basse remplaça la contrebasse, une seconde guitare fut ajoutée, les cuivres (éléments centraux de toute compagnie ska) se firent plus discrets. Et plus tard l’orgue et le piano s’imposèrent comme les nouveaux points centraux, avant de passer la main au profit des voix, extraordinaires, comme seule l’île sait en sortir. De façon générale, le rocksteady délaissa les influences jazz et le tempo soutenu du ska pour des harmonies proches de la soul, plus tranquilles, s’inspirant des musiques américaines type rythm and blues, ce qui ne l’empêcha nullement de très bien marcher dans les dancehalls et, plus tard, d’être au top des charts anglais.

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Au rayon chanson, on notera que de nombreuses reprises de soul U.S. furent enregistrées dans des versions rocksteady par des chanteurs comme Alton Ellis, John Holt ou Ken Boothe… et que les américains The Supremes, The Temptations, Wilson Pickett, Gene Chandler, Marvin Gaye ou encore le groupe The Impressions – qui avaient l’habitude de faire des tournées en Jamaïque -, influencèrent considérablement le rocksteady pour le faire devenir en 1966 le genre musical dominant, et être alors assimilé à de la soul locale, reconnaissable par ces choeurs qui répondent en écho à la mélodie façon gospel. A ce moment-là, les chansons d’amour étaient notamment en pleine effervescence et ces titres remportaient tous les suffrages sur les nombreuses pistes de danse que comptait et compte toujours la Jamaïque.

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My Worlds Is Empty With You – THE HEPTONES (reprise de « The Supremes »)

https://www.youtube.com/watch?v=2xsNFk-c9lo

 

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I Wanna Hold Your Hand – SLIM SMITH

https://www.youtube.com/watch?v=04q7ATkasU8

Aussi à cette époque-là pour être clair, une autre guerre faisait rage en coulisses . Deux producteurs aussi audacieux que véreux créaient leur label : Duke Reid, et son Treasure Isle, et Coxsone et son Studio One, et la chasse aux nouveaux artistes rocksteady s’intensifia pas toujours dans les règles, pour proposer au final : une richesse de catalogue absolument stupéfiante qui fait encore aujourd’hui les beaux jours de ces deux monstres de la production jamaïcaine.

 

 

Chez le Treasure Isle du Bad Boy Duke Reid, les principales stars de l’époque s’appelaient : Phyllis Dillon (« la diva rocksteady »), The Paragons de John Holt, The Jamaicans, The Techniques de Pat Kelly, The Melodians, The Ethiopians, Justin Hinds and The Dominoes… sans parler de ceux qui mangeaient à tous les râteliers, comme Alton Ellis par exemple.

 

Man Next Door – THE PARAGONS

https://www.youtube.com/watch?v=xKzG53ZuH5I

 

Taking Over Orange Street – GLEN ADAMS

https://www.youtube.com/watch?v=LWIV73icUIg

 

Quant au Studio One du roublard Dodd Coxsone, contrairement à Treasure Isle, il ne se cantonna pas au seul rocksteady, mais dénicha tout de même : les Heptones, les Gaylads, Ken Boothe, Delroy Wilson, Marcia Griffiths, The Wailing Souls… et Alton Ellis, of curse !

 

Let Them Say – BOB ANDY 

https://www.youtube.com/watch?v=Y02uC1IwqSE

 

Me And You – CARLTON & THE SHOES

https://www.youtube.com/watch?v=GNDhUtKt_bU

 

Dancing Mood – DELROY WILSON

https://www.youtube.com/watch?v=oZvtZEh3QUg

 

Yours Until Tomorrow – THE MINSTRELS

https://www.youtube.com/watch?v=1_h6bMjTZpw

 

 

Trois maîtres du genre : Desmond Dekker (1941-2006), Ken Boothe (1948-), Alton Ellis (1938-2008),

à retenir pour frimer en soirée.

 

 

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Alton Ellis (dans le style Rythm And Blues)

 

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Desmond Dekker (dans le style Rock)

 

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Ainsi en Jamaïque, le rocksteady fut un genre qui concerna tout le monde, et auxquels tous s’essayèrent. D’ailleurs, la plupart des artistes reconnus n’enregistraient pas pour un seul et unique producteur, comme ce fut le cas pour le cultissime Slim Smith et beaucoup d’autres. Petite revue d’effectif des indépendants évitant de bosser de façon continue avec les deux frères ennemis Duke Reid et Dodd Coxsone :


 

 Trying To Keep Me Down – ERROL DUNKLEY

https://www.youtube.com/watch?v=8UhRFgXlkPE

 

Pick My Pocket – THE VERSATILES

https://www.youtube.com/watch?v=VKdqBQ7pkeg

 

 

La postérité laissée par le rocksteady est forte mais teintée de nostalgie. Si beaucoup de musique ont été reprises pour servir de bases à de nouveaux tubes, il faut avouer que la relève « active » s’est longtemps fait attendre (contrairement à celle du ska), jusqu’à proposer il y a peu, Alpheus (2011), un Jamaïcain qui retourne aux sources du reggae, et Resonators (2012), des Anglais bien cool.

Live And Learn – ALPHEUS

https://www.youtube.com/watch?v=s9qdqbsuiqo

 

Try Again – RESONATORS

https://www.youtube.com/watch?v=5s14chJO634

 

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Je vous laisse pour finir trois perles qui achèvent notre tour Rocksteady en 25 chansons. Et je compte sur vous pour donner un nouveau souffle à ce genre qui risque de revenir à grande vitesse.

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Pour tous les amateurs de Oldies… 

 

 

Publié il y a 24th July 2014 par Youss L1

Libellés: Top Music Youss

 

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