ҪA BOOSTE sous les PAVÉS (Radio Libertaire 89.4 Mhz)

30 juin 2021

CSPB 29 06 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 22 h 50 min

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problème de diffusion sur le blog

Dernière émission de la saison, au programme : Festival Contenpourien. Miellerie collective. 31km pour 31 ans de prisons pour Unai, Ion, Jakes, Xistor par Bake Bidéa. Xabaltx collecteur de chansons oubliées. Saint-Pée-sur-Nivelle, un village basque dans l’Histoire. Quelle justice pour Josu Urrutikoetxea. Etxerat. Toujours plus de prisons : pour quoi faire ?. Le Conseil de l’Europe épingle la France pour la surpopulation carcérale et les conditions de détention.  En Corse, un nouveau mouvement féministe émerge. Au Canada, de nouveaux incendies d’églises catholiques sur des terres autochtones. Playlist : BETIZU TALDEA – Lokaleko leihotik. Gure kaiola (GLAUKOMA). Jaime Guevara – Bandera Negra II. NON SERVIUM – ACAB feat. EVARISTO. Rap ANARQUISTA – Voces Clandestinas – Libérate. Xalbadorren heriotzean. A retrouver sur mixcloud.com/skuale/ ou sur mixcloud.com/radiolibertaire/ ou cspb.unlog.fr

Durant l’été ça booste fait relâche. A bientôt en septembre

 

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23 juin 2021

Lise Cabaret David Stygmate Paul Péchenart Paul et Christelle (Navarro) 22 06 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 21 h 17 min

 

 

 

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Pour le 1er direct depuis le début du Covid, place était laissée à des musicien-ne-s habitué-e-s de l’émission, en les personnes de Lise Cabaret/David Stygmate pour l’album en avant-première « délirium passionnel » qui sort le 25juin, Ptit Paul Péchenart et Christelle Redouté du Groupe Navarro pour leur EP 4titres « les beaux jours » 2020, et Paul Péchenart pour son album « un enfant de la rue » 2019. 2h de musique+ avec de l’actu.

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Stygmate est un enchaînement de tubes punk rock fragiles, acérés, bancals avec une identité très forte. Petit frère d’OTH, des Rats et de Parabellum, avec des relents des 70′s, ça a le goût des caniveaux pourris de Belleville, de la galère et de la foi inaltérable dans le rock’n roll.

 

http://www.stygmate.propagande.org/ 

téléchargement

 

La plume dans les étoiles 2èmes et 4ème mardis du mois sur FPP de 11h à12h

Emission littéraire et musicale commencer le 9 mars 2020 avec Julie Colère que nous avions reçu dans ça booste

LISE CABARET

La Guitare en étendard

Lise Cabaret sort cette année 2021 son deuxième album « Délirium passionnel ».

 

lise délirium

https://www.lisecabaret.com/

 


Sa guitare comme arme de résistance, elle suscite une belle émotion par l’énergie et la sincérité qu’elle dégage sur scène, ses mots sont forts et sensibles.
L’univers rock à texte de Lise, la rapproche d’artistes tels que Mano Solo, Hubert-Felix Thiéfaine…
Son duo avec le guitariste David Stygmate créée une alchimie parfaite entre chanson française et rock. 

Dans cet album on retrouve Patrick Lemarchand à la batterie (Parabellum, Flor Del Fango) et David Stygmate à la guitare (Diego Pallavas, Andrew More), enregistré dans le studio de François Casays, Accès Digital à Rouen, qui a également œuvré pour des artistes comme Loïc Lantoine, Melissmell

Quand Lise n’est pas sur scène, elle anime une émission de la chanson au rock français La plume dans les étoiles sur la radio Fréquence Paris Plurielle (106.3idf) 

Et sinon ?

Lise Cabaret est née en 1987 à Paris, elle a grandi dans le 18e arrondissement.
Avec plus de 200 concerts à la clé, dans des lieux très diversifiés du squat à la scène, elle est lauréate du Clermont Carrefour Chanson en 2019, et sélectionnée par de nombreux autres tremplins.
Après un EP et un live, un premier album studio nait en 2018 de sa rencontre avec Nick Buxton du label French Fries Publishing.

PRÉVISIONS 2021

Dimanche 20 juin : Concert de soutien à « La librairie du monde libertaire » – PARIS (75) (retransmission dans l’émission KONSTROY sur radio FPP 106.3 idf ou rfpp.net – 18h/20h)
Retransmission vidéo → info à venir

Vendredi 25 juin : Concert privé – GALARDON (28)

Samedi 17 juillet : L’Absolue – LALEVADE D’ARDECHE (07)

Dimanche 18 juillet : Bar Le Vercors – PONT EN ROYANS (38)

Samedi 24 juillet : Concert privé – BAIINVILLE-AUX-MIROIRS (54)

Vendredi 6 août : Café du Tilleul – SAINT-MARTIN-LA-MÉANNE  (19)

Samedi 7 août : La Pierre Noire – CHAMPAGNAC (15)

Vendredi 17 septembre : Le Bacchus – CHATEAU-THIERRY (02)

Samedi 18 septembre : Le Décapsuleur – LA FERTÉ-SOUS-JOUARRE (77)

Vendredi 24 septembre : Le Pinky Bar – NOMMAY (25)

Jeudi 30 septembre : Péniche La dame de Canton – PARIS (première partie d’Alfred Massaï)

Samedi 2 octobre : Salle polyvalente – SAINT-RÉGIS-DU-COIN (42)
(réservations :
artencoin42@gmail.com)

 

Les jeunes ne sont pas en reste et il semble que la veine d’écriture et d’expression de Lise Cabaret soit très féconde : Par cette fenêtre, je vois des gens qui se raccrochent à leur être... La rue pleure notre manque d’affection… Il y a l’alcoolique qui s’accroche à son verre, qui prône la rhétorique, qui a ses épaules par terre. Les textes sont incisifs dans leur simplicité frappante. Le choix des mots ne fait jamais formule, ni recette, il sonne vrai pour qui comprend le contexte. Allain Leprest avait aussi cette façon d’écrire avec des mots de tous les jours en leur conférant une dimension poétique, (Arrose les fleurs).

Souhaitons que Lise Cabaret garde cette rage de chanter la vie, la passion, le désespoir, parce qu’en cette artiste je ressens, en dehors du talent et de l’authenticité, la grande énergie qui anime sa liberté. Avec David Stygmate qui est un autre enragé de la musique, ils forment un duo musical très réveillé, et c’est exactement ce que j’apprécie dans cet univers musical parfois trop lisse et terne.

 

 

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À la fin des années 60, Paul Péchenart grandit dans le bruit et la fureur des Stooges, des Who, de Steppenwolf et d’autres énervés. Pour lui, l’idée même de jouer du rock est un acte de rébellion et d’outrance. En 1973, il monte les Dogs avec Dominique Laboubée, Michel Gross et François Camuzeaux.

Fin-70, il embarque avec Larry Martin Factory. À la fois curieux, spontané et talentueux, Paul Péchenart joue dans plusieurs groupes sans trop se poser de questions. Il adore monter sur scène, brancher sa guitare et allumer son ampli. Très souvent partant et libre comme l’air, il accompagne aussi des bluesmen américains durant leurs tournées européennes. Dans les années 80, on le retrouve avec Screamin’ Jay HawkinsChampion Jack Dupree, Luther Allison, Hubert Sumlin ou encore Sonny Rhodes. Il enregistre aussi plusieurs albums notamment avec Johan AshertonJay Ryan (qui deviendra Jay and The Cooks) et Les Froggies.

Dans les années 90, il prend aussi la plume pour écrire ses propres chansons et sort finalement en 2000 son premier album solo éponyme : une parenthèse dans son parcours rock.

Paul Péchenart réalise ensuite une synthèse entre des orchestrations rock volontairement dépouillées et des textes aux tonalités poétiques avec deux albums, « Eté comme hiver » en 2010 et « Vagabond » en 2013. Cette même année, il publie « Une grosse boule de feu » (Éditions Camion Blanc), un livre sur ses expériences d’enfance et de jeunesse qui l’ont conduit aux excès et à la démesure véhiculés par le rock.

Sur scène, il joue avec ses fils naturels et spirituels : Paul Péchenart Junior (batterie, guitare, chant) et Esteban Avellan (basse). Après plus de 350 concerts ensemble, ils enregistrent l’album « Intacts » (2017 – Juste Une Trace) puis l’album « Un Enfant de la Rue » (2019 – Juste Une Trace).

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 http://paulpechenart.com/

Paul Péchenart junior et Christelle Redouté avec à la batterie Eléonor Navarro: sortent leur 1er opus « Les Beaux Jours »

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 https://navarroband.bandcamp.com/album/les-beaux-jours

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Steve, tu nous manques »: près d’un millier de personnes ont défilé dans les rues de Nantes lundi soir en hommage à Steve Maia Caniço, tombé dans la Loire durant une intervention policière lors de la Fête de la musique 2019.

« On est là pour lui rendre hommage, dans un but pacifique et non pour une quelconque revendication politique. On veut pas qu’il tombe dans l’oubli et que justice soit rendue », expliquait à l’AFP en début de manifestation « Moune », 23 ans, une amie du jeune animateur périscolaire de 24 ans, mort il y a tout juste deux ans.

« On est toujours là », « On ne se taira pas » ou « Danser n’est plus une liberté », proclamaient quelques pancartes brandies par les manifestants dont beaucoup arboraient un tee-shirt blanc marqué d’un « Justice pour Steve ».

« Pas de justice, pas de paix », « on n’oublie pas, on ne pardonne pas », a scandé la foule qui a défilé de la préfecture jusqu’à l’île de Nantes, sans pouvoir accéder au quai Wilson où Steve a été vu pour la dernière fois durant une fête techno interrompue par une intervention policière.

Les forces de l’ordre ont refusé de laisser passer les manifestants en avançant que la manifestation n’avait pas été déclarée à la préfecture. Seuls quelques membres de la famille ont pu se recueillir sur les lieux du drame.

Quelques personnes ont laissé des roses et une pancarte « État policier, État meurtrier » sur un autre quai, près de l’endroit où le corps de Steve avait été retrouvé.

« Steve est venu à nos soirées. Depuis deux ans, on a toujours la boule au ventre », a raconté Nicolas, teufeur de 22 ans, barbe noire et chapeau de paille. « On a l’impression que notre jeunesse part en fumée. On ne peut plus faire la fête », ajoutait-il en référence à la free party illégale dispersée par les forces de l’ordre le weekend dernier à Redon (Ille-et-Vilaine).

« Ce week-end a été compliqué pour tout le monde », a abondé Caro, une autre amie de Steve. « Votre présence, pour nous, elle est un soutien, elle donne du courage », a-t-elle lancé sous les applaudissements de la foule.

Le parquet a annoncé la semaine dernière que l’enquête avait établi que Steve Maia Caniço était tombé dans la Loire « dans le temps de l’intervention de la police » lors de la Fête de la musique 2019. Plusieurs personnes, notamment des responsables policiers et la maire de Nantes, ont été convoquées par le juge d’instruction en vue d’une éventuelle mise en examen.

Des affrontements ont éclaté lundi lors d’une deuxième manifestation organisée un peu plus tard, après 21H00, dans le quartier Bouffay, en marge de la Fête de la musique, à l’appel du collectif d’ultra gauche Nantes Révoltée. Des black blocs ont retiré des pavés dans le quartier Kervéguen et faisaient face aux forces de l’ordre qui ont fait usage de lacrymogène, tandis que de nombreux nantais étaient attablés à des terrasses de cafés, a constaté un journaliste de l’AFP.

 

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Il envoie un signal sur le plan sécuritaire. Emmanuel Macron a réuni le Premier ministre, les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères et une représentante du ministre de la Justice, mercredi 9 juin, pour réclamer une meilleure efficacité des expulsions d’étrangers en situation irrégulière, a annoncé l’Elysée.

 

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« Les demandes d’asile sont de plus en plus détournées : les étrangers demandent systématiquement l’asile en sachant que l’examen de leur dossier dure plusieurs mois et qu’ils sont pris en charge de manière très avantageuse », a estimé un conseiller. « Or, le taux d’acceptabilité de l’immigration dans notre pays est de plus en plus bas », a-t-il relevé. Sur environ 120 000 demandeurs d’asile par an, 20 000 obtiennent le statut de réfugiés, 20 000 repartent et 80 000 se maintiennent illégalement sur le territoire.

Des mesures « opérationnelles » à venir

Aussi, le chef de l’Etat a-t-il demandé aux ministres  »d’activer de manière volontariste les dispositifs en vigueur » et d’intensifier les négociations avec les pays d’origine pour qu’ils acceptent le retour de davantage de leurs ressortissants. Fin 2020, la commissaire européenne aux Affaires intérieures avait estimé devant le Sénat que le taux d’exécution moyen d’une décision d’expulsion est de 30% en Europe mais chute à  »13, 14% pour la France », alors que l’Elysée avance le chiffre de 15,3%.

Le chef de l’Etat, qui au début de son quinquennat évoquait l’objectif d’un taux d’exécution de 100%, a réclamé des mesures  »opérationnelles très rapidement », en ciblant en priorité l’expulsion des étrangers irréguliers auteurs d’actes de terrorisme ou fichés pour radicalisation ainsi que ceux ayant commis des crimes et délits et autres infractions graves. L’objectif est de les emmener directement à l’aéroport dès leur sortie de prison, grâce à une coordination des administrations.

 

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Les participants à la rave party de Redon (Ille-et-Vilaine), ce week-end, ont dénoncé la casse de leur matériel par les forces de l’ordre. Ils chiffrent un préjudice de plus 100 000 €. Après le procureur de la République de Rennes, c’est au préfet de réagir. Le représentant de l’État affirme qu’il n’a pas donné l’ordre de destruction du matériel.

 

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Samedi vers 17 h, les gendarmes ont mis fin à la rave party installée illégalement sur les terrains de l’hippodrome de Redon, depuis la nuit du 18 au 19 juin.

 

Une opération musclée, selon les participants à la rave, qui rapidement ont dénoncé une destruction du matériel des sound systems, chiffrant le préjudice à plus de 100 000 €. Les forces de l’ordre ont lancé des grenades lacrymogènes au moment de l’intervention, « ils ont agi avec des tonfas, des haches et des masses », rapportait dimanche Victor Lacroix, président de l’association Média’son, connue dans le monde de la free party. Plusieurs vidéos de l’intervention ont circulé sur les réseaux sociaux.

 

L’objectif « était de mettre fin à la fête et d’encourager les gens à partir », a expliqué le colonel Sébastien Jaudon, patron des gendarmes d’Ille-et-Vilaine. « Pour les empêcher d’écouter de la musique, nous avons saisi le matériel », a-t-il ajouté.

 

Interrogé sur le cadre de cette intervention, le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, a déclaré ce week-end que « les faits éventuels de destruction de matériel » ne relevaient « ni d’instructions du parquet, ni d’une enquête judiciaire ».

 

Sept blessés, une main arrachée

Le magistrat a précisé que dans le cadre de la procédure judiciaire portant sur l’organisation de la free party, « une platine, trois tables de mixage et trois amplificateurs ont été saisis, sur instruction du parquet ».

 

Ce lundi, à son tour, le préfet Emmanuel Berthier a indiqué que l’opération de maintien de l’ordre s’est déroulée « en réponse à un rassemblement interdit ». « Je n’ai donné aucun ordre de destruction de matériel, affirme le représentant de l’État. La Justice se prononcera, si elle est saisie d’éventuels contentieux. »

 

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8 juin 2021

COLLOQUE ATELIERS DE LA PAIX « DIALOGUER AVEC SON ENNEMI 08 06 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 18 h 05 min

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ÉGALEMENT SUR LE BLOG DU COMITÉ

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Le 25 et 26 mai se tenait à l’assemblée nationale les ateliers de la paix « dialoguer entre ennemis » avec pour le Pays Basque ou Euskal Herria, Frédérique Espagnac sénatrice, Caroline Guibet Lafaye philosophe et sociologue chercheuse au CNRS membre du centre Emile Durkheim, Josu Urrutikoetxea négociateur pour ETA, Brian Currin avocat expert en résolution des conflits, Véronique Dudouet Directrice de recherche et experte en résolution de conflits à la fondation Berghof. 2ème partie du colloque commencé la semaine dernière dans l’émission. Actu du Pays Basque, La mobilisation pour les langues régionales. Agustin Azkarate et Miren Azkarate. Sur la torture, encore une fois (expérience basque) par JOXE AZURMENDI philosophe qui nous lit l’ouvrage de la militante ARGUTZANE JUANENA torturée par la guardia civile

Playlist, LORETXOA-Exkixu, ZEA MAYS – Negua joan da ta, EN TOL SARMIENTO – Ametsetan, VOCES CLANDESTINAS feat.LIRIKA PODRIDA – Libertarios                        

 

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josu

dudouet

curring

guibet lafaye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table ronde n°2 Pays Basque
14h00-16h00
Axes de discussion :
1) La résolution du conflit et la protection des négociateurs
2) D’un processus historique par son unilatéralité et de la nécessité, aujourd’hui, de
l’implication des deux États français et espagnol dans la négociation sur les conséquences du
conflit.
Présidence de la table ronde : Frédérique Espagnac
Sénatrice des Pyrénées-Atlantiques, a participé au processus de sortie du conflit au Pays
Basque.
Intervenants : Brian Currin
Avocat, expert en résolution de conflits, fondateur du fondateur du Directoire national des
avocats pour les droits de l’homme et membre fondateur de la Commission Vérité et
Réconciliation en Afrique du Sud, coprésident de la Commission de révision des peines en
Irlande du Nord, fondateur du Groupe international de contact pour le Pays Basque (GIC). Véronique Dudouet
Directrice de recherche et experte en résolution de conflits à la fondation Berghof
(Allemagne), ancienne membre de l’US Institute of Peace, accompagne et assiste la société
civile dans la résolution du conflit au Pays Basque.
5 Caroline Guibet Lafaye
Philosophe et sociologue, directrice de recherche au CNRS, membre du Centre Émile
Durkheim où elle coordonne un programme de recherche européen sur l’Engagement
politique et actions extra-parlementaires, spécialiste du conflit basque. Josu Urrutikoetxea
Militant historique de ETA, ancien député de la Communauté autonome basque, acteur clé
des négociations et de la sortie du conflit au Pays basque. 

 

Langues territoriales : divorce ou mariage d’amour ?

TRIBUNE LIBRE - Ancien président de l’Office public de la langue basque et conseiller régional sortant candidat aux élections régionales, Mathieu Bergé analyse la relation entre l’Etat français et les langues territoriales, au moment où le Conseil constitutionnel doit se prononcer sur la loi Molac.

 

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Mathieu Berge © Isabelle MIQUELESTORENA

Les relations entre la République et les langues territoriales ont longtemps été tumultueuses. Qualifiées de langues de « la contre révolution », on ne peut oublier en 1794 le discours de Barrère lors de sa présentation du rapport de salut public sur les idiomes. « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la République parle allemand, la contre révolution parle italien et le fanatisme parle basque ». Sous la IIIe République, la situation ne s’améliore guère, « la langue basque est soupçonnée et accusée de véhiculer l’anti-républicanisme et le séparatisme » comme le souligne Pierre Bidart dans son ouvrage « La nouvelle société basque ».

Carlton J.Hayes, diplomate et historien américain, dans sa typologie des nationalismes évoquera le « nationalisme jacobin » qui alternativement portera des politiques de destruction ou d’abstention dont les effets néfastes ne sont plus à nier.

Face à cela s’est mise en place une forme de résistance linguistique portée pendant des décennies par la société et le monde associatif  avant que n’émerge la structuration d’une politique publique inter-institutionnelle au sein de l’Office Public de la Langue Basque au début des années 2000.

Cette politique publique pourrait s’assimiler à un mariage de raison ou à un Pacs pour les moins enthousiastes. Généralement, ces unions  fonctionnent et les enfants s’en sortent plutôt bien et en l’occurrence ce contrat a permis de sanctuariser la place de l’Euskara au sein de notre communauté sociale, politique et institutionnelle. Beaucoup a été accompli, notamment en matière d’éducation dans les filières publiques et privées associatives ou confessionnelles, et souvent avec une véritable bienveillance des services de l’Etat déconcentré.

Néanmoins, nous ne pouvons que constater depuis deux ans un raidissement des positions gouvernementales et un retour à une forme de nationalisme jacobin, s’attaquant en particulier au cadre de l’expérimentation immersive dans les écoles maternelles publiques, malgré les excellents résultats des évaluations.
Face à cette situation s’ouvrent à nous deux options :
– le divorce proposé par le Gouvernement
– le mariage d’amour cette fois porté par les parlementaires.

La deuxième option affirme ouvertement l’intérêt de la République pour ses langues territoriales et pour la première fois depuis plus de deux siècles aborde la question du statut des langues territoriales et d’une forme d’officialisation par la voix de la représentation nationale (Assemblée nationale, Sénat) porteuse de la souveraineté populaire, comme il semble bon de le rappeler dans ce contexte de saisine gouvernementale déguisée du Conseil constitutionnel.

Entre le renouveau du nationalisme jacobin et la proposition de rénovation du contrat social républicain autour de nos langues territoriales, souhaitons que les sages du Conseil constitutionnel ne fassent pas bégayer l’histoire et choisissent l’inclination parlementaire.

 

Les offices publics des langues bretonne, basque, catalane et occitane disent leur « colère »

Les présidentes et président d’office public de la langue basque, occitane, catalane et bretonne écrivent au Président Macron : « Monsieur le Président de la République, nous vous lançons un appel solennel : épargnez à tous un gâchis sans précédent, proposez d’urgence un projet de loi constitutionnelle visant à modifier l’article 2 de la Constitution. »

 

Dans une lettre ouverte au Président de la République, les quatre présidentes et président des offices publics des langues basques, catalane, occitane et bretonne lancent « un appel solennel au Président de la République : épargnez à tous ce gâchis sans précédent, proposez d’urgence un projet de loi constitutionnelle visant à modifier l’article 2 de la Constitution. »

Les quatre élus sont Charline Claveau, présidente de l’Office public de la langue occitane, Conseillère régionale déléguée de Nouvelle Aquitaine, Antton Curutcharry, président de l’Office public de la langue basque, vice-président de la Communauté d’agglomération Pays-Basque, Carole Delga, présidente de l’Office public de la langue catalane, présidente de la Région Occitanie Pyrénées Méditerranée et Lena Louarn, présidente de l’Office public de la langue bretonne, vice-présidente de la Région Bretagne.

« Nous sommes en colère »

« Nous sommes en colère » martèlent les quatre élus. « L’article 2 de la Constitution a été rédigé pour protéger le français de l’anglais. Pourtant, à l’issue de la décision rendue par le Conseil constitutionnel, on pourra continuer à écrire les prénoms William ou Steve à l’État civil mais pas Beñat ou Fañch, Ròsa ou Martí. Depuis plus de 50 ans, les filières immersives associatives portent la scolarisation de nos enfants en enseignement immersif et produisent des locuteurs parfaitement bilingues, qui maîtrisent aussi bien le français que la langue régionale, et obtiennent leur baccalauréat avec un taux de réussite atteignant ou frisant systématiquement 100 %, et ce, malgré l’obligation de présenter les épreuves… en langue française au terme d’une scolarité en immersion langue régionale. Depuis plus de 20 ans, et partant du constat que le système bilingue à parité horaire ne parvient pas à transmettre la langue régionale aussi efficacement que nécessaire – du fait d’un environnement familial et sociétal presque exclusivement francophone –, des expérimentations immersives ont été développées en maternelle et élémentaire dans l’enseignement public et dans l’enseignement privé confessionnel : les élèves obtiennent de meilleurs résultats que leurs pairs, en langue régionale bien sûr, mais aussi en français et en mathématiques.

Alors même que l’enseignement immersif a prouvé son efficacité dans la transmission des deux langues régionale et française, et démontré sa capacité à produire des bilingues équilibrés particulièrement aptes au plurilinguisme, la décision du Conseil constitutionnel viendrait porter un coup d’arrêt à ces réussites ? »

« Nous ne l’acceptons pas, nous ne l’accepterons pas »

« Nous ne l’acceptons pas, nous ne l’accepterons pas. Nous n’accepterons pas de gérer la marche arrière et la déconstruction. Ce sont le développement et la survie même des langues régionales qui se jouent ici.

Voilà des années, des décennies même, que nous construisons patiemment, brique à brique et dans le consensus, les conditions d’un développement apaisé mais déterminé de nos langues régionales. Voilà des décennies que ces politiques recueillent un large consensus des institutions, des élus, des familles et de la société. Des décennies que nous construisons les conditions d’une transmission réussie de nos langues dans un contexte très largement francophone. L’enseignement par immersion constitue un levier déterminant pour cette réussite et un pilier indispensable de nos politiques publiques en faveur de nos langues.

« Nous n’accepterons pas de reculer »

Nous ne pouvons accepter de priver nos langues d’une condition aussi importante de leur développement, car ce serait les condamner à reculer. En matière de langues régionales, ne plus avancer équivaut à reculer. Et reculer, c’est condamner nos langues. Nous n’accepterons pas de reculer. Nous n’accepterons pas que nos offices deviennent les lieux de l’organisation et de la gestion d’une marche arrière absurde et contre-productive à tous égards.

Monsieur le Président de la République, nous vous lançons un appel solennel : épargnez à tous un gâchis sans précédent, proposez d’urgence un projet de loi constitutionnelle visant à modifier l’article 2 de la Constitution. Monsieur le Président de la République, vous avez déclaré mercredi que vous aviez « demandé au gouvernement et au Parlement de trouver les moyens de garantir la transmission de cette diversité linguistique dans le respect des cadres pédagogiques largement reconnus depuis un demi-siècle ». Nous ne pouvons nous satisfaire d’une seule déclaration d’intention, tout comme nous ne pouvons nous satisfaire de l’absence de toute mention à l’enseignement immersif engagé depuis plus de 20 ans dans les maternelles et élémentaires de l’enseignement public et de l’enseignement privé confessionnel.

« L’article 2 de la Constitution rend impossible cet enseignement »

« L’expérience a montré la réussite de l’enseignement par immersion. L’environnement dans lequel évoluent nos langues rend indispensable cet enseignement. L’article 2 de la Constitution rend impossible cet enseignement ? Alors c’est l’article 2 de la Constitution qu’il faut modifier, et non pas un enseignement qui a fait ses preuves et produit des bilingues complets qui réussissent aussi bien ou mieux que les unilingues y compris en français.

L’article 2 de la Constitution était destiné à protéger le français de l’anglais. Il est utilisé contre nos langues régionales, sans pour autant protéger le français de l’anglais. Nous ne pouvons pas accepter cette anomalie, nous ne pouvons pas accepter cet article qui a prouvé son inaptitude à atteindre son objectif, et sa particulière efficacité à nuire gravement à nos langues régionales.

Monsieur le Président de la République, nous vous lançons un appel solennel : proposez d’urgence un projet de loi constitutionnelle visant à modifier modification de l’article 2 de la Constitution ! Nous sollicitons de votre haute bienveillance une audience pour nous entretenir avec vous de cette question de la plus grande importance pour l’avenir de nos langues. »

Une manifestation pour défendre l’enseignement en euskara au collège

Des parents, des enseignants et des enfants se sont rassemblés le 26 mai sur le rond-point du Jai Alaï de Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils réclament à l’Education nationale de pourvoir des postes d’enseignants bascophones dans les collèges bilingues de la capitale de Basse-Navarre et d’Anglet.

 

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Deux enfants peignent des messages en faveur de l’euskara, Ils sont les premières victimes des obstacles à l’immersion. © Guillaume FAUVEAU

A la rentrée 2021-2022, deux enseignements en basque devaient ouvrir dans deux collèges bilingues : en EPS à Endarra à Anglet et en physique-chimie à la Citadelle à Saint-Jean-Pied-de-Port. Face au refus de l’Education nationale de pourvoir ces postes en enseignants de basque, une mobilisation a rassemblé une cinquantaine de personnes à Saint-Jean-Pied-de-Port, le mercredi 26 mai à midi.

Pour les participants, de telles décisions « injustifiées » de l’Education nationale, sont « préjudiciables à la formation bilingue des enfants ». Ils rappellent que les enseignants sont disponibles et que les établissements scolaires concernés sont d’accord. L’Education nationale doit assurer des enseignements en basque pour la moitié des disciplines non linguistiques « pour une filière bilingue de qualité et pour la formation de bons locuteurs à l’oral comme à l’écrit ».

 

Azkarate avait enduré six jours de torture, puis pris la fuite pour échapper et éviter de revivre cela.

 azkarate

Agustín Azkarate fut libéré sans inculpation car il n’avait fait aucune déclaration malgré les tortures sauvages auxquelles il avait été soumis. Il ne s’incrimina pas, il n’incrimina personne. C’était en 1986. Il prit la fuite par la suite parce que la Guardia Civil continuait à le harceler. Il est revenu ces jours-ci avec Joseba Sarrionandia.

En octobre 1986, Agustín Azkarate avait refusé à tout moment de témoigner ou de fournir des informations lors des interrogatoires auxquels il fut soumis par la Guardia Civil. Apparemment, la torture fut particulièrement dure dans son cas parce que l’institut armé espagnol pensait qu’Azkarate avait des informations importantes sur ETA. C’est du moins la version qui fut transposée à cette époque.

Azkarate fut arrêté par la police française le 15 octobre 1986 à Hendaia et fut aussitôt remis aux forces de police espagnoles, grâce à la procédure administrative d’urgence, malgré l’absence de causes ou d’exigences internationales à son encontre.

 

 

Cette procédure d’origine archaïque fut utilisée et dépoussiérée par le gouvernement français afin de gravir une étape de plus dans la collaboration avec Madrid. Le GAL avait fait grand effet, premièrement Paris transigera avec les expulsions et les extraditions, et plus tard, à partir de 1986, avec les transferts de police à police. Au cours de ces années, des centaines de réfugiés furent livrés de cette manière à la police espagnole, sans aucune garantie, et dans la plupart des cas, ils dénoncèrent des tortures sauvages.

Le cas de Agustín Azkarate fut un des plus connus. Il avait passé six jours entre les mains de la Guardia Civil et, lorsqu’il arriva devant le juge, celui-ci jugea indispensable son transfert à l’hôpital pénitencier.

Devant le juge, les seules déclarations qu’il fera seront uniquement sur la torture et les mauvais traitements subis, aucune déclaration auto inculpatoire lui fut arrachée, donc Azkarate fut finalement mis en liberté. Dans la crainte de se voir arrêté à nouveau, ou pire encore, craignant qu’il pourrait même être enlevé pour subir d’autres interrogatoires, Azkarate pris la décision de fuir et de quitter Euskal Herria.

Depuis, toutes ces années il a résidé à Cuba. Il vient d’arriver à Euskal Herria ces jours-ci, tout comme Joseba Sarrionandia, écrivain renommé et ancien membre de ETA.

 

L’ombre de la torture atteint sa fille

 

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Comme tant d’autres Basques, l’ombre de la torture a par la suite hanté Azkarate, cet homme de errenteria, qui a actuellement 69 ans. Sa fille fut arrêtée en 2002 et soumise à de terribles tortures, selon le témoignage offert par elle-même lors d’un forum tenu sur cette question en 2016 à Donostia.

Miren Azkarate n’avait que 18 ans lorsque la Guardia Civil l’a emmenée. Selon son témoignage, elle avait passé quatre jours avec les yeux bandés, sans manger, nue et entourée de guardias civiles qui ne cessaient pas de crier, obligée à masturber l’un d’entre eux, distinguant des pinces autour de ses seins … Elle a subi continuellement la torture dite « la bolsa », elle l’a subie sans cesse jusqu’à atteindre un moment critique : « J’étais dans un état où j’entendais, mais je ne pouvais ni respirer ni bouger. Je les ai entendus crier « appelez une ambulance », « nous avons perdu la main, nous sommes allées trop loin ». Et j’ai pensé : « Eh bien, je suis morte, c’est ça mourir. » En réalité, dans les cachots de la Guardia Civil, elle ne souhaitait autre chose, elle voulait mourir, alors quand ils lui ont mis un pistolet à la main, elle l’a mis sur sa tempe et a tiré: «il n’était pas chargé, Je suis contente aujourd’hui, mais à ce moment  je me suis dit « merde ».

 

Sur la torture, encore une fois (expérience basque)

JOXE AZURMENDI

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Torture au Pays Basque

Agurtzane Juanena s’est engagée politiquement dès sa jeunesse. En 1975, lorsqu’elle était étudiante à l’université, elle fut arrêtée. Elle sortit du commissariat avec de graves blessures dont elle mit un an et demi à se remettre. S’agissant des traumatismes et blessures morales, ce fut beaucoup plus long. Elle raconte simplement son histoire, sans dramatisation ni sentimentalisme, dans un livre Esan gabe neukana paru en 2003. Joxe Azurmendi qui relit pour nous ici son livre est un philosophe basque né à Zugama en 1941 (Guipuzcoa). Il a eu une solide formation philosophique en France et en Allemagne et intervient dans les débats fondamentaux de la culture basque et notamment la question de la violence. Certains pourront se scandaliser que nous parlions surtout de la violence de l’État espagnol, alors que l’unanimité s’est faite contre le terrorismee basque. Mais le terrorisme aussi condamnable soit-il, n’exisge pas que l’État le devienne à son tour avec infiniment plus de menaces sur la démocratie. En outre, l’État espagnol a été longtemps un État fasciste et violent dont les Basques de l’ETA ont contribué à précipiter la fin, même si on peut regretter les dérives ultérieures. Nous avons plusieurs fois traité du problème basque notamment E.Delferrière dans le numéro 41 de la revue TOUDI (octobre 2001) sous le titre Quelle violence au Pays Basque? À partir d’un très volumineux dossier des Temps Modernes qui avait réuni les points de vue les plus divers sur la question basque.

 joxe azurmendi

I

Agurtzane Juanena a publié ce petit livre, Esan gabe neukana (Ce que je n’avais pas dit), aux Editions Elkar. La raison pour laquelle, aux côtés de Martxelo et Xabier, je participe à la présentation de ce livre, est qu’Agurtzane a été une de mes élèves en philosophie. Plus tard, avec le temps, nous sommes devenues amis, c’est une personne que j’apprécie beaucoup. Et je connais son livre. Un texte émouvant. Texte simple en apparence, écrit avec précaution, presque humble. C’est un essai qui relève d’une très fine sensibilité féminine. Sans aucun cri strident soit politique, soit idéologique: ce livre est un document humain émouvant, et aussi d’un point de vue littéraire, un petit bijou

Venons-en au contenu: ce que nous raconte Agurtzane Juanena, c’est est une histoire de plus sur la torture. Mais, ici, il s’agit de son histoire personnelle: une jeune de ETA est arrêtée et torturée. Pour ne pas dénoncer ses compagnons, elle se jette par la fenêtre: gravement blessée, la police la transfère à l’hôpital.

Malheureusement, en Euskal Herria, les témoignages sur la torture sont nombreux. Mais celui-ci n’est pas un de ces documents quelconques qui relate ce qui arrive très souvent dans les commissariats. Ce n’est même pas un document. Ou, du moins, ce qu’il ya de plus intéressant ici dans ce texte, ce qui en fait la confession intime d’une femme, c’est l’auto-analyse permanente à laquelle elle se soumet et la réflexion que développe la personne soumise à la torture, deux choses qui s’entrecroisent, à des moments différents. Nous ne lisons pas ce que font les bourreaux, mais ce que vit la personne soumise à leur torture: ce qu’elle sentait et pensait pendant qu’elle était torturée, ses peurs, sa fragilité et ses doutes; et ce qu’elle sent et pense maintenant, pendant qu’elle écrit, en évoquant ces faits. Nous voyons la personne torturée se mouvoir face à son miroir intérieur. Ses doutes moraux, sa fragilité, la compréhension et la pitié qu’elle recherche auprès des policiers eux-mêmes, parce qu’elle est terrorisée, et ensuite, à un moment donné, une fermeté toute stoïcienne, un désespoir et une force, qu’elle-même n’arrive pas à comprendre. Après, c’est la vie en silence de la torturée, institutrice dans un petit village de Navarre, fuyant la vie autant que faire se peut, sans pouvoir ni oublier ni parler. Tout cela est évoqué presque sans émotion, comme si elle ne sentait déjà plus rien. Ce qui nous touche encore plus profondément.

Je pourrais attirer l’attention du lecteur sur de nombreux aspects de la torture. Mais j’aimerais n’en souligner qu’un seul, parce qu’il s’impose aussi dans le livre d’Agurtzane. Pourquoi n’est-elle pas ici aujourd’hui parmi nous lors de la présentation du livre? On dit qu’elle n’a rien à déclarer; mais nous savons tous que ce n’est pas là la vraie raison . Le problème c’est de savoir comment vit la personne torturée avec sa torture?

Pour commencer, pour la personne torturée, la torture ne se transforme jamais en chose du passé, elle est toujours présente. Elle marque sa vie et sa personnalité. Elle est devenue sa vie et son identité. Pourquoi? Selon moi, d’une certaine façon, la torture t’anéantit comme personne. Tu te rends compte qu’être soi-même ne dépend pas de nous. Ce qui fait de nous des personnes, c’est le fait d’être traités comme personnes, mais justement au moment là où tu devrais l’être le plus, tu n’es pas une personne. Maintenant tu n’es plus sûr d’en être une, tu ne peux pas l’être, tu ne peux pas être sûr du fait que tu seras toujours et en toutes circonstances une personne. Tu ne l’es pas. A certaines places, tu n’es pas une personne. Tu as vécu cela. Tu es cela. A n’importe quel moment, il peut t’arriver à nouveau de cesser d’être une personne, tout-à-coup. Face à n’importe qui, à n’importe quel moment tu peux à nouveau ne plus être une personne. Et il faudra y ajouter que tu as vécu ça, mais que tu ne peux pas le raconter. C’est, d’une certaine façon, impossible à exprimer avec des mots. Tu peux dire: «  ils m’ont fait ceci et cela ». Mais cela demeure à l’extérieur de toi. Ton histoire intérieure, c’est autre chose, ça ne peut pas se dire. Je crois que c’est pour cette raison que de nombreuses personnes préfèrent ne pas raconter les tortures qu’elles ont subies, préférant les garder à l’intérieur d’elles-mêmes.

Et c’est bien injuste qu’au lendemain du jour où l’on a été torturé le soleil se lève comme si de rien n’était, que les gens aillent travailler, jouer. Ton histoire intérieure -les doutes intérieurs de la personne torturée, le repentir, la honte, le cri qu’on étouffe et qui réclame justice- cela ne peut pas être raconté. Et puisque cette histoire n’est pas racontée, elle semble ne pas exister pour les autres. Et puisqu’elle n’existe pas pour les autres, elle devient pour la personne torturée elle-même un savoir qui participe de l’irréel. La personne torturée sait qu’elle a des amis, elle aimerait leur parler et leur raconter. Mais dans une langue qu’elle est seule à connaître, à propos d’une expérience qui m’appartient qu’à elle, il est impossible d’en parler à qui que ce soit.

Dans ce livre, Agurtzane rompt ce carcan inscrit au plus profond de l’âme. Elle nous raconte l’histoire de sa torture, de l’intérieur, pour que cette torture soit aussi la nôtre, pour que cette torture soit aussi quelque chose de réel pour elle-même. Cela semble invraisemblable et pourtant c’est vrai. Après vingt-cinq années de silence, elle a confié pour la première fois ces pages à un ami. De cette façon, portées à la connaissance de quelqu’un d’autre, elles sont devenues pour elle quelque chose de plus « réel », ainsi qu’elle l’avoue au début du livre. « Si quelqu’un d’autre le sait, c’est plus vrai », répète-t-elle vers la fin. La torture est une expérience qui, même pour la personne torturée, est incompréhensible, invraisemblable.

Tout cela appartient au domaine personnel, intime, et il est très important pour tous de connaître le vécu de la personne torturée. Merci! Agurtzane. La torture n’est cependant pas une infraction au code de la route. C’est une négation de la société. C’est la société sauvage des bêtes féroces, protégée par la loi. Et pour cette raison je voudrais, pour finir, rappeler un autre aspect: le public.

On m’a raconté que, récemment, une personne soumise à la torture vint raconter son expérience devant une commission au Parlement, et qu’un homme politique lui répondit: « Moi je vous crois, mais je crois aussi la Guardia Civil ». C’est tout. La personne torturée pourrait et devrait lui répondre: « S’il vous plaît, ne me croyez pas! Vous n’êtes pas là pour me croire moi, ni pour croire la Guardia Civil. S’il y a des plaintes, vous êtes là pour enquêter à leur propos et faire advenir la vérité. Si vous ne pouvez ni faire cette enquête ni faire advenir la vérité, et si vous ne pouvez pas chercher le pourquoi de ces choses, faites ce que vous avez alors à faire: confessez au moins votre impuissance et les raisons de l’impossibilité de l’enquête. Vos doutes ne vous excusent pas. Si moi je ne peux pas prouver mes tortures, je n’en suis pas responsable. Mais il y a beaucoup de responsables, vous entre autres. Vous n’êtes pas innocent. Vous pouvez douter, si cela vopus plaît, de l’existence de tortures; moi pas. Et je suis ici pour dire qu’elles existent; et vous, pour dire qu’elles n’existent pas.

C’est sûr, avec des hommes politiques comme cela, la torture continuera à ne pas exister en Espagne, mais il y aura effectivement des personnes sui seront torturées. Comme Agurtzane et Martxelo. Avant, du temps du franquisme, et maintenant, du temps de la démocratie.

II

Il y a toujours de plus en plus de gens apprégendés, torturés: Iñaki Uria (un autre de mes élèves, aujourd’hui instituteur), Joan Mari, Martxelo, Xabier… tant d’autres jeunes, garçons et filles, tout au long de l’année, et qui dénoncent en vain le fait d’avoir été torturés, dans l’impuissance la plus totale, à la manière de cet extrait du Gernika de Picasso où se tendent des bras d’entre des restes humains vers un ciel inexistant, comme un cri de désespoir qu’on étouffe et que personne n’entendra nulle part. Nous sommes en 2003. Théoriquement, ça fait longtemps que la torture est interdite par la loi dans le monde entier, dans la Constitution Espagnole aussi (art. 15); mais il ne semble pas que dans ce monde apparemment civilisé d’après les textes officiels, la pratique de la torture soit en voie d’extinction. Paradoxalement, au dire des Etats eux-mêmes, la torture n’existerait plus en aucun endroit de la planète. Cela arrive toujours ailleurs, dans un autre Etat

Pour la personne torturée, cette négation de la torture par les pouvoirs publics, le travail insensé des gouvernants et des hommes politiques pour dissimuler ce qui à ses yeux est une évidence absolue, prolonge la négation d’elle-même qu’elle à subie dans les bâtiments de la police. Elle revient de l’Enfer de Dante à l’air libre, et ici aussi elle n’est plus personne, toute sa souffrance est pure invention. La torture de la personne torturée ne s’arrête pas. Elle demure à jamais à l’intérieur de toi, comme une blessure qui ne peut pas se refermer. Une blessure qui continue à saigner jour après jour. Manque de sens social, comédie des hommes politiques. Il est possible qu’avec le temps s’extompent un peu ces uniformes sans visage, les cris, les ordres, les menaces, le bureau du juge et maître froid de cette liturgie de l’horreur, les couloirs, la cage, la salle, tous les masques et les voix sans cesse changeantes qui durant ces jours sombres hurlaient les menaces, mais tout cela continuera à te harceler sans fin, aussi bien quand tu seras éveillé qu’endormi.

L’histoire de la torture ne commence pas non plus au commissariat, mais quand un groupe d’êtres humains est considéré comme asocial, ou même comme ennemi public. Ils ne sont déjà plus des personnes. Désormais, tout ce qui sera fait contre eux sera bon. Ce sont des « juifs », des terroristes. D’abord, il y a le processus public et collectif visant à les annihiler, la propagande, l’idéologie. Les jeunes de la gauche abertzale, les militants de la culture basque, à partir du moment où ils sont tous considérés comme des terroristes par l’ensemble des médias, où les « terroristes » eux-mêmes sont seulement des monstres assoiffés de sang, il devient légitime qu’au regard de la Justice, ils soient traités comme tels, comme des bêtes féroces. Ils sont le mal que la santé publique exige d’extraire par le fer et par le feu, rien d’autre. Le génocide des juifs s’est terminé à Auschwitz; il a commencé le jour où on inventa le « juif ».

La destruction de la personne de celui qui subit cette malédiction commence au moment même de l’arrestation, une arrestation dont la mise en scène est généralement grandiloquente. Normalement elle a lieu de nuit, avec des policiers et des gardes civils cagoulés et armés frappant du poing sur la porte, hurlant, comme on ne hurle même pas pour faire fuir l’animal le plus sauvage. Tu ne peux pas le croire, tu essaies de donner des explications, de raisonner ceux qui vont t’arrêter. « C’est sûrement une erreur! » leur as-tu dit. « Vous êtes Monsieur Torrealdai? » a brusquement lancé une voix parmi les gardes civils qui, une fois la porte de la maison arrachée, sont à l’intérieur de ta maison. En un instant, toute ta résistance s’est effondrée. Tu réalises vite ta situation: ils feront ce qu’ils veulent de toi. Dans ce monde éloigné de tout où tu te situes maintenant, tu n’es personne. Ici tu n’as ni pied ni main à toi, ni volonté, tu ne peux rien faire; tu n’as ni raison, ni espérance. Tu es une bête. Un simple objet. Tu n’es plus qu’à la merci des griffes de la terreur. Et tu n’es déjà plus toi.

A partir de là se déroule l’histoire particulière à chacun, mais toutes les mêmes au fond, avec ses variantes, jusqu’à ce que la personne torturée soit brisée, déstructurée, anéantie.

« Ils me mirent un sac sur la tête, ils m’ordonnèrent de faire des flexions, et ils commencèrent à me frapper et à crier, ils m’empoignaient et me menaçaient. J’étais assis et enveloppé dans une couverture, ils m’étouffaient avec un sac. Je perdis connaissance et tombai de ma chaise, mais ils continuèrent à me torturer jusqu’à ce que j’aie une crise. Je n’y voyais plus, je croyais mourir. Ma tête m’échappa, et quand je recommençai à avoir la faculté de sentir les choses, je n’avais plus le sac et ils m’avaient enlevé la cagoule. Je tremblais, et jusqu’à ce qu’ils me le disent, je ne sus pas qu’ils m’avaient uriné dessus. »

« Ils me firent déshabiller et recommencèrent à me toucher. Ils m’obligèrent à toucher leur pénis et à les masturber… Etre nue, à quatre pattes, les cris: tout en même temps. A ce moment-là, je pensais qu’ils allaient me violer, parce qu’ils étaient hors d’eux. »

« Ils me dirent de me déshabiller et de mettre à quatre pattes sur le sol, ils me demandèrent si je l’avais déjà fait dans cette position et si j’utilisais du lubrifiant. J’avais très peur. Ils me dirent qu’ils allaient me mettre quelque chose, ou que l’un d’eux allait me pénétrer. Ils me badigeonnèrent l’anus avec un liquide. Je leur disais continuellement qu’ils ne le feraient pas. Ils commencèrent à avoir des doutes et l’un d’eux sortit de la pièce. Quand il revint, il me dit de m’habiller et me fit sortir de la pièce en me disant des choses aimables et en me tenant avec douceur (à ce moment je le remerciais, c’est incroyable! Je ne comprends toujours pas, c’est celui qui avait essayé de me violer). »

« Ils me menacèrent en me faisant entendre les cris de ma compagne. Ils me disaient qu’elle était en train de souffrir par ma faute. Il y avait des gardes civils, et ils me dirent qu’il y en avait huit autres avec ma compagne, et qu’ils la tiraient chacun à leur tour. Qu’il y avait du sang, qu’elle était enceinte de deux mois et qu’elle avait perdu le bébé. »

« Ils se servirent continuellement de mon fils pour me faire souffrir. Ils me répétaient que j’étais une mauvaise mère, que je ne reverrais plus mon fils, qu’eux l’élèveraient, ils répétaient que quand je le reverrais il serait déjà fiancé. »

Ces histoires se renouvellent des milliers de fois par an dans le monde entier. Mais la torture, en Espagne par exemple, n’existe pas. Si quelqu’un ose faire écho à la torture en public (AI le fait une fois par an), il subit immédiatement un lynchage médiatique, car les journalistes évidemment bien informés assurent qu’il n’y a pas de torture en Espagne, que tout cela est mensonge, qu’il ne s’agit que d’une consigne que l’ETA donne à ses militants. Pose la question à ceux qui ont dénoncé des tortures, ils te diront qu’aucun journaliste espagnol ne les a jamais appelés, consultés, ne leur a jamais demandé d’information d’aucune sorte. Comment peuvent-ils alors en être aussi sûrs? te demandes-tu. Mais tu sais que sur ce sujet, on peut poser mille questions rhétoriques, c’est inutile, ça ne vaut pas la peine de gâcher son temps à poser des questions.

Dans ma vie, j’ai eu à connaître et à entendre des gens torturés tout d’abord pendant le franquisme. En Allemagne, j’ai pu connaître des juifs qui vaient survécu aux camps de concentration. Il m’est arrivé d’avoir à vivre un certain temps chez l’un d’eux avec sa famille.Enfant, il avait été prisonnier à Dachau et y perdit toute sa famille, mais il lui survécut. Un ami tchèque, bien que communiste et fonctionnaire, fut arrêté et torturé en 68, avec beaucoup d’autres, quand les Soviétiques entrèrent à Prague, et j’ai entendu comment il le racontait, terrorisé, sans parvenir à se croire lui-même. Un camarade franciscain a été torturé pendant des jours sans pitié dans le Cuba de Fidel Castro. Aujourd’hui, nous écoutons des jeunes et des moins jeunes expliquer comment ils ont été torturés dans la démocratie française, dans la démocratie espagnole, dans la démocratie de la Ertzaintza. Ma courte expérience m’enseigne que dans ce domaine, écouter ceux qui ont subi tout cela est déterminant dans la position que chacun va prendre.

La peur de celui qui raconte cette expérience, sa voix qui tremble, d’un point de vue logique et juridique, cela ne graantit pas la vérité de ce qu’il dit, mais du point de vue humain, oui, dans certains cas. En général, la personne torturée n’ose raconter son expérience et l’exprimer avec des mots que si quelqu’un d’autre l’y pousse et, alors, elle entre dans le sujet en tâtonnant, cherchant des points d’appui dans la conversation du camarade (« moi aussi je suis passé par là », « ils m’ont eu moi aussi » -quoi ? où?), sans savoir comment affronter le vide entre le vécu et la parole. Les personnes torturées ont un langage spécial, que je ne vais pas analyser ici, mais qui vaudrait la peine d’être étudié, un langage qui se situe entre la peur et le courage, la frayeur et l’audace, l’indignation et la timidité, un langage plein de tiraillements entre d’une part un vif désir de s’exprimer et une grande pudeur à le faire. L’intériorité de celui qui a beaucoup souffert est pleine de contradictions. Bizarrement, dans les premières phases du récit, tous se comportent comme s’ils devaient demander pardon de raconter (« le mien n’a pas été aussi dur »). Jean Améry, juif et résistant, survivant d’Auschwitz, a rédigé un rapport sur les tortures qu’il avait subies de la Gestapo, qui commence en disant « ce qui m’a été infligé dans cette indescriptible salle de Breendonk n’a pas été, et de loin, la forme la plus grave de supplice ». Mais par la suite il avoué : « Et pourtant, vingt-deux ans après ces évènements, sur la base d’une expérience qui ne fut pas poussée jusqu’à l’extrême des possibilités de souffrance physique, j’ose affirmer que la torture est la chose la plus atroce qu’un être humain puisse conserver par devers lui. » La torture, pire même qu’Auschwitz.

La torture moderne, comparée, par exemple, avec celle de l’Inquisition, constitue une technique, une science. Si on veut, il se peut qu’elle ne soit pas aussi « cruelle ». Obtenir un aveu n’est, aujourd’hui, qu’un objectif partiel, bien qu’on recherche aussi cela. Le premier objectif c’est, clairement, de démolir le détenu psychologiquement et physiquement. Il peut, ensuite, devenirun moyen pour obtenir des informations, ou simplement pour provoquer la terreur, afin de paralyser un mouvement politique ou décapiter un mouvement de jeunesse. En tout cas, c’est un outil qui sert à pulvériser l’espoir du militant. La torture est un instrument de l’appareil d’Etat appliqué à ceux qui sont considérés comme « ennemis », et qui sert à annihiler l’ennemi, sinon physiquement, du moins moralement. C’est pour cette raison que les méthodes psychophysiques raffinées d’aujourd’hui sont beaucoup plus efficaces que les instruments de torture que nous voyons dans les musées de l’époque du Moyen-Age. La torture psychophysique est adaptée à au cas particulier de chaque détenu, à son sexe, à son âge : insultes, menaces, humiliations, avec leurs doses, à quel moment frapper et de quelle manière. Quand commencer les interrogatoires, comment procéder, quand arrêter, quand rappeler, comment diriger la victime. Une science sophistiquée, pour briser la victime petit à petit. Jusqu’à la briser complètement. La personne torturée raconte la torture mais en général la torture physique seulement. De fait, comment pourrait-on raconter la torture psychologique, celle qui a des effets à l’intérieur de soi ? Le riche répertoire des tortionnaires psychologiques contient des items peu évidents. Il n’est pas le répertoire de moments ou d’actes précis, il apparaît et disparaît en différentes situations pendant tout le processus de la torture: pour cela le temps est suffisamment long grâce aux lois anti-terroristes -le temps devient lui-même une torture-, depuis les électrodes et la poche jusqu’aux cris et aux menaces constantes, le fait de devoir toujours maintenir la tête baissée, de ne pas pouvoir voir un visage, les espaces fantasmagoriques, les claquements de portes, la lumière et l’obscurité, les couloirs ; les flexions, le fait de ne pas pouvoir dormir, l’anxiété, l’épuisement, les positions ridicules pendant les interrogatoires, le fait de se déshabiller, de marcher sur le sol à quatre pattes et nu et surtout les agressions sexuelles et les chantages affectifs.

La séquelle la plus durable est, justement, ce choc psychologique, qui, ajouté à l’épuisement physique, rend la victime folle. Elle est en train de vivre le supplice et elle ne comprend rien. La personne arrêtée a entendu souvent des récits de tortures ; elle est même allée jusqu’à imaginer comment elle devrait réagir dans une telle situation. Mais la réalité qu’elle vit n’a rien à voir avec ce qu’elle avait imaginé. L’expérience que fait la personne torturée est comme quelque chose qui transcende tout ce qu’on connaît dans la vie, même tout ce qu’on imagine, comme si on assistait à une vision mythologique, quelque chose hors de tous les schémas qu’on peut considérer comme plausibles, quelque chose d’ »absurde » -on ne peut trouver d’autre mot-, qui désormais la maintiendra continuellement dans l’épouvante, sans la capacité de pouvoir comprendre, sans pouvoir même réussir à croire ce qui arrive: dans un trou infernal et terrorisée par la panique, pendant des jours elle a été témoin, d’êtres humains en principe similaires à elle, mais que, invisible, incompréhensible, elle était d’une certaine façon supérieure à eux, d’une espèce de pouvoir monstrueux aveuglément enseigné avec lui, inévitable, incarnation du mal absolu -il ne connaît ni raison ni sentiment humain- comme si ces insignifiants êtres humains policiers étaient les pantins d’un dieu purement destructeur et devenu fou. Ils ont une voix, ils parlent, ils sont des êtres comme elle. Comment est-il possible qu’ils fassent ce qu’ils font? Pourquoi? (« Il n’y a aucune raison » pense-t-elle). Elle est étourdie. Comment cela a-t-il été possible? Elle se souvient souvent du premier moment de l’arrestation.

Aujourd’hui, dans sa cellule ou dans la rue, celui qui a subi la torture le sait bien: « ici », il est inutile de raisonner, eux se limitent à faire leur travail; eux ne sont pas là pour donner des raisons ou des explications. Torturer est leur travail, un travail d’Etat. Il est possible que, chez eux, ils soient de tendres pères de famille. Ici ils ne sont pas des personnes. Et même ainsi, de l’intérieur celui qui subit la torture s’obstine, mécaniquement, à raisonner, à dialoguer avec les tortionnaires: il se répète, encore et encore, les explications qu’il n’est pas parvenu à donner, répond aux objections, corrige, nuance ce qu’il a déclaré sous l’emprise de la peur. Il continue à ne pas pouvoir comprendre. Honteux, s’auto-accusant (qu’as-tu fait à tes parents, à tes amis; pourquoi t’es-tu effondré?). De fait, le but de la torture est l’anéantissement moral; une part de cet anéantissement consiste précisément à provoquer la culpabilisation de la victime, sa mauvaise conscience, pour que désormais il soit toujours un simple citoyen de bien.

Soudain, la victime découvre, en horreur d’elle-même, qu’au fond d’elle-même elle parle et parle avec ses tortionnaires, comme avec servilité. Qu’elle est possédée par la torture comme autrefois ceux qui étaient possédés par le diable. Elle sent qu’elle a intériorisé le pouvoir de la torture comme s’il s’agissait d’une divinité vénéneuse. Qu’elle lui a enlevé la liberté. Qu’elle dévore son identité. Qu’elle a cessé d’être elle-même. Et c’est alors, très longtemps après l’avoir subie, quand elle comprend enfin ce qu’est réellement la torture, qu’elle se rebelle contre elle-même et contre la torture qu’elle a subie. Elle se libérera de cette torture. Elle se reconstruira.

Mais c’est bien avant que se déclenche le processus qui permet de faire resurgir tout cela. La destruction est seulement une part de la torture. La torture a son côté positif, bien qu’il soit difficile de l’expliquer. Peut-être est-ce le mystère de la personne. Que même après avoir été réduite à rien, elle renaît des cendres de son identité anéantie. Je ne sais pas pourquoi Socrate le disait, pas littéralement je pense, mais dans l’esprit, oui, qu’il est préférable d’être torturé que tortionnaire. Peut-être à cause d’une expérience de cette sorte. Une fois les tortures terminées, et quand les bourreaux l’ont abandonnée dans sa cellule, la porte fermée, la personne torturée découvre, par-delà son corps exténué, une étrange force intérieure. Le sentiment qu’elle continue encore d’être elle-même. Sous des montagnes de souffrances, un petit « je », qui n’est pas profané, silencieux. Elle redevient elle-même. Plus ferme que jamais. Avant, elle luttait pour des idées. Maintenant, elle se sent presque fière: elle ne se trompait pas. Les tortures n’ont pas brisé, au contraire, elles ont permis de réaffirmer, avec plus de force si c’était possible, la raison de sa lutte. Maintenant c’est sûr: sa lutte était juste.

III

Nous rappellerons seulement quelques moments d’une longue et triste histoire.

Il y a 80 ans, sous la monarchie constitutionnelle, Eli Gallastegi affirmait (1923): « Un jour c’est dans le cachot municipal, immonde comme une porcherie, que l’on bafoue un homme qui a les mains attachées derrière le dos; une autre nuit c’est dans la caserne de la Sécurité que l’on piétine et maltraite violemment et lâchement un autre homme sans défense, qui doit écouter, en se mordant la langue et en saignant des yeux, une offense mille fois plus grave et mille fois plus vile: « me c? en tu madre!? » Et il faut se taire. Quand ce sont les coups de crosse dans la poitrine que la Garde Civile distribue à qui ose manifester une opinion raisonnable, dans les formes et en toute correction,. à quoi sert la raison!? Et jusque dans la prison correctionnelle elle-même – comme ils l’appellent – quelle façon de corriger!, -à coups de gifles et de verges: dos rompus, des hommes tombent à terre comme les agneaux dans la cour de l’abattoir, les pieds et les mains attachés. Quelqu’un doute-t-il de ceci?? Faudra-t-il mettre en lumière publiquement mille cas qui en attestent de façon à imprimer dans les consciences des mouvements de colère, de vengeance et en faisant jaillir le sang du cœur? » Eli Gallastegi écrivit ceci en raison de la répression barbare des communistes en Bizkaia pendant la grève des mineurs en août 1923. Et il exigeait déjà alors que la question de la torture, antérieurement déjà « cent fois posée timidement et sans orientation claire », soit, d’après lui, résolue définitivement.

Il y a 70 ans, sous la République, José Antonio Aguirre témoignait (1934): « J’ai vu arriver à la visite médicale de la prison de Larrinaga des garçons avec le dos et les bras défaits par les coups, comme s’il s’agissait d’un hôpital de sang. » José Antonio Aguirre, plus tard Lehendakari, alors député, fut arrêté dans une rafle de la police contre les abertzales, avec tout le Bizkai Buru Baztar et d’autres militants reconnus, tous incarcérés à la prison de Larrinaga. « Après avoir été entendu, je fus mis au secret dans un petit cachot, où mes yeux virent quelque chose que je ne pourrai jamais oublier. Sur la partie inférieure des murs et sur le banc de bois, à la façon de témoins muets mais éloquents, de grosses et épaisses tâches de sang coagulé. -Qui avait été la ou les victimes, et qui le bourreau? »Après deux mois, le député Aguirre fut libéré, mais la persécution des abertzales continua. « Arriva à mon bureau le jeune Luis de Ugarritza. Il était physiquement démoli. Son dos était une grosse tache noire où on ne pouvait plus voir réellement que les marques des coups répartis sur son corps de manière effrayante. José Antonio Aguirre cite d’autres cas de torture, relatant tel cas particulier en détail. En général, « Ce qui s’est passé dans les cachots et les commissariats de police pendant ces mois d’octobre et novembre 1934 atteint des proportions d’une brutalité telle qu’il faut retenir sa plume devant les manifestations d’un tel manque de civilisation. »

Il y a 40 ans, sous le franquisme, un passage de la Lettre des 339 prêtres dit ceci (1960): « Dans les commissariats de police de notre pays, on emploie la torture comme méthode d’investigation et de recherche du transgresseur d’une loi souvent intranscendante et non moins souvent injusteUne malveillance suspecte suffit pour que le policier ou garde civil de garde puisse faire fouetter de façon irresponsable, torturer et blesser tout citoyen, souvent innocent du forfait dont on l’accuse. Nous ne parlons pas de faits isolés. Il s’agit, puisque les autorités connaissent les faits et les tolèrent, d’un système. »

Il y a 20 ans, durant ce qu’on appelle la transition, nous pouvons lire chez Carlos Santamaría (1983): « Dans la situation actuelle, nous sommes de nombreux citoyens moralement convaincus que des cas de torture continuent de se produire dans les lieux de détention (…). Nous avons le cas Arregui, tellement commenté ces jours-ci. Comme on le sait, le Tribunal a acquitté les deux fonctionnaires inculpés faute de la preuve qu’il s’agissait bien de ceux en charge de la surveillance et de la protection du détenu. D’après la sentence du tribunal elle-même, celui-ci fut arrêté par 20 autres policiers et -d’autre part- l’ex Directeur général Francisco Laina déclara au cours du procès que pas moins de 70 policiers étaient intervenus dans les interrogatoires. « Vu que tout ce qui concerne les interrogatoires et la surveillance est plein d’obscurité, on ne peut déclarer coupables les fonctionnaires accusés de lésions tant de fois répétées  », dit clairement la sentence. C’est précisément cette « obscurité » -pour ne pas dire les ténèbres- dans laquelle se développent les diligences policières qui nous atterre, qui nous indigne. »

Il y a 10 ans, sous la démocratie, les socialistes étant au gouvernement, en revoyant la presse, nous constatons qu’Amnesty International dénonce des tortures en Espagne, spécialement de jeunes abertzales; la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU déplore publiquement que les cas de tortures en Espagne ne soient pas rares (et le Gouvernement espagnol les a niés). L’avocat Juan María Bandrés a présenté au Parlement de Strasbourg une dénonciation des tortures d’un membre de l’ETA par la Guardia Civil. Tout au long de l’année, il y a toute une série de dénonciations de tortures tant dans les conférences de presse que devant les tribunaux. La Cour suprême confirme les peines infligées à 9 gardes civils par l’Audiencia Nacional pour tortures. Cinq gardes civils condamnés pour tortures sont grâciés. Un capitaine de la Garde Civile, condamné pour tortures, est élevé au grade de commandant, etc, etc.

On fait toujours comme si on n’avait jamais entendu ça. Tortures? Cela n’existe pas ici. 100 ans comme ça. Combien d’autres siècles devrons-nous encore voir s’écouler de la même façon?

Le lecteur de José Antonio Aguirre sera surpris, tant les pratiques de la torture paraissent rétrogrades à nos yeux: l’arrestation à deux heures du matin, la Garde Civile frappant à la porte et proférant des menaces, la famille terrorisée, la mise au secret, les interrogatoires qui recommencent encore et encore, s’interrompent et recommencent quelques minutes après, les descentes au cachot et les remontées, le fait de ne pas laisser dormi les gens, les chantages affectifs (« toi, tu n’aimes pas tes enfants »), les accusations mensongères « tu as fait ça », « tu y étais » répétées mille fois à grands cris, les coups de toutes natures jusqu’à ce que la victime demeure étendue sur le sol et perde connaissance, « tu ne sortiras pas d’ici vivant », « crie Vive l’Espagne!, plus fort! plus fort! », jusqu’à ce que la victime demander que – s’il vous plaît – qu’on la tue d’une balle. Ensuite il appert qu’elle est innocente: « rentrez chez vous, ici il ne s’est rien passé ».

Il vaut la peine de rappeler quelque chose qu’Aguirre souligne dans son récit, c’ est le rôle que les journalistes et la radio jouent dans toute l’affaire. Ils sont, dès le départ, les « porte-parole de la haine, les instigateurs de notre persécution », eux qui, avec rage, exigent sans relâche l’arrestation des dirigeants abertzales et des militants les plus connus. Ceux-ci détenus, « cette presse « charitable » qui dans son aveuglement voulait se réjouir de notre châtiment » s’emploie à diffuser à leurs égard fausses nouvelles et soupçons. Les tortures sont dénoncées, mais « la presse – Ô Sérénissime Presse!- ne publie jamais dans ses colonnes une protestation, ni même une mise en garde contre de tels viols de la dignité humaine. »

Carlos Santamaría souligne surtout l’effet de la loi au sujet de la torture. Les cas de tortures ne peuvent pas être prouvés? Non. « Mais de toute façon, prétendre démontrer des faits qui ont été préalablement situés dans des conditions d’indémontrabilité absolue est une authentique canaillerie juridique. » Pour lui, la pratique commune la voici: «la torture policière en est arrivée à être une procédure routinière dans la lutte contre le terrorisme. Procédure d’autre part parfaitement couverte par les dispositions légales d’exception qui rendent impossible sa dénonciation devant les Tribunaux.» Je le souligne: selon Santamaría (qui n’était pas un jeune blanc-bec enclin à appliquer les consignes de l’ETA), la torture ne concerne pas un ou deux cas particuliers, mais « une procédure routinière dans la lutte contre le terrorisme ».

Mais le fait qu’il n’y ait aucune preuve de la torture mérite quelques observations.

IV

De manière parfaitement officielle de bout en bout: à midi juste, le 23 juin 1944, le docteur Maurice Rossel, jeune médecin suisse de 27 ans, effectue une visite officielle au camp de concentration, ou ville-ghetto de Theresienstadt/Terezin, accompagné de deux représentants de l’ambassade danoise pour cette importante mission, MM Henningsen et Hvas; il effectue cette visite en tant que délégué de la Croix-Rouge internationale (CICR), avec toutes les autorisations des dirigeants de Berlin, tout cela organisé par Adolf Eichmann, responsable officiel des sujets juifs de la Sécurité Centrale du Reich. Pendant leur visite, le chef de la communauté juive (« le plus ancien »), le docteur Paul Eppstein, qui leur a été présenté comme le maire de la ville leur a servi de guide, et ils ont été aimablement accompagnés à tous moments par des officiels de la SS. Cette visite s’explique par le fait que la Croix Rouge Internationale recevait des informations négatives sur la situation des juifs en Allemagne d’une part, et, d’autre part, que les gouvernements du Danemark et de la Suède ne cessaient d’exercer des pressions diplomatiques sur les gouvernants de Berlin, et de demander des informations sur la situation des juifs déportés depuis les pays scandinaves en 1943, vu qu’ils les considéraient comme citoyens jouissant de la protection de leurs Etats. Le docteur Maurice Rossel a inspecté le camp de concentration pendant trois heures et n’a trouvé aucune irrégularité ou violation des Conventions de Genève. Au contraire, encore en pleine guerre, il trouve, à l’inverse de ce que disent les rumeurs, « une ville qui vit presque normalement?, une ville juive extraordinaire », bien entretenue, comme un phalanstère, qui possède une vie musicale et culturelle exemplaires. « Si ce compte-rendu aide à éclaircir dans une certaine mesure le mystère qui entoure le ghetto de Theresienstadt, son objectif sera atteint», dit-il, satisfait, à la fin de son texte. Et il y a plus, en conséquence des consignes qu’il reçoit de la part de la Centrale de Genève (la Croix-Rouge avait alors déjà reçu un rapport des juifs slovaques A. Wetzler et W. Rosenberg, évadés de Theresienstadt), il visite de nouveau la ville-ghetto le 6 avril 1945, et la qualifie à nouveau d’excellente dans son compte-rendu. Plus encore, en 1943 M. Rossel s’est présenté sans avertissement préalable ni autorisation à Auschwitz et le commandant, recevant ce visiteur à l’improviste, l’a reçu aimablement et a répondu poliment à toutes ses questions, bien qu’il lui ait refusé l’autorisation de visiter le camp. « Un lieu terrible », dit-il; il a même vu quelques prisonniers « qui n’étaient que des yeux », mais il n’a observé aucune violation des Conventions de Genève. Le 27 septembre 1944 (trois mois après avoir visité Theresienstadt pour la première fois), le délégué suédois se rend de nouveau à Auschwitz; cette fois il visite différentes parties du camp, et a même l’occasion de parler avec quelques prisonniers (soldats alliés prisonniers, surtout anglais). Ayant été averti que des rumeurs couraient sur leq chambres à gaz, il y a accordé une attention spéciale (à ce qu’il lui paraît), mais il n’a relevé aucune odeur de viande brûlée, ni de fumée, ni de trace de crématorium; dans son compte-rendu, il assure à nouveau que ce ne sont que des rumeurs. M. Rossel a fait des efforts. Et il est resté si satisfait des résultats de son enquête qu’il a envoyé au ministre des Affaires Etrangères allemand Eberhard von Thaden des photos privées réalisées par lui-même lors de son inspection de Theresienstadt, dans lesquelles on voit des enfants jouant dans le parc; le ministre lui répond en le remerciant « j’utiliserai ces photos si un étranger s’adresse à moi en invoquant les supposées horreurs de Theresienstadt ». Et c’est ce qu’il fit: il envoya immédiatement les photos des heureux enfants à l’inquiète Ambassade de Suède. Le porte-parole du Reich exhiba le témoignage impartial de Rossel dans une conférence de presse pour faire taire « la propagande que l’ennemi est en train de diffuser sur le traitement des juifs établis en Europe ».

La torture a-t-elle pu être démontrée un jour quelque part? La Croix-Rouge a inspecté aussi les camps de Dachau, Buchenwald et Ravensbrück (1943), dans lesquels elle n’a rien « vu » de condamnable. Les atrocités qui furent commises dans les camps de concentration nazis, qu’aucun d’entre nous ne met en doute aujourd’hui, furent seulement démontrées après que ces lieux furent libérés par l’Armée Rouge.

Comment est-ce possible? Dans le passé, le Tout-puissant c’était Dieu. Il fit le monde, et il disparut. Aujourd’hui, (pardon si cela vous semble un blasphème),le Tout-puissant c’est l’Etat, qui fait ce qu’il veut et disparaît, il fait même en sorte que ce qu’il a fait n’existe pas. L’Etat prend les mesures nécessaires pour pouvoir pratiquer la torture à tout jamais, mais aussi pour que cela ne puisse jamais être prouvé. Le révisionnisme de Faurisson et Le Pen (la négation de l’existence de l’Holocauste des juifs), nous indigne, et nous exigeons qu’ils soient condamnés devant les tribunaux; mais nous vivons tranquillement dans le révisionnisme sur les prisons ici et maintenant. Parmi nous, presque tous nous voulons croire que les gens en Allemagne ne savaient pas ce qui se passait avec les juifs. Combien s’intéressent à ce qui arrive aujourd’hui-même aux « juifs » d’ici dans les commissariats et les prisons espagnols? La vieille histoire se répète. Qu’est-ce qui se passe à Guantánamo? Quelle information les médias diffusaient-ils au Chili, en Argentine, les jours même où les atrocités se produisirent? Quelle information les médias de Paris diffusaient-ils sur ce que son héroïque armée faisait en Algérie entre 1956 et 1963? Que disait Herria lui-même en Iparralde? J.P. Sartre écrit déjà en 1958: « En Algérie on torture régulièrement, systématiquement, tout le monde le sait, depuis Monsieur (le ministre) Lacoste jusqu’aux agriculteurs de l’Aveyron; mais personne ne dit absolument rien .» C’est que, Sartre, de même que Henri Alleg (journaliste qui raconta les tortures auxquelles il fut soumis dans La Question), était « communiste », plus ou moins ce que sont aujourd’hui les « terroristes », et il est bien connu que les gens de bien ne croient pas ce que dit cette racaille. Le gouvernement démocratique français interdit le livre de H. Alleg, et mit en cause son auteur. Les gens sensés comprirent que le Gouvernement devait agir avec bon sens. Quarante ans après, le général Aussaresses a provoqué un scandale national pour avoir raconté les prouesses de l’Armée pendant la guerre d’Algérie, avouant clairement, fier comme un bon militaire patriote qu’il est, les tortures perpétrées. La République a conduit le Général et son éditeur devant les tribunaux, non pas pour avoir torturé dans les cachots, mais pour « apologie de la torture »!

Ces jours-ci, on peut entendre que Khieu Samphan, président du gouvernement de Pol Pot des Khmers Rouges dans le Cambodge démocratique ou communiste -époque à laquelle plus d’1,7 millions de citoyens furent tués par torture, faim ou exécution – entend alléguer pour sa défense, dans le procès pour crime contre l’humanité ou génocide perpétré par les Khmers Rouges qu’intenteront prochainement les Nations Unies, qu’il ne savait rien de tout cela. Il est évident que les supérieurs ne sont jamais informés des tortures et des massacres de leurs subordonnés. Dans le procès de Nuremberg, aucun mandataire nazi ne savait rien de la Shoah ou de l’Holocauste; dans le procès de Hambourg, aucun dirigeant des entreprises productrices de gaz létal ne savait à quoi il servait. Les principaux responsables des plus grands crimes réussissent toujours très bien à ne rien savoir.

Cela en ce qui concerne les gouvernants. En ce qui concerne la police, bien sûr, elle ne sait jamais rien des tortures de la police. Quant à l’opinion publique, malheureusement il est certain que la société allemande (chilienne, argentine, française) ne sait presque rien; et du peu qu’elle sait, elle préfère ne pas trop penser, sûrement de peur d’en savoir plus. Mais il faut reconnaître que même la Croix Rouge, qui a cherché à se renseigner, sut peude choses des camps de concentration nazis, et que la propagande antinazie des alliés elle-même faisait à peine référence aux camps de concentration et à l’Holocauste: on peut en déduire que c’est faute d’informations concrètes. Les horreurs en Algérie, au Chili, en Argentine, ont seulement pu être connues a posteriori. C’est la réalité.

Le premier problème est toujours le manque de preuves tangibles sur les évènements racontés qui concernent la torture. Et la plus mal placée pour présenter des preuves, c’est la personne torturée elle-même. Il n’y a pas de témoin. Les policiers ne vont pas les faciliter, les Gouvernements les cachent. Mais l’inexistence de la preuve n’est pas un phénomène naturel et inévitable. Quelqu’un fait en sorte qu’il en soit ainsi. Il y a donc un responsable à cela, et cela montre que le principal et plus grand responsable de la torture n’est pas le tortionnaire, que le problème n’est pas centré sur sa personne, et que la recherche d’une solution ne doit pas être envisagée à partir de la personne du tortionnaire.

La question qui se pose alors est la suivante: qui est le responsable du fait que l’Etat moderne -nazi, communiste ou démocratique- a tout un réseau bien construit légal, politique, médiatique autour de la torture, pour la protéger ou la cacher? Quand nous essayons de répondre à cela, c’est une vue d’ensemble lamentable et désespérante qui surgit. Les lois, qui devraient servir à éradiquer la plus petite possibilité de pratiquer la torture, sont celles qui garantissent l’impunité (mise au secret, etc). Les plaintes pour torture devant le juge sont archivées (très souvent sans même écouter la personne qui les dépose). Si, parfois, le tribunal condamne le tortionnaire, le pouvoir le grâcie vite et il est récompensé pour mérites exceptionnels. Le tortionnaire peut faire tranquillement son travail, sachant que l’Etat le protégera toujours. Jean Améry a écrit, amer: nous pensions que la torture et les pratiques similaires disparaîtraient pour toujours avec le nazisme; que dans les Etats démocratiques vainqueurs nous ne reverrions jamais des comportements comme ceux des nazis. Mais des années ont passé, et nous voyons que les Etats démocratiques usent des même pratiques que les nazis, et que les Gouvernements les justifient. « Je n’ai jamais entendu dire qu’un fonctionnaire jugé pour mauvais traitements ait été accusé ouvertement par ses supérieurs. »

Cela nous oblige à nous poser une autre question: comment est-il possible qu’en démocratie le pouvoir puisse récompenser les tortionnaires au vu et au su de toute la population sans provoquer le scandale, de la même façon que sous le fascisme, que les tortionnaires fassent leur travail avec la meilleure conscience, parfois avec même une conscience quasi-religieuse de bienfaiteurs sociaux (comme ce que notre ami le jésuite Txema Auzmendi nous a raconté du capitaine galicien à la Direction Générale de la Guardia Civil), que juges et médecins légistes voient des personnes démolies et qu’il ne se passe rien, que les médias restent impassibles devant les dénonciations de torture? Ce sont des questions différentes, mais elles sont toutes liées.

En définitive, dans l’histoire, une société a la culture qu’elle a, et ici, dans les discours des politiques, dans les analyses de nombreux intellectuels et dans les campagnes médiatiques, dans les commentaires de la rue, on perçoit qu’en démocratie aussi c’est une culture publique tissée de fils barbelés qui domine, que pour les Turcs, les hérétiques et les « rats de l’ETA »,on approuve ou excuse la torture sans trop de scrupules, parfois avec un geste d’impudence, plus souvent avec un haussement d’épaules et le silence. Ils les torturent? Qu’ils aillent se faire foutre! Ou d’une façon plus civilisée: ce n’est pas bien, mais c’est nécessaire. Ou même: ils l’ont mérité! Notre culture (la praxis du Gouvernement, des grands partis, des moyens de communication), assume la torture au moins dans « certains cas ». De rares fois on la reconnaît telle quelle, expressément, mais comme ça, en passant ou avec des excuses; et en plus d’une occasion, en adoptant une manière de raisonner plutôt compréhensive à son égard. Il suffit de voir de nombreux textes d’ « intellectuels » sur le terrorisme ou les terroristes. Pour donner un exemple « ntellectuel » (hors de la presse ou du pamphlet de bar), l’étudiant en Droit espagnol a appris la chose suivante de la plume du professeur Alvaro d’Ors dans le manuel Une introduction à l’étude du droit : « Le terroriste ne doit pas être jugé (…), mais capturé en tant qu’ennemi, ou mort, conformément au Droit de la Guerre. » » (1982, 153). Un « terroriste » n’est pas un citoyen, quelqu’un qui aurait les droits des personnes normales (à un procès juste, par exemple). Il est l’ « ennemi », c’est à ça seulement que servent les lois de la de guerre. Mais de toute façon, la torture est illégale. Elle est internationalement interdite. Pour cette raison, le professeur d’Ors sait faire la nuance exacte à l’endroit exact, et ne considère pas comme torture « a pratique de mauvais traitements sans règles, ni la pratique policière de châtiments corporels prophylactiques pour le maintien du bon ordre public » (Nouvelle introduction à l’étude du droit, 1999, 44-45). Cela, ce n’est pas la torture. Cela n’est pas interdit. C’est-à-dire la torture au sens strict, la torture illégale, ce serait celle qui serait pratiquée « selon certaines règles  et utilisée comme moyen judiciaire d’obtenir des aveux »; c’est-à-dire que, certainement, la seule torture interdite est celle de l’Inquisition parce qu’elle était: a) soumise à certaines règles, pas à pas, et b) acceptée comme « moyen judiciaire d’obtenir des aveux », jusqu’à ce que la validité de cette forme de preuve juridique soit abolie par la Révolution. Puisque les Etats modernes l’interdisent, et la pratiquent, mais sans suivre aucune règle, cela n’est pas la torture… D’Ors n’est pas n’importe qui. Il a été professeur à l’Université de l’Opus de Navarre, un des grands maîtres du Droit en Espagne, récompensé par plusieurs prix nationaux et internationaux; ses livres -idées- ont été utilisés comme livres de référence pour des milliers d’étudiants en Droit espagnol pendant des années. Même en Euskal Herria, sa carrière a été récompensée avec les prix d’Humanités et de Sciences Humaines d’Eusko Ikaskuntza (1996) et le prix de la Culture Prince de Vienne (1999). Si c’est cela la pensée académique acclamée dans nos rangs, comment sera celle des bars et de la rue? Peut-être cela ne devrait-il pas nous étonner, que dans le royaume dans lequel les étudiants en Droit apprennent ces concepts, les juges jugent de la manière qu’on sait les « mauvais traitements » et les « châtiments corporels prophylactiques » infligés à des présumés terroristes. Ni que Monsieur le tortionnaire soit un professionnel consciencieux qui commet les crimes les plus barbares, et qui est un catholique dévot, avec la bonne conscience de celui qui agit au service de l’Etat, et par conséquent de l’ordre et du bien. Cette culture publique de la société est celle qui cache la tragédie des commissariats.

Torturaren Aurkako Taldeak (TAT) est un projet et une réalité qui se bat contre tout cela, une organisation non-gouvernementale d’Euskal Herria dont l’objectif est d’agir contre la torture. Le TAT offre son aide juridique, psychologique et médicale à des personnes torturées (qui le souhaitent). Il organise, en plus, des activités destinées à éradiquer la torture avec l’aide d’organismes internationaux et en s’efforçant de conscientiser la société. Son premier objectif, face à la société, est de montrer la réalité de la torture, d’informer les gens. Pour cela il recueille et publie des témoignages de gens qui ont été torturés. Nous savons que le témoignage ne constitue pas une preuve rigoureuse (si le courage de risquer 10 ans de prison pour le simple fait de dénoncer des tortures n’est pas une preuve suffisante!), mais on ne peut pas non plus se contenter d’attendre de trouver des preuves, quand l’histoire nous a démontré à maintes reprises qu’il est pratiquement impossible qu’il y en ait. L’expérience enseigne que devant toute plainte pour torture, supposer que c’est la vérité est une obligation morale et politique; et c’est une obligation morale et politique d’éliminer le plus vite possible tout ce qui peut permettre l’existence de la torture. Nous devons remercier pour son témoignage la personne qui dénonce des tortures (avec la certitude absolue qu’elle possède et l’autorité morale que lui octroie cette certitude), plus encore quand, par une perversion totale du droit, elle prend le risque pour cela de recevoir un autre châtiment. L’élément le plus important pour que la torture cesse un jour d’exister c’est le témoignage des victimes.

Malheureusement, dans la vie publique il semble que nous continuons de vivre au temps des nazis, comme si nous n’avions rien appris de cette expérience (sauf leurs méthodes): quelqu’un dénonce le fait d’avoir subi des tortures, et les politiques et les institutions publiques exigent des preuves de la victime. Si elle ne dispose pas de preuves, ils font comme s’ils étaient excusés. Ils ne voient pas, apparemment, dans l’impuissance de la victime une dénonciation de ce qu’ils sont eux-mêmes, bien qu’il en soit ainsi si on regarde les choses avec un peu de logique. Qu’une personne puisse être torturée est dû au fait qu’elle est totalement sans défense, et le fait de ne pas pouvoir produire de preuves est constitutif d’un tel état. Cela relève donc de la plaisanterie sinistre que les politiques exigent des preuves de la personne torturée quand c’est à eux (au pouvoir législatif) qu’on doit, premièrement qu’il existe des tortures, et ensuite qu’il n’y ait pas de preuves. Se réfugier derrière l’exigence de preuves de la part de la victime est la solution du politique qui ne veut pas de solution. Il ne veut pas affronter sa responsabilité comme politique. C’est l’excuse du politicien qui sait parfaitement que la torture existe et qui refuse de faire quelque chose: la victime ne peut rien prouver, il ne peut rien faire. Il croit ainsi pouvoir se laver les mains. Mais les premiers responsables de la torture sont les politiques. Depuis que les conditions qui la rendent possible ont été dénoncées, le fait que les politiques (partis, Gouvernements) refusent de les changer indique clairement qu’ils veulent qu’il y ait des tortures, c’est là la clé du problème et de la solution.

Les choses étant comme elles sont, il est beaucoup plus urgent d’essayer, tous ensemble, de rendre la torture impossible que d’essayer de chercher des preuves après qu’elle ait eu lieu et de punir les coupables. Mais pour la rendre impossible, il faut changer notre culture politique et sociale, avant tout changer de toute urgence les lois, qui rendent impossible de prouver que la torture soit pratiquée -elle existe ou elle n’existe pas-, et qui garantissent par conséquent l’impunité. La loi ne doit pas punir la torture, elle doit l’empêcher. « Il ne sert à rien de dire « que la Justice fasse son chemin » », nous prévient Iñaki Uria depuis la prison d’Aranjuez. « A quoi ça sert, si l’objectif n’est pas de faire justice », de la laisser suivre son chemin? Au contraire, nous devons cesser de laisser cette Justice faire son chemin.

Cependant, je lis dans Berria (12-02-2004) que le TAT s’est réuni avec la Direction des Droits de l’Homme du Gouvernement basque. Parmi les membres du TAT se trouvaient Unai Romano (dont nous avons tous vu le visage défiguré sur les photographies) et Susana Atxaerandio (qui a dénoncé avoir subi des tortures en janvier 2002). Le journaliste retranscrit, littéralement ces déclarations de Susana: « Etant une personne qui a subi des tortures, je suis sortie de cette réunion avec un très mauvais goût dans la bouche. On nous a dit que le Gouvernement basque n’allait rien faire au sujet des cas de tortures. Mais ils ont mentionné une exception, qui nous a fait très mal autant à moi qu’à Unai (Romano), qui participait à la réunion avec moi. Ils nous ont dit que dans les cas où il y a des preuves de torture claires, comme dans le cas d’Unai, le Gouvernement donnera son appui (?!!) et il y aura des suites judiciaires, mais qu’ils ne feront rien quand il n’existe pas de preuves claires, comme dans mon cas. » La déception de Susana est compréhensible.

Devant l’impossibilité de faire quoi que ce soit, allons-nous rester sans rien faire? Le Gouvernement ne peut-il rien faire? Pendant ce temps, la torture n’est peut-être pas systématique, mais elle est acceptée de fait par le système. Une publication du Centre d’études wallonnes et de République

 

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2 juin 2021

CSPB Ateliers de la Paix « dialoguer entre ennemis » 01 06 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 13 h 13 min

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le 25 et 26 mai se tenait à l’assemblée nationale les ateliers de la paix « dialoguer entre ennemis » avec pour le pays basque Frédérique Espagnac sénatrice, Josu Urrutikoetxea négociateur pour ETA, Brian Currin avocat expert en résolution des conflits, Véronique Dudouet Directrice de recherche et experte en résolution de conflits à la fondation Berghof. émission en 2 partie la suite la semaine prochaine. Actu du Pays Basque, la flambée de l’immobilier qui pose de gros problèmes pour les jeunes et ceux qui sont à l’année en Euskal Herria. La mobilisation pour les langues régionales. Playlist, infonuko panpinak, Gora Euskadi ta Askatasuna herria rap euskaldun euskeraz, Kortatu frontline, eusko gudariak

 

 

Ateliers de la paix
Colloque international
« Dialoguer entre ennemis »
Nécessités et obstacles à la résolution des conflits armés dans le monde
Mardi 25 et Mercredi 26 mai 2021
Assemblée nationale
(en visioconférence) En direct et accès libre à cette adresse
https://www.labandepassante.org/dialoguer-entre-ennemis.php
En partenariat avec
« Sortir de la violence » le projet de l’Agence nationale de la recherche
La revue Violence: an International Journal
Le réseau international La Bande Passante
2
Présentation
Faire la paix sans l’ennemi, c’est comme faire la guerre sans ennemi : cela n’existe pas.
Les crises, mais aussi les différends et les conflits lorsqu’ils ne sont pas traités
démocratiquement, de façon à prendre l’allure de débats et de négociations entre acteurs,
produisent, entre autres conséquences, de la violence politique et géopolitique. Celle-ci est
un problème majeur, qui concerne de nombreux États dans le monde ainsi que la
communauté internationale.
Aujourd’hui, peut-on encore dialoguer avec son ennemi en vue de résoudre le conflit ? Peuton encore faire la paix ?
Hier les blocs occidental et soviétique pouvaient se parler, négocier et trouver des compromis
géostratégiques, et endiguer le cycle de la violence. Mais aujourd’hui peut-on encore
résoudre, prévenir, résorber, réduire la violence politique et géopolitique ?
Se mettre autour de la table avec son ennemi apparaît plus difficile que jamais.
De tels enjeux ne peuvent qu’exceptionnellement mobiliser directement, sans médiation, les
acteurs impliqués dans la guerre ou la lutte armée.
Parvenir à les réunir autour d’une table pour aller sur les chemins du dialogue, de la justice
transitionnelle et abandonner celui des armes est une gageure considérable qui exige des
efforts parfois colossaux.
Il y faut déjà des personnes singulières, voire des institutions, à la fois neutres, et engagées
pour la paix, capable d’établir la confiance, d’abord avec les acteurs concernés, mais aussi
entre eux.
Il y faut la capacité de mobiliser toutes sortes de ressources, des réseaux, des amitiés, des
contacts politiques au plus haut niveau, capables aussi de garantir la sécurité des négociateurs
au sein des processus de paix.
Il y faut des compétences, la culture et l’intelligence pour aussi entrer dans des dossiers
compliqués et dont l’épaisseur historique peut résister à l’analyse. Il y faut des acteurs de tous
les camps qui s’affrontent.
Pour tout cela, les enseignements des négociations de paix passées ou en cours constituent
une richesse et un atout précieux pour mieux résoudre les conflits d’aujourd’hui et de demain.
Ces premiers « ateliers de la paix » seront voués à deux questions principales :
1/ À la lumière de l’expérience croisée de différents conflits résolus ou en cours, avec
leurs erreurs et leurs succès, comment s’organisent les préliminaires, puis les débats
et les négociations dans de tels processus pour avoir quelque chance d’aboutir ? Quels
enseignements croisés tirer des expériences du passé, avec leurs erreurs et leurs
succès ?
2/ Quels sont les médiateurs indispensables, leurs appuis, leurs alliés, leurs adversaires
tout aussi bien ? Quels statuts et quelles protections doit-on garantir aux
négociateurs ?
Pour réfléchir à ces questions, les « ateliers de la paix » mobiliseront diverses figures de la
médiation et de la négociation, des acteurs, ainsi que des chercheurs et des experts
internationaux.

Table ronde n°2 Pays Basque
14h00-16h00
Axes de discussion :
1) La résolution du conflit et la protection des négociateurs
2) D’un processus historique par son unilatéralité et de la nécessité, aujourd’hui, de
l’implication des deux États français et espagnol dans la négociation sur les conséquences du
conflit.
Présidence de la table ronde : Frédérique Espagnac
Sénatrice des Pyrénées-Atlantiques, a participé au processus de sortie du conflit au PaysBasque.

 

espagnac

Intervenants :

Josu Urrutikoetxea
Militant historique de ETA, ancien député de la Communauté autonome basque, acteur clé
des négociations et de la sortie du conflit au Pays Basque

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Brian Currin
Avocat, expert en résolution de conflits, fondateur du fondateur du Directoire national des
avocats pour les droits de l’homme et membre fondateur de la Commission Vérité et
Réconciliation en Afrique du Sud, coprésident de la Commission de révision des peines en
Irlande du Nord, fondateur du Groupe international de contact pour le Pays Basque (GIC).

curring

Véronique Dudouet
Directrice de recherche et experte en résolution de conflits à la fondation Berghof
(Allemagne), ancienne membre de l’US Institute of Peace, accompagne et assiste la société
civile dans la résolution du conflit au Pays Basque.

dudouet

Info du Pays Basque

ehbai

Les chiffres des logements vacants affichés dans toutes les communes

Des panneaux indiquant le nombre de résidences vides et secondaires ont fleuri un peu partout au Pays Basque Nord ce week-end. Le parti EH Bai est à l’initiative de cette campagne visant à sensibiliser le public sur « cette dure réalité ».

On dénombre à Bayonne 1 567 maisons vides. En sept ans, le prix du logement y a grimpé de 51 %. A Saint-Jean-de-Luz, les résidences secondaires occupent 45 % du parc total de logements de la commune. Voilà quelques exemples de chiffres que le groupe « Foncier et Logement » d’EH Bai a affichés sur des panneaux accrochés dans toutes les communes du Pays Basque Nord, le samedi 22 mai. Objectif de cette campagne : rendre visible la « dure réalité » du nombre de résidences secondaires et vacantes sur le territoire.

Dans un communiqué, EH Bai rappelle que le Pays Basque Nord compte au total 54 152 logements vides dont 11 904 logements vacants et 42 235 résidences secondaires. « Ces chiffres font froid dans le dos et représentent un des points majeurs du problème du logement en Iparralde » estiment les abertzale qui se basent sur des données officielles figurant dans le Programme local de l’habitat (PLH) de la Communauté d’agglomération Pays Basque.

« Alors que le rythme des constructions s’accélère, au détriment des terres naturelles et agricoles, que certains s’offrent une résidence secondaire en Iparralde, qui reste vide 9 ou 10 mois dans l’année, dans le même temps les jeunes et la population locale ont de plus en plus de mal à trouver un logement digne et abordable », alerte EH Bai.

Nouveau site internet

L’action réalisée samedi entre dans le cadre de la campagne « Urgence Logement » d’EH Bai. Dans sa ligne de mire, une « manifestation massive » en novembre prochain. D’ici là, la formation politique entend poursuivre son travail de sensibilisation auprès des élus et du grand public.

Elle annonce également l’ouverture, lundi 24 mai, d’un « site internet spécifique » pour « mener un travail pédagogique auprès de la population » et « recueillir des témoignages ou contributions des habitants ». Et de promettre de nouvelles mobilisations « pour les prochaines semaines ». Les personnes intéressées peuvent écrire à etxebizitza@ehbai.eus.

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Honi buruzko guztia: Le débat sur le logement

Un vent de fronde souffle au Pays Basque, où l’immobilier explose 

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DÉGRADATIONS. Des agences immobilières taguées ou plastiquées, des cadenas de résidences touristiques coupés… Face à une envolée « inquiétante » des prix de l’immobilier au Pays Basque, la colère gronde et les actes de vandalisme se multiplient. Des associations demandent des mesures pour éviter que toute une partie de la population ne soit exclue du marché local.

« Euskal Herria ez da salgai » ou « Le Pays Basque n’est pas à vendre » : ces inscriptions fleurissent sur les devantures des agences immobilières et les façades des maisons à vendre de la côte basque où les prix au mètre carré s’envolent, poussés par le marché des résidences secondaires et des nouveaux arrivants.

 

« Ca se crispe énormément, on le sait tous, la mèche est allumée », souffle le membre, anonyme, d’un collectif de militants de la côte basque qui lutte pour que l’immobilier reste accessible. Si 59% des habitants du Pays basque sont encore propriétaires de leur logement, « il y a des jeunes qui rentrent dans la vie active et qui sont désespérés. Et le désespoir, quand il est mobilisateur, il peut devenir dangereux », ajoute le militant de ce groupe pacifique baptisé Bam (Baiona Angelu Miarritze – Bayonne Anglet Biarritz), le triangle urbain où l’immobilier explose.

 

Les agences immobilières en première ligne

 

Les agences immobilières sont les premières cibles de cette colère. Les tags qui les recouvrent de plus en plus régulièrement font revivre le souvenir des années 2007-2008, lors desquelles le mouvement Irrintzi avait revendiqué plusieurs sabotages et plastiquages d’enseignes immobilières ou de résidences secondaires. « Ce n’est pas la première fois que nos agences immobilières ou des maisons sont ciblées », acquiesce Marie-Pierre Burre-Cassou, maire de Guéthary, village de 1300 habitants, « avec plus de 50% de résidences secondaires » et un prix moyen de vente à 7.400 euros le mètre carré.

 

« Ici, on n’a plus aucun cadre, il n’y a même plus de prix du marché », souffle l’édile, s’avouant « démunie face à cette crise ». Son homologue à Biarritz, Maider Arosteguy, se dit « particulièrement pessimiste sur ce qui peut arriver ». « Le risque, c’est que toute une partie de la jeunesse du Pays basque va se radicaliser ».

 

« La bonne époque d’ETA »

 

Mi-mai, à Biarritz, des voitures immatriculées hors du département étaient vandalisées. Un peu plus tôt, en mars à Urrugne, une banderole arborant le message « Parisiens, rentrez chez vous, vous êtes le virus du Pays basque » avait enflammé l’opinion. « On en vient à lire des commentaires, sur les réseaux sociaux, on où regrette ‘la bonne époque d’ETA’ », l’organisation séparatiste basque qui a multiplié les actions violentes des deux côtés de la frontière pendant plus d’un demi-siècle avant de se dissoudre en 2018. « il y a quelque chose de très inquiétant là-dedans », réagit Jean-Daniel Elichiry.

 

Ce militant associatif, membre actif de la plateforme Bake Bidea qui milite pour une résolution du conflit basque, est préoccupé. Pour lui, la crise du logement est un « symptôme » des inégalités croissantes. « Si on s’en tient aux symptômes seulement, alors oui on crée du logement pour faire baisser la fièvre, mais il faut apporter d’autres réponses et veiller à ne pas désespérer les jeunes ».

 

Le parc de résidences secondaires a augmenté de près de 20%

 

Selon la Communauté d’agglomération du Pays Basque, composée de 158 communes, il existe aujourd’hui 54.000 logements vides, soit 12.000 logements vacants et 42.000 résidences secondaires, au Pays Basque. Entre 2007 et 2017, une augmentation de plus de 19% du parc de résidences secondaires a été observée. Pendant ce temps, le nombre de logements vacants a quasiment doublé. Le tout, essentiellement sur « un basculement d’usage de la résidence principale », souligne Denis Caniaux, président de l’agence d’urbanisme Atlantique et Pyrénées (Audap).

 

Face à un gain démographique annuel d’environ 3.000 personnes, « le marché est insuffisant », tout comme la construction immobilière neuve, analyse Denis Caniaux. D’autant que les modes de vie ont évolué, avec davantage de personnes seules. « Quand en 1968 il fallait 300 logements pour 1.000 habitants, aujourd’hui il en faut 500″. La colère vise aussi le marché locatif, rongé par la saisonnalité. Les baux de septembre à juin, pour profiter de la haute fréquentation touristique estivale, sont pléthore. La plateforme Airbnb est plus particulièrement dans le viseur des militants.

 

Stratégie de la meuleuse

 

C’est le cas d’Éric Bonnamy, ancien élu biarrot de 46 ans, qui s’est filmé découpant des boîtes à clés à la meuleuse, dans une rue de Biarritz. Il veut dénoncer la « spéculation locative » et dire en vouloir « à ceux qui veulent gagner toujours plus d’argent en très peu de temps ». « Je n’appelle pas à la violence, mais si une meuleuse peut faire trembler quelques propriétaires, ça me va ».

 

La pression immobilière, jusque-là concentrée sur la Côte basque, a ces dernières années gagné la bande rétro-littorale voire l’intérieur des terres. Dans un territoire où le salaire moyen mensuel est de 2.000 euros net selon l’Insee, le fossé du pouvoir d’achat se creuse avec les nouveaux arrivants, le plus souvent des cadres supérieurs à revenus élevés. « C’est une population qui a les moyens de payer cash et qui fait disparaître le moindre logement », avance Maider Arosteguy.

 

Pour le jeune militant du groupe BAM, cette « envie que ressorte la violence » est trop négligée par les politiques, qui « balaient un peu ça d’un revers de la main en disant qu’ils sont aussi piégés que nous, mais ce n’est pas vrai ». « On se couche trop devant le saint capital et là on est arrivés à un point où il faut dire stop ».

 

langue

 

Pour étudier et vivre en basque !

TRIBUNE LIBRE - Cinq lycéens du lycée Bernat Etxepare à Bayonne font valoir leur droit à poursuivre leurs études et passer leurs examens en langue basque. Ils appellent à la mobilisation le 21 mai.

Le français est la seule langue de la République française. Voilà pourquoi, nous qui avons fait le choix de vivre en corse, breton, basque ou dans une autre langue minorisée, nous faisons face à des entraves quotidiennes à la libre expression dans nos langues.

Nous sommes conscients que nous devons notre droit à étudier en euskara à tous les euskaltzale qui ont bâti le projet de Seaska de leurs propres mains. Chaque talo vendu, chaque concert organisé, chaque Herri Urrats couronné de succès ou encore chaque manifestation a ouvert les portes de l’enseignement en euskara à de plus en plus d’enfants. C’est grâce à cette solidarité que de nouvelles ikastola sont nées, et que Seaska est devenue le moteur de la revitalisation de l’euskara au Pays Basque Nord.

Depuis que nous sommes élèves des ikastola, nous avons trop souvent entendu parler des combats de Seaska face à l’Education nationale française au sujet des postes d’enseignants. Nous ne tolèrerons plus ce genre d’attaques !

Nous dénonçons fermement le recours déposé par certains députés contre la loi Molac. N’en déplaise au ministre de l’Education nationale française, Jean-Michel Blanquer, nous continuerons à lutter. La loi Molac facilitera le financement public des ikastola impossible jusqu’à aujourd’hui. Le slogan “ikastola, herri eskola!” ne date pas d’hier : les ikastola sont des écoles privées, mais d’utilité publique… Le vote de cette loi permettra en outre la multiplication des écoles publiques mettant en place l’enseignement en immersion. Nous sommes convaincus que sur ce sujet-là, l’augmentation de l’offre provoquera de facto l’augmentation de la demande.

A l’heure actuelle, l’offre d’enseignement en basque au Pays Basque Nord est très pauvre. Par exemple, l’enseignement professionnel est dispensé à 100 % en français, mis à part au lycée Bernat Etxepare de Bayonne. De sorte que peu sont les étudiants ayant accès à l’apprentissage d’un métier en basque. Il existe un nombre réduit de cursus universitaires pouvant être suivis au Pays Basque Nord. La majorité des étudiants étudient donc à Pau, Bordeaux, ou Toulouse. Le seul moyen de faire des études supérieures en basque consiste à aller étudier au Pays Basque Sud ; un choix souvent perturbé par de lourdes démarches administratives…

Face à cette situation, nous serons dans la rue le 21 mai, pas seulement pour défendre le peu de droits que nous avons, mais surtout pour en revendiquer de nouveaux !

Afin de continuer d’avancer sur le chemin de la généralisation de l’enseignement du basque, voici nos revendications :

Nous souhaitons avoir le droit de passer les épreuves du baccalauréat et du brevet en euskara. L’obligation de passer ces épreuves en français a une incidence allant au-delà du jour de l’examen étant donné qu’elle nous oblige à suivre dans certaines matières des cours en français. Années après années, nos résultats attestent du fait que nous avons largement le niveau de français requis au bac et au brevet, ceci n’est pas le problème. La question est que dans le cadre de ces examens, notre droit à étudier en basque est encore et toujours bafoué.

Nous exigeons l’entrée en vigueur immédiate de loi Molac :

- Seaska doit être dotée d’outils économiques adéquats. Le projet des ikastola attire chaque année de plus en plus de parents désireux d’offrir la chance à leur enfant d’apprendre en euskara. Seaska a besoin de plus de postes d’enseignants afin d’assurer la transmission de la langue et un projet pédagogique de qualité.

 - En ce qui concerne l’enseignement public, nous demandons qu’il y ait une véritable volonté d’y développer l’immersion. Nous espérons que les entraves à la mise en place de classes en basque sont maintenant révolues.

- L’enseignement professionnel basque doit lui aussi entrevoir de nouvelles perspectives. L’apprentissage d’un métier en euskara permettrait de rendre naturel l’usage de cette langue dans différents secteurs.

- Nous revendiquons le droit d’effectuer nos études en basque. Au lieu d’être obligé de nous exiler, nous voulons étudier en basque au Pays Basque Nord.

Afin que nous puissions pleinement vivre en euskara, des politiques publiques ambitieuses sont nécessaires. Elèves, enseignants, employés des centres éducatifs, parents d’élèves, euskaltzale… Mobilisons-nous pour l’entrée en vigueur immédiate de la loi Molac et l’obtention de nouveaux droits !

 

drapeau

 

L’État veut prouver qu’il soutient les langues territoriales

A deux jours d’une manifestation pour défendre l’enseignement immersif, le ministère de l’Education détaille dans un communiqué ses engagements en faveur des langues territoriales, omettant cependant de citer les expérimentations d’immersion dans les écoles publiques, qu’il a pourtant validées.

 

L’État cherche manifestement à apaiser les tensions, à la veille de la journée d’action hexagonale appelée par le collectif Pour que vivent nos langues. Dans un communiqué, la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale rappelle, chiffres à l’appui, ses engagements en faveur des langues territoriales.

Le texte évoque tout d’abord la création de l’Office public de la langue basque (OPLB) en 2004, faisant remarquer que depuis lors « l’État a toujours été un acteur majeur et le premier financeur dans le soutien des langues régionales ». Dans la phrase suivante, qui est soulignée, on peut lire que « l’État soutient tout d’abord l’apprentissage des langues régionales dans les établissements scolaires ».

Le communiqué entre ensuite dans le détail chiffré de l’évolution de l’enseignement bilingue dans l’enseignement public, soulignant un accroissement de l’offre sur les dix dernières années : « Aujourd’hui, 63 % des écoles du Pays basque proposent donc un enseignement bilingue. Ainsi, dans tout le Pays basque, 77 % des communes ont au moins une école bilingue, contre 58 % en 2010. Par conséquent, dans le public aujourd’hui 1 élève sur 3 suit un enseignement bilingue au Pays basque (contre 27 % il y a 10 ans) ».

Pour ce qui concerne les postes d’enseignants, l’État fait valoir « une augmentation de 39 postes sur la période, pour un total actuel de 177 ». Il indique qu’il « finance également 69 postes d’enseignants en basque dans les écoles privées catholiques et 126,5 équivalents temps plein (ETP) de postes d’enseignants en basque dans les ikastolas ».

Ce qui frappe à la lecture intégrale du texte, c’est que l’enseignement immersif dans le public n’est jamais mentionné. Cette méthode d’apprentissage proposée dans vingt écoles publiques du Pays Basque Nord depuis quinze ans, et dont l’efficacité a été officiellement évaluée, a pourtant été mise en œuvre dans le cadre d’expérimentations approuvées par l’État… lequel semble aujourd’hui faire comme si l’immersif dans le public n’avait jamais existé, pas plus qu’il n’existera.

langue basque

4 mai 2021

UNE RELECTURE DE LA COMMUNE 04 05 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 19 h 12 min

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Au sommaire de l’émission du 04 05 21 nous parlerons de la commune, pas temps sur les évènements parisiens, mais on commence par la commune de lyon, les aveyronnais face à la commune, le moratoire des loyers, Louise Michel, la mémoire de la commune au travers de la chanson. Playlist : versaillais, versaillais – internationale – Jean Misère – on assassine Belleville – Paris pour un beafsteak

 

affiche lyon

 

 

Au début de l’année 1870, et malgré la victoire des républicains aux élections législatives de l’année précédente, le Second Empire semble arrivé à maturité. Il ne semble pas alors interdit d’imaginer l’évolution du régime vers une paisible monarchie constitutionnelle.

 

Évènement aux conséquences apparemment limitées, mais qui pourra plus tard être interprété comme le symptôme d’un mouvement beaucoup plus profond, et qui témoigne de la hardiesse des républicains à profiter de la libéralisation du régime impérial, des grèves ont éclaté à Lyon à l’été 1869 dans différents corps de métiers, les ouvriers ovalistes 1 y incarnant la contestation la plus emblématique.

 

Après deux mois de mobilisation, le mouvement a obtenu un certain succès, puisque les salaires se sont vus relevés, et la durée de la journée de travail diminuée d’une heure. L’Association Internationale des Travailleurs (AIT), créée à Londres en 1864, a soutenu les revendications et aidé l’organisation du mouvement. Au terme de la mobilisation, plus d’un millier d’ouvriers ovalistes adhèrent à l’Internationale. Le pouvoir impérial, se sentant menacé par une affirmation d’opposition aussi consistante, et montrant par-là les limites de sa libéralisation, engage des poursuites contre les responsables lyonnais de l’Internationale, en particulier Albert Richard 2.

 

À Lyon, les élections de 1869 ont vu une nette victoire des républicains radicaux, puisque Raspail et Bancel ont été élus à la place de Jules Favre et du docteur Jacques Louis Hénon 3, ce dernier –quoique modéré–représentant pourtant avec constance depuis 1852 l’opposition républicaine lyonnaise au Corps législatif. En mai 1870, le plébiscite donne à Lyon une majorité de NON, avec un peu moins de 38 000 voix, soit 70 % 4, le OUI ne pouvant rassembler que 22 260 suffrages.

 

Le 19 juillet 1870, après plusieurs semaines d’une crise diplomatique dont l’épilogue a été la célèbre dépêche d’Ems, la France déclare la guerre à la Prusse. Dès le lendemain, une manifestation réclamant la paix et animée par l’Internationale déambule entre la place des Terreaux et la place Bellecour.

 

Le sort des armes est très rapidement défavorable à une armée française mal préparée, qui enchaîne les défaites à partir du début du mois d’août. Chaque annonce d’un nouvel échec face à la Prusse suscite des manifestations, et le ressentiment des républicains envers un régime qui leur apparaît de plus en plus comme nuisible et incapable ne cesse d’augmenter.

 

La première Commune (septembre 1870)

Le 2 septembre 1870, Napoléon III est fait prisonnier à Sedan et remet dans les mains de Bismarck sa capitulation. Sans attendre les signaux de la capitale, une foule essentiellement composée de Lyonnais des quartiers populaires de la Guillotière, de la Croix-Rousse et du faubourg de Vaise prend le 4 septembre dans la matinée l’initiative de proclamer la République. Après avoir envahi la place des Terreaux, les manifestants pénètrent dans l’Hôtel de Ville, dont ni le personnel ni les autorités impériales –Préfet et Commission municipale– n’opposent de résistance. Les républicains brandissent au balcon un buste de Marianne, font acclamer la République par la foule massée sur la place, et hissent le drapeau rouge sur le dôme de l’Hôtel de Ville. Un Comité de Salut Public fait placarder des affiches annonçant la déchéance de l’Empire. Le jour même, la rue Impériale est rebaptisée « rue de la République ». À la tête des manifestants, on retrouve entre autres Albert Richard et les modérés Désiré Barodet et Jacques Louis Hénon.

 

 

Simultanément se constituent un Comité de Sûreté Générale et un Comité révolutionnaire, qui prennent respectivement possession de l’Hôtel de Police et de la mairie d’arrondissement de la Guillotière. Le fort Lamothe et la Vitriolerie sont occupés par des gardes nationaux mobilisés dans les quartiers populaires.

 

Le 8 septembre, deux jours à peine après l’arrivée à Lyon de Challemel-Lacour 5, nommé Préfet du Rhône depuis Paris par le gouvernement de la Défense nationale, un groupe de dix commissaires est désigné pour servir de lien entre le Comité de Salut Public et la population. On y retrouve Albert Richard, Victor Jaclard et Louis Andrieux, lequel a d’ailleurs laissé des souvenirs sur la Commune de Lyon 6. Ils sont tous trois nommés comme délégués auprès du gouvernement de Paris afin de discuter avec ce dernier les modalités d’une levée en masse contre la Prusse. Car si l’empereur est prisonnier et sa dynastie déchue, il n’est pas question pour les républicains d’abandonner la lutte face à un ennemi qui continue de progresser sur le territoire national. C’est ainsi qu’arrive quelques jours plus tard le général Cluseret 7, chargé de mobiliser une légion de volontaires dans le Rhône.

 

Entre le 5 et le 15 septembre 1870, les nouvelles autorités républicaines lyonnaises prennent une série de mesures révolutionnaires qui traduisent à la fois la radicalité du mouvement et la parenté qu’il entretient avec les éléments les plus avancés du mouvement socialiste, et l’inspiration communaliste que l’on retrouvera à Paris quelques mois plus tard : suppression des subventions aux congrégations, séparation de l’Église et de l’État, impôt sur les valeurs mobilières et immobilières, suppression de l’octroi, restitution des biens déposés en gage, création de chantiers pour employer les chômeurs etc…

 

Ces réformes suscitent l’inquiétude du gouvernement de Paris et de Challemel-Lacour qui, pour républicains qu’ils soient, n’en demeurent pas moins attachés à l’ordre et opposés aux républicains les plus radicaux, qu’incarne largement le nouveau pouvoir communal. Le nouveau préfet cherche d’ailleurs à profiter de la division qui se fait peu à peu sentir au sein de ses dirigeants. De fait, ce sont les modérés -emmenés par le docteur Hénon- qui prennent le contrôle du Conseil municipal élu le 15 septembre. Malgré cela, le nouveau maire cherche à ménager une population toujours mobilisée et sensible aux mots d’ordre radicaux. Les mesures du Comité de Salut Public ne sont d’abord pas remises en cause, et le drapeau rouge est maintenu sur le dôme de l’Hôtel de Ville. Mais la tension ne cesse d’augmenter entre républicains modérés et extrémistes.

BAKOU 

Lyon vers le socialisme libertaire ?

 

BAKOUNINE

 

 

 

 

 

 

 

 

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine © Wikicommon

 

 

Le 15 septembre 8 est également le moment de l’arrivée à Lyon d’un colosse barbu et en apparence impassible : Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine 9. Cet agitateur infatigable à l’existence romanesque, ce missionnaire de la Révolution internationale qui parcourt l’Europe depuis vingt ans pour prêcher l’abolition de la propriété et de l’Etat et annoncer l’Anarchie, arrive à Lyon pour tenter d’en faire le terreau d’une révolution appelée à essaimer ailleurs. Aux côtés des militants locaux de l’Internationale qui sont à l’origine du mouvement de septembre, comme Richard, Gaspard Blanc ou Eugène Saignes 10, Bakounine lance une grande manifestation prévue pour le 28 septembre.

 

Ce jour-là, au balcon de l’Hôtel de Ville et devant une foule nombreuse, en présence de Bakounine et du Marseillais Bastelica, Saignes demande la déchéance du Conseil municipal élu le 15, proclame la Fédération des communes, et nomme Cluseret général en chef. Alors que Challemel-Lacour est retenu prisonnier, la réaction des modérés est immédiate : Barodet, adjoint d’Hénon, ordonne l’arrestation des radicaux. Bakounine et Cluseret sont arraisonnés, puis relâchés, et ils quittent Lyon quelques heures plus tard. Le calme revient pour plusieurs semaines à Lyon, la municipalité restant dans les mains des modérés. Seule l’exécution du commandant Arnaud à la Croix-Rousse, le 20 décembre 1870, vient rappeler l’omniprésence des républicains les plus extrémistes. Ces derniers repassent bientôt à l’offensive, à la faveur des événements parisiens.

 

La seconde Commune (mars 1871)

Dans le sillage de l’armistice, signé avec la Prusse le 28 janvier, et après moult tergiversations, la municipalité de Lyon décide le 3 février 1871 de retirer le drapeau rouge du dôme de l’Hôtel de Ville, où il flottait depuis le 4 septembre. Quinze jours plus tard commence la Commune de Paris, qu’Hénon, toujours à la tête du Conseil municipal de Lyon, désapprouve d’emblée. Le 22 mars, galvanisés par l’exemple de Paris, les républicains les plus radicaux donnent de nouveau de la voix en mobilisant une foule qui, appuyée par des éléments révolutionnaires venus de la Guillotière, marche vers l’Hôtel de Ville. Dans l’après-midi, une assemblée réunie au Palais Saint-Pierre enjoint la municipalité de se déclarer solidaire de la Commune de Paris. Exaspérés, les révolutionnaires investissent l’Hôtel de Ville et hissent de nouveau le drapeau rouge. Le lendemain, une affiche est placardée, qui annonce la constitution de la Commune de Lyon, solidaire de celle de Paris, et dont l’objectif est de poursuivre la politique initiée en septembre 70. Le 25 mars entrent à Lyon les mobiles de Lyon ayant défendu Belfort, et que Hénon, sentant se lever le vent de la révolte, a invités à venir recevoir les hommages de la population. Désormais appuyés par la présence d’une troupe aguerrie, et profitant une nouvelle fois des dissensions d’un exécutif révolutionnaire qui demeure fragile, les modérés parviennent à reprendre la situation en main.

 

Seule la Guillotière reste désormais rivée à l’idéal communard. Tandis que le drapeau rouge est amené pour la seconde fois du dôme de l’Hôtel de Ville, il continue obstinément de flotter sur la mairie d’arrondissement de la place du Pont. Le 30 avril, alors que la Commune se poursuit à Paris, pour protester contre la loi municipale votée par le gouvernement de Versailles qui vise entre autres à contrer les initiatives révolutionnaires en province 11, une foule résolue bloque les bureaux de vote qui doivent désigner une nouvelle mairie et dresse des barricades dans le quartier de la Guillotière. À la nuit tombée, les forces commandées par le préfet Valentin, successeur de Challemel-Lacour, ouvrent le feu sur les insurgés, dans les rangs desquels on dénombrera une trentaine de morts. Rapidement défaite, peu appuyée par une population lyonnaise qui garde en mémoire les épisodes sanglants du siège de 1793 et de la répression qui s’ensuivit, cette aventure insurrectionnelle est la dernière tentative des républicains radicaux d’installer une Commune révolutionnaire à Lyon.

 

Une page se tourne ainsi à Lyon, qui vient refermer l’époque des crises enfiévrées, caractérisée par les révoltes des Canuts et l’épopée des Voraces. Arrive bientôt le ressac conservateur, caractérisé par la politique de l’«ordre moral». À Lyon, les républicains sont un temps affaiblis et il faut attendre 1881 pour voir le retour d’une Mairie centrale, remplacée sous Mac Mahon par une Commission municipale, bien tenue en main.

 

 

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L’œuvre sociale des débuts de la Commune

 

Au nom du Comité de vigilance des citoyennes du 18e arrondissement, qui administre l’arrondissement durant la Commune, Louise Michel écrit à Georges Clemenceau*, alors maire de Montmartre.

 

« Notre Comité républicain de vigilance des citoyennes du 18e arrondissement voulant prendre notre part de la tâche patriotique, vous demandons :

 

  1. Un pouvoir immédiat de procéder à une enquête dans chaque maison du 18e arrondissement afin de connaître le nombre de vieillards, des infirmes et des enfants afin que la république ne soit pas trompée,
  2. Pouvoir de requérir immédiatement les maisons abandonnées du 18e arrondissement afin d’y loger les citoyens sans abri et d’y établir des asiles où les enfants seront nourris […],
  3. Abolition complète dans le 18e arrondissement des ouvroirs religieux  et des maisons de prostitution,
  4. Fonte des cloches de Montmartre pour les canons. »

 

Louise Michel, Lettre à Georges Clemenceau, mars 1871.

 

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Une nouvelle vision des droits des femmes

 

Durant la Commune, Louise Michel œuvre à la création de crèches, à l’instruction des filles, à la reconnaissance de l’union libre et du divorce et à l’interdiction de la prostitution.

 

« Au Droit des femmes, comme partout où les plus avancés d’entre les hommes applaudissent aux idées d’égalité des sexes, je pus remarquer comme je l’avais toujours vu avant et comme je le vis toujours après, que malgré eux et par la force de la coutume et des vieux préjugés les hommes auraient l’air de nous aider, mais se contenteraient toujours de l’air. Prenons donc notre place sans la mendier. Les droits politiques sont déjà morts. L’instruction à égal degré, le travail rétribué pour les états de femme, de manière à ne pas rendre la prostitution le seul état lucratif, c’est ce qu’il y avait de réel dans notre programme. »

 

Louise Michel, Mémoires, 1886.

 

 

 

L’hommage de Hugo à Louise Michel

 

Durant son procès en décembre 1871, Louise Michel réclame la peine capitale : « Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit aujourd’hui qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part, moi. »

 

« Ayant vu le massacre immense, le combat,

 

Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,

 

La pitié formidable était dans tes paroles ;

 

Tu faisais ce que font les grandes âmes folles,

 

Et lasse de lutter, de rêver, de souffrir,

 

Tu disais : J’ai tué ! car tu voulais mourir.

 

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine […].

 

Tu disais aux greniers : J’ai brûlé les palais !

 

Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule ;

 

Tu criais : J’ai tué, qu’on me tue ! Et la foule

 

Écoutait cette femme altière s’accuser.

 

Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;

 

Ton œil fixe pesait sur les juges livides, […]

 

La pâle mort était debout derrière toi.

 

Toute la vaste salle était pleine d’effroi,

 

Car le peuple saignant hait la guerre civile.

 

Dehors on entendait la rumeur de la ville. »

 

Victor Hugo, « Viro Major », 1871.

 

 

 

LOUISE 

 

La reddition de Louise Michel

 

Le 24 mai 1871, Louise Michel se rend aux Versaillais qui détiennent sa mère en otage. Emprisonnée puis déportée, elle poursuit ses combats et devient progressivement une héroïne mythique.

 

 

 

EUGÈNE POTTIER

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En 1886, le souvenir de la terrible répression de la Commune est loin d’être éteint, et le désir de revanche toujours vivace. C’est l’année où Eugène Pottier, également auteur des paroles de L’Internationale, va écrire en 1886 Elle n’est pas morte ! Vieux poète révolutionnaire, déjà du côté des insurgés en juin 1848, Eugène Pottier prendra une part active à la Commune. Ayant pu se réfugier en Angleterre, puis aux États-Unis, il rentrera en France en 1880, après l’amnistie, participant plus tard à la création du Parti ouvrier français. La chanson est dédiée aux survivants de la Commune.

Une belle version de Marc Ogeret dans l’album Autour de la Commune paru chez Vogue en 1968.

Elle n’est pas morte !

On l’a tuée à coups d’chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée dans son drapeau
Dans la terre argileuse
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte

Refrain
Tout ça n’empêche pas, Nicolas
Qu’la Commune n’est pas morte  !
(Bis)

Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et ces cent mille assassinats
Voyez c’que ça rapporte.

Refrain

On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui couper l’aorte.

Refrain

Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence,
Ach’vé les blessés dans leur lit,
Leurs lits d’ambulance
Et le sang inondant les draps,
Ruisselait sous la porte.

Refrain

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominies.
Les Maxim’ Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte

Refrain

C’est la hache de Damoclès,
Qui plane sur leurs têtes.
À l’enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes.
Fait est qu’on était un fier tas
À lui servir d’escorte  !

Refrain
C’qui vous prouve en tout cas, Nicolas
Qu’la Commune n’est pas morte  !
(Bis)

Bref, tout ça prouve aux combattants
Qu’Marianne à la peau brune,
Du chien dans l’ventre et qu’il est temps
D’crier  : vive la Commune  !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte,

Ils sentiront dans peu,
Nom de Dieu  !
Qu’la Commune n’est pas morte  !(Bis)

 

EUGÈNE POTTIER

 

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Paris, 1880. À Henri Rochefort*.
La version de Mouloudji extraite de la Commune en chantant paru en 1971 chez Disc’AZ.

Jean misère

Décharné, de haillons vêtu
Fou de fièvre, au coin d’un impasse,
Jean Misère s’est abattu.
«  Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse  ?  »
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Pas un astre et pas un ami  !
La place est déserte et perdue.
S’il faisait sec, j’aurais dormi,
Il pleut de la neige fondue.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Est-ce la fin, mon vieux pavé  ?
Tu vois  : ni gîte, ni pitance,
Ah  ! la poche au fiel a crevé  ;
Je voudrais vomir l’existence.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Je fus bon ouvrier tailleur.
Vieux, que suis-je  ? une loque immonde.
C’est l’histoire du travailleur,
Depuis que notre monde est monde.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Maigre salaire et nul repos,
Il faut qu’on s’y fasse ou qu’on crève,
Bonnets carrés et chassepots
Ne se mettent jamais en grève.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Malheur  ! ils nous font la leçon,
Ils prêchent l’ordre et la famille  ;
Leur guerre a tué mon garçon,

Leur luxe a débauché ma fille  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

De ces détrousseurs inhumains,
L’Église bénit les sacoches  ;
Et leur bon Dieu nous tient les mains
Pendant qu’on fouille dans nos poches.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Un jour, le Ciel s’est éclairé,
Le soleil a lui dans mon bouge  ;
J’ai pris l’arme d’un fédéré
Et j’ai suivi le drapeau rouge.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Mais, par mille on nous coucha bas  ;
C’était sinistre au clair de lune  ;
Quand on m’a retiré du tas,
J’ai crié  : Vive la Commune  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

Adieu, martyrs de Satory,
Adieu, nos châteaux en Espagne  !
Ah  ! mourons  !… ce monde est pourri  ;
On en sort comme on sort d’un bagne.
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

 

À la morgue on coucha son corps,
Et tous les jours, dalles de pierre,
Vous étalez de nouveaux morts  :
Les Otages de la misère  !
Ah  ! mais…
Ça ne finira donc jamais  ?…

*Henri Rochefort, Né à Paris (Xe arr.) le 30 juin 1831, mort à Aix-les-Bains (Savoie) le 1er juillet 1913, ; homme de lettres, pamphlétaire, journaliste et homme politique  ; arrêté après la Commune et déporté, il s’évada de la Nouvelle-Calédonie  ; député (1885).

 

 

 

PAUL BROUSSE

 

 

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Auteur des paroles du Drapeau rouge, en 1877, Paul Brousse n’avait sans doute pas oublié le sinistre discours de Lamartine qui, au lendemain des journées de juin 1848 déclarait : « Le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple ! » Ce médecin, militant anarchiste, proche de Bakounine, avant la Commune, s’exile ensuite en Suisse. Après l’amnistie, il se lie avec les socialistes réformistes, devenant l’un des créateurs du « Parti possibiliste », pour qui le changement social peut se produire sans révolution.
Une version des Quatre Barbus extraite de l’album La Commune de Paris.

Le Drapeau rouge

Les révoltés du Moyen Age
L’ont arboré sur maints beffrois.
Emblème éclatant du courage,
Toujours il fit pâlir les rois.

Refrain
Le voilà, le voilà, regardez  !
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés,
Osez, osez le défier,
Notre superbe drapeau rouge,
Rouge du sang de l’ouvrier. (bis)

Il apparut dans le désordre
Parmi les cadavres épars
Contre nous, le parti de l’Ordre
Le brandissait au Champ de Mars

Refrain

Mais planté sur les barricades
Par les héros de Février,
Il devint pour les camarades,
Le drapeau du peuple ouvrier.

Refrain  

Quand la deuxième République
Condamna ses fils à la faim
Il fut de la lutte tragique
Le drapeau rouge de juin

Refrain

Sous la Commune il flotte encore
A la tête des bataillons.
Et chaque barricade arbore
Ses longs plis taillés en haillons.

Refrain

Noble étendard du prolétaire,
Des opprimés soit l’éclaireur  :
À tous les peuples de la terre
Porte la Paix et le Bonheur.

Refrain

 

 

 

EUGÈNE POTTIER

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Ce poème d’Eugène Pottier est édité pour la première fois en 1887 dans le recueil intitulé Les Chants révolutionnaires. Le poème est accompagné de l’indication suivante : « Paris, juin 1871 », mais
rien n’atteste de sa rédaction à cette date. Deux versions du texte sont connues à ce jour, c’est la seconde version qui fera l’objet de la première édition et reste le texte de référence aujourd’hui.
Le poème sera mis en musique en 1888 par Pierre Degeyter à la demande de la chorale la Lyre des Travailleurs, chorale ouvrière lilloise du Parti ouvrier français, qui en sera la première interprète.
* Dédié au citoyen Lefrançais, membre de la Commune.

L’Internationale

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

ll n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’État comprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’Égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle
« Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous soûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air, et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais, si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

 

 JEAN-BAPTISTE CLÉMENT

 

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Suite à l’entrée massive des troupes versaillaises dans Paris, à partir du 21 mai 1871, des combats inégaux vont voir les fédérés lutter désespérément, jusqu’au massacre du Père-Lachaise. Rescapé des combats, et caché dans Paris, Jean-Baptiste Clément (1837-1903) va écrire les strophes de cette Semaine sanglante (musique de Pierre Dupont) où il décrit le climat qui règne dans Paris après la défaite des communards. Pourtant, malgré la répression qui ne cesse de s’accroître, il reste une lueur d’espoir.
La Compagnie Jolie Môme nous livre une belle reprise de cette chanson.

 

SEMAINE

La Semaine sanglante

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants.

Refrain  :
Oui mais  !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare  à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Les journaux de l’ex-préfecture
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par l’aventure,
Les complaisants, les décorés
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut,
Grouillent comme un tas de verrues,
Sur les cadavres des vaincus.

Refrain 

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs.

Refrain

Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou.
Dès demain, en réjouissance
Et Saint-Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence,
Et le bagne se peuplera.

Refrain

Demain les manons, les lorettes
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.

Refrain 

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.

Refrain 

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé  ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé  ?
Jusques à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail  ?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail  ?

Refrain

CLEMENT

28 avril 2021

CSPB 27 04 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 10 h 19 min

 

 

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Joseba Sarrionandia © Jose GOITIA

L’écrivain Joseba Sarrionandia de retour au Pays Basque après plus de trente ans d’exil

Joseba Sarrionandia est revenu. Après 36 ans d’exil, l’écrivain d’Iurreta est rentré dans son pays natal, comme l’a confirmé le site Naiz. Il revient avec une œuvre prolifique qui fait partie de l’imaginaire collectif basque. Sarri est revenu physiquement, car il n’est jamais vraiment parti.

C’est une nouvelle importante, qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’historique, aussi bien pour la culture basque que pour la politique basque. Joseba Sarrionandia Uribelarrea, connu sous le nom de « Sarri », est rentré à Durango après quelque 36 ans d’absence physique, mais pas vraiment réelle. Pendant son exil, sa création littéraire a été incessante et ovationnée, ce qui n’a fait amplifier l’écho qu’avait suscité son évasion de la prison de Martutene et la chanson que Kortatu lui avait dédiée.

C’était le jour de San Fermin, en 1985. Les murs qui abritent les cellules de la prison de Martutene, située en Gipzukoa, sont aujourd’hui témoins d’un changement de cap en ce qui concerne la politique pénitentiaire de l’Etat espagnol. L’éloignement que dénonce encore le Collectif des prisonniers politiques basques s’atténue au fil des jours. En ce 7 juillet 1985, Joseba Sarrionandia et Iñaki Pikabea s’étaient évadés de l’établissement pénitentiaire gipuzkoar, dissimulés dans une baffle.

Sarrionandia, déjà écrivain à l’époque, s’est alors lancé dans un long périple à travers le monde, une destination où réalité et littérature sont mélés. Sa course prend finalement fin au Pays Basque. Comme Naiz l’a confirmé auprès d’une source proche de l’écrivain, Joseba Sarrionandia est rentré chez lui dans son Iurreta-Durango natal. Le désir de Sarrionandia de quitter Cuba, où il avait établi sa résidence, pour le Pays Basque était connu. Essentiellement pour des raisons familiales, le retour s’est donc fait de manière discrète. Son objectif principal est de retrouver sa mère, son père étant mort en 2016, après 31 ans sans se voir. Comme lui, des dizaines et des dizaines d’exilés politiques basques sont rentrés dans leur pays, dans la mesure du possible, depuis l’engagement pris par le collectif qu’ils ont formé à Biarritz en 2013.

Sur sa route à travers différents pays, il a semé des œuvres majeures comme « Ni ez naiz hemengoa » (Je ne suis pas d’ici, en euskara) écrit avant sa fuite. Il a ensuite publié « Lagun Izoztua » (L’ami gelé), « Hau da ene ondasun guztia » (Voici tout ce que je possède) ou encore « Moroak gara behelaino artean? » (Sommes-nous tels des Maures dans la brume ?), livre qui lui a valu le prix littéraire Euskadi Saria à l’époque du lehendakari socialiste Patxi Lopez, et qui a provoqué une polémique. Pendant toutes ces années loin des siens, Joseba Sarrionandia s’est exprimé à travers la poésie, des romans, des essais mais également de la littérature jeunesse. Ses paroles ont inspiré des musiciens de référence tels que Mikel Laboa, ou Ruper Ordorika. Si bien que son personnage est devenu un mythe dans son pays.

C’est en 2016 que l’Iurretarra – toujours timide, toujours introverti, du moins avec la presse et vis-à-vis de son image publique – a fait savoir au monde qu’il résidait à Cuba. Il l’a fait lors de l’obtention d’une place de lecteur à l’Université de La Havane après la création d’une chaire par l’Institut Etxepare. La photo qui a accompagné l’entretien accordé à ce moment-là aux journalistes a révélé le visage du Sarrionandia du XXIe siècle, tellement fantasmé par ses lecteurs et ses compatriotes.

 

Joseba Sarrionandia Uribelarrea, alias Sarri, né le 13 avril 1958 à Iurreta est un écrivain, poète, académicien et philologue basque. Avec de nombreux livres de poésie, essais, brèves histoires et romans dans son domaine, il est un des auteurs contemporains en langue basque (euskara) des plus illustres. En 1985, il s’est évadé de la prison de Martutene (Saint-Sébastien) grâce à Mikel Antza et depuis lors et ce jusqu’en 2016, on ne connaissait pas son lieu de résidence, bien qu’il ait continué à écrire depuis son exil.

 

 

Biographie

«Je n’ai jamais pris la décision d’être écrivain. À mes tout débuts, écrire n’était pas un métier; je n’étais qu’un étudiant, et l’écriture représentait pour le militantisme généreux de l’époque, une autre façon d’aborder les champs de la politique et de la culture. Du point de vue de certaines perspectives professionnelles actuelles, ce militantisme peut apparaître comme un sacrifice, et même susciter un sentiment de pitié, mais nous vivions heureux, comme les amants sans le sou.

 

En prison, j’ai continué à écrire, j’étais un forçat de métier et j’écrivais pour oublier un peu ma condition. Ensuite, de nouveau libre, libre d’une certaine manière, je n’ai eu d’autre issue que celle d’être fugitif de profession, et rien n’a été ni n’est plus présent dans ma vie que l’écriture.

 

Mais je ne dirais pas que je suis écrivain de profession, du moins pas encore. Si je le suis, c’est dans cet autre sens que lui a donné Thomas Mann, dans la mesure où écrire reste pour moi une chose difficile et qui me coûte». »

 

Joseba Sarrionandia (2002)1

Après avoir suivi des études de sociologie et de philologie à l’université de Deusto (Bilbao), il est professeur de phonétique à l’UNED de Bergara. Il donnera également des cours a l’Udako Euskal Unibertsitatea (Université basque d’été).

 

Ses premiers travaux journalistiques ont été publiés dans les revues Pott, Anaitasuna, Ibaizabal et Zeruko Argia et dans les quotidiens Egin et Egunkaria. À la même époque, il fonde avec Bernardo Atxaga, Manu Ertzilla, Jon Juaristi, Ruper Ordorika et Joxemari Iturralde Pott Banda (Groupe Pott en basque). Membre correspondant de l’Académie de la langue basque, il est traducteur en basque de diverses œuvres littéraires, comme celles de T. S. Eliot, Coleridge et Pessoa. Le recueil de poèmes Izuen gordelekuetan barrena (À travers les cachettes des peurs) a été son premier livre publié. Le livre a eu beaucoup de succès et beaucoup de nouveaux auteurs ont admis avoir été influencé, jusqu’au point où le premier poème de ce livre, Bitakora kaiera (Le livre de bord), a été pris comme manifeste.

 

En 1980, il est soupçonné d’appartenir à l’Euskadi ta Askatasuna (ETA) et arrêté. Jugé, il est condamné à une peine de 22 ans de prison. La même année, il gagne trois prix littéraires avec les contes Maggie indazu kamamila, Emperadore eroa et le recueil de poèmes Izuen gordelekuetan barrena. Cinq ans plus tard, le 7 juillet 1985, il s’évade de la prison de Martutene avec un autre prisonnier, Iñaki Pikabea, en se dissimulant dans les baffles après un concert du chanteur Imanol Larzabal2. Le vol a inspiré la célèbre chanson Sarri, Sarri du groupe basque Kortatu. Depuis lors, il est en cavale, même si l’infraction pour laquelle il a été condamné est prescrite. Comme il l’a affirmé dans une entrevue avec Hasier Etxeberria, même s’il n’a actuellement aucun procès en attente, ses motifs pour ne pas retourner sont plus de caractère politique. Dans le roman Hnuy illa nyha majah yahoo, toutefois, il utilise la première personne du pluriel pour affirmer que nous serons toujours des exilés, que le retour à la maison est absolument impossible, parce que la maison, la patrie, comme nous l’avons connue, comme nous la souhaitons, n’existe pas. Retour impossible pour un poète qui ne doute pas en affirmant que la vraie poésie est possible et que, malgré tout, il existe aussi ce qui n’existe pas, car

 

presque tous les travaux à faire et les poèmes les plus parfaits reste à écrire

« egiteko gehienak egiteke/ditugu. / Poemarik behinenak izkiriatzeke / daude… / Ez diren gauzak ere / badira ».

Toujours en exil, sujet récurrent dans son œuvre, il continue de publier sans cesse des livres et continue d’être une source d’inspiration pour les musiciens et artistes de différents styles (voir Discographie et Œuvre scéniques). Certaines des chansons qui utilisent ses poèmes ont été compilées, avec la voix de l’auteur, dans le disque-livre Hau da ene ondazun guzia (Ceci est toute mon œuvre) copublié par les éditions Esan Ozenki et Txalaparta en 1999.

 

 

Joseba Sarrionandia (1985).

La trajectoire littéraire qui, avec les types traditionnels (poésie, narration, essai), aime expérimenter et proposer des textes hybrides représentatifs d’une conception innovatrice de la littérature. Ni ez hemengoa naiz (Je ne suis pas d’ici), Marginalia, Ez gara geure baitakoak (Nous ne sommes pas de nous-mêmes) et Han izanik hona naiz (De là-bas même je viens) sont certaines de ses œuvres qui représentent cette tendance à l’hybridation. Sa prose est pleine de métaphores et images suggestives, une prose poétique qui incorpore des éléments fantastiques et des références à des légendes et à des histoires traditionnelles. Ces dernières exposent ses affinités avec celles des auteurs comme Samuel Taylor Coleridge ou Herman Melville, qui rendent hommage à des narrations du « cycle arturique », qu’évoquent des échos d’auteurs comme Thomas Stearns Eliot, Constantin Cavafy, Jonathan Swift, Edgar Allan Poe, et d’autres basques, par exemple Jon Mirande et Bernard D’Etchepare, et que Sarrionandia explore aussi avec ses histoires méta-narratives originales. Souvent les narrations ont plusieurs lectures, plusieurs sens. « Les textes peuvent parfois nous sembler ambigus, et obscurs. Chaque lecteur devra leur donner leur interprétation… Puisqu’il nous offre des textes pleins d’implications, nous sommes obligés de repenser ce que disent les textes », affirme Aitzpea Azkorbebeitia.

 

D’autres textes nous rappellent que Sarrionandia est un poète reconnu qui mérite une place importante dans l’actuel panorama littéraire basque. « La lecture de ses livres de poèmes nous révèle que Sarrionandia est un voyageur infatigable de géographie littéraires, un marin ébloui par un océan d’idées poétiques », selon Maris José Olaziregi.

 

En 2001, il a reçu le Prix de la Critique de la narrative en basque, accordé par l’Association espagnole de Critiques Littéraires, pour Lagun izoztua (l’ami congelé), son premier roman.

 

En 2011, Joseba Sarrionandia reçoit le prix Euskadi pour le meilleur essai en langue basque Moroak gara behelaino artean?, mais le gouvernement basque a prévenu que le prix resterait attribué à cet auteur, mais pas la prime de 18 000 euros.

 

José Ignacio Picabea Burunza plus connu comme Iñaki Pikabea, alias Piti, est un ancien membre de l’organisation indépendantiste basque ETA et parlementaire basque pour la coalition abertzale Herri Batasuna entre 1980 et 1984.

 

Le 19 février 1979 il a été arrêté par la police accusé d’appartenir à un commando d’ETA-Militaire.

 

Alors qu’il était en prison préventive dans l’attente du jugement, il a été inclus par la coalition abertzale Herri Batasuna dans ses listes électorales lors des premières élections autonomes qui ont eu lieu au Pays basque. Il a été élu parlementaire basque par la province du Guipuscoa. Il sera parlementaire entre 1980 et 1984 bien qu’il n’ait jamais pris part à aucune session du Parlement. En juillet 1981 il a été condamné à 33 années de prison pour être membre d’ETA-militaire et pour avoir pris part en 1977 au meurtre du conseiller municipal irundarra (gentilé basque d’Irun) Julio Martínez Ezquerro.

 

Le 7 juillet 1985 il s’est évadé de la prison de Martutene de Saint-Sébastien avec un autre etarre1 et auteur Joseba Sarrionandia. Tous les deux ont été dissimulés dans les baffles après un concert du chanteur Imanol Larzabal dans la prison. C’est Mikel Antza, amoureux fou de littérature, qui favorise cette spectaculaire évasion le 7 juillet, jour de la San Fermin2.

 

L’évasion a inspiré la célèbre chanson Sarri, Sarri du groupe basque Kortatu.

 

Pikabea a réintégré ETA après leur évasion, mais a été arrêté deux années plus tard, en octobre 1987 dans une opération policière en France contre la direction militaire d’ETA. Il a été extradé en Espagne et a continué à purger sa peine.

 

En mars 2000 il sort de prison en liberté conditionnelle.

 

Mikel Antza

Mikel Albizu Iriarte, alias Mikel Antza, né le 7 juin 1961 à Saint-Sébastien est un dramaturge[1] et écrivain de langue basque ayant une formation en philologie.

 

C’est un des principaux dirigeants de l’organisation indépendantiste ETA avec Mobutu et Susper. Il est arrêté le 3 octobre 2004 dans une ferme isolée près de Salies-de-Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques (France) avec d’autres membres d’ETA dont sa compagne, María Soledad Iparraguirre alias Elsabeth puis Anboto. Il est libéré le 23 janvier 2019[2].

 

Mikel est un littéraire, diplômé en philologie et surnommé parfois « le poète », il doit son pseudonyme à la signature « Antza » sous laquelle il signait des articles dans une revue culturelle basque[3]. À vingt-et-un ans il remporte le prix Ciudad de Irun pour un essai intitulé Susko Gezi bat bezala et signe sous le pseudo d’Antza des chroniques littéraires dans le quotidien Egin. Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

 

Mikel Antza a été le dirigeant d’ETA qui a été à la tête de l’organisation le plus longtemps, depuis qu’en 1993 il a pris la direction politique jusqu’à ce qu’à son arrestation en 2004. Il a de qui tenir puisque son père, Rafael Albizu Ezenarro est l’un des fondateurs d’ETA. Le jour de la San Fermin, il favorise l’évasion originale de la prison de Martutene de l’écrivain Joseba Sarrionandia[5], alias Sarri qui y purge trente ans de détention pour appartenance à ETA et d’Iñaki Pikabea alias Piti (trente-trois ans pour le même motif) en se faisant passer pour l’ingénieur de son du chanteur Imanol Larzabal et planquant les fugitifs dans les baffles de l’orchestre. Repéré, il s’enfuit outre Pyrénées et se retrouve à Paris avec l’arrière-garde installée par Txelis, avec qui il collabore sur le thème des relations internationales[6].

 

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Trois prisonniers basques en fin de peine bientôt libres

Iñaki Arakama, Lorentxa Beyrie et Didier Aguerre s’apprêtent à sortir de prison. L’association Ipar Euskal Herriko Harrera anticipe l’accompagnement de ceux qui retourneront auprès de leurs proches au Pays Basque Nord.

 

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Rassemblements et manifestations en tous genres ont ponctué les années de prison de Lorentxa Beyrie.

Ce printemps, trois nouveaux prisonniers basques en fin de peine vont quitter leur lieu de détention. Iñaki Arakama, qui a des attaches familiales au Pays Basque Nord, sera libre le 25 avril. Lorentxa Beyrie, détenue à la prison de Roanne, sortira le 30. Pour Didier Aguerre, la date reste encore à préciser, en raison notamment du calcul du reliquat de peine. Le 12 mars, Oihan Barandalla Goñi, qui a passé son enfance à Bayonne, a quitté la prison de Lannemezan.

 

Avec la libération de Lorentxa Beyrie et de Didier Aguerre, ne resteront plus derrière les barreaux de l’État français que deux détenus originaires du Pays Basque Nord : Jakes Esnal et Ion Kepa Parot.

 

Didier Aguerre, né en 1976 et originaire de Pagolle, est incarcéré depuis septembre 2001. La même année, Lorentxa Beyrie, Kanboar née en 1975, a été arrêtée à Auch et placée en détention le 13 décembre 2001. Le Gasteiztar Iñaki Arakama est, lui, emprisonné depuis 25 ans. En mars, il a quitté la prison de Séville et a été rapproché à la prison de Zaballa, à Gasteiz. A sa sortie, il retrouvera sa famille et, à l’instar de ses camarades, une nouvelle vie.

 

Le prisonnier basque Iñaki Arakama a été libéré

Arakama était membre de l’équipe de négociation de l’ETA lors des négociations d’Alger. Il a ensuite été expulsé vers la République dominicaine pendant huit ans. Il a passé les 24 dernières années en prison.

 

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Iñaki Arakama devant la prison de Zaballa aujourd’hui avec ses proches. 
25 avril 2021 09:36

Le prisonnier basque Iñaki Arakama est libéré de prison. Etxerat a rapporté qu’il avait quitté la prison de Zaballa ce matin. Arakama a été expulsé en 1989, hispanisé en août 1997 et a depuis été transféré dans diverses prisons espagnoles; ce dernier à Séville. 

Il est né à Asparrena (Álava) et au début de 1989 était membre de l’équipe de négociation de l’ETA dans les négociations d’Alger. Ces entretiens n’ont cependant pas porté leurs fruits et les participants ont été expulsés vers la République dominicaine: Arakama lui-même, Belen Gonzalez Peñalba et Eugenio Etxebeste.

En août 1997, le gouvernement de la République dominicaine a remis Arakama au gouvernement espagnol, avec Etxebeste et Peio Gantxegi.

 

 

 

En Espagne, Arakama a été détenu, entre autres, dans les prisons de Saragosse et de Logroño, mais a passé la plupart de son temps à Séville; ils ont été amenés au Pays basque ces dernières semaines. Il a été reconnu coupable de plusieurs attentats au début des années 80.

À Séville, il a été emprisonné à 882 kilomètres de sa résidence. Lors d’une visite à Hari, en 2017, un neveu d’Arakama, un partenaire et un ami ont eu un accident de voiture lors d’une visite d’ un week - end à Bejar (Espagne) et sont rentrés chez eux. 

 

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Harrera accompagne le retour

 

Après de nombreuses années passées derrière les barreaux, un détenu qui sort de prison a besoin d’accompagnement pour s’adapter à sa nouvelle liberté : trouver un emploi, un logement, une mutuelle santé, passer le permis de conduire… L’association Harrera apporte aux anciens prisonniers une aide précieuse dans la réalisation de toutes ces tâches indispensables à la reprise d’une vie normale.

 

« Le rôle d’Harrera est d’accompagner ces prisonniers et exilés. En cas de libération sous contrôle judiciaire, nous préparons à l’avance pour chacun d’eux un dossier de recherche d’emploi ou de logement… Avant leur sortie, nous nous réunissons avec les proches et nous mettons en contact avec le détenu lui-même, pour voir de quel type d’aide ils vont avoir besoin », explique Jokin Etxebarria, membre d’Ipar Euskal Herriko Harrera. Un travail déjà réalisé avec les familles de Lorentxa Beyrie et de Didier Aguerre, afin d’anticiper leurs besoins.

 

L’aide peut porter sur divers aspects du quotidien des détenus libérés. Elle leur permet notamment d’effectuer un bilan médical en partenariat avec des professionnels de santé. « On les aide dans leur recherche d’emploi et on leur apporte une aide économique jusqu’à ce qu’ils obtiennent un emploi. S’ils n’ont pas conduit depuis longtemps ou qu’ils n’ont pas le permis de conduire, on les aide à faire une remise à niveau ou à passer le permis. L’objectif est de ne pas faire porter cette charge aux familles et d’apporter une aide professionnelle au détenu qui sort ou à l’exilé qui rentre ».

 

Au sortir, la précarité

 

Une aide juridique est également apportée. « Beaucoup sont libres mais ne jouissent pas de tous leurs droits civiques », souligne Jokin Etxebarria. En effet, certains anciens prisonniers ayant purgé leur peine continuent d’être considérés comme des « suspects », soit parce qu’ils figurent dans le fichier Fijait, soit parce qu’ils sont interdits de territoire français et frappés d’une ordonnance d’expulsion.

 

L’ancien prisonnier basque Aratz Gomez s’estime chanceux, car il a été très bien entouré à sa sortie de prison. « Tombé » à l’âge de 20 ans, il n’en est sorti qu’au bout de dix-huit ans. Il a donc passé la plus grande partie de sa jeunesse derrière les barreaux. Même si c’est sa compagne qui s’est occupée de toutes les démarches administratives, Harrera lui a été d’un soutien précieux sur le plan financier. « Je n’ai pas eu l’occasion de me construire une carrière professionnelle, donc à ma sortie, je n’avais aucun droit à l’assurance-chômage » explique-t-il à MEDIABASK.

 

Le diagnostic réalisé par Harrera a révélé que les anciens prisonniers et exilés, et encore plus les femmes, connaissent des conditions de vie précaires une fois dehors. L’un des enjeux majeurs pour beaucoup d’anciens détenus est celui du départ en retraite. Selon les résultats de l’enquête menée par Harrera auprès d’une centaine d’ex-détenus, un quart des personnes qui sont ou seront bientôt à la retraite ne bénéficieront pas d’une retraite à taux plein. Les autres touchent une pension plus faible. Pour les 42 participants à l’étude qui ne sont pas encore partis à la retraite, les perspectives ne sont pas bonnes, d’après l’association qui appelle les pouvoirs publics à se saisir de la question.

HARRERA une association pour accompagner les ex-prisonnier-e-s et exilé-e-s politiques basques

20 11 2016

Peio Bellan est engagé depuis de nombreuses années, à titre professionnel et personnel pour, selon ses propos, remettre l’humain au centre de la réflexion sociale et économique au pays basque. Il est aussi depuis 2013 président de l’association HARRERA (1) qui a pour but de venir en aide aux anciens prisonnier-e-s politiques basques ainsi qu’aux personnes ayant quitté leur ville ou village pour des raisons liées au conflit. Nous l’avons rencontré en novembre dernier à Bayonne, dans les locaux de cette association.

 

Juan Salazar – Pouvez-vous nous présenter Harrera ?

 

Peio Bellan – Il faut d’abord revenir sur le contexte dans lequel a été décidé la création d’Harrera.  En octobre 2011 à Donosti, a l’issue d’une conférence internationale, Kofi Annan, ancien secrétaire général des nations unies, Jonhatan Powell, ancien chef de Cabinet de Tony Blair, Gerry Adams, leader du Sinn Fein, Pierre Joxe, ancien ministre de l’intérieur français ont rendu public une feuille de route pour résoudre et dépasser le conflit perdurant au Pays Basque, et trois jours après, l’organisation ETA a annoncé la fin définitive de la lutte armée. Au Pays Basque nord, dans l’état français, l’ensemble de la représentation politique a appuyé ce processus de paix en créant un groupe de dialogue.

 

J.S. – C’est pour cela que lors de la création de l’association, vous aviez insisté sur le fait qu’elle était un outil au service du processus de paix ?

 

P.B. – Exactement. Depuis cinq ans, une période inédite s’est ouverte au Pays basque. Parallèlement aux initiatives pour faire avancer ce processus, comme la conférence organisée l’année dernière à l’Assemblée Nationale à Paris, qui avait pour but d’appeler les gouvernements espagnols et français et l’ensemble des citoyens d’œuvrer en faveur de la paix au pays basque, il faut créer des outils qui garantissent durablement cette paix. L’objectif de notre action est de garantir une insertion dans le tissu social qui réponde aux critères de la dignité.

 

J.S. – Quels sont vos moyens d’action ?

 

P.B. – Pour les sortants de prison en particulier, les priorités sont la santé, le logement, l’emploi. Tout en les accompagnant pour leur régularisation administrative et dans leurs démarches juridiques, Harrera apporte un soutien technique à l’aide à la recherche d’un emploi ou à la formation professionnelle, à la recherche d’un logement, et à la mise en relation avec des professionnels du soin.

 

J.S. – A combien de personnes avez-vous apporté votre soutien depuis 2013 ?

 

P.B. – Je préfère parler d’accompagnement, car il faut inscrire notre action dans la durée. 13 recherches de logement ont été solutionnées, via le privé ou les structures de logement social ; 6 contrats de travail ont pu être signés ; 2 personnes ont réalisé des formations professionnelles ; 13 ont eu accès à des soins de santé, pour la majorité de nature psychologique ; 21 régularisations administratives auprès de Pôle Emploi et de la CPAM en particulier ont été réalisées ; 8 personnes ont été accompagnées dans le cadre de l’aménagement de peines. Mais faute de moyens nous ne pouvons répondre à tous les besoins.

 

J.S. – Quelles sont vos sources de financement ?

 

P.B. -  Les fonds nécessaires à la réalisation des objectifs d’Harrera sont issus de financements publics, notamment de communes du Pays basque, mais aussi de fondations, associations personnes privées. Nous menons une campagne de collecte de dons et subventions, nous allons également faire appel au mécénat d’entreprise.

 

J.S. – Vous avez aussi un rôle d’information ?

 

P.B. -  Il s’agit surtout de sensibiliser l’opinion publique et les pouvoirs publics sur la nécessité d’aborder cette question de l’insertion des prisonniers et des exilés dans des conditions dignes. Outre l’organisation de réunions, nous allons réaliser une vidéo de témoignages d’anciennes et d’anciens prisonniers sur les stigmates de la détention, et sur les difficultés rencontrées lors de la réinsertion. Nous voulons en faire un outil de communication grand public.

 

J.S. – Il y a encore des centaines de détenus liés au conflit au pays basque en Espagne et en France. Harrera va donc répondre aux besoins de ceux qui reviennent en Iparralde ?

 

P.B. – Je pense que le moment viendra ou, comme en Irlande, les pouvoirs publics et les institutions européennes contribueront à la réinsertion sociale et citoyenne des ex-détenus. Mais en attendant, nous devrons avec les soutiens les plus nombreux possible, pas seulement ici au Pays basque, servir la paix en poursuivant les objectifs qu’Harrera s’est fixé en mars 2013.

 

J.S. – Comment peut-on soutenir votre association ?

 

P.B. – Oui c’est important, car s’il est de l’intérêt de tous que les anciennes et les anciens prisonniers politiques basques puissent s’insérer dans la société dans des conditions dignes, c’est aussi l’affaire de nous tous. Toutes les aides sont les bienvenues, en envoyant des dons au siège de Harrera, mais aussi lorsque c’est possible en contribuant à leur trouver un logement ou un travail en Iparralde.

 

Jaun andereak egun on,
 
Gaurko egoera denentzat korapilatsua eta nekea izanik ere, espero dugu aurten berriz, zuen laguntza errepikatuko duzuela, erbeste eta kartzelatik itzultzen diren euskal militanteak sustengatzeko.
Badakigu hainbeste urteren buruan, herrirat itzultzea ez dela nahikoa libre izateko. Osasuna, etxebizitza, diru iturriak, lana, betebehar administratibo eta juridikoak, eta bistan dena harreman-sarea, berriz eraiki behar dira aitzinerat segitu ahal izateko. Urrats hauen bideratzeko beharrezkoak diren baliabideak biltzea du xede, Askatasun gosez ekimenak.
 
Mezu honen bidez eskatzen dizugun 50€-ko laguntzaren eskertzeko, Euskal Herriko 7 herrialdeetako 13 mozkinekin osatu dugu Askatasun Gosez saskia. Saskia galdatzeko epea gaurtik aitzina eta ekainaren 4era arte zabaldua da. Saskia haatik ekainaren 26an helaraziko dizugu. Aitzineko ekimenean 20.000€ eman genizkion Iparraldeko Harrera-ri, diru sartze hau ezinbestekoa zaio gaur egun ere, preso eta iheslari ohiei berehalako laguntza bermatzeko.
 
Besterik gabe, gure esker beroenak helarazten dizkizuegu eta zuekin kondatzen dugu email hau zuen sareetara hedatzeko. Paperez igor dezakezue eskaera edo azpiko lotura honetan klikatuz. Informazio gehiagorentzat deitu Amaia 06 17 93 04 05
 
Kanpaina sustengatu, saskia eskatu, hemen klikatuz
 
fichier pdf Askatasun gosez 2021.eus
 
Malgré un contexte que nous savons difficile pour tous et toutes, nous comptons à nouveau sur vous, pour constituer un fond de soutien aux militant(e)s basques revenant de prison ou d’exil. Au bout de tant d’années, il faut plus qu’un retour au pays pour se sentir libre. Santé, logement, revenus, travail, sans oublier les démarches administratives et juridiques et la nécessité de recréer du lien social, sont autant de chose à remettre en place pour pouvoir aller de l’avant.
 
Notre contribution à nous, est de trouver des sources de financement pour faciliter cette période de transition. En remerciement d’une contribution solidaire de 50 euros que nous sollicitons par ce courrier, vous recevrez le panier Askatasun gosez, composé de 13 produits de qualité venant des 7 provinces du Pays basque.
 
Vous pouvez commander le panier Askatasun gosez à partir d’aujourd’hui jusqu’au 4 juin, la livraison du panier se fera le 26 juin.
La campagne précédente nous a permis de reverser 20.000€ à Iparraldeko Harrera, cette entrée d’argent reste fondamentale pour cette association.
Nous vous remercions par avance de votre participation et vous demandons de diffuser ce message à vos contacts. Vous pouvez nous envoyer votre commande par courrier ou en cliquant sur le lien ci dessous. Pour plus d’info : Amaia 06 17 93 04 05
 

Cliquez ce lien pour soutenir la campagne et recevoir le panier

 
 

 

(1) Association HARRERA        4 rue des Lisses 64100 Bayonne      iparraldekoharrerataldea@gmail.com

 

 

 

 

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antifaantifaLa police espagnole tente de faire reculer des manifestants antifascistes, à Madrid, le 7 avril 2021.  

Manifestation antifasciste à Madrid : affrontements et arrestations

Une manifestation de 2000 personnes s’étaient rassemblées à Vallecas le 8 avril, quartier du sud de Madrid pour s’opposer à la tenue d’un rassemblement électoral du parti d’extrême droite Vox. Un quartier populaire et marqué à gauche. Les manifestants antifascistes auraient lancé divers projectiles en direction de la police présente en nombre pour protéger les fascistes de VOX, provoquant une charge dans le but de disperser les antifascistes. Il s’en est suivi des affrontements qui aurait fait selon les déclarations de la police : 21 blessés du côté policier (dont 10 soignés à l’hôpital pour des blessures légères) et 14 personnes du côté antifasciste. Il y’aurait par ailleurs eu 4 arrestations suite à ces affrontements.

 

 

Giuliano Cavaterra : “La société d’Iparralde a été violemment secouée”

Le livre publié cette fin de mois par MEDIABASK* revient sur le contexte dans lequel des militants basques de nationalité française s’engagent dans ETA, dans les années 70. Son auteur, Giuliano Cavaterra, relève l’importance de la mémoire dans la résolution du conflit.

 

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Giuliano Cavaterra. © Guillaume Fauveau

Pourquoi avez-vous écrit un livre sur les membres du commando Argala ?

Giuliano Cavaterra : Je m’intéresse aux quatre militants basques de nationalité française toujours incarcérés, après plus de trente ans, accusés d’avoir intégré ce commando. Mais plus que leur histoire, je raconte les cinquante dernières années de conflit violent en Pays Basque. J’essaie de comprendre pourquoi quatre citoyens du Pays Basque Nord se sont engagés dans ETA. Quel est le fond historique, social et politique qui explique l’engagement de ces jeunes gens dans la lutte armée ? S’ils avaient vécu en Seine-et-Marne, leur trajectoire n’aurait pas été la même. C’est une histoire… ce sont des histoires qui pour beaucoup ont été oubliées. Je pense au contexte des années 1970, en Pays Basque Nord et Sud, à la guerre sale. Non seulement c’est une histoire oubliée, mais en plus, on ne la raconte pas.

En quoi l’arrestation de ces personnes a-t-elle été un choc ?

Il n’y avait pas, jusqu’alors, de militant du Pays Basque Nord accusé de faire partie d’un commando armé. C’étaient des personnes d’un âge mûr, des pères de famille, loin de l’image qu’on avait du militant d’ETA. Tout le monde a été sidéré. Les abertzale mêmes ne s’attendaient pas à cela. Jusque-là, les personnes mises en cause dans des affaires liées à ETA au Pays Basque Nord étaient des personnes qui rendaient de menus coups de main. Pour la police aussi, cela a été une surprise.

La société entière d’Iparralde a été violemment secouée parce que les personnes arrêtées se retrouvaient dans toutes ses composantes. Il ne s’agissait pas de gens en rupture. L’un était moine, cela a ébranlé l’Eglise catholique qui avait un poids très important en Pays Basque. Un autre était ancien syndicaliste et ancien membre du PCF, cela a donc touché ce monde-là. Un autre encore était très impliqué dans une peña bayonnaise et avait des amis dans d’autres peñas « historiques”. Un facteur de Saint-Jean-de-Luz a été mis en cause sur le coup… Par ricochet, cela a touché un peu tout le monde. Neuf personnes condamnées pour cette affaire sont du Pays Basque Nord, il y a en tout 17 ou 18 gardes à vues, sans compter tous les gens convoqués pour interrogatoire, et onze personnes sont placées en détention provisoire. Cela montre la dimension de l’affaire.

Quelles ont été vos sources ?

Je ne me suis pas engagé dans un livre de témoignages parce que je devais plutôt raconter le contexte. J’ai donc essentiellement consulté les journaux de l’époque et beaucoup de livres, ainsi que quelques documents universitaires.

Concernant les témoignages, y a-t-il encore des tabous ?

Pour certaines personnes, des tabous non, mais c’est un sujet sensible. Elles n’ont pas eu envie de parler de cette période. Il y a aussi le risque de conséquences judiciaires qui est à prendre en compte.

Pourquoi avez-vous fait le choix de ne pas rentrer dans les faits reprochés ?

J’en parle très peu effectivement, parce que les faits sont connus. Finalement, la partie sur les faits qui leur sont reprochés et pour lesquels ils ont été condamnés est la plus connue de l’affaire. Il y a, à l’inverse, tout un tas d’événements pour lesquels il est difficile de trouver des informations, cela concerne la guerre sale. J’y ai passé plus de temps.

L’autre raison est que toutes les personnes incriminées l’ont été suite à l’arrestation d’Unai Parot sur le territoire espagnol pour laquelle il a dénoncé avoir été torturé. Lors de leurs procès, il n’a pas été possible de faire témoigner Unai Parot car en correctionnel, l’Espagne a refusé de le mettre à disposition de la Justice française. Il était pourtant une des pièces principales du dossier. Quant aux Assises, les magistrats français n’ont pas jugé bon de le faire venir parce qu’entre temps, Parot avait été débouté de ses recours pour les faits de torture, sa plainte initiale s’étant « perdue ». Aujourd’hui, il y a une vérité judiciaire, mais on ne sait pas jusqu’à quel point elle correspond aux faits.

Que dit l’histoire de ces militants du contexte de l’époque ?

Ils appartiennent à une génération née dans l’après-guerre à qui, souvent, on n’a pas transmis l’euskara, et elle veut comprendre pourquoi. Sans parler qu’on assiste partout dans le monde à un réveil des identités nationales. Il y a aussi un fond social avec une désindustrialisation massive du Pays Basque Nord qui arrive dès les années 60. A côté de cela, des élus ne jurent que par le tout tourisme pour compenser ce phénomène. Ce qui ne permet pas aux jeunes de travailler à l’année au pays. Dans les années 70, apparaît le slogan « Vivre et travailler au pays ». Cela s’accompagne par l’émergence d’une conscience révolutionnaire en Europe. Il y a des mouvements sociaux très forts, y compris au Pays Basque Sud malgré le franquisme. Il y a un espoir de changer le monde, de construire une société plus juste.

En quoi le franquisme a-t-il eu une influence sur leur parcours ?

Le franquisme a été une dictature violente et s’est attaqué d’autant plus violemment aux minorités nationales. La naissance d’ETA ne serait sans doute pas intervenue dans un contexte moins violent et, sommairement, il n’y aurait pas eu de commando itinérant. Ensuite, de nombreux militants du Pays Basque Sud ont fui pour venir s’installer ici et des relations se sont donc tissées avec les militants du Nord, une génération ayant reçu une éducation anti-fasciste.

Ensuite, certains faits ont marqué. Le procès de Burgos en est un. Pour beaucoup de personnes qui avaient un sentiment de basquitude, il a marqué le passage à l’action politique. Les manifestations ont rassemblé 10 000 personnes à Bayonne, son retentissement a été international. Par ailleurs, les cas de torture et la guerre sale ont alimenté le conflit, avec là des attaques directes contre la culture et la langue basques.

Vous évoquez les tensions au sein du mouvement abertzale. Pourrait-on dire que le choix que ces militants ont fait n’était pas une évidence dans ce contexte ?

Non, effectivement, la tendance la plus proche d’ETA, et l’organisation elle-même, étaient contre l’utilisation de la violence politique au Pays Basque Nord, mais la tendance qui est vite devenue majoritaire s’est structurée autour d’Iparretarrak. Des contradictions fortes sont apparues. Mais les membres du commando Argala ont, pour la plupart, au moins une partie de leur famille du Pays Basque Sud. Ensuite, il y avait tellement d’actions de guerre sale contre les réfugiés que les militants, dont ceux du Nord, avaient décidé d’organiser des rondes et des liens se sont tissés.

En quoi ce livre est-il engagé ?

Il est engagé dans le sens de la résolution du conflit violent et cela passe par le récit partagé. Pour l’instant, on n’y est pas, on est plutôt dans la guerre des récits. De la propagande qui occulte une partie de l’équation. Il faut également traiter la question des prisonniers de façon juste et équitable. Ici, nous nous retrouvons avec quatre personnes en prison depuis 30 ans, pour ceux qui sont dans l’Etat français libérables depuis une dizaine d’années, remplissant tous les pré-requis pour une libération conditionnelle, à tel point que leur demande est acceptée en première instance. Concernant Unai Parot, il aurait déjà dû être libéré mais on a tordu le droit pour le maintenir en prison. Dans l’Etat espagnol, seul 10 % des détenus accomplissent entièrement la peine, du fait des remises de peine, des aménagements de peine. Dans ce pourcentage se trouvent les prisonniers basques. Cela démontre que c’est une question, plus que de justice, de volonté politique.

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« Au cœur du conflit basque. Pourquoi des citoyens du Pays Basque Nord ont intégré l’ETA ? »

 

1 avril 2021

CSPB 30 03 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 17 h 43 min

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Dans le résumé de l’émission, Etxerat et la situation des prisonniers, Kutxa Bira la boîte à rêves, les migrants ouvrent les frontières, Telesforo Mozon, leader politique basque, Hippolyte Lissagaray et la commune de 1871, l’association Bizi livre ses tops et flops, Gabi Mouesca, Oier Oa rejette la proposition du procureur, 1 livre pour soutenir l’OIP, une politique linguistique en faveur du basque à Hendaye et Itxatsou, Mumia Abu Jamal, des manifestations à Bayonne en soutien aux teufeurs qui risquent 10 ans de prison refus de transférer des prisonniers corses et enfin la Birmanie et les abus de l’armée contre le peuple. Playlist: En Tol Sarmiento – Ametsetan, ESNE BELTZA. _Quien manda Ft Mala Rodriguez & Fermin Muguruza, Gure kaiola (GLAUCOMA), HUNTZA _Deabruak Gara, Vendetta – Hemen

 Lissagaray

LISSAGARAY Hippolyte, Prosper, Olivier

Né le 24 novembre 1838 à Auch (Gers), mort le 25 janvier 1901 à Paris (IXe arr.) ; célibataire. Ni membre, ni officier, ni fonctionnaire de la Commune, précise-t-il lui même ; mais l’un des plus célèbres parmi ses défenseurs et ses historiens.

La famille de Lissagaray, d’origine basque, appartenait à la bonne bourgeoisie et lui-même était cousin du député bonapartiste Paul de Cassagnac. Il fit de fortes études classiques et couronna son éducation par un voyage en Amérique ; puis il s’installa à Paris en 1860 au moment où le second Empire amorçait un tournant politique. Ses activités furent à la fois littéraires et politiques ; donnant une conférence sur Musset, le 29 février 1864, il condamna le poète au nom de la morale et souhaita une jeunesse « austère et grave [...] car nous n’avons plus le temps d’être jeunes ». Ces conférences de la rue de la Paix (rue Cadet) constituaient une sorte d’Université populaire ; elles furent éphémères, comme sa Revue des cours littéraires. Les campagnes électorales ou politiques de la fin de l’Empire apportèrent un renouveau à son activité : fondation du journal L’Avenir à Auch (Gers), le 15 août 1868 ; duel avec son cousin Paul de Cassagnac qui défendait l’Empire avec la même fougue que Lissagaray se faisait le champion de la République ; condamnation, le 5 novembre 1868, à Auch, à 2 000 F d’amende pour diffamation ; procès de presse et condamnation à un mois de prison, le 19 décembre suivant, pour « excitation à la haine du gouvernement » ; collaboration au journal parisien La Réforme de Vermorel, tandis que les condamnations se multipliaient : Auch, le 16 janvier 1869, un mois de prison pour délit de presse et 2 000 F d’amende ; le 28 du même mois, 1 200 F d’amende pour le même motif ; le 30 octobre 1869, à Paris, 500 F d’amende pour provocation et violences ; le 26 novembre 1869, à Paris, un mois de prison pour avoir contrevenu à la loi sur les réunions publiques ; le 24 décembre 1869, à Auch, huit jours de prison pour coups ; le 31 décembre 1869, à Paris, deux mois de prison après une réunion. Lissagaray passa à Sainte-Pélagie tout le premier trimestre de 1870 et en sortit pour prendre part à la campagne antiplébiscitaire et participer à des réunions, rue Dieu ou aux Folies-Bergère ; de nouveau, il fut frappé, le 14 mai 1870 à Auch, de six mois de prison et 2 000 F d’amende pour offenses envers l’empereur. Ayant, dans une réunion publique, exalté le geste de Mégy qui avait tué le policier venu l’arrêter, et celui des soldats mettant crosse en l’air quand ils recevaient l’ordre de tirer sur le peuple, il préféra gagner Bruxelles où il arriva le 10 mai tandis qu’on le condamnait à Paris, le 28 mai, à un an de prison…

L’Empire s’écroulant, Lissagaray revint à Paris et se mit à la disposition de Gambetta qui le nomma commissaire de guerre à Toulouse où il organisa en novembre, avec son ami Georges Périn, un camp militaire. Le 10 janvier 1871, il était à l’armée du général Chanzy en qualité de chef d’escadron d’état-major quand l’armistice fut signé. Le 18 mars, il vint aussitôt à Paris, mais « ni membre, ni officier, ni fonctionnaire, ni employé de la Commune », il fut exclusivement journaliste, publiant les six numéros de l’Action (4 au 9 avril) et plus tard le Tribun du Peuple (17 au 24 mai). Il prit part alors, du 25 au 28 mai, à la bataille de rue, sur les barricades du XIe arr. puis à Belleville. Ayant réussi à gagner la Belgique, puis l’Angleterre, il vécut du commerce des beurres, de leçons, de conférences. Il publia à Bruxelles ses ouvrages sur la Commune (1871, 1873, 1876 — voir œuvres) ; en 1872, il aurait assisté au congrès de La Haye et peut-être les comptes rendus du Rappel étaient-ils de lui ; la même année, la police le disait assidu aux réunions du Cercle d’Études sociales, Francis Street, à Londres. En 1873, il serait venu à Paris voir Paul Arène ; en 1875, il alla à Jersey. Depuis 1874, on le disait assidu auprès de la troisième fille de Karl Marx, Eleanor, dite « Tussy » ; on parlera encore de ces projets matrimoniaux en 1882… mais Lissagaray demeurera célibataire (Eleanor, née en 1856, épousera Edward Aveling en 1891 et mourra, la même année que son mari, en 1898).

Le 3e conseil de guerre avait condamné Lissagaray, par contumace, le 18 juin 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée — son dossier manque aux archives du ministère de la Guerre — et il figura seulement sur les dernières listes d’amnistiés, le 14 juillet 1880. Sa pensée, durant les neuf années d’exil, avait évolué du radicalisme démocratique au socialisme ; et, de Londres, en octobre 1879, il adressa, avec un groupe de Communards exilés, ses encouragements aux participants du congrès ouvrier socialiste de Marseille (cf. c. rendu du congrès, pp. 378-386). Mais ce Basque que ses amis Gérault-Richard et Amilcare Cipriani, dans les articles nécrologiques qu’ils lui consacrèrent dans la Petite République, en janvier 1901, qualifiaient de « hautain, cassant, fier, autoritaire, dominateur et batailleur » — ce qui gâta parfois ses admirables qualités — fut essentiellement un franc-tireur de la Sociale, avant et après la Commune, ne s’inscrivant ni à l’Internationale qui, pourtant, abrita des courants divers, ni, après la Commune, au Parti ouvrier français de Guesde ou à la Fédération des Travailleurs socialistes de Brousse. S’il eut des affinités avec les blanquistes anticléricaux, patriotes et partisans du coup de main, il ne put admettre leur organisation centralisée ; et si les anarchistes lui plurent par leur permanente référence à la liberté, il voulut, plus éclectique, recourir à tous les modes d’action, y compris au bulletin de vote — lui-même tenta en vain à plusieurs reprises de l’élection — et il alla jusqu’à faire figurer sur une liste de candidats recommandés par la Bataille en 1885, le libertaire Élisée Reclus, auteur du slogan « Voter, c’est abdiquer ».

Après son retour d’exil comme dans la proscription, Lissagaray poursuivit le même combat, avec la même fougue, que ce soit contre Boulanger ou pour Dreyfus, combat haut en couleur, ponctué de condamnations et de duels. Son tempérament bouillant lui valut, en sus de ses duels, quelques nouvelles condamnations : le 3 août 1883, à Paris, quinze jours de prison, le 3 juillet 1884, à Saint-Dié, trois mois de prison et 100 F d’amende ; le 30 juin 1886, à Paris, 200 F d’amende…

Debout ! tel nous apparaît Lissagaray et tel il s’est lui-même caractérisé en faisant figurer ce mot sous le buste qu’il offrait en prime aux lecteurs de sa Bataille. Mais, si cet inclassable, libertaire et autoritaire tout à la fois, fut aux avant-postes des luttes sociales, sa nature trop rebelle l’empêcha de donner toute sa mesure ; toutefois il a laissé une œuvre, une grande œuvre, l’Histoire de la Commune de 1871…

Il mourut à soixante-deux ans d’une douloureuse laryngite, à son domicile, 43, rue Richer (IXe arr.) et fut incinéré au Père-Lachaise le 27 janvier 1901. Mille à deux mille personnes accompagnèrent sa dépouille. Ses cendres furent déposées dans la case portant le numéro 1385.

Un monument lui est dédié à Auch, toujours visible dans le Jardin Ortholan depuis 1903. La rue longeant le jardin, l’école maternelle publique et le quai la longeant en rive droite du Gers entre le pont du Prieuré et le passage Saint-Pierre portent son nom. Des voies ou infrastructures d’autres villes sont également nommées en son honneur comme le boulevard de Lissagaray à Valence-sur-Baïse, la rue Lissagaray à Saint-Étienne, ou le parc Lissagaray au Havre.

POUR CITER CET ARTICLE :

https://maitron.fr/spip.php?article24869,

notice LISSAGARAY Hippolyte, Prosper, Olivier par Jean Maitron, version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 30 juin 2020.

 

commune 

 

LISSAGARAY

 


Il crée l’Action dans lequel, Lissagaray; refuse toute conciliation avec le « Triumgueusat » : Favres, Thiers et Picard puisque « qu’il n’y a qu’une autorité, celle de la commune »,dénonce l’inexistence de généraux et de jeunes chefs et l’incapacité des députés, veut l’interdiction des journaux anti-commune contrairement à Vallès, réclame le programme de la commune : « Nous avons le droit d’être impatients du programmes de la Commune. Plus le dangers est grand, plus ce programme devient nécessaire. […] Que la France,… apprennent au plus vite pourquoi Paris se bat: Voilà votre premier devoir, hommes de la Commune. ». Il souhaite que « que les intérêts des paysans rejoindront ceux des ouvriers si l’éducation peut s’étendre dans les campagnes ». Seul 6 numéros paraissent en deux semaines et L’Action cesse le 9 avril. Le reste du temps, il est avec son fusil sur les remparts. Il crée ensuite le Tribun du Peuple qui sort en continu du 17 mai au 24 mai 1871. Ces derniers écrits dans le journal sont « Au feu maintenant ! Il ne s’agit plus de crier « Vive la République ! » mais de la vivre ! ».

Et Lissagaray, « dernier soldat de la Commune réussissait à s’échapper » de la dernière barricade ce dernier jour sanglant.
Recherché comme beaucoup de communards, il s’exile à Bruxelles où il publie les Huit journées de mai derrière les barricades, dont Jenny Marx rapportera, en décembre 1871 à Kugulman, que « A une seule exception près, tous les livres sur la Commune qui ont paru jusqu’à présent ne valent rien. Cette unique exception à la règle générale, c’est l’ouvrage de Lissagaray  »
De Belgique, il part rapidement pour l’Angleterre où il va rencontrer la famille Marx et Eléanor. Sans le sou, travaillant un peu à droite et à gauche, il organise des conférences ou y participe, collabore toujours aux journaux comme Le Rappel, Le Mot d’ordre ou Le courrier de l’Europe. Il soufflette René de Pont-Jest, journaliste du Figaro pour son article fallacieux sur les communards à Londres. Il écope d’une amende et d’un avertissement. Puis, dans le même temps, il entreprend « de raconter la Commune ».
En 1876, après de longues recherches journalistiques et historiques, il publie L’histoire de la commune de 1871, éditée à Bruxelles par Henry Kistemaeckers, mais interdite en France et diffusée sous le manteau. Eleanor Marx, fille cadette de Karl Marx, s’est éprise de lui lors de son exil à Londres, de 1871 à 1880. C’est Eleanor qui va ainsi traduire l’Histoire de la Commune de 1871 en anglais.

 

Jeunesse difficile

Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray est né de l’union de Laurent Prosper Lissagaray, pharmacien à Toulouse, âgé de plus de 50 ans, et de Marie-Louise Olympe Boussès de Foucaud. Il a un frère, HenriNote 1.

Son père meurt alors qu’Henri et lui sont encore petits. En 1847, la mère de Prosper Olivier, assigne en justice Bernard-Adolphe de Cassagnac pour obtenir le remboursement du prêt qu’avait contracté son défunt mari pour sauver la propriété et l’entreprise des gentilshommes verriers2. Dans un premier temps, la famille Lissagaray avait apporté une dot considérable à la famille Cassagnac pour le mariage de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac et d’Ursule Lissagaray, la tante de Prosper Olivier. Ce fut insuffisant. Laurent Prosper Lissagaray contracte donc un prêt pour les Cassagnac tout en hypothéquant ses biens. C’est ainsi qu’après la mort de son mari, Marie-Louise fit un procès à la famille Cassagnac pour rembourser le prêt devenu trop lourd pour elle et ses enfants. Mais, elle n’obtient pas gain de cause. C’est ainsi que Lissagaray reste en conflit permanent avec ses cousins Cassagnac.

Lissagaray rentre au collège d’Aire-sur-l’Adour dans ces conditions difficiles. En seconde, il y fait ses premières armes littéraires sous la houlette du professeur de littérature l’abbé Légé, « maigre, pâle et toussant comme un phtisique, un parfait homme de lettres »3. Celui-ci divise ses élèves en deux camps : classiques et romantiques. Prosper compte au nombre de ces derniers. Il écrit ainsi, à quinze ans, avec son camarade Paul Lacome d’Estalenx un roman médiéval Les Mystères des Croisades, histoire de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine. Après le baccalauréat, Prosper ne voit plus Paul, ni ses camarades de collège, mais il garde – écrit-il – « au fond du cœur un endroit où tous vivent »Note 2.

Des Lettres aux armes

Ses conférences littéraires à Paris

En 1860, il s’installe à Paris après un voyage en Amérique. Il dirige une société littéraire à but non lucratif du type des Entretiens et Lectures4 d’Albert Le Roy. Lissagaray et Juette deviennent les fondateurs des conférences publiques avec les conférences de la rue de la Paix. Il écrit une Revue des études littéraires destinée aux scolaires.

1864, conférence houleuse sur Alfred de Musset5, mort en 1857 et très populaire. Pour Lissagaray, Musset « est un homme sans opinion, sans conviction, sans principes, qui prétend incarner dans lui-même l’esprit de cette époque ». Il y dénonce les côtés vicieux et débauchés du poète et de ce fait n’est point un modèle pour la jeunesse : « Nous n’avons plus le temps d’être jeune. Soyons vieux à vingt-cinq, si nous ne voulons pas être serfs à trente… ». Conférence mal accueillie même de par la jeunesse, il publie donc son texte Alfred de Musset devant la jeunesse pour que nul ne l’oublie.

Un Avenir pour la République

1868, engagement contre l’Empire et le 15 août, création du journal L’Avenir à Auch qui veut « rallier dans le Gers toutes les forces éparses du grand parti de la révolution… » dont la ligne est :

  1. le « droit de réunion et d’association » et « la presse, la parole et la conscience libres »,
  2. « les élections loyales… », « la responsabilité effective » des agents d’Etat,
  3. « la suppression des emplois publics et des monopoles », puis « des octrois »,
  4. « la séparation de l’Eglise et l’État », « l’instruction gratuite et obligatoire »,
  5. « le rachat de la dette », puis « la suppression de l’armée permanente »,
  6. Et, « la paix qui ne peut résulter du libre accord des démocrates. ».

Le 30 août 1868, un duel à l’épée s’engage avec victoire de Paul de Cassagnac, son cousin germain6. Ses premières cibles sont effectivement les Cassagnac, notables, bonapartistes et députés du Gers.

1869, L’Avenir à Auch devient le Journal démocratique du Gers et des Hautes Pyrénées à partir du no 93 (3 août 1869). Installé à Paris, Lissagaray collabore à La Réforme de Malespine d’octobre au novembre sans pour autant quitter son journal du Gers.

La Marseillaise et La République

 prison

 

 

 

 

La prison Sainte-Pélagie.

1870, Il crée avec Henri Rochefort La Marseillaise en janvier. Dès le 4 janvier, les condamnations pleuvent : une pour duel à Auch et une à la prison Sainte-Pélagie pour « offenses envers les personnes de l’empereur et de l’impératrice », même si c’est effectivement Émile Ollivier qui aurait dû l’être.

En prison, il écrit Jacques Bonhomme – Entretiens de politique primaire. Il y dénonce également dans L’Avenir le meurtre de Victor Noir. Une émeute « trop prématurée » est évitée par l’intervention de Rochefort lors des obsèques du jeune Victor, ce qui vaut la démission de Jules Vallès. Suit une arrestation de tous les rédacteurs de La Marseillaise qui rejoignent Lissagaray. « Dans l’impossibilité d’envoyer des articles à L’Avenir, à Auch ; encore moins de le diriger », il quitte son journal du Gers.

Libéré, le 6 avril, il prend part aux réunions publiques contre le plébiscite de Louis-Napoléon. Puis, les amendes et deux nouvelles condamnations de prison « envers l’empereur » à Auch tombent de nouveau. Sans attendre, le 10 mai, il s’exile pour 3 mois à Bruxelles.

Il rentre à Paris avant la révolution du 4 septembre 1870, qui proclame la République et met en place le Gouvernement de la Défense nationale.

Il est nommé chef de cabinet de Clément Laurier, avocat proche de Gambetta devenu directeur général du personnel au ministère de l’Intérieur. Il accompagne Laurier à Tours auprès de la délégation gouvernementale. En octobre, Gambetta nomme Lissagaray commissaire de la guerre à Toulouse pour lever un corps de francs-tireurs. Puis, avec le Commandant Major Jay, il monte un projet de camp d’instruction accepté par Gambetta, le 3 novembre. Le 14 janvier 1871, « afin d’être au plus près du feu », il est nommé chef d’escadron d’état-major auxiliaire auprès de l’armée de la Loire du général Chanzy. Il semble que Lissaragay n’exerça jamais cette fonction7.

De la Commune à l’histoire

 

Il crée ensuite le Tribun du Peuple qui sort en continu du 17 mai au 24 mai 1871. Ses derniers écrits dans le journal sont « Au feu maintenant ! Il ne s’agit plus de crier « Vive la République ! » mais de la vivre ! ».

Il a été souvent écrit que Lissagaray aurait été le « dernier soldat de la Commune [qui] réussissait à s’échapper » de la dernière barricade le dernier jour sanglant. « On peut douter que Lissagaray ait beaucoup vu de ce dont il fait le récit, et de sa réelle présence au combat ou sur les lieux qu’il décrit. Lui-même n’atteste avoir été présent qu’en visite aux fronts trois jours avant la Semaine sanglante. »9

De l’exil, de l’aventure et de l’histoire

Recherché comme beaucoup de communards, il s’exile à Bruxelles où il publie les Huit journées de mai derrière les barricades, dont Jenny Marx rapporte, en décembre 1871 à Kugulman, que « À une seule exception près, tous les livres sur la Commune qui ont paru jusqu’à présent ne valent rien. Cette unique exception à la règle générale, c’est l’ouvrage de Lissagaray »10.

 eleonor

 

 

 

 

 

Eleanor Marx.

De Belgique, il part rapidement pour l’Angleterre où il rencontre la famille Marx et Eleanor. Sans le sou, travaillant un peu à droite et à gauche, il organise des conférences ou y participe, collabore toujours aux journaux comme le Rappelle Mot d’ordre ou le Courrier de l’Europe. Il soufflette René de Pont-JestNote 4, journaliste du Figaro pour son article sur Les Communards à Londres, jugé fallacieux par Lissagaray. Il écope d’une amende et d’un avertissement. Puis, dans le même temps, il entreprend « de raconter la Commune ».

En 1876, après de longues recherches journalistiques et historiques, il publie l’Histoire de la commune de 1871, éditée à Bruxelles par Henry Kistemaeckers, mais interdite en France et diffusée sous le manteau. La publication de la traduction anglaise par Eleanor Marx de l’Histoire de la Commune de 1871 se fait en 188611.

Dans la bataille sociale et républicaine

1880, le 11 juillet, le Parlement vote l’amnistie des communards, demandée depuis longtemps par Victor Hugo et Georges Clemenceau parmi d’autres. C’est le retour de Lissagaray à Paris. La première chose est de demander rétractations et excuses de René de Pont-Jest pour son article sur les Communards à Londres, paru quelques années auparavant. De Pont-Jest refuse, Lissagaray demande réparation par les armes. De Pont-Jest refuse encore, c’est par la plume que Lissagaray lui assigne une touche dans Le Rappel du 25 juillet 1880.

La bataille, politique et sociale journal révolutionnaire

1881, il crée La Bataille, politique et sociale tant bien que mal dont le premier numéro paraîtra le 10 mai 1882. À ses débuts les collaborateurs broussistes ont voulu le diriger et faire un journal de cette chapelle, mais sans y parvenir. Ensuite, le propriétaire du journal décide en 1882 de le fusionner avec Le Citoyen dirigé par Jules Guesde et « le lâche Paul Lafargue » : C’est Le Citoyen et la Bataille. Mais la collaboration est impossible, d’une part en raison des petites rancœurs entre Lafargue et Lissagaray, d’autre part, parce que les journalistes guesdistes ne veulent pas de Lissagaray comme rédacteur en chef, évinçant ainsi Paul Lafargue de cette tâche. Avec toute cette cacophonie territoriale Le Citoyen disparaît. Lissagaray reprend les rênes de La Bataille tout court.

C’est un de ces évènements que Engels rapporte à Édouard Bernstein dans sa lettre du 2 novembre 1882 :

« Quand vous ne cessez de répéter que le « marxisme » est en grand discrédit en France, vous n’avez en somme vous‑même d’autre source que celle‑là – du Malon de seconde main. Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste ». Mais si Le Citoyen a tiré l’été dernier à 25 000 exemplaires et acquis une position telle que Lissagaray a mis en jeu sa réputation pour la conquérir, cela semble tout de même contredire quelque peu ce prétendu discrédit12. »

Ainsi, La Bataille est ouverte « à tous ceux qui veulent la suppression des classes et travailler à l’émancipation des travailleurs », c’est-à-dire à toute diversité et disparité du mouvement socialiste. Cette union révolutionnaire lui vaut les reproches de Vallès dans son premier Cri du peuple de novembre 1883. Cependant, le journal est le premier journal socialiste révolutionnaire avant Le Cri .

« La Bataille n’ignore pas qu’elle est le seul journal révolutionnaire de Paris, le seul qui se refuse à toute intrigue et qui se moque aussi bien du roi Jules Ferry que du dauphin Clemenceau, ignoré, renié ou combattu par tous les politiciens, même du socialisme; n’ayant aucune préoccupation, pas même celle du tirage; ne visant qu’au cœur et non aux théâtrales guenilles. »

1886, le 23 janvier, la concurrence du Cri et des journaux radicaux font disparaître le journal. C’est Le Radical d’Henri Maret qui prend la suite.

Lissagaray écrit anonymement le livre de fiction historique Plus d’Angleterre, qui a remporté un succès.

1887, le 3 décembre, il organise une manifestation sous le nom des « fédérés de la rive gauche » contre Jules Ferry aux élections présidentielles.

Face au général Boulanger

1888, le 25 mai, face au boulangismeClemenceauNote 5,

La Bataille réapparait, en janvier 1889, non plus pour la défense des travailleurs, mais pour le sauvetage de la République contre le boulangisme.

Joffrin et Ranc créent la Société des Droits de l’Homme et du Citoyen. Clemenceau en est le président, et Lissagaray le secrétaire général13. Lissagaray prend donc position contre le plébiscite du général Boulanger et les parlementaires de droite puis d’extrême-gaucheNote 6 en y dénonçant avec la gauche et le centre le césarisme de Boulanger. Mais le général Boulanger est admiré et plébiscité paradoxalement par certains communards blanquistes (Granger) ; par Henri Rochefort – qui devient comme Cassagnac une cible de choix avec une escarmouche en 1889, puis par des royalistes et des bonapartistes.

La Bataille reparaît donc jusqu’en avril 1892 jusqu’à la fusion malgré lui avec La Marseillaise.

Jusqu’à la dernière grande bataille

Lissagaray est également « Candidat aux élections législatives de 1885 et 1893 et à plusieurs élections partielles, non pour obtenir un siège, mais pour exprimer ses idées »14.

1893, il crée la Grande Bataille qui dénonce un gouvernement corrompu, le scandale de Panama, et de « l’abdication des socialistes parlementaires » qui « Autant que les autres partis républicains, le parti socialiste a besoin de se renouveler ».

Le journal s’arrête le 6 juin 1893. Lissagaray écrit encore des articles sous le nom de Jacques Bonhommes dans Le Germinal, dont le rédacteur en chef est Paschal Grousset jusqu’à sa fermeture le 6 septembre 1893.

Il dirige ensuite la revue La Vie algérienne et tunisienne pendant trois ans, mais il se consacre essentiellement à la réédition de l’Histoire de la Commune de 1871 qui paraît en 1896.

De mars 1899 à août 1900, il exerce anonymement la direction de la revue d’érudition l‘Intermédiaire des chercheurs et curieux, pour le compte de sa propriétaire, la générale Iung.

En 1901, à la suite d’une laryngite, le « mousquetaire de la Sociale » meurt à l’âge de 63 ans et est incinéré au Cimetière du Père-Lachaise en présence de deux mille personnes.

Hommages posthumes

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Stèle Lissagaray érigée à Auch dans le Jardin Ortholan.

 

  • à Auch :à Valence-sur-Baïse, un boulevard porte son nom (boulevard de Lissagaray) ;
    • en 1903, une stèle a été érigé à sa mémoire, dans le Jardin Ortholan ;
    • la rue longeant le jardin, l’école maternelle publique et le quai la longeant en rive droite du Gers entre le pont du Prieuré et le passage Saint-Pierre portent son nom ;
  • à Saint-Étienne, une rue porte son nom ;
  • au Havre, un jardin public porte le nom de parc Lissagaray.

 

 

Unai Parot va être rapproché à la prison de León, à 370 km du Pays Basque

La direction des services pénitentiaires de l’État espagnol a annoncé le vendredi 26 mars le transfert de six prisonniers politiques basques. Parmi eux, le Bayonnais Unai Parot, détenu depuis 31 ans.

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Manifestación en Donibane Lohizune por la libertad de Unai y Ion Parot, Xistor Haranburu y Jakes Esnal. (Bob EDME)

Manifestation à Saint-Jean-de-Luz pour la libération d’Unai et Ion Parot, Xistor Haranburu et Jakes Esnal. © Archives Bob EDME

Unai Parot est incarcéré à 1 020 km du Pays Basque, à la prison de Puerto III à Cadix. Mais dans un communiqué publié le vendredi 26 mars, le ministre de l’Intérieur espagnol a déclaré que le Labourdin serait rapproché à la prison de Mansilla à León, à 370 km du Pays Basque. Par ailleurs, le statut de prisonnier de second degré a été accordé au militant qui, en avril, aura accompli 31 ans de détention.

 

Son frère, Ion Kepa Parot, va lui aussi entamer sa 32e année de détention au mois d’avril. Détenu à la prison de Muret, en région toulousaine, le prisonnier âgé de 69 ans a été diagnostiqué positif à la Covid-19 le 18 mars dernier, alors qu’il est par ailleurs asthmatique. Le 22 mars devant la sous-préfecture de Bayonne, le mouvement Bake Bidea et les Artisans de la paix ont réclamé sa libération.

 

Un autre prisonnier basque va lui aussi quitter la prison de Puerto : Jose Mari Dorronsoro, transféré quant à lui vers Iruñea. Lorenzo Ayestaran a lui aussi vu son statut progresser et sera transféré d’Alicante à Soria, où sera également amené un second détenu, Oskar Zelarain, depuis Castelló. Les deux détenus vont passer du premier au second degré.

 

Deux prisonniers incarcérés à la prison de Picassente, à Valencia, vont être rapprochés vers celle de la capitale navarraise : Idoia Mendizabal et Jon Gonzalez. Ainsi, il ne restera plus que deux prisonniers politiques basques derrière les barreaux de Picassente.

 

Cinq transferts cette semaine

 

D’autre part, l’association Etxerat a informé que des rapprochements déjà prévus ont été effectués cette semaine. En effet, Ainhoa Garcia, Aitor Agirrebarrena, Jon Bienzobas, Jose Mari Novoa et Josu Ordoñez ont été transférés vers des prisons plus proches de chez eux.

 

En revanche, d’autres rapprochements annoncés par la direction espagnole des services pénitentiaires n’ont toujours pas eu lieu, au motif de contraintes liées à la pandémie de Covid-19.

 

Iñaki Arakama est au Pays Basque

 

Etxerat a également annoncé le rapprochement du prisonnier gasteiztar Iñaki Arakama. Celui dont la famille vit au Pays Basque Nord a été rapproché à la prison de Zaballa, à Gasteiz. Jusqu’à présent, il purgeait sa peine à Seville, soit à 1 000 km du Pays Basque. Iñaki Arakama est en détention depuis plus de 23 ans. En octobre 2013, il avait purgé les trois quarts de sa peine. Aujourd’hui, sa condamnation touche presque à sa fin.

 

Oier Oa refuse la proposition du procureur de la République

Le militant basque Oier Oa comparaissait le vendredi 26 mars devant le procureur de Bayonne. Ce dernier a proposé une peine de prison avec sursis de quatre mois que l’éducateur du lycée Bernat-Etxepare a refusée. La date de son procès n’est pas encore connue.

 

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Le militant basque Oier Oa a remercié les nombreux lycéens venus le soutenir devant le tribunal de Bayonne. © Guillaume FAUVEAU

Poursuivi pour non respect du fichier Fijait et l’interdiction du territoire français, le militant basque Oier Oa comparaissait le 26 mars au tribunal de Bayonne, accompagné de son avocate, Amaia Recarte. Il a pu compter sur le soutien de près de 200 élèves du lycée Bernat-Etxepare où Oier Oa travaille en tant qu’éducateur. Les jeunes étaient venus jusqu’au tribunal en musique. Egalement présents, entre autres, Anaiz Funosas, présidente de Bakea Bidea et Emilie Martin, artisan de la paix et Nikolas Blain, membre de la direction d’EH Bai.

Oier Oa était convoqué au tribunal de Bayonne vendredi matin à 10 heures, dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Le militant basque ayant reconnu les faits, tout l’enjeu pour lui et son avocate était de débattre sur la peine à infliger. Le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a proposé une peine de quatre mois de prison avec sursis. Oier Oa a refusé et son dossier sera porté, de fait, devant le tribunal correctionnel de Bayonne, à une date qui reste encore à déterminer.

« Nous n’avons pas eu de marge de manœuvre » estime son avocate, Amaia Recarte, qui juge sa peine « disproportionnée ». Selon elle, « cette décision ne prend pas en compte dans sa généralité la vie personnelle d’Oier Oa au Labourd ». L’avocate précise que la démarche classique est donc de transférer l’affaire devant le tribunal correctionnel. « Oier Oa pourra présenter plus longuement sa situation, mieux la contextualiser, et de façon plus sereine » estime l’avocate.

« Vous êtes le virus du Pays basque » : des messages contre les Parisiens placardés sur les murs

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Des messages de rejet sont apparus sur des murs du Pays basque, à Urrugne notamment. © Crédit photo : D. R.

Par Pierre Penin – p.penin@sudouest.fr

Les photos prises à Urrugne ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, dans le week-end. On y voit des affiches invitant les « Parisiens » à rentrer chez eux. Les auteurs, non identifiés, de cette action, ont diffusé une explication de leur geste

Depuis la fin de la semaine, plusieurs affiches sont apparues sur des murs d’Urrugne. Elles adressent un message violent en ces termes : « Parisiens, rentrez chez vous. Vous êtes le virus du Pays basque ». Et le slogan « Alde hemendik », dégagez d’ici, en basque. Des mots de rejet, sur fond de pandémie de Covid-19, qui semblent tournés vers les vacanciers venus de la capitale, comme vers ceux qui s’établissent localement.

Des photos de ces affichages ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Elles ont suscité de nombreuses réactions, le plus souvent indignées, pas toujours.

Longue explication

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C’est via ces mêmes réseaux que les auteurs de ces messages ont expliqué leur geste.

Cela dans un long texte, où ils assurent en préalable qu’ « il ne s’agissait pas de dénigrer tous les Parisiens ou Français venus s’installer en Pays basque ». Et de « rendre hommage » à ceux qui « ont su s’intégrer ».

Aux accusations de xénophobie, les auteurs répondent avec la terminologie de la gauche radicale abertzale (patriote, en basque) qu’ils sont engagés « contre le racisme et le fascisme, qu’il vienne des États français, espagnols, ou qu’il fasse irruption à Béhobie ». Allusion à la venue mouvementée, le 16 février, de la tête de liste du Rassemblement national, Edwige Diaz, dans la commune frontalière.

 

Le vrai débat…

Les rédacteurs déplorent les contraintes liées à la traversée de la frontière, d’une province basque à l’autre, « alors que les parisiens tout juste confinés peuvent parcourir 700 kilomètres et venir occuper leurs maisons secondaires ». Pointe ici la question complexe du logement au Pays basque. « De nombreuses personnes venues des quatre coins de la France ont accouru, les poches remplies, envahir notre marché immobilier », signent les militants. Mouvement exacerbé par la crise sanitaire.

 

 

 

Pays basque : une agence immobilière prise à partie après une publicité « malheureuse »

 

A Anglet, une agence immobilière Orpi s’est attirée la colère d’EH Bai avec une publicité « malheureuse ». Des militants ont manifesté devant l’établissement et discuté avec le directeur

Le fourre-tout conceptuel et les mots mal pesés ne doivent pas occulter le sujet social majeur : la difficulté de se loger au Pays basque, pour les classes populaires et désormais moyennes. L’épisode traduit un ressentiment sans doute plus partagé sur le fond que dans la forme employée.

Pays basque : une agence immobilière prise à partie après une publicité « malheureuse »

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La manifestation des militants d’EH bai à Larochefoucaud © Crédit photo : Chopin Jean Daniel

Par Pierre Penin

    

A Anglet, une agence immobilière Orpi s’est attirée la colère d’EH Bai avec une publicité « malheureuse ». Des militants ont manifesté devant l’établissement et discuté avec le directeur

Devant l’agence immobilière Orpi Larochefoucauld, à Anglet, cette banderole déployée : « Le droit au logement n’est pas secondaire ». Samedi matin, une vingtaine de militants d’EH Bai se sont positionnés devant l’établissement.

Une action pour dénoncer « le tract lamentable » diffusé par le professionnel dans les boîtes aux lettres voisines, en début de semaine. La publicité invite les propriétaires à vendre à « nos amis des grandes…

 

Pour que droits et dignité ne s’arrêtent pas au pied des murs

OIPAnnie ErnauxNathalie QuintaneMaylis De KerangalPhilippe ClaudelMarie DarrieussecqNancy HustonDavid Roch

 

À propos

Créée en 1996, la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP) se bat pour le respect des droits et de la dignité dans les prisons françaises et milite pour la réduction du recours à l’emprisonnement. En vingt-cinq ans, l’association est devenue un interlocuteur essentiel pour les détenus mais aussi pour l’ensemble des personnes qui s’intéressent à la question carcérale. Elle est par ailleurs une force de proposition respectée des institutions qui sollicitent régulièrement son analyse. Pourtant, alors que la prison reste un espace de non-droit, l’Observatoire n’a jamais été aussi peu soutenu financièrement par l’État. Au point que son existence est menacée.
C’est pour réaffirmer les valeurs qui sont au fondement de son action que des écrivains s’associent au combat pour sa défense. Leurs textes rappellent à quel point la prison hante nos consciences malgré les mécanismes d’occultation de sa dure et proche réalité. Chacun y raconte, dans une grande diversité de forme et de ton, son lien à ce lieu de relégation et dénonce le scandale de sa persistante inhumanité.
Les bénéfices de ce livre sont reversés à l’OIP

Bizi distribue ses Tops et ses Flops

Bizi ouvre l’œil et le bon, et lance une gazette « Hitza Hitz ? L’écho de la métamorphose ». L’association y publie des ‘Tops’ et des ‘Flops’, autant de mises en valeur et d’alertes sur des actions exemplaires ou contraires au Pacte de métamorphose écologique.

 

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La version papier, condensé de la version numérique, est disponible en français et en basque. © BIZI

Les sentinelles écologiques du comité Hitza Hitz de Bizi, qui suivent les engagements des Villes et de la Communauté d’agglomération Pays Basque en faveur de la métamorphose écologique du Pays Basque Nord, ont dévoilé leurs premiers résultats dans gazette.bizimugi.eu, une gazette papier et numérique. Au menu du bulletin d’information figurent différentes rubriques, qui peuvent aussi être consultées au fil des actualités sur les réseaux sociaux de l’association.

Bizi publie ainsi ‘Top : mise en valeur d’une action exemplaire d’une commune, ayant réalisé un engagement du Pacte de métamorphose écologique’ et ‘Flop : alerte sur une commune ayant réalisé une action contraire au Pacte’. Le bon élève du premier numéro est Villefranque « qui a adhéré à la monnaie locale complémentaire Eusko par un vote à l’unanimité lors du conseil municipal du 24 septembre 2020 », et le bonnet d’âne revient à Mauléon, dont le maire « s’est engagé à rendre cyclable l’ensemble des voies de circulation de sa commune en signant le Pacte [et] débute pourtant son mandat par un projet de suppression d’aménagement cyclable au pont du collège : une régression trois ans en arrière vers un double sens de circulation pour les voitures. »

Egalement un ‘Focus : présentation d’une décision ou projet à venir, qui pourrait tomber du bon côté (top) ou du mauvais côté (flop)’ , une rubrique ‘Le saviez-vous ?’, point pédagogique pour informer les élus et les citoyens des mesures ou des dispositifs qui pourraient être mis en place, une rubrique ‘Du côté de l’Agglo : perspectives ou présentation des grands projets structurants au niveau intercommunal’ , et enfin un ‘Portrait de sentinelle’, témoignage d’un membre du comité Hitza Hitz « sur sa mission et sa motivation ».

Sept thématiques

Bizi rappelle que, lors des élections municipales de juin 2020, 46 communes, représentant 62 % de la population du Pays Basque Nord (carte ici), se sont engagées, aux niveaux communal et communautaire, à mener les actions des sept thématiques du Pacte de métamorphose écologique : mobilités douces, énergies renouvelables, alimentation bio et locale, maîtrise de l’énergie, réduction des déchets, développement de l’eusko et déclinaison du Plan climat.

« Devant l’urgence climatique, les sentinelles écologiques du comité Hitza Hitz de Bizi ouvrent l’œil, dans leur commune et sur le territoire, pour que les actes suivent effectivement les paroles » prévient l’association, qui rappelle que durant tout le mandat, elle continuera « de vérifier que les orientations prises respectent ou non la parole donnée et s’inscrivent dans la métamorphose écologique nécessaire pour préserver un territoire soutenable et solidaire face aux bouleversements à venir ».

Les personnes qui souhaiteraient participer à ce suivi sont invitées à contacter le comité Hitza Hitz à l’adresse mail : hitzahitz@bizimugi.eu.

 

 

Du gros son contre dix ans de prison

Un cortège de 600 « teufeurs » a défilé samedi dernier à Bayonne pour défendre les organisateurs de la free party clandestine du Nouvel An qui risquent dix ans de prison, pour soutenir le monde de la culture et au passage protester contre la loi de sécurité globale.

 

gros son

La manifestation avait été déclarée en préfecture mais a surpris commerçants et chalands samedi après-midi. © DR

Parti vers 14 heures samedi dernier 6 mars de la place de la République à Bayonne, un cortège de 600 teufeurs a fait vibrer les rues de Bayonne en mode techno parade. Unis dans leurs revendications pour soutenir les organisateurs de la free party bretonne arrêtés le 2 janvier, pour la culture et la fête, et contre la loi de sécurité globale, le fichage, le flicage, et les drones qui surveillent les raves, ils réclamaient  « la liberté d’aller et venir sans être observés. »

« Dix ans de prison pour avoir fait danser des gens », se sont indignés les manifestants, soutenant les organisateurs de la « soirée » du Nouvel An qui avait rassemblé à Lieuron, en Ille-et-Vilaine, près de 2 500 personnes, du 29 décembre au 2 janvier dernier, faisant peu de cas des contraintes sanitaires. L’appel à se rassembler à Bayonne samedi avait été lancé par huit associations culturelles du Pays Basque, comme dans d’autres villes dans l’Hexagone.

« Le mouvement des free parties existe depuis bientôt trente ans et subit depuis une répression violente et disproportionnée, alors que les organisateurs cherchent des accords avec les communes et demandent des terrains pour être dans la légalité. En vain », ont dénoncé les organisateurs. « Nous sommes les Gilets jaunes, les migrants, les jeunes de quartiers, les zadistes… [...] Nous manifestons en musique et pacifiquement. Alors dansons et montrons combien notre envie de vivre est forte ! », a clamé le speaker avant de déployer 600 raveurs en manque de danse dans la paisible après-midi bayonnaise.

 

 

 Iñaki Urdangarin, l’époux de la princesse Cristina d’Espagne, travaille dans un cabinet d’avocats de Vitoria.

C’est un cliché que les photographes espagnols attendaient de prendre depuis le début de cette semaine. Ce jeudi 4 mars 2021, ils ont enfin pu immortaliser Iñaki Urdangarin entrant dans les locaux du cabinet d’avocats Imaz&Asociados à Vitoria. Celui-ci est le nouvel employeur de l’époux de la princesse Cristina d’Espagne, qui purge maintenant au Pays basque -sa région natale où vit sa famille-, sous le régime de la semi-liberté, la peine de 5 ans et 10 mois de détention qui lui a été infligée suite à sa condamnation pour corruption dans l’affaire Noos.

 

«El Correo» signale que le beau-frère du roi Felipe VI y a son propre bureau, «à l’écart du reste de ses collègues». Alternant présence sur place et télétravail, il effectuera, dans ce cabinet d’avocats spécialisé dans les opérations commerciales, fiscales et sociales, «des tâches de conseil et d’administration, ce qui lui permettra de réduire sa durée de condamnation», explique ce quotidien du Pays basque.

Iñaki est arrivé dimanche chez sa mère à Vitoria

L’ancien médaillé olympique de handball a rejoint son travail à vélo. «El Correo» signale qu’il en a justement acheté un, ce lundi 1er mars à 13h30, dans un magasin bien connu de la ville. Il était arrivé la veille, «caché sur la banquette arrière du van conduit par son beau-frère et avec sa petite sœur comme copilote», dans le lotissement de Vitoria où habite sa mère Claire Liebaert, indique le média. C’est chez elle que le cinquantenaire loge désormais le week-end, tandis qu’il couche quatre nuits chaque semaine dans le module résidentiel pour détenus en régime ouvert de la prison d’Alava à Zaballa, à un peu plus de 10km de là. Il y dispose, selon «El Correo», d’une cellule individuelle de 13m2.

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Iñaki Urdangarin arrive à vélo au cabinet d’avocats Imaz&Asociados à Vitoria, le 4 mars 2021© Europa Press / Bestimage

 

 

Hendaye devient une ville pionnière en matière de politique linguistique

La Ville d’Hendaye a voté à l’unanimité en faveur de la mise en œuvre du Protocole pour la garantie des droits linguistiques, décliné à l’échelle communale. Une première au Pays Basque.

La Ville d’Hendaye a voté ce mercredi 3 mars. © Guillaume Fauveau

Hendaye a franchi une nouvelle étape en matière de politique linguistique. Elle était déjà la première ville à avoir créé un poste de technicien de la langue basque au Pays Basque Nord, elle est la première à accepter la mise en œuvre de la Déclinaison communale du Protocole de garantie des droits linguistiques. Une décision prise à l’unanimité lors du conseil municipal du mercredi 3 mars. C’est la première municipalité du Pays Basque à passer des paroles aux actes.

Ce document, qui s’apparente à une boîte à outils, avait été présenté aux candidats en amont des élections municipales de 2020. Kontseilua et Euskal Konfederazioa, associations fédérant des structures qui œuvrent pour la langue basque, les ont incités à s’engager pour mettre en place des politiques linguistiques ambitieuses et prendre, le cas échéant, la Déclinaison communale du protocole comme référence pour établir la politique linguistique de la ville pour le mandat. Les candidats hendayais aujourd’hui aux responsabilités vont signer l’engagement.

Protocole européen adapté au Pays Basque

Les deux associations ont adapté aux réalités administratives des communes du Pays Basque Nord le « Protocole pour la garantie des droits linguistiques », réalisé par des experts internationaux en droit linguistique et en sociolinguistique, ainsi que par les acteurs sociaux de plus de 30 communautés linguistiques d’Europe.

Présenté en 2016 à Donostia, le document a reçu l’adhésion de plus de 120 acteurs sociaux de 30 communautés linguistiques de toute l’Europe, parmi lesquelles celles de l’État français. Dans sa version locale, les mesures ont été reformulées selon les compétences communales et le droit français, tout en tenant compte de la politique linguistique approuvée par la Communauté d’agglomération Pays Basque.

Deux phases

La mise en place du Protocole s’effectuera en deux phases. Dans un premier temps, un diagnostic sera réalisé, qui viendra enrichir la réflexion menée par la commune sur le développement de la langue basque dans ses services. Ensuite, des préconisations seront formulées, afin de permettre aux élus de mettre en application la politique linguistique pour les prochaines années. Kontseilua offre gratuitement un service d’accompagnement, la maîtrise d’œuvre de la mise en place du projet étant assurée par la Ville d’Hendaye.

Itxassou invite les autres communes à signer la charte locale des langues minoritaires

L’équipe municipale d’Itxassou et Euskal Konfederazioa veulent convaincre toutes les communes du Pays Basque Nord à adhérer à la déclinaison locale de la charte européenne des langues minoritaires. Une trentaine de communes et un pôle territorial sont déjà intéressés.

Si tout se passe comme prévu, les communes signeront officiellement la charte en décembre, en présence de techniciens du Conseil de l’Europe. © Bob EDME

C’était l’un de ses engagements de campagne. La liste municipale Herriari, qui a accédé à la tête de la mairie d’Itxassou aux élections municipales de 2020, va adopter la déclinaison locale de la charte européenne des langues régionales et minoritaires – signée par l’État français en 1999 mais jamais ratifiée –, en lien avec le Conseil de l’Europe. En partenariat avec Euskal Konfederazioa, Itxassou invite à présent le reste des communes de la Communauté d’agglomération Pays Basque à suivre son exemple. L’initiative a été présentée le jeudi 25 mars à la salle Sanoki d’Itxassou, en présence de Mizel Hiribarren, le maire, Gillen Hiribarren et Jokin Irungarai, membres du conseil municipal, Sébastien Castet et Amets Lahetjuzan d’Euskal Konfederazioa et Peio Jorajuria, le président de Seaska.

Pour Sébastien Castet, il s’agit de la « suite logique » du travail engagé il y a un an par Kontseilua et Euskal Konfederazioa lors de la campagne des municipales. Pas moins de 60 listes candidates issues de 33 communes s’étaient alors engagées à passer de la parole aux actes. La Ville d’Hendaye a été pionnière en la matière, en adoptant le 3 mars dernier en conseil municipal le Protocole pour la garantie des droits linguistiques, décliné à l’échelle communale.

A minima 35 options sur 49

A ce jour, les membres de la liste Herriari et d’Euskal Konfederazioa ont eu l’occasion de présenter la charte locale dans environ 30 communes ainsi qu’au pôle territorial de Soule. Ces collectivités ont démontré « un grand intérêt » à débattre de la question au sein de leurs conseils municipaux. « Nous invitons les communes que nous n’avons pas encore rencontrées et qui seraient intéressées, à prendre contact avec nous. Nous sommes prêts à refaire une présentation de cette charte et à les accompagner dans cette démarche », a assuré Amets Lahetjuzan.

La charte se décline en 49 options réparties en sept grandes thématiques. Pour que la signature soit validée, une commune doit choisir au moins 35 options. Mais celles-ci étant « très généralistes », des « annexes » seront proposées avec une série de mesures concrètes qui pourront inspirer les mairies afin de passer à l’action. De plus, un groupe de suivi sera mis en place afin de vérifier, tous les 18 à 24 mois, la mise en œuvre des engagements pris par les élus.

Peio Jorajuria, président de Seaska, voit deux avantages pour les collectivités à s’engager dans cette démarche : une reconnaissance par le Conseil de l’Europe des actions menées en faveur de l’euskara, et une visibilité et une promotion des actions menées via la publication sur internet des évaluations des communes en la matière.

Signature officielle en décembre

La phase de présentation de la charte dans les communes et pôles territoriaux, démarrée en janvier, va se terminer fin avril, début mai. Ensuite jusqu’à la mi-juin, chaque commune travaillera au contenu de sa charte. Fin juin ou début juillet, une nouvelle conférence de presse sera donnée pour présenter les engagements des premières communes signataires de la charte. Les chartes seront ensuite soumises à la validation du Conseil de l’Europe, puis votées en conseils municipaux à l’horizon fin septembre, début octobre. Enfin, la signature officielle interviendrait vers les mois de novembre ou décembre, en présence de techniciens du Conseil de l’Europe pour une signature commune. Ce calendrier prévisionnel pourrait toutefois être amené à bouger en raison du contexte sanitaire.

 

 

Transfèrement de détenus en Corse : appliquer le droit aux assassins du préfet Erignac

En signifiant, pour la septième fois, une fin de non-recevoir à la demande de transfèrement de deux détenus corses, le gouvernement applique une règle non écrite selon laquelle certains crimes, certains prisonniers, en vertu de critères arbitraires, justifieraient que l’on déroge au droit.

Par Patrick Roger Publié aujourd’hui à 07h00

Analyse. Le 22 février, une vintgtaine de jeunes nationalistes corses faisaient irruption dans la préfecture de Corse, à Ajaccio, et déployaient au balcon du premier étage des banderoles demandant la libération de Pierre Alessandri et d’Alain Ferrandi, avant d’être expulsés sans ménagement par les forces de l’ordre. Incarcérés depuis 1999, ces deux militants indépendantistes ont été condamnés le 11 juillet 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de dix-huit ans – qui s’est achevée en 2017 –, pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, le 6 février 1998, dans une rue d’Ajaccio, alors qu’il s’apprêtait à assister à une représentation de la Symphonie inachevée de Schubert. Ce meurtre a agi comme une déflagration dans la société corse qui, dans sa très large majorité, l’a condamné sans ambiguïté.

Quelles que soient les tensions politiques avec la majorité nationaliste qui dirige depuis 2015 la Collectivité territoriale de la Corse, devenue Collectivité de Corse le 1er janvier 2018, le refus de l’Etat de lever le statut de détenu particulièrement signalé (DPS) de ces deux prisonniers incarcérés à la maison centrale de Poissy (Yvelines) apparaît contestable à la fois juridiquement et politiquement. La justice excipe de leur statut de DPS pour refuser leur transfèrement à la prison de Borgo (Haute-Corse), celle-ci ne disposant pas des dispositifs de haute sécurité adaptés. Toutes leurs demandes depuis 2017 se sont ainsi vu opposer un refus de l’administration pénitentiaire.

Il ne s’agit pas d’une « faveur »

Jusqu’à ce que, en mars 2020, la commission locale, puis la commission nationale des fichiers DPS, réunissant représentants de la magistrature, de l’administration pénitentiaire, préfectorale et des services de police et de gendarmerie, se prononcent en faveur de leur radiation du répertoire des DPS, ce qui pouvait laisser augurer une décision favorable à leur demande de rapprochement. La suite montre que le traitement du dossier est désormais, s’il a jamais cessé de l’être, plus politique que juridique.

Le garde des sceaux, l’avocat Eric Dupond-Moretti, ne peut être indifférent à ce dossier. Il connaît parfaitement la situation en Corse. N’a-t-il pas été l’avocat d’Yvan Colonna – pour lequel la même question se posera à court terme –, côtoyant à l’occasion du troisième procès, en 2011, devant la cour d’assises spéciale de Paris, son confrère Gilles Simeoni, aujourd’hui président du conseil exécutif de la Collectivité de Corse ? Ne se prononçait-il pas, en février 2018, au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, pour leur transfèrement en Corse, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une « faveur » ?

Car, de faveur, il ne peut être question en l’occurrence. Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, quelle que soit la gravité du crime pour lequel ils ont été condamnés, ont accompli leur peine de sûreté, dans des conditions particulièrement contraignantes. Ils peuvent prétendre à une libération conditionnelle depuis le 25 mai 2017 et rien ne s’oppose, sur le plan juridique, à leur transfèrement à Borgo, hormis leur statut de DPS.

Rejet de la levée du statut « DPS »

Habituellement, la chancellerie suit les recommandations des commissions DPS. Mais rien n’est habituel dans cette affaire. Tout d’abord, par un décret du 18 décembre 2020, le garde des sceaux s’est vu retirer, à juste raison, le droit de statuer sur des personnes impliquées dans des affaires dans lesquelles il serait intervenu en tant qu’avocat. Le pouvoir de décision a été transféré au premier ministre. C’est donc Jean Castex qui, le 22 décembre, a signifié par courrier son rejet de la demande de levée du statut de DPS. « Le moment ne me semble pas venu pour procéder à ce transfert », a-t-il déclaré au Monde.

La justice ne peut être confondue avec une vengeance d’Etat, sauf à jeter une ombre sur son impartialité

Une décision qui semble plus obéir à des considérations politiques qu’être fondée sur des critères juridiques et dont il est peu probable qu’elle ait été prise sans l’aval de l’Elysée. En se rendant à Ajaccio le 6 février 2018, vingt ans après l’assassinat du préfet Erignac, sur les lieux mêmes du crime, Emmanuel Macron avait eu des mots cinglants« Ce qui s’est passé ici le 6 février 1998 ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas », avait-il déclaré, avant d’assurer : « La justice de la République a été rendue et elle sera suivie, sans complaisance, sans oubli, sans amnistie. »

Mais l’application du droit n’est pas complaisance. La France adhère au règlement pénitentiaire européen qui veut que « les détenus doivent être répartis dans des prisons situées près de leur foyer ou de leur centre de réinsertion sociale ». La justice ne peut être confondue avec une vengeance d’Etat, sauf à jeter une ombre sur son impartialité. Elle ne saurait être l’otage d’« une vendetta du corps préfectoral », selon une source à la chancellerie.

Gestion politisée d’une affaire juridique

En signifiant ainsi, pour la septième fois, une fin de non-recevoir à la demande des deux détenus corses, le gouvernement applique une règle non écrite, ad hominem, selon laquelle certains crimes, certains détenus, en vertu de critères arbitraires, justifieraient que l’on déroge au droit. Une position insoutenable au regard des conventions et des juridictions européennes.

Le non-droit appliqué au cas Alessandri-Ferrandi contribue à envenimer le climat politique en Corse. La gestion politisée d’une affaire juridique donne du grain à moudre aux pourfendeurs de l’« Etat colonial », qui en font un étendard. Elle conduit l’ensemble des forces politiques représentées à l’Assemblée de Corse et de nombreux exécutifs locaux à adopter des motions contre ce que le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli (ex-Les Républicains), probable tête de liste aux élections territoriales de juin face à la majorité sortante nationaliste, a qualifié de « manquement à l’Etat de droit ». Enfin, elle nourrit le sentiment que, à travers ces deux hommes, c’est un procès permanent qui est fait à l’ensemble de la Corse.

 

Soupçons de terrorisme en France : neuf personnes issues du milieu kurde mises en examen

Elles sont soupçonnées d’«association de malfaiteurs terroriste», de «financement terroriste» et d’«extorsion en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste».

 

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Le coup de filet a été effectué sur demande d’un juge antiterroriste, dans le cadre d’une information judiciaire portant sur des activités en lien avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Philippe LOPEZ / AFP

Neuf personnes interpellées mardi 23 mars à la suite d’un coup de filet dans le milieu kurde en France ont été mises en examen vendredi 26 mars, notamment pour «association de malfaiteurs terroriste», a appris ce samedi l’AFP de source judiciaire.

 

Ces neuf personnes ont aussi été mises en examen pour «financement terroriste» et «extorsion en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste», a précisé cette source. Quatre d’entre elles ont été placées en détention provisoire, une sous surveillance électronique et une autre sous contrôle judiciaire. Le débat devant le juge des libertés et de la détention sur le placement en détention provisoire des trois dernières doit se tenir ultérieurement. Une dixième personne interpellée a été libérée sans poursuite à ce stade.

Coup de filet à Marseille et en région parisienne

Ce coup de filet a été effectué à Marseille et en région parisienne, sur demande d’un juge antiterroriste, dans le cadre d’une information judiciaire portant sur des activités en lien avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Cette organisation séparatiste kurde, en lutte armée depuis des décennies contre le pouvoir central turc, est classée comme une organisation terroriste par la Turquie et de nombreux pays comme la France et les États-Unis.

Le 21 février 2020, quatre personnes avaient été mises en examen, notamment pour financement du terrorisme, dans le cadre d’une enquête sur des collectes de fonds pour le PKK dans le sud-ouest de la France.

 

Le chef de file de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur sa page Facebook la «méthode habituelle de l’intimidation macronienne» et la «criminalisation des activités militantes de Kurdes en France par le Quai d’Orsay et le ministère de l’Intérieur bien alignée sur celle du dictateur turc», le président Recep Tayyip Erdogan.

«Emmanuel Macron normalise ses relations avec Recep Tayyip Erdogan sur le dos des Kurdes» a abondé le Parti communiste français dans un communiqué. Les deux dirigeants ont échangé début mars dans un entretien en visioconférence, après des mois de vives tensions entre leurs deux pays, qui s’opposent sur plusieurs dossiers comme la Libye, la Syrie et la Méditerranée orientale.

 

 

MUMIA EST EN DANGER DE MORT !

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A l’initiative du Collectif français Libérons Mumia, une réunion s’est tenue le 16 mars au siège du MRAP à Paris avec la participation de plusieurs organisations particulièrement préoccupées par la brutale dégradation de la santé de Mumia et le comportement inhumain de l’administration pénitentiaire. Il souffre en isolement à l’infirmerie de la prison avec des soins à minima et inappropriés à la gravité de son état.

Cette rencontre a été l’occasion de souligner l’urgence d’amplifier la moblisation en France pour contraindre les autorités de Pennsylvanie à mettre immédiatement un terme à ce qui relève de la torture et s’apparente à une peine de mort déguisée.

 

> Pour lancer cette campagne, visualisez la VIDEO appelant à la mobilisation 

et faites-la circuler dans vos réseaux : https://www.youtube.com/watch?v=EYizRqYgDoc

 

Les initiatives en cours :

> poursuivre la campagne d’interpellation par courriel du Gouverneur et du Secrétaire d’Etat de Pennsylvanie en charge de l’administration de Pennsylvanie ainsi que du Procureur de Philadelphie : modèles et adresses mails sur le site Libérons Mumia ! | Libérons Mumia !

Ces textes en anglais et en français peuvent être transformés en pétitions collectives et envoyées aux Etats-Unis ;

> relancer l’engagement des 25 villes où Mumia est Citoyen d’Honneur (*) et d’en gagner de nouvelles, notamment les grandes métropoles ;

> solliciter le soutien des groupes parlementaires à l’Assemblée Nationale et au Sénat ;

> demander une entrevue à l’ambassadeur des Etats-Unis en France (avec des élus parisiens et nationaux) ;

 

> organiser un grand rassemblement le mercredi 7 avril place de la Concorde à Paris

(une conférence de presse annoncera l’évènement)

 

> suggérer l’organisation de rassemblements dans les villes où les Etats-Unis disposent d’un Consulat (Bordeaux, Lyon, Marseille, Rennes, Strasbourg) en invitant les organisations localement engagées dans le combat pour Mumia à se contacter ; 

> proposer une tribune à des personnalités demandant la libération de Mumia à diffuser dans la presse ;

 

Prenez connaissance en pièce jointe du communiqué de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) appelant à la libération de Mumia : 

 

 (*) cliquez sur ce lien : Villes engagées | Libérons Mumia ! (mumiabujamal.com)

  

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  liberons mumia     

COLLECTIF FRANÇAIS « LIBÉRONS MUMIA ! »

rassemblant une centaine d’organisations et de collectivités publiques

MEMBRE DE LA COALITION MONDIALE CONTRE LA PEINE DE MORT

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https://youtu.be/EYizRqYgDoc

LA VIE DE MUMIA EST ENTRE NOS MAINS

 

Birmanie : plus de 500 civils tués depuis le coup d’Etat, Paris dénonce « la violence aveugle et meurtrière » du régime

Face à ce bain de sang, plusieurs factions rebelles ont menacé mardi de prendre les armes contre la junte.

 

birmanie

La France a dénoncé, lundi 29 mars, « la violence aveugle et meurtrière » du régime birman après la répression qui a fait plus de cent morts dont des enfants samedi, journée la plus noire depuis le coup d’Etat militaire du 1er février.

« Les forces de sécurité birmanes ont franchi une étape supplémentaire dans la violence aveugle et meurtrière (…) en faisant à nouveau usage de leurs armes contre les populations, causant plus d’une centaine de victimes, parmi lesquelles de très jeunes enfants », a déclaré le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans un communiqué.

 

« Alors que des sanctions ont déjà été prises avec nos partenaires européens et internationaux, (…) j’appelle toutes les forces birmanes à sortir de l’impasse dans laquelle elles conduisent leur pays, à mettre fin aux violences, à libérer sans condition et immédiatement tous les prisonniers politiques et à reprendre le chemin du dialogue », poursuit M. Le Drian.

Les forces armées « ont porté atteinte, le jour même de la fête des forces armées, à leur raison d’être qui est de protéger les populations. Depuis, le bilan des victimes s’est encore alourdi et la Birmanie s’enfonce chaque jour davantage dans une profonde tragédie », a continué le chef de la diplomatie française, répétant que la France poursuivrait « sans relâche sa mobilisation aux côtés de ses partenaires européens et internationaux pour soutenir les aspirations légitimes du peuple birman ».

« Le bilan des victimes s’est encore alourdi »

L’ONU a évalué à 107, dont 7 enfants, et des médias birmans à 114, le bilan des morts samedi pendant les actions de protestation massive organisées contre la junte, qui fêtait la traditionnelle Journée des forces armées. Plus de 500 personnes ont été tuées depuis le coup d’Etat, d’après les derniers chiffres fournis par l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP) qui précise que le bilan « est probablement beaucoup plus élevé ».

Face à ce bain de sang, plusieurs factions rebelles ont menacé mardi de prendre les armes contre la junte. Si les forces de sécurité « continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons », ont-elles écrit dans un communiqué commun signé notamment par l’Armée d’Arakan (AA), un groupe armé fort de plusieurs milliers d’hommes et doté de moyens très importants.

 

Trois personnes ont été tuées, dont un homme de 20 ans, par balle, lundi à Rangoun, la capitale économique, ont rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) des membres des services d’urgence. Une autre a péri au nord-est de cette ville, à Bago, ont annoncé sans autres précisions les médias d’Etat, selon lesquels un policier a par ailleurs perdu la vie à Mandalay, dans le centre, après avoir été transformé en torche humaine par des contestataires. Non loin de là, à Plate, des centaines de Birmans ont manifesté avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Le peuple ne sera jamais vaincu ».

 

 

 

17 mars 2021

Les prémices de la COMMUNE de 1871

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 16 h 38 min

autocollant 1

 

la commune

 

Ce soir nous parlerons de la Commune qui sera célébrée pour le 150ème anniversaire de cette révolte qui dura 72 jours. Ces 72j qui ont permis des avancées sociales qui sont visibles encore aujourd’hui même si les pouvoirs successifs ont cherché à gommer cette partie de l’histoire.

Au sommaire de l’émission la chronologie des événements depuis 1789 tiré d’un ouvrage fort intéressant « La Commune de 1871 une relecture » aux éditions Créaphiséditions, une captation sonore de R.Bussières et non R.Souplex comme annoncée dans l’émission dans une narration sur les prémices de la Commune « Si on avait su » de Stanilas Choko chez Iskra 1973. H.Guillemin tiré du coffret « La Commune » une autre histoire de la Commune de Paris aux éditions les Mutins de Pangée avec des dessins de Tardi, en 3 DVD et un livret « réflexion sur la Commune ». la 1ère Internationale 1864.

La Commune 18 mars 1871, il nous faut remonter à 1789 pour appréhender ce qui ce passera 82 ans plus tard en suivant la chronologie des évènements qui ont émaillé l’histoire de france. Naissance de la 1ère internationale en 1864 en angleterr. H.Guillemin nous livre ses réflexions sur la Commune. R.Bussières nous conte à sa manière les prémices de cette révolte.

Playlist: La commune est en lutte, Elle n’est pas morte, Le drapeau rouge, Le temps des cerises; La danse des bombes, Le tombeau des fusillés.

 

femme de la commune

 

 

 

 

8424

 

 

 

 

HENRI GUILLEMIN, HISTORIEN OU POLÉMISTE ?

Retrouvez H. Guillemin sur l’histoire de la Commune en suivant ce lien

https://youtu.be/PwXwDp3Ze7Q

 

Ce littéraire de formation s’est très tôt passionné pour l’histoire à partir de l’étude des grands écrivains, et d’abord Lamartine, sujet de sa thèse, qui fut un homme profondément engagé dans son époque. C’est avant tout comme historien ou comme polémiste qu’Henri Guillemin est connu et apprécié du grand public. Lui-même se considère comme historien alors que ses contradicteurs le présentent comme polémiste, voire –avec les nuances péjoratives que le terme comporte- comme un pamphlétaire.

Le parcours universitaire prestigieux d’Henri Guillemin (voir sa Biographie) est un gage de sérieux, et il joint à une grande capacité de travail une passion pour la recherche, la découverte et l’analyse des inédits, des archives, des « petits papiers ».

 

Pourtant, dans l’introduction à L’avènement de M. Thiers et réflexions sur la Commune (Éd. Utovie, 2001, p. 7), n’a-t-il pas écrit : « Lecteur, sois dûment averti… tu ne trouveras pas, sous ma plume, de l’histoire mais du “pamphlet”.  Pamphlet est le nom que porte l’histoire dès qu’elle s’écarte des bienséances et des mensonges reçus. Je dis bien mensonges. Il n’y a pas d’histoire objective ».  

 

Attention : risque de contresens ! Cette forte phrase, n’est pas à prendre au pied de la lettre ; elle montre, en effet, que Guillemin n’hésite pas à entrer, volontairement, dans la controverse et à revendiquer une “histoire” enfin délivrée de cette idée fausse qu’elle est écrite une fois pour toutes et que, dès lors, elle est immuable ; Guillemin est souvent “polémiste”, parce qu’il ne se contente pas de répéter “les histoires” dites et redites, celles que défend un académisme frileux.

 

Avec de nouveaux documents, par la relecture obstinée de sources trop vite et mal exploitées, il questionne, il innove, il éclaire et  cela ne plait pas à tout le monde. De fait, il est historien : historien de la littérature, biographe – certes, souvent critique – des écrivains et de nos hommes politiques, donc historien tout court ! Que signifie, pour lui, être historien ? De cela comme du reste, « lecteur, sois dûment averti (…). Ni impartial, ni impassible, j’ai tenté du moins, à chaque pas, d’être véridique. L’honneur de l’historien c’est sa loyauté »

 

Dans la citation, extraite de L’avènement de M. Thiers…, le sens second, voulu par Guillemin, est en substance : Pour me discréditer, ceux qui ne sont pas d’accord avec mes analyses me font passer pour pamphlétaire ou polémiste. Or je suis un historien, compétent et argumenté mais, à la différence de mes contradicteurs, je ne suis pas conformiste. Cela ne m’empêche nullement de rester, en toutes occasions, historien. User de formules inattendues ou vigoureuses, qui passeraient pour provocantes et mal venues sous la plume d’un historien conventionnel, ne relève pas du pamphlet. C’est, simplement, que l’Histoire est traversée de contradictions, de zones d’ombre, maculée d’erreurs que les travaux récents des historiens tentent d’effacer. Pour cela, parfois, il faut élever le ton : affirmer une vérité n’est pas polémiquer, c’est rester fidèle à ma valeur première, la loyauté.

 

 

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 les tuileries brulent

La Première Internationale et son histoire

Marcello Musto, Traduit de l’italien par Béatrice Propetto Marzi

La 1ère Internationale et son histoire

Le 28 septembre 1864, le Saint-Martin’s Hall, situé au cœur de Londres, est plein à craquer. Près de deux mille travailleuses et travailleurs sont venus écouter les discours de quelques dirigeants syndicaux anglais et d’un petit groupe d’ouvriers arrivés de France.

 

Proudhon, Marx, Bakounine

 

Le début du chemin

2Les organisateurs du meeting n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils vont bientôt déclencher. Ils ont formé le projet d’ouvrir un lieu de débat à l’échelle internationale afin d’évoquer les principaux problèmes des travailleurs. Ils n’ont pas envisagé de fonder une véritable organisation qui soit un outil de coordination de l’initiative syndicale et politique de la classe ouvrière. Idéologiquement, au départ, ils prônent davantage des valeurs générales éthiques et humanitaires, telles la fraternité entre les peuples et la paix dans le monde, que le conflit de classe et des objectifs politiques concrets. Elle deviendra néanmoins la référence de toutes les futures organisations du mouvement ouvrier, dont se réclameront aussi bien les réformistes que les révolutionnaires : l’Association internationale des travailleurs.

 

3En quelques années, elle va éveiller les passions dans toute l’Europe, faire de la solidarité de classe un idéal partagé et susciter la prise de conscience d’une foule de femmes et d’hommes. Grâce à l’Internationale, le mouvement ouvrier comprendra mieux les mécanismes de fonctionnement du mode de production capitaliste, prendra davantage conscience de sa propre force et développera des formes de lutte nouvelles et plus avancées. À l’opposé, au sein des classes dominantes, la nouvelle de la fondation de l’Internationale provoquera un sentiment d’horreur. L’idée que les ouvriers revendiquent eux aussi un rôle actif dans l’histoire suscitera une telle aversion que nombre de gouvernements chercheront à la persécuter, voire l’éliminer, par tous les moyens dont ils disposent.

 

4Les organisations ouvrières qui fondent l’Internationale sont très différentes les unes des autres. Le centre nerveux est le syndicalisme anglais. Ses dirigeants, presque tous réformistes, s’intéressent surtout aux questions d’ordre économique. Ils luttent pour l’amélioration des conditions des travailleurs sans pour autant remettre en question le capitalisme. Ils conçoivent donc l’Internationale comme un outil qui pourrait servir leur objectif d’empêcher l’importation de main-d’œuvre étrangère en cas de grève.

 

5Une autre branche très active de l’Association, longtemps dominante en France, est représentée par les mutuellistes. Partisans des théories de Pierre-Joseph Proudhon, ils sont hostiles à l’engagement politique des travailleurs et à l’outil de la lutte qu’est la grève. Défenseurs d’un système coopératif de type fédéraliste, ils considèrent qu’il est possible de changer le capitalisme par l’égalité d’accès au crédit. Pour ces raisons, ils constituent l’aile droite de l’Internationale.

 

6À côté de ces deux tendances, majoritaires en nombre, le troisième groupe par ordre d’importance est constitué par les communistes, réunis autour de la figure de Karl Marx, implantés en petits groupes à l’influence très circonscrite dans des villes allemandes et suisses ainsi qu’à Londres. Anticapitalistes, ils s’opposent au système de production existant, en revendiquant la nécessité de l’action politique pour le renverser.

 

7Dans les rangs de l’Internationale, au moment de sa fondation, sont aussi présents des membres qui n’ont aucun lien avec la tradition socialiste. Parmi eux, quelques noyaux de réfugiés politiques des pays de l’Europe de l’Est, inspirés par des conceptions vaguement démocratiques, et des disciples de Giuseppe Mazzini, fidèles aux idées interclassistes. Pour compléter le tableau de l’Association, dont l’équilibre est rendu de ce fait très complexe, différents groupes de travailleurs français, belges et suisses adhèrent à l’Internationale en y apportant les théories les plus disparates et confuses, y compris celles inspirées de l’utopisme.

 

8Rassembler toutes ses composantes dans la même association et, de surcroît, avec un programme aussi éloigné des positions initiales de chacune d’entre elles, sera indiscutablement la grande réussite de Karl Marx. Ses qualités politiques lui permettront de concilier ce qui semblait inconciliable et d’assurer l’avenir de l’Internationale, laquelle, sans son engagement personnel, serait vite tombée dans les oubliettes comme beaucoup d’autres associations ouvrières qui l’avaient précédée [1]

[1]

Cf. H. Collins et C. Abramsky, Karl Marx and the British Labour…. Karl Marx affirme avec clarté la finalité de l’Internationale. Il bâtit un programme politique sans esprit d’exclusive, mais avec une position de classe, afin d’assurer l’avenir d’une association de masse qui se veut non sectaire. Âme politique du conseil général, il rédige quasiment toutes les principales résolutions et établit presque tous les rapports préparatoires des congrès. Inlassablement, comme le rappelle Johann Georg Eccarius, dirigeant ouvrier allemand, il sera « l’homme de la situation » [2]

[2]

Johann Georg Eccarius à Karl Marx, 12 octobre 1864, in….

 

La formation de l’Internationale

9Le déroulement chronologique de l’histoire de l’Internationale est complexe car les phases principales de son organisation ne recouvrent pas forcément les débats qui l’agitent [3]

[3]

Pour plus de précisions sur l’histoire politique de…. Côté organisation, les phases les plus importantes qu’elle traverse sont : 1. sa formation (1864-1866), de sa naissance au premier congrès de Genève en 1866 ; 2. son essor (1866-1870) ; 3. la poussée révolutionnaire et la répression qui suit la Commune de Paris (1871-1872) ; et 4. la scission et la crise (1872-1877). Côté affrontements politiques, les phases principales de son évolution se distinguent entre : 1. le débat initial entre les diverses composantes et l’élaboration de ses fondements théoriques (1864-1865) ; 2. la lutte pour l’hégémonie entre collectivistes et mutuellistes (1866-1869) ; et 3. l’affrontement entre « centralistes » et « autonomistes » (1870-1877).

 

10L’Angleterre est le premier pays où sont présentées des demandes d’adhésion à l’Internationale. En février 1865, ce sont celles des quatre mille membres de la Société ouvrière des maçons. Suivent peu après des groupes d’ouvriers du bâtiment et de cordonniers. Au cours de sa première année d’existence, le conseil général entame une vaste campagne de diffusion des principes politiques de l’Internationale qui contribue à élargir l’horizon de l’Association au-delà des questions purement économiques, comme le montre sa présence parmi les organisations qui participent à la Reform League, mouvement qui défend l’idée du suffrage universel né en février 1865.

 

11En France, l’Internationale commence à prendre forme en janvier 1865, date de la fondation à Paris de sa première section. L’influence idéologique exercée par l’Association est faible ; et les rapports de force limités, conjugués à un manque de détermination politique, empêchent la fondation d’une fédération nationale. Malgré ces limites, les Français constituent le deuxième groupe de l’Internationale lors de la première conférence de l’Association qui se tient à Londres. Elle se déroule du 25 au 29 septembre 1865, en présence de trente délégués venant d’Angleterre, de France, de Suisse et de Belgique et de quelques représentants d’Allemagne, de Pologne et d’Italie. Chacun apporte des nouvelles, surtout en matière d’organisation, sur les premiers pas de l’Internationale dans son pays. C’est lors de cette instance que sera convoqué, pour l’année suivante, le premier congrès général.

 

12Durant la période qui sépare ces deux assises, l’Internationale poursuit son essor en Europe. Elle commence à constituer ses premiers noyaux importants en Belgique et en Suisse romande. Par contre, les « lois prussiennes d’association » (Kombinazionsgesetze), qui interdisent aux groupes politiques allemands d’entretenir des relations structurées avec des organisations d’autres pays, ne permettent pas d’ouvrir des sections de l’Internationale dans ce qui était alors la Confédération germanique.

 

13Au cours de cette phase initiale, l’activité menée par le conseil général en Angleterre renforce considérablement l’Internationale. Soutenant les grèves du Syndicat des tailleurs de Londres, au printemps 1866, l’organisation participe, pour la première fois activement, à une lutte ouvrière. Suite à la victoire de la grève, cinq petites sociétés de tailleurs, d’environ cinq cents travailleurs chacune, décident d’adhérer à l’Internationale. L’issue positive d’autres conflits du travail attire différents petits syndicats, si bien qu’à l’ouverture du congrès, les organisations syndicales affiliées sont déjà au nombre de dix-sept, pour un total de plus de vingt-cinq mille adhérents.

 

14Du 3 au 8 septembre 1866, la ville de Genève accueille le premier congrès de l’Internationale. Soixante délégués sont venus d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de Suisse. L’Association se présente au rendez-vous avec un bilan très positif, après avoir accueilli sous sa bannière, deux ans à peine après sa fondation, plus de cent syndicats et petites organisations politiques. Les participants au congrès se divisent essentiellement en deux camps. Le premier, composé des délégués anglais, des rares Allemands présents et de la majorité des Suisses, suit les directives du conseil général rédigées par Karl Marx, absent à Genève. Le second, qui rassemble les Français et une partie des Suisses de langue française, est constitué par les mutuellistes.

 

15L’Internationale est alors une association où dominent les positions modérées. Les mutuellistes dirigés par Henri Tolain, de Paris, préfigurent en effet une société dans laquelle le travailleur serait à la fois producteur, capitaliste et consommateur. Ils mettent l’accent sur l’accès au crédit gratuit qui seul permettra de transformer la société, ils s’opposent au travail des femmes, le condamnant du point de vue moral et social, et s’élèvent contre toute ingérence de l’État dans le monde du travail (y compris la réduction légale de la journée de travail à huit heures), convaincus que celle-ci représente une menace pour le caractère privé des relations entre ouvriers et patrons, et un renforcement du système en vigueur.

 

16Malgré la consistance numérique des Français, les dirigeants du conseil général présents au congrès parviennent à isoler les mutuellistes et à gagner quelques avancées, à partir des délibérations préparées par Marx, sur l’importance du syndicat et de l’intervention de l’État [4]

[4]

Cf. document II, p. 35-40..

 

Grèves, essor de l’organisation et défaite des mutuellistes

17À partir de la fin de l’année 1866, les grèves s’intensifient dans beaucoup de pays d’Europe. Organisées par un grand nombre de travailleurs, elles leur font prendre conscience des conditions dans lesquelles ils sont obligés de vivre, et sont au cœur d’une nouvelle saison de luttes.

 

18Contrairement à la thèse soutenue par certains gouvernements de l’époque qui attribuent la responsabilité de l’agitation ouvrière à la propagande de l’Internationale, les ouvriers qui s’y engagent, dans leur grande majorité, ne connaissent même pas son existence. Ils protestent à cause des conditions de travail et de vie dramatiques qu’ils sont contraints de subir. Leur mobilisation les amène pour la première fois à rencontrer l’Internationale qui leur apporte une coordination, les soutient par des manifestes et des appels à la solidarité, organise des collectes d’argent pour venir en aide aux grévistes et propose des rencontres afin de faire barrage aux patrons qui tentent de saper leur résistance.

 

19C’est justement devant le rôle concret de l’Internationale que les travailleurs commencent à voir en elle un lieu de défense de leurs intérêts communs et à demander leur affiliation [5]

[5]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XI.. La première grande lutte gagnée grâce à son appui est celle des bronziers de Paris, dont la grève a duré de février à mars 1867. Victoire aussi pour les grèves des travailleurs du fer de Marchiennes, en février 1867, des ouvriers du bassin minier de Provence, d’avril 1867 à février 1868, de ceux des mines de charbon de Charleroi et des ouvriers du bâtiment de Genève, toutes deux au printemps 1868. Lors de toutes ces mobilisations, le scénario reste le même : l’Internationale organise des collectes en faveur des grévistes auprès des travailleurs des autres pays et se met d’accord avec eux pour qu’ils ne se rabaissent pas au rang de mercenaires en venant briser les grèves. Ces mobilisations contraignent les patrons à chercher un compromis et à accepter une bonne part des exigences des ouvriers. Suite au succès de ces luttes, des centaines de nouvelles adhésions affluent à l’Internationale dans les villes où se sont déroulées les grèves. « Ce n’était pas l’Internationale qui jeta les ouvriers dans la grève, mais la grève qui les jeta dans l’Internationale », déclare Eugène Dupont, membre du conseil général [6]

[6]

PI, II, p. 24..

 

20En dépit des complications dues à l’hétérogénéité des pays, des langues et des cultures politiques, l’Internationale parvient donc à réunir et à coordonner plusieurs organisations et de nombreux mouvements de lutte spontanés. Son plus grand mérite est de montrer la nécessité absolue de la solidarité de classe et de la coopération internationale, modifiant ainsi, irréversiblement, le caractère partiel des objectifs et des stratégies du mouvement ouvrier.

 

21À partir de 1867, forte des succès qu’elle a remportés, de l’augmentation du nombre de ses militants et de l’efficacité de son organisation, l’Internationale se développe sur tout le continent. C’est l’année où elle fait des progrès remarquables, surtout en France. Les adhésions se multiplient aussi en Belgique, sous l’effet des grèves, et en Suisse, où ligues ouvrières, coopératives et sociétés politiques adhèrent avec enthousiasme.

 

22Tel est le contexte qui précède son congrès en 1867. Il se tient de nouveau en Suisse, mais cette fois à Lausanne, du 2 au 8 septembre, en présence de soixante-quatre délégués provenant de six pays (cette fois il y a aussi des représentants de Belgique et d’Italie). Les mutuellistes sont très nombreux. Ils exigent d’inscrire à l’ordre du jour les thématiques proudhoniennes habituelles : mouvement coopératif et usage alternatif du crédit. Leur opposition à l’appropriation collective du sol reste intransigeante et une discussion plus approfondie sur la question est reportée au congrès suivant.

 

23Les mutuellistes constituent pendant quatre ans la partie la plus modérée de l’Internationale. Même s’ils ne partagent pas les positions anticapitalistes de Marx, les syndicalistes anglais ne sont pas un poids mort comme les disciples de Proudhon devant les choix politiques de l’organisation. En 1868, par exemple, quantité de sections de l’Internationale de tendance mutuelliste sont encore hostiles au recours à la grève.

 

24N’empêche que les disciples de Proudhon vont être marginalisés. Plus que par Marx, par les ouvriers eux-mêmes. La recrudescence des grèves, avant tout, va les convaincre qu’ils se trompent. Les luttes des prolétaires leur montrent que la grève est la réponse immédiate et nécessaire qui permet d’améliorer les conditions existantes, et dans la foulée, de renforcer la conscience de classe indispensable à la construction de la société nouvelle. Ce sont les femmes et les hommes en chair et en os qui, en arrêtant la production capitaliste pour réclamer des droits et la justice sociale, font bouger les rapports de force au sein de l’Internationale et, fait encore plus révélateur, au sein de la société. Ce sont les bronziers de Paris, les tisseurs de Rouen et de Lyon, les ouvriers du charbon de Saint-Étienne, qui avec une force supérieure à n’importe quelle discussion théorique, convainquent les dirigeant français de l’Internationale de la nécessité de l’appropriation collective du sol et de l’industrie. Bref, c’est le mouvement ouvrier qui fait la démonstration – en démenti à Proudhon – qu’il est impossible de séparer les questions économiques et sociales des questions politiques [7]

[7]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XIV..

 

25Le congrès de Bruxelles, du 6 au 13 septembre 1868, qui réunit quatre-vingt-dix-neuf délégués en provenance de France, d’Angleterre, de Suisse, d’Allemagne, d’Espagne et de Belgique (quelque cinquante-cinq représentants) sanctionne la baisse de l’influence des mutuellistes. La proposition de César De Paepe concernant l’appropriation collective des moyens de production reçoit un accueil très favorable. La résolution adoptée [8]

[8]

Cf. document 3, p. 41-45. constitue une avancée décisive pour la définition des bases économiques du socialisme. Le conseil général remporte une grande victoire et, pour la première fois, des principes socialistes figurent dans le programme politique d’une grande organisation du mouvement ouvrier.

 

26Si le congrès de Bruxelles a amorcé le tournant collectiviste de l’Internationale, le congrès de l’année suivante qui se tient à Bâle du 5 au 12 septembre, le porte à son terme. Il réunit soixante-dix-huit délégués de France, de Suisse, d’Allemagne, d’Angleterre et de Belgique, mais également, signe de l’essor de l’organisation, d’Espagne, d’Italie et d’Autriche, plus un représentant du Syndicat national du travail des États-Unis. Les résolutions sur la propriété foncière, présentées à Bruxelles l’année précédente, sont confirmées par cinquante-quatre voix pour, avec quatre voix contre, seulement, et treize abstentions. Les délégués français ont eux aussi adopté le nouveau texte, où il est dit que : « La société a le droit d’abolir la propriété individuelle du sol et de faire entrer le sol à la communauté » [9]

[9]

PI, II, p. 74..

 

27Le congrès de Bâle est intéressant à plus d’un titre. Il voit aussi la participation du délégué Mikhaïl Bakounine. Comme il n’a pas réussi à conquérir la direction de la Ligue de la paix et de la liberté, en septembre 1868, Bakounine a fondé à Genève l’Alliance internationale de la démocratie socialiste, organisation qui en décembre a présenté sa demande d’adhésion à l’Internationale. Après avoir finalement battu les mutuellistes et le spectre de Proudhon, Marx se trouve alors confronté à un rival encore plus coriace, un adversaire qui va former une nouvelle tendance – l’anarchisme collectiviste – au sein de l’organisation dont il entend bien partir à la conquête.

 

Le rayonnement en Europe et la Commune de Paris

28La période comprise entre la fin des années 1860 et le début des années 1870 est riche en conflits sociaux. Les nombreux travailleurs qui participent aux mouvements de protestation durant cette période sollicitent le soutien de l’Internationale, dont la renommée ne fait que grandir. Malgré la faiblesse de ses moyens et de ses ressources, le conseil général répond toujours aux instances qui lui parviennent en lançant, chaque fois, des appels à la solidarité qu’il adresse à toutes les sections d’Europe et en organisant la collecte de fonds.

 

29En 1869, l’Internationale connaît un essor considérable dans l’Europe entière. En France, après la féroce répression de 1868, l’Association renaît. À Paris, elle compte presque dix mille adhérents, dont la plupart ont adhéré à travers des sociétés coopératives, des chambres syndicales des métiers et des sociétés de résistance. Dans la ville de Lyon, où en septembre 1870, suite à une insurrection, une Commune populaire a été proclamée, puis réprimée dans le sang, selon les estimations les plus rigoureuses, il y aurait trois mille travailleurs inscrits. Le nombre d’adhérents sur le territoire national est estimé entre trente et quarante mille. Cette Internationale est très différente de celle fondée en 1865 par Tolain et Fribourg [10]

[10]

Cf. J. Rougerie, L’AIT et le mouvement ouvrier à Paris pendant…, dont les sections étaient en quelque sorte de simples « sociétés d’études » [11]

[11]

E. é. Fribourg, L’Association internationale des travailleurs,…. En 1870, l’Association en France s’est fixé une orientation, elle prône le conflit social et l’activité politique.

 

30En Belgique, la période qui suit le congrès de 1868 voit la naissance du syndicat, le succès des grèves et l’adhésion à l’Internationale d’une quantité de sociétés ouvrières. Le nombre d’adhésions est au plus haut, environ quelques dizaines de milliers, au début des années 1870, dépassant probablement le nombre atteint en France.

 

31Durant la même période, l’essor de l’Internationale se manifeste également en Suisse. En 1870, elle compte près de six mille militants (sur une population active d’environ sept cent mille personnes). Dans la ville de Genève, il y a trente-quatre sections, pour un total de deux mille adhérents, tandis que dans la région du Jura il y en a huit cents. La consolidation de la fédération du Jura (où est inscrit Bakounine) représente une étape importante dans la construction du courant anarcho-fédéraliste au sein de l’Internationale. Sa figure de proue est le tout jeune James Guillaume, qui joue un rôle essentiel dans l’affrontement avec Londres. Les idées de Bakounine commencent à se répandre dans de nombreuses villes, surtout dans le sud de l’Europe. Elles gagnent rapidement du terrain en Espagne.

 

32Dans la Confédération germanique du Nord, il en va tout autrement. Bien que le mouvement ouvrier compte déjà deux organisations politiques, l’Association générale des travailleurs allemands, de tendance lassallienne, et le Parti des travailleurs sociaux-démocrates d’Allemagne, d’orientation marxiste, l’enthousiasme envers l’Internationale reste tiède, et les demandes d’adhésion rares. Par crainte d’éventuelles poursuites de la part du gouvernement, durant les trois premières années d’activité de l’Internationale, les militants allemands semblent ignorer son existence. À partir de 1868, en concomitance avec sa renommée et les succès qu’elle commence à remporter dans tous les pays européens, leurs positions évoluent et les deux partis allemands, qui se font concurrence, cherchent à en représenter l’aile allemande. Toujours est-il que Johann Baptist von Schweitzer ne fera jamais adhérer son organisation à l’Internationale, tandis que Wilhelm Liebknecht se contentera d’entretenir, dira Engels, « un rapport purement platonique » [12]

[12]

Friedrich Engels a Theodor Cuno, 7-8 mai 1872, in Opere, XLIV,…, autrement dit un engagement concret et idéologique minimum.

 

33En compensation des résultats décevants en Allemagne, deux nouvelles sont bonnes. En mai 1869, plusieurs sections de l’Internationale sont fondées dans un nouveau pays, la Hollande, où l’organisation commence lentement à s’implanter à Amsterdam et dans la Frise. Un peu plus tard, elle renaît aussi en Italie, une nation où elle n’était présente auparavant que dans des noyaux épars et sans lien entre eux.

 

34Signalons le cas révélateur, tout du moins pour son caractère symbolique, de l’implantation de l’Internationale aux États-Unis. En effet, à partir de 1869, les premières sections sont créées à l’initiative de quelques immigrés. Cependant, l’organisation sera compromise dès sa naissance par deux limites qui ne seront jamais dépassées : elle ne saura pas rompre avec le caractère nationaliste des différents groupes qui y adhèrent [13]

[13]

Cf. Document 64, p. 215. et elle ne parviendra pas à impliquer les ouvriers autochtones.

 

35Dans ce contexte de rayonnement universel, en dépit des contradictions évidentes et des inégalités d’implantation dans les différents pays, l’Internationale s’apprête à tenir son cinquième congrès en 1870. La guerre franco-prussienne, qui a éclaté le 19 juillet, interrompt les préparatifs et l’Internationale se fixe une nouvelle priorité : aider le mouvement ouvrier à exprimer une position indépendante, loin de la rhétorique nationaliste de l’époque [14]

[14]

Cf. Documents 54 et 55, p. 190-195..

 

36Après la capture de Napoléon III vaincu à Sedan par les Prussiens, la Troisième République est proclamée le 4 septembre 1870. Un armistice est signé aux conditions fixées par Bismarck, permettant le déroulement des élections et la nomination d’Adolphe Thiers à la tête de l’exécutif, avec le soutien d’une vaste majorité légitimiste et orléaniste. La perspective d’un gouvernement aucunement soucieux de réformes sociales provoque le soulèvement des Parisiens qui chassent Thiers et donnent naissance, le 18 mars, de la Commune de Paris, l’événement politique le plus important de l’histoire du mouvement ouvrier au xixe siècle.

 

37Même si Marx prend sa défense avec ardeur et conviction dans La Guerre civile en France, l’Internationale ne pousse pas les Parisiens à l’insurrection et n’exerce aucune influence décisive sur la Commune. Mais à partir de ce moment-là, elle entre dans la tourmente. La violence qui s’abat sur la Commune et la brutalité de la répression mise en œuvre par tous les gouvernements européens n’empêchent pas l’Internationale de monter en puissance. Même au milieu des mensonges répandus par ses adversaires, le mot « Internationale » court sur toutes les lèvres. Pour les capitalistes et la classe bourgeoise, il est synonyme de menace pour l’ordre établi, mais pour les ouvrières et les ouvriers, il signifie l’espoir en un monde sans exploitation et sans injustices [15]

[15]

G. Haupt, L’internazionale socialista dalla Comune a Lenin,…. La confiance en l’avenir a grandi après la Commune. Elle a donné de la vitalité au mouvement ouvrier, elle l’a poussé à se radicaliser et à intensifier le militantisme. Paris a apporté la preuve que la révolution est possible, que l’objectif peut et doit être la construction d’une société radicalement différente de la société capitaliste, mais aussi que, pour atteindre cet objectif, les travailleurs doivent donner naissance à des formes d’associations politiques stables et bien organisées [16]

[16]

Ibid., p. 93-95..

 

La crise de l’Internationale

38Dans un contexte peu propice à la convocation d’un nouveau congrès, à presque deux ans de distance du dernier, le conseil général décide d’organiser une conférence à Londres. Elle se déroule du 17 au 23 septembre en présence de vingt-deux délégués d’Angleterre, d’Irlande, de Belgique, de Suisse et d’Espagne, plus les exilés français.

 

39La décision la plus importante prise à la conférence, et pour laquelle elle restera dans les mémoires, est l’adoption de la résolution sur « L’action politique de la classe ouvrière » (résolution IX). Le texte adopté à Londres déclare :

 

40– que […] le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ;

 

41– que […] la classe ouvrière ne peut agir comme classe qu’en se constituant elle-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ;

 

42– que cette constitution de la classe ouvrière en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême : l’abolition des classes [17]

[17]

Cf. document 74, p. 239..

 

43Si le congrès de Genève de 1866 a entériné l’importance du syndicat, la conférence de Londres en 1871 définit l’autre outil de lutte fondamental du mouvement ouvrier : le parti politique [18]

[18]

Soulignons qu’en ce temps-là, la notion de parti politique…. Marx est convaincu que les principales fédérations et sections locales approuveront les résolutions adoptées à Londres. Il va vite déchanter.

 

44Il sait que la fédération du Jura sera critique mais il est surpris, en 1872, par les signes d’impatience et de rébellion à l’encontre de sa ligne politique qui se manifestent un peu partout. Dans beaucoup de pays, les décisions prises à Londres sont considérées comme une grossière ingérence dans l’autonomie politique locale et, à ce titre, comme une imposition insupportable. La fédération belge, qui a tenté de jouer les médiateurs entre les parties durant la conférence, commence à prendre une position très critique vis-à-vis de Londres. Les Hollandais lui emboîtent le pas et prennent eux aussi leurs distances. Dans le sud de l’Europe, les réactions sont encore plus virulentes et l’opposition recueille rapidement d’importants renforts.

 

45Le conseil général est contesté sur plusieurs fronts et les attaques ont parfois un caractère purement personnel. Il se forme ainsi une étrange alchimie qui rend la direction de l’Association encore plus problématique. L’adversaire principal du tournant amorcé avec la résolution IX est un milieu qui n’est pas encore prêt à accepter le saut de qualité proposé par Marx. L’autonomie des différentes composantes de l’Internationale est un principe intouchable. Tous le défendent, pas seulement le groupe lié à Bakounine, mais la plupart des fédérations et des sections locales. Marx commet là une erreur d’analyse qui va accélérer la crise de l’Internationale [19]

[19]

J. Freymond, M. Molnár, The Rise and Fall of the First….

 

46La bataille finale est livrée à la fin de l’été 1872. Après les troubles qui, pendant trois ans, ont bouleversé le cours de son histoire – la guerre franco-prussienne, la violente vague de répression qui a suivi la Commune de Paris et les nombreux affrontements internes –, l’Internationale peut enfin retrouver le chemin du congrès. Son cinquième congrès général se tient à La Haye, du 2 au 7 septembre. Il compte soixante-cinq délégués représentant quelque quatorze pays (France, Allemagne, Belgique, Angleterre, Espagne, Suisse, Hollande, Empire austro-hongrois, Danemark, Irlande, Pologne, Portugal et Australie). Même si les internationalistes italiens n’ont pas envoyé leur sept délégués par mesure de protestation contre les décisions prises l’année précédente à Londres, le congrès de 1872 est indubitablement l’instance la plus représentative de l’histoire de l’Internationale. Étant donné son importance, Marx décide de s’y rendre [20]

[20]

Le congrès de La Haye est le seul congrès de l’Internationale….

 

47La décision la plus importante prise à La Haye est l’introduction de la résolution IX de la conférence de Londres dans les statuts de l’Association. La lutte politique a été enfin admise au titre d’outil nécessaire à la transformation de la société : « puisque les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leur monopole économique […] et asservir le travail ???, la conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière » [21]

[21]

Cf. document 65, p. 268.. En 1872, l’Internationale est donc très différente de ce qu’elle était à sa fondation. Ses composantes démocratiques et radicales ont abandonné l’organisation après avoir été mises à l’écart. Les mutuellistes ont été défaits et leurs forces réduites à peau de chagrin. Les réformistes ont cessé d’en représenter la partie la plus consistante (sauf en Angleterre) et l’anticapitalisme est devenu la ligne politique que partage l’Internationale dans son ensemble, même les nouvelles tendances, comme celle anarcho-collectiviste, qui se sont formées ces dernières années. Même si, durant l’existence de l’Internationale, l’Europe a connu une phase de grande prospérité économique, les ouvriers comprennent de plus en plus que leur état ne changera vraiment qu’avec la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et pas par des revendications économiques qui ne leur proposent que des palliatifs dérisoires.

 

48D’ailleurs, le contexte a radicalement changé même à l’extérieur de l’organisation. L’unification de l’Allemagne en 1871 a marqué le début d’une ère nouvelle où l’État-nation s’est définitivement affirmé comme une forme d’identité politique, juridique et territoriale. Le nouveau contexte rend peu plausible la continuité d’une organisation supranationale à laquelle les organisations des différents pays, même si elles bénéficient de leur autonomie, doivent céder une part importante de la direction politique.

 

49La configuration initiale de l’Internationale est dépassée et la mission qu’elle s’est fixée au départ est terminée. Il ne s’agit plus de préparer et de coordonner des initiatives de solidarité à l’échelle européenne en soutien aux grévistes, ni d’organiser des congrès pour discuter de l’utilité des organisations syndicales ou de la nécessité de collectiviser la terre et les moyens de production. Ces sujets sont désormais le patrimoine commun de toutes les composantes de l’Association. Après la Commune de Paris, le vrai défi pour le mouvement ouvrier est la révolution, autrement dit comment s’organiser pour mettre fin au mode de production capitaliste et renverser les institutions du monde bourgeois.

 

50Durant le congrès de La Haye, différents votes se succèdent en donnant lieu à d’âpres polémiques. La décision est prise d’exclure Bakounine et Guillaume et de transférer le siège du conseil général à New York. Ils sont nombreux à voter contre cette motion, même au sein de la majorité, conscients qu’une telle décision, qui frappe le cœur même de sa structure, sonne le glas de l’Internationale. Pour Karl Marx, toutefois, il vaut mieux renoncer à l’Internationale (à partir de ce moment-là, il ne fera plus partie du conseil général) que la voir finir entre les mains de ses adversaires et assister à sa mutation en une organisation sectaire. La mort de l’Internationale est de loin préférable à la perspective d’une lente et dispendieuse tragédie de luttes fratricides. Toutefois, la thèse, défendue par de nombreux chercheurs [22]

[22]

Pour une analyse critique de cette position, se reporter à M.…, selon laquelle le déclin de l’Internationale serait dû au conflit entre ses deux courants principaux ou, encore plus invraisemblablement, entre deux hommes, même de la stature de Marx et de Bakounine, ne semble pas convaincante. Il faut en chercher les raisons ailleurs. Ce sont les grands changements intervenus à l’extérieur qui ont rendu l’Internationale obsolète. La croissance et la transformation des organisations du mouvement ouvrier, le renforcement des États-nations, l’essor de l’Internationale dans des pays comme l’Espagne et l’Italie, marqués par des conditions économiques et sociales profondément différentes de celles de la France et de l’Angleterre, où l’Association est née, le tournant modéré définitivement pris par le syndicalisme anglais et la répression suite à la chute de la Commune ont, de façon concomitante, rendu la configuration initiale de l’Internationale inappropriée aux conditions historiques qui ont changé.

 

Après Marx, l’Internationale se scinde en deux groupes

51En 1872, l’Internationale née en 1864 a cessé d’exister. La grande organisation qui, pendant huit ans, a soutenu avec succès quantité de grèves et de luttes, qui s’est dotée d’un programme théorique anticapitaliste et d’une implantation dans tous les pays européens, implose après les assises de La Haye. Malgré l’abandon de Marx, son histoire continue. Elle implose en se scindant en deux groupes aux forces très réduites et dépourvues de la créativité et de l’ambition politique des origines. Le premier rassemble les « centralistes », à savoir la majorité des congressistes de La Haye favorables à une organisation dirigée politiquement par un conseil général ; le second rassemble les « autonomistes », la minorité qui reconnaît aux sections une autonomie décisionnelle absolue.

 

52Le congrès général des « centralistes » se déroule dans la même ville qui a accueilli les premières assises de l’Internationale, Genève. Sur les trente délégués, il y a vingt-huit hommes et, pour la première fois, deux femmes. Cependant, quinze viennent de la ville même et la participation des représentants des sections des autres pays se résume à un Allemand, un Belge et un Autrichien. Ayant senti le climat de démobilisation, le conseil général à New York décide de ne pas envoyer de représentant. De fait, c’est la fin de l’Internationale centraliste. L’organisation est officiellement dissoute le 15 juillet 1876 par dix délégués réunis à Philadelphie, avant de se rendre au congrès fondateur du Parti des travailleurs des États-Unis.

 

53Alors que l’organisation « centraliste », qui restera implantée dans une poignée de pays, aura la vie courte et ne donnera naissance à aucune élaboration théorique, les autonomistes, en revanche, continueront encore pendant quelques années à être actifs et bien organisés. Au congrès de Saint-Imier, convoqué aussitôt après celui de l’Internationale par la fédération du Jura, auquel participent Suisses, Italiens, Espagnols et Français, il est décidé que : « Nul n’a le droit de priver les fédérations et sections autonomes du droit incontestable de déterminer elles-mêmes et suivre la ligne de conduite politique qu’elles croiront la meilleure » [23]

[23]

Cf. document 78, p. 247.. Cette déclaration rassemble dans un large front tous les opposants à Marx qui proposent un « pacte d’amitié, de solidarité et de défense mutuelle » [24]

[24]

M. Bakounine, J. Guillaume, Risoluzioni del congresso… entre toutes les fédérations qui partagent l’option de l’autonomie fédéraliste au sein de l’Internationale.

 

54La terre de prédilection des autonomistes est l’Espagne. Les persécutions infligées par le président du Conseil, Práxedes Mateo Sagasta, n’ont pas freiné le développement de l’Internationale dans la péninsule ibérique. Le congrès fédéral qui se tient à Cordoue, de décembre 1872 à janvier 1873 dresse le portrait d’une organisation en plein essor. À partir de fin 1872, les autonomistes font des adeptes dans de nouveaux pays. En décembre, la fédération belge déclare nulles et non avenues les résolutions adoptées par l’Internationale, refuse de reconnaître le conseil général de New York et signe le pacte de Saint-Imier. En janvier 1873, plusieurs Anglais adhérent aussi, suivis le mois d’après par la fédération hollandaise.

 

55Toutefois, même si les autonomistes qui ont conservé des contacts en France, en Autriche et aux États-Unis forment désormais la majorité d’une Internationale rénovée, la coalition à laquelle ils donnent naissance est un conglomérat confus de doctrines hétéroclites. Il y a dans cette alliance fallacieuse : les anarchistes collectivistes suisses emmenés par Guillaume (Bakounine s’est retiré en 1873 et mourra en 1876) ; la fédération belge dirigée par De Paepe, qui va devenir un adepte d’un type de socialisme dans lequel l’État populaire devrait avoir plus de pouvoirs et de compétences, à commencer par la gestion de tous les services publics ; les Italiens qui se radicalisent de plus en plus jusqu’à épouser des thèses insurrectionnelles (« la propagande par le fait ») vouées à l’échec ; et les Anglais, favorables non seulement à la participation aux élections mais aussi à l’alliance avec les forces bourgeoises les plus progressistes. En 1874, ils prennent même contact avec les lassalliens de l’Association générale des travailleurs allemands.

 

56Les autonomistes organisent différents congrès. Le « premier » – qu’eux appellent le sixième puisqu’ils se considèrent comme les dignes successeurs de l’organisation – se déroule à Genève. Les trente-deux délégués (venant de Belgique, d’Espagne, de France, d’Italie, d’Angleterre, de Hollande et de Suisse) se réunissent du 1er au 6 septembre 1873 et déclarent que leurs assises inaugurent « une nouvelle ère de l’Internationale » [25]

[25]

PI, IV, p. 5.. D’un vote unanime, ils abolissent le conseil général et, pour la première fois dans une assemblée de l’Internationale, débattent de l’anarchie. De plus, l’argumentaire théorique et politique des internationalistes s’enrichit d’une nouvelle idée : le recours à la grève générale pour réaliser la révolution sociale. Voilà ébauchées les grandes lignes de l’anarchosyndicalisme.

 

57Au congrès suivant, à Bruxelles, du 7 au 13 septembre 1874, participent seize délégués, dont un d’Angleterre, un d’Espagne et le restant de Belgique. L’Internationale est devenue un lieu de débat abstrait, où un nombre de plus en plus réduit de dirigeants ouvriers – et peu représentatifs – délaisse les questions liées aux conditions matérielles de travailleurs et aux actions à mener pour les changer. Le débat de 1874 porte sur le choix entre anarchie et État populaire. Là encore, aucune décision collective n’est prise et, à la fin du congrès, les délégués décident à l’unanimité qu’il appartient « à chaque fédération et parti démocratique socialiste de chaque pays de déterminer la ligne de conduite politique qu’il entend poursuivre » [26]

[26]

Ibid., p. 350..

 

58Lors du huitième congrès, à Berne, du 26 au 30 octobre 1876, la discussion se poursuit sur la même ligne que lors de l’assemblée précédente, en présence de vingt-huit délégués (dix-neuf Suisses, plus quelques Italiens, Espagnols, Français et De Paepe pour la Belgique et la Hollande). La preuve est faite que les idées soutenues par De Paepe et les théories de Guillaume sont inconciliables.

 

59Le dernier congrès de l’Internationale est convoqué à Verviers, du 6 au 8 septembre 1877. Sont présents vingt-deux délégués, représentant la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la France, l’Allemagne et la Suisse. Ils appartiennent tous à la même tendance anarchiste. Tous les autres courants se réunissent à Gand, à l’occasion du congrès socialiste universel, la plus grande assemblée tenue jusqu’alors d’organisations du mouvement ouvrier. Même l’Internationale autonomiste, qui n’avait maintenu une solide implantation qu’en Espagne, est arrivée en fin de cycle. Elle est dépassée par la prise de conscience, qui s’est diffusée dans presque tout le mouvement ouvrier européen, de l’importance qu’il y a à participer à la lutte politique à travers les partis. Le fin de l’expérience autonomiste signe le déclin des relations entre communistes et anarchistes dont les routes, depuis lors, se séparent définitivement.

 

La nouvelle Internationale

60Dans les décennies suivantes, le mouvement ouvrier adoptera un programme socialiste, se développera d’abord en Europe puis aux quatre coins de la planète et se dotera de nouvelles structures de coordination supranationales. Chacune, non seulement en reprendra le nom (par exemple, la Deuxième Internationale de 1889-1916 ou la Troisième Internationale de 1919-1943), mais se réclamera des principes et des enseignements de la « Première » Internationale. Son message révolutionnaire se révélera ainsi d’une extraordinaire fécondité, engrangeant au fil du temps des résultats encore plus importants que ceux qu’elle avait obtenus au cours de son existence.

 

61L’Internationale a imprégné dans la conscience des prolétaires la conviction que la libération du travail du joug du capital ne pouvait être limitée aux frontières d’un seul pays, mais que c’était au contraire une question qui les concernait tous. Pareillement, grâce à l’Internationale, les ouvriers ont compris que leur émancipation ne pouvait être conquise que par eux-mêmes, par leur capacité à s’organiser, et qu’elle ne pouvait être déléguée à d’autres. Enfin, l’Internationale a répandu parmi les travailleurs la prise de conscience que leur esclavage n’allait cesser qu’avec le dépassement du mode de production capitaliste et du travail salarié, puisque les améliorations au sein du système en vigueur, qu’il fallait tout de même poursuivre, n’allaient pas changer leur dépendance économique des oligarchies patronales.

 

62Un abîme sépare l’espérance de ce temps-là et la méfiance qui règne aujourd’hui, la détermination antisystémique de ces luttes et la subordination idéologique actuelle, la solidarité construite par ce mouvement ouvrier et l’individualisme contemporain provoqué par les privatisations et la concurrence du marché, la passion pour la politique des travailleurs qui se sont réunis à Londres en 1864 et la résignation et l’apathie qui maintenant règnent en maîtres.

 

63Et pourtant, à une époque où le monde du travail est de nouveau contraint de subir des conditions d’exploitation semblables à celles du xixe siècle, le projet de l’Internationale acquiert une pertinence extraordinaire. Derrière chaque injustice sociale, dans chaque lieu où les droits des travailleuses et des travailleurs sont foulés au pied, la nouvelle Internationale germe dans les esprits.

 

64La barbarie de « l’ordre mondial » en vigueur, les désastres écologiques provoqués par le mode de production actuel, l’inacceptable fossé entre la richesse d’une minorité d’exploiteurs et l’état d’indigence de couches de plus en plus grandes de la population, l’oppression sexuelle, les nouveaux vents de guerre, de racisme et de chauvinisme, imposent au mouvement ouvrier d’aujourd’hui de se réorganiser, avec urgence, à partir de deux caractéristiques de l’Internationale : la collégialité de sa structure et la radicalité des objectifs à atteindre. Les résolutions de l’organisation née à Londres il y a cent cinquante ans sont aujourd’hui plus pertinentes que jamais. Mais, pour être à la hauteur des défis actuels, la nouvelle Internationale ne pourra se soustraire à deux exigences fondamentales : elle devra être plurielle et anticapitaliste.

 

Notes

[1]

Cf. H. Collins et C. Abramsky, Karl Marx and the British Labour Movement, London : MacMillan, 1965, p. 34.

[2]

Johann Georg Eccarius à Karl Marx, 12 octobre 1864, in Marx-Engels-Gesamtausgabe, vol. III/13, Akademie, Berlin 2002, p. 11.

[3]

Pour plus de précisions sur l’histoire politique de l’Internationale, lire Musto, M., L’Internazionale, Roma-Bari : Laterza (à paraître en 2015).

[4]

Cf. document II, p. 35-40.

[5]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XI.

[6]

PI, II, p. 24.

[7]

Cf. J. Freymond, Introduction, in PI, I, p. XIV.

[8]

Cf. document 3, p. 41-45.

[9]

PI, II, p. 74.

[10]

Cf. J. Rougerie, L’AIT et le mouvement ouvrier à Paris pendant les événements de 1870-1871, in « International Review of Social History », XVII, 1972, 1 ; p. 11-12.

[11]

E. é. Fribourg, L’Association internationale des travailleurs, Paris 1871, p. 26.

[12]

Friedrich Engels a Theodor Cuno, 7-8 mai 1872, in Opere, XLIV, Roma : Editori Riuniti, 1990, p. 468.

[13]

Cf. Document 64, p. 215.

[14]

Cf. Documents 54 et 55, p. 190-195.

[15]

G. Haupt, L’internazionale socialista dalla Comune a Lenin, Torino : Einaudi, 1978, p. 78.

[16]

Ibid., p. 93-95.

[17]

Cf. document 74, p. 239.

[18]

Soulignons qu’en ce temps-là, la notion de parti politique avait un sens beaucoup plus large que celui communément admis au xxe siècle et que la conception qu’en avait Marx fut radicalement différente de celle qui allait s’imposer, après la révolution d’Octobre, dans de nombreuses organisations communistes.

[19]

J. Freymond, M. Molnár, The Rise and Fall of the First International, in The Revolutionary Internationals, 1864-1943, sous la direction de M. M. Drachkovitch, Stanford : Stanford University Press, 1966, p. 27-28.

[20]

Le congrès de La Haye est le seul congrès de l’Internationale auquel il a participé accompagné par Engels.

[21]

Cf. document 65, p. 268.

[22]

Pour une analyse critique de cette position, se reporter à M. Moliár, Quelques remarques à propos de la crise de l’Internationale en 1872, in La Première Internationale. L’institution, l’implantation, le rayonnement, actes du Colloque international sur la Première Internationale (Paris, 16 au 18 novembre 1964), CNRS, Paris, 1968, p. 439.

[23]

Cf. document 78, p. 247.

[24]

M. Bakounine, J. Guillaume, Risoluzioni del congresso antiautoritario internazionale svoltosi a Saint-Imier, in G. M. Bravo, La Prima Internazionale, II, Roma : Editori Riuniti, 1978, p. 841.

[25]

PI, IV, p. 5.

[26]

Ibid., p. 350.

 

la commune 1871

8 mars 2021

ELOI MACHORO 09 03 21 6/6

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Dernier volet consacré à ELOI MACHORO syndicaliste, militant indépendantiste et député, assassiné par les forces répressives coloniales de l’état farnçais. Ce 12 janvier 1985 fut un triste jour quand Eloi et son compagnon de lutte Marcel Nonnaro furent exécuté par les gendarmes mobiles et le  tireur d’élite jean pierre Picon qui fut d’ailleurs exfiltré juste après son forfait. Pour lui en bon petit soldat il n’a aucun regret, il n’a fait qu’éxécuter un ordre. mais pour le peuple Kanak cela sera une grande perte. Je remercie Benoit Godin de nous avoir permis de diffusé les 6 episodes sur la vie d’Eloi Machoro par ceux qui l’on cotoyé. vous pouvez retrouver le souncloud du documentaire sonore sur: 

 

https://soundcloud.com/lampetempete/

 

 

Je vous propose d’ailleurs de lire le document de René Guiart dans le journal de la Société des océanistes. il est le fils de Jean Guiart qui s’exprima lors de la venue de Charles Pasqua en NC en 1985 dont vous trouverez  le texte dans le lien suivant.

fichier pdf i1984_1985_0224 

il est le frère d’Armand Guiart qui fut enlevé et séquestré par des caldoches ci-après l’article du monde de 1984

  

La « libération » du fils de l’ethnologue Jean Guiart « La route est libre »

Après la polémique lancée à l’Assemblée nationale puis au Sénat par le RPR contre le gouvernement, qui serait coupable de  » trahison « , M. Debré, qui a cosigné avec cinq autres anciens premiers ministres et l’ancien chef de l’État une déclaration dénonçant l’action de la France en Nouvelle-Calédonie, persiste et signe : il envisage bien de traduire le président de la République en Haute Cour de justice !De son côté, M. Dick Ukéiwé, président du gouvernement local, a déclaré, dimanche à Paris, que « la seule solution pour s’en sortir, c’est simplement de continuer à appliquer intégralement les lois de la République sans tenir compte de la peau et de la race ». Le président du gouvernement territorial, sur Radio-Monte-Carlo, a accusé René Guiart – fils de l’ethnologue Jean Guiart et frère d’Armand, retenu trois jours en otage avec sa compagne par les anti-indépendantistes à Bourail – d’être un des principaux cerveaux « de route cette opération en Nouvelle-Calédonie ». René Guiart, a dit M. Ukéiwé, « a poussé mes compatriotes à commettre des actes qui étaient jusqu’ici inconnus par les Calédoniens. Nous avons plusieurs fois alerté les pouvoirs publics pour que René Guiart soit arrêté « . Cinq habitants de Bourail ont été inculpés lundi de séquestration et d’arrestation illégale pour l’enlèvement de M. Armand Guiart.Enfin, à Nouméa, où il séjourne quelques jours, M. Gaston Flosse, président (RPR) du gouvernement en Polynésie française, estime qu’une éventuelle indépendance de la Nouvelle-Calédonie n’aurait pas d’effet de contagion sur la Polynésie, en raison de la présence sur ce territoire d’outre-mer du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). M. Flosse à toutefois estimé que la Polynésie devait accéder à une autonomie encore plus large. « Ce que nous souhaiterions, a-t-il dit, C’est un statut semblable à celui dont disposent les îles Cook vis-à-vis de la Nouvelle-Zélande, celle-ci ne conservant comme seules compétences que celles relatives…

Par DANIEL SCHNEIDERMANN.

Nouméa. – Ce fut un bien curieux week-end où on laissa Bourail, la seconde ville blanche du territoire, s’ériger presque en zone franche. Tout à la préparation de son réveillon, Nouméa ne répondait plus. Bourail était une île, avec ses barrages aux allures de kermesse, et ses deux kidnappés qui lui brûlaient les mains. On s’en passait la garde de l’un à l’autre, comme le valet de pique au jeu du pouilleux.

On n’a pas idée de venir en vacances en Calédonie en pleine insurrection quand on s’appelle Guiart Pour tout ce qui porte la peau blanche dans l’île et circule sous un chapeau de cow-boy, le nom est synonyme d’antéchrist. M. Jean Guiart, ethnologue féru de civilisation mélanésienne, et son fils René, très actif dans les mouvements de revendication de terres de la région de Koné (dans le Nord), se partagent équitablement la haine des caldoches. On imagine le frisson de joie des « stockmen », de Bourail quand on leur annonça l’arrivée au barrage d’une proie de choix : M. Armand Guiart, frère de René, fils de Jean, en villégiature dans l’île avec sa compagne, Mme Charlotte de Damas.

Dès que se présente le couple, il est scrupuleusement fouillé, copieusement insulté et prestement emmené vers un lieu mystérieux de détention. Et là, les ennuis commencent. Que faire de cet encombrant trésor ? On se creuse la tête pour imaginer une rançon à la mesure des otages. On commence par réclamer que René Guiart vienne se livrer en lieu et place de son frère. Puis les Pieds nickelés de Bourail appellent « un copain » à Nouméa, qui donne une brillante idée : exiger le départ en métropole de René.

Mais la négociation ne manque pas seulement de revendications : elle manque aussi de négociateur. Les « cerveaux » du rapt refusent obstinément d’entrer en contact avec les gendarmes. Quant à ces derniers, ils cherchent, bien sûr. Mais sans doute à reculons.

Dès vendredi matin, tout Bourail se murmurait le secret. Les commerçants le chuchotaient aux gendarmes mobiles venus s’approvisionner. On convoquait en douce les journalistes. Mlle Charlotte de Damas, emmenée par ses ravisseurs en visite guidée des fermes alentour, passait et repassait les barrages de gendarmerie. Et ce n’est que samedi soir que les gendarmes de Bourail avertiront enfin le Haut Commissariat de la présence probable des jeunes gens.

kanak

Journal de la Société des océanistes

Témoignage : la vie et la mort d’Éloi Machoro

René Guiart

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Guiart René. Témoignage : la vie et la mort d’Éloi Machoro. In: Journal de la Société des océanistes, 92-93, 1991-1-2. pp. 129-

139;

https://doi.org/10.3406/jso.1991.2905

https://www.persee.fr/doc/jso_0300-953x_1991_num_92_1_2905

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La vie et la mort d’un héros kanak : Eloi Machoro

par René GUIART

Ce texte est extrait d’un long manuscrit de René Guiart, décrivant et analysant la prise de conscience

et les actions qui ont mobilisé la jeune génération canaque au cours des dernières années, actions

auxquelles il a participé au tout premier plan. René Guiart, ayant rejoint le camp du peuple de sa mère, Joséphine Pawe Soaat, isola i Wahnyamala, constamment vitupéré, dénoncé, sinon condamné à mort par l’extrême-droite coloniale, témoigne des événements et les commente à chaud, mettant en évidence les contradictions quotidiennes d’un mouvement de décolonisation qui est loin d’avoir encore gagné la partie. L’évolution des choses a cependant rarement pris en faute l’auteur par manque de lucidité. L’amitié personnelle qui le liait à Eloi Machoro, dont il a été le compagnon de lutte, lui permet de décrire les derniers jours et les données de la réflexion du héros canaque

allant vers un destin au sens eschylien du mot. Les notes explicatives sont de Jean Guiart. (J.G.)

Au réveil ‘ j’apprends qu’Eloi Machoro 2 avait passé les barrages 3, venant de Poindimié par la

transversale4. L’après-midi il serait sur Oundjo et s’arrêterait le soir pour nous voir. Il était en

compagnie d’André Gopéa, du Maire de Poya 5, et de ses gardes du corps. En tout trois voitures. Les

camarades étaient armés jusqu’aux dents. Nos deux Ministres6 avaient tout à craindre d’une embuscade. Eloi était la bête noire de l’extrême-droite locale…

Sans tirer un seul coup de feu, il avait désarmé la totalité des européens de Thio. Les grandes gueules

aux formules : « Nous y sommes, nous y restons ! », étaient devenus intelligents et avaient rendu les armes.

Il avait ainsi réalisé ce qu’aucun gouvernement n’avait osé. Nous tous, à côté, nous n’étions que de

pâles reflets. La lutte pour la libération de Kanaky 7 avait trouvé son véritable dirigeant. Son ombre

couvrait le pays. Malheureusement, cela ne plaisait pas à tout le monde.

Eloi Machoro n’avait pas particulièrement aqpprécié l’ordre de lever les barrages donné8 par le

Bureau politique du FLNKS. Au point de menacer Yeiwene Yeiwene, venu en hélicoptère de la

Gendarmerie imposer le respect de la décision prise. L’entretien faillit mal tourner pour Yeiwene, prié de ne plus remettre les pieds à Thio. Eloi savait que nous n’avions pas assez d’atouts en mains pour obtenir de la part de la France des garanties qui puissent être stables. Ce que nous avions obtenu pouvait très bien être retourné par la droite, habile dans l’art et la manière d’effacer ces acquis.

Elle n’aurait nulle difficulté. Il suffisait de provoquer le maintien d’une situation critique jusqu’aux

prochaines élections de mars 1985.

1. Mardi 18 décembre 1984.

2. Né à Nakety, dans la Commune de Canala, au sud-est de la Nouvelle-Calédonie, formé au Petit Séminaire à

Canala, puis au Grand Séminaire de Païta, par la suite maître dans l’Enseignement Catholique avant d’entrer dans la

vie politique : Conseiller Territorial Union Calédonienne, puis Secrétaire Général de ce Parti à la suite de l’assassinat de son prédécesseur Pierre Declercq.

3. Les barrages européens à Bourail, Koné et Koumac.

4. La route transversale Tiwaka-Koné, entièrement bordée de villages mélanésiens et traversant l’île d’est en ouest.

5. Arrêté depuis et maintenu en prison sans raisons. La sœur d’Eloi, Françoise Machoro a été, elle aussi, jetée dans ce véritable cul-de-basse-fosse qu’est la prison, archaïque au possible, du Camp Est à Nouméa, et condamnée à plus

d’un an de prison, alors que l’instruction pour l’assassinat de son frère piétinait et que les assassins des frères de Jean-Marie Tjibaou ont fait l’objet d’un non-lieu…

6. Ministres de la Sécurité et de l’Intérieur du Gouvernement Provisoire de Kanaky, proclamé le 20 novembre 1984.

7. Kanaky, de Kanak, francisation de kanaka, homme, terme de la langue hawaïenne passé dans le « pidgin english » usité sur les navires baleiniers et dans les mouillages fréquentés par ces derniers. Le terme « kanak », avec cette orthographe, utilisé officiellement au milieu du siècle dernier, s’était transformé en « canaque » en même temps que l’usage de la lettre k devenait moins fréquent de par la consonance « boche » qu’on lui trouvait, bien à tort. Comme les indépendantistes camerounais revendiquant le « Kamerun », les indépendantistes mélanésiens s’appliqueront à eux mêmes la désignation de Kanaks, un moment refusée à force de s’entendre dire pendant un siècle : « sales canaques ! », forme française du « bloody kanakas ! » anglo-saxon.

8. À la demande du Haut Commissaire Edgard Pisani, Délégué Général du Gouvernement, se présentant comme offrant une ouverture vers l’indépendance sous condition que revienne le calme.

130 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Les socialistes avouaient eux-mêmes qu’ils avaient toutes les chances de perdre les élections

législatives. Chantant partout qu’une situation irréversible avait été créée, Jean-Marie Tjibaou9 induisait en fait ses gens en erreur. En face, la droite s’organisait pour résister et reprendre l’initiative.

Nous démobiliser maintenant revenait à neutraliser à court terme les effets bénéfiques du 18 novembre 1984.

Il était évident que tant que les Caldoches 10 se sentiraient les plus forts, ils feraient capoter tout projet susceptible de leur faire perdre une miette de ce pouvoir, source de profits juteux. Leur force leur venait de leur armement, de la puissance née de leur argent, de leur emprise totale sur Nouméa où étaient concentrées toutes les structures du pouvoir économique et politique. Jamais ils ne lâcheraient le morceau avec tous ces atouts en mains.

En face, nous n’avions que notre volonté et la confiance erronée de nos leaders dans les moyens de la politique politicienne.

À l’opposé, Machoro avait une conscience aiguë de ces différents paramètres. Il savait qu’à moins

d’infliger une défaite retentissante à ses adversaires, rien de stable pour le peuple kanak ne pourrait

jamais être mis en place. Seul un choc tétanique pouvait réveiller les Caldoches de leur rêve de

puissance et de gloire. Sinon il n’y aurait pas moyen de vivre. L’esprit, non pas tant revanchard que

raciste, des Européens locaux, leur ferait employer tous les moyens pour effacer la réalité kanak de la carte.

L’appui provisoire de l’actuel Gouvernement11, appui d’ailleurs limité, était l’arbre cachant la forêt.

Le FLNKS bâtirait sur du vide des structures de pouvoir dont la seule réalité serait liée à la volonté

du futur Gouvernement Chirac. C’est-à-dire rien ! Négocier avec un Gouvernement à l’agonie était

aberrant. Les seules garanties à en attendre étaient proportionnelles à sa longévité. Dans quelques

mois, le Gouvernement de droite allait être notre seul interlocuteur. Il serait alors indispensable, en

face de lui, de se trouver en position de force. Si cette condition n’était pas remplie, d’une façon ou

d’une autre, nous finirions par être balayés. Il ne fallait pas s’attendre à des cadeaux. La droite ferait

tout son possible pour nous empêcher d’exister, pour réduire le peuple kanak à n’être qu’une

minorité sans importance. Pour ne pas en arriver là, il fallait lutter maintenant, continuer à pousser

nos pions, prendre le contrôle de tout l’intérieur à l’exemple de Thio. Partout l’ordre FLNKS devait régner.

Voilà le discours que tenait Eloi, là où il passait. Il faisait souffler le vent de la révolte contre le

Gouvernement Provisoire de Kanaky, contre la stratégie tortueuse d’Edgard Pisani. Son but : refaire

Ailleurs ce qui avait été fait à Thio, faire de la NouvelleCalédonie le pays de Kanaky. Saisir l’occasion

Pour forcer le destin en mobilisant le peuple pour un dernier effort, afin de l’amener à l’indépendance.

C’était là l’espérance et la foi d’Eloi Machoro.

En tout cas, lui ne renoncerait pas, il irait jusqu’au bout. Il venait nous dire de lutter avec lui, jusqu’à la victoire finale ou jusqu’à la mort s’il le fallait. Le discours était prenant. Il décrivait son expérience de Thio. Tous, nous écoutions en silence et respect celui qui parlait. Son analyse semblait logique.

Tous étaient d’accord avec lui. Il allait conquérir la Nouvelle-Calédonie… lui, mais pas eux et c’était là le hic !

Il se retrouvait en face de la force d’inertie de beaucoup de militants, de leur absence de formation politique, de leur manque de pratique du terrain.

S’il était Secrétaire Général de l’Union Calédonienne 12, ceux qui avaient donné les ordres étaient

les représentants officiels du FLNKS. Qu’ils aient raison ou tort, pour tous, leurs directives devaient

être respectées dans leur sens profond, ce qui signifiait : plus d’actions. Eloi Machoro se retrouvait

seul, face à sa parole, face à sa seule volonté. Nous étions très peu à pouvoir le suivre, surtout si cela

devait être un baroud d’honneur. Trop de facteurs jouaient contre lui, qui auraient pu être sa chance.

On pouvait imaginer que leur conjugaison puisse provoquer une neutralisation réciproque. Machoro

pourrait-il forcer le destin, comme d’autres en d’autres temps, alors que tout se liguait contre lui?

Avait-il encore toutes ses chances, tout en sachant que sa défaite serait sa mort et qu’il lui fallait en

assumer les risques?

Eloi Machoro agissait dans la véritable logique

9. Jean-Marie Tjibaou était un adepte du discours traditionnel, accumulant les affirmations symboliques et pouvant recouvrir sans gêne des réalités fluctuantes. Ce discours pouvait être insuffisant dans une phase historique où les adversaires ne sont plus des partenaires à l’ancienne, mais la fraction des Européens se révélant raciste et sans scrupules, ou les maîtres de ces monstres froids que sont les États modernes.

10. Crase de « Calédo-chose », terme dérogatoire à la mode d’avant-guerre, utilisé par Mme Simone Lenormand à l’époque de la gestation difficile de l’Union Calédonienne, époque où circulèrent des tracts injurieux contre elle.

Le terme s’est curieusement peu à peu popularisé au point d’être revendiqué par ceux qu’il désignait, sans qu’ils aient conscience de son origine.

11. Le Gouvernement socialiste, représenté en Nouvelle-Calédonie par le Haut Commissaire Edgard Pisani.

12. Union Calédonienne : formation politique fondée dans les années cinquante par les associations catholiques

(UICALO : Union des Indigènes Calédoniens Amis de l’ordre dans le Liberté) et protestantes (AICLF : Association des Indigènes Calédoniens et Loyaltiens Français), alors officiellement anti-communistes sous l’influence des missionnaires, et dont Thistoire politique commence avec une collaboration interne avec les éléments représentant les classes moyennes et le petit colonat européen. La lutte pour le pouvoir à l’intérieur de l’Union Calédonienne, longtemps majoritaire, se terminera par le départ de la plus grande partie des Européens, qui se retrouveront, après diverses péripéties, presque tous au RPCR, tandis qu’une part des éléments mélanésiens jeunes, en majorité protestants, fondaient des mouvements autonomistes, puis indépendantistes parallèles, le Parti de Libération Kanak (PALIKA), l’Union Progressiste Mélanésienne (UPM), le Front Uni de Libération Kanak (FULK), l’UC restant par contre majoritairement catholique.

132 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Machoro ne s’inquiétait pas tant des réactions caldoches que de celles du Gouvernement. La commune de Boulouparis était en quelque sorte sous haute surveillance. Peu auparavant, l’ancien Maire de Thio, Roger Galliot 19, avait projeté une reconquête de Thio20 à partir de Boulouparis. Il avait, pour ce faire, réuni pendant plusieurs jours, à la ferme de son beau-frère Tuai, deux ou trois cents Caldoches et sympathisants. Pendant quelques jours, sous la surveillance des Kanaks, ils avaient monté des plans insensés, s’excitant mutuellement, puis se querellant, pour finir par abandonner provisoirement.

Néanmoins, l’habitation Tuai restait surveillée, même si Galliot ne faisait pas le poids. D’autres à

Nouméa auraient pu reprendre l’idée de couper la route que faisait faire Machoro de façon à aboutir

à la Tontouta21. Au moins le bulldozer de l’entreprise Galliot, que le Maire Galliot avait fait

acheter par la commune de Thio, servait à quelque chose. Il avait déjà permis de tracer une route reliant la tribu côtière de Borendi au village22 de Thio, ce qu’aucune mairie de droite n’avait réalisé jusqu’à présent.

À Thio. le FLNKS avait utilisé les engins municipaux ou ceux de la SLN pour améliorer les

routes des tribus. Les réservoirs de mazout de la Société le Nickel avaient été employés à bon escient.

Après l’embuscade de Hienghène, qui avait coûté la vie à dix Kanaks, Machoro avait protégé les

européens désarmés de Thio contre toute tentative de représailles. Pourtant la presse de droite en

avait fait un criminel en puissance. Le Journal-tambour 23 de Nouméa, ne pouvant l’accuser d’assassinat, se rabattait sur le viol imaginaire de femmes wallissiennes, aucune blanche n’ayant accepté de se faire passer pour une femme violée 24.

Drôle de pouvoir que celui de certains médias qui peuvent ainsi transformer le camp des assassins en celui des victimes !

Les Caldoches s’acharnaient sur Machoro. Les colons montaient embuscades sur embuscades, pour le coincer, sans résultats. La Gendarmerie le suivait à la trace, justement inquiète de ses activités. En un certain sens, il avait la baraka, tout le monde venait derrière sans parvenir à le précéder.

Eloi Machoro et ses compagnons repartirent le soir même. Au dernier moment, ils changèrent

d’itinéraire pour remonter la route transversale.

Bien leur en prit, car on apprit plus tard que de petits malins s’étaient planqués à l’entrée de la route

De Karaji à Poya pour les coincer. Partout où il était passé, Machoro laissait les tribus en ebullition.

Tous en parlaient. Immanquablement, le bruit de ses voyages parviendrait aux oreilles des Renseignements Généraux. Ces derniers allaient s’apercevoir que les interventions d’Eloi ne

correspondaient pas à la politique avouée de collaboration avec le Haut Commissaire Edgard Pisani qui était celle du FLNKS. De ce point de départ, il leur resterait à déterminer au nom de qui Machoro agissait.

Pour l’application de sa politique, Pisani devait savoir exactement si l’action engagée par Eloi concernait l’ensemble du FLNKS ou restait l’œuvre d’un isolé.

De très fortes présomptions tendent à confirmer que Pisani reçut toutes assurances, de la part de

Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene, quant à la non participation du FLNKS à l’action projetée et

18. Le nom de Boulouparis se termine par un s à la suite de la demande présentée, avant guerre, par la Commission Municipale de ce village. Boulouparis est une commune constituée de grandes propriétés d’élevage européennes et d’une majorité de Mélanésiens descendants des insurgés de 1878.

19. Ex-gérant des affaires minières de l’ancien Député Union Calédonienne Maurice Lenormand.

20. Thio, vallée montagneuse étroite, où mène une route à une voie facile à barrer, comporte depuis près d’un siècle le principal bassin minier de nickel exploité par la Société le Nickel (IMETAL), dans des conditions de mépris complet des groupes mélanésiens majoritaires : moins de 40 emplois canaques sur plus de 600 membres du personnel de la mine, le roulage du minerai couvrant les villages mélanésiens de poussière rouge vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et cela pendant un demi-siècle, jusqu’à l’établissement tardif d’une route goudronnée. Ces villages sont peuplés pour moitié de descendants de réfugiés de la répression de l’insurrection de 1878, venus se placer sous la protection de la Mission des Pères de la Société de Marie. La plupart des noms de personnes citées au cours des événements à Thio de la fin 1984 et du début 1985 proviennent ainsi de l’autre versant de l’île, où elles voudraient retrouver leurs anciennes terres.

D’où les projets de Machoro concernant La Foa. Les revendications propres des gens de Thio concernent à la fois le retour de leurs anciennes terres et la conquête de la majorité des emplois à la mine.

21. Machoro avait fait tracer des routes dans la montagne pour aller de Thio à Oui Point et Koindé, reprenant des anciens sentiers canaques. Une route en direction de la Tontouta touchait à la fois aux terres revendiquées par des clans réfugiés à Thio et Borendi, et ainsi à une recolonisation canaque de la haute vallée de la Ouenghi, mais aussi aux principales réserves inexploitées de minerai à haute teneur (9 % de métal contenu) de la Société le Nickel, et par le lieu de la jonction probable avec la route territoriale, l’aérodrome international de la Tontouta, le seul point véritablement affecté d’une valeur stratégique en Nouvelle-Calédonie. Il y avait là de quoi effrayer beaucoup de gens et donner lieu à bien des théories imaginatives. Les difficultés du terrain font dire qu’il s’agissait d’une œuvre de longue haleine — il fallait empierrer, réaliser les ouvrages — et que cette route ressortissait, du moins provisoirement, d’une forme d’utopie.

22. Dans le parler caldoche, le « village » est européen ; la « tribu » est en fait le village mélanésien.

23. Le Journal «Les Nouvelles Calédoniennes», seul quotidien de Nouméa, constamment anti-canaque et anti-indépendantiste, depuis racheté par le Groupe Hersant.

24. La pruderie des Mélanésiens de la Grande Terre a été décrite par Maurice Leenhardt (Gens de la Grande Terre, Gallimard, 1938). En un siècle de domination coloniale, on ne connaît pas un seul cas de viol d’Européenne par un Mélanésien, malgré le grand nombre de cas à l’inverse. Les accusations portées contre eux à Thio, tout à fait à tort, sont ressenties comme injurieuses par les Canaques, ce qui n’arrange rien. Les activistes européens surexcités ont fini par inventer le viol d’une femme de Gendarme, qui aurait été soigneusement caché, de façon maintenir en vie leur thèse des brutalités canaques à Thio, à défaut de morts inexistants. Les viols de Tahitiennes ont été démentis officiellement, après enquête sur place, par l’Église Évangélique de Polynésie Française.

MISCELLANÉES 133

quant à leur condamnation d’une telle action. Pour ces théoriciens de la politique politicienne locale,

Eloi devenait un adversaire. Deux stratégies se faisaient face : l’une de lutte sur le terrain, l’autre de

négociations feutrées. Dans le contexte du moment, elles ne pouvaient co-exister. L’une devait

l’emporter sur l’autre.

Le Délégué du Gouvernement prévint ses deux interlocuteurs qu’il serait peut-être amené à prendre

des mesures pour neutraliser Eloi Machoro afin de prévenir le déroulement d’une guerre civile. À eux

de contrôler leurs troupes dans le cas de figure invoqué. Trop d’intérêts réciproques étaient en jeu.

Le Gouvernement leur assurait par sa voix la garantie d’une prochaine accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance, après, naturellement, le temps nécessaire à la mise en place des structures indispensables à la future gestion de Kanaky : « À cause de cela, si Machoro nous y oblige… » Les trois hommes se séparèrent sur une poignée de main.

Le sort d’Eloi Machoro était scellé… s’il allait trop loin.

Vendredi 28 décembre 1984. 4 heures 30. Nous savons que notre tour viendra.

Peu à peu, tous les barrages sont enlevés par les Gendarmes Mobiles : opérations en général sans

casse, quelques arrestations, des fusils saisis, des maisons fouillées, du mobilier détruit, mais pas

d’affrontement armé. Les à-côtés racistes et l’excès de zèle de certains Mobiles ne peuvent être évités.

Pourtant ce n’est pas la revanche souhaitée par les colons. Disons que c’est supportable. Le principal

est de ne pas se faire arrêter.

Depuis hier après-midi, le téléphone ne marche plus 25. Notre tour approche. De toutes façons, pas

question de résister. Les barrages ne sont plus que des branchages jetés sur la route, la discipline s’est relâchée, les militants sont retournés dans les tribus, bref le fruit est mûr pour tomber. Voilà où nous en sommes cette nuit-là, perchés sur les crêtes à scruter la nuit calme. Soudain, à Pouembout, des phares trouent la nuit, un, deux, trois, plusieurs véhicules…

un convoi. Les mobiles !

Je réveille toute l’équipe qui dort à poings fermés. Heureusement j’étais réveillé. Je tends le walkietalkie à un camarade pour qu’il appelle Koniambo en langue Paici et prévienne de l’arrivée des

Mobiles. On appelle, on appelle, pas de réponse. Ils doivent être en train de dormir. Tant pis pour eux, prévenons les barrages à Baco même ! Sur les barrages, pas de réponse. Tout le monde dort et le temps qui passe, qui passe. Cinq heures déjà ! Il faut faire quelque chose. À six heures ce sera la

charge et l’encerclement…

… À Koniambo, les Mobiles rentreront dans le barrage comme dans du beurre. Dans la tribu,

chacun vaquait à ses occupations. Les femmes préparaient le café à la maison commune, près du

premier barrage de contrôle. Ils seront tous surpris. La veille, un Gendarme les avait prévenus que les blancs risquaient de faire une descente sur la tribu, qui devait rester mobilisée au cas où. Il ne pouvait citer ses sources… Mais il avait oublié de préciser que les blancs en question seraient en uniforme et venus spécialement pour les arrêter. L’histoire n’avait été racontée que dans le but d’en attirer le plus grand nombre dans les filets préparés. La guerre psychologique battait son plein. Le plus drôle fut que les gens présents à la maison commune crurent que les Mobiles venaient pour les protéger.

Le jeune Président du Conseil des Anciens s’avança vers eux la main tendue, leur demandant comment ils allaient.

Un Mobile prit la main… pour lui passer les menottes, celui là et trois autres passèrent trois mois

à la prison du Camp Est… … Trois heures après, on voit de Netchaot le

convoi remonter sur Bopope. Là haut, un accrochage a eu lieu. Ils repartent pour réprimer. Lors

de leur premier passage, le convoi 26 était passé sans problèmes au milieu de la tribu. Mais les Mobiles du dernier camion avaient insulté les Kanaks qui les regardaient paisiblement et avaient lancé, probablement de leur propre chef, des grenades lacrymogènes sur eux. Peu de temps après, un hélicoptère avait survolé la tribu en rase-mottes, effrayant les femmes. Un garçon avait tiré sur l’appareil pour l’obliger à partir. Malheureusement sa balle avait atteint une pièce essentielle du rotor, ce qui faillit provoquer un arrêt de rotation des pales.

Lorsque les Mobiles vinrent punir la tribu de Bopope de ce geste, ils brisèrent les portes des maisons,

cassèrent le mobilier et la vaisselle, volèrent l’argent trouvé de-ci de-là, frappèrent les vieux et les vieilles femmes et menacèrent tellement que le coupable finit par se livrer…

À Bako, au barrage queje venais de quitter, l’exprésident du Comité de lutte local s’était avancé

vers les VBRG rugissant et dans le tintamarre avait fait un appel au dialogue : « Arrêtez, arrêtez, on

peut dialoguer, on peut dialoguer ! » II n’avait pas fini sa phrase que le VBRG avait déjà défoncé le

barrage et que devant lui défilaient les camions remplis de Mobiles. Offusqué par leur manque de

courtoisie et réalisant la précarité de sa position, il se transforma en courant d’air en disparaissant du côté des bananiers.

À l’autre barrage, les camarades n’eurent que le temps de prendre la poudre d’escampette, protégés

par un jeune qui se sacrifia en affrontant les mobiles armés de sa seule fronde. Il fut d’ailleurs

rattrapé et copieusement tabassé avant d’être relâché, car il n’avait pas lancé un seul caillou.

25. Les activistes accusaient des fonctionnaires du Haut-Commissaire de prévenir les tribus intéressées des opérations de police et en particulier d’avoir averti Machoro d’une opération héliportée sur Thio comportant des éléments du GIGN.

26. Un deuxième convoi, lui aussi avec véhicules blindés, venu de la côte est pour faire sa jonction avec le premier convoi remontant du sud.

134 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Ils partirent au pas de course, le doigt sur la gâchette, cerner la maison du vieux 29. Peine

perdue, les oiseaux s’étaient envolés…

… Les oiseaux finirent par redescendre à Bako, la nuit venue, en ramenant les fusils évacués au

petit matin. Pour nous il était important de conserver une puissance de feu après le départ des

Mobiles. La confiscation des fusils laissaient les Kanaks sans défense en face des colons surarmés. Les

Gendarmes venaient nous neutraliser, mais ne prévoyaient pas d’assurer notre protection par la suite.

Il nous fallait avoir la possibilité de nous défendre ou d’organiser une équipe de protection en cas

d’agression de colons racistes.

Les vieux nous apprirent que les colons avaient suivi les Mobiles jusque dans la tribu, mais avaient

rebroussé chemin à la vue d’un groupe de femmes.

Des coups de feu avaient été tirés en direction de la tribu par Éric Devillers 30, rendu furieux par l’état de sa maison, mais les Gendarmes l’avaient désarmé rapidement.

Pour tout le monde les choses rentraient dans l’ordre, ce qui signifiait pour nous la menace

permanente d’arrestation et les inconvénients de vivre cachés, s’installer dans les habitudes du maquis tribal : ne pas dormir au même endroit, le choisir au dernier moment, ne pas circuler sur la route, ne pas rester groupés pour éviter le coup de filet, surtout se méfier des bruits prétendant que les ordres d’arrestation avaient été annulés.

La situation que nous vivions avait été une des raisons de notre désaccord vis-à-vis du mot d’ordre

de levée des barrages. Notre inquiétude portait sur le devenir des militants dont l’investissement dans l’action suivant le boycott des élections du 18 novembre 1984 aurait pu entraîner l’arrestation.

Nos leaders n’avaient obtenu aucune garantie nous concernant. Nous en étions réduits au chacun pour soi.

Je dois dire que nous étions quelques-uns à ne pas apprécier de devoir nous cacher, alors que nos

hommes politiques se promenaient pratiquement en toute sécurité à travers toute la Nouvelle-Calédonie31.

Dure condition que celle du militant obscur !

Tout autour de nous, la démobilisation jouait à plein. Les gens avaient soif d’un retour sécurisant

à la normale. Pour eux, les positions étaient figées sans évolution envisageable en notre faveur. Les

Blancs étaient dans les villages, les Kanaks autour, ceux que le temps qui passe avantageait étaient

Les Blancs. Alors, pour le bon peuple de Koné, mieux valait revenir à la normale en acceptant avec

soulagement la directive de lever les barrages. Toute la région était désorganisée par cette démobilisation soulagement.

Nous n’étions plus en position de prendre l’initiative sur le terrain. Rien à faire qu’à attendre et voir.

Nous étions réduits à l’état de fugitifs lorsque nous apprîmes la nouvelle de la mort d’un jeune colon à Boulouparis.

Le journal-tambour accusait les hommes de Machoro…

Jeudi 10 janvier 1985.

Boulouparis, 12 heures 15 environ. À la ferme Tuai, centre de rassemblement des volontaires du

Maire de Thio Galliot, deux guetteurs kanaks s’approchent des habitations.

Peu de temps auparavant, ils ont été intrigués par un va-et-vient entre la maison et un hangar.

Du matériel y a été entreposé, éveillant la curiosité de nos guetteurs.

Leur intention est de pénétrer dans le hangar pour y vérifier la nature du matériel entreposé. En accomplissant cette reconnaissance, ils outrepassent leurs consignes, mais trop d’échos font état d’une seconde tentative contre la vallée de Thio pour ne pas justifier la volonté de savoir.

Prudemment, ils se glissent de buisson en buisson, espérant ne pas être remarqués, sans savoir

que le fils Tuai a noté un mouvement du côté des hangars et a prévenu son père. Tous deux, armés

d’un fusil, s’approchent de l’endroit suspect, ignorant la présence d’un Kanak qui les regarde venir.

Il les voit pointer son fusil en direction de son camarade dont il devine la position sans le voir.

Un coup de feu claque, troublant le calme de ce début d’aprèsmidi. Le deuxième homme pense que son camarade est touché, peut-être mort. Il doit se défendre, venger son ami. Le fils Tuai est dans la ligne de mire de sa lunette. Il appuie sur sa gâchette, le coup part. Le jeune Tuai s’écroule, atteint d’une balle en pleine tête.

Les deux guetteurs parvinrent à s’enfuir indemnes.

Derrière eux, ils laissaient un mort. Ce mort était la condamnation d’Eloi Machoro, l’excuse

nécessaire pour que le Gouvernement puisse se débarrasser de lui de façon expéditive, la faute

attendue qui ferait passer le leader kanak pour un bandit sanguinaire. Ce mort arrangeait beaucoup de monde : l’establishment caldoche, le Gouvernement, 27. Fessard Wabealo, diacre de la paroisse protestante locale et employé du Service des Eaux et Forêts, chez qui logeait l’auteur. Fessard sera licencié de son emploi par un Ministre RPCR et sera heureux de voir le licenciement annulé et remplacé par la mise à la retraite qu’il dût se résoudre à demander, les Européens de Koné ayant fait savoir, sous l’impulsion d’un entrepreneur pied-noir, qu’il serait abattu s’il se rendait à son travail.

28. Élément Héliporté de la Gendarmerie Mobile, envoyé pour cueillir l’auteur au saut du lit.

29. Le « vieux », terme de respect chez les mélanésiens, n’est pas synonyme de personne âgée.

30. Membre d’une famille ayant été propriétaire, entre les deux versants de l’île, de la plus grande partie des vallées montagneuses entre Houaïlou et Touho, de ce fait responsable des plus grandes et dernières spoliations foncières et cordialement détestée par les mélanésiens. Des Devillers ont été à l’origine d’un grand nombre d’actions éprouvées comme des provocations par les Canaques au cours des dernières années. Ils ont perdu en même temps la plus grande partie de leurs anciens domaines, rachetés par les pouvoirs publics pour être rendus aux Mélanésiens.

31. Une amnistie concernant les événements de Nouvelle-Calédonie, à l’exception des crimes de sang, sera votée par l’Assemblée Nationale, sur la proposition d’Edgard Pisani, mais en novembre 1985.

MISCELLANÉES 135

Le couperet allait pouvoir tomber.

Pendant ce temps, Machoro, planqué dans une maison à La Foa, continuait à préparer son

opération, inconscient des nuages qui tout d’un coup s’accumulaient sur sa tête.

Dès l’annonce de la nouvelle à Nouméa, le Front Calédonien 32 et le Front National appellent à

manifester devant le Haut Commissariat. À 17 heures, ils sont à peu près deux cent cinquante à trois cents devant un cordon de CRS. Ils hurlent leur haine de Pisani, coupable de favoriser les indépendantistes, coupable avec le Gouvernement qu’il représente de vouloir mettre leur univers en cause, de saborder la « Caledonian way of life ». Ce Pisani haï dont ils croient qu’il les rend si faibles et rend les Kanaks si forts. « Ces enculés de Kanaks, à balayer d’une bonne rafale si seulement les CRS 33 ne les protégeaient pas. Ces fils de pute, ils viennent de tuer l’un des nôtres ! »

À 18 heures, le feu est mis à la maison de ma mère par des individus qui y ont pénétré de force

avec des cartons de bouteilles remplis d’essence, devant le nez des CRS, massés sur l’autre côté du

trottoir et qui n’ont pas d’ordres pour intervenir.

La maison est livrée à la foule qui la pille. Les collaborateurs du Haut Commissaire espèrent que

ce don à la fureur de deux cents individus les calmera. Avant de mettre le feu à la maison, certaines

personnes mettront des objets de côté, qu’ils reviendront prendre à la nuit. Des gens proches du Front National fouilleront dans mes papiers, y cherchant

des informations compromettantes. Le peu qu’ils trouveront sera publié dans « Combat », le journal

de ce parti, aujourd’hui disparu, et dont la qualité rédactionnelle se situait bien en dessous de «

Minute ». Le numéro d’immatriculation de la voiture transportant l’essence et le nom d’un des

incendiaires seront plus tard communiqués à la police dont l’enquête, bien entendu, n’aboutira pas.

L’incendie de la maison de ma mère décupla la fureur des manifestants. Leur nombre grossissait au

fur et à mesure que la nuit tombait. Débuté par des échanges d’injures, l’affrontement avec les CRS se poursuivait par le jet d’objets divers, auquel répondait l’envoi de grenades lacrymogènes. Le cycle

habituel des charges successives s’engageait, faisant à chaque fois avancer un barrage provisoire, ponctué d’incendies de bâtiments abritant les outils de travail de sympathisants indépendantistes : 19 heures, incendie du local abritant le Syndicat USTKE ; 19 heures 30 environ, incendie de la

pompe à essence d’un vietnamien sympathisant de l’Union Calédonienne ; 19 heures 45 environ,

incendie de la Pharmacie de Maurice Lenormand, Commissaire Général de l’Union Calédonienne.

Toute la nuit l’émeute allait gronder aux alentours du Haut Commissariat, dont les abords

immédiats avaient été dégagés par les VBRG. Environ deux mille personnes, éclatées en groupes mobiles, tiendraient tête aux CRS qui désormais tiraient à la grenade offensive en tir tendu. Surprise désagréable pour les Caldoches, procédure normale pour les CRS dont les blessés commençaient à s’accumuler.

En réalité, les CRS semblaient pris en sandwich entre les manifestants qui les auraient volontiers

réduits en charpie, et les ordres de Pisani, dont le souci majeur était d’éviter de donner prétexte à

certains pour transformer cette émeute en quelque chose de plus dangereux. Le syndrome algérien planait sur les murs du Haut Commissariat. Pour l’instant, quoique le Maire de Nouméa Roger Laroque courut les rues toute la nuit pour encourager les manifestants, le RPCR n’avait pas engagé ses troupes, comprenant le danger d’être entraîné malgré lui dans

une situation sans issue. Jusqu’à présent le parti factieux restait le FLNKS. Il ne s’agissait pas de

permuter les rôles inconsidérément. La réaction du RPCR viendrait en son temps et en son heure.

À La Foa, Machoro avait établi son quartier général sur une ancienne propriété européenne

récupérée par un membre de la tribu de Oui Point.

Depuis près de deux semaines, il s’était établi là avec une trentaine de ses hommes, tous armés.

Légalement, il était dans son droit, pas plus et pas moins que tous les colons qui ruminaient de sanglantes vengeances sur leurs stations d’élevage. Son projet n’avait pas reçu de commencement d’exécution.

Eloi réfléchissait au choix du moment pour agir et à l’opportunité de maintenir son plan. Cela faisait

trop longtemps qu’il s’était fixé dans ce lieu. Il allait lui falloir bouger.

Il possédait tous les éléments d’information nécessaires à l’exécution de son projet. Les stations

d’élevage visées avait été surveillées, les habitudes de leurs occupants, leur nombre, leur armement, leur implication dans les milices européennes armées, le moyen le plus sûr de les neutraliser, tout avait été noté et analysé. Eloi était prêt. Pourtant il demeurait l’arme au pied, hésitant sur le moment de l’action.

32. Mouvement de l’extrême-droite calédonienne, qui comporte en réalité essentiellement des membres du RPCR agissant ainsi ouvertement, en conjonction constante avec ce dernier, mais sans mettre en cause officiellement sa responsabilité. Il constitue l’aide activiste que le RPCR met constamment en avant pour faire croire à sa propre modération. Certains exploitants miniers comme les Montagnat y jouent un rôle de premier plan, prêtant leurs hélicoptères privés pour des opérations en marge de la légalité telle qu’elle est conçue en Métropole. Leurs troupes, sur

le terrain, avaient imaginé d’exploiter le blanc comme symbole, peignant leurs voitures et même un hélicoptère en blanc.

33. Contrairement aux Gendarmes Mobiles, exclusivement employés contre les Mélanésiens au cours de la période Pisani et de celle qui a suivi, les CRS, que leur statut maintient dans un rôle urbain, ont été amenés à protéger les Mélanésiens de Nouméa contre les brutalités caldoches. Très recherchés par les filles européennes cherchant à se faire épouser et quitter le pays, les CRS étaient attaqués le soir par des groupes d’Européens et ont eu des blessés, les filles les fréquentant faisant d’ailleurs l’objet de menaces. Si les Gendarmes Mobiles sont ressentis par les Mélanésiens comme

une troupe d’occupation, la présence des CRS était constamment dénoncée dans la presse locale européenne au moyen d’articles passablement injurieux, le Directeur du principal Journal leur reprochant l’enlèvement de sa fille par un CRS, alors qu’il espérait mieux pour elle, lui ayant installé un Cabinet de soins esthétiques.

136 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Face à la décision à prendre, sachant l’incapacité des autres régions à le suivre, son opération de

prise de contrôle de La Foa ressemblant de plus en plus à une opération-suicide, il hésitait. Sans le

soutien sur le terrain d’autres communes pour fixer et disperser les Gendarmes Mobiles, il se retrouverait isolé par rapport aux forces de répression coloniales qui n’auraient aucun mal à se concentrer sur l’objectif qu’il leur offrait et le détruire. Après sa tournée dans les tribus, il ne pouvait plus se faire d’illusions. Derrière les bonnes paroles, il avait pu se rendre compte de ce que les structures du FLNKS ne bougeraient pas dans leur ensemble, faute d’un encadrement militant et expérimenté.

Il lui restait la possibilité de réduire son ambition à des opérations ponctuelles rapides pour désarmer

certaines stations d’élevage, ou alors d’abandonner en se repliant sur ses positions de départ à Thio.

Mais il lui fallait partir car il s’était fait repérer par les habitants de la station voisine de La Pèlerie. La

présence de Machoro à La Foa était devenue un secret de polichinelle, que certain «cibiste » de droite traduisit par ces mots : « Le poisson est dans la nasse». La Pèlerie connaissait un va-et-vient

suspect de gens venus s’assurer de la présence de Machoro en personne sur les lieux où il était signalé.

Le propriétaire de La Pèlerie et les colons de La Foa pensaient à se défendre, les autres supputaient

les chances de liquider Machoro sur ce terrain accidenté.

Les événements allaient les dispenser d’agir. La mort du fils Tuai, l’émeute de Nouméa, sonnaient

comme un avertissement pour un Gouvernement qui n’aimait pas les vagues, le Parlement et les médias se faisant l’écho des événements. Il fallait lâcher du lest, offrir une pâture à la droite et aux caldoches.

Ce quelque chose serait Machoro, ce leader kanak qui refusait de respecter les accords FLNKS-Pisani.

Le seul capable, en entraînant une grande partie des Kanaks, de foutre en l’air la mise en place

apparente de l’indépendance-association, leurre propre à appâter le FLNKS légitimiste. Cet Eloi

Machoro devenait un obstacle.

Samedi 12 janvier 1985.

Depuis vendredi après-midi, une opération de bouclage de La Bachèlerie est mise en place par la

Gendarmerie. Prévenu, Eloi a refusé de partir, tout en laissant trois de ses gars le quitter avant le

bouclage définif de la station, ce qu’ils feront sans problèmes. Il croit toujours à sa chance et pense s’en sortir en négociant l’abandon de ses armes en échange de la liberté pour lui et ses hommes.

En attendant, les deux camps s’observent. Du côté des Gendarmes le Capitaine Saffray, celui-là

même que Machoro avait neutralisé quelque temps auparavant à Thio, vérifiait une dernière fois l’étanchéité du bouclage. Au milieu des Gendarmes de l’Élément Héliporté, il y avait des tireurs d’élite du GIGN, dotés du fusil de guerre FR FI, armés de balles de 7,5 mm, munitions de guerre.

Le sort de Machoro avait été décidé en haut lieu.

Eloi est encerclé, coincé comme un rat, sans espoir de pouvoir manœuvrer, sans moyen de

communication avec l’extérieur. Il est déjà mort, mais il ne le sait pas. À l’intérieur de La Bachèlerie, ils sont une trentaine à veiller toute la nuit. Ils ont confiance en leur chef. Demain ils ne mourront pas.

5 heures du matin. La brume se lève dans cette vallée encaissée qui mène aux tribus de Oui-Point

et de Koindé. La trêve est finie. Pendant la nuit, Machoro avait pressenti que quelque chose de grave

s’était passé. L’attitude des forces de l’ordre, leur déplacement, l’absence d’une volonté de discussion de leur part, comme si son sort était déjà réglé, l’inquiètent. Pourtant il n’a rien entrepris sur La Foa. Alors à quoi correspond ce déploiement de force sans même une tentative pour maintenir le contact. Quelque chose de mauvais se prépare, il le sent. Avec ses hommes, il discute d’une reddition.

De toute façon, rien d’autre à faire. La façon les choses s’annoncent sent son coup fourré à plein

nez. Malgré tout, il veut discuter, négocier sa reddition dans l’honneur. Il n’est pas dit qu’Eloi

Machoro se rendra comme n’importe quel pékin !

Soudain, dehors, une voix brise le silence du matin, un officier parle avec l’aide d’un mégaphone. Sa

voix claque sèche : « Rendez-vous, vous n’avez aucune chance. Vous êtes cernés, rendez-vous ! »

Dans La Bachèlerie, tous se regardent, une pointe d’inquiétude au creux de l’estomac. Les visages sont graves, l’angoisse est là, présente. Eloi a compris.

Peut-être se souvient-il de ses paroles dites au vieux Fessard lors de leur dernière rencontre à Bako :

« Adieu, vieux ! Si l’on se revoit ce ne sera pas sur cette terre. »

À nouveau, dehors, la voix sèche claque :

« Rendez-vous, sortez désarmés les uns après les autres… Sortez, c’est la dernière sommation ! »

Dans la maison, on entendrait voler une mouche.

Tous se tournent vers Machoro, le chef.

Maintenant Eloi sait, avec certitude… Peut-être y a-t-il un moyen de sauver ses hommes. Il les fixe en un regard circulaire, leur parle pour la dernière fois : « On va leur montrer comment savent mourir des Kanaks ! »

La porte s’ouvre. Il sort dehors accompagné de son ami et fidèle compagnon Marcel Nonnaro 34.

Ils s’avancent, l’arme à la bretelle, dans le petit matin froid. Tous deux dépassent les grands arbres

qui ombragent La Bachèlerie, jusqu’à atteindre la route bordée par une petite barrière de fil de fer

barbelé. Ils s’arrêtent là, sans deviner les silhouettes des Gendarmes planqués. Indécis, ils fixent les

alentours. Eloi sent le piège comme une bête. Il doit faire quelque chose. Il s’agite, va et vient le long de la barrière, criant aux Gendarmes dissimulés :

« Je veux parler au Sous-Préfet ! Vous n’avez pas

le droit de nous arrêter… Vous entendez ! Appelez le Sous-Préfet, je veux le voir personnellement. Je

ne discuterai qu’avec lui ! »

34. Descendant de réfugiés de la répression de l’insurrection de 1878 établis à Nakety, Canala, près du clan des Machoro.

MISCELLANÉES 137

Le dialogue de sourds se poursuit. Nul ne répond aux exigences de Machoro. Seul, de temps en temps, le mégaphone brise le silence : « Rendez-vous !

Rendez-vous ! Rendez-vous !… » Pas une seule fois Machoro ou Nonnaro n’épauleront leurs armes,

contrairement aux allégations de la Gendarmerie.

À 6 heures, un ordre tombe de Nouméa : «Tir de neutralisation sur la personne d’Eloi Machoro et

de Marcel Nonnaro ».

Cela, c’est la version officielle pour camoufler l’ordre véritable : exécution de

Machoro et Nonnaro. Les tireurs du GIGN sont prêts. L’un d’eux appuie son arme sur l’épaule d’un

collègue. Des armes et des balles faites pour tuer.

Distance : 130 mètres. Deux coups de feu se succèdent, prolongés par l’écho. Eloi s’écroule, touché

au sternum, pas cliniquement mort, mais déjà sans espoir. Marcel, lui, tombe foudroyé. Ils ont été

assassinés, de la même façon que leurs frères de Hienghène. Une exécution.

Les compagnons d’Eloi, atterrés, restent figés. L’un d’eux a tenté une sortie pour ramener le corps de

Marcel Nonnaro, le plus proche. Une balle s’écrasant sur le montant de la porte l’en a dissuadé. La

porte s’est refermée.

Dehors, le silence remplit l’espace. Seuls les deux corps cassés, étendus à terre, trahissent La normalité de la situation. Brutalement, la voix sèche, stridente, se fait à nouveau entendre : « Rendez-vous…

Dernière sommation, je répète, dernière sommation. Sortez les mains sur la tête ! »

Le silence se reconstitue… un temps. La porte s’ouvre prudemment, quelqu’un crie de l’intérieur :

«Nous nous rendons… Nous allons sortir… Nous nous rendons ». Un à un, ils sortent les mains sur

la tête, s’avancent dans le matin. Tout autour, les Mobiles, le doigt sur la gâchette, se démasquent des broussailles. Ils prennent en charge les Kanaks, vaincus d’on ne sait quelle bataille. Un Mobile, devant le corps d’Eloi Machoro, sortira sa « bulle » : « II voulait la guerre, il l’a eue ! »

Très vite, le sort des prisonniers passe un seuil critique. Les coups commencent à pleuvoir. Les

Mobiles tentent, par des moyens spécifiques, de leur faire signer des aveux tendant à prouver que ce sont eux qui avaient tiré les premiers. Pas un d’entre eux ne signera.

La responsabilité de cette exécution incombera au Gouvernement. Il devra assumer cette assassinat

qui est aussi une erreur. Car pour nous, le peuple kanak, Eloi n’est pas mort. Il est entré dans la

légende. Étrangement il meurt tout près de l’endroit où Ataï, un des principaux chefs de l’insurrection de 1878, tomba sous les coups des Canala, alors alliés des soldats français. L’histoire rejoint l’histoire. Le sang de Machoro efface celui d’Ataï, et complète la réconciliation entre frères alors ennemis.

L’annonce de la mort de Machoro nous bouleversa tous. Un silence pesant tomba sur le pays

kanak. Nous cherchions le pourquoi de ce meurtre, commis par ceux qui avaient tant fait espérer de

leur compréhension, de leur action. Comment comprendre ? Deux jours avant, Machoro avait

envoyé des émissaires à Canala afin de téléphoner à Burck 35, afin qu’un contact soit pris avec Pisani.

Le Haut-Commissaire n’avait aucune raison de le considérer comme responsable de la mort du jeune

Tuai. Mais Eloi avait eu le tort de ne pas être assez malléable aux désirs du Gouvernement Français.

Si ce dernier intervenait contre Machoro, ce n’était sûrement pas pour le mettre bêtement en prison

Au Camp Est, et se retrouver avec la prison cernée par les Caldoches voulant sa peau. On préféra

faire d’une pierre deux coups : calmer les Caldoches en leur donnant un os à ronger, de façon à

permettre au RPCR de contrôler ses troupes et se retrouver en position d’exiger le retour au calme.

En même temps on se débarrassait d’un indépendantiste par trop indépendant, ce qui permettait de brider le FLNKS.

À ces bonnes raisons il faut ajouter un facteur subjectif. Pisani avait eu peur et en rendait responsable Machoro. Au-dessus, planait la Raison d’État, entre des mains qui pouvaient être implacables.

Pisani avait obtenu toutes garanties du FLNKS de pouvoir contrôler ses troupes en cas de

neutralisation d’Eloi. Le Haut-Commissaire était donc sûr que l’élimination du Secrétaire Général de

l’Union Calédonienne, au lieu de faire des vagues, calmerait la tempête qui secouait les loyalistes. Les

trois responsables au courant du projet de neutralisation de Machoro n’ont pas su que le véritable

projet était de le faire assassiner, mais la garantie qu’ils donnèrent de contrôler leurs gens contribua

certainement à la décision de Pisani. Tout était donc en place avant les événements de Boulouparis,

la mort de Tuai ne servant qu’à précipiter les choses.

Canala est en effervescence. Le fils, le frère, l’oncle est mort. Le compagnon, le leader, l’ami est

tombé sous les balles, exécuté froidement. Le sang appelle le sang. Il faut se battre, venger les morts

pour vivre et mourir libre. Seulement, voilà, sur place il n’y a plus de chef capable de galvaniser ces

énergies pour les transformer en actions efficaces sur le terrain36. Les volontés se heurtent à

l’incapacité de réaliser, la haine devient cendres avant même d’avoir brûlé.

À Thio, l’inquiétude règne quant à la réaction des Kanaks. Pour l’instant, dans les tribus, le

peuple est assommé par la nouvelle. Les bruits les plus fous circulent. On dit que des colons étaient

présents, que ce sont eux qui ont tiré. On dit que…, on dit que… Toutes ces rumeurs contribuent à

miner la capacité de mobilisation. À trop vouloir connaître le coupable, on retarde la vengeance.

Sur ces entrefaites, Yeiwene Yeiwene, Ministre des Finances de Kanaky, débarque pour tenter de

prendre la situation en mains. Il doit à tout prix désamorcer la bombe ainsi jetée par Pisani dans le

35. François Burck, ancien prêtre comme Jean-Marie Tjibaou, fils d’un Européen et d’une femme de

Canala, élu de l’Union Calédonienne à l’Assemblée Territoriale.

36. La plupart des colons de Canala avaient quitté la région depuis déjà cinq ans et leurs terres avaient été reprises par les Mélanésiens.

138 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES

Car, malgré les morts de Hienghène, malgré l’assassinat du Secrétaire Général de l’Union Calédonienne, le Gouvernement Provisoire a décidé de continuer à privilégier le dialogue, en dehors de toute autre considération. Pour ce faire, Yeiwene Yeiwene a tous pouvoirs. Pendant une semaine, il fera réunions sur réunions, expliquant la raison de la négociation maintenue, que le rapport de forces sur le terrain favorise le Gouvernement de Kanaky, que les sacrifices n’ont pas été vains, que le courage est parfois de refuser la violence, surtout lorsqu’elle n’est pas nécessaire à la victoire. Il analysera l’erreur de la stratégie choisie par Machoro, qui risquait de faire basculer le pays dans la guerre civile, guerre à laquelle le peuple kanak n’était pas préparé. Il fit tant et si bien que le peuple ne bougera pas, non pas à cause de ses arguments, mais parce qu’il en naissait l’impression vague que quelque chose de pas clair se cachait dans ses discours, comme si la direction du FLNKS était soulagée de la disparition du leader charismatique de Thio. Respectant la douleur de ce peuple, le Gouvernement Français ne chercherait pas à bousculer ses acquis sur le terrain : il resterait donc maître chez lui. Si le Haut Commissaire reconnaissait cet état de fait, en échange le peuple kanak se devait de rester calme. Malgré le regret que l’on pouvait avoir de la mort de Machoro, rien ne permettait de mettre en doute la bonne foi de Pisani et ses déclarations d’innocence quant à l’erreur de tir et au regret qu’au lieu de blesser on ait tué. Yeiwene emporta le morceau. Le peuple s’enferma dans sa douleur. Les larmes noyèrent la haine. Kanaky prit le deuil pour la deuxième fois. Après l’autopsie, les corps d’Eloi Machoro et de Marcel Nonnaro reposaient à la morgue de Nouméa. Les indépendantistes venaient les veiller. Cette morgue se trouvait sur les quais, face au restaurant des dockers qui donnait de l’autre côté sur la rue Jules Ferry. De cent à cent cinquante kanaks et blancs se trouvaient autour de la morgue, certains venus pour protéger les corps. De nombreux activistes blancs passaient en voiture, l’insulte à la bouche, klaxon tonitruant, cherchant à rameuter un maximum de monde pour s’emparer des corps de nos frères, les accrocher aux pare-chocs des voitures et les promener dans Nouméa. Leur projet ne put être mis à exécution, la plupart des loyalistes de Nouméa se satisfaisant de l’exécution des deux leaders. Pisani avait vu juste. L’os à ronger était suffisant pour que chacun reprenne le contrôle de ses troupes et éloigne de la masse ceux qui auraient voulu aller plus loin. Le Haut-Commissaire 37 se révélait un redoutable joueur d’échecs.

Postface.

Le problème posé par la décision défaire confiance à Edgard Pisani — sous le proconsulat de qui les ratissages de villages canaques n’auront jamais été aussi brutaux — et de lever les barrages établis en

novembre 1984, dans tout le Territoire, pour la protection des villages mélanésiens contre les attaques

des milices de colons armés dont les Gouvernements successifs avaient toléré l’existence, et cela malgré le massacre de Hienghène, puis en dépit de l’assassinat d’Eloi Machoro, est un problème douloureux, en particulier pour Jean-Marie Tjibaou qui avait perdu trois de ses frères assassinés par des Européens en décembre 1984.

L’analyse d’Eloi Machoro reposait sur la constatation du mensonge permanent qui a été trop souvent

le contenu de la politique française vis-à-vis des Canaques, que l’on a toujours dépouillés de leurs biens et de leur liberté au nom d’un progrès social dont ils étaient censés bénéficier à terme. Ils n ‘ont pas voulu devenir des blancs de deuxième zone et constituent toujours un peuple, culturellement et politiquement cohérent, chrétien dans sa totalité depuis un siècle, actuellement en expansion démographique rapide au lieu d’être condamné à disparaître comme on l’avait cru.

Eloi Machoro avait raison, mais 70 000 canaques ne font pas le poids dans une lutte armée. L’affaire

de Thio, fruit d’extraordinaires initiatives spontanées se succédant, s’appuyant l’une l’autre et s’amplifiant, comme un processus sans fin, avait vite dépassé le niveau de ce qui pourrait être raisonnablement maintenu. Jean-Marie Tjibaou le savait, et malgré l’ignorance des chefs canaques des rouages de la politique française, Eloi Machoro aussi. Mais le premier a toujours été l’homme de la négociation permanente, favorable à de faibles actions ne dépassant pas le stade de la mise en scène justifiant tel ou tel discours, et faisant pression dans la négociation, alors que le second, homme de terrain, ayant réussi à chasser les derniers colons européens de Canala et Thio — mais pas les Blancs en tant que tels : les employés européens de la Société le Nickel, dans les deux sites de Thio et Kouaoua, dont la présence était parfaitement bien tolérée s’ils se conduisaient normalement vis-à- vis des Canaques — s’était construit en quelques mois une image qui lui collait à la peau.

Eloi Machoro était par ailleurs un homme d’intransigeance, dépourvu de toute formation et de tout

point de vue théoriques, en rien marxiste et resté profondément chrétien, tendu en permanence à la limite de la rupture, peut-être conscient d’un destin échappant à l’ordinaire, beaucoup plus que d’autres préoccupé par la nécessité de la réconciliation profonde, dans la lutte et dans l’action entre les descendants des insurgés de 1878 et les petit-fils de ceux qui avaient alorsjoué à tort la carte des blancs. Son choix de La 37. L’hommage qu’Edgard Pisani a cru devoir rendre à Eloi Machoro, chef de guerre — ce qu’il n’était pas, il avait justement essayé de ne pas faire la guerre — est tombé à faux : le Haut-Commissaire est allé à Thio, alors que Machoro était de Nakéty à Canala, de l’autre côté de la montagne ; il est allé chez des vivants relevant d’autres familles, et non sur sa tombe, de même qu’il n’était pas allé s’incliner sur les tombes des frères de Jean-Marie Tjibaou massacrés à Hienghène, comme s’il considérait l’événement comme inévitable ; il est allé dans un village UPM, alors que Machoro était le Secrétaire Général de l’UC.

MISCELLANÉES 139

Foa pour y poursuivre une action, erreur tactique évidente du fait de la disproportion des forces sur le

terrain, dans une large plaine aux ondulations douces, et en fin de compte son sacrifice, voulu par lui

— l’attitude du FLNKS devenu modérateur, contre lui, et celle d’un Haut-Commissaire qui se croyait

omniscient, ne lui laissaient pas de porte de sortie — semblent en porter témoignage.

Mais qu’aurait-il pu faire d’autre ? La vallée de Houaïlou, au nord immédiat, s’était libérée de toute

présence européenne, dans un grand élan consensuel auquel avaient participé même les canaques RPCR.

Les vallées de Bourail posaient un problème trop difficile avec la présence du camp militaire de Nandaï. Boulouparis était trop petit et trop près de l’aérodrome de la Tontouta, seul point véritablement stratégique de l’île, pour ne pas provoquer une réaction écrasante.

Malgré l’hommage officiel des dirigeants du FLNKS envers Edgard Pisani, l’opinion générale des

Mélanésiens rend le Haut-Commissaire responsable de l’assassinat d’Eloi Machoro, qu’il n’a su ou voulu contacter — avait-il au départ décidé de le sacrifier ? — et lajeunesse conserve par devers elle une méfiance tenace vis-à-vis de dirigeants, dont elle ne sait s’ils ont été sages, opportunistes ou naïfs. La lucidité était en réalité largement partagée entre les tenants de positions contradictoires, qui ont été bien près d’être complémentaires, et qui n ‘ont été séparés que par la tactique du Haut-Commissaire et la difficulté de communiquer à temps, sur un réseau téléphonique surveillé et coupé sélectivement sur instructions de la Gendarmerie.

Peu après, dans l’État-RPR, la stratégie des amis séparés de Machoro restait ambiguë et frappée

d’autant d’échecs que de succès. La diplomatie de JeanMarie Tjibaou 38 ne suffira pas, aussi habile et bien reçue soit-elle, malgré ses avantages évidents. Elle restait nécessaire aussi bien qu’aléatoire. La jeune génération canaque se préparait à bouger de nouveau, bien au-delà de la volonté de ses chefs officiels, là où on ne l’attendait pas, en dehors des points de rassemblement des forces de l’ordre, contre les objectifs à sa portée et sans faire le détail, mais en prenant des risques, parce qu’elle y était acculée par la politique du RPCR et du Gouvernement RPR d’exclusion des Mélanésiens des bénéfices de l’économie et du pouvoir politique. Le problème de fond restait celui-ci : combien de morts innocents, de massacres d’hommes et de femmes, d’exécution de cadres indispensables à sa survie, la société mélanésienne devraitelle supporter pour conquérir le droit à une existence autonome ? Ouvéa, suivi des Accords de Matignon, ne donneront qu’une réponse partielle.

J. G.

38. Jean-Marie Tjibaou, formé au Petit Séminaire St Tarcisius de Canala, sous la houlette du R.P. Luneau, puis au Grand Séminaire de Païta, devenu prêtre et ayant étudié à la Faculté catholique de Lyon, puis un an à Paris, avant de demander sa réduction à l’état laïque et d’épouser une protestante, est un ancien condisciple d’Eloi Machoro. Ce n’est, pas plus que ne l’était ce dernier, un gestionnaire. Il confiait volontiers les dossiers à des collaborateurs européens, métropolitains ou calédoniens, sans imaginer de devoir prendre de précautions particulières. Sa vocation était de négocier — il le ferait jusqu’au dernier moment, y compris dans la gueule de l’enfer — mais il le fait à la manière océanienne.

Elle peut surprendre les Européens, par sa capacité de persistance et une subtilité qui peut provoquer la méfiance. Il s’y ajoute que souvent les mots français n’ont pas exactement le même sens à Paris et à Nouméa, une nuance de plus venant s’ajouter dans la bouche des Mélanésiens, et que ni le Président du Gouvernement Provisoire de Kanaky, ni ses camarades, n’avaient de connaissance détaillée et précise du monde politique français. Ils n’en connaissaient pas l’histoire, et particulièrement pas celle du mouvement ouvrier et de la gauche française. Leurs points de repère sont propres à l’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie. Ils travaillent un peu en aveugles à Paris, apprenant vite, avec toujours la même difficulté de situer les paroles et les actes de nos hommes politiques dans une perspective réaliste. Ils croient encore trop facilement aux promesses et tendent à placer tout événement dans le contexte d’une vision utopique de l’avenir, en conformité avec le discours traditionnel canaque, fait de symboles dramatisés et de descriptions épiques. Sur le plan local ils peuvent être, en même temps, d’un pragmatisme déconcertant, car à ce niveau, ils savent tout du rapport de forces. Ils ne comprennent pas le language juridique français et ont une peur panique des engagements écrits, d’une part parce que les documents écrits ont toujours été utilisés pour tromper les Canaques, d’autres part parce qu’ils tendent à vouloir préserver à toute force leur liberté de décision, en toutes circonstances. Jean-Marie Tjibaou, derrière la langue imagée et symbolique utilisée, et le système de références apparemment un peu figé où il se réfugiait quand il était mis au pied du mur et voulait se donner du champ, est celui qui présente la plus grande capacité d’imaginer ou d’accepter des compromis, même parfaitement boiteux. Ce faisant, il provoquait une méfiance constante de la jeune génération, qu’il ne s’est jamais donné les moyens de contrôler et qui tendait à le dépasser par ses initiatives. Il s’irritait de ces initiatives et il ne cherchait à les récupérer que si elles avaient pris de l’ampleur et qu’il ne pouvait passer pour en être responsable. Ce n’était pas un violent et il ne pratiquait pas la haine comme outil politique. Mais il pouvait être brutal et prendre le risque d’apparaître dépourvu de sensibilité dans son propre univers politique. En résumé, c’était un homme politique de classe, qui aura joué localement un rôle considérable, dont on ne savait quand il se ferait dépasser et rejeter par les jeunes dirigeants qui montaient, mieux formés et mieux informés du monde extérieur que lui. Les Caldoches, qui le haïssaient bien à tort, souffriront bien davantage du fait de la génération canaque qui s’annonce.

 

 

independance

3 mars 2021

Comité Basque 23 02 21

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 31 min

autocollant 7

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pablo H

 

 

Au sommaire de l’émission du CSPB du 23 02 21

Pablo Hasel rappeur qui nous accompagnera en musique dans l’émission

Libération prochaine de Lorentxa Beyrie au mois d’avril,

Nous entendrons également les interventions de Juan sur le rassemblement au pont de béhobie, la voix de Loréa sur le procès de Galder barbado et Aitor Zelaia et d’Inaki Dominguez politologue et ancien preso qui s’exprime sur les élections etasuniennes, et enfin Maité sur le tortionnaire Galindo qui est mort à 82 ans du Covid .

 Le procès de Josu qui se tenait ce lundi, l’occasion de revenir sur le parcours de Josu Urrutikoetxea dans un article de médiapart procès qui est reporté au 13/14 septembre, mais un autre procès se tiendra le 21 /22 juin.    

Rassemblement contre l’extrême droite au pont de Behobie sur la bidasoa à Hendaia

Campane de soutien à Jakes EsnalL pour ses frais de justicea pour faire un don un lien est dispo sur le blog

Répression de la part des forces répressives coloniales française à l’encontre de jeunes corses, venu occuper la pacifiquement la préfecture d’Ajaccio pour demander le rapprochement de militant impliqué dans l’enlèvement de l’ancien préfet Erignac. On entendra un militant corse s’exprimer suite à l’occupation. Et le récit qui en est fait par la presse inféodé au système.  Yvan Colonna a entamé une grève de la faim pour dénoncer ses conditions d’incarcération. Il est actuellement enfermé à la prison d’Arles.

Victoire de Karfa Diallo qui était poursuivi en justice pour rébellion

Abolition de l’esclavage 227ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à l’occasion de la 4ème Black History Month à Bordeaux tjrs avec Karfa Diallo l’occasion également de mettre en exergue le passé négrier de Bayonne au 18ème S

Playlist

PABLO HASÉL CON NYTO – BORROKA DA BIDE BAKARRA, LOS CHIKOS DEL MAIZ – T.E.R.R.O.R.I.S.M.O. con HABEAS CORPUS, PABLO HASÉL – NI FELIPE VI, PABLO HASÉL – NUESTRAS LIBERTADES, PABLO HASÉL (MUERTE A LOS BORBONES), Pablo Hasél- Fuego al Estado español, Pablo Hasél- Juan Carlos el Bobón, Pablo Hasél – Albert Primo de Rivera

 

Pablo Ha

 

POLÉMIQUE – Il est devenu un symbole de la liberté d’expression dans son pays. Le rappeur Pablo Hasél a été arrêté ce mardi matin après s’être retranché à l’université Lerida, en Catalogne, refusant de purger la peine de six mois de prison dont il a écopé pour une série de tweets faisant l’apologie du terrorisme.

17 févr. 2021 11:28 – Jérôme Vermelin

« C’est l’État fasciste qui m’arrête. Mort à l’État fasciste ! » Le regard braqué vers les caméras, le rappeur espagnol Pablo Hasél, 32 ans, a exprimé sa colère alors qu’il venait d’être délogé ce mardi matin par les forces de l’ordre de l’université de Lerida, en Catalogne, où il était retranché depuis la veille avec une dizaine de sympathisants.

 

De son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, cet artiste issu de la scène underground avait été reconnu coupable en juin dernier d’apologie du terrorisme, d’injures et de calomnie à l’encontre de la couronne et de l’État suite à une série de tweets datant de la période 2014-2016 dans lesquels il insultait les forces de l’ordre espagnoles, les accusant de tortures et d’assassinats. « 50 policiers blessés ? Si ces mercenaires de merde se mordaient la langue en bouffant une hostie, ils diraient qu’ils sont blessés ».

 

Ou encore celui-ci, retrouvé par El Periodico :  « Tu tues un policier ? Ils sont capables de te chercher sous une pierre. Le police assassine ? Aucune enquête ». Et encore celui-ci, où il estime que le terroriste de l’ETA, l’organisation paramilitaire indépendantiste basque, a été « assassiné par la police ».

 

 

Un personnage qui divise l’Espagne

Condamné à neuf mois de prison ferme, il avait jusqu’au vendredi 12 février pour se rendre de lui-même aux autorités. Ce dont il s’était bien gardé, contestant depuis le début de la validité de sa sentence. « Ils devront venir m’enlever et cela servira aussi à dépeindre l’État sous son vrai visage, celui d’une fausse démocratie », avait-il déclaré à l’AFP avant de se retrancher à l’Université de Lerida.

 

Depuis plusieurs semaines, le cas de Pablo Hasél divise la société espagnole. Fils d’un entrepreneur catalan, il a déjà été condamné à plusieurs reprises pour ses textes faisant référence aux organisations armées d’extrême gauche comme les Groupes de résistance antifasciste du 1er octobre (Grapo), classés dans la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis, et accusés d’un millier d’actions violentes entre 1975 et 2003 en Espagne, avec à la clé 80 assassinats et tentatives de meurtre.

 

 

Pablo Hasél, qui a découvert le rap à l’âge de 10 ans en écoutant la formation américaine NWA et son album culte Straight Outta Compton, a choisi son nom de scène en référence à un conte arabe dans lequel un guérillero fait tomber la monarchie. Dans l’une de ses chansons, baptisée Morts aux Bourbons, il s’attaque à la famille royale espagnole qu’il accuse d’être l’héritière du régime franquiste.

 

 

Javier Bardem et Pedro Almodovar le soutiennent

Jusqu’ici, la justice s’était montrée clémente à son égard, en raison de son absence d’antécédents judiciaires. Après avoir écopé de lourdes amendes, c’est la première fois qu’il était condamné à de la prison ferme, une sanction qui fait débat. Alors que Pablo Hasél a reçu le soutien de personnalités comme l’acteur Javier Bardem et le cinéaste Pedro Almodovar, signataires d’une tribune parue dans la presse, l’affaire est devenue une épine dans le pied du Premier ministre socialiste Pablo Sanchez.

 

Depuis plusieurs mois, son gouvernement a en effet promis de réfléchir à une réforme pour que les excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques, culturelle ou intellectuelles, ne relèvent plus du droit pénal et ne se traduisent plus par de peines de prison. La semaine dernière, le porte-parole Maria Jesus Montera avait  lui-même reconnu le « manque

de proportionnalité » de la peine infligée au jeune artiste.

 

Ce mardi, le parti de gauche radicale Podemos, partenaire des socialistes, s’est indigné de l’arrestation de Pablo Hasél. « Tous ceux qui se considèrent progressistes et se vantent de la pleine normalité démocratique devraient avoir honte. Vont-ils fermer les yeux ? Il n’y a pas de progrès si nous ne voulons pas reconnaître les manques démocratiques actuels », a réagi la formation politique sur Twitter.

POLÉMIQUE – Après avoir été arrêté mardi alors qu’il refusait de purger une peine de neuf mois derrière les barreaux pour apologie du terrorisme, le rappeur Pablo Hasél a écopé jeudi de deux ans et demi d’emprisonnement pour avoir menacé le témoin d’un procès contre des policiers. Une nouvelle condamnation qui intervient alors que son arrestation a provoqué de violents affrontements dans plusieurs villes.

19 févr. 13:53 – Jérôme Vermelin

C’est l’homme qui déchaîne les passions en Espagne. Le rappeur Pablo Hasél, 32 ans, a été délogé mardi de l’Université de Lerida où il s’était retranché le week-end précédent, refusant de purger sa peine de deux mois et de prison apologie du terrorisme, mais aussi injures et calomonies à l’encontre des autorités de son pays. Des propos qu’il avait tenu dans une série de tweets publiés de 2014 et 2016 et qui ont fait de lui un symbole de la lutte pour la liberté d’expression.

 

Soutenu par de nombreuses personnalités du showbiz comme Pedro Almodovar et Javier Bardem, ce fil d’un entrepreneur catalan est devenu une épine dans le pied du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, le parti de gauche radical Podemos, dénonçant mardi une arrestation qui met en lumière « les manques démocratiques actuels ».

 

Des manifestations dans tout le pays

Dans la soirée de mardi, des violences ont éclaté en marge de manifestation de soutien au rappeur, organisée dans plusieurs villes du pays. Plus de 60 personnes ont été arrêtées et plusieurs dizaines blessées, dont une jeune fille qui a perdu un œil à Barcelone. « La démocratie ne justifie jamais, au grand jamais, la violence », a réagi ce vendredi Pedro Sanchez, dans une très brève déclaration en ouverture d’un discours en Extrémadure (ouest).

Pablo Hasél ne quitte plus la Une des journaux puisqu’il vient d’écoper d’une nouvelle condamnation, cette fois à deux ans et demi de prison ferme pour avoir menacé le témoin d’un procès contre deux policiers, a indiqué le tribunal de Lérida (nord-est), sa ville natale. Si la décision a été prise le 12 février, elle n’a été rendue publique que jeudi, dans un contexte pour le moins tendu.

 

Selon le verdict, le rappeur avait publié en octobre 2017 sur Twitter la photo du témoin d’un procès contre deux policiers municipaux, assurant que les agents avaient acheté son témoignage afin d’être innocentés. Deux jours plus tard, Pabel Hasél avait accosté le témoin dans un bar, avait tenté de le frapper et lui avait crié : « Je te tuerai fils de pute, je t’aurai ». Cette décision a été rendue en appel, après une condamnation en première instance. Le rappeur peut encore se pourvoir en cassation.

 

Issu de la scène underground, Pablo Hasél, de son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, avait déjà été condamné pour apologie du terrorisme dans certaines de ses chansons où il prônait des « tirs dans la nuque » ou des attentats suicide contre des hommes politiques, ainsi que pour avoir agressé un journaliste.

Les rues de Barcelone (Espagne) étaient remplies de manifestants samedi 20 février. La foule protestait contre l’incarcération du rappeur Pablo Hasel. Ce dernier est devenu le symbole d’une jeunesse qui s’oppose au pouvoir en place. Mais il a été condamné à neuf mois de prison pour injures et calomnies à l’encontre de la couronne et de l’État. Depuis cinq jours et le début des contestations, une centaine d’interpellations ont eu lieu et on dénombre des dizaines de blessés.

 

La jeunesse veut se faire entendre

Parmi la foule de manifestants présents à Barcelone, beaucoup souhaitent faire passer un message d’indignation. « Il ne s’agit pas seulement de Pablo Hasel. On est constamment réprimés par le gouvernement et cette manifestation, ça permet de dénoncer cela », affirme une manifestante. De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez estime que « ces manifestations sont inadmissibles. Rien ne justifie cette violence ».

 

Pablo Hasel

 

 

 

 

EHBai Biriatu-Hendaia-Urruña

 

behobie

 

Les opposants du Rassemblement National sur le pont International de Béhobie.

 

 

 

[EUS] Estatu mailako Rassemblement Nationalaren elite paristarren hautuaren ondorioz bertako biztanleriaren bahiketa salatu nahi dugu gaur. Macron-Darmanin gobernuak aukeratutako ildo politikoaren bide beretik, ustezko segurtasunaren afera 2022ko hautsekundeetarako Elyséeko lasterketaren muinean sartu dute. Beldur gara ez ote dugun enkante mediatiko batera joan beharko herritarren eta herritarren interesen kalterako.

Leku hau aukeratzeak Bidasoa ibaiaren alde bietara hedatzen den gure bizi-eskualdearen errealitatea ez ezagutzea frogatzen du. Muga hau guztiz artifiziala da gure egunerokotasunean. Izan ere, errealitate sozial, ekonomiko, kultural eta jai-giroko bat partekatzen dugu. Hemen kanpaina bat hastera etortzeak, mugak indartzea aldarrikatzeko, Urruña, Biriatu, Hendaia, Irun eta Hondarribiako biztanleekiko mespretxua islatzen du.

 

Migratzaileen eta migratzaileen estigma hautatzeak agerian uzten du RNaren lehentasunen ordena. Aurrekaririk gabeko osasun testuinguru bat bizi dugunean, aukera hori ez da egokia. Krisi honek argi utzi du osasun-sistemaren karentziak azken hamarkadetako gobernuen aukera liberalen ondorioz. Etorkizuneko giza eta finantza-baliabideak zabaltzea, kalitatezko zerbitzu publikoa bermatzeko, batez ere ospitale publikoari dagokionez, klase politikoaren kezken muina izan beharko litzateke. Ikusten dugu ez dela hori ez RNrentzako ez gobernu honetarako.

 

Azkenik, berretsi nahi dugu Euskal Herriak harrera-lurralde ireki eta solidarioa izaten jarraitzen duela. Gorrotozko hitzaldi xenofoboak ez dira inoiz ongi etorriak izango.

 

[FR] Nous tenons à dénoncer la prise d’otage dont a été victime la population locale, conséquence du choix des élites Parisiennes du rassemblement national, bien relayé par le gouvernement Macron-Darmanin, de placer la question sécuritaire au cœur de la course à l’Elysée à l’occasion de l’élection présidentielle de 2022. Nous craignons de devoir assister à une surenchère médiatique au détriment des intérêts des citoyens et des citoyennes.

 

Le choix de ce lieu démontre la méconnaissance de la réalité de notre bassin de vie qui s’étend des deux côtés de la Bidasoa. Cette frontière est totalement artificielle dans notre quotidien. En effet, nous partageons une réalité sociale, économique, culturelle et festive. Venir lancer une campagne ici, afin de revendiquer le renforcement des frontières remet en cause les liens qui nous unissent et constitue une provocation que nous n’acceptons pas. Elle reflète un mépris vis-à-vis de l’ensemble des habitant.e.s d’Urruña, de Biriatu, D’Hendaia, d’Irun et d’Hondarribia.

 

Le choix de la stigmatisation des migrants et des migrantes révèle l’ordre des priorités du rassemblement national. Au moment où nous vivons un contexte sanitaire sans précédent, ce choix est indécent. Cette crise a mis en évidence les carences du système de santé victime des choix libéraux des gouvernements successifs. Placer le déploiement de moyens humain et financier conséquents afin d’assurer un service public de qualité notamment en ce qui qui concerne l’hôpital public devrait être au cœur des préoccupations de la classe politique. Nous constatons que ce n’est pas le cas pour le rassemblement national ni pour ce gouvernement.

 

Enfin, nous tenons à réaffirmer que le Pays Basque reste et restera une terre d’accueil ouverte et solidaire. Les discours haineux et xénophobes ne seront jamais les bienvenus.

 

100 lagun elgartu gara faxismoaren aurka | 100 personnes réunies contre le fascisme

Suite à l’appel à rassemblement du RN sur le pont International de Béhobie, qui lance sa campagne régionale, une centaine d’opposants s’est rassemblée au niveau du rond-point.

 

Publié le 16 Fév 21 à 15:46

Sur appel de la tête de liste du Rassemblement National, Edwige Diaz, une vingtaine de personnes s’est rendue sur le pont International de Béhobie ce mardi 16 février 2021 afin de « dénoncer l’immigration massive ». Face à eux une centaine d’opposants est venue dire non aux « idées racistes, fascistes et xénophobes ».

 

Pays Basque. Nouveau rassemblement pour dénoncer la fermeture des points de passage à la frontière

Face à Face entre les deux groupes

Une centaine de membres des collectifs : EH Bai, Etorkinekin Solidarité Migrants, La France Insoumise, des sympathisants LGBT et des Antifascistes sont arrivés peu avant 8h soit une demi-heure avant l’heure annoncée par le Rassemblement National.

 

Les opposants du Rassemblement National sur le pont International de Béhobie. (©Bastien Claverie / Actu Pays Basque)

C’est à l’arrivée de la tête de liste du RN, Edwige Diaz, vers 8h30 que l’ambiance s’est tendue. Une banderole a été déployée par la dizaine de militants du parti avec écrit : « Immigration, ça suffit ! ».

 

 

Tandis que certains membres du parti d’extrême droite ont traversé la frontière en direction du Pays Basque Sud afin de partir en toute sécurité, d’autres ont dû être escortés jusqu’à leur véhicule par les policiers suivis de près par les opposants qui scandaient : « Fasciste dehors ! ».

 

 

Campagne au Pays Basque pour les élections Régionales

La candidate aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine a précisé lors de son entretien avec la presse qu’elle était ici car cette frontière est « le symbole d’une immigration massive » et que « la France n’était plus en mesure d’accueillir autant d’immigration ».

 

Nous tenons à réaffirmer que le Pays Basque reste et restera une terre d’accueil ouverte et solidaire. Les discours haineux et xénophobes ne seront jamais les bienvenus.

 

EH Bai

Les autres partis politiques présents dans cette contremanifestation protestent contre la présence du parti RN à la frontière entre le Pays Basque Nord et le Pays Basque Sud. Eskual Herria Bai dénonce « la manipulation honteuse dont est victime la population locale ».

 

Le choix de ce lieu démontre la méconnaissance de la réalité de notre bassin de vie qui s’étend des deux côtés de la Bidasoa. Cette frontière est totalement artificielle dans notre quotidien.

EH Bai

La peste brune, jamais l’expression n’a autant résonné en nous. Alors qu’en l’espace de douze mois les maladies contagieuses aux molécules couronnées sont entrées dans notre quotidien, celle de l’extrême droite se pointe sous notre nez. Bien visible, elle. Mardi 16 février, la candidate du Rassemblement national Edwige Diaz est venue faire campagne pour les élections régionales au pont de Béhobie, déterminée à dénoncer “l’immigration massive”. En novembre dernier, au col du Pertus, en annonçant le renforcement de la surveillance des frontières contre le terrorisme et l’immigration, Emmanuel Macron avait préparé le lit du message de l’extrême droite. Il y a quelques semaines c’était Génération identitaire au col du Portillon, aujourd’hui, c’est le Rassemblement national au pont de Béhobie.

 

Le lien entre la Covid-19 et les idées nationalistes ne se limite pas à une métaphore. Le politologue chercheur au CNRS Vincent Geisser parle “d’hygiéno-nationalisme”. Il était intervenu au centre de formation Etcharry Formation Développement en décembre dernier et avait accordé, à cette occasion, un entretien à MEDIABASK. Il constatait une méfiance accrue à l’égard de certaines catégories de population en temps de crise, symptomatique d’un repli nationaliste. Depuis l’arrivée du coronavirus, les frontières sont perçues comme des forteresses qui nous protègent alors qu’en réalité elles nous renferment.

 

Au Pays Basque, on les veut bien ouvertes. C’est ce que revendiquent des centaines de personnes chaque week-end depuis la fermeture, le 14 janvier dernier, des points de passage frontaliers, mais aussi les chefs d’entreprise, les élus, les personnes qui ont de la famille ou qui mènent leur vie des deux côtés. La libre circulation des personnes est un droit, et c’est encore plus vrai au Pays Basque. On les veut ouvertes à toute personne désireuse de venir, quelle que soit son origine, sa situation, pour une raison simple : cette terre n’appartient à personne. Ou plutôt, elle appartient à tout le monde.

 

Le déplacement de la conseillère régionale du Rassemblement national n’est que le début d’une campagne qui va se prolonger jusqu’en juin, voire plus si la pandémie nous y oblige, et on le voit déjà elle va tenter de centrer le débat sur ses thèmes de prédilection. Des préoccupations très éloignées des débats en cours dans les instances locales. Pour autant, ne nous méprenons pas, ici aussi l’extrême droite gagne du terrain. En 2015, le Front national a obtenu 16,10 % des voix exprimées au premier tour des élections régionales dans notre territoire. En 2010, il en rassemblait entre 5 % et 7 %. Concernant les départementales, le parti de Marine Le Pen a promis des candidats dans tous les cantons, comme en 2015. A l’époque, il avait réussi à se qualifier pour le second tour dans le canton Nive-Adour.

 

Avec des candidats parachutés ou originaires du cru, le fait est que les idées réactionnaires progressent, mais cela ne doit pas être une fatalité. Ce territoire en a longtemps été relativement préservé du fait de sa culture et de son histoire, nous pouvons donc imaginer que le remède à l’extrême droite réside dans la création et l’action. Alors que les politiques menées en Europe et les tactiques politiciennes des uns et des autres ne font que favoriser ces idéologies, ici, l’histoire peut prendre une autre direction, en construisant des projets et des politiques inspirés des valeurs de tolérance, du vivre-ensemble, de l’entraide.

 

behobia

Les deux groupes se faisaient face séparés par les forces de l’ordre. (©Bastien Claverie / Actu Pays Basque)

 

 

Malgré le processus de paix, un négociateur de l’ETA est renvoyé devant le tribunal

josu

 

PAR ANTTON ROUGET

ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 20 FÉVRIER 2021

L’ancien dirigeant de l’ETA Josu Urrutikoetxea, avec son avocate Me Laure Heinich, au

Palais de justice de Paris, le 19 octobre 2020. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP Un ancien dirigeant de l’ETA, qui a prononcé la déclaration de dissolution de l’organisation armée basque, doit être jugé à Paris à partir de lundi. Plusieurs experts en résolution de conflits s’inquiètent du risque de condamner un négociateur de paix. Comment juge-t-on une personne ayant contribué de l’intérieur à la dissolution d’un groupe armé, inscrit sur les listes des organisations terroristes? C’est à cette question, aussi délicate d’un point de vue juridique que politique, que va devoir répondre le tribunal correctionnel de Paris, à partir de lundi 22 février. Trois ans après le démantèlement de toutes les structures de l’ETA, la justice française doit statuer sur le sort de Josu Urrutikotxea, dit «Josu Ternera», l’un des dirigeants emblématiques de l’appareil politique de l’organisation basque. À 70 ans, Josu Urrutikoetxea, né en 1950 sous le franquisme dans un village de la banlieue de Bilbao, a tout connu, ou presque, du mouvement indépendantiste basque: les premiers attentats contre la dictature, l’exil, la prison dans les geôles françaises puis espagnoles, une tentative d’assassinat par un groupe paramilitaire, une élection au Parlement, la clandestinité et les négociations secrètes. Pour finir par la lecture, le 3mai 2018, dans un lieu tenu secret, de la déclaration annonçant la dissolution de l’ETA.

L’ancien dirigeant de l’ETA Josu Urrutikoetxea, avec son avocate Me Laure Heinich, au Palais de justice de Paris, le 19 octobre 2020. © Christophe ARCHAMBAULT / AFP Josu Urrutikoetxea est arrêté un an plus tard, le 16mai 2019, en Haute-Savoie, alors qu’il se rend à l’hôpital de Sallanches pour y être soigné sous une fausse identité. Atteint d’un cancer, il a finalement bénéficié d’une libération conditionnelle en juillet 2020, dans l’attente de deux procès sur le sol français, avant une éventuelle remise aux autorités espagnoles. La justice ibérique souhaite le juger pour son implication présumée, qu’il conteste, dans l’attaque à la voiture piégée, dont les auteurs ont déjà été condamnés, contre une caserne de la Guardia Civil, à Saragosse, le 11décembre 1987. L’attentat avait causé la mort de onze personnes. En France, Josu Urrutikoetxea est poursuivi pour des faits d’appartenance à une organisation terroriste sur deux périodes distinctes: de 2003 à 2005 pour le premier procès qui s’ouvre ce lundi; de 2011 à 2013 pour le second, qui doit en théorie se tenir en juin. Dans les deux cas, le prévenu est rejugé après avoir été condamné par défaut, avant son interpellation, à sept et huit ans de prison. Pendant les deux périodes concernées (2003-2005 et 2011-2013), il est documenté que Josu Urrutikoetxea s’activait pour la négociation d’un accord de paix entre l’ETA et les autorités, ce qui pose un certain nombre de questions juridiques et provoque l’incompréhension de médiateurs engagés dans des processus de résolution à travers le monde. À partir de 2003, le militant prépare en effet son organisation à l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations. Après l’échec de pourparlers à Alger  en 1989 (auxquels Josu Urrutikoetxea a participé au sein de la délégation internationale du groupe armé), puis en 1999 à Zurich, l’ETA s’engage alors avec les socialistes de José Luis Zapatero dans le lancement d’un nouveau processus de paix. Le schéma est alors de découper les négociations en deux parties. Une première table de négociations, dite «technique», réunissant des représentants du groupe armé et du gouvernement, doit régler toutes les questions matérielles liées à la formalisation d’un accord (cessez-le-feu, prisonniers, victimes, désarmement, présence policière et militaire,etc.). Elle avance en parallèle de discussions politiques, réunissant les acteurs de la scène politique basque et les représentants des institutions. Le cœur des travaux de cette seconde table de négociations, dont les réunions sont hébergées par la communauté jésuite de Loyola, tourne principalement autour de la question de l’exercice du droit à l’autodétermination. Ce processus a été préparé dans chaque camp plusieurs années en amont. Un émissaire des socialistes a été désigné en la personne de Jesús Eguiguren, un élu qui parle basque et a côtoyé sur les bancs du Parlement Josu Urrutikoetxea avant que celui-ci ne rejoigne, en 2002, la clandestinité. M.Eguiguren échange secrètement avec plusieurs figures du mouvement indépendantiste. De son côté, Josu Urrutikoetxea prépare les négociations du côté de l’ETA. «C’est une longue route. Malgré la volonté,

il y a un travail important à réaliser en interne, avec tous les membres de l’organisation, ainsi qu’avec les médiateurs internationaux. Il faut avancer pas à pas dans un contexte particulier: organiser des réunions dans la clandestinité réclame de prendre énormément de précautions en termes de sécurité», expose-t-il à Mediapart, à quelques jours de son procès. Le 14 mars 2004, José Luis Zapatero (PSOE) arrive au pouvoir, trois jours après les attentats islamistes de Madrid, que le premier ministre et candidat du parti populaire (PP) José Maria Aznar aura tenté envers et contre tout d’attribuer à l’ETA. Les discussions s’intensifient, et les événements s’enchaînent: le nouveau gouvernement fait publiquement part de ses dispositions à négocier, et le parti indépendantiste Batasuna, interdit un an plus tôt après le vote d’une loi spécifique par le PP, présente sa «feuille de route pour la paix» le 14novembre 2004. Six mois plus tard, l’ETA annonce un premier cessezle-feu, avant de déclarer une trêve en mars 2006. Dans la plus grande confidentialité, une délégation de l’ETA menée par Josu Urrutikoetxea se réunit, sous la protection de la police fédérale suisse, avec une équipe de négociateurs du gouvernement espagnol conduite par Jesús Eguiguren, à Genève à partir de juin 2005, comme l’ont depuis confirmé plusieurs participants, ou des notes émanant des services de renseignement espagnols ou de l’ETA. Les échanges ont lieu dans l’hôtel Président-Wilson au bord du lac Léman. «Nous sommes alors d’accord sur une chose: “Nous ne voulons pas laisser ce conflit à nos enfants”», retrace M. Urrutikoetxea. Il indique que son groupe «n’a jamais été une organisation militaire mais une organisation politique ayant vocation à négocier. L’idée d’un soulèvement militaire du peuple a été tranchée au sein de l’ETA et abandonnée dès les années 70».

Le socialiste Jesús Eguiguren et le leader indépendantiste Arnaldo Otegi se retrouvent en 2018 dans une ferme où ils ont tenu des réunions secrètes. © Capture d’écran Diario Vasco. À Genève, les discussions sont supervisées par plusieurs ONG, à commencer par le Centre Henry Dunant pour le dialogue humanitaire, mais aussi par l’État norvégien, bien connu pour ses tentatives de médiation dans le conflit israélo-palestinien, qui a fait de la résolution de conflits à travers le monde un des piliers de sa diplomatie. C’est d’ailleurs à Oslo que se réunissent, à partir d’octobre 2005, les deux équipes de négociateurs.

«Notre délégation a été transportée dans un avion privé, puis escortée par la police diplomatique dans un hôtel réservée à 80 kilomètres d’Oslo», se remémore Josu Urrutikoetxea. Entre les réunions, le dirigeant de l’ETA rend compte de l’avancée des discussions à son organisation, en se déplaçant sous une fausse identité. Il bénéficie aussi d’un sauf-conduit remis par les négociateurs espagnols : deux numéros de téléphone à appeler en urgence s’il est interpellé par la police. Le premier numéro est celui de Víctor García Hidalgo, alors chef de la police nationale espagnole. Le second est celui du préfet Christian Lambert, intime de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur. Le numéro de M.Lambert sera d’ailleurs retrouvé dans les affaires de Jon Iurrebaso Atutxa, un autre membre de la délégation de l’ETA présente à Genève, lors de son arrestation à Périgueux en mars 2007. Bien engagées, les discussions s’enlisent dans la seconde moitié de l’année 2006 malgré les espoirs qu’elles suscitent dans la société basque. Chaque camp reproche désormais à l’autre son manque de sincérité, et plusieurs vagues d’interpellations crispent les indépendantistes. Après plusieurs mois de tensions, l’ETA rompt sa trêve le 30décembre 2006, en perpétrant un attentat à la voiture piégée contre l’aéroport de Madrid. Aujourd’hui encore, les interprétations divergent sur les raisons qui ont conduit à l’échec des négociations. Sept ans plus tard, de retour à Oslo Josu Urrutikoetxea, qui porte un regard critique sur la gestion des événements dans sa propre organisation, se met en retrait et part vivre dans un village de l’Ariège, où il mène une vie normale sous une fausse identité. «Au moment d’entamer les négociations, j’ai

toujours répété à mes camarades qu’il fallait avoir en tête deux choses: le processus n’est jamais une ligne droite, et l’État que nous avons en face ne respectera pas sa parole, explique-t-il, mais malgré cela, il faut patiemment savoir activer deux choses: l’adhésion du peuple au processus de paix, et le soutien de la communauté internationale. C’est cela qui forge la réussite du processus.» L’échec des négociations de 2005-2006 est un coup dur. L’engrenage attentats-arrestations s’accélère en France et en Espagne, jusqu’à l’avènement d’une nouvelle phase d’apaisement avec l’arrêt des actions «offensives» de l’ETA en 2009. Cette annonce est suivie par la tenue d’une conférence internationale pour la paix présidée par le prix Nobel Kofi Annan le 17octobre 2011 à Saint-Sébastien. Trois jours plus tard, l’ETA annonce un cessez-le-feu définitif. « L’orchestration de la déclaration d’Aiete était  la suivante: on fait un acte de reconnaissance internationale de la nécessité de résoudre le conflit, on demande à l’organisation armée des actes concrets et définitifs en faveur du processus de paix, puis aux États d’agir en ce sens en ouvrant un canal de négociation. Le changement de gouvernement à Madrid a tout changé, alors que l’ancien gouvernement était d’accord avec ce scénario-là», indique Véronique Dudouet, experte à la Fondation Berghof. Basée à Berlin, cette ONG, qui intervient dans de nombreuses zones de conflits (Colombie, Népal, Sri Lanka, Indonésie), s’implique aux côtés de représentants de la société civile basque. À Madrid, la donne a en effet brutalement changé en décembre 2011. Le nouveau gouvernement de Mariano Rajoy qui arrive au pouvoir refuse toute discussion. «On ne négocie pas avec les terroristes», répète-t-il, en soignant sa base électorale. Kofi Annan à la conférence d’Aiete d’octobre 2011. © Bake Bidea Pendant les préparatifs de la conférence d’Aiete, des médiateurs internationaux sont allés voir Josu Urrutikoetxea en Ariège: ils veulent qu’il participe aux futurs pourparlers. «Ils m’ont présenté la nouvelle feuille de route, j’ai accepté de mettre à profit mon expérience pour parvenir à un accord de paix», explique-t-il.

Le voilà de retour à Oslo, de 2012 à 2013. «Une voiture diplomatique est venue me chercher en Ariège, j’ai dormi une nuit à l’ambassade de Norvège à Paris puis j’ai rejoint la délégation de l’ETA à Oslo, où nous avons mené une vie normale». Alors que son nom avait disparu des organigrammes du groupe armé, tels que reconstitués par l’Uclat (Unité de coordination de la lutte antiterroriste), Josu Urrutikoetxea réapparaît dans la liste des chefs de l’ETA. À Oslo, la délégation de l’ETA attend pendant plus d’un an de pouvoir entamer des discussions, qui ne débutent jamais. En décembre 2012, un émissaire du Vatican se rend à Oslo pour essayer de faire le lien avec le ministère de l’intérieur espagnol mais le gouvernement Rajoy reste inflexible. Josu Urrutikoetxea quitte la Norvège en février 2013, pour retourner en Ariège. L’ETA définit alors une nouvelle feuille de route.

«Tous les processus de paix sont, par définition, ad hoc et spécifiques. Dans le cas basque, nous sommes dans un processus très particulier dans la mesure où le processus qui a mené à la fin de la violence de l’ETA, puis à son démantèlement, a été conduit de manière unilatérale par le groupe armé et n’a jamais été reconnu comme tel par Madrid», note Pierre Hazan, conseiller en matière de justice de transition auprès du Centre pour le dialogue humanitaire, qui a participé aux préparatifs de la conférence d’Aiete. Non reconnus par les gouvernements, les médiateurs internationaux s’adaptent également à ces circonstances inédites. «Il n’y a pas eu de médiation par les acteurs internationaux mais une orchestration à différents niveaux. Il y a eu ceux qui ont facilité le dialogue discret entre l’organisation armée et différentes institutions, il y a eu le Groupe international de contact (GIC), qui a joué un rôle de représentation et de suivi de la feuille de route, et

la Commission internationale de vérification (CIV), sur la question du désarmement unilatéral», résume Véronique Dudouet. La spécialiste relève qu’«il est assez exceptionnel d’avoir une organisation armée qui se dit prête à engager un processus de démantèlement de ces structures et n’a pas de réponse des États». «L’engagement de l’ETA n’était pas en doute. L’organisation a fait respecter son cessez-le-feu depuis 2011, ce qui démontre aussi sa capacité opérationnelle et sa cohésion», ajoute-t-elle, en indiquant avoir «pris connaissance ensuite du processus de dialogue inclusif que l’organisation avait mis en œuvre auprès de tous ses militants, en clandestinité, en prison ou en exil, pour être sûr que tout le monde suive sa décision».

Emmanuel Macron appelle à ne pas faire «bégayer l’Histoire» Après six années de blocage, et alors que les interpellations se poursuivent dans les rangs de l’organisation, le désarmement se concrétise le 8 avril 2017 à Bayonne. Le procédé est aussi osé qu’inédit: puisque les gouvernements ne veulent pas y participer, des citoyens et des élus décident de le prendre directement en main (lire le récit de cette journée ici). Les observateurs découvrent alors l’importance des stocks de l’organisation qui détenait près de 3,5tonnes d’armes et d’explosifs. À Paris, le gouvernement de Bernard Cazeneuve n’accompagne pas le désarmement, mais ne l’entrave pas non plus. Les autorités policières (le préfet des Pyrénées-Atlantiques Éric Morvan sera promu après cet épisode directeur général de la police nationale) et judiciaires (alors en poste à Bayonne, le procureur Samuel Vuelta-Simon est un ancien magistrat de liaison à Madrid) participent également au bon déroulement de l’opération. Un émissaire du Vatican vient aussi apporter sa caution diplomatique.

« La société civile a pris le relai des États dans le désarmement, y compris pour régler la question judiciaire liée au transport ou à la détention d’armes. C’est quelque chose d’assez incroyable. C’est un modèle désormais utilisé à l’ONU, quand il faut

trouver une solution à une absence de dialogue ou un blocage étatique», commente Véronique Dudouet. Mais l’absence d’accord de paix ne referme pas le conflit. «Dans un processus classique, l’homme qui conduit les négociations et participe à mettre un terme à la violence politique n’est plus considéré comme un ennemi, mais un faiseur de paix. Aujourd’hui, on paye l’héritage de cette absence de formalisation des discussions entre les deux parties», indique Pierre Hazan, qui souligne que le procès engagé contre Josu Urrutikoetxea pourrait «être ressenti comme une provocation inutile». En temps normal, quand le processus de paix aboutit sur un accord négocié, «cela permet la mise en œuvre de mécanismes de justice transitionnelle, qui ont justement vocation à régler les questions judiciaires liées à la participation au conflit», rappelle Véronique Dudouet. En Irlande du Nord, par exemple, «l’accord de paix a permis la libération de tous les prisonniers politiques, et le fait d’avoir appartenu à une organisation inscrite comme terroriste par le gouvernement britannique ne pouvait pas conduire à  la prison après la signature des accords de paix, sous réserve bien entendu que les personnes ne commettent pas d’autres délits ou crimes ensuite», explicite la spécialiste. Rien de tel dans le dossier basque, ce qui fait craindre, au-delà des problématiques individuelles, un précédent international. «Nous devons assurer que les chefs des groupes armés ou leurs représentants puissent se rendre sans danger aux négociations et en revenir, même si nous les considérons comme des terroristes», a rappelé le diplomate Jonathan Powell, dans La Croix. Pour l’ancien chef de cabinet de Tony Blair, engagé dans les négociations préalables à l’accord avec les irlandais de l’IRA, «il est essentiel que les chefs des groupes armés ou leurs représentants consultent régulièrement et en personne leurs partisans, sinon ils ne pourront pas les entraîner dans un accord final nécessitant des compromis difficiles, et on finit par se retrouver avec des groupes terroristes dissidents qui poursuivent les violences». Dans une tribune publiée dans Le Monde, l’ancien président du Sinn Féin irlandais, Gerry Adams, et l’ancien dirigeant de l’ANC sud-africain, Ronnie Kasrils, ont aussi insisté sur le fait que «Josu Urrutikoetxea a fait preuve d’un courage énorme pour promouvoir et rendre possible le débat sur la fin de la violence, le désarmement et la dissolution de l’ETA.

Sans lui, et sans d’autres comme lui, il aurait été pratiquement impossible d’accomplir ce changement substantiel qui s’est produit au Pays basque». «Ceux d’entre nous qui ont participé à l’élaboration d’un processus de paix, qui ont œuvré à la résolution pacifique d’un conflit, savent qu’il s’agit là d’une gageure. Négocier avec son propre camp est toujours la négociation la plus difficile, mais elle est essentielle si l’on veut progresser», rappelaient-ils. Véronique Dudouet pointe ainsi «l’absurdité» de vouloir «juger une personne pour les risques qu’elle a pris afin de transformer le conflit, et de convaincre le mouvement indépendantiste basque de la nécessité d’engager des négociations». «À La Havane, les négociateurs des FARC ont obtenu des garanties avant de venir négocier. Même chose pour les négociations avec l’ELN. S’il y a une issue négative au procès, cela aura de l’impact sur d’autres conflits. Ceux qui prennent des risques pour la paix se diront qu’ils n’ont plus aucune garantie que les choses ne tournent pas mal ensuite pour eux», s’inquiète-t-elle. Au Pays Basque, la situation suscite tout autant d’incompréhension. «Je suis surpris que le parquet national anti-terroriste (PNAT) ne réactualise pas sa manière d’appréhender le dossier basque», exprime le sénateur LR et conseiller départemental de Biarritz, Max Brisson, en relevant un «décalage complet entre ce que nous vivons chez nous et les positionnements du parquet». «Ce décalage est difficile à vivre», ajoute le sénateur. Chaîne humaine pour les prisonniers basques, à Bayonne, le 9 janvier 2021. © Gaizka IROZ / AFP Ce constat vaut pour le cas de Josu Urrutikoetxea, comme pour le sort d’autres anciens membres de l’organisation armée. «On a des détenus qui ont plus de 70ans, qui sont en prison depuis plus de 30ans, et qui auraient été libérés dans un autre contexte», relève Max Brisson. La semaine dernière, le sénateur était reçu, avec une délégation transpartisane d’élus basques et de représentants de la société civile, par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. «Ces dernières années, il y a eu quelques progrès enregistrés en termes de rapprochement des détenus [les prisonniers basques étaient jusqu’ici systématiquement dispersés et éloignés – ndlr] ou dans la levée du statut de DPS (détenus particulièrement signalés), il faut le noter», souligne M. Brisson, «mais il faut que les autorités prennent la mesure qu’il y a au Pays basque un processus irréversible.» Côté espagnol, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, qui a conclu des accords ponctuels avec les indépendantistes basques pour l’adoption de son budget au Congrès, a aussi engagé une série de rapprochements des prisonniers (qui sont au nombre de 216 en France et en Espagne). Le 17 mai 2019, dans le cadre d’une visite préparatoire à l’organisation du G7 à Biarritz, Emmanuel Macron avait affirmé que «le Pays basque est pour moi un exemple, quand je regarde ces dernières années, de résolution d’un conflit et de sortie des armes».En soulignant le travail réalisé par la société civile et les élus locaux, le président affirmait alors que «le devoir de l’État est d’accompagner le mouvement», pour ne «pas faire bégayer l’Histoire». «Cette parole forte ne s’est pas accompagnée d’un renouvellement de l’approche du PNAT, qui reste dans une posture de combat», regrette Max Brisson. L’avocat Serge Portelli, qui a pris la robe après une carrière de magistrat, l’a bien constaté dans les dossiers dans lesquels il est intervenu ces dernières années: «Tout ce qu’on peut dire sur la remise des armes et la dissolution est acté, mais pas réellement pris en compte. Quand on fait des demandes de libérations conditionnelles pour des détenus en prison depuis 30ans, le parquet continue à dire: “On ne sait jamais, la violence peut repartir.” Il n’a pas fait une croix sur le passé.» L’absence d’institutionnalisation du processus de paix oblige ainsi à «avancer au coup par coup», ajoute MePortelli. Avec sa consœur MeXantiana Cachenaut, l’avocat a toutefois obtenu, fin 2020, une décision favorable à Iratxe Sorzabal, une autre ancienne dirigeante de l’ETA, qui était avec Josu Urrutikoetxea à Oslo de 2012 à 2013, et qui a conduit l’organisation armée vers son désarmement. Appelée à se prononcer sur un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne à l’égard de MmeSorzabal, la cour d’appel de Paris a refusé cette remise, le 16décembre 2020. La décision va dans le sens d’une prise en compte, par les tribunaux français, des spécificités du conflit basque. En l’espèce, la cour a expliqué que les autorités espagnoles n’avaient «pas répondu avec suffisamment de sérieux et de rigueur au risque de violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme», qui aurait dû garantir le droit à un procès équitable à Iratxe Sorzabal. Cette décision est d’autant plus notable que, les années précédentes, d’autres mandats d’arrêts avaient été acceptés à l’égard de MmeSorzabal, qui dénonce avoir subi des actes de torture en garde à vue, en 2001. Ces allégations, contestées par Madrid, reposent sur des «preuves convaincantes», selon le Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture. «La position du parquet et la décision de la cour ont été courageuses», relève MePortelli, «pour la première fois, les faits de torture accablants au cœur de ce dossier ont été pris en considération», alors que l’Espagne enchaîne les condamnations devant la Cour européenne des droits de l’homme pour ne pas avoir enquêté sur des dénonciations de torture (la dernière en date, le 19janvier 2021). Lorsqu’ils ont rendu leur arrêt, Serge Portelli a tenu à saluer le «courage» de l’avocat général et de la cour. «Pour l’instant, nous sommes prudents dans l’interprétation de cette décision», ajoute l’ancien magistrat, «je suis curieux de voir comment va évoluer la position du PNAT».

 

Boite noire Véronique Dudouet et Pierre Hazan ont relu leur citation avant la publication de cet article.

 

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Il est tristement célèbre pour le traitement infligé aux militants basques dans la tout aussi sinistre caserne d’Intxaurrondo, à Donostia. Décoré à plusieurs reprises, il avait atteint le grade de général et, malgré une condamnation à 71 ans de prison, Enrique Rodriguez Galindo a vécu libre, sous contrôle judiciaire, au cours des deux dernières décennies. Il est mort de la Covid-19 le 13 février, date de la Journée internationale contre la torture. Il allait fêter ses 82 ans.

Sa réputation s’est forgée dans les années 80 et ce n’est qu’en 1999 qu’il a dû répondre de ses actes devant l’Audience nationale espagnole. Il a été condamné dans les procès du Gal, plus particulièrement, dans la disparition et la mort de Joxean Lasa et Joxi Zabala, réfugiés basques enlevés à Bayonne en 1983. Après cinq ans derrière les barreaux, le gouvernement de Rodriguez Zapatero lui avait rendu la liberté en 2004 pour des raisons de santé.

Né à Grenade,  fils de Garde vivil, Enrique Rodriguez Galindo était devenu chef de la circonscription du Gipuzkoa en 1980, responsable de la caserne d’Intxaurrondo pendant 13 ans. Ce haut lieu de la lutte contre les militants basques est également connu pour ses liens avec le Gal et le trafic de drogue. Il n’avait pas été donné de suite au rapport intitulé « Navajas », rédigé par le procureur chef du Gizpuzkoa. En revanche, le général avait eu gain de cause dans la plainte qu’il avait portée contre le groupe de rock Negu Gorriak pour une chanson, « Ustelkeria », dénonçant le système Galindo.

Dans la mémoire collective basque, seul un autre personnage atteint le même niveau au panthéon de l’infamie, le responsable de la police espagnole franquiste Meliton Manzanas.

 

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Rodriguez Galindo avait été aussi jugé à Donostia pour une affaire de trafic de drogue. © DR

Alors que beaucoup de média en Espagne présente le tortionnaire Galindo comme un héros qui à vaincu l’organisation ETA il est bon de rappeler la face cachée de ce personnage qui a à son actif par les ordres qu’ils donnaient le sang de centaines de militant-e-s basques ou opposant-e-s espagnols et catalans, torturé-e-s et tué-e-s dans les geôles espagnoles. Et de revenir sur un article datant de 2004 par un collectif antfaxista. La Haine.org  

 

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Le général Galindo recevra le troisième degré

x La Haine / agences

L’ancien général de la Garde civile, Enrique Rodriguez Galindo, condamné à 75 ans de prison pour le meurtre de Lasa et Zabala, obtiendra le 3e degré pénitentiaire sans avoir purgé les trois quarts de sa peine. Rappelons-nous un peu qui cette personne est

 

Galindo demandera le troisième degré après la décision de l’audience de ne pas l’exiger de purger la moitié de la peine

MADRID, 18 (EUROPA PRESS)

L’ancien général de la Garde civile Enrique Rodríguez Galindo, qui purge 75 ans de prison pour « l’affaire Lasa y Zabala », demandera immédiatement son transfert dans la prison du troisième degré, une fois que la Cour nationale aura décidé de modifier son régime afin qu’il puisse déménager monter le grade sans avoir purgé la moitié de sa peine, selon ses sources de défense informées Europa Press.

Bien que cette demande ait déjà été formulée précédemment, Galindo demandera à nouveau le transfert au troisième degré à la commission de traitement de la prison d’Ocaña, dans laquelle il purge une peine. S’il était accordé, l’ancien général n’aurait qu’à aller en prison pour dormir du lundi au jeudi et aurait les week-ends de congé.

Cette demande de promotion de grade peut être faite par Rodríguez Galindo lui-même, qui a été notifié par ordonnance du tribunal national, car lorsque les problèmes liés aux peines sont résolus, il est obligatoire d’en informer les détenus. Le procureur du tribunal national Pedro Rubira a également demandé l’octroi du troisième degré à Galindo lorsqu’il a informé le juge de la modification du régime pénitentiaire du détenu.

L’avocat de Galindo, José María Fuster Fabra, a été satisfait de la décision du juge central de surveillance pénitentiaire de la Cour nationale, Javier Gómez Bermúdez, bien qu’il ait estimé qu’il était « en retard ». A son avis, «des mois» ont été perdus pour qu’ils acceptent désormais ce qu’ils ont toujours soutenu. « Nous avons commencé à voir la lumière au bout du tunnel », a-t-il déclaré à Europa Press.

 

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————————————————– ——– Un peu d’informations sur ¡ QUI EST GALINDO

du réseau basque rouge ?

LA «DIRTY WAR» QUE L’ESPAGNE FAIT À EUSKAL HERRIA, sur le site RED BASQUE NETWORK, nous avons publié, en plus des rapports choquants sur les tortures de Basques et Basques perpétrées par la police et les gardes civils espagnols, les preuves que le militant d’ETA Joselu Geresta ne s’est pas suicidé mais a été assassiné. Là, entre autres, il est dit que:

« Le rapport de l’Institut de toxicologie de Madrid dans lequel il est indiqué que José Luis Geresta s’est fait arracher deux dents peu de temps avant ou peu de temps après sa mort a été inclus hier par des responsables pro-Amnesty parmi » les preuves qui le soulignent, avec une force croissante , que des éléments proches de l’appareil d’État, ses forces de sécurité, pourraient être à l’origine du premier et du seul décès des dix derniers mois. « 

L’organisme antirépresseur a indiqué, dans un communiqué, qu’en attendant de recevoir la confirmation officielle du tribunal d’instruction numéro 2 de Donostia, la fuite d’une partie du résultat de cette analyse toxicologique, demandée par la famille du militant basque, « vient à écarter, d’une part, la thèse du suicide et, en même temps, confirme notre plainte selon laquelle des tiers ont tué Geresta. « 

Eh bien, le GARA du 31 juillet dernier a publié qu’un magistrat de la Cour supérieure de justice du Pays basque (TSJPV) avait décidé d’imputer le porte-parole du Conseil national de HB Arnaldo Otegi pour les blessures présumées commises lors de sa déclaration en conférence de presse que la mort de Geresta était un assassinat et l’attribuer aux appareils de l’État espagnol. Curling la boucle de la performance grotesque de la « Justice » espagnole, le magistrat ordonne que la procédure contre Otegi soit suivie devant la cour d’instruction n ° 2 de Donostia. LA MÊME COUR QUI PREND L’ENQUÊTE SUR LA MORT DE GERESTA ET DANS LAQUELLE LA PREUVE QU’IL A ÉTÉ TUÉ FONCTIONNE. C’est-à-dire que lorsque les appareils de l’État espagnol assassinent et que quelqu’un le dénonce, la «justice» espagnole persécute le plaignant et non les assassins.

Et rien ne se passe.

Il y a plus. Beaucoup plus. Le 24 juillet, il a été publié que le gouvernement espagnol avait gracié trois gardes civils condamnés pour avoir torturé Kepa Urra. J’en discute en détail dans l’analyse mensuelle de juillet. Le 30 juillet, la presse publie que 40 avocats du Barreau du Gipuzkoa ont signé un manifeste dans lequel ils dénoncent qu’avec cette grâce, l’État espagnol «APPROUVE ET PROTÈGE la violation des droits de l’homme» et peut provoquer la répétition de la torture pour «COMPTE LES TORTURES AVEC UN VRAI BREVET DE CORSO, se sentant soutenus dans leur travail méprisable « . Le 1er août au GARA, José Mari Esparza publie une chronique intitulée LA QUESTION DU TORMENT dans laquelle il déclare que: « Les Espagnols n’arrêteront pas de torturer. Ils le portent dans leurs gènes politiques. C’est l’essence de leur État. La droite par tradition et la gauche par recrutement, il n’y a rien à voir avec eux. Le pardon nouveau et récent accordé à trois tortionnaires n’est pas un scandale: c’est une pure procédure pour eux de revenir au bloc. Dans le style des Israéliens, il vaut mieux que les Espagnols légalisent ouvertement la torture pour les dissidents. « 

Le même jour, EL MUNDO a publié comment, dans une interview, le ministre de l’Intérieur du gouvernement espagnol n’a pas hésité et a publiquement justifié la grâce des gardes civils tortionnaires « pour de nombreuses raisons: en raison du bilan de ces personnes en dehors de ces événements et car ils ont été très importants dans de nombreuses opérations absolument décisives pour la Garde civile et pour tout le monde « . Autrement dit, PARCE QU’ILS SONT DES TORTURATEURS EFFICACES. Et le journaliste ne se plaint pas.

Et rien ne se passe.

Encore plus. Le 4 août, EL MUNDO a publié que le ministère de l’Intérieur avait divulgué la nouvelle qu’un de ces trois bourreaux de la garde civile graciés allait être promu commandant. L’avocat de Tortureren Aurkako Taldea Begoña de la Cal dénonce, après en avoir pris connaissance, le fait qu ‘«une fois condamné, celui qui est gracié et promu va à l’encontre de l’éradication de la torture.

Et rien ne se passe.

Encore plus. Le même jour, le 4 août 1999, sur la première page de GARA, il y avait un titre en trois colonnes qui disait: « Le » numéro deux « du général Galindo, arrêté pour trafic de drogue. » L’actualité est également en première page de nombreux autres journaux. Le lieutenant-colonel de la garde civile Máximo Blanco, qui commandait la caserne d’Intxaurrondo sous les ordres de Galindo, a été arrêté lundi 2 à Tarragone à la suite d’une opération contre le trafic de drogue, liée à une cargaison de plus de 5 tonnes de haschich. Le 5, EL MUNDO a titré que « le lieutenant-colonel Blanco a collecté 1,6 million sur les » narcos « et détaille ensuite qu’il s’attendait à un autre revenu du même montant cette semaine. Les 5 mêmes titres de la DEIA que « INTERIOR A ASCENDED TOUS LES ANCIENS COMMANDES D’INTXAURRONDO IMPLIQUÉES DANS LES CAS DE TRAFIC DE DROGUES », citant dans le sous-titre les noms de Galindo, Máximo Blanco, Pindado et Palomino. « La démolition d’Intxaurrondo » demande le même jour dans le titre de sa chronique et dans le texte le directeur adjoint de DEIA Xabier Lapitz qui se souvient des victimes des casernes assassinées par la torture (Lasa, Zabala, Zabalza … et autres) et ajoute «aux anonymes accro aux drogues que les chefs de la garde civile de cette sinistre caserne se sont consacrés à distribuer pour leur profit personnel». Il récite également les noms de Galindo, Máximo Blanco, José Ramón Pindado, Andrés Palomino et le caporal Cruz. Ajoutant que << Ils avaient tous des responsabilités dans la lutte contre l’ETA sous le commandement direct de Galindo. TOUT LE MONDE A APPRIS LE COMMERCE DE LA DROGUE AU MEGACUARTEL DE LA GARDE CIVILE DE GIPUZKOA. Leurs victimes sont mortes de surdoses, du sida,

Mais l’allégation la plus lucide et la plus retentissante sur le sujet est publiée par Pepe Rei le même jour 5 dans un article de GARA intitulé CRÉMENES ORGANIZADOS. Après avoir examiné une liste de noms de gardes civils d’Intxaurrondo, Pepe Rei déclare: « Ils ont tous une peine finale pour trafic de drogue ou contrebande à grande échelle. Mais ils ne sont que la pointe de l’iceberg qui cache la grande vérité que l’Intxaurrondo est une énorme source de corruption. Et pour mémoire, ce ne sont pas mes paroles, mais elles ont été prononcées en son temps par un général du même corps nommé Pedro Catalán. « 

Pepe Rei ajoute: « Il est clair que le » Galindo rouge « a été l’une des armes les plus meurtrières que la garde civile a utilisées au nom de l’État espagnol pour lutter contre la gauche indépendantiste basque. Et ce ne sont pas non plus mes paroles: il les a corroborés en premier mai dernier, le narco Vedat à ‡ icek devant le chef de la cour d’instruction n ° 1 de Donostia: LA GARDE CIVILE INTRODUIT LE HÉROS AU PAYS BASQUE POUR DES MOTIVATIONS POLITIQUES CONTRE LA JEUNESSE DE CE PEUPLE « 

Pepe Rei déclare également que « personne ne compte les milliers de jeunes qui ont pris la drogue pour récompenser les hommes de main de Galindo. Pour les morts de la drogue, il n’y a pas de minutes de silence, ni d’homélies en leur honneur. MAIS CE SONT AUSSI DES VÉRITÉS DE LA DIRTY GUERRE DE L’ÉTAT ESPAGNOL « 

Yahoo News, 10 mars 2003

Le juge de Saint-Sébastien confirme le dossier de l’affaire contre Rodríguez Galindo pour lien présumé avec le trafic de drogue

SAN SEBASTIAN, 10 (EUROPA PRESS)

Le tribunal d’instruction numéro 1 de Saint-Sébastien a confirmé le dossier de l’affaire contre l’ancien général de la garde civile Enrique Rodríguez Galindo et l’ancien sergent Enrique Dorado Villalobos pour liens présumés avec des réseaux de trafic de drogue, contrebande et proxénétisme, comprenant que les accusations « ce sont de simples rumeurs qui n’ont pas été prouvées », selon la voiture à laquelle Europa Press avait accès.

De cette manière, le tribunal rejette l’appel au dossier déposé en juillet dernier par l’association contre les réseaux de trafic de drogue Adore.

Le juge n’a pas non plus admis, comme Adore l’a demandé dans son appel, demander au ministère de l’Intérieur toutes les fausses identités que Rodríguez Galindo et son épouse avaient fournies, afin d’enquêter sur les biens de celui qui était responsable de l’Intxaurrondo Caserne.

En ce sens, il fait valoir que l’enquêteur « n’a pas l’obligation d’admettre tous les éléments de preuve demandés par les parties », d’ajouter que la procédure a été ouverte en 1991 et, après plus de douze ans d’enquête, « l’enquête n’est pas pertinente dans le sens de pouvoir se trouver devant une infraction pénale « .

En outre, il rappelle que, le 29 février 1997, le tribunal de Saint-Sébastien a demandé au tribunal central d’instruction 5 de la Haute Cour nationale de lui transmettre le témoignage des « données utiles à l’enquête qui peuvent exister dans le résumé 17/95″ ( cas Lasa-Zabala), « sans donner de résultat, après l’énorme travail d’enquête » qu’il avait effectué sur les biens de Rodríguez Galindo et de sa famille dans le cadre de cette procédure.

L’accusation populaire a demandé au tribunal d’instruction dans son appel que, si elle la rejetait, elle devait être déposée devant le tribunal provincial de Gipuzkoa, qui devrait donc l’étudier maintenant.

L’enquête sur l’implication présumée d’agents d’Intxaurrondo dans des réseaux de trafic de drogue à Guipúzcoa a été rouverte en 1996 par ordonnance du tribunal provincial, qui a confirmé l’appel d’Adore, après que la cour d’instruction 1 a rejeté les plaintes de ce groupe.

 

Il y a quelques jours un enregistrement a été retrouvé qui prouve l’implication dans des actes de tortures et de meurtres de haut dirigeant de la guardia civile

Certains enregistrements du haut commandement de la Garde civile montrent que Zabalza est mort après avoir été torturé

x Ananas Begoña

Un moment de la conversation entre le colonel Juan Alberto Perote et le lieutenant Pedro Gómez Nieto.

 

Certains enregistrements de hauts commandants de la Garde civile montrent que Zabalza est mort après avoir été torturé à Intxaurrondo

Le 26 novembre 1985, la garde civile a arrêté Mikel Zabalza, l’a transféré à Intxaurrondo et a disparu. Le 15 décembre, son corps a été retrouvé dans la rivière Bidassoa. Público  propose en exclusivité l’audio, jamais entendu publiquement, d’une conversation entre l’ancien colonel du CESID Luis Alberto Perote et le capitaine de la Garde civile Pedro Gómez Nieto dans laquelle il est admis que Zabalza est mort après avoir été torturé. Le document est ressorti de l’enquête menée par Miguel Ángel Llamas et Amaia Merino pour le film documentaire «Non dago Mikel?», Qui sortira en salles vendredi.

  Le 26 novembre 1985, à l’aube, la Garde civile a arrêté le jeune Navarrais  Mikel Zabalza , chauffeur de bus à Donosti. Dans l’opération, ils ont également arrêté sa compagne, Idoia Aierbe, et son cousin, Manuel Vizcay. A Orbaitzeta, ils ont attrapé ses frères Patxi et Aitor, et à Errenteria, ils ont arrêté  Ion Arretxe . Quatre d’entre eux – Mikel Zabalza, Vizcay, Idoia Aierbe et Arretxe – ont été transférés à Intxaurrondo et détenus au secret en vertu de la loi antiterroriste. Il ne fallut pas longtemps pour qu’ils soient libérés, tous sauf Mikel, dont on ne savait rien d’autre.

Les vingt jours suivants, la tension au Pays basque et l’intérêt des nouvelles grandirent. La famille a désespérément recherché le jeune homme et s’est rendue à la caserne Intxaurrondo de la Garde civile, où les autres détenus ont affirmé l’avoir vu ou entendu. La garde civile a  déclaré que l’homme s’était échappé lors d’une prétendue reconnaissance d’un zulo à Endarlatsa. Aujourd’hui, 35 ans après le meurtre, la conversation entre le colonel du CESID de l’époque Luis Alberto Perote  et le capitaine de la Garde civile  Pedro Gómez Nieto , en poste à Intxaurrondo sous Galindo, peut être entendue publiquement pour la première fois  , dans laquelle Ils admettent que Mikel Zabalza est mort tout en étant torturé dans cette caserne.

Le document sonore, retrouvé lors de la perquisition cellulaire de l’ancien colonel du CESID Luis Alberto Perote, fait partie de l’enquête que les réalisateurs  Miguel Ángel Llamas et Amaia Merino ont  menée pour leur film documentaire  Non dago Mikel?  ( Où est Mikel? ), Qui sortira en salles vendredi prochain. Dans leur conversation, Perote et Gómez Nieto ont fait référence à l’existence d’un rapport du service d’espionnage qui a rapporté les événements.

Bientôt, ce fichier audio sera inclus dans le nouvel épisode de la  websérie Galdutako Objektuak , qui est publié sur Ahotsa.info et est réalisé avec du matériel bonus du film. Le réalisateur Miguel Ángel Llamas, lorsqu’il a commencé à travailler sur le film en 2011, a été arrêté lors d’une opération de la police nationale visant à démanteler le site Web Apurtu.org. Il a passé un an et demi en prison, a été libéré sous caution.

Les  journalistes d’ El Mundo ,  Antonio Rubio et Manuel Cerdán, ont  publié la transcription de cet enregistrement et l’ont fournie comme preuve au tribunal, dans le résumé d’enquête sur l’affaire Zabalza. Cependant, le tribunal a établi que l’enregistrement  « ne présente pas une qualité de condamnation minimale » , puisque le capitaine Gómez Nieto a nié l’existence d’une telle conversation et le ministre de la Défense Eduardo Serra, par lettre du 11 juillet 1996, a indiqué que « non document au centre contenant des informations susceptibles de contribuer à clarifier les circonstances dans lesquelles la mort de Mikel Zabalza est survenue  . « 

«Non dago Mikel? le film

Non dago Mikel?  –Qui était présent à Zinemira au festival de Saint-Sébastien– raconte ce qui s’est passé pendant ces vingt jours, depuis l’arrestation de Mikel Zabalza, et passe en revue la sinistre piste de torture qui a eu lieu ces années-là au Pays basque. Des témoignages et des images de l’époque et un entretien avec l’écrivain  Ion Arretxe , l’un des détenus ce matin-là, pour l’  Association Mintza Komunikazio Elkartea , complètent le film, dans lequel l’accent a été mis sur la façon dont la disparition de Mikel Zabalza a été vécue. a été la réaction des citoyens du Pays basque et, surtout, l’impunité des responsables encore aujourd’hui.

« D’abord vous allez parler et ensuite nous vous tuerons, ici vous n’entendez ni les cris ni les coups de feu », ont déclaré les gardes civils à Ion Arretxe, qui avait 21 ans quand ils l’ont arrêté, et qui détaille à l’écran le torture à laquelle il a été soumis. «Intxaurrondo, c’est l’enfer. L’effet du sinistre» , dit-il dans ces images, où il conclut son témoignage en reconnaissant «qu’il y a un moment dans l’arrestation et plus tard qui t’accompagne plus tard dans la vie, l’idée que tu n’as pas été courageux , que tu as été de la merde. Le fait de ne pas avoir été un militant te donne un complexe de culpabilité aussi envers ton peuple et ta propre condition idéologique « .

« Le film a été réalisé à la demande des habitants de la vallée de la famille Zabalza, qui se rendent compte que les nouvelles générations ne sont pas très claires sur un fait comme celui de Mikel Zabalza, qui a  bouleversé l’ensemble d’Euskal Herria « , explique Llamas, qui admet que  » tout dire était impossible, car ce n’est pas un cas isolé, cela fait partie d’un contexte. Comment expliquez-vous que dans une démocratie il y a eu une personne arrêtée et disparue et que l’acte est resté impuni? C’est impensable. « 

 

« Ce sont les égouts les plus pourris de l’État », a condamné Llamas, rappelant comment l’un des policiers qui ont pris la parole dans l’  affaire Lasa et Zabala  « a été brutalement attaqué et que d’autres personnes clés sont  décédées dans de rares circonstances « . Son film, maintenant, cherche à se connecter surtout avec ceux qui n’ont pas vécu ces années, en plus, bien sûr, de parvenir à une certaine reconnaissance de ce qui s’est passé « afin que cela ne se reproduise plus. Il existe une étude scientifique de la torture, certaines nous avons souffert, nous voulons que les données soient mises sur la table. « 

« L’affaire Mikel Zabalza – ajoute Llamas -  était une catharsis collective . Elle a changé certaines choses, mais elle n’a pas changé le jeu politique. Quand Miguel Ángel Blanco s’est produit, les hommes d’Herri Batasuna ont continué en HB ». À cette époque, le Pays basque éprouvait «l’indignation et la tristesse», dit la réalisatrice Amaia Merino. «Les gens n’avaient pas peur d’affronter la police et nous suivons tous les événements au jour le jour. Aujourd’hui, la version officielle continue d’être que nous sommes quelques menteurs « .

 

Un des frères de Mikel Zabalza, sur place en sa mémoire.

Non dago Mikel? finit par souligner plusieurs réalités. Premièrement, personne n’a été tenu responsable de la torture et du meurtre de Mikel Zabalza et aujourd’hui, 35 ans plus tard,  la famille continue d’exiger justice . Un rapport du gouvernement basque réalisé par l’équipe du médecin légiste  Paco Etxeberría a  estimé les cas de torture en Araba, Gipuzkoa et Biscaye en 1960 et 2014 à 4 113. Une étude similaire n’a pas encore été menée en Navarre, mais on pense qu’il pourrait y avoir au moins 1 000 autres cas de torture.

<< Depuis 2011, aucun cas de torture pour des raisons politiques n’a été signalé. Puis cinq détenus ont dénoncé et finalement trois d’entre eux ont obtenu leurs revendications à Strasbourg. Mais la loi antiterroriste et la détention au secret sont toujours en vigueur, qui est un espace d’opacité totale dans lequel les détenus sont laissés entre les mains de la police. Et les techniques de torture d’aujourd’hui ne laissent aucune trace. La torture en Espagne ne fait pas l’objet d’enquêtes », a déclaré Llamas.

 

Miguel Ángel Llamas ‘Pitu’ et Amaia Merino, les réalisateurs.

https://m.publico.es/politica/mikel-zabalza-recordings-altos-mandos-guardia-civil-zabalza-torturado-murio-intxaurrondo.html/amp?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=true_publico=social&

 

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PROCÉS DE LA NÉGRESSE – 1ère victoire contre les violences policières et les dénominations racistes (IMAGES)

AGENDAHOMMAGE 15 janvier 2021 Patrick Carl 1

 

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Selon les avocats, Colette Capdevielle et William Bourdon « Ce jour, le tribunal correctionnel de Bayonne a relaxé Karfa Diallo, accusé de rébellion envers les forces de l’ordre. Les soussignés saluent cette décision qui met en échec la tentative de criminalisation de l’action militante et antiraciste de leur client. Ils persistent à considérer que ces poursuites n’avaient aucunement lieu d’être, alors au surplus que Karfa Diallo a été victime d’une intervention policière aussi brutale qu’injustifiée. Ils attendent désormais que la plainte déposée pour violences policières soit traitée avec célérité et en prenant compte cette décision de relaxe. »

 

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Pour Karfa Diallo : « Tout d’abord satisfaction à l’endroit de la justice qui a envoyé un message clair qui consiste à dire que la police française a des droits mais aussi qu’elle a comme premier devoir le respect des libertés associatives. C’est une sanction de cette culture de la scénarisation du délit de rébellion par la police lorsqu’une interpellation se passe mal. Soulagement personnel de sortir de cette épreuve pour passer au dossier de fond qui porte sur la question du racisme systémique à l’oeuvre à Biarritz où la complicité municipale valide les clivages racistes et les clichés misogynes sur l’espace public. Très prochainement, le tribunal administratif devra se prononcer sur le recours que nous avons déposé en décembre pour l’annulation des délibérations municipales qui ont donné à ce quartier l’appellation « la négresse .Honneur et gratitude à l’endroit du comité de soutien qui s’est constitué sous la direction de Patrick Serres et de toutes celles et ceux qui n’ont cessé de nous soutenir tout au long de cette affaire !Au premier rang desquels les avocats Colette Capdevielle et William Bourdon mais aussi les bordelais Cheikh Tijaan Sow et Philippe Barre et le biarrot Galery Gourret. La lutte continue ! »

 

ABOLITION DE L’ESCLAVAGE- Discours du 227e anniversaire à l’Hôtel de Ville de Bordeaux (VIDEO)

AGENDA 5 février 2021 Patrick Carl 1

 

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Nous avons célébré ce 4 février 2021 le 227e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France dans le cadre de l’ouverture du 4e Black History Month dédié aux athlètes antillais Roger Bambuck et Ghislaine Barnay qui ont brillé dans une France post coloniale aux tenaces clivages racistes.

 

Pour la première fois, le maire de Bordeaux a présidé la cérémonie.

 

Cette date, 4 février 1794, peu connue, atteste des convergences révolutionnaires d’hier pour l’émancipation des hommes, quelque soient leurs couleurs de peau, et celles nécessaires d’aujourd’hui pour réviser l’histoire du racisme, d’en faire affaire commune afin d’en admettre les conséquences et les perspectives.

 

C’est avec beaucoup d’espoir que nous inaugurons ce nouveau chapitre de la résilience bordelaise autour de la protection du Vivant, de son histoire, de sa mémoire et de son actualité.

 

 

Nous remercions le nouveau maire de Bordeaux Pierre Hurmic pour son discours de haute portée humaniste et son engagement à œuvrer pour la transmission de cette mémoire. Ainsi que le consul américain Alexander Lipscomb, le président du département de la Gironde Jean-Luc Gleyze, Gunder Hurizet qui a représenté la mairie de Cenon, le champion de France Romain Mesnil, les élu-e-s présents Olivier Escots, Véronique Seyral Stéphane Gomot Mathieu Hazouard ainsi que nos partenaires Philippe Barre Nathalie Bois-Huyghe Patrick Serres Ousmane Thiam Franck Michel Khan Flo Laval Khadim Bdx Anaïs Gernidos Philippe Rouger.

 

Mention spéciale à la famille Bambuck que leur fille Aurélie Bambuck a représentée de la meilleure des façons possibles. Toute notre gratitude pour sa confiance ainsi que son engagement à œuvrer au partage de cette mémoire.

 

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BLACK HISTORY – Bayonne, ce port négrier qui s’ignore…

AGENDAARTICLES 15 février 2021 Patrick Carl 1

 

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 La capitale du pays basque ne fut pas seulement un port qui déporta plus de quatre mille cinq cents captifs africains (compte non tenu des pertes dans la capture, la traversée et l’exploitation dans les îles), c’est aussi la communauté d’esclavagistes la plus importante de Saint-Domingue, la colonie la plus riche d’Amérique du 18e siècle.

 

Malgré les études historiques, les traces dans la région et le mouvement national de prise de conscience citoyenne et politique, la ville peine à s’investir dans le devoir de mémoire à l’endroit d’un crime contre l’humanité que la république française a pourtant qualifiée depuis 2001 avec la loi Taubira.

 

Dans le cadre du 4e Black History Month, qui fait escale à Bayonne ce 20 février, il importe que la place de Bayonne et du pays Basque dans l’histoire du racisme doive mériter attention, responsabilité et pédagogie.

 

En effet, selon les calculs établis par l’historien Jean Mettas (Répertoire des expéditions négrières françaises au xviiie siècle, 1984), la participation de Bayonne au commerce colonial s’élève à dix expéditions négrières, faisant de la ville le 8e port négrier français, loin il est vrai, derrière les grands armateurs nantais, bordelais, rochelais et havrais.

 

Même si les dernières recherches font état d’une quinzaine d’expéditions négrières parties de Bayonne, la hiérarchie portuaire négrière française n’est pas néanmoins fondamentalement remise en cause. Avec ses quatre mille cinq cents captifs africains, Bayonne reste un port mineur de traite négrière par rapport aux centaines de milliers déportés par les ports nantais, bordelais, havrais, rochelais ou même Honfleur qui en expédie 37 000 aux colonies françaises en Amérique.

 

Pour les historiens Marion Graff et Jacques de Cauna, qui publient en 2009 le remarquable ouvrage La traite bayonnaise au XVIIIe siècle, il convient d’élargir la place du pays basque dans l’histoire coloniale et raciste aux expéditions négrières parties d’autres ports français (notamment bordelais et espagnols) auxquelles les armateurs bayonnais participent.

 

Quelques-uns ayant poussé le vice jusqu’à se livrer à la meurtrière traite illégale commencée par nombre d’armateurs malgré l’abolition officielle du commerce des noirs décidés par la convention de Vienne en 1815.

 

Le rôle de la traite dans le dynamisme de la construction navale est aussi incontestable à Bayonne où par exemple les frères Dutisné font construire la frégate Le Robuste, de 550 tonneaux et de 24 canons, pour la traite de Guinée, en 1749. Bayonne construit aussi pour d’autres ports notamment Bordeaux. Selon Eric Saugera Bordeaux, port négrier, p241 « en 1766, le constructeur bordelais Picaut livra à Laffon de Ladébat le Roi Mydas pour 17 000 livres, et Dominique Cabarrus Jeune s’adressa à son frère Cabarrus Ainé à Bayonne pour l’achat de deux navires : une frégate d’occasion de 45 000 livres rebaptisée Le Roy de Cabinde et un senau neuf de 21 500 livres appelé Le Roy de Malimbe »

 

Un autre navire négrier, construit à Bayonne pour la Marine royale puis vendu à la Compagnie des Indes Orientales, quitte le port basque en novembre 1760 pour connaitre un plus sinistre sort relaté ces dernières années par un documentaire et une exposition : Les esclaves oubliés de Tromelin.

 

En effet, dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se fracasse sur Tromelin, îlot minuscule sur l’océan indien, mal indiqué sur les cartes de l’époque. A son bord : 140 marins français et 160 captifs africains malgaches. Seuls 80 esclaves parviennent à regagner le rivage en compagnie des membres de l’équipage. Ces malheureux esclaves participent à la reconstruction du navire qui repartira sans eux. Et quinze ans plus tard, ne survivront que sept femmes et un enfant, secourus par le commandant de la corvette La Dauphine.

 

Les historiens suggèrent aussi de réajuster l’ampleur de la participation de la région dans le commerce négrier aux migrations vers les Caraïbes des basques. En effet, gascons, basques et béarnais affluent vers la colonie de St-Domingue où près de 500 000 captifs sont mis en esclavage par 30 000 colons dont 40 % sont des aquitains venus y acquérir des biens, à les mettre en gérance pour certains et revenir en hexagone profiter de leurs revenus coloniaux.

 

Selon Jacques de Cauna L’eldorado des Aquitains : Gascons, Basques et Béarnais aux Iles d’Amérique, 1998, ces aquitains marquent du fer rouge de l’esclavage colonial leur « eldorado » caraïbéen.

 

C’est ainsi que Port-au-Prince, capitale d’Haïti, fut fondée par le béarnais, Joseph de Lacaze, soutenu par son parent l’intendant bayonnais Laporte-Lalanne, et son premier maire à la Révolution a été le Basque Michel-Joseph Leremboure (de la maison Louis XIV à Saint-Jean de-Luz). Et aujourd’hui, dans les campagnes d’Haïti, on peut encore noter l’inscription cadastrale et toponymique de la présence de nos négriers basques : Courjoles, Labarrère, Labadie, Carrère, Dupoey, Darrac, Gaye, Duplaa, Garat, Laborde, Marsan et Navarre. Des présidents de la république et des familles notables portent des patronymes aquitains : Dartiguenave, Salnave, Dartigue, Gardères, Dupuy, Sansarricq et Castéra. Toussaint Louverture lui-même, l’initiateur de la révolution haïtienne, avait une garde dite « béarnaise » et ses aides-de-camp « béarnais ».

 

Cette relation singulière, entre le Pays Basque et les anciennes colonies françaises en Amérique, sera d’ailleurs à l’origine de la déportation d’esclaves dans le port de Bayonne à partir du 17e siècle.

 

Capitaines, armateurs et propriétaires de plantations coloniales, succombant à la fameuse « culture créole », usent de tous les subterfuges pour amener leurs esclaves avec eux en métropole. La Déclaration de royale « sur la police des Noirs » du 9 aout 1776 tente, par une règlementation ouvertement raciste de contenir cette présence qui risque de provoquer, selon son auteur, le procureur du roi Poncet de La Grave, « un assemblage monstrueux » : « les couleurs se mêlent, le sang s’altère ».

 

Cuisiniers, nourrisses, perruquiers, couturières ou blanchisseuses, comme à Bordeaux ou Nantes, les noirs de Bayonne du 18e siècle sont pour la plupart domestiques et majoritairement esclaves au service des grandes familles d’armateurs, de capitaines et de négociants. Une petite minorité de noirs affranchis a pu coexister avec cette population servile dont il est difficile d’avoir un nombre précis.

 

C’est ainsi que le Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, en recense en 1741 onze à Bayonne et quatre à Saint Jean de Luz. Entre 1592 et 1790, prés de 102 « gens de couleur » seront déclarés à Bayonne.

 

10/10/1777 : Azor, nègre né à Saint-Marc et âgé de 14 ans, esclave de Jean Depau-Lega, traiteur à Bayonne, a été appelé par M.M. Depau frères, habitants de Saint-Domingue qui l’ont envoyé en 1776 en France, à apprendre le métier de traiteur (A.N.:COL.F1B4). Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, LE MIDI

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La fameuse « négresse », de Biarritz dont l’histoire dit qu’au 19e siècle elle y serait tenancière d’un bar serait-t ’elle une de ceux-là ?

 

24/10/1777 : Catherine, dite Tine, mulatresse créole née aux Cayes-Saint-Louis et agée de 38 ans, esclave de M.Jean-Baptiste de Picot, seigneur de Clermont et chevalier de Saint-Louis, et de Mme de La Fresslière, son épouse qu’elle a suivie comme fille de chambre, a été déclarée par ledit Picot, commandant de Jacmel à présent retiré à Bayonne (A.N.:COLF1B4) Dictionnaire des gens de couleur dans la France moderne, LE MIDI

 

Le « Café Négro », créée en 1930, qui trône dans le centre de la ville avec ses tasses représentant un visage africain en serait-il un héritage ?

 

Comment sensibiliser les populations basques au devoir de mémoire sur le racisme qui a servi les intérêts économiques esclavagistes de leur pays jusqu’au 19e siècle ?

 

On le voit, si le port de Bayonne a peu participé de façon directe à la traite négrière, son profit et ses liens avec le système esclavagiste qui a donné naissance au racisme sont indéniables et méritent que les autorités locales s’y engagent.

 

A travers le respect des moments de commémoration fixés par l’Etat français mais aussi par des initiatives culturelles et citoyennes, il s’agit de comprendre comment ces quatre siècles fondés sur l’exploitation et la violence ont produit des imaginaires et des théories racistes durablement installés dans nos sociétés contemporaines.

 

Si le crime est irréparable, des exercices de réparation peuvent être, somme toute, un début de solution politique à ces tragédies du « passé ». Cette réparation est non seulement souhaitable mais nécessaire autant pour cultiver la vigilance sur des formes de barbaries contemporaines que pour s’inspirer des énergies et des forces incommensurables de celles et ceux qui ont fécondé le monde. Bayonne et le Pays Basque sont attendus !

Karfa Sira DIALLO

 

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Corse

 

Des jeunes Corses, venus « occuper le bureau du préfet », expulsés de la préfecture d’Ajaccio

Ils étaient venus défendre la cause d’Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, qui avaient participé à l’assassinat du préfet Erignac. Des fonctionnaires auraient également été blessés, selon la préfecture.

 

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Une vingtaine de personnes se sont introduites ce lundi 22 février à la préfecture de Corse à Ajaccio réclamant que deux condamnés pour l’assassinat du préfet Erignac, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, purgent leur peine sur l’île, la préfecture déplorant que des fonctionnaires aient été blessés.

À LIRE AUSSI :Macron déplore que les nationalistes n’expriment pas de «regrets» sur Erignac

«Ce groupe d’une vingtaine d’individus» avait «la volonté d’accéder, par la force, au bureau du préfet et de ses services. Cette tentative a échoué », a indiqué la préfecture dans un communiqué. Parmi eux se trouvait notamment selon la préfecture le fils d’Alain Ferrandi, un des deux membres du « commando Erignac » soutenu par les manifestants, le deuxième étant Pierre Alessandri. Après leur intrusion, «par volonté d’apaiser les choses», le coordonnateur pour la sécurité en Corse, Michel Tournaire, a indiqué lors d’une conférence de presse avoir reçu les manifestants dans son bureau pendant 30 à 45 minutes mais a regretté que ceux-ci aient ensuite refusé de quitter les lieux.

Lors de leur évacuation par la police, deux membres des forces de l’ordre et cinq manifestants ont été blessés dans «une mêlée où des coups ont été échangés des deux côtés», a indiqué Michel Tournaire, dénonçant un «coup médiatique» et précisant que le matériel de son bureau –ordinateur, écrans– avait «été projeté», «une armoire forte poussée», une table de réunion et un bureau «cassés». «J’ai déposé plainte pour entrée en infraction dans un bâtiment administratif, violences en réunion et destruction de matériels», a-t-il précisé.

Une enquête confiée à la police judiciaire a été «ouverte pour dégradations, rébellions en réunion, violation de domicile et éventuellement séquestration mais on attend les plaintes», a déclaré à l’AFP la procureure de la République d’Ajaccio, Carine Greff.

Au bout d’une heure trente d’occupation, le groupe d’hommes est sorti de la préfecture, certains avec du sang au visage, en criant «Liberta» (liberté en langue corse), accompagnés par des pompiers. «On avait la volonté de montrer aujourd’hui qu’on est prêts à se mobiliser pour faire respecter le droit (…) et permettre à Alain Ferrandi et Pierre Alessandri de rentrer en Corse», a indiqué aux médias l’un d’entre eux, présenté par Corse Matin comme Simon’ Paulu, fils d’Alain Ferrandi.. «On n’a rien cassé, on n’a bousculé personne, on a été pacifique et la réponse de l’Etat a été la violence comme souvent en Corse», a-t-il ajouté, demandant une réponse «dans les plus brefs délais du gouvernement sur une date précise de retour en Corse» des deux hommes, actuellement emprisonnés en région parisienne, à Poissy (Yvelines).

À LIRE AUSSI :Laurent Marcangeli: «Il faut décrisper la vie politique en Corse»

En janvier, une manifestation avait rassemblé près de 1500 personnes pour demander le rapprochement en Corse des deux prisonniers. Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, arrêtés en mai 1999, ont été condamnés en juillet 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, le 6 février 1998, comme Yvan Colonna, arrêté en juillet 2003 et condamné en décembre 2007. Le refus du premier ministre Jean Castex, le 21 décembre, de lever le statut de «détenu particulièrement signalé» pour les deux premiers condamnés a éteint l’espoir d’un transfert prochain au centre pénitentiaire de Borgo (Haute-Corse), qui n’est pas habilité pour accueillir ce type de prisonniers. Ils sont actuellement emprisonnés en région parisienne, à Poissy (Yvelines). Yvan Colonna, incarcéré à Arles, a commencé une grève de la faim et de la soif mardi 2 février pour protester contre ses conditions d’incarcération.

Dénonciation d’une «répression débridée»

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a condamné sur Twitter «avec la plus grande fermeté l’intrusion inadmissible de plusieurs individus ce matin dans la préfecture de Corse, ainsi que les dégradations qui ont été commises».

« Le refus d’appliquer le droit au rapprochement de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, c’est l’injustice fondatrice», a déclaré à l’AFP le président autonomiste de l’exécutif de Corse Gilles Simeoni. «Répondre à une occupation pacifique de jeunes qui dénoncent une injustice, et à mon avis ils sont légitimes à la dénoncer, par des coups de matraque, je pense que c’est commettre une faute supplémentaire», a-t-il ajouté. Le président indépendantiste de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni et l’association de défense des prisonniers Sulidarita ont eux aussi apporté leur soutien aux auteurs de cette action. Dans un communiqué commun avec le représentant de Corsica Libera à l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni a jugé que l’actuel préfet de Corse, Pascal Lelarge était «définitivement disqualifié pour occuper un poste de responsabilité sur la terre de Corse» et a appelé à «son départ immédiat».

Les groupes d’opposition à l’Assemblée de Corse, Per L’Avvene (droite) et «La Corse dans la République» (droite) ont dénoncé une «escalade pré-électorale qui vient masquer l’incurie et l’absence de résultats sur des dossiers cruciaux dont la Collectivité de Corse», dirigée par une coalition nationaliste, «à la charge».

 

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NUCLEAIRE JE BALISE la CRIIRAD 02 03 21

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nucleaire je balise

Je suis avec Gilles Cousin de l’asso Nucléaire je balise et Roland Desbordes ancien président de la CRIIRAD Commission de recherche et d’information indépendant sur la radioactivité.

Suite à un appel à projet lancé par la région IDF l’asso nucléaire je balise espère que sont idée sera retenue.

Pourquoi avoir participé à cet appel à projet ?

Quelle est le but de cette sonde ?

Comment comptes tu financer le projet avec l’aide de la région. Et sans cette aide ?

Cela s’inscrit-il dans la mission de la CRIIRAD dont tu es je crois un militant membre du bureau ?

Alors parlons de la CRIIRAD. Est-ce une impression ou l’on entend moins la CRIIRAD s’exprimer sur le dossier nucléaire ?

Dernièrement les vents ont amené du sable venu du Sahara et en faisant des prélèvements on a relevé des particules de Césium 137

  Est-ce un phénomène que l’on constate souvent ? quel impact cela a-t ’il   sur l’humain l’environnement etc.

Cela a mis en exergue les essais pratiqués en Algérie mais également en Polynésie par la France ou un rapport du 24 février estiment que les résultats des études mené en Polynésie par l’inserm ne peuvent faire le lien entre les essais et les cancers que dit la CRIIRAD.

J’entendais dernièrement Nicolas Nace de Greenpeace. Sur l’utilisation des vieux réacteurs dont la durée passe de 40 à 50 ans quels en sont les conséquences et quel est la position de la CRIIRAD.

Je lisais que l’IRSN regrettait que la CRIIRAD ne joigne pas ses travaux avec l’IRSN. C’est quoi l’IRSN et Pourquoi ?

L’ACRO est né en même temps que la CRIIRAD vous avez un lien ?

Pour finir quel est aujourd’hui la politique de la France en matière de nucléaire ? la position de la CRIIRAD ? 

 

 

CRIIRAD

 

Présentation du réseau de balises

La CRIIRAD gère, en partenariat avec les collectivités locales :

Un réseau de balises de mesure en continu de la radioactivité atmosphérique dans la Drôme. Ces balises sont situées à Valence, Romans et Montélimar. Le réseau est co-financé par le Conseil Général de la Drôme, la Communauté d’Agglomération de Valence Romans Sud Rhône Alpes et le réseau Montilien.

Une balise atmosphérique et une balise aquatique, en Avignon, co-financées par la Ville d’Avignon, la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon, le Conseil Général de Vaucluse et la Région Provence Alpes Côte d’Azur.

Une balise atmosphérique située au Péage de Roussillon, dans l’Isère. Cette station est co-financée par la Communauté de Communes du Pays Roussillonnais et par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une balise atmosphérique implantée à Saint Marcel d’Ardèche, à proximité du site nucléaire du Tricastin en Ardèche. Ces stations sont co-financées par la Communauté de Communes Du Rhône Aux Gorges de l’Ardèche et par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une sonde gamma implantée à Pérouges, dans l’Ain, à proximité du site nucléaire du Bugey. Le fonctionnement du matériel, hébergé dans un bâtiment communal, est financé par les fonds propres de la CRIIRAD.

Une sonde de surveillance du débit de dose gamma, équipée d’un spectromètre gamma, localisée à Genève (Suisse). Le matériel est financé par la Ville de Genève.

 

ROLAND DESBORDES

 

Objectifs des balises

 Pourquoi analyser l’air ?

 

En cas d’accident survenant dans une installation nucléaire, le risque principal est le rejet de substances radioactives dans l’atmosphère. Principal vecteur de la contamination, l’air constitue, durant la première phase de l’accident, le paramètre clé pour l’évaluation des risques. La nature et l’activité des radionucléides présents dans le « nuage » conditionnent en effet :

 

Directement, l’irradiation externe. Les rayonnements gamma et bêta émis par les particules radioactives entraînent une irradiation à distance ;

Directement, la contamination par inhalation. Les personnes en contact avec le nuage contaminant peuvent inhaler des particules radioactives ;

Indirectement, en fonction des conditions météorologiques qui influent sur l’intensité des dépôts au sol (dépôts secs et humides), les risques d’irradiation externe et surtout de contamination par ingestion d’aliments contaminés.

C’est pour cette raison que les instruments choisis doivent mesurer la radioactivité de l’air.

 

 Pourquoi analyser l’eau?

 

Les nombreuses installations nucléaires de la vallée du Rhône rejettent de manière chronique des substances radioactives dans le milieu aquatique. Compte tenu des facteurs de dilution et de l’éloignement des différentes installations, il est difficile d’effectuer, à partir d’un seul point de mesure, un suivi des rejets liquides courants. Toutefois, il est primordial de disposer d’une balise qui mesure de manière continue la radioactivité du fleuve en aval des principales installations afin de détecter, en cas d’incident, une augmentation de ces rejets dans le Rhône.

 

Caractéristiques et missions de la balise

 

Chaque balise atmosphérique est constituée d’un dispositif qui aspire l’air à contrôler par un système de pompes et le fait circuler dans plusieurs modules de piégeage (cf. Fonctionnement d’une balise atmosphérique).

 

La balise aquatique analyse l’eau du Rhône qui, après avoir été pompée, transite par une cuve contenant un détecteur de radioactivité gamma, puis est rejetée dans le fleuve (cf. Fonctionnement de la balise aquatique).

 

Une balise atmosphérique a pour mission de :

 

Donner une information sur la qualité de l’air respiré par les populations : afin d’informer les populations pour les protéger, les balises sont situées au niveau des sites les plus peuplés, l’accident de Tchernobyl ayant montré que les problèmes de contamination ne se situent pas uniquement à proximité des installations nucléaires ;

Assurer un contrôle en continu de la radioactivité de l’air, 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Alerter rapidement les populations en cas de contamination grâce à un système de gestion informatique des données, la centrale de gestion. La détection d’une contamination par la balise doit permettre l’intervention immédiate de l’équipe d’astreinte ;

Effectuer des mesures précises. Pour pouvoir relever une contamination avec une précision suffisante, le débit d’aspiration d’air doit être suffisamment important. Le piégeage des substances radioactives qu’elles se présentent sous forme d’aérosols ou de gaz est rendu possible par un double dispositif : un filtre papier retient les aérosols et un dispositif au charbon actif piège les gaz (et notamment l’iode) ;

Discriminer radioactivité naturelle et artificielle. Afin que la surveillance de la contamination artificielle ne soit pas perturbée par les fluctuations des niveaux de radon, il est nécessaire de comptabiliser séparément la radioactivité naturelle. De plus, la mesure retardée sur les radioéléments bêta permet d’affiner la mesure ;

Conserver la mémoire de la contamination : les filtres doivent pouvoir être prélevés et soumis à des analyses complémentaires afin d’identifier et de quantifier précisément la nature et l’activité de chacun des radioéléments présents, cette information étant capitale pour l’évaluation sanitaire de la contamination ;

Permettre de restituer l’évolution de la contamination. Ceci est obtenu par le choix d’un système de filtre à déroulement continu : la balise alerte immédiatement sur l’évolution de la contamination, les analyses de filtre en laboratoire permettent de la caractériser dans un deuxième temps.

Position

La CRIIRAD est une organisation « indépendante des exploitants du nucléaire, de l’État et de tous partis politiques21. »

 

Bien que ne faisant pas partie du Réseau Sortir du nucléaire, certains analystes considèrent que ses prises de position la placent aux côtés des acteurs du mouvement antinucléaire français22. C’était en tout cas la position de sa fondatrice, Michèle Rivasi qui attribuait à la CRIIRAD le « fleuron de la contestation scientifique sur le nucléaire »23.

 

Pour l’IRSN, la CRIIRAD aurait fait des critiques infondées, délibérées et répétées, quand l’Institut a effectué et rendu compte de la surveillance de l’iode radioactif dans l’air, après l’accident nucléaire de Fukushima24,25. De plus, pour l’Institut, la CRIIRAD n’a pas de légitimité pour émettre des revendications de garanties telles qu’elle en a exprimées dans sa lettre publique au Premier Ministre François Fillon du 9 juin 201126, dans la mesure où elle aurait toujours refusé de collaborer avec l’IRSN à des travaux collectifs sur l’évaluation des conséquences radiologiques et dosimétriques en situation post-accidentelle et sur les hypothèses à retenir pour les évaluations prédictives des conséquences, dans le cadre des travaux du CODIRPA27.

 

Selon Roland Desbordes, ancien président de la CRIIRAD :

 

« Notre mission consiste à alerter nos concitoyens sur les risques associés à telle technique, telle pollution, tel déchet. Nous faisons de la recherche pour informer de manière indépendante [...] Nous voyons sur le terrain tous les pions se mettre en place discrètement en faveur des réacteurs de la 4e génération alors qu’il est évident que cette technologie nous oriente sur un modèle de société beaucoup plus dangereux que notre modèle actuel, basé sur l’uranium. La CRIIRAD, sur ce point, appelle au débat public28. »

 

Yvelines. Bientôt une sonde indépendante à Andrésy pour mesurer la radioactivité ?

Une association veut mesurer la radioactivité dans l’air en implantant une sonde à Andrésy (Yvelines). Elle espère obtenir le soutien financier de la Région.

 

« On veut avoir des informations si jamais l’institution ne les transmettait pas. » Gilles Cousin, de l’association Nucléaire, je balise, milite pour l’implantation d’une sonde indépendante de mesure de la radioactivité dans l’air. Pour cela, 45 000 euros sont nécessaires. L’idée a donc été soumise au budget participatif de la région Île-de-France (voir encart), pour débloquer 10 000 euros.

 

Cette sonde, si elle voit le jour, serait située dans la commune d’Andrésy (Yvelines), partenaire du projet.

 

En France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) effectue cette surveillance à travers un maillage plus ou moins étroit du territoire. Ce militant associatif estime qu’une contre-information est nécessaire, tant une catastrophe nucléaire serait nocive à la population.

 

Croiser les données

Il n’y a pas d’installation nucléaire dans les Yvelines. La centrale la plus proche se situe à Nogent-sur-Seine (10), à 130 kilomètres du département.

 

« Cette balise serait utile à l’échelle de la communauté urbaine, de la région, du pays, voire de plusieurs pays. Les mesures pourraient être identiques ou différentes à celles de l’IRSN. Cela permettrait en tout cas de croiser les données. »

 

Gilles Cousin

Nucléaire, je balise

Une sonde indépendante serait une première en Île-de-France qui regroupe 20 % de la population du pays. D’autres sont en cours d’installation à Grenoble (38) et Lyon (69). L’appareil, qui analyserait les rayons gamma, serait exploité par la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Celle-ci éditerait des bulletins d’information, accompagnés de conseils en cas de pollution.

 

À lire aussi

 

Yvelines. Le Vésinet : l’arsenal de l’IRSN pour surveiller la radioactivité en France

« En Île-de-France, nous sommes sous les vents dominants de l’ouest, où se trouvent plusieurs installations nucléaires, abonde Nelly Latapie, autre membre de l’association. Souvenez-vous de Tchernobyl, le nuage s’était soi-disant arrêté à la frontière. »

 

Le Siaap et Lubrizol en ligne de mire

En plus de la subvention de la Région, le projet pourrait bénéficier d’une aide de la communauté urbaine Grand-Paris Seine-et-Oise (GPSEO) à hauteur de 5 000 euros. Un financement participatif viendrait compléter le budget.

 

Le budget participatif en bref

La Région Île-de-France a mis 500 millions d’euros sur la table pour financer des projets écologique et solidaire. Cette somme sera lissée sur cinq ans et viendra financer différents projets proposés par des Franciliens et soumis à un vote en ligne.

472 idées ont été retenues à l’issue de la première session, qui se terminait en octobre. Les votes pour la deuxième session, dont fait partie le projet de « Nucléaire, je balise », seront clos le 8 mars.

Plus d’infos :

https://www.iledefrance.fr/budget-participatif-ecologique

 

 

« Le risque est réel. Des accidents industriels récents, comme à Lubrizol (Rouen) et au Siaap (Achères), viennent nous le rappeler », souligne Isabelle Guillot, maire-adjointe déléguée aux risques environnementaux à Andrésy. Cette mairie écologiste vient d’ailleurs de distribuer à tous ses administrés un guide pour savoir réagir en cas de catastrophe naturelle ou industrielle.

 

 

-L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), implanté au Vésinet (Yvelines) notamment, est chargé de surveiller les risques liés à la radioactivité en France.

 

 

Depuis 2001, la surveillance de la radioactivité en France est assurée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), basé notamment au Vésinet (Yvelines). Cet établissement public est en veille 24h/24, sept jours sur sept. Pour cela, il dispose de plusieurs outils de mesures répartis dans tout le pays, dont certains dépendent d’EDF, l’exploitant des centrales.

 

Une mesure toutes les 10 minutes

Il y a les 450 sondes Téléray (vingt-cinq en Île-de-France), qui fonctionnent exactement comme celle que veut implanter l’association. Ce réseau assure vingt millions de mesures par an de la radioactivité dans l’air. Les résultats tombent en temps réel sur les écrans de contrôle de l’Institut et sont accessibles au public (teleray.irsn.fr).

 

« On reçoit une mesure toutes les dix minutes, explique Maxime Morin, en charge de la surveillance de l’environnement par échantillonnage à l’IRSN. On peut descendre à trois minutes en cas de crise. »

 

Yvelines. Bientôt une sonde indépendante à Andrésy pour mesurer la radioactivité ?

Autre outil de l’IRSN, les quarante-neuf sondes Opéra (2 400 prélèvements par an). Les filtres de l’appareil, relevés chaque semaine, permettent de recenser précisément les nucléides présents dans l’air.

 

 

Grâce à des recoupements, ils peuvent ainsi déterminer l’origine d’une pollution. « Ces sondes détectent des radionucléides à des niveaux très bas, précise Maxime Morin. C’est comme cela qu’en 2018 on a découvert la fuite de ruthenium-106 en Russie. »

 

Des prélèvements dans l’eau, le sol, la nourriture…

Un autre réseau, Hydrotéléray (sept stations) mesure en continu la radioactivité des principaux fleuves. Vingt-neuf collecteurs prélèvent également l’eau autour des centrales.

 

Le dispositif est complété par d’autres prélèvements dans l’eau, le sol, les denrées alimentaires, analysés en laboratoire.

 

 

Ce maillage est très concentré autour des installations nucléaires et plus clairsemé ailleurs (au moins une balise Téléray par département) sur le territoire. Avec cet arsenal, l’IRSN surveille les rayonnements gamma (cesium-137), alpha (plutonium) et bêta (tricium), soit les trois types de radioactivité.

 

Les données mises en ligne par l’IRSN (www.mesure-radioactivite.fr) sont accompagnées d’une grille de lecture, pour ne pas semer la panique. « La radioactivité ambiante en France a plusieurs sources : les installations nucléaires, les rémanences de Tchernobyl et les essais menés par le passé, conclut Maxime Morin. Il y a aussi une radioactivité naturelle qui provient du sol et des rayonnements cosmiques. Il faut prendre en compte tous ces paramètres pour comprendre ces mesures. »

 

- »Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu’un accident arrive va augmenter », explique sur franceinfo Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France. L’Autorité de sûreté nucléaire a donné jeudi 25 février son feu vert à la prolongation de l’utilisation des plus vieux réacteurs nucléaires français. Cette durée passe de 40 à 50 ans. L’ASN demande à EDF de réaliser des travaux pour améliorer la sûreté des centrales qui les utilisent.

 

franceinfo : Êtes-vous rassuré par les conditions imposées par l’Autorité de sûreté nucléaire pour la prolongation de ces réacteurs ?

 

Nicolas Nace : Non, pas du tout. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que les travaux qui sont demandés par l’Autorité de sûreté nucléaire à EDF ne permettent pas d’atteindre un niveau équivalent de sécurité que celui demandé pour les réacteurs les plus récents, à l’image des EPR.

 

« Par exemple, sur les vieux réacteurs, les piscines d’entreposage ne vont pas être ‘bunkarisées’ et ne seront pas suffisamment protégées contre le risque de chute d’avion, ou d’acte de malveillance. »

 

Nicolas Nace (Greenpeace) à franceinfo

Les travaux qui vont être conduits ne nous rassurent pas. On constate que le calendrier mis en place par les autorités de sûreté est assez lent. Certains réacteurs vont atteindre 46 ou 47 ans avant que des mesures ne soient totalement mises en place. Au fur et à mesure que les centrales vieilliront, la probabilité qu’un accident arrive va augmenter. Si on regarde ce qui s’est passé à Fukushima, il y a près de dix ans, beaucoup de mesures ont été demandées en France par l’Autorité de sûreté nucléaire, et elles n’ont toujours pas été mises en place à l’heure actuelle.

 

Cette voie ouverte vers une prolongation de la durée de vie des réacteurs est-elle la preuve de notre dépendance vis-à-vis du nucléaire ? Il représente 70% de l’électricité française.

 

Oui. Et ce que l’on constate, c’est que le manque de planification et de prise de décisions par l’État ces dernières décennies nous mettent devant le fait accompli avec le risque qu’une fermeture de centrale puisse éventuellement conduire à la réouverture d’une centrale fossile.

 

« La France espère arriver à baisser cette part du nucléaire et passer de 70 à 50% en 2035. Pour nous, c’est faisable. On pourrait même faire encore mieux si on le voulait. »

 

Nicolas Nace à franceinfo

On voit aujourd’hui que les énergies renouvelables sont en plein essor dans le monde, autant en quantité qu’en termes de coût. Ce sont des énergies très compétitives aujourd’hui. Du coup, la fermeture des réacteurs, qui est prévue d’ici 2035, est non seulement souhaitable, mais vraiment réalisable. Ce qui manque maintenant, c’est un calendrier clair de fermeture, pour savoir quels sites sont concernés.

 

En l’état actuel des choses, peut-on vraiment compenser le nucléaire par du renouvelable ?

 

Bien sûr. Il y a assez peu de problèmes qui se posent à intégrer aujourd’hui des énergies renouvelables dans le mix. À l’horizon 2050, on pourra se rapprocher considérablement du 100% d’énergies renouvelables avec le développement de la technologie. Si le gouvernement laisse l’Autorité de sûreté nucléaire prolonger la durée de vie des plus vieilles centrales nucléaires c’est parce qu’ il ne souhaite pas se fâcher avec les industriels et les salariés de ce secteur. Et en même temps, il ne veut pas non plus se prononcer en faveur. On se retrouve donc dans un entre deux, à devoir gérer ces vieux réacteurs.

Essais nucléaires en Polynésie : une association dénonce le « négationnisme » d’un rapport de l’Inserm

Ce rapport n’établit pour le moment aucun lien entre les essais nucléaires qui ont eu lieu sur place et les cancers qui ont touché la population.

 

 

L’une des principales associations anti-nucléaires de Polynésie française, l’association 193, a regretté la publication d’un rapport de l’Inserm sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires, l’assimilant à du « négationnisme ».

 

Dans ce rapport, à paraître mercredi 24 février, dix experts estiment que les résultats des études menées en Polynésie française « sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l’exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l’occurrence » de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes.

 

« La continuité d’une négation de la réalité »

« Ce rapport n’apporte rien de nouveau, c’est la continuité d’une négation de la réalité. 193 essais nucléaires, c’est l’équivalent de 800 bombes d’Hiroshima : dire qu’il n’y a pas eu d’effets, c’est du négationnisme », a déclaré le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193. Cette association milite notamment pour une meilleure indemnisation de ceux et celles qui se disent victimes des essais.

 

Au-delà des effets sanitaires des essais nucléaires, l’association 193 s’inquiète d’une réinterprétation de l’histoire, par exemple au sein du Centre de mémoire, qui devrait voir le jour à Tahiti après un engagement du président François Hollande. « Le Centre de mémoire va devenir un lieu où on va retrouver ce genre d’affirmation sur les essais propres, ça va être le lieu d’une seule parole  » s’inquiète le père Uebe-Carlson.

 

Le rapport de l’Inserm a réuni 1 200 études portant sur la Polynésie, mais aussi sur d’autres lieux d’essais nucléaires. « Parmi les documents étudiés, il y en a quelques-uns qui sont issus des années folles où tout ce qui touchait au nucléaire était entièrement contrôlé par l’armée », a regretté le député Moetai Brotherson, cadre du parti indépendantiste polynésien.

 

Le combat commun des indépendantistes et des antinucléaires

L’historien Jean-Marc Regnault regrette « des régressions sur l’ouverture des archives militaires » qui nourrissent les « doutes » des militants sur la sincérité de l’étude. « Compte tenu de tous les mensonges qu’il y a eu, on peut se demander si ces conclusions ne sont pas un nouveau mensonge, même si ce sont des scientifiques de l’Inserm et non l’Etat. »

 

Jean-Marc Regnault rappelle que d’autres études scientifiques, comme celles de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), une association du mouvement antinucléaire, sont arrivées à des conclusions différentes à partir des mêmes documents. Par ailleurs, par le passé, François Hollande a aussi reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires.

 

Les indépendantistes polynésiens et les associations antinucléaires mènent un combat commun, pour une meilleure indemnisation des victimes de maladies radio-induites. Ils craignent que ce rapport soit un frein aux demandes d’indemnisation.

Les poussières de sable du Sahara étaient porteuses de Césium-137, résidu d’anciens essais nucléaires français

Quand un nuage de sable jaune orangé nous rappelle le passé. Du sable ramassé dans le massif du Jura a été analysé par un laboratoire près de Rouen en Normandie. On y retrouve des traces des essais nucléaires français au Sahara au début des années 60.

 

 

Pierre Barbey est spécialiste de la radioprotection à l’Université de Caen, il est aussi conseiller scientifique bénévole du laboratoire ACRO, l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest.

 

Le 6 février, lorsque le phénomène de nuages de sable du Sahara traverse la France, il est aux premières loges dans le massif du Jura dans le secteur de Chapelle des Bois (Doubs). “Ce jour-là, c’était très étrange, nous avons chaussé les raquettes tôt le matin, la neige était blanche, au fil de la balade tout a changé, ça a duré toute la journée. J’étais avec des amis qui étaient inquiets en voyant ces poussières ocres recouvrir le sol », raconte-t-il.

 

 

Le scientifique pense très vite que ces poussières peuvent provenir du Sahara. Sur sa voiture, avec un kleenex, il prélève un échantillon. “Je me rappelle très bien qu’il y a 30 ans au moment de la création de l’ACRO (née après la catastrophe de Tchernobyl), nous avions déjà analysé du sable en provenance du Sahara. On y avait vu des traces de Césium-137. 30 ans après, je ne savais pas si on en aurait encore des traces, à une si lointaine distance du Sahara” ajoute le scientifique. 

 

Que racontent les poussières prélevées dans le massif du Jura ?

L’échantillon prélevé dans le Haut-Doubs a été analysé par le laboratoire de l’ACRO, les fines particules de sable ont parlé. “Le résultat de l’analyse est sans appel, du césium-137 est clairement identifié. “Il s’agit d’un radioélément artificiel qui n’est donc pas présent naturellement dans le sable et qui est un produit issu de la fission nucléaire mise en jeu lors d’une explosion nucléaire” explique l’ACRO.

 

2273 km séparent à vol d’oiseau le sud algérien où la France a fait ses essais nucléaires dans les années 60, et Chapelle des Bois dans le Doubs où ont été prélevées les poussières sahariennes.

2273 km séparent à vol d’oiseau le sud algérien où la France a fait ses essais nucléaires dans les années 60, et Chapelle des Bois dans le Doubs où ont été prélevées les poussières sahariennes.

Des traces de césium-137 sans danger pour notre santé

Selon l’ACRO, il est retombé 80 000 Bq au km2 de césium-137. Rien de dangereux pour notre santé, rassurez-vous. Le nuage a déversé ses anciennes traces de césium-137 partout où il est passé en France, note Pierre Barbey. Et pas uniquement sur les beaux paysages d’hiver du Jura.

 

Le scientifique explique que le césium-137 a une période de vie de 30 ans. Tous les 30 ans, il perd la moitié de sa teneur radioactive. “Au bout de 7 cycles de 30 ans, on considère qu’il ne reste que 1% de substances radioactives”.

 

Dans cette étude réalisée par l’ACRO, “il n’était pas question de dire qu’il y a une mise en danger de la population, mais de rappeler ce qu’a fait la France et d’autres pays” en terme d’essais nucléaires. Au Sahara, dans le Sud algérien, « la population vit avec ces traces de césium-137 au quotidien, certains terrains sont toujours fortement contaminés, cela donne une idée de la contamination de l’époque” rappelle Pierre Barbey.

 

Dans les années 60, la France a multiplié les essais nucléaires au Sahara

Près de Reggane dans le Sud algérien la France réalise un premier essai nucléaire le 13 février 1960. La Gerboise bleue, nom de code de la bombe atomique explose à 7 heures du matin heures locales, sa puissance est de 70 kilotonnes, une explosion trois ou quatre fois plus puissante que celle des bombes d’ Hiroshima en août 1945.

 

https://youtu.be/FxJjThpYxmQ

 

Archives – 1960 – La gerboise bleue

L’Algérie est alors encore un département français. 17 essais nucléaires aériens et souterrains vont se dérouler en Algérie entre 1960 et 1966.

 

 

Les accords d’Évian signés en mars 1962, à la suite de la guerre d’Algérie, n’autorisent des expérimentations dans le Sahara que jusqu’en juillet 1967. La France choisit donc la Polynésie pour continuer à faire ses essais nucléaires. Le premier se déroule en juillet 1966 sur l’atoll de Moruroa.

 

C’est seulement 30 ans plus tard, le 29 Janvier 1996, que le Président Jacques Chirac annonce la fin définitive des essais nuclaires français.

 

60 ans après les tirs nucléaires en Algérie, ces traces d’essais nucléaires nous reviennent comme un boomerang

“L’épisode du 6 février constitue une pollution certes très faible, mais elle s’ajoutera aux dépôts précédents, essais nucléaires des années 60 et  retombées de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl” le 26 avril 1986, rappelle le laboratoire Acro.

 

Derrière le nuage de sable du Sahara qui a traversé le ciel début février, et fait le bonheur des réseaux sociaux avec ses images aux tons incroyablement orangés, l’histoire est un peu moins belle. Un souvenir “radioactif” que beaucoup d’entre nous ne soupçonnaient pas.

 

NUCLEAIRE

 

PLAYLIST

Boris Vian – La java des bombes atomiques

#chanson Pépère, le #nucléaire ! 

 Le dimanche à Tchernobyl – Alain Bashung

 Kraftwerk – Geiger Counter – Radioactivity

Orchestral Manoeuvres In The Dark – Enola Gay 

14 février 2021

Eloi Machoro 16 02 21 5/6

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 17 h 46 min

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usine nickel

Cette semaine le documentaire sonore de Benoit Godin s’intitule « Le combat ne doit pas cesser: 05 L’ombre d’Ataï »; association Lampe-tempête 2020

nous entendrons également François Karé indépendantiste du MJKF, qui nous explique les enjeux des grèves aux usines d’extraction du nickel resources minières qui place la nouvelle calédonie comme le 5ème producteur mondial. grèves et bloquages qui ont provoqué la chute de gouvernement collégial. info de dernière minute le bilan de la semaine anticoloniale et également les actions qui ont eu lieu sur la ZAD dz Gonesse Val d’Oise 

téléchargement

Entretien avec François Karé membre du MJKF (Mouvement des Jeunes Kanak en France) et militant indépendantiste.

 

Depuis le 10 déc. Le FLNKS et l’USTKE bloque l’usine du sud et les 2 autres sont à l’arrêt ou tourne au ralentie. Cette grève intervient suite à l’intention de VALE multinationale brésilienne à la vente de l’usine du sud de Gono, le consortium Proxy Ressources/Vale veut en effet la vendre au consortium Suisse Trafigura.

Pourquoi cette grève ?

Quelles sont les enjeux ?

Actuellement toutes les usines appartiennent à des multinationales que ce soit Eramet, Glencore, ou Vale et bientôt peut être Trafigura.

Qu’elles sont les demandes du FLNKS et de l’USTKE ?

Qu’est-ce que cela changera pour les travailleurs et pour la Kanaky ?

J’ai entendu qu’ils y auraient des tractations avec des Chinois et des Coréens

En quoi cela serait mieux ?

Quelle soient françaises, brésilienne, cubaines, suisses, chinoises ou coréennes cela reste des multinationales qui se font des bénéfices sur le dos des travailleurs ?

Suite à ce blocage le FLNKS fait tomber le gouvernement collégial. De nouvelles élections doivent avoir lieu d’ici quelques jours. Quels en sont les enjeux également ?  

rebel

Concernant chaque direct, on était en moyenne entre 10 et 70 personnes présentes simultanément sur Facebook (cf. précisions ci-dessous) et sur zoom en général entre 10 et 40 personnes (présence plutôt des panélistes ou membres du collectif). 

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ACTIVITÉS - PAGE FACEBOOK

Du 17 janvier à aujourd’hui : 

439 mentions J’aime la page + 537 abonnés

3318 visites de la page

37728 personnes touchées par nos publications (programme, promo des webinaires, promo quotidienne des événements du jour et du lendemain, vidéos, …)

 

A noter concernant le nombre de vues des vidéos : cela concerne les vues en direct et depuis le jour du webinaire. Cela inclut à la fois les personnes qui ont regardé les vidéos en entier ou en partie et celles qui ont regardé juste quelques secondes lorsque la vidéo apparaissait sur leur fil d’actualité par exemple. Le nombre de vues indiqué pendant le direct concernait le nombre de personnes connectées simultanément et qui a priori avaient cliqué sur la vidéo pour la mettre en plein écran (à titre illustratif, sur certains événements on était à une 10aine de vues indiquées et en même temps près de 20 « J’aime » et 30 partages, le nombre de personnes qui visionnaient le direct était donc visiblement plus important). Il est donc difficile de connaître le nombre exact de personnes qui ont suivi en direct depuis Facebook. 

 

28/01 (FSM)

« ANTICOLONIALISME ET ANTIRACISME - Retour sur l’expérience d’une solidarité en France : la Semaine anticoloniale» 

21 mentions J’aime / 39 partages depuis la page Facebook / 560 vues / 25 commentaires

05/02

« INTRODUCTION DU COLLECTIF D’ORGANISATION DE LA SEMAINE ANTICOLONIALE 2021 » & « PROJECTION DU DOCUMENTAIRE « PRENONS DATTES POUR LA PALESTINE » » & « LES AMIS DU THÉÂTRE DE LA LIBERTÉ DE JÉNINE »

29 mentions J’aime / 31 partages depuis la page Facebook / 1400 vues / 38 commentaires

06/02

« HOMMAGE A GISÈLE FELHENDLER » & « UN MONDE EN LUTTES – Les luttes anticoloniales et antiracistes » 

18 mentions J’aime / 27 partages depuis la page Facebook / 645 vues / 7 commentaires

« PROJECTION DU FILM « THE CONDOR AND THE EAGLE » » & « FEMMES AUTOCHTONES DES AMÉRIQUES EN PREMIÈRE LIGNE CONTRE LES OLÉODUCS ET L’EXPLOITATION DES ÉNERGIES FOSSILES EN DIRECT DE LA RÉSISTANCE »

48 mentions J’aime / 51 partages / 1100 vues / 23 commentaires

07/02

« RACE ET RACISME – De l’esclavage aux sociétés US et ivoirienne contemporaines » 

15 mentions J’aime / 36 partages depuis la page Facebook / 351 vues / 11 commentaires

« DE L’HUILE SUR LE FEU – La « guerre » contre le terrorisme de la France en Afrique » 

36 mentions J’aime / 2800 vues / 33 commentaires

« AGENT ORANGE ET PROCÈS DE TRAN TO NGA, OÙ EN EST ON ? » 

17 mentions J’aime / 115 partages depuis la page Facebook / 836 vues / 10 commentaires

« HOMMAGE À CHEIKH ANTA DIOP »

31 mentions J’aime / 143 partages depuis la page Facebook / 1300 vues / 3 commentaires

08/02

« VÉRITÉ ET JUSTICE POUR CHARONNE »

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09/02

« METTRE FIN À L’APARTHEID ISRAÉLIEN – Comment surmonter efficacement les pressions des lobbies sionistes » 

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« UNE ÉCOLE À DÉCOLONISER – Des territoires en luttes face au poids du colonialisme au sein de l’institution scolaire. Retour sur des expériences pédagogiques alternatives »

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10/02

« L’ALGÉRIE, À NOUVEAU SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE »

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« PARCOURS D’UN MILITANT, UN LONG CHEMIN VERS LA PAIX ET LA LIBERTÉ AU PAYS BASQUE »

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11/02

« CAMEROUN, TOGO, SAHARA OCCIDENTAL, LA JEUNESSE ORGANISÉE DANS LES LUTTES D’ÉMANCIPATION » 

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« LA CAMPAGNE BDS AU SERVICE DE LA LUTTE ANTICOLONIALE – Petites victoires et grands combats »

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Je reviens de la Zad de Gonesse.

Bonjour tout le monde,  

Des occupants du terrain m’ont demandé de faire passer deux infos: Bernard Loup, fondateur du comité pour la défense du triangle de Gonesse passera au tribunal de Pontoise mercredi 17 février à 9h. Le tribunal statuera sur la demande d’expulsion de la zad demandée par les élus du coin. Ca serait bien de venir au tribunal pour soutenir Bernard et la zad.

Un concert de soutien sera organisé le mercredi 17 février au soir sur Facebook live.

Pour plus d’infos, voir http://ouiauxterresdegonesse.fr

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Carlos Bilongo, coorganisateur du rassemblement du 13 février 2021, à Villiers-le-Bel (JL)

 

Un article de Médiapart du 14/02 sur le triangle de Gonesse :

 

Triangle de Gonesse : «Les transports doivent passer dans les quartiers»

14 févr. 2021 Par Jade Lindgaard

- Mediapart.fr

Abandon de l’extension de l’aéroport de Roissy, ZAD pour défendre les terres agricoles du triangle de Gonesse : la ligne 17 du futur métro du Grand Paris est-elle encore utile ? Un rassemblement pour des transports publics de proximité a réuni environ 150 personnes, samedi 13 février, à Villiers-le-Bel.

À Villiers-le-Bel, dans l’est du Val-d’Oise, on trouve un des plus grands aéroports du monde, Roissy, mais pas de transport de proximité. Pas de tram – il s’arrête à Sarcelles. Pas assez de bus. Et une ligne de RER (D) dont la seule évocation fait soupirer les manifestant·e·s rassemblé·e·s devant la gare Villiers-le-Bel – Arnouville – Gonesse, samedi 13 février. 

Ils et elles réclament des moyens de transport près de chez eux et pas « au milieu d’un champ », résume Ilham, 27 ans, qui met parfois deux heures pour se rendre sur son lieu de travail à Paris, dans le XVIIe arrondissement. Elle détaille : « Sans RER D, je ne peux pas aller travailler. Quand il ne marche pas, je prends le bus jusqu’au RER B. Mais, parfois, trois bus se suivent et après plus rien. »

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 Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Une lycéenne du quartier de la Fauconnière, à Gonesse, fait plus court : « On n’a qu’un bus et il passe toutes les cinq heures. » Toutes les cinq heures ? La relance fait éclater de rire sa copine : « Non, en vrai, toutes les 15-20 minutes. Mais c’est galère. On s’est plaint plusieurs fois. » Arsène, 16 ans, en classe de seconde à Garges-lès-Gonesse, décrit : « Le matin, on est serrés dans le bus. Il y a beaucoup de mamans avec des poussettes. Parfois, quand je suis en retard à cause du bus, on ne me croit pas. On me dit qu’il fallait prévoir et partir plus tôt. Des fois, il n’y a pas de bus du tout. Je dois marcher jusqu’à la gare pour prendre le train. » 

Le RER D est d’ailleurs fermé, ce jour-là. Et, comble de malchance, la ligne B ne roule pas bien. Résultat, le porte-parole de l’association des usagers de transport, la Fnaut, arrive en retard, après les prises de parole. Il dit quelques mots dans un froid glacial, alors que les rangs des manifestant·e·s, environ 150 – dont beaucoup d’élu·e·s et de militant·e·s écologistes –, s’éclaircissent. 

Une nouvelle ligne de métro, la 17, est prévue dans le schéma du Grand Paris, entre Saint-Denis et Le Mesnil-Amelot. Elle passerait par le triangle de Gonesse, où la construction d’une gare est programmée alors que des terres agricoles y sont aujourd’hui cultivées. Une ZAD y a été déclarée le 7 février et plusieurs dizaines de personnes occupent une parcelle pour empêcher le démarrage du chantier (voir ici). Cette zone est excentrée, à presque 2 kilomètres de Gonesse et quinze minutes en voiture de Villiers-le-Bel, un samedi d’embouteillages.

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Carlos Bilongo, coorganisateur du rassemblement du 13 février 2021, à Villiers-le-Bel (JL)

Pour Carlos Bilongo, l’un des organisateurs, cette manifestation, « c’est pour demander des investissements dans les transports du quotidien. Toutes les vétustés de la ligne du RER B retombent sur la D. C’est très important d’apporter un accès direct à Sarcelles, et à Villetaneuse pour les étudiants. Rater des entretiens d’embauche ou des examens à cause des problèmes de transport, ça arrive tout le temps. Les transports doivent passer dans les quartiers, au contact avec la population. Le nouveau métro a été conçu dans l’imaginaire d’EuropaCity, en opposant le social et l’environnemental. On ne va pas créer des élites ici avec Auchan. Il faut investir dans la formation ».

Enseignant en économie et gestion à Paris, cet habitant de Villiers-le-Bel de 30 ans défend le projet Carma, porté par les défenseurs du triangle de Gonesse, qui veulent y protéger les terres agricoles et développer une économie de circuit-court alimentaire : « Dans les quartiers populaires, on est très sensibles à l’écologie. C’est pas la consommation qui va nous sauver. On est à un tournant. Nos espaces verts ici, c’est une richesse. Les gens vont faire des pique-niques dans la nature, c’est ça la beauté. » Il réclame l’extension du tramway T5 depuis Sarcelles, plus de bus à haut niveau de service (avec une voie réservée) et une amélioration du RER D.

Pour Khalid Zougagh, militant CGT et coorganisateur du rassemblement, « on vend du rêve aux habitants depuis des années : EuropaCity, avant c’était un circuit de Formule 1, des terrains pour Roland-Garros. Mais il y a l’urgence sanitaire, la précarité et les problèmes de transport. Et on nous met une gare à plus de 2 kilomètres de Villiers-le-Bel et à 1,7 kilomètre de Gonesse. C’est une aberration. Cette urbanisation un peu folle, il faut que ça s’arrête. À Villiers-le-Bel, 40 % des gens ont moins de 20 ans. C’est pas une gare dans les champs qui va les sortir de la précarité ».

[[lire_aussi]]Charlotte, 31 ans, cardiologue à l’hôpital de Gonesse, habite à Villiers-le-Bel. « J’ai entendu parler du triangle de Gonesse. C’est une aberration de vouloir y construire une gare. Carma me paraît une très bonne idée. Ça peut donner une impulsion à ce territoire, sur des valeurs essentielles. » Elle pratique le zéro déchet depuis deux ans, ne va plus au supermarché, n’achète que des habits de seconde main et est adhérente à l’Amap de la ville. « Je vais faire mes courses au marché d’Arnouville, avec mes boîtes. Ça coûte beaucoup moins cher de consommer comme ça. » 

Mamadou, 19 ans, entraîneur de foot et responsable de l’équipe féminine, arbore l’autocollant du « serment de Gonesse » sur son blouson blanc : « Si on détruit les champs, qu’est-ce qu’on va manger ? Ici, c’est une ville délaissée, mais elle a du potentiel. Il y a des champs autour, une forêt. On a des espaces dont on ne profite pas assez. On ne va pas faire que manger dans les fast-foods. » 

«On n’a pas l’intention de se faire voler cette gare»

Cet enclavement des habitant·e·s de l’est du Val-d’Oise est précisément la raison mise en avant par l’État pour construire le tronçon nord de la future ligne 17, entre Pleyel – la future grande gare du Grand Paris à Saint-Denis – et la commune du Mesnil-Amelot, de l’autre côté de l’aéroport. 

Pour les élus locaux, la gare du triangle de Gonesse est un dû, un rattrapage des investissements publics promis mais jamais obtenus (lire ici à ce sujet) : « On n’a pas l’intention de se faire voler cette gare, explique à Mediapart Pascal Doll, maire d’Arnouville et président de la communauté d’agglomération Roissy Pays de France. Il n’est pas question que quelques hurluberlus venus d’on ne sait où empêchent qu’elle ne se fasse. » Pour lui, l’abandon d’EuropaCity « a été un traumatisme ». Quant à l’enjeu de protéger les 280 hectares du triangle de Gonesse, il le balaie d’un revers de la main : « Dans notre Scot [schéma de cohérence territorial, un document juridique sur l’organisation territoriale – ndlr], on a sanctuarisé 16 000 hectares de terres. » Il assure que plusieurs lignes de bus sont à l’étude. « Ce sont des investissements très lourds, ça ne peut pas se faire en un jour. » Sollicitée à plusieurs reprises, la mairie de Villiers-le-Bel n’a pas répondu à nos questions. 

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Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Au-delà de la gare du triangle de Gonesse, c’est le tracé de la ligne 17 qui pose question. Sur les six gares encore à construire au-delà du Bourget, une est devenue inutile avec l’abandon du terminal 4 de Roissy, une semble incertaine (celle du triangle de Gonesse) et une doit desservir une toute petite commune, Le Mesnil-Amelot (1 014 habitants en 2017, selon l’Insee).

Toutes les autres stations (Le Bourget, Parc-des-Expositions, Roissy-2) sont déjà desservies par le RER B. Est-il nécessaire de dépenser 2,9 milliards d’euros, soit 7,5 % de tous les investissements du Grand Paris Express, selon une note du Commissariat général à l’investissement en 2015, pour une infrastructure de transports qui ne desservira aucun quartier d’habitation et aucune nouvelle zone d’activités ?

La Fnaut, association des usagers de transports, demande « a minima une remise à plat du tracé actuel de la ligne », explique son porte-parole, Marc Pélissier. Le plan du métro du Grand Paris et la liste de ses 68 gares ont été définis dans le schéma d’ensemble du réseau de transport public du Grand Paris, publié par décret en2011.

« Mais c’était il y a dix ans, beaucoup de choses se sont passées depuis. EuropaCity a été abandonné. Or c’était un très gros générateur de trafic pour cette ligne. La gare du triangle de Gonesse n’a plus de sens. On ne construit pas une gare quand on ne sait pas ce qu’il y aura autour. C’est une zone exposée au bruit où il ne pourra pas y avoir d’habitations. » L’abandon du T4 de Roissiy pourrait justifier une nouvelle enquête publique, estime l’association.  

En 2015, une note du Commissariat général à l’investissement alertait sur la fragilité économique de la ligne 17 : « Il est toutefois nécessaire de mentionner le rôle particulier joué par EuropaCity. » Car « la rentabilité classique [de la ligne 17] est elle-même totalement dépendante de la réalisation d’EuropaCity : si ce centre n’était pas construit, la valeur actuelle “classique” du projet serait réduite de 350 M€ et redeviendrait sans doute négative ». 

La ligne 17 peut-elle survivre à l’abandon du projet d’extension de l’aéroport de Roissy ? Francis Rol-Tanguy, qui a rendu un rapport au gouvernement – resté sans suite – au sujet de l’aménagement du triangle de Gonesse après l’abandon d’EuropaCity, considère qu’« avec l’abandon du T4 et l’absence de vraies perspectives pour l’aérien, il serait bien de surseoir au tronçon Parc-des-Expositions – Roissy-2 et Roissy-4 – Le Mesnil-Amelot »

Triangle de Gonesse

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Rassemblement pour des transports de proximité, à Villiers-le-bel, 13 février 2021 (JL).

Mais pour le ministère des transports, joint par Mediapart, « la ligne 17 garde toute son utilité sans le projet de terminal 4 : d’ailleurs, la gare du T4 Aéroport-Charles-de-Gaulle ne figurait pas dans le projet de la ligne 17 mis au débat public en 2010. Elle a été ajoutée à la demande d’Aéroports de Paris, à titre optionnel dans le schéma approuvé en mai 2011. Sa réalisation était directement conditionnée aux aménagements à réaliser par Aéroports de Paris ». Pour le gouvernement, c’est « une ligne de la vie quotidienne » qui assure la desserte de trois bassins d’emploi majeurs : l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le parc des expositions de Villepinte et l’aéroport du Bourget. Cette réponse laisse pourtant dans l’ombre le problème de l’éloignement des quartiers d’habitation.

De son côté, la Société du Grand Paris précise avoir étudié « des mesures conservatoires autorisant la réalisation ultérieure d’une gare afin de permettre à la Société du Grand Paris d’attribuer, dès 2022, le 3e lot de génie civil de la ligne 17 entre la gare du T2 et Le Mesnil-Amelot, sans être bloqué par la réalisation du T4 ». Leur objectif reste de mettre en service la ligne 17 jusqu’au Mesnil-Amelot à l’horizon 2030. Bref, officiellement, rien ne bouge.

Plusieurs tronçons de la ligne 17 sont actuellement en chantier, entre Saint-Denis-Pleyel et Le Bourget. Les marchés ont été signés pour le tronçon entre Le Bourget-Aéroport et Parc-des-Expositions. « Pour ce tronçon, les reconnaissances sont en cours et le tunnelier devrait être introduit au Bourget-Aéroport vers le milieu de cette année. Arrêter cela coûterait cher », analyse Francis Rol-Tanguy. Dans son rapport au gouvernement, il préconise la construction d’une ligne 17 bis, qui s’ajouterait à la ligne 17 telle qu’elle est actuellement planifiée, pour passer par la gare existante de Villiers-le-Bel – Gonesse – Arnouville (RER D), et éventuellement une nouvelle gare au niveau de l’hôpital de Gonesse, pour rapprocher le métro des habitant·e·s.

Des discussions interministérielles ont lieu ces jours-ci. Un arbitrage était attendu à Matignon en janvier, mais, mi-février, il n’a toujours pas eu lieu.

 

 

 

9 février 2021

ELOI MACHORO 4/6 09 02 21

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Article de Mathieu Lopes paru dans survie en 2018.

Membre du FLNKS [1], Eloi Machoro a été une figure de la lutte pour l’indépendance de la Kanaky. Partisan d’une lutte radicale, ne rechignant pas à utiliser les armes, il était devenu la bête noire de l’administration française et des colons. Il fut tué par les balles du GIGN le 12 janvier 1985.

L’histoire politique d’Eloi Machoro se construit en réponse à la violence des années 70 et 80 en Nouvelle Calédo­nie. Les colons, fortement marqués à droite et extrême­droite, disposaient d’armes dont ils n’hésitaient pas à se servir en tout impu­nité. Leur désarmement était un objectif po­litique pour les indépendantistes. Eloi Machoro prit la suite de Pierre Declercq, as­sassiné en 1981, comme secrétaire général de l’Union Calédonienne, parti membre du FLNKS.

Rapport de force anticolonial

En novembre 1984, le FLNKS mena une campagne de « boycott actif » des élections locales (au­-delà de l’abstention, cela consis­tait à perturber le vote). A cette occasion, Eloi Machoro se fit connaître en brisant une urne d’un coup de hache. Sa photo fit alors le tour de la presse française. En Nouvelle­ Calédonie, il s’opposa à l’extrême­-droite caldoche, en menant notamment des opéra­tions de désarmement des colons. Durant trois mois, de septembre à novembre 1984, un groupe dont il faisait partie tint le siège de la ville de Thio, coupant l’activité de la mine de nickel qui s’y trouve. Pour un de ses proches « Eloi était la bête noire de l’ex­trême­droite locale… Sans tirer un coup de feu, il avait désarmé la totalité des euro­ péens de Thio » [2].

L’usage des armes par Machoro ne fit ja­mais de victime, même lorsqu’il s’opposa à des groupes de gendarmes du GIGN venus pour briser le siège de Thio. Le 1er dé­cembre 1984, dès l’atterrissage de leurs héli­coptères, ceux­-ci furent entourés et neutralisés par plusieurs centaines de Ka­naks armés. La seule victime de cette his­toire fut l’amour­-propre du capitaine Picon, qui n’accepta de déposer son arme qu’après une gifle d’Eloi Machoro. Le gendarme gar­da une rancœur profonde de cette humilia­tion, qui eut des conséquences par la suite.

La stratégie de rapport de force d’Eloi Machoro pouvait être considérée comme complémentaire de celle de négociation portée par Jean­-Marie Tjibaou ou Yeiwene Yeiwene. « Il savait qu’à moins d’infliger une défaite retentissante à ses adversaires, rien de stable pour le peuple kanak ne pourrait jamais être mis en place. [...] L’esprit, non pas tant revanchard que ra­ ciste, des Européens locaux, leur ferait employer tous les moyens pour effacer la réalité kanak de la carte. [...] Dans quelques mois, le Gouvernement de droite allait être notre seul interlocuteur. Il serait alors indispensable, en face de lui, de se trouver en position de force. » [Ibid.]

Le siège de Thio apparaissait comme un moyen efficace d’établir ce rapport de force, sans effusion de sang. Eloi Machoro et ses camarades décidèrent alors de renouveler cette action dans la ville de la Foa. Le niveau de violence en Nouvelle­-Calédonie avait augmenté depuis le massacre d’Hienghène le 5 décembre 1984, où des Caldoches avaient tué 10 Kanaks dans une embuscade, probablement autant par haine que par vo­lonté d’envenimer la situation à l’heure où une partie du FLNKS négociait avec l’État français. Les menaces sur Eloi Machoro se faisaient plus concrètes : « Les Caldoches s’acharnaient sur Machoro. Les colons montaient embuscade sur embuscade, pour le coincer, sans résultats. La Gendar­merie le suivait à la trace, justement in­quiète de ses activités. En un certain sens, il avait la baraka, tout le monde venait der­rière sans parvenir à le précéder. » [3]

Les balles de la République

Le 10 janvier 1985, un jeune Caldoche, Yves Tual, est tué lors d’un accrochage avec deux Kanaks venus inspecter une ferme, qu’ils suspectaient probablement d’abriter des armes. Des émeutes sont déclenchées à Nouméa par les colons, qui s’attaquent à des locaux d’indépendantistes ou de sympathi­sants et affrontent les CRS. La rumeur enfle d’une responsabilité (hautement impro­bable) d’Eloi Machoro dans la mort du jeune Tual.

Le 11 janvier 1985, la ferme, où le leader indépendantiste se trouve en compagnie de plusieurs camarades pour préparer le siège de la Foa, est encerclée par des gendarmes. Parmi les militaires se trouvent trois tireurs d’élite du GIGN, dont le capitaine Picon, hu­milié par Machoro un mois et demi plus tôt. Au matin du 12 janvier, Eloi Machoro et Mar­cel Nonnaro sortent de la ferme suite aux appels des gendarmes. D’après les témoins indépendantistes, ils ont leurs armes mais ne les épaulent à aucun moment et ré­clament de parler au sous­-préfet. « À 6 heures, un ordre tombe de Nouméa : « Tir de neutralisation sur la personne d’Eloi Machoro et de Marcel Nonnaro » » [4]. Les deux hommes sont abattus par les tireurs du GIGN. Le Haut­Commissaire de la Répu­blique de l’époque Edgard Pisani s’en défen­dra plus tard, arguant que selon lui l’ordre était de « neutraliser » et non pas de « tuer » [5].
La version étatique est que les Kanaks, qui occupaient la ferme, avaient ouvert le feu contre les gendarmes, qui durent ripos­ter, les tuant « accidentellement ». Mais il ap­paraît que le terme d’occupation est inadapté, car les Kanaks connaissaient per­sonnellement le propriétaire des lieux. Sur­ tout, pour les témoins indépendantistes, mais aussi d’après un gendarme, Lahouari Bouhout, aucun coup de feu n’a été tiré par les Kanaks. Ce même gendarme affirmera plus tard que les ordres étaient précis « la gendarmerie devait tuer trois hommes. On nous a demandé de tenir secret et de dire que c’était un accident. » [6] La troisième cible, qui serait François Burck [7] d’après les indépendantistes [8], a eu la vie sauve. Les ca­marades de Machoro racontent également que les gendarmes auraient fait feu avec les armes des indépendantistes après les avoir abattus pour simuler une fusillade, et au­raient frappé les survivants pour les obliger à signer des témoignages en ce sens (ce qu’ils ont refusé de faire) [9].

À qui le crime profite

L’effet politique de la mort d’Eloi Macho­ro est immédiat. Le même jour, le maire de Nouméa annonce à un millier de colons ras­semblés sur une place la mort de l’indépen­dantiste. La foule explose de joie [10]. Edgard Pisani, qui a beau prétendre que la mort des Kanaks est accidentelle, insiste sur les béné­fices : « Pour être honnête, je dois dire qu’aussi involontaire qu’elle ait été, la mort d’Eloi Machoro rendait service à la cause de la paix. [...] Il aurait même représenté, au sein du FLNKS comme à l’extérieur de celui­-ci, un obstacle. Je regrette vraiment qu’il ait été tué, mais je crois que cette mort rendit service à la Nouvelle Calédonie ».
Dans la foulée, l’état d’urgence est ins­tauré sur le pays. « Le 12 janvier au matin donc, Nouméa sortait d’une nuit d’émeute, la population caldoche était en état d’in­surrection et on pouvait craindre que la mort d’Eloi Machoro ne déclenche une vague de violence chez les Canaques (sic). Je pris la décision d’instaurer l’état d’ur­gence. Il s’agissait moins de tirer avantage des dispositions autorisées par celui­-ci que de provoquer un choc dans la population, en Nouvelle Calédonie comme en métro­pole. Il fallait que les habitants de Nouvelle Calédonie aient conscience de ce qu’un pas avait été franchi au­-delà duquel la moindre atteinte à l’ordre serait réprimée ; il fallait que les extrémistes de la droite cal­doche de Nouméa comprennent qu’il n’était plus question qu’ils bénéficient, au regard de la loi, de la relative impunité dont ils bénéficiaient de fait depuis trente ans. Que faire quand on a une police qui, au quotidien, se sent viscéralement soli­daire de ceux qui menacent l’ordre public ? Il fallait que les Canaques s’en remettent à la seule action politique. » [11]
Ces propos portent, malgré tout, une re­connaissance de la violence coloniale subie par les Kanaks et de la rationalité du recours à la lutte armée pour s’y opposer, comme Eloi Machoro l’a fait, puisqu’il conclut que le musellement des colons, dont la police était complice, a ouvert la voie à une solution po­ litique. L’impunité des Caldoches y est clai­rement affirmée. Mais ils sont aussi une illustration de l’intérêt politique de l’état d’urgence pour l’État français, éclairante pour les enjeux contemporains.
A l’approche du référendum de décolo­nisation de la Nouvelle Calédonie, le rappel de l’histoire d’Eloi Machoro, comme d’autres épisodes, encore proches, est im­portant pour illustrer le caractère colonial et sanglant des rapports sociaux dans ce pays. Il est une contradiction douloureuse aux voix qui invitent à « passer à autre chose », à tourner la page d’un passé qui n’a pas été soldé pleinement, et qui poussent à accep­ter le fait accompli de l’occupation française.

[1Front de libération nationale Kanak et socialiste, coa­lition de partis créée en septembre 1984 qui porte la re­vendication indépendantiste

[2René Guiart, « La vie et la mort d’un héros Kanak : Eloi Machoro », Journal de la société des océanistes 92-­93

[3Ibid.

[4Ibid.

[5Edgard Pisani, Persiste et Signe, p.340, ed. Odile Jacob.

[6« Un ancien gendarme affirme qu’Eloi Machoro a été tué sur ordre », Le Monde, 04/12/1986.

[7Seule figure indépendantiste de l’Union Calédonienne ayant survécu aux « événements » des années 80, il suc­cédera à Jean­-Marie Tjibaou à la tête de l’organisation en 1989

[8David Robie,« Assassins in Kanaky », Covert Action In­ formation Bulletin n°29, 1988.

[9René Guiart, op. cit

[10Soir 3 du 12 janvier 1985, archives INA.

[11Edgard Pisani, op. cit. p.342.

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L’association Lampe-Tempête est l’outil qu’ils ont créé pour développer leurs explorations audio-visuelles.

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Benoît Godin est actif au sein de plusieurs radios et webradios associatives toulousaines (Canal sud, FMR, Onde courte…). Entretenant des liens forts avec la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu de nombreuses fois, il réalise là son premier grand documentaire sonore.
Simon Auffret, lui aussi ancien de l’ESAV, signe les créations musicales originales, ainsi que le mixage du documentaire. Dj et beatmaker sous le pseudonyme de Sahimone, il habite aujourd’hui à Varsovie (Pologne) où il anime deux émissions consacrées à l’electro sur Radio Kapitał. 

Dernière minute : le comédien Iabe Lapacas rejoint l’aventure. Lui qui a interprété Alphonse Dianou, autre figure importante du combat kanak des années 80, dans le film de Mathieu Kassovitz « L’ordre et la morale » prêtera sa voix pour raconter l’histoire d’Eloi Machoro.

 

3 février 2021

ELOI MACHORO 3/6 02 02 21

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BENOIT GODIN
Formé à l’ESAV de Toulouse, investi dans le monde de la radio depuis une dizaine d’années, Benoît Godin est actif au sein de plusieurs radios et webradios associatives toulousaines (Canal sud, FMR, Onde courte…). Entretenant des liens forts avec la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu de nombreuses fois, il réalise là son premier grand documentaire sonore.
Simon Auffret, lui aussi ancien de l’ESAV, signe les créations musicales originales, ainsi que le mixage du documentaire. Dj et beatmaker sous le pseudonyme de Sahimone, il habite aujourd’hui à Varsovie (Pologne) où il anime deux émissions consacrées à l’electro sur Radio Kapitał.

 

L’association Lampe-Tempête est l’outil qu’ils ont créé pour développer leurs explorations audio-visuelles.
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Dernière minute : le comédien Iabe Lapacas rejoint l’aventure. Lui qui a interprété Alphonse Dianou, autre figure importante du combat kanak des années 80, dans le film de Mathieu Kassovitz « L’ordre et la morale » prêtera sa voix pour raconter l’histoire d’Eloi Machoro.

 

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3ème volet « le coup de tamiok », sur le parcours d’Eloi Machoro leader indépendantiste kanak, avec le concours de Benoit Godin qui a réalisé ce documentaire sonore « le combat ne doit pas cesser » et Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire par Hamid Mokaddem. Nous avons évoqué le programme de la semaine anti-coloniale et anti-raciste 2021 qui se tient du 28 01 au 13 02, pour vous connecter.

Lien Webinaire Zoom :

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HAMID

HAMID MOKADDEM

Professeur agrégé de philosophie à l’Institut de la Formation des Maîtres de la Nouvelle-Calédonie, anthropologue, écrivain et éditeur, Mokaddem vit, travaille et milite en Nouvelle-Calédonie depuis 1989. Il milite, d’abord, au sens de « militer pour une politique de la vérité » (ibidem : 126), comme l’éclairent aussi les épigraphes à son livre. La première est tirée de Michel Foucault, référence incontournable dans le travail de recherche de Mokaddem, et la dernière d’Apollinaire Anova, écrivain kanak dont la pensée a été redécouverte aussi grâce à l’œuvre de Mokaddem (2014b) et à son travail d’éditeur.

  • 1 Avant sa forme définitive, ce texte avait fait l’objet de plusieurs interventions ; aux deux colloq (…)

« […] il ne s’agirait pas de retracer la biographie générale et exemplaire de l’homme révolutionnaire ou de trouver l’enracinement de son projet ; mais de montrer comment se sont formés une pratique discursive et un savoir révolutionnaire qui s’investissent dans des comportements et des stratégies, qui donnent lieu à une théorie de la société et qui opèrent l’interférence et la mutuelle transformation des uns et des autres. » (Foucault, 1969 : 264)

« Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue le rôle de discours parrêsiastique. » (Foucault, 2009 : 169)

Les terrains minés en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie »

 

  • 2 Ces logiques constitutives de l’espace politique de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » ont été l’objet e (…)
  • 3 À l’intérieur de chaque peuple, des sous-groupes peuvent se former pour des raisons stratégiques pr (…)
  • 4 Un échantillon, sur le terrain de Houaïlou au centre nord-est de l’archipel, est étudié de manière (…)
  • 5 Publier au sens conféré par Kant (et non par Lacan de « poubelliser ») qui est de s’adresser de man (…)
  • 6 Sur les problèmes de parenté et de conflit sur le terrain, voir Leblic (2004 : 319-350, 2010).

1Effectuant mes recherches en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » – j’expliquerai tout de suite le sens hybride de ces deux noms propres –, le recours à la première personne du singulier plutôt qu’à l’usage convenu du « nous » universitaire s’avère être un impératif. Le lieu (terrains des enquêtes et des recherches) est celui d’un espace politique en cours de constitution. J’entends « constitution » dans les trois sens respectifs de politique (une souveraineté nationale suspendue, non encore constituée, par des accords économiques et politiques), de juridique (la Nouvelle-Calédonie est le nom de la collectivité d’outre-mer sui generis de la République française) et d’anthropologique (outre le « peuple calédonien » constitué par le statut juridique de citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, il existe des peuples composant un « peuple multinational »). L’espace dénommé « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » est travaillé de l’intérieur par des logiques de composition/décomposition/recomposition mobilisées par et autour des conflits d’intérêts2. Ce « nous communautaire » est surdéterminé par la puissance d’enracinement au lieu (foncier), au nom (le pays) et à l’histoire (la durée). Le recours, à tout bout de champ, à un « nous communautaire » oblige l’enquêteur à clarifier sa position vis-à-vis de ces « nous pluriels », désignant pour l’essentiel mais pas exclusivement, le « peuple kanak » et le « peuple calédonien »3. L’exercice du « je » est véritablement un exercice du sujet, à savoir un essai de clarification de son rapport à soi et aux autres. Les obligations sociales d’intégrer un groupe (le « nous communautaire ») fonctionnent avec les mêmes logiques classificatoires des parentés et/ou des catégories politiques d’amis/ennemis étudiées par Carl Schmitt et reprises par Mao Tsé Toung. Il me semble que ces processus d’identifications correspondent aux jeux des placements des groupes dans l’espace politique. Une des conséquences est que tout chercheur fait, un jour ou l’autre, l’objet de suspicions, de récupérations et/ou de transferts et contre-transferts. Les dessous des cartes ne sont jamais évidents à comprendre tant ceux-ci renvoient à des histoires localisées4. Publier en « Kanaky/Nouvelle-Calédonie », c’est composer avec des rapports sociaux sous-tendus par une pression « insulaire » et « politique »5. La proximité ne facilite pas une recherche voulant se dissocier des compromissions. L’exiguïté des relations de parenté et la contiguïté des rapports sociaux ont forcément des incidences sur les recherches effectuées6. Il est impossible au chercheur d’écrire, de publier, ou de prendre la parole en public, sans subir les conséquences d’être inquiété ou de faire l’objet de pressions. Ces risques sont d’autant plus réels s’agissant d’analyses questionnant le présent (Leblic, 1999). Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, la question du choix du nom de pays, « Kanaky » et/ou « Nouvelle-Calédonie », intensifie la tension politique. Elle réactive le devenir incertain du « Pays » et inquiète les peuples concernés. En effet, derrière le choix du nom de pays, se joue le devenir de la souveraineté. « Kanaky » nomme la souveraineté revendiquée par une majeure partie du peuple kanak incompatible (ou perçue comme tel) avec « Nouvelle-Calédonie », nom anglais francisé, que tient à conserver l’ensemble des autres communautés « ethniques ». (Une infime partie du peuple kanak « anti-indépendantiste » se considère être une communauté composant, avec les autres communautés, le « peuple calédonien »).

2Ce contexte – l’espace politique en cours de constitution – explique les orientations et les sens des investigations que j’ai commencé d’entreprendre depuis 1989. Il s’agit pour moi de voir et de savoir comment les « communautés/peuples » se composent pour constituer l’espace de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie ». Comment, par exemple, les transportés et migrants d’hier se convertissent en communautés se plaçant dans l’espace politique en cours de constitution (Mokaddem, 2010).

  • 7 J’ai effectué une série de travaux et de publications sur les trajectoires de Jean-Marie Tjibaou, R (…)

3L’étude de la trajectoire d’Éloi Machoro, un des leaders les plus charismatiques contemporain de la montée en puissance du nationalisme kanak, s’inscrit dans ces recherches. Il s’agit de décrire et d’analyser la généalogie du concept de peuple kanak7. Il s’avère que depuis 1998, date de la mise en place de l’accord de Nouméa, une portion du peuple kanak mobilise le concept de « peuple autochtone » pour revendiquer des droits collectifs et bénéficier des plus-values des usines de transformation de minerai de nickel. Je crois que ces types de recherches peuvent contribuer à clarifier en partie le télescopage entre les concepts de « peuple kanak » et de « peuple autochtone » (Bellier, 2012 ; Salaün, 2013).

Conversion de l’ethnie en peuple

4Je voudrais reprendre deux hypothèses de travail qu’on lit dans les travaux de Michel Foucault – l’une émise en 1969 sur la possibilité de soumettre le savoir politique à une analyse de type archéologique et l’autre en 1984, énoncée sous forme de « promenade, excursus, errance » sur la catégorie morale de cynisme à travers la culture occidentale. La première hypothèse évoquait l’articulation entre une pratique discursive et une théorie révolutionnaire de la société et la seconde, la manière d’être ou le style de vie révolutionnaire (Foucault, 1969 : 264 et 2009 : 169-171). L’analyse que je propose s’inscrit dans le sillage de ces deux hypothèses pour étudier et décrire comment un parcours politique se convertit en une trajectoire nationale du peuple kanak. J’essaie de mettre à jour les relations compliquées entre « dire-vrai révolutionnaire » et « théorie de la société » en expliquant comment un acteur a réussi à faire monter en puissance le mouvement révolutionnaire en contribuant par ses actions, ses discours et son implication physique jusqu’au sacrifice de sa vie, au mouvement de transformation des ethnies « canaques » en peuple « kanak ». Pour ce faire, je mets en rapport deux axes difficiles à maintenir ensemble : l’histoire du présent (au sens d’un anachronisme réglé) et une anthropologie du politique (au sens d’une analyse anthropologique en partant du point de vue des acteurs ou agents).

5Pourquoi revenir sur une période révolue classifiée d’événements ? Aujourd’hui, le paradigme des actions politiques change en fonction d’une autre séquence d’événements. Les militants nationalistes kanak sont passés des barrages routiers aux négociations pour intégrer et gérer des institutions. On doit remarquer que les actions d’aujourd’hui mémorisent les actions révolutionnaires d’hier. La mémoire collective parle des « événements » comme une période inquiétante de « guerre civile ». Je crois qu’une des raisons de ces inquiétudes est de dissimuler cette vérité : c’est à partir d’une séquence courte (1984-1985) que s’est constitué le concept de peuple kanak obligeant l’ensemble des autres communautés à considérer son propre devenir. C’est dans cette séquence d’événements brève et intense que s’est opérée la transformation de l’ethnie « mélanésienne » en peuple « kanak ». L’archéologie a montré comment les groupes austronésiens à partir d’une longue durée (4 000 ans) sont devenus les groupes mélanésiens (Sand, 2010). Il est possible de dire qu’à partir d’une accélération de l’histoire contemporaine, les groupes autochtones mélanésiens se sont constitués en peuple national revendiquant la souveraineté de Kanaky. La trajectoire d’Éloi Machoro, au même titre que celle de Jean-Marie Tjibaou ou d’autres acteurs kanak, correspond à celle du peuple kanak (Mokaddem, 2005, 2011). Pour toutes ces raisons, je décide de focaliser l’analyse sur la conversion du parcours en trajectoire nationale à partir de cette séquence d’événements. Je différencie les deux catégories de « parcours » et de « trajectoire » pour mieux discerner les modalités des vecteurs (orientations) et les intensités (accélération d’une courbe de vie) des devenirs et conversions (ethnies en peuple) d’une trajectoire singulière (Leblic, 1993, 2007 ; Wittersheim, 2006 ; Waddell, 2008 ; Trépied, 2010).

Parcours

  • 8 Les matériaux de mes enquêtes proviennent d’entretiens faits en 2011 dans la région de Canala avec (…)

6Éloi Machoro est né le 19 janvier 1946 à la tribu de Nakéty de Canala (centre sud-est de l’archipel de la Nouvelle-Calédonie), d’un père originaire de Lifou (une des trois îles Loyauté), catéchiste et élève du prêtre mariste François Luneau – fondateur du séminaire de Nakéty et en 1946 de l’uicalo (Union des indigènes calédoniens amis de la liberté dans l’ordre)8. Sa mère, Bernadette Mero, fait partie d’un clan des chefferies. Avant-dernier d’une famille de huit enfants (quatre garçons et quatre filles), il reçoit une formation religieuse au petit séminaire de Saint Tarcissius à Canala puis à Saint-Léon à Païta, commune du Grand Nouméa (Coulon, 1985 : 35). Dans l’histoire politique, on constate que le mouvement de libération kanak est fortement imprégné de pensée chrétienne (Burck, 2012 : 134). Éloi Machoro passe son premier baccalauréat à Saint-Léon de Païta puis au lycée Lapérouse de Nouméa. En 1966, il avait la réputation d’être un garçon brillant qui travaillait au Trésor public que ses collègues de travail surnommaient le « chouchou du patron », le Trésorier payeur général Gilbert Zaksas qui l’avait poussé à suivre les cours de licence de droit (Burck, 2012 : 29). Ce même haut-fonctionnaire avait repéré Jean-Marie Tjibaou le rapprochant plus tard de Jacques Lafleur (Missotte, 2005 ; Kotra, 2009 : 51-52). Il travaille au service du Trésor pendant deux années puis est maçon dans une entreprise de construction à Nouméa et à Bourail, gardien et chauffeur de station d’élevage d’un petit mineur de Pouémbout et en 1975 instituteur à l’école publique de Canala. Il anime avec François Burck un groupe de jeunes (Coulon, 1985: 35; Burck, 2012: 30). Marc Coulon précise que ce parcours lui avait permis de communiquer avec le peuple :

« avant d’être instituteur, il travaille plusieurs années avec les mineurs, les ouvriers des chantiers, les éleveurs… De là viendra peut-être qu’il sera un des élus kanak les plus aptes à discuter, non seulement avec le peuple paysan, mais aussi avec les travailleurs urbains et industriels. » (Coulon, 1985 : 35)

7Suite au xve congrès de l’uc, tenu à Bourail en juin 1977, il devient membre du bureau politique puis élu conseiller de l’Assemblée territoriale. Après l’Union multiraciale de Yann Céléné Uregei en 1975, le palika (Parti de libération nationale kanak) en 1976, l’UC de parti autonomiste calédonien devient un parti indépendantiste kanak. Les non-Kanak, à l’exception d’un très petit nombre, démissionnent de l’uc pour rejoindre le rpc (Rassemblement pour la Calédonie) de Jacques Lafleur créé en 1977 ou composer avec Jean-Pierre Taïeb Aïfa, ancien secrétaire général de l’uc, un parti calédonien, la Nouvelle société calédonienne puis la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (fnsc) en 1978 (Leblic, 1993 ; Aïfa, 2005 ; Poigoune, 2005).

  • 9 Ce discours important est également reproduit en « Document 7 » du livre de François Burck (2012 : (…)

8De 1977 à 1984, Éloi Machoro poursuit une carrière politique professionnelle. Il démissionne de son mandat de conseiller à l’Assemblée territoriale avec les élus du Front indépendantiste (fi), créé en 1981 grâce au travail militant de Pierre Declerq (Burck, 2012 : 45-46). Le fi est dissout pour faire place au flnks créé à la date symbolique du 24 septembre 1984. Au congrès de l’uc tenu du premier au quatre novembre 1984 à Touho, Éloi Machoro expliquait que le flnks avait été créé contre le statut de Georges Lemoine (« Discours d’ouverture du xvcongrès de l’uc à Touho du 1er novembre 1984 », in Mokadem, 2011 : 144)9. Marc Coulon relate les circonstances ainsi :

  • 10 Une autre appréciation du gouvernement « Tjibaou » est exposée par Barbançon (2008).

« Machoro revient ulcéré de Paris, où il n’y avait pas plus de neuf députés dans l’hémicycle pour débattre du statut Lemoine qui engage l’avenir du peuple kanak ; on pressent qu’il faut à la place élargir et relancer la dynamique populaire, après deux ans de délégation de la cause au gouvernement d’entente. Ce n’est pas le rôle de Jean-Marie Tjibaou d’assurer cette relance ou cette relève (il est le président du mouvement et du Territoire), ce n’est pas non plus son charisme. Il faut un militant, et c’est Éloi Machoro. Celui-ci va multiplier les contacts, les réunions, les interventions, assurant une présence sur tous les fronts, sur tous les terrains, pour insuffler une nouvelle phase qui apparaît de plus en plus nécessaire ne serait-ce que pour voler au secours de son gouvernement qui s’essouffle, puis surtout, pour contrer ce statut Lemoine qui menace10. »

9À partir du 18 novembre 1984, le parcours politique d’Éloi Machoro se convertit en une trajectoire révolutionnaire.

 

ELOI5

 

Scansion de la trajectoire : 18 novembre 1984/12 janvier 1985

10Machoro décide de rehausser l’action du boycott des élections territoriales du 18 novembre 1984 vers un niveau national et international. La trajectoire correspond à une scansion historique. Conjuguant anticipation politique et conscience historique, Éloi Machoro écrit une lettre la veille de la journée du 18 novembre 1984 – journée qu’il décide de transformer en moment historique. La lettre est adressée « à François Burck et à l’intention de toute l’UC et aux responsables de ce Parti ». Datée et située de manière très précise, « le 17 novembre 1984 à 23h55 à Nakéty », la lettre fut remise à son destinataire par Françoise Machoro, sœur d’Éloi Machoro, longtemps après le 12 janvier 1985, date où furent tués Éloi Machoro et Marcel Nonnaro par les tireurs d’élite du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (gign). Je cite l’intégralité de ce texte :

« Nakéty, le 17/11/84 à 23h55

F. Burck (à l’intention de toute l’UC et à vous responsable de ce Parti)

Demain, la journée sera rude pour tout le peuple kanak. Le boycott actif des élections prôné par ceux qui sont conscients que la survie du peuple kanak se jouera demain réussira ou ne réussira pas. S’il réussit, le gouvernement a tous les moyens à sa disposition pour présenter cela comme un échec.

Sur le plan national, les métropolitains ont d’autres problèmes et ils ne nous connaissent pas. Sur le plan international, avec les Pays du Pacifique et les pays capitalistes ils ont les moyens pour minimiser nos actions notamment en évoquant notre caractère minoritaire et en grossissant la valeur des Kanak présents sur les listes électorales. Il faut donc quelque chose de plus que le boycott actif.

Les prisonniers de Koindé sont encore en taule et ils vont continuer de croupir si l’on [n’]assimile pas d’une façon concrète leur lutte pour la survie du peuple kanak.

D’une façon ou d’une autre, ceux qui ont signé le mot d’ordre du boycott actif des élections paieront après les élections ou pendant la journée de demain.

Je ne veux pas être incarcéré pour de rien et, demain je prendrai une part très active à l’action qui sera menée dans la mairie de Canala.

Ce sera à vous d’exploiter le plus possible la suite des événements pour notre lutte, pour faire comprendre aux gens (Kanak) la gravité de la situation pour le peuple, le combat politique des gens de Koindé-Ouipoin. Je te fais confiance. Le Combat ne doit pas cesser faute de leaders ou faute de combattants. » (Archives François Burck ; publiée in Mokaddem, 2011 : 155-158 ; aussi in Burck, 2012 : 150-151 avec la reproduction de l’original)

11La dernière phrase, « Le Combat ne doit pas cesser faute de leaders ou faute de combattants », est devenue un mot d’ordre célèbre au niveau de la mémoire collective kanak. La détermination d’Éloi Machoro est proportionnelle à la gravité de la situation (ou considérée par lui comme étant une situation grave). Pour faire prendre conscience aux Gens (les autres Kanak) que ce qui se joue est la « lutte pour la survie du peuple kanak », l’action du boycott est estimée insuffisante. Qu’est-ce qui permettait à Éloi Machoro d’estimer que l’action du boycott actif allait être insuffisante et de soutenir « qu’il faut quelque chose de plus » ?

  • 11 L’ustke est le premier syndicat kanak, après le syndicat des travailleurs et des enseignants (ste), (…)

12Il y a dans la trajectoire une mémorisation de l’expérience institutionnelle (Assemblée territoriale, Assemblée nationale, onu) couplée avec l’expérience militante. Éloi Machoro était un des acteurs principaux des manifestations organisées dans les rues de Nouméa lors des années quatre-vingt. Il était présent et invité à la création en décembre 1981 du premier syndicat kanak, l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (ustke)11.

  • 12 Éloi Machoro possédait une hache ou « tamioc » (en français local) qu’il utilisait de manière symbo (…)
  • 13 Daniel Dommel, présent à la séance, décrit la caricature de démocratie dont une des conséquences fu (…)
  • 14 Jacques Violette, militant du psc (Parti socialiste calédonien) devenu psk (Parti socialiste en Kan (…)
  • 15 L’accord de Nouméa, garanti par la Constitution, se fonde sur un transfert évolutif de la souverain (…)

TAMIOK

 

13En 1981, contre l’assassinat de Pierre Declercq, secrétaire général de l’uc, il organise avec les militants de la région de Canala un des premiers barrages routiers. Au sein de l’unique institution délibérante de la Nouvelle-Calédonie, conseiller de l’Assemblée territoriale, au nom du fi, il défend les dossiers sur la fiscalité et la redistribution des finances publiques mais fait la rude épreuve du verrouillage institutionnel et de l’obstruction des dossiers par une majorité d’élus anti-indépendantistes12. Le 4 juillet 1984, il précise dans une interview télévisée que n’ayant pas la majorité au sein de l’Assemblée territoriale, institution « sous la tutelle de l’État colonial », le fi a les « mains liés » et ajoute que Pierre Declercq a été assassiné parce qu’il avait contribué à la mise en place de l’indépendance kanak au sein de l’Assemblée territoriale (Machoro, « Bilan Assemblée Territoriale Machoro du 4 juillet 1984 », interview de 16 min 32 avec un journaliste de Radio France outre-mer, Archives audiovisuelles de rfo, Nouméa, Nouvelle-Calédonie). Le 31 juillet 1984, il assiste, médusé, à l’Assemblée nationale à Paris à une « Caricature » de démocratie lors des discussions du vote de la loi du statut Lemoine (Dommel, 1993: 44). Neuf députés présents votèrent pour leurs collègues absents montrant leur indifférence pour le dossier calédonien. Les amendements du fi, exprimés par la « bouche du député Roch Pidjot », sont rejetés et classés « inconstitutionnels » (Pidjot, « Discours prononcé à l’Assemblée nationale du 31 juillet 1984 », in Mokaddem, 2011 : 133 ; et lettre du 30 mai 1984 d’Éloi Machoro à François Burck in Burck, 2012 : 128-129)13. La déclaration du congrès de Nainville-les-Roches, non signée par Jacques Lafleur, par conséquent non signé par le rpcr, avait acté deux principes : « le droit inné et actif à l’indépendance » et « le corps électoral restreint au peuple kanak et aux victimes de l’histoire ». Le statut Lemoine revient sur ces deux principes. Les propositions d’amendement de la loi par le député Roch Déo Pidjot sont purement et simplement ignorées14. Il aura fallu la loi constitutionnelle de juillet 2009 pour que la question du corps électoral restreint aux citoyens de la Nouvelle-Calédonie trouve une solution15. On peut dire que la « mémorisation institutionnelle » et l’« expérience militante » structurent et orientent la décision politique d’Éloi Machoro.

  • 16 Jacques Roynette revient sur ce point s’estimant s’être fait piéger (Roynette, 2008).
  • 17 Voir en fin d’article, les deux photographies : l’une parue dans Les Nouvelles calédoniennes le 19 (…)

14Ce n’est pas tout. Éloi Machoro fait un pas supplémentaire. Il déplace les frontières entre « droit commun » et « droit politique » instituées par l’ordre et la légalité républicains et associe le sort des militants de Koindé-Ouipoin, considérés comme des prisonniers de droit commun, au mouvement national et politique du peuple kanak. Les gens de la tribu avaient défendu leurs droits contre l’opération des gardes mobiles venus récupérer avec des moyens disproportionnés les engins confisqués d’un entrepreneur forestier. Ils exigeaient réparations et dédommagements suite aux destructions et pollutions des « creeks » occasionnées par l’exploitation capitaliste des forêts sans aucun souci du développement durable et des devenirs des populations autochtones. Éloi Machoro, en tant que secrétaire général de l’UC, avait proposé au Haut-commissaire de la République que les Gens de Koindé Ouipoin gèrent la production par la création d’un Groupe d’intérêt économique (« Lettre du 15 janvier 1983 adressée à Jacques Roynette, haut-commissaire de la République », Archives de l’Union calédonienne, in Burck, 2012 : 123-126)16. L’État refusait la proposition en prenant fait et cause pour l’entrepreneur mobilisant la force armée pour régler le contentieux. L’affaire s’était soldée par deux morts parmi les forces de l’ordre venues récupérer les engins confisqués, une dizaine de blessés et une dizaine d’arrestations « privant ainsi des familles dépourvues de forces vives » (idem : 124). Éloi Machoro voulait que le sort des prisonniers « oubliés » de Koindé Ouipoin ne soit pas dissocié du destin du peuple kanak (idem : 124). Pour lui, il fallait le faire par une action plus marquée que le boycott actif des élections territoriales organisées par le statut Lemoine. Le 18 novembre 1984, il brise l’urne électorale à coups de hache se faisant délibérément prendre en photographie. Les circonstances de la photographie m’ont été racontées par les acteurs et témoins directs de l’événement (Dohouade et Takamatsu, 2011, et photographies de Louise Takamatsu in Burck, 2012 : 15817). La participation, en apparence passive, du maire de Canala Maximilien Karembeu (oncle paternel du célèbre footballeur) explique la réussite de la performance. J’ai recoupé par des entretiens ethnographiques les différents points de vue pour resituer l’action d’Éloi Machoro et la photographie de Louise Takamatsu devenue surmédiatisée (Dohouade, 2011 ; Machoro, Louis, 2011 ; Takamatsu, 2011 ; Mokaddem, 2011). En 1988, Jean-Paul Besset revient sur ce geste en mettant l’accent sur sa dimension internationale :

  • 18 Il y a une erreur. Il ne s’agit pas de la mairie de Thio mais de Canala. Thio est le village minier (…)

« Adepte courageux de l’action symbolique et de la mise en scène, il a “lancé” le flnks sur l’orbite international. Contrairement à ce qu’on croit, il agissait plus en modérateur et négociateur qu’en chef de guerre. L’urne qu’il a brisée à Thio [sic] reste un des actes majeurs de la transgression de l’ordre colonial. Son assassinat est à mesure de celle-ci18. » (Besset, 1988 : 166)

15L’analyse de Jean-Paul Besset, alors journaliste couvrant le dossier calédonien, recoupe l’évaluation politique d’Éloi Machoro. Ce dernier considérait nécessaire de conférer au mouvement une envergure nationale et internationale pour faire reconnaître aux yeux de la planète la situation minoritaire du peuple kanak au point de vue démographique et démocratique. On doit expliquer ce point et je dois revenir sur l’expression de « survie du peuple kanak ».

  • 19 La catégorie de « communauté ethnique » est reprise par Alain Christnacht (2004). Nous assistons à (…)

16On pourrait croire que la violence des propos tenus soit imputable à une rhétorique militante exagérant la situation. Au passage, on peut se demander si la violence contenue de l’action révolutionnaire de Machoro est en rapport avec celle d’une guerre conjurée décrite et analysée tout récemment (Naepels, 2013). Les propos de « survie du peuple kanak » et de « destruction du peuple kanak » ne sont pas propres à Éloi Machoro. Les figures de style, qu’on pourrait croire être de l’ordre d’une mise en scène théâtralisée digne d’un psychodrame, sont à mettre en relation avec le mot d’ordre d’une des commissions de travail du congrès de l’uc tenu à Touho, déjà mentionné, du premier au quatre novembre 1984 : « Statut Lemoine, processus irréversible pour la destruction du peuple kanak ». Il s’agissait de contrer le statut Lemoine mais aussi de construire une société à partir d’actions révolutionnaires. Les militants percevaient que ce nième statut perpétuait des mesures technocratiques de l’État minorant le peuple kanak voulant le transformer en une « communauté ethnique » parmi l’ensemble des autres communautés dans la continuité d’« une opération de peuplement outre-mer » (Messmer, 1972 in Coulon, 1985 : 231)19. Alban Bensa rapporte une image percutante d’Éloi Machoro dénonçant cette situation, dans une interview juste après l’affaire de Koindé Ouipouin :

« Dans le système colonial, nous ne voulons pas être quelques petits pois perdus dans un potage. » (Machoro in Bensa, 1985, repris in 1995 : 147)

17La formule de « destruction de peuple kanak » est un énoncé performatif construit par les militants lors du congrès politique de l’Union calédonienne. Ce performatif fut repris en avril-mai 1988 par les militants nationalistes d’Ouvéa. Chanel Kapoeri et Alphonse Dianou, les deux principaux leaders des deux sections de commandos ayant pris en otages les gendarmes à Ouvéa, reprenaient ce mot d’ordre pour légitimer leur action en calquant leur modèle d’action sur celui d’Éloi Machoro (Kapoeri, 1989). J’insiste sur ce point : l’action pratique et militante va de pair avec le discours politique kanak. Il s’agissait alors de construire une société en tenant compte du peuple kanak et de ses systèmes de besoin et de pensée. Il suffit pour être convaincu de lire l’intégralité du discours d’ouverture du congrès prononcé par Éloi Machoro, secrétaire général de l’Union calédonienne, dont je ne cite que le tout début :

  • 20 On trouve les textes et photographies de ce congrès dans Burck (2012: 138-149). Christian Burck, mi (…)

« Notre premier objectif, c’est d’obtenir le pouvoir politique. C’est le travail de la commission animée par Christian Burck. Le deuxième objectif, c’est d’arrêter des propositions concrètes à réaliser. Nous nous battons pour avoir, pour arracher le pouvoir politique, mais dès que nous l’aurons, qu’en ferons-nous ? C’est le travail des autres commissions : Relations extérieures avec Yeiwéné, Constitution avec Lenormand, Plan de Développement avec Cortot, la Monnaie avec Tjibaou. Il faut élaborer des propositions précises que nous appliquerons dès que nous aurons le pouvoir politique. Le troisième objectif de ce congrès, c’est de proposer les grands principes pour les orientations de la société future du pays kanak indépendant. » (« Discours d’ouverture du XVe congrès de l’UC à Touho du 1er novembre 1984 », in Burck, 2012 : 138)20

  • 21 « Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue (…)
  • 22 J’avais déjà traité de ce prétendu différend entre les deux leaders kanak (Mokaddem, 2005 : 193-214 (…)
  • 23 ndlr. – Cette étude de la trajectoire d’Éloi Machoro est très liée à l’histoire de la colonisation (…)

ELOI2

18Je dois ajouter quelques précisions sur le style ou la manière de dire et de faire d’Éloi Machoro en reprenant ce que Foucault désignait par discours « parrêsiastique21 » ou « dire-vrai » (Foucault, 2009). La concision des énoncés performatifs est celle du franc-parler ou de la « parrêsia », un discours prescriptif et direct (symétrique inverse du discours sinueux et flagorneur) exprimé pour modifier la conduite. Ce type de discours veut être à hauteur d’un moment qualifié de grave. La densité et l’intensité du moment, où se joue « le sort du peuple kanak », obligent l’auteur à être et à devenir acteur d’une pratique inscrite dans un mouvement considéré comme celui de la marche de tout un peuple. Les énoncés performatifs – « Il faut donc quelque chose de plus que le boycott actif » et « Le Combat ne doit pas cesser faute de combattants. » – sont des impératifs. Ces discours sont des actes décidant de passer de la finitude d’un parcours vers l’ouverture d’une trajectoire nationale. Faire du 18 novembre 1984 une journée décisive, un événement marquant, un tournant décisif où « plus rien ne sera plus comme avant », oblige le militant politique à devenir un révolutionnaire. Le mode d’être et les façons de dire et de faire correspondent au style ou à une esthétique de l’existence au sens puissant conféré par L’Histoire de la sexualité de Michel Foucault, devenir ce qu’on est. Certains ont voulu voir des oppositions entre Machoro et Tjibaou au point d’accuser le second de trahison et de complicité d’assassinat vis-à-vis du premier. Le style direct et concis de Machoro n’est pas celui sinueux et oblique de Tjibaou. Dans leurs différences, on doit lire non pas un différend mais une différenciation se complétant chacune pour contribuer à la constitution du peuple kanak et de sa souveraineté, Kanaky22. Dans le même ordre de comparaisons, Éloi Machoro inscrivait sa trajectoire dans le sillage historique de celle d’Ataï (Coulon, 1985 ; Jorédié, 1985 ; Dohouade, 2011 ; Machoro, Louis, 2011) et de « La guerre de 1878  » (Bensa, 2004 ; Millet, 2004)23. Tjibaou, quant à lui, ne cessait, aux moments les plus critiques des pourparlers et négociations avec la France, de se ressourcer à la « guerre de 1917 » (Mokaddem, 2004, 2005 ; Muckle, 2012).

19La conversion du parcours en trajectoire s’opère précisément du 18 novembre 1984 jusqu’à la mort brutale d’Éloi Machoro, le 12 janvier 1985. La vélocité de la trajectoire correspond à l’intensité et scansion de la séquence d’événements. Au point que beaucoup ont fait de la vélocité d’Éloi Machoro une légende (Aïfa, 2005). Il sillonne le nord du territoire déjouant les contrôles des gendarmeries et les contre-barrages routiers des milices « loyalistes » pour informer les comités de lutte (Dohouade, 2011). Il assiège la ville de Thio, fief de la puissante Société le nickel (sln), poumon économique du territoire. Ensuite, il veut encercler le principal village de la côte ouest, La Foa. Le 9 janvier 1985, l’assassinat non élucidé d’un jeune Calédonien, Yves Tual, neveu du maire évincé de Thio Raymond Galliot, provoque le 10 janvier 1985 des émeutes, organisées par les milices de la mairie, à Nouméa ciblant des points précis: incendies de la maison de l’ethnologue Jean Guiart, dont le fils René Guiart milite sur la côte ouest (Guiart R., 2001), du bateau de Jean-Marie Kohler, sociologue à l’orstom, du local de l’ustke et de la station service d’André Dang. Le 11 janvier, Edgard Pisani, nommé par le Président de la République Ministre de la Nouvelle-Calédonie, décrète le couvre-feu et ordonne le 12 janvier la neutralisation par le gign d’Éloi Machoro. La trajectoire stoppée nette au lieu-dit La Bachelerie, non loin de l’endroit où Ataï fut décapité en 1878, rejoint le mouvement de fond du peuple kanak déjà mentionné (Coulon, 1985 ; Jorédié, 1985 ; Burck, 2012). On doit dire que Machoro, avec d’autres militants, personnifie dans la mémoire collective, la conversion du peuple autochtone en peuple national de Kanaky. La décision d’inscrire l’action au niveau national et international anticipe sur la décision de construire l’économie de Kanaky. Les gestions des premières institutions décentralisées, les Régions « Pisani/Fabius » créées en 1985, allaient permettre aux Kanak de participer à la maîtrise des leviers de l’économie du territoire (Leblic, 1993).

Les modalités des actions : nouvel objet des recherches d’anthropologie politique ?

  • 24 On pourrait comparer ce geste performatif à celui des Cyniques grecs dont les études ont été remise (…)

20Les modalités des actions correspondent aux logiques d’accélérations des événements. Elles expriment ces correspondances. La trajectoire s’oriente et converge vers la mise en place de l’identité nationale du peuple kanak. Le sens de l’action d’Éloi Machoro change les paradigmes des actions et provoque de nouvelles règles politiques. Pour reprendre une image d’Arendt que cite Alban Bensa au sujet de la construction architecturale du centre culturel Tjibaou par Renzo Piano, la trajectoire fulgurante d’Éloi Machoro ouvre une « brèche dans le temps » (Arendt, 1989 : 21 ; Bensa, 1995 : 326). Au jeu forcé et tronqué des règles formelles de la démocratie, Éloi Machoro oppose le geste performatif de briser l’urne électorale à coup de hache. La concision du geste suppléé à la parole24. La démocratie parlementaire fonctionne en minorant le peuple kanak et en le marginalisant en dehors de l’économie du territoire, notamment la maîtrise des leviers du nickel. L’action d’assiéger le village minier de Thio, de sillonner la Nouvelle-Calédonie pour propager le mot d’ordre et d’associer tous les pays et régions kanak au mouvement du peuple kanak, puis d’encercler La Foa, est une volonté de reconquérir la souveraineté territoriale de Kanaky. Pour évaluer ces logiques, l’ethnologie doit changer de méthode. Il ne s’agit ni de faire une enquête monographique ni de produire des analyses quantitatives pour mesurer les régularités des parcours mais d’analyser les vecteurs et intensités des trajectoires transformées en trajectoires nationales. Pour être encore plus précis, l’attention doit se porter sur les modalités articulant « trajectoire singulière » et « trajectoire nationale ». Ces transformations du « parcours politique » en « trajectoire nationale » passent par des modes opératoires que je désigne par le concept de conversion. La trajectoire d’Éloi Machoro est une trajectoire nationale parce qu’elle réussit par l’action et le discours à exprimer en même temps « montée en puissance du nationalisme kanak » et « devenir du peuple kanak ». Le peuple kanak s’est constitué en peuple par la prise de conscience historique des groupes « canaques ». Nous sommes en droit de dire et nous devons affirmer qu’Éloi Machoro a puissamment contribué à actualiser une prise de conscience historique nationale. Il l’a fait en couplant « action révolutionnaire » et « conception de la société à construire ».

Recherches scientifiques et recherche de la vérité

 

  • 25 On doit citer ici un extrait du point 3 du préambule de l’accord de Nouméa signé en mai 1998 : « La (…)

21Une étude de l’action et des discours sous-tendant l’action d’un acteur important – pour ne pas dire incontournable – du mouvement nationaliste kanak permet de clarifier l’écheveau combinant une situation locale et régionale avec la politique de l’État de la République française dans le Pacifique Sud et avec les politiques globales et mondiales « occidentales » en Océanie. Éloi Machoro – avec d’autres acteurs – a contribué à la constitution et à l’identité du peuple kanak reconnu par le droit international et par le droit de la Constitution de la Ve République française. On peut ironiser et reprocher à l’étude de se focaliser sur une séquence d’événements très courte dont le caractère microscopique semble survaloriser une action aux dépens d’actions globales et internationales (Sahlins, 1985 ; Thomas, 1989 ; Ballard, 2003). Il me semble au contraire que porter l’attention sur cette séquence, permet d’étudier au plus près la manière dont s’est opérée la conversion d’une « ethnie » ou de « groupes ethniques canaques » en « peuple national kanak ». Elle permet de voir comment s’est constituée une identification graduelle et progressive du peuple par la revendication d’une souveraineté nationale dénommée « Kanaky25». La reconnaissance de la souveraineté de « Kanaky » et de l’existence du « peuple kanak » a été rendue possible par des décisions, des actions et des discours contemporains d’une révolution nationaliste. Pour décrire ces actions et discours, la recherche anthropologique doit se démarquer de son double, la sociologie des sciences politiques, et renouveler les méthodes ethnographiques pour comprendre, à partir d’entretiens et de lectures de documents (presses, courriers, reportages télévisés de l’époque, etc.), l’action d’un leader située aux croisements des contraintes régionale, nationale et internationale. Cependant, ce type de démarche trouve sur sa route un double obstacle épistémologique.

L’obstacle de la représentation

  • 26 Un étudiant kanak, Goué Éric, de l’université de la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d’un brillant (…)

22Il y a l’écran ou la résistance au sens « analytique » de la représentation ou du « fantasme » des mémoires collectives. Éloi Machoro n’est pas (re)connu. L’opinion du « peuple calédonien » lui préfère l’image « pacifiste » de Tjibaou dont elle ne retient que le geste de la poignée de main avec Jacques Lafleur lors de la signature de l’accord de Matignon en mai 1988. De l’autre côté, les jeunes générations kanak ne retiennent que la figure iconoclaste du « Che Guevara kanak26 ». D’un côté, Éloi Machoro incarne la violence structurelle des événements responsables de l’exode des communautés « ethniques » vers Nouméa. D’un autre, nous avons l’image romancée et romantique du révolutionnaire mort en héros et en martyr d’une cause. Ni hagiographie, ni regard clinique sur la violence, indicateur et connecteur de l’histoire ethnographique mettant au même niveau axiologique une violence révolutionnaire avec n’importe quelle forme de violence, la recherche ethnographique doit aider à comprendre le devenir actuel des ethnies en peuples. Examiner la trajectoire de Machoro permet d’expliquer le devenir du peuple kanak et dans une certaine mesure, celui des autres communautés. Un chercheur doit surmonter les partis pris binaires dont chacun détient une part de vérité. Je dois dire qu’en Kanaky/Nouvelle-Calédonie, écrire ou publier sur Machoro provoque des réactions vives (évoquées en début d’analyse) vous sommant à basculer d’un côté ou de l’autre.

L’anachronisme réglé

 

  • 27 Les redistributions récurrentes dans les savoirs font apparaître pour l’historien des sciences plus (…)

23L’autre obstacle épistémologique, concept de Gaston Bachelard que j’infléchis vers un sens différent, est plus théorique en apparence (Bachelard, 1938). Choisir une séquence d’événements courte risque de produire une discontinuité contredisant la continuité des longues durées. Une coupe synchronique et une périodisation aussi mince peuvent produire des transferts ou des projections d’intérêt du temps présent sur un passé déformé et transformé. Je recours à un autre concept bachelardien, celui de « récurrence ». Par récurrence, il s’agit de partir de concepts mobilisés aujourd’hui, comme ceux de « peuple autochtone » et de « peuple kanak », pour retracer leurs généalogies27. Pour comprendre comment s’est constitué le peuple kanak, il est impératif de revenir au contexte chronologique et au moment où les groupes « canaques » ont pris conscience de leur unité nationale. De la même manière, on ne peut comprendre la manière dont les communautés calédoniennes décident de se poser en communautés constituées par une histoire singulière qu’en revenant par récurrence sur les moments les ayant obligés à se regarder « soi-même comme un autre ». Comprendre la genèse et constitution du peuple kanak signifie expliquer comment ce peuple s’est constitué en peuple national de Kanaky et, regard en miroir, comment l’ensemble des autres communautés calédoniennes furent obligées de se regarder elles-mêmes en rapport à la revendication du peuple kanak. Se focaliser sur une séquence d’événements aussi brève marque forcément une discontinuité par rapport aux longues durées. Mais, il me semble que la séquence d’événements « 18 novembre 1984/12 janvier 1985 », correspondant à l’historicité de la trajectoire d’Éloi Machoro, permet de déterminer les actuelles formations identitaires ou encore les placements des communautés et/ou peuples dans l’espace politique en train de se constituer.

Je connais et mesure les risques encourus à entreprendre de telles recherches. Je reste convaincu que c’est au prix de tels risques qu’on fait de la recherche scientifique une recherche de la vérité.

 

ELOI3

notes

1 Avant sa forme définitive, ce texte avait fait l’objet de plusieurs interventions ; aux deux colloques universitaires organisés à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) par l’association Corail (Centre pour l’Océanie des recherches des arts et des idées et des littératures) respectivement en 2009 par Gilles Pestana et en 2011par Véronique Fillol et Pierre-Yves Lemeur et lors d’une participation à un des ateliers du séminaire du pha (Pacific History Association) à l’Université de Wellington organisé en décembre 2011 par Adrian Muckle. Lors des trois interventions orales, j’ai tenu compte des remarques critiques de Patrice Godin, Raphaël Mapou et des collègues chercheurs océaniens, américains, australiens et néo-zélandais dont je suis au regret de n’avoir pas retenu les noms. Isabelle Leblic a fait une lecture critique considérable dont j’ai tenu compte dans la mesure du possible. Les conversations informelles avec Jacques Violette et François Burck m’ont aussi été utiles.

2 Ces logiques constitutives de l’espace politique de « Kanaky/Nouvelle-Calédonie » ont été l’objet exclusif d’une thèse d’anthropologie politique que j’ai soutenue à l’ehess (École des hautes études en sciences sociales) de Paris le 22 janvier 2010 : Anthropologie politique de la Nouvelle-Calédonie contemporaine. Constitution et médiation des espaces publics insulaires.

3 À l’intérieur de chaque peuple, des sous-groupes peuvent se former pour des raisons stratégiques propres. Par exemple, pour le peuple kanak, il existe des divisions internes territoriales, foncières, économiques et politiques. Au sein du peuple calédonien, des catégories « ethniques » se constituent pour marquer leur propre singularité et identité. J’avais effectué des enquêtes à Bourail, fief principal où s’enracine la communauté dite des « Arabes » de Nouvelle-Calédonie par laquelle se joue une démarcation d’ordre stratégique recourant à la légitimité d’une histoire (Mokaddem, 2010).

4 Un échantillon, sur le terrain de Houaïlou au centre nord-est de l’archipel, est étudié de manière approfondie et détaillée par Michel Naepels (1998) et également par Isabelle Leblic sur d’autres terrains (2010).

5 Publier au sens conféré par Kant (et non par Lacan de « poubelliser ») qui est de s’adresser de manière élargie à un public pour diffuser et transmettre des recherches en vue de sortir de l’état de minorité.

6 Sur les problèmes de parenté et de conflit sur le terrain, voir Leblic (2004 : 319-350, 2010).

7 J’ai effectué une série de travaux et de publications sur les trajectoires de Jean-Marie Tjibaou, Roch Déo Pidjot, Raphaël Pidjot et d’Éloi Machoro et j’ai contribué à l’édition technique et scientifique du récit documenté de François Burck, un des compagnons proches d’Éloi Machoro  (Mokaddem, 2005 ; 2011 ; Burck, 2012). NDLR. – Voir le compte rendu de l’ouvrage de Burck dans les pages qui suivent (Comptes rendus d’ouvrage, pp. x-x).

8 Les matériaux de mes enquêtes proviennent d’entretiens faits en 2011 dans la région de Canala avec Louis Machoro, frère d’Éloi Machoro, Gaeton Dohouade, un des militants proche d’Éloi Machoro, Louise Takamatsu, l’auteure de la célèbre photographie prise le 18 novembre 1984, du récit de François Burck et des documents d’archives (lettres, discours des congrès politiques, témoignages, photographies, archives audiovisuelles, etc.) ; Burck (2012) ; Dohouade, (2011) ; Éloi Machoro (voir les entrées des références dans la bibliographie) ; Louis Machoro (2011) ; Mokaddem (2005, 2011) ; Takamatsu, (2011).

9 Ce discours important est également reproduit en « Document 7 » du livre de François Burck (2012 : 138-149). On y trouve les photographies des congressistes et orateurs de ce congrès.

10 Une autre appréciation du gouvernement « Tjibaou » est exposée par Barbançon (2008).

11 L’ustke est le premier syndicat kanak, après le syndicat des travailleurs et des enseignants (ste), créé par Paul Néaoutyine et Élie Poigoune, tous deux principaux protagonistes de ce qui allait devenir le Palika (Parti de libération kanak).

12 Éloi Machoro possédait une hache ou « tamioc » (en français local) qu’il utilisait de manière symbolique lors de ce premier barrage routier coupant les flux commerciaux et économiques. Ce tamioc en possession de François Burck sert de modèle pour la reproduction plastique faite par Miriam Schwamm (Burck, 2012 : 82).

13 Daniel Dommel, présent à la séance, décrit la caricature de démocratie dont une des conséquences fut la décision du boycott actif du statut « Lemoine » le 18 novembre 1984 (Dommel, 1993).

14 Jacques Violette, militant du psc (Parti socialiste calédonien) devenu psk (Parti socialiste en Kanaky) m’a fait part de son témoignage faisant partie de la délégation du fi ayant accompagné le député Roch Déo Pidjot. Les amendements travaillés par la délégation du fi et proposés à l’Assemblée nationale par Roch Déo Pidjot furent rejetés par le vote de l’Assemblée nationale (Mokaddem, 2005 : 41-43).

15 L’accord de Nouméa, garanti par la Constitution, se fonde sur un transfert évolutif de la souveraineté et la création d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie limitant le corps électoral aux citoyens nationaux français ayant une durée de dix années sur le territoire avant 1998. La citoyenneté peut se transformer sous certaines conditions juridiques en nationalité de la Nouvelle-Calédonie.

16 Jacques Roynette revient sur ce point s’estimant s’être fait piéger (Roynette, 2008).

17 Voir en fin d’article, les deux photographies : l’une parue dans Les Nouvelles calédoniennes le 19 novembre 1984 sans légende, l’autre dans le journal de l’Union calédonienne, L’Avenir calédonien. La première a fait le tour de la planète.

18 Il y a une erreur. Il ne s’agit pas de la mairie de Thio mais de Canala. Thio est le village minier situé à côté de Canala qui subit le siège des militants mobilisés par et autour d’Éloi Machoro.

19 La catégorie de « communauté ethnique » est reprise par Alain Christnacht (2004). Nous assistons à une mise en œuvre des technologies politiques régulant les populations; ce qu’il est convenu d’appeler depuis Foucault le biopouvoir.

20 On trouve les textes et photographies de ce congrès dans Burck (2012: 138-149). Christian Burck, militant de l’Union calédonienne, frère de François Burck ; Yéiwéné Yéiwéné, militant originaire de l’île de Maré, membre du bureau politique ; Maurice Lenormand, ancien député, membre du bureau politique ; Gérald Cortot, militant devenu un des membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, institution créée en 1998 avec le dispositif de l’accord de Nouméa ; Jean-Marie Tjibaou, membre du bureau politique.

21 « Le discours révolutionnaire, quand il prend la forme d’une critique de la société existante, joue le rôle de discours parrêsiastique » (Foucault, 2009: 169).

22 J’avais déjà traité de ce prétendu différend entre les deux leaders kanak (Mokaddem, 2005 : 193-214) ; certains militants nationalistes avaient accusé Tjibaou de trahison suite à l’assassinat de Machoro en 1985 ; Isabelle Leblic, Patrice Godin et Raphaël Mapou ont attiré mon attention sur ce point précis par leurs remarques critiques.

23 ndlr. – Cette étude de la trajectoire d’Éloi Machoro est très liée à l’histoire de la colonisation de la région xârâcùù et, notamment, à la question de l’implication des gens de la région dans la révolte de 1878 : beaucoup de gens de Canala notamment furent des alliés de l’Administration coloniale de l’époque et c’est le Grand Chef Nondo, dit-on, qui est l’instigateur de l’assassinat d’Ataï, mais les choses sont plus complexes (voir le texte de Saussol ci-dessus : En marge de l’insurrection kanak de 1878 : « Nos “fidèles alliés Canala”, mythe ou réalité ? »). Ainsi, pour comprendre la détermination d’Éloi, il faut prendre aussi en compte ces données historique de la région de xârâcùù. D’ailleurs, Éloi, en son temps, avait parlé d’une coutume qu’il voulait faire aux gens de La Foa pour s’excuser du passé, c’est-à-dire de la participation des gens de Canala à l’assassinat du grand chef Ataï. Cette coutume de réconciliation eut d’ailleurs lieu en 1981, donc trois avant les événements. Le monument célébrant Nondo est toujours à Canala et est toujours entretenu par les gens de son clan. Ce moment douloureux de l’histoire kanak est souvent oublié parce que personne n’en parle ; mais tous les Kanak de la région la connaissent. Et Éloi aussi la connaissait. Mais, au moment de la recherche d’unité du peuple kanak pour la construction d’un destin commun avec les autres, parler de cela risque de diviser. Par manque de temps – nécessité de faire des enquêtes ethnographiques de terrain sur ce point précis – et manque de place ici, l’auteur de cet article a préféré remettre à plus tard la poursuite de ce parallèle suggéré par la rédaction.

24 On pourrait comparer ce geste performatif à celui des Cyniques grecs dont les études ont été remises au goût du jour par Michel Foucault, à la différence qu’Éloi Machoro ne se limitait pas à une critique de l’ordre de la société coloniale, il voulait construire une société.

25 On doit citer ici un extrait du point 3 du préambule de l’accord de Nouméa signé en mai 1998 : « La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu’elle a privé de son identité. Des hommes et des femmes ont perdu dans cette confrontation leur vie ou leurs raisons de vivre. De grandes souffrances en sont résultées. Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d’une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun. »

26 Un étudiant kanak, Goué Éric, de l’université de la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d’un brillant exposé en 2012 sur « Éloi Machoro et les statuts politiques de la Nouvelle-Calédonie » et d’autres, dans le cadre de conversations informelles, reprennent l’image de « Che Guevara kanak » ; voir également sur ce point, le témoignage de Louis-José Barbançon, alors professeur d’histoire-géographie dans un collège d’un quartier populaire de Nouméa, chef-lieu du Territoire (Barbançon, 1995).

27 Les redistributions récurrentes dans les savoirs font apparaître pour l’historien des sciences plusieurs passés, plusieurs enchaînements, plusieurs hiérarchies d’importance, plusieurs réseaux de détermination, plusieurs téléologies, etc. Cf. Foucault (1969 : 11).

References

Bibliographical reference

Hamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des Océanistes, 136-137 | 2013, 181-194.

Electronic reference

Hamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des Océanistes [Online], 136-137 | 2013, Online since 14 November 2013, connection on 01 February 2021. URL : http://journals.openedition.org/jso/6936 ; DOI : https://doi.org/10.4000/jso.6936

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Published in Journal de la Société des Océanistes147 | 2018

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Nouvelle-Calédonie : les indépendantistes font chuter le gouvernement collégial

Le FLNKS dénonce notamment le processus de vente de l’usine de nickel du groupe brésilien Vale. Un nouveau gouvernement doit être élu dans les quinze jours.

L’usine de nickel de Vale NC à Goro, dans le sud de la Nouvelle-Calédonie, le 27 mai 2015. FRED PAYET / AFP

Le gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie est tombé, mardi 2 février, après la démission des indépendantistes de l’exécutif, qui ont dénoncé « l’impasse et l’immobilisme » dans l’archipel, où la vente d’une usine de nickel crée depuis plusieurs mois un climat de tension.

Les indépendantistes du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) disposaient de cinq postes de l’exécutif sur onze. Leur démission, ainsi que celle de leurs suivants de liste, entraîne de facto une chute du gouvernement collégial, élu par les membres du Congrès. Un nouveau gouvernement devra être élu dans un délai de quinze jours, selon le statut de l’accord de Nouméa (1998).

Dans un communiqué mis en ligne par le FLNKS, Louis Mapou, président du groupe UNI-FLNKS (Union nationale pour l’indépendance), et son homologue de l’UC-FLNKS (Union calédonienne), Pierre-Chanel Tutugoro, déclarent avoir « déposé conjointement » une lettre au président du gouvernement, Thierry Santa (loyaliste). « Les membres du gouvernement [indépendantistes] présentent leur démission », peut-on lire dans cette lettre.

L’une des raisons invoquées par le FLNKS est le « processus de vente » de l’usine de nickel du groupe brésilien Vale« qui fait primer les intérêts des multinationales sans considération des aspirations des populations locales ». La vente de cette unité industrielle à un consortium calédonien et international dans lequel figure le géant suisse Trafigura, pourrait aboutir le 12 février. Or, elle soulève un tollé dans la mouvance indépendantiste et a été à l’origine d’une flambée de violence en décembre. L’usine est à l’arrêt après avoir été prise d’assaut par des émeutiers le 10 décembre et est la cible de déprédations.

« Décision incohérente, irresponsable et dangereuse »

Les indépendantistes mettent aussi en cause « le retard dans le vote du budget primitif » de l’île, qui a été reporté au mois de mars, ainsi que « la dynamique institutionnelle en panne et le consensus qui est de moins en moins la règle ».

L’Avenir en confiance (AEC), coalition des principaux partis non indépendantistes dont est issu le président du gouvernement, a fustigé « une décision incohérente, irresponsable et dangereuse ».

« En provoquant une crise institutionnelle en pleine période de gestion de la crise sanitaire, d’une possible crise budgétaire ainsi que des tensions économiques et sociales fortes, les indépendantistes font peser un immense risque sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie », ont-ils déclaré dans un communiqué. Leader de l’Eveil océanien, parti charnière au Congrès à même de faire et défaire les majorités, Milakulo Tukumuli a, lui, estimé que cette décision des indépendantistes avait été prise « pour bloquer la cession de l’usine de Vale ».

Une réunion visant à faire valider le projet avec Trafigura par les exécutifs des collectivités, prévue pour le 12 février, aurait été avancée à mercredi, selon plusieurs sources.

Explications : Le nickel, « métal du diable », embrase la Nouvelle-Calédonie

Discussion avec l’Etat au point mort

« Je préfère une action institutionnelle à une action sur le terrain. Nous l’avons déjà dit, nous pensons qu’il faut repousser la vente de cette usine, les oppositions sont trop fortes », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) M. Tukumuli. Ce dernier n’a toutefois pas précisé si son parti formerait ou pas une majorité avec le FLNKS « dans ce contexte compliqué ».

Les discussions avec l’Etat pour préparer « l’après-accord de Nouméa » sont au point mort en raison du conflit autour de la vente de l’usine Vale. L’archipel est en outre confronté à une crise budgétaire sans précédent et à une économie en berne, due aux incertitudes institutionnelles et à l’épidémie de Covid-19.

La chute du gouvernement intervient quatre mois après le référendum sur l’indépendance du 4 octobre, remporté d’une courte tête par les partisans de la France (53,3 %). Un premier référendum avait eu lieu en 2018 et un troisième est encore possible d’ici à 2022.

 

 

27 janvier 2021

Emission du CSPB 26 01 21

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academie

 

L’Académie de la langue basque Euskaltzaindia vient de renouveler son dictionnaire en ajoutant 600 nouveaux mots ou expressions. La responsable de l’ouvrage, Mirian Urkia, explique la procédure d’actualisation.

 

Actuellement, le dictionnaire  aux habitudes de la société compte plus de 48 600 formes. © Plazaberri

Le dictionnaire des habitudes de la société basque compte actuellement plus de 48 600 formes. © Plazaberri

Peu de monde connaît la procédure suivie par Euskaltzaindia pour approuver l’utilisation des nouveaux mots en langue basque. Ils sont rassemblés au sein du dictionnaire de l’institution, qui en compte aujourd’hui plus de 48 600. Euskaltzaindia vient d’ajouter 600 nouveaux mots ou expressions à son dictionnaire. Mais, comment fait-elle pour intégrer un nouveau mot ? La responsable, Miriam Urkia, explique.

 

Avant de détailler la procédure, elle souligne l’importance de l’outil. Pour elle, il s’agit d’une ressource de base pour toute personne parlant ou apprenant la langue basque. Même si beaucoup pensent que l’institution invente des mots, la responsable précise que son travail est de prendre en compte les mots utilisés par la société au sein des sept provinces du Pays Basque.

 

En effet, selon elle, le basque unifié est très coloré, il sert a rassembler tous les dialectes. Il est possible qu’une forme soit utilisée dans un territoire, et non dans un autre. Comme par exemple, le mot « auzapez » (maire, en français). Cette forme est courante au Pays Basque Nord, mais pas dans les autres provinces. C’est pourquoi ce mot trouve sa place dans le dictionnaire, en précisant dans sa définition le mot « alkatea » (aussi, maire en français), puisqu’il s’agit de la forme plus courante dans le basque unifié. « Cela ne veut pas dire que le mot ‘auzapez’ ne doit pas être intégré au dictionnaire. Il y a de la place pour tout. Nous prenons en compte ce qui est utilisé. Nous sommes comme des notaires », souligne-t-elle.

 

Le dictionnaire est revu tous les jours. M. Urkia explique que les mots utilisés au sein de la société sont intégrés, mais qu’il est important de laisser du temps passer afin de savoir si ces mots vont rester. « Si après un certain temps, ils sont toujours utilisés, il faudra les intégrer », dit-elle. Elle cite l’exemple du mot « musuko » (masque, en français). « Cette forme s’est répandue en avril 2020. La forme traditionnelle était « muturreko », mais elle fait référence à l’outil utilisé pour les animaux. « Si dans quatre ou cinq ans cette forme est toujours utilisée, nous devront l’intégrer. Mais il faudra préciser qu’au Pays Basque Nord le mot ‘maska’ est plus utilisé », évoque-t-elle.

 

Elle cite un autre exemple. Durant la dernière réunion de l’équipe chargée du dictionnaire, les membres ont discuté pour décider si les mots « ibuprofeno » et « parazetamol » doivent être intégrés. « Ils n’y sont pas, mais doivent l’être, car ils sont très utilisés, surtout dans les romans ».

 

Une fois qu’une proposition est faite, un comité d’experts est consulté, et les mots proposés sont finalement acceptés ou non, lors de l’assemblée générale. Heureusement, tous les mots ne sont pas consultés un par un. Seuls sont débattus ceux qui font débat.

 

En pleine pandémie de Covid-19, le premier déconfinement a causé des dommages collatéraux dans la zone montagne du Pays Basque Nord. Pour ne pas revivre l’engorgement des sites touristiques, « pour ne pas subir les projets concernant la montagne basque en simples observateurs, pour devenir acteurs de notre territoire », et aussi parce que le projet de Parc naturel régional (PNR) est source d’inquiétudes et de questionnements, EHBai organise une conférence d’information, intitulée « Quelle montagne basque demain ? », destinée aux élus.

 

Elle aura lieu le samedi 30 janvier à 10 heures au cinéma Maule-Baitha de Mauléon, en présence de Jacques Barreix, président du Syndicat de Soule, Battitt Laborde-Lavignette, conseiller délégué Montagne basque à la Communauté d’agglomération Pays Basque, Andde Sainte-Marie, conseiller régional chargé de mission Montagne et pastoralisme au Conseil régional et Benoît Tauzin, paysan et berger, vice-syndic au Syndicat de Soule. Ils interviendront sur les questions suivantes : comment envisageons-nous la montagne basque de demain ? Comment garantir et préserver le vivre ensemble entre les différents acteurs et usagers de nos montagnes ? Quels sont les outils qui nous permettent d’intervenir ? Quels sont les moyens dont disposent ces outils, leurs limites ou faiblesses ? Quels sont les projets en cours qui concernent la montagne ? Comment pouvons-nous intervenir ? La conférence sera suivie de débats.

 

En raison des mesures sanitaires instaurées dans le contexte de la pandémie Covid-19, cette conférence d’information sera réservée aux élus. Cependant la télévision Kanaldude et les radios d’Euskal Irratiak en proposeront une retransmission en direct, avec la possibilité pour les auditeurs de poser des questions aux intervenants. La conférence se fera en basque et une traduction simultanée sera assurée en français. Les élus qui souhaitent s’inscrire peuvent le faire par le biais de l’adresse xiberoa.ehbai@gmail.com.

Pourquoi les points de passages frontaliers sont fermés

Si la fermeture de huit points de passage entre Pays Basque Sud et Nord a surpris, elle intervient dans le cadre global d’un renforcement des contrôles aux frontières annoncé en novembre dernier, et mis en place en Haute-Garonne la semaine dernière.

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La frontière gardée par des militaires à Lizarieta. © Bob EDME

 

La décision de l’Etat français de fermer huit points de passage entre Pays Basque Sud et Nord n’avait pas été annoncée. Mais après le récent doublement des renforts aux frontières, une étape avait été franchie dans le dispositif de contrôle avec la fermeture en Haute-Garonne du deuxième axe routier vers l’Etat espagnol le 6 janvier.

 

Le 5 novembre 2020, après l’attaque islamiste trois jours plus tôt à Vienne, en Autriche, et l’assassinat du professeur Samuel Paty le 16 octobre, Emmanuel Macron s’était rendu au Perthus, en Catalogne du Nord. Compte-tenu du passage du plan Vigipirate en « urgence attentat », il y avait annoncé un doublement des effectifs de police aux frontières afin de lutter « contre le terrorisme, les trafics et l’immigration illégale ».

 

Le 12 novembre, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques déployait les renforts prévus pour intensifier les contrôles. Le ministère de l’Intérieur avait ordonné leur affectation dans les Pyrénées-Atlantiques, ainsi répartis : deux sections Sentinelle, 26 renforts de la direction interdépartementale de la police aux frontières, 56 gendarmes réservistes, trois pelotons de 16 gendarmes mobiles qui viennent renforcer la direction interdépartementale de la police aux frontières et la gendarmerie pour les contrôles en profondeur routiers, 61 militaires de l’opération Sentinelle déployés dans les vallées à la frontière.

 

Le 6 janvier, en Haute-Garonne, la préfecture fermait le point de passage du col routier du Portillon « jusqu’à nouvel ordre », un événement qui semble avoir suscité sur place peu de réactions, en rien comparables à l’émoi causé par l’interruption des échanges en huit points de passage au sein du Pays Basque jeudi dernier.

 

Concertation sur le sujet

 

Elle continue de faire réagir. C’était jeudi au tour de la communauté d’agglomération, où Joseba Erremudeguy, conseiller délégué en charge de la coopération transfrontalière, européenne et internationale, a appelé à trouver des solutions pour les habitants et travailleurs pénalisés : « cette décision va à l’encontre des échanges quotidiens entre habitants et acteurs des territoires basques qui sont la base de la coopération transfrontalière que nous souhaitons renforcer », a-t-il déclaré dans un communiqué. Ajoutant qu’il demandait à l’État le lancement d’une concertation sur le sujet afin d’apporter des réponses pragmatiques aux habitants et travailleurs concernés, et que la Communauté Pays Basque prendrait toute sa part dans ce travail.

 

Mercredi, les mouvements abertzale EH Bai et EH Bildu avaient eux aussi exposé leur lecture dans un communiqué. « Le ministère de l’Intérieur français et les représentants du gouvernement espagnol en Navarre et en Euskadi nous imposent à nouveau des mesures disproportionnées, une présence policière et militaire accrue et une ambiance sécuritaire pesante. Ceci est illustré par exemple par le campement militaire installé au VVF de Baigorri », affirmaient-ils. En effet, Jean-Michel Coscarat, le maire de Saint-Étienne-de-Baïgorry le confirme à MEDIABASK, une soixantaine de militaires sont installés au VVF depuis trois semaines. Le maire dit avoir été averti de leur arrivée et précise que par ailleurs depuis un mois, une douzaine de policiers, installés, eux, dans un hôtel du village, sont chargés de contrôler le passage entre Arneguy et Luzaide. La présence des renforts est de plus en plus visible au Pays Basque.

 

Ces derniers jours, des dizaines de soldats patrouillaient dans différentes villes, notamment, dans les rues de Saint-Jean-de-Luz, ce qui a suscité des réactions sur les réseaux sociaux.

 

 

Deux rassemblements ont par ailleurs été annoncés. « Euskal Herrian mugarik ez », pas de frontières au Pays Basque : la revendication sera portée lors des rassemblements organisés ce samedi 16 janvier à 11h30 à Berrouet à Sare, et à midi sur le pont Saint-Jacques entre Hendaye et Irun.

 

La fermeture des frontières s’impose aux habitants

En déployant des centaines d’agents des forces de l’ordre, le gouvernement français ne fait que renforcer un message sécuritaire dangereux qui inquiète plus qu’il ne rassure

 

frontière

Depuis le 14 janvier, la frontière est fermée par endroits. De mémoire d’habitant de Txingudi, elle n’a pas été fermée depuis 1948, quelques années après l’avènement de Franco. C’est dire le symbole. Les Hendayais se souviennent probablement du blocus de la baie du 9 au 12 juin 1986, une fermeture des voies maritimes qui n’émanait cependant pas des Etats mais des marins du sud révoltés par l’interdiction de pêcher au large des côtes landaises. Trente-cinq ans plus tard, c’est la navette maritime reliant Hendaye à Hondarribia qui a été fermée, mais cette fois, par le gouvernement français. Et avec elle, sept autres points de passage, du littoral aux hauteurs de Larrau. En l’espace de onze mois, c’est la deuxième fois que ces lieux de transit entre Pays Basque Nord et Sud sont fermés. La première fois pour faire barrage à la pandémie de Covid, la seconde, au “terrorisme et à l’immigration clandestine”. Une décision inédite qui va à rebours des principes de libre circulation de l’Union européenne et des besoins de la population locale.

 

Liens familiaux, activités économiques et vie sociale font les frais d’une telle décision prise pour une durée indéterminée, dans des vallées déjà plus ou moins isolées par le relief et par les mesures sanitaires. Des lieux où, souvent, cette ligne tracée par le Traité des Pyrénées ne se matérialise que par une borne au bord de la route, un panneau, une venta, qui voient passer les voitures dans la plus grande indifférence. Cela a fait réagir les élus en première ligne. “La fermeture n’affecte qu’un nombre limité d’habitants, mais cette partie infime de la population subit des dommages importants” n’a pas manqué de relever le conseiller délégué aux Coopérations transfrontalières, européennes et internationales Joseba Erremundeguy dans un entretien accordé à Naiz. Comme lui, le conseiller régional délégué à la Coopération transfrontalière et à l’Eurorégion Mathieu Bergé a dénoncé les effets d’une telle décision : “La précédente fermeture pour des raisons sanitaires à l’occasion du premier confinement, nous a enseigné à quel point la non prise en compte de la spécificité transfrontalière a eu un impact négatif sur la vie sociale, professionnelle et affective de nos concitoyens transfrontaliers”. Le président de l’Eurorégion Iñigo Urkullu lui a emboîté le pas avec un autre communiqué.

 

A l’ère de la mobilité sans limite, des réseaux physiques comme numériques globalisés, “où le monde rencontre le monde”, comme le résume la politologue Catherine Wihtol de Wenden, cette fermeture semble en décalage. Elle révèle, par ailleurs, un aveu de faiblesse à l’heure de traiter certaines réalités, comme la migration, et des problèmes comme le terrorisme. La directrice de recherche au CNRS estime que “ce n’est pas en fermant davantage les frontières qu’il y aura moins de terroristes qui rentreront” Alors que les frontières avec l’Italie sont restées ouvertes, des élus locaux s’interrogent eux aussi sur l’efficacité de la mesure et sur ses fins purement politiciennes, dans un contexte de recrudescence du discours de l’extrême droite. La confusion entretenue entre terrorisme et migration clandestine est insidieuse. L’effet boomerang est à prévoir, quand on voit déjà des groupes identitaires mener des actions antimigrants au col du Portillon, en Haute Garonne, pour surveiller l’arrivée de migrants. En déployant des centaines d’agents des forces de l’ordre en tous genres tout le long des Pyrénées, notamment au Pays Basque, le gouvernement français ne fait que renforcer un message sécuritaire dangereux qui, de fait, inquiète plus qu’il ne rassure.

 

Mardi 19 janvier, une trentaine de militants d’extrême droite issus du groupuscule « Génération identitaire » ont mené une opération baptisée « Mission Pyrénées » au col du Portillon, à deux pas de Bagnères de Luchon en Haute-Garonne. Leur objectif : patrouiller le long du point de frontière fermé par décision du préfet le 6 janvier dernier dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Le groupuscule entend ainsi « venir en soutien aux forces de l’ordre » tout en exigeant « la fermeture totale de la frontière ».

 

Des propos et des actions intolérables pour le comité Génération.s Pays Basque. « Ces actions doivent être dénoncées et combattues, le comité Génération.s s’engage contre la xénophobie et toute sorte de rejet et de racisme, comme ici par ce groupe « Génération Identitaire ». Le comité local de Génération.s soutient l’initiative de l’Oned (Observatoire nationale de l’extrême droite) qui a envoyé un courrier adressé au ministre de l’Intérieur. Les représentants de l’Oned y dénoncent cette troisième action et constatent « une fois de plus, la grande complaisance de la part des autorités de l’État alors que Génération identitaire mène des opérations illégales en se substituant aux forces de police pour mener des opérations de contrôle à des postes frontaliers » qui sont « une chasse aux migrants ». Le président de l’Oned, Thomas Portes, indique dans cette lettre que « Génération identitaire, animé par la haine et le rejet de l’autre, ne peut avoir sa place dans une démocratie ».

 

« Nous sommes un peuple, pas de frontière dans notre pays ! Les forces occupantes, hors d’ici ! ». Tel est le slogan choisi par des habitants des vallées de Baigorri et du Baztan (Navarre) décidés à faire entendre leur voix contre la fermeture de la frontière. Ils appellent à un rassemblement le samedi 23 février à 15 heures au col d’Izpegi. Samedi dernier, une quarantaine de personnes s’étaient déjà réunies à Saint-Etienne-de-Baïgorry. Ils ont montré leur inquiétude du passage fermé et de la présence des militaires et des policiers.

 

Dans le communiqué annonçant leur mobilisation, les habitants ont déploré que la préfecture des Pyrénées-Atlantiques ait décidé de fermer huit points de passage au Pays Basque « à nouveau sans consulter les habitants, et en impactant fortement du jour au lendemain la vie sociale, familiale et professionnelle » de nombre d’entre eux. Ils ajoutent que les gouvernements français et espagnol ont imposé « de façon autoritaire et centralisatrice leur décision », sans prendre en compte leur vie quotidienne.

 

Ensuite, les organisateurs de la manifestation au Col d’Izpegi en faveur de la « réouverture de la frontière et la fin de la situation d’occupation » ont rappelé que ce n’était pas la première fois qu’ils vivaient une telle « démonstration de déploiement des forces françaises » dans la région. Lors du premier confinement, « la présence policière et militaire au sol, mais aussi dans les airs, s’est faite énormément ressentir, avec la multiplication des contrôles et les manœuvres répétées de l’armée de l’air ».

 

Aujourd’hui, ils déplorent que pour renforcer les contrôles, il y a un mois, une « soixantaine de militaires s’est installée à Baigorri … imposant une omniprésence militaire aux habitants du village et faisant régner un climat d’occupation ».

 

Samedi dernier, des rassemblements contre la décision prise par l’État français ont eu lieu à Sare et à Hendaye, répondant à un appel d’EH Bai. Plusieurs maires de la Communauté d’agglomération Pays Basque ont d’ores et déjà appelé à trouver des solutions pour les travailleurs frontaliers et les citoyens habitant à proximité de la frontière.

 

 

Des habitants mobilisés contre la fermeture des frontières

Ce samedi 23 janvier, des habitants des vallées de Baigorri et du Baztan (Navarre) se sont rassemblés au col d’Izpegi afin de manifester contre la fermeture de la frontière.

 

Des habitants des vallées de Baigorri et du Baztan en Navarre ont appelé à manifester ce samedi 23 janvier au col d’Izpegi. Ils contestent la fermeture de huit points de passage au Pays Basque et la présence de militaires et de policiers. Une décision qui, pour les habitants mobilisés, a été prise sans consultation au préalable de la population.

 

barreaux 

 

Le coronavirus derrière les barreaux

Douze femmes ont été testées positives au coronavirus dans la prison de Réau, en région parisienne. Trois prisonnières basques, toutes en bonne santé, y sont incarcérées. Le virus est présent dans plusieurs établissements pénitentiaires et ses conséquences sont de plus en plus difficiles à gérer.

 

 

Des cas de Covid-19 ne cessent de se déclarer dans les prisons de l’Etat français. L’Observatoire international des prisons (OIP), qui n’a pas accès aux chiffres de l’administration, est dans l’impossibilité d’avoir une vision exhaustive de la réalité. Néanmoins, elle peut attester de l’existence de cas dans certains établissements.

 

Dans le Centre pénitentiaire du Sud francilien Réau, selon les derniers chiffres donnés par l’OIP, 12 femmes et 2 hommes ont été testés positifs. Trois prisonnières basques, Iratxe Sorzabal, Izaskun Argüelles et Ainhoa Ozaeta, y sont incarcérées, mais n’ont pas été infectées, comme le confirme l’avocate d’I.Sorzabal, Xantiana Cachenaut.

 

Les cas positifs apparaissent dans les prisons « un peu partout », indique François Bès, coordinateur du pôle enquête au sein de l’OIP. Un cluster serait identifié à la prison de Fresnes. Au total, 26 détenus sont touchés et toute une division a été reconfinée. De plus, des cas sont également apparus à la Maison d’arrêt de Seysses (Toulouse) et à celle de Nanterre.

 

Cela fait presque un an que cette situation dure et les conséquences de la pandémie sont plus encore difficiles derrière les barreaux. Le représentant de l’OIP explique que la première vague a été « très dure » à vivre à l’intérieur des prisons, « avec la suppression des parloirs et de toutes les activités ».

 

Les mesures de protection ont mis beaucoup plus de temps à arriver. Le coordinateur indique que les masques ont été mis à disposition en octobre, alors qu’à l’extérieur leur port était obligatoire un peu partout bien plus tôt. En ce qui concerne le gel hydroalcoolique, il est interdit, car il contient de l’alcool. « Ils sont censés vérifier qu’il y a bien un accès à l’eau et au savon. Pouvoir se désinfecter les mains à tout moment, c’est quand même un droit ».

 

La peine de prison ne signifie pas la perte de lien avec ses proches

 

Enfermer dans l’enfermement

 

L’isolement est l’une des problématiques auxquelles l’OIP veut remédier. Comme le déplore François Bès, les détenus n’ont pas accès aux moyens de communication que l’on peut retrouver à l’extérieur. « Dans certaines prisons, ils ont proposé des unités gratuites de téléphone, mais cela ne remplace pas ce qu’on peut faire à l’extérieur. Quelques prisons ont mis en place des appels vidéo, mais ça reste très anecdotique », dit-il.

 

L’observatoire demande à ce que les détenus aient accès aux appels vidéo pour qu’ils puissent maintenir le lien avec leurs proches. « La prison et son enfermement ont déjà des conséquences néfastes, il faut essayer d’ouvrir vers l’extérieur pour aider psychologiquement ces personnes. La peine de prison ne signifie pas la perte de lien avec ses proches », souligne-t-il. Les familles des détenus subissent aussi les conséquences de cet isolement, « l’angoisse est ressentie des deux côtés ».

 

L’avocate Xantiana Cachenaut partage ce constat et s’inquiète du fait que, malgré les mesures prises, le virus continue d’entrer et de se propager au sein des prisons. La question de la surpopulation carcérale tombe comme une évidence, selon le coordinateur de l’OIP. Il attend de l’administration pénitentiaire qu’elle reprenne la réduction de la population dans les maisons d’arrêt, lancée au printemps dernier.

 

Il explique que pendant quelques mois, dans les maisons d’arrêt où cela avait commencé à être fait, quelques résultats avaient été constatés, « mais ils ont ensuite arrêté et le nombre de détenus est remonté en flèche ». D’un point de vue sanitaire, la surpopulation s’avère catastrophique.

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Torture : Strasbourg condamne à nouveau l’Etat espagnol

La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné l’Etat espagnol pour n’avoir pas suffisamment enquêté sur les « traitements inhumains et dégradants » dénoncés par Iñigo González Etayo, arrêté en 2011.

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Iñigo González, en el centro, el día en que iba a comenzar el juicio en la Audiencia Nacional. (J. DANAE/FOKU)

Iñigo González, au centre, le premier jour de son procès à l’Audience nationale. (J. DANAE/FOKU)

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme considère que l’Etat espagnol n’a pas mené d’enquête assez approfondie sur les faits dénoncés par Iñigo González Etayo. L’Etat devra lui verser une indemnité de 20 000 euros.

 

Il avait été arrêté en janvier 2011 par la Garde civile avec d’autres jeunes Navarrais, tous accusés d’appartenir à l’organisation Ekin. Ils avaient déclaré avoir subi des tortures pendant leur détention et leur isolement. L’un d’eux, Patxi Arratibel, avait signé sa déclaration à la police du mot « aztnugal », « à l’aide » en langue basque, écrit à l’envers, et l’affaire est connue sous ce nom.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Etat espagnol est condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme. En décembre 2019, elle avait considéré que les autorités espagnoles n’avaient pas respecté les droits fondamentaux des prisonniers basques Ismael Berasategi et Rufino Arriaga. Strasbourg avait alors reproché à la justice espagnole l’absence de traitement des recours présentés par les prisonniers pour la prise en compte des années passées dans les prisons de l’Etat français.

 

Auparavant, en mai 2016, il avait également été condamné pour ne pas avoir enquêté sur des faits de torture concernant Xabier Beorlegi. C’était alors la huitième fois que l’Etat espagnol était condamné pour ce genre de pratique.

 securité globa

La loi Sécurité globale continue de mobiliser à Bayonne

Samedi 16 janvier, la quatrième « marche des libertés » à Bayonne a réuni près de 300 personnes.

 

Samedi matin à Bayonne, près de 300 personnes ont manifesté contre la loi Sécurité globale. Après une trêve dans la mobilisation lors des fêtes de fin d’année, syndicats, partis politiques, Gilets jaunes et associations ont manifesté pour la quatrième fois dans la ville sous-préfecture.

 

Aux revendications habituelles (retrait de la loi, démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin et la révocation du préfet de police de Paris, M. Lallement) s’est ajoutée la dénonciation de la violence policière six jours après qu’un policier ait tué une automobiliste à Bayonne lors d’un contrôle dans la nuit de dimanche à lundi.

 

Les manifestants ont réclamé « la totale transparence sur cet évènement inacceptable » et « l’exigence que, le cas échéant, toutes les conséquences pénales soient menées à terme ».

AEK organise des stages de basque en février et en avril

L’association d’enseignement du basque pour adultes AEK organise des stages en février et en avril 2021. Les inscriptions sont ouvertes.

 

aek 

 

AEKren kurtsoa © Guillaume Fauveau

AEK a mis en place diverses mesures sanitaires pour s’adapter à la crise sanitaire.© Guillaume Fauveau

La crise sanitaire a touché l’enseignement de la langue basque, mais depuis le début de la pandémie, l’association AEK s’est adaptée pour continuer à proposer des cours. Elle propose ainsi cinq stages en février et en avril.

 

AEK organise des stages de langue basque d’une semaine en demi-pension. Du 15 au 19 février, un stage est proposé pour tous niveaux à Bayonne. Pour y participer, il faut s’inscrire avant le 29 janvier. Du 12 au 16 avril, le même stage sera proposé à Mauléon. Les intéressés doivent s’inscrire avant le 2 avril.

 

Du 19 au 23 avril, une autre session sera organisée, également pour tous niveaux, à Biarritz et à Saint-Jean-Pied-de-Port. Les inscriptions doivent se faire avant le 2 avril. Enfin, AEK proposera une préparation du diplôme B1, à Bayonne du 19 au 23 avril.

 

Les inscriptions se font sur le site d’AEK, par mail (ikastaldi@aek.eus) ou par téléphone au 05 59 25 76 06.

2021 : toujours solidaires et mobilisés

L’année 2021 se présente sous le signe de la mobilisation pour le collectif Etorkinekin qui comme plusieurs autres associations a présenté ses vœux dans nos colonnes.

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Une manifestation de soutien aux migrants à Hasparren au mois de juin dernier. © Guillaume FAUVEAU

2020, année de la colère :

 

 

- face à l’hécatombe des disparus en mer, dans les déserts et les prisons de Libye et d’ailleurs, sous un silence assourdissant et une inacceptable indifférence,

- face à une Europe forteresse qui prive les exilés de tout droit et les réduit à des non-personnes, qui pratique l’exclusion et la criminalisation et leur impose l’enfermement dans des conditions inhumaines,

- face à la politique de plus en plus rigide du gouvernement français, qui durcit chaque année un peu plus l’entrée et le séjour, en enfermant les exilés dans des centres de rétention (CRA) ou en les précipitant à la rue dans des conditions déplorables.

 

2020, année de la solidarité :

 

Un peu partout dans l’Etat français, des milliers de Sans Papiers et leurs soutien sont descendus dans la rue pour demander le respect de leurs droits fondamentaux. Nous étions plusieurs centaines à Hasparren en juin ou à Bayonne les 17 octobre et 18 décembre. Un véritable réseau de solidarité est en train de se mettre en place ! Ici même, nous avons, grâce à nos groupes locaux, assuré l’accompagnement solidaire de plus de 160 personnes adultes ou mineurs isolés. Nous avons poursuivi nos actions de sensibilisation et dénonciation, souvent en lien avec les collectifs du Pays Basque Sud.

 

L’année 2021 sera pour Etorkinekin l’année de la poursuite de la mobilisation pour rendre visibles les sans-papiers et exiger leur régularisation, la fermeture des CRA et un logement digne pour tous. Rejoignez-nous ! (solidaritemigrantspb@gmail.com).

 

Ce samedi 9 janvier à 18 heures, Bake Bidea a appelé à une chaîne humaine lumineuse dans le centre-ville de Bayonne, afin d’exiger une résolution définitive du sort des prisonniers basques.

 

chaines humaines

La chaîne humaine est répartie en huit zones. © Iurre BIDEGAIN

Ce samedi 9 janvier, la traditionnelle grande mobilisation de début d’année pour défendre les droits des prisonniers politiques basques a pris une autre forme : celle d’une chaîne humaine lumineuse sur les abords de la Nive à Bayonne, depuis l’Hôtel de Ville jusqu’au pont du Génie. Sous le slogan « Argi Dugu » (« C’est clair pour nous »), les manifestants appelés par Bake Bidea et les Artisans de la paix ont exigé la résolution définitive du sort des détenus.

 

Formant une chaîne de deux kilomètres, environ 2 000 manifestants ont répondu présents. Près de 1 600 personnes s’étaient déjà pré-inscrites, ainsi que 120 maires et élus du territoire. Parmi eux, Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne et président de la Communauté d’agglomération Pays Basque (CAPB), Renée Carrique, maire d’Idaux-Mendy et première vice-présidente de la CAPB, ou encore Alice Leiciagueçahar et Michel Veunac, tous deux conseillers régionaux. La chaîne humaine était répartie en huit zones, dont une réservée aux personnalités politiques et culturelles, située au niveau du carreau des Halles et du pont Pannecau.

 

Ce même jour, des mobilisations appelées par Sare ont eu lieu dans 238 autres lieux du Pays Basque, là aussi pour réclamer la fin de la politique d’exception appliquée aux prisonniers basques. Sare, un réseau rassemblant des citoyens basques autour de la défense des droits des prisonniers, s’est fixé cinq objectifs pour l’année 2021.

 

Des feux d’artifice ont été lancés pour clôturer la mobilisation de ce samedi 9 janvier.

 

 

La mobilisation touche à sa fin et laisse place aux prises de parole.

 

 

Tandis que la nuit tombe sur Bayonne, les manifestants ont déployé leurs parapluies lumineux, symboles de cette mobilisation dont le slogan est « Argi dugu » (« C’est clair pour nous »). Sonnailles de « joaldun », irrintzi et slogan « Euskal presoak etxera » (« les prisonniers basques à la maison ») scandé : la mobilisation de ce 9 janvier résonne comme un cri pour la résolution du conflit au Pays Basque.

 

 

Mikel Barrios, Itsasuar condamné le 7 janvier à cinq ans de prison ferme par la Cour d’Appel de Paris, est présent à Bayonne.

 

 

De nombreuses personnalités issues du monde culturel, économique, social et politique ont répondu à l’appel de ce samedi.

 

 

Les participants à la chaîne humaine commencent à se placer.

 

 

La presse hexagonale s’est également fait l’écho de la mobilisation de ce samedi à Bayonne.

 

La chaîne humaine illumine les rues de Bayonne

Ce samedi 9 janvier à 18 heures, environ 2 000 manifestants ont déployé des parapluies lumineux sur les quais et ponts du centre-ville de Bayonne, pour réclamer une résolution définitive de la question des prisonniers politiques basques.

 

Environ 2 000 personnes ont répondu présentes à l’appel de Bake Bidea et des Artisans de la paix, ce samedi 9 janvier à 18 heures. À la place de la grande manifestation traditionnellement organisée chaque début d’année, les manifestants ont cette fois-ci formé une chaîne humaine sur les quais et ponts du centre-ville de Bayonne, pour réclamer une résolution définitive de la question des prisonniers politiques basques.

 

Cinq minutes avant le début de l’action, dont le slogan était « Argi dugu » (« C’est clair pour nous »), les lumières de la ville se sont éteintes. Les manifestants ont alors déployé des parapluies lumineux. La mobilisation s’est achevée par des prises de parole des élus et des Artisans de la paix.

 

Un énième prisonnier basque malade

La demande de libération des prisonniers malades sera présente lors de la mobilisation organisée samedi à Bayonne. Selon le collectif Jaiki Hadi, 21 prisonniers souffrent d’une maladie grave, parmi eux, Jon Gurutz Maiza. 


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Jon Gurutz Maiza aske uzteko aldarrikatu duen mobilizazioa aurkeztu dute Etxarri-Aranatzen. (Iñigo URIZ | FOKU)

Une mobilisation avait été organisée en décembre 2019 à Etxarri-Aranaz. (Iñigo URIZ | FOKU)

Vingt-et-un prisonniers sont actuellement dans un état de santé grave, selon le dernier comptage publié par le collectif Jaiki Hadi. Quinze cas ont été rendus publics et six autres préfèrent rester dans l’anonymat. La crise sanitaire a mis en évidence les risques auxquels doivent faire face les prisonniers malades derrière les barreaux. Leur libération fera partie, entre autres, des demandes formulées par les manifestants qui vont se mobiliser ce samedi 9 janvier dans les rues de Bayonne, ainsi que dans d’autres communes du Pays Basque Sud.

 

Jon Gurutz Maiza est l’un des derniers prisonniers à avoir intégré la liste des prisonniers atteints de maladie grave. Le 31 décembre, l’habitant d’Etxarri-Aranaz a fêté ses 70 ans. Cela fait 43 ans qu’il a quitté sa maison. Igor Artieda, son ami, explique qu’il est atteint de plus de six pathologies différentes : perte de vue, décollement de la rétine, diabète, dyslipidémie, hypertension, fibrillation auriculaire… Depuis longtemps, il ne voit presque plus de l’œil droit. Il prend une dizaine de cachets par jour. Parmi eux, le Sintrom qui sert à freiner la coagulation du sang et le rend plus liquide. “Ces pathologies ne conditionnent pas sa vie quotidienne, mais dans certains cas, oui. Il a des problèmes pour lire et ne peut plus écrire. Il faut prendre en compte que l’assistance médicale en prison est précaire. Ils ne sont pas pressés”, dit-il.

 

Lorsqu’en 2019, il a été transféré à la prison de Lannemezan, il a souffert d’un décollement de la rétine et le changement d’établissement s’est fait une semaine plus tard. “Ils ne lui ont pas résolu le problème. S’il avait été transféré immédiatement, peut-être que l’œil de Gurutz serait dans de meilleures conditions”, regrette-t-il.

 

Cette crise sanitaire a augmenté la peur ressentie par certains prisonniers. Jon Maiza Gurutz a décidé de suspendre ses visites depuis octobre, après que deux prisonniers dont Ibon Fernandez Iradi, prisonnier atteint d’une sclérose en plaques, soient testés positifs à la prison de Lannemezan. Etant donné son état de santé et son âge avancé, le coronavirus ne ferait qu’aggraver ses pathologies. “Avec cette crise sanitaire, ils ont fermé les portes des prisons, et ils auraient dû faire le contraire : les ouvrir et laisser les prisonniers malades en liberté”, se désole Igor Artieda.

 

Que demande-t-il à l’Etat français ? La réponse d’Igor Artieda est claire : la libération conditionnelle ou la suspension de peine des prisonniers malades. Pour se faire entendre, la mobilisation citoyenne lui semble indispensable. Selon lui, la mobilisation et le soutien de toute la société a amené des petites victoires. “Il est plus important que jamais de participer, car leur libération est fondamentale. Ils doivent être dehors, et la société doit accompagner cette demande”.

 

Processus de paix : des avancées et des nouvelles priorités

Le retour de « Xistor » Haranburu a ouvert une fenêtre inespérée dans le chemin vers la paix au Pays Basque, même si l’année 2020, marquée par la crise sanitaire et la restriction des libertés, a vu un accroissement des contrôles d’ex-détenus basques.

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Ion Parot est éligible à la libération conditionnelle depuis 2005 et Jakes Esnal depuis 2008. © Bob EDME

Des étapes fondamentales ont été franchies au cours de l’année 2020 dans la résolution des conséquences du conflit au Pays Basque. D’abord, une victoire inattendue. Celle de la libération conditionnelle de Frederik « Xistor » Haranburu, le 24 novembre. Le Senpertar est rentré chez lui après plus de trente ans derrière les barreaux. Ion Parot et Jakes Esnal, ses camarades du commando Argala également éligibles à la libération conditionnelle, seront-ils à leur tour libérés ? Voilà l’une des revendications principales qui sera portée lors de la manifestation du 9 janvier et inscrite à l’agenda des discussions avec l’État français. Avec la fin de la lutte armée et la dissolution de l’organisation ETA, mais aussi la nomination en juillet du nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, l’autre objectif majeur de cette nouvelle année sera de faire reconnaître et prendre en compte par les parquets le nouveau cycle politique au Pays Basque. C’est le message qu’espère porter prochainement au ministère de la Justice la délégation basque en charge des discussions.

 

Xistor est sorti de prison. Mardi 24 novembre, Frederik « Xistor » Haranburu, 66 ans, a quitté la prison de Lannemezan. Incarcéré depuis plus de trente ans, il a été placé en détention à domicile, chez lui à Saint-Pée, où il doit vivre sous surveillance électronique pendant au moins dix-huit mois. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 19 juin 1997 par la Cour d’Assises spéciale de Paris, le Senpertar était éligible à la libération conditionnelle depuis avril 2008. Mardi 27 octobre, après avoir examiné le recours présenté par le procureur, la Cour d’Appel de Paris a décidé d’accepter sa troisième demande de liberté conditionnelle, contre l’avis du parquet. C’est la première fois qu’une telle décision intervient dans un procès d’appel de remise en liberté conditionnelle. Fait inédit, dans sa décision, la Cour a pris note du changement politique au Pays Basque.

 

Le 26 novembre, Jakes Esnal a été rapproché à la prison de Lannemezan. Âgé de 69 ans dont plus de trente vécus en détention, le Luzien était jusqu’alors incarcéré à la centrale de Saint-Martin-de-Ré, sur l’Ile de Ré (Charente-Maritime). Après un premier rejet, Jakes Esnal a renouvelé sa demande de libération conditionnelle. Celle-ci est « actuellement en cours d’instruction à la Cour de cassation », a indiqué son avocate Maritxu Paulus-Basurco. Quant à Ion Parot, 69 ans, également incarcéré depuis bientôt trente-et-un ans, il a effectué une nouvelle demande de libération conditionnelle à la suite de six refus. « Nous espérons qu’il puisse aller au CNE [Centre national d'évaluation] le plus vite possible et qu’une audience au TAP [tribunal d'application des peines] ait lieu en 2021 », a informé à MEDIABASK Me Brel, l’avocat du militant basque détenu à Muret (Haute-Garonne).

 

Le Covid-19 isole les prisonniers. La crise sanitaire rend plus difficiles les liens entre les détenus et leurs familles. Le nombre de parloirs simultanés autorisés ainsi que leurs plages horaires ont diminué. Par conséquent, les prisonniers ont droit à moins de visites de leurs proches – limitées à une seule personne à la fois – dans la plupart des établissements pénitentiaires du territoire français. Dans l’Hexagone comme dans les prisons espagnoles, les visites spécifiques aux familles, appelées Unité de vie familiale d’un côté ou « vis-à-vis » de l’autre, sont tout simplement annulées, comme lors de la première vague de la pandémie. « Les conditions des visites se sont clairement détériorées », a constaté l’avocate Maritxu Paulus-Basurco.

 

Le 10 novembre, Ibon Fernández Iradi, emprisonné à Lannemezan, a été diagnostiqué positif au coronavirus, présentant des symptômes. Âgé de 49 ans, ce natif de Lasarte (Gipuzkoa) n’est pas un détenu comme les autres : il est atteint de sclérose en plaques. Il figure parmi les 21 prisonniers gravement malades pour lesquels l’association des familles de prisonniers, Etxerat, demande la libération. Condamné à trente ans de prison dans l’État français, il a déjà passé dix-sept années derrière les barreaux. En avril 2019, Ibon Fernández Iradi a déposé une seconde demande de suspension de peine, acceptée le 12 novembre 2019 par le Tribunal d’application des peines de Paris. La décision a été contrecarrée en appel par le parquet antiterroriste, option que la Cour d’Appel de Paris a retenue le 27 février dernier. Autre exemple, celui de Jon Gurutz Maiza, 70 ans, également incarcéré à Lannemezan. Le Navarrais originaire d’Etxarri-Aranatz souffre de diverses pathologies incluant l’hypertension, le diabète et un décollement de la rétine. La manifestation du 9 janvier clamera haut et fort la demande de suspension de peine pour tous les prisonniers gravement malades.

 

La crise sanitaire a suscité un mouvement de protestations en prison. Le 11 mai, le prisonnier basque Patxi Ruiz a entamé une grève de la faim et de la soif, après s’être auto infligé des blessures au bras. Détenu à Murcia dans l’État espagnol, le militant a dénoncé avoir reçu des menaces de la part du personnel pénitentiaire, suite à un rassemblement de prisonniers le 9 mai, revendiquant de meilleures conditions de détention et l’accès à des tests.

 

Mikel Barrios sera de nouveau incarcéré. Jugé le 23 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Paris pour appartenance à ETA, Mikel Barrios a été condamné en première instance à cinq ans de prison et une interdiction du territoire français pendant dix ans. Il a été remis au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan le 29 juin. Après le refus d’une première demande le 24 août, la seconde demande de libération conditionnelle du militant basque a été acceptée par la Cour d’Appel de Paris, le 7 octobre. Mikel Barrios a alors été libéré sous contrôle judiciaire.

 

Le 12 novembre, la Cour d’Appel de Paris a examiné le recours présenté par la défense contre la condamnation du Tribunal correctionnel. L’avocat général a requis six ans d’emprisonnement, dix ans d’interdiction du territoire français ainsi que l’inscription au Fichier judiciaire national des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). Des réquisitions « encore plus sévères » qu’en première instance, a constaté Xantiana Cachenaut, l’avocate du militant basque. La justice a rendu sa décision jeudi 7 janvier : il devra purger une peine de cinq ans.

 

L’Itsasuar de 32 ans, originaire d’Iruñea, avait été interpellé en Allemagne en 2017 puis remis aux autorités françaises. Il avait alors purgé un an de prison à Osny, avant d’obtenir une libération conditionnelle. Depuis octobre 2018, Mikel Barrios vit et travaille au Pays Basque Nord, sous contrôle judiciaire.

 

Contrôles accrus. Igor Uriarte le 6 octobre, Peio Alcantarilla le 11 novembre, Oier Oa le 25 novembre… En l’espace de moins de deux mois, au moins trois anciens prisonniers basques ont été contrôlés sur des routes du Pays Basque Nord par la police française, avant d’être arrêtés puis libérés. Il est reproché à Peio Alcantarilla d’avoir violé les mesures relatives au Fijait. Igor Uriarte est, lui, poursuivi pour non respect de l’interdiction du territoire français, de même qu’Oier Oa, poursuivi également pour violation du Fijait. Originaires du Pays Basque Sud, ces trois hommes résident côté Nord, une situation que l’administration française avait jusqu’ici tolérée.

 

Peio Alcantarilla a fait l’objet d’un rappel à la loi et sera fixé sur son sort ce 12 janvier. Arrêté le 11 novembre sur le pont Santiago d’Hendaye alors qu’il rentrait du travail, il a été placé 24 heures en garde à vue avant d’être libéré dans l’attente de son audience. La Justice lui reproche le non respect du Fijait. Le militant avait été arrêté en 2004 puis condamné à dix ans de prison par la Cour d’Assises de Paris en 2010. À son procès, il avait dénoncé avoir subi des tortures de la part de la garde civile espagnole.

 

Oier Oa, résidant à Larressore, a fait l’objet d’un contrôle routier le 25 novembre, alors qu’il se rendait sur son lieu de travail à Bayonne. Placé en garde à vue pendant quelques heures, il a été libéré dans la matinée du 26 novembre. Sous le coup d’une interdiction du territoire français, le militant originaire de Donostia est convoqué au tribunal correctionnel le 26 mars prochain, dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Cette procédure permet de juger rapidement l’auteur d’une infraction qui reconnaît les faits reprochés. L’audience ne sera pas publique. Selon le procureur de Bayonne, Jérôme Bourrier, il s’agirait d’une violation du Fijait. « Nous devons faire le lien avec le Parquet national antiterroriste », avait-il précisé à MEDIABASK au mois de novembre.

 

L’interdiction du territoire français dont fait l’objet Oier Oa remonte à sa condamnation, en 2012, à quatre ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris, pour détention de faux documents et appartenance à l’organisation ETA. Il avait été expulsé après trois mois rocambolesques d’errance d’hôtel social, en toile de tente, caravane, puis en centre de rétention administrative, en région parisienne. Il était coincé entre l’interdiction et le refus de la Cour d’Appel de Versailles d’appliquer le mandat d’arrêt européen émis par l’Etat espagnol à son encontre.

 

Arrêté le 6 octobre à Urrugne, Igor Uriarte a été présenté devant le juge en comparution immédiate le 8 octobre au tribunal de Bayonne. La Justice qui lui reproche d’avoir violé une interdiction du territoire français, a décidé de reporter l’audience au 21 septembre 2021, afin que le militant basque puisse entre temps régulariser sa situation. Igor Uriarte a recouvré la liberté le 8 octobre, mais ne pourra pas vivre au Pays Basque Nord, territoire où vit sa compagne. Uriarte avait été interpellé en 2013, avant d’être libéré au bout de cinq ans.

Mikel Barrios devra retourner en prison

La cour d’appel de Paris a confirmé la peine de cinq ans à l’encontre de Mikel Barrios. Un rassemblement est organisé à 18h30 à Itxassou, où il réside.

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Mikel Barrios, con txapela, en la comparecencia llevada a cabo este miércoles por ex presos y refugiados en Baiona. (Guillaume FAUVEAU)

Mikel Barrios, avec un beret, lors de la conférence de presse organisée à Bayonne par des anciens prisonniers et exilés basque. (Guillaume FAUVEAU)

Actuellement sous contrôle judiciaire, Mikel Barrios va être de nouveau incarcéré. Ce jeudi 7 janvier, la cour d’appel de Paris a confirmé la peine de cinq ans d’incarcération prononcée par le tribunal correctionnel. Elle n’a pas encore fixé de date d’exécution. Contrairement à ce que le parquet avait demandé, il n’aura pas d’interdiction de territoire, mais Mikel Barrios sera inscrit au Fichier judiciaire national des auteurs d’infractions terroristes (Fijait).

 

« La cour d’appel a estimé que Mikel Barrios devait être à nouveau privé de liberté, ce qui est incompréhensible, compte-tenu du contexte actuel et de son parcours individuel », déplore son avocate Xantiana Cachenaut. A l’issue du délai de cinq jours pour le pourvoi en cassation, le parquet sera chargé de l’exécution de la peine. Les temps d’exécution sont très variables.

 

Pour rappel, lors de l’audience ayant examiné le recours, l’avocat général avait demandé une peine de six ans de prison. Le parquet avait également réclamé une interdiction de territoire de dix ans à l’encontre de l’habitant d’Itxassou, en plus de l’inscription dans le fichier Fijait. La municipalité itsasuar a, dès le début du procès judiciaire, exprimé son soutien envers le militant basque. Par ailleurs, un rassemblement de plus est organisé ce jeudi à 18h30 au rond-point d’entrée de la commune.

 

Lors de la dernière audience, la défense avait fait appel à Jean-René Etchegaray, président de la Communauté d’agglomération Pays Basque et maire de Bayonne, ainsi qu’au professeur de droit public Jean-Pierre Massias. Tous deux avaient rappelé le consensus en faveur du processus de paix et souligné la crédibilité de la décision de l’organisation ETA.

 

Mikel Barrios avait été condamné pour « participation à une association de malfaiteurs terroristes ». Il avait été incarcéré le 29 juin à Mont-de-Marsan. Après que la justice avait accepté la seconde demande de libération conditionnelle, il avait été libéré sous contrôle judiciaire le 7 octobre. Son cas, ainsi que ceux de nombreux autres prisonniers, seront dénoncés samedi prochain 9 janvier lors de la chaîne humaine organisée à Bayonne par les Artisans de la paix.

 

Les anciens prisonniers revendiquent le droit de vivre librement au Pays Basque

Le collectif des anciens prisonniers basques déplore les effets négatifs de la crise de la Covid sur les détenus et condamne les multiples arrestations intervenues depuis le début de la pandémie. Il exige en outre une résolution intégrale des conséquences du conflit.

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Le collectif lance un appel au président Emmanuel Macron. © Guillaume FAUVEAU

 

« Il faut arriver à un scénario sans prisonniers ni exilés le plus vite possible ». Voilà le message principal porté par les anciens membres du Collectif de prisonniers politiques basques (EPPK), lors de sa traditionnelle conférence de presse annuelle qui s’est tenue mercredi 6 janvier au carreau des Halles, à Bayonne. Les anciens détenus ont dressé le bilan de l’année écoulée, affirmant qu’il était « grand temps » de trouver une solution intégrale aux conséquences du conflit.

 

Le collectif constate que la crise du coronavirus « a entraîné des conséquences négatives pour les prisonniers politiques basques et leur famille », le nombre de visites autorisé ayant été réduit, certains parloirs suspendus. Les mesures gouvernementales visant à restreindre les libertés individuelles ont par ailleurs porté atteinte à d’ex-prisonniers jusque-là bien intégrés au Pays Basque Nord : « La multiplication du contrôle social lié aux mesures prises dans le cadre du confinement nous rappelle que notre liberté est limitée et remise en question à tout moment », observent les membres du collectif, mentionnant les arrestations d’Igor Uriarte, Jon Irazola, Peio Alcantarilla et Oier Oa. « Nous ne pouvons accepter que ces mesures d’exception nous empêchent de circuler et vivre librement au Pays Basque. Par conséquent, nous revendiquons le droit de vivre librement dans notre pays », ont affirmé les porte-parole Saroia Galarraga et Jokin Etxebarria.

 

« La libération de Xistor ouvre une nouvelle perspective. 2021 doit être l’année du prolongement de cette décision », ont souligné les anciens prisonniers. Ils ont ensuite appelé à participer à la chaîne humaine de ce samedi 9 janvier et ont adressé un message au président de la République : « Nous demandons à Monsieur Emmanuel Macron d’agir avec une responsabilité historique, en prenant les décisions nécessaires pour régler au plus vite ces graves situations, en s’engageant sur une voie raisonnable pour concrétiser le processus de libération de tous les prisonniers, le retour des exilés et le respect des droits de toutes les personnes aujourd’hui privées d’une liberté pleine ».

 

Rapprochements : L’Etat espagnol s’active

L’Etat espagnol n’a jamais autant procédé à des rapprochements de prisonniers basques qu’en 2020, emboîtant le pas à son voisin français. Pourtant, beaucoup de militants basques sont encore en prison, et environ un tiers du Collectif des prisonniers EPPK est éligible à la libération conditionnelle.

 

 

En 2020, l’Etat espagnol a suivi la dynamique enclenchée par Paris en 2017. Tout doucement d’abord, passant à la vitesse supérieure dès l’été. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on décompte jusqu’à ce jour 152 transferts, dont 120 effectués sur la seule année 2020, contre 32 jusqu’à cette date.

 

Si l’Administration pénitentiaire maintenait ce rythme-là, le processus toucherait à sa fin dans les trois mois, en respectant la loi en vigueur : aujourd’hui, il reste 38 prisonniers politiques en Andalousie, une vingtaine dans les prisons méditerranéennes, une douzaine dans celles de Madrid, une demi-douzaine en Galice… D’autre part, le Gouvernement espagnol a démontré lui-même que des prisonniers déjà rapprochés pouvaient regagner le Pays Basque, puisqu’il a procédé au transfert deux fois de 19 prisonniers et au rapprochement de 25 autres vers les terres basques.

 

La prison Puerto de Santa María, à Cádiz, est celle qui renferme le plus grand nombre de prisonniers basques, avec Logroño. Beaucoup d’entre eux devraient se trouver dehors, ayant déjà accompli les trois quarts de leur peine. Environ 70, soit pratiquement le tiers du Collectif des prisonniers politiques basques (EPPK) devaient bénéficier cette année d’une libération conditionnelle, mais ne l’ont pas obtenue.

 

Il suffirait que la loi soit respectée. Premièrement, la majorité de ces 70 détenus a dépassé le délai pour prétendre à la libération conditionnelle. D’autres, au-delà d’une douzaine, sont au second degré, mais encore aujourd’hui privés du passage au troisième degré, ce qui leur permettrait de franchir la porte de sortie.

 

Si la peine accomplie dans l’Etat français était enfin prise en compte, comme l’Europe l’a décrété en 2008, d’autres détenus seraient libres. Après l’abandon de la « doctrine Parot » par la Cour européenne des droits de l’homme, la majorité PP (Partido Popular) avait usé de cette ruse dans les Cours espagnoles en 2014, légiférant à l’inverse du critère établi par Strasbourg. Environ 50 prisonniers sont pris dans ce piège.

 

Il y a une dizaine d’années, sous les gouvernements Zapatero et Rajoy, le recours à l’aménagement de peine était fréquent, permettant aux prisonniers d’être pris en charge chez eux tout en restant soumis à des mesures strictes. Mais cette piste a très peu été développée depuis 2011. L’une des batailles de l’année 2021 sera la libération d’Unai Parot et d’Antton Troitiño, à l’instar de celle de Ion Parot et de Jakes Esnal.

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Après dix-sept ans de clandestinité et malgré son rôle dans les négociations de paix, le dirigeant historique de l’organisation indépendantiste, assigné à résidence à Paris depuis juillet 2020, devrait être remis aux autorités espagnoles, estime la cour d’appel de Paris.

  La justice française ouvre la voie à l’extradition de l’ex-chef d’ETA Josu Ternera

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a estimé que Josu Ternera, l’ex-chef de l’organisation séparatiste basque ETA, qui a cessé la lutte armée en 2011, devrait être extradé en Espagne pour y être jugé. La justice française fait ainsi suite à une requête de Madrid au sujet de l’assassinat, le 25 juin 1980, du directeur de l’usine Michelin de Vitoria-Gasteiz, capitale administrative de la région du Pays basque en Espagne. Ce n’est pas la première fois que Jose Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea (son véritable patronyme), assigné à résidence depuis juillet 2020, est confronté à une demande d’extradition. En novembre 2020, déjà, la justice française avait accepté de remettre l’ex-étarra à l’Espagne pour une autre affaire : un attentat à la voiture piégée contre la garde civile espagnole à Saragosse, qui avait fait 11 morts en 1987, dont cinq enfants.

 

Contacté par Libération, le cabinet d’avocats Xantiana Cachenaut et Maritxu Basurco, basé à Saint-Jean-de-Luz, estime que 30 Espagnols et Espagnoles seraient actuellement incarcérés sur le sol français pour leur appartenance présumée à ETA, la moitié faisant l’objet de mandats d’arrêt européens ou de demandes d’extradition vers l’Espagne.

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Lutte armée pour un Pays basque unifié

Josu Ternera, 70 ans, a été arrêté après plus de seize ans en cavale à Sallanches (Haute-Savoie) le 16 mai 2019, devant un hôpital où il se rendait, sous une fausse identité, pour y être soigné pour un cancer. Entré dans le groupe «Euskadi Ta Askatasuna» (Pays basque et liberté) en 1970-1971, il a été un des chefs historiques du groupe dans les années 80, élu député du Parlement Basque de 1998 à 2005, alors qu’il était en prison.

 

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L’ETA, impulsé sous le régime du dictateur espagnol Franco et d’inspiration marxiste-léniniste, a milité depuis sa création en 1959 jusqu’à l’arrêt définitif de la lutte armée en 2011 pour un Pays basque unifié et indépendant, rassemblant le Pays basque français (Bayonne, Saint-Jean-Pied-de-Port, Mauléon), et le Pays basque espagnol (Bilbao, Saint-Sébastien, Vitoria-Gasteiz, Pampelune). Le groupe est jugé responsable de 858 meurtres, ainsi que d’enlèvements et de tortures.

 

Un pourvoi en cassation

Son conseil, Laurent Pasquet-Marinacce, se dit «déçu» et annonce que son client «fera un pourvoi en cassation». Selon l’avocat, les faits, «très anciens», seraient «prescrits selon la loi espagnole». Autre argument de la défense : l’attentat de Michelin en 1980 «a été revendiqué par une organisation, ETA politico-militaire (pm), à laquelle Josu Urrutikoetxea n’a pas appartenu. Lui a été dans les instances dirigeantes d’ETA militaire (m). Ces groupes sont distincts et même opposés dans leurs moyens», dit-il, estimant que la demande d’extradition serait sciemment «tronquée».

ETA : la justice française accepte une nouvelle fois de remettre l’ex-dirigeant Josu Ternera à l’Espagne

La requête de Madrid portait, cette fois, sur l’assassinat le 25 juin 1980 d’un cadre du géant du pneumatique Michelin à Vitoria, où se trouve une usine du groupe.

 

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La cour d’appel de Paris a accepté une nouvelle fois de remettre à l’Espagne l’ex-dirigeant de l’ETA Josu Ternera, visé par une demande d’extradition de Madrid, a-t-on appris, mercredi 6 janvier, de source judiciaire. « La chambre de l’instruction a donné un avis favorable à la demande d’extradition », a expliqué cette source.

 

La requête portait sur l’assassinat le 25 juin 1980 d’un cadre du géant du pneumatique Michelin à Vitoria, dans le nord du pays, où se trouve une usine du groupe. « Nous faisons un pourvoi en cassation », a réagi Me Laurent Pasquet-Marinacce, l’avocat de Josu Ternera.

 

La Cour de cassation a déjà accepté en novembre à deux reprises le principe d’une remise à l’Espagne de celui qui fut à partir de la fin des années 1970 le chef de l’appareil politique de l’ETA. Ternera était visé par une demande d’extradition pour son implication présumée dans un attentat contre une caserne de la Garde civile espagnole qui avait fait onze morts en 1987 à Saragosse et par un mandat d’arrêt européen concernant des faits « d’appartenance à une organisation terroriste » dans les années 2000 et 2001.

 

La cour d’appel a, en revanche, refusé en juillet un autre mandat d’arrêt européen, concernant, cette fois, des « crimes contre l’humanité », dont la justice espagnole accusait Josu Ternera.

 

 

 

ETA politico-militaire – ETA political-military Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre Euskadi Ta Askatasuna politiko-militarra Symbole ETA (pm) Dates d’opération 1974 – 1986 Quartier général Grand Pays Basque Régions actives Espagne France Idéologie Marxisme-léninisme Nationalisme basque Indépendance basque Alliés Euskal Iraultzarako Alderdia Euskadiko Ezkerra Adversaires Espagne franquiste (1974-1975) Espagne (1975-1986) Batailles et guerres Conflit basque ETA politico- militar ( espagnol : ETA político-militar , basque : ETA politiko-militarra ) ou ETA (pm) était la faction majoritaire de l’organisation armée révolutionnaire basque ETA , qui pendant la transition de l’ Espagne vers la démocratie a opté pour une structure à deux jambes , politique d’un côté et militaire de l’autre, tandis que l’ ETA militarra ou ETA (m) a adopté une structure uniquement militaire avec ses divisions constituantes se détachant dans de nouvelles organisations autonomes ( LAB en 1974, etc.). À la fin des années 1970, l’ETA (pm) s’est divisée en deux groupes, la majeure partie des militants se rangeant du côté des soi-disant Berezis (les cellules spéciales). Les Berezis ont fusionné peu de temps après avec ETA (m), après quoi l’organisation résultante est devenue la branche principale de l’ETA et a été appelée à partir de là sur ETA (m). Ceux qui s’en tenaient aux positions du bureau exécutif de l’ETA (pm) ont défendu la soumission des actions violentes de l’ETA aux besoins de leur parti politique EIA (parti fondateur d’ Euskadiko Ezkerra ), souvent des pulsions économiques. Cependant, les responsables espagnols ont fait pression sur le parti nouvellement formé pour qu’il arrête immédiatement les actions de l’ETA (pm) ou pour en faire face aux conséquences. Au début des années 80, la VIIe Assemblée a eu lieu, qui cherchait une issue à la lutte armée. ETA (pm) – La VIIe Assemblée, par la médiation de son alter ego politique, le parti Euskadiko Ezkerra ( Gauche du Pays basque ), a accepté une politique de grâce individuelle à tous les membres qui ont publiquement renoncé à la violence. Beaucoup de ses anciens membres se sont intégrés à Euskadiko Ezkerra, qui a ensuite fusionné avec le Parti socialiste de la gauche Pays basque-Pays basque (PSE), affilié basque du Parti socialiste ouvrier national espagnol . Encore un petit groupe de l ‘ETA (pm) a refusé de rejoindre la VII Assemblée et a maintenu l’ activité armée sous le nom d ‘ETA – VIII Assembly, qui fusionnera bientôt avec ETA (m) en 1983. Voir ETA (groupe séparatiste) pour une discussion plus approfondie sur ETA (pm) et l’ ETA parallèle (m) . ETA politico-militaire – https://fr.qaz.wiki/wiki/ETA_political-military

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Son éventuelle remise aux autorités espagnoles ne devrait pas intervenir avant des mois, voire des années : il doit être rejugé deux fois en France dans des dossiers de terrorisme pour son rôle présumé au sein de l’organisation séparatiste basque entre 2002 et 2005, ainsi qu’entre 2010 et 2013. Le premier procès se tiendra en février devant la cour d’appel de Paris, le second en juin devant le tribunal correctionnel de Paris.

 

Le baromètre de la souveraineté basque voit le jour

Dans le cadre d’un référendum approuvé par les partis politiques et les Etats, 42,5 % voteraient en faveur d’un Etat basque. Un chiffre dévoilé par le nouveau baromètre de la souveraineté basque, Naziometroa. Cet outil mesurera les opinions des habitants sur la souveraineté et les thèmes liés.

 

Naziometroa, le baromètre de la souveraineté basque est le résultat de la collaboration entre Parte Hartuz, le groupe d’enquête de l’Université du Pays Basque et Telesforo de Monzón eLAB, le laboratoire d’idées cherchant à produire des propositions qualifiées dans des domaines de connaissance stratégiques pour le développement du Pays Basque. Le nouvel outil présenté à Bilbo ce jeudi 17 décembre cherche à connaître les envies d’indépendance et les motivations des habitants du Pays Basque Nord, de la Navarre et de la Communauté autonome basque. Un outil très innovant selon Iratxe Esnaola, présidente de la fondation Olaso Dorrea.

 

Plusieurs données ont été présentées par Asier Etxenike et Julen Zabala, membres du conseil scientifique crée pour le baromètre. Quatre autres chercheurs y participent, parmi lesquels l’enseignante luzienne de l’Université du Pays Basque, Iduzki Soubelet. L’un des résultats mérite d’être souligné. En effet, 42,5% des habitants du Pays Basque seraient disposés à voter en faveur d’un Etat propre, si un référendum approuvé par la majorité des partis politiques ainsi que par les Gouvernements français et espagnol était organisé.

 

Dans le cadre de ce nouveau projet, une enquête a été menée du 2 octobre au 9 novembre. Au total, 1 289 entretiens ont été réalisés auprès des citoyens des trois territoires : 629 habitants de la Communauté autonome basque, 420 de la Navarre et 240 de l’Agglomération Pays Basque.

 

Plusieurs hypothèses ont été présentées aux répondants afin de savoir s’ils changeraient ou pas leur opinion. Par exemple, si cet Etat basque apportait des améliorations économiques et sociales, 40 % des répondants changeraient d’avis. Autrement dit, 40 % des personnes opposées à la construction d’un Etat, seraient favorables.

 

Au contraire, un participant sur trois changerait d’avis si l’Etat n’apportait pas d’améliorations économiques et sociales ou si sa création conduisait à une sortie de l’Union européenne.

 

Le droit de décider

 

Le droit de décider du futur a également réuni un consensus remarquable. Ainsi, 63 % des participants sont favorables au droit de décider. Dans la CAB, 64,1 % pensent que la Bizkaia, Gipuzkoa et Araba doivent décider de leur futur librement. Néanmoins, 19,4 % des répondants sont contre. En Navarre, 63,4 % sont favorables et 19,4 % contre. Concernant le Pays Basque Nord, 58 % des interrogés sont pour et 21,4 % contre.

 

D’autres thématiques ont été traitées, comme la relation entre les trois territoires. 79 % des participants souhaiteraient que l’Agglomération Pays Basque, le Gouvernement de Gasteiz et celui d’Iruña approfondissent leurs relations.

 

Compte tenu de la crise sanitaire, les enquêteurs ont également posé des questions sur la gestion de la crise. Les mairies sont les mieux classées. En revanche, 45 % des participants pensent que les communautés autonomes devraient avoir plus de pouvoir pour gérer la pandémie.

 

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Programme de la semaine anticoloniale en février (virtuel) au 23/01/21

Date Horaire Orga.s Intitulé (Webinaire ou Evénement) Intervenant.e.s Infos complémentaires pour l’organisation en interne
Jeudi 28/01 17H-19H . Collectif d’organisation de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste

. Réseau « Sortir du Colonialisme »

. Centre international de culture populaire (CICP)

. Initiative pour un autre monde (IPAM)

Anticolonialisme et antiracisme – Retour sur l’expérience d’une solidarité en France : la Semaine anticoloniale - Henri Pouillot, membre du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), président du Réseau « Sortir du Colonialisme » et co-fondateur de la Semaine Anticoloniale et Antirasciste

- Claude Szatan, membre du CEDETIM – Centre d’études et d’initiatives de solidarité international et du Réseau IPAM

- Sonia Fayman, membre du bureau du Centre international de culture populaire (CICP), membre de la coordination nationale de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

- Michèle Decaster, secrétaire générale de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA)

- Théo Lubin, militant décolonial, Président du Comité d’organisation du 10 mai (CO-10Mai) et journaliste indépendant à Radio Fréquence Paris Plurielles (FPP)

- Mireille Fanon-Mendes France, consultante, Présidente de la Fondation Frantz Fanon, ancienne Présidente du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies

-Modération : Sylvain Duez-Alesandrini (CICP / IPAM / Collectif d’organisation de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste)

Dans le cadre du FSM virtuel

Tous les intervenants sont ok

 

Demander à Sylvain de prendre contact avec les intervenant.es pour préparer le débat.

Vendredi 05/02 18h30 Collectif d’organisation de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste Lancement de la semaine anticoloniale et antiraciste – Prise de parole Henri Pouillot, membre du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), président du Réseau « Sortir du Colonialisme » et co-fondateur de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste Intro (15 min)

Projeter des affiches ? Michèle propose un petit diaporama. On lui envoie des photos intégrant des affiches de la Semaine

  18h45-19h30 Coopérative Andines Diffusion du documentaire « Prenons dattes pour la Palestine » Présentation par Kevin Felton, Coopérative Andines, et Joy Banerjee, réalisateur du documentaire Le film dure 20 min + présentation/échanges
  19h30-20h PAUSE     Projeter l’affiche de 2021 en fond d’écran ou diaporama en boucle
  20h-21h30 ATL Jenine « Taha, un poème épique et intimiste de la Nakba à nos jours présenté par Sylvain Machac, comédien. »

Suivi d’une interview  de la direction du Théâtre de la Liberté (Freedom Theatre) du camp de réfugiés de Jénine en Palestine, sur le théâtre dans la résistance culturelle.

Echanges avec le public.

Animation : Sonia Fayman, présidente d’ATL Jenine

Invitée : Sylvie Deplus Ponsin, AACP (Amis des Arts et de la Culture de Palestine)

ATL souhaiterait pré enregistrer la présentation par Sylvain Machac (dure 20 min) et l’interview (dure 10 min) avec Théo et animer en direct (un temps d’échanges de 10-15 min après Taha et après l’interview + un temps de présentation du théâtre en direct par Sonia). Sylvie présentera les activités des AACP.
Samedi 06/02 15h-16h30 Collectif d’organisation de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste Retransmission d’une émission de radio du réseau « Sortir du Colonialisme », Radio Fréquence Paris Plurielles (FPP),  en hommage à Gisèle Felhendler Animateur Théo ? Hommage à Gisèle

Diffusion d’un diaporama

  16h30-17h PAUSE      
  17h-19h30 Collectif d’organisation de la Semaine Anticoloniale et Antiraciste

Un monde en luttes

Les luttes anticoloniales et antiracistes

- Berivan Firat, présidente du Mouvement

des Femmes Kurdes en France

- Bernard Schmid, Survie

- Pierre Stambul, Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

- Franco Lollia, porte parole de la Brigade Anti-négrophobie

- Sidemhamed Ahmed, coordinateur des associations sahraouies en France

- Ornella Braceschi, présidente du Collectif Haïti de France

- Intervenant.e.s également sur la situation en Kanaky, aux Etats-Unis et en Guyane

Modération : Michèle Decaster, secrétaire générale de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA)

 

Intro (10 min) : Michèle

Thématiques (10 min pour chaque) : Sahara / Kanaky / Palestine / Etats-Unis / Afrique (sur le franc CFA)/ Guyane / Kurdistan / Haïti

Les mettre dans le programme même si absence de réponse des intervenant.e.s pour Kanaky, (Mina contactée  par Aurélie), Etats-Unis (Julia Wright si dispo) et Guyane Le CSIA va voir avec Leonard Peltier pour qu’il écrive un texte à lire pendant l’événement.

- Franco Lollia : procès pour dégradation de bien public « faisant l’apologie de crime contre l’humanité » a été reconduit au 10 mai (initialement prévu le 18 janvier).

- Pierre Stambul interviendra sur la Palestine n’est pas à vendre – Le ralliement des Etats voyous du monde arabe à l’apartheid israélien ne change pas fondamentalement les choses.

- Ornella Braceschi interviendra sur Haïti, un pays livré aux gangs par le pouvoir et la communauté internationale.

Forme de diffusion : webinaire zoom/ facebook

  19h30-20h PAUSE

 

   
  20h-23h Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan) Diffusion du film « The Condor and The Eagle » suivie du webinaire « Femmes autochtones, protectrices de la terre-mère, de l’eau et du climat : Résistance contre les projets d’oléoducs Line 3, TransMountain et Keystone XL » Intervenantes : ? Via la plateforme dédiée pour le film

Intervenantes voir Aurélie

Dimanche 07/02 15h-16h30 Cahiers d’Histoire. Revue d’histoire critique Race et racisme : le poids de l’histoire. De l’esclavage à la société états-unienne contemporaine - David Hamelin, Cahiers d’histoire.

- Tiemoko Diallo, Université de Poitiers

- Olivier Mahéo, docteur en histoire américaine, Université de Paris III, ATER, Université de Poitiers

- Nelcya Delanoe, CVUH

- Animation : Anne Jollet, coordinatrice de la rédaction des Cahiers d’Histoire. Revue d’histoire critique

 
  16h30-17h PAUSE      
  17h-18h Survie De l’huile sur le feu : la « guerre contre le terrorisme » de la France en Afrique Raphael Granvaud, Survie Attention : utilisation de Bigbluebutton sur le facebook Live de Survie. Crossposter sur la page de la Semaine anticoloniale qui va se créer
  16h30-17h PAUSE      
  18h30-19h30 PCF Sur l’agent orange pendant la guerre américaine au Vietnam Intervenant.e.s ? Zoom et facebook
Lundi 08/02 Soirée 18h-20h ? Collectif Vérité et justice pour Charonne Emission du collectif en direct de FPP ? A voir avec le collectif Vérité… donc Henri. Horaire à vérifier en focntion de l’émission de radio. Enregistement  avant. : Quelque chose pour l’anniversaire de Charonne 
Mardi 09/02 19h-20h30 Union Juive Française pour la Paix (UJFP) Mettre fin à l’apartheid israélien – comment surmonter efficacement les pressions des lobbies sionistes Jean-Guy Greislamer, UJFP Intervention de 20 mn de Jean-Guy Greislamer puis débat

Transmission : demander à Sonia

  20h30-22h30 CNT – STE 93 Une école à décoloniser ?

Des territoires en luttes face au poids du colonialisme au sein de l’institution scolaire. Retour sur des expériences pédagogiques alternatives.

- Grégory Chambat, CNT – STE93

- Un.e camarade kanak (sous réserve de confirmation)

émission spéciale en direct sur radio libertaire (Théo s’occupe de la retransmission en direct)
Mercredi 10/02 19h -21h Comité solidaire du Peuple Basque – CSPB Diffusion du film « Pays Basque et liberté, un long chemin vers la paix » de Thomas Lacoste.

Suivie  de « Parcours d’un militant. Un long chemin vers la paix et la liberté au pays basque » : entretien des membres du CSPB avec Josu Urrutikoetxea, figure historique du mouvement de libération nationale du pays basque.

  Film : 52 min

Interview pré-enregistrée (vidéo) : 1h

Voir avec Théo pour diffusion

Jeudi 11/02 19h-21h .AFASPA

.Ligue panafricaine UMOJA 

Cameroun, Togo, Sahara occidental, la jeunesse organisée dans les luttes d’émancipation En direct de l’Afrique : Michèle Abe, Présidente de la Plateforme indépendante de la jeunesse camerounaise, Elom20ce, artiste engagé au Togo et un journaliste du Sahara occidental occupé.

Avec la participation de Amzat Boukari, Secrétaire général de la Ligue panafricaine UMOJA et Michèle Decaster, Secrétaire générale de l’AFASPA.

Pour des raisons liées à sa sécurité, le nom du journaliste n’est pas révélé.

C’est vu avec Théo pour les aspects techniques.

Vendredi 12/02 19h-21h .Union syndicale Solidaires

.Editions Syllepse

Autour du livre « Nous vous écrivons depuis la révolution. Témoignages de femmes internationalistes au Rojava », à paraître en mars 2021 aux Editions Syllepse. Avec une des écrivaines du livre et une des fondatrices du système d’enseignement en langue kurde du Rojava, qui aborderont, notamment, la construction d’un système d’enseignement décolonial. Diffusion ?
Samedi 13/02 14h-15h30 BDS France La campagne BDS au service de la lutte anticoloniale : petites victoires et grands combats Juliette, Monira, Olivier, Geneviève, membres de BDS France A voir par Sonia avec BDS
  15h30-16h PAUSE      
  16h-19h .Secrétariat international de la CNT

.Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL)

.Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan)

Autour de 25 ans de solidarité et annoncer venue des zapatistes Intervenant.e.s  
  19H-19h30 PAUSE   Chanson Dominique Grange (proposition Jean-Paul)  
  19h30-22h .Plate-forme Solidarité avec le Peuple du Sahara Occidental

.Collectif des Associations Sahraouies en France

. AFAPREDESA

Sahara Occidental : 137 ans d’occupation. Actualités et perspectives - Olfa OULED, avocate de la défense des prisonniers sahraouis du groupe Gdeim Izik

- Larabi EL BAKAY, ancien prisonnier politique du groupe Gdeim Izik et membre du bureau du Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits Humains – CODESA

- Claude MANGIN, membre de l’AARASD et épouse de Naama ASFARI, défenseur sahraoui des droits humains et prisonnier politique (Groupe Gdeim Izik)

- Fabienne REBERIOUX, membre du bureau de l’Association des Amis de la République Arabe Sahraouie Démocratique -AARASD

- Mohamed SIDATI, représentant du Front POLISARIO en France

- Gilles DEVERS, avocat du Front POLISARIO auprès des institutions européennes

Vu avec Théo

Finir en musique ? Proposition Michèle :enregistrement vidéo possible ½ h

20 janvier 2021

ELOI MACHORO MILITANT INDEPENDANTISTE 19 01 21 2/6

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 13 h 39 min

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2ème volet consacré au militant indépendantiste ELOI MACHORO ASSASSINÉ LE 12 JANVIER 1985 par le pouvoir colonial français.

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Éloi Machoro, né dans la tribu de Nakéty située entre les villages de Canala et Thio (Nouvelle-Calédonie) en 1945 et mort le 12 janvier 1985 près de La Foa, est un homme politique français, indépendantiste kanak de l’Union calédonienne (UC) un des partis politiques composants le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) en Nouvelle-Calédonie. Éloi Machoro à également une soeur du nom de Marie-Françoise Machoro

Biographie

1974-1983

Formé au séminaire de Païta, il devient instituteur en 1974. Engagé au sein de l’Union calédonienne qui prend position officiellement pour l’indépendance au congrès de Bourail en 1977 sous la conduite de Jean-Marie Tjibaou, il est élu à l’Assemblée territoriale de Nouvelle-Calédonie sous les couleurs de ce parti cette même année. Il monte bientôt les échelons, devenant en 1981 secrétaire général de l’UC à la suite de l’assassinat de Pierre Declercq à son domicile le 19 septembre. Nationaliste kanak, il souhaitait qu’en Nouvelle-Calédonie « rien ne soit plus comme avant », et incarne alors au sein de ce mouvement la ligne la plus radicale, partisan de l’Indépendance kanak socialiste (IKS) prônée par Jean-Marie Tjibaou, et de sa mise en place par les armes si nécessaires.

1984-1985

Le 18 novembre 1984, à la suite de la formation du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) en remplacement du Front indépendantiste et à l’appel au boycott des institutions et des élections par Jean-Marie Tjibaou, il fracasse une urne d’un coup de hache dans la mairie de Canala et dénonce ainsi le système électoral qui selon lui avantagerait les anti-indépendantistes[réf. nécessaire]. Le 1er décembre 1984, Jean-Marie Tjibaou forme un gouvernement provisoire de la République socialiste de Kanaky, et Éloi Machoro en devient le ministre de la Sécurité. On a dit qu’Éloi Machoro était le chef de guerre des indépendantistes, mais ce jugement est faux, Machoro n’a participé à aucune opération ayant provoqué des blessés ou des morts. Il a pris au piège une opération héliportée de gendarmerie, a escorté les gendarmes au poste de Thio, puis leur a rendu leurs armes

Il prend le contrôle du village. Les habitants de Thio rapportèrent des humiliations subies pendant le siège : des pressions psychologiques, maltraitance physiques. Elles furent révélées sous l’anonymat des victimes mais restent encore à prouver juridiquement. Beaucoup de personnes craignaient des exactions violentes s’ils se prononçaient contre les indépendantistes. Les immigrants d’origine wallisienne et tahitienne ainsi que les Mélanésiens non-indépendantistes étaient particulièrement vulnérables. Le seul décès mentionné est celui du boucher de Thio, qui se noya en tentant de s’échapper par la rivière. Après la fin du siège, le 12 décembre 1984, une vague de réfugiés fut évacuée vers Nouméa.

 

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Témoignage à lire dans le cadre du web-documentaire : Nouvelle-Calédonie, la décolonisation en marche

L’un des trois petits chefs (autorité coutumière des tribus) de Nakéty, Marc Fifita-Ne, 60 ans, a suivi le parcours d’Eloi Machoro jusqu’à sa mort. A travers ses souvenirs, c’est tout le déroulé des événements de 1984-85 qui se dessine :

« En 1984, il y a eu un vote pour le statut Lemoine. Nous on a prôné le boycott de cette élection. A Nakéty, y a pas eu de vote, ils ont séquestré le gars qui tenait le bureau. Après, on est restés là, tous les jeunes, jusqu’à 3 h 30, puis on s’est dit, ‘allez on monte à Canala’. Là-bas, à la mairie, le vieux [Machoro], il est rentré avec son tamioc [hache], et il a cassé l’urne. Après on est revenu. Les gens avaient un peu voté sur le territoire, surtout à Nouméa, pour appliquer la loi Lemoine, mais lui il voulait le boycott actif.

La nuit, on est restés à la mission, et lui il faisait marcher sa tête, il cherchait quoi faire. Il a dit, on va taper la SLN [Société le nickel] à Thio. La SLN, c’est la ressource. On a décidé de partir avec tous les jeunes de Canala, la nuit à Thio. (…) Il y avait mon oncle à Thio. L’ancien chef a donné du tabac à mes frères, il leur a dit ‘allez dire à l’oncle que vous venez combattre à Thio’. Mes deux frères lui ont donné la coutume [tradition kanak consistant à faire un don à la personne qui vous accueille], et on est restés loger chez lui. L’oncle a tiré sur un taureau [à cette époque, les caldoches, propriétaires de vastes terrains, possédaient de grands troupeaux de bétail] qui était là devant nous, et on a préparé à manger. On est restés à Thio pendant tout le mois de septembre, d’octobre, de novembre, presque trois mois à boucler Thio, à crever Thio, comme ça la mine de la SLN était coupée de Nouméa, et les gens [les Caldoches] partiraient.

Après en décembre, des gens [du FLNKS] sont venus nous dire de lever le siège. Mais à Hienghène, ils avaient tué les frères de Tjibaou, c’était la fusillade de Tiendanite [10 Kanak de la tribu de Jean-Marie Tjibaou, un des principaux leaders indépendantistes, tués le 5 décembre 1984 par des Caldoches. En pleine négociation avec les loyalistes et l'Etat, Tjibaou ordonne malgré tout la levée des barrages indépendantistes]. Yéyé [Yéwéné Yéwéné, proche de Jean-Marie Tjibaou], il est venu nous voir pour lever le barrage, mais le vieux [Machoro], il a dit non, le combat continue. Après, avec les gens de Nakéty, on est partis vers La Foa pour couper tout le sud du pays.

On a fait des équipes de douze, au moins vingt équipes. Eloi, il a trouvé des mecs de La Foa, des blancs, pour qu’on aille [se cacher] chez eux. Mon équipe, elle était en retrait, dans les tribus de Koindé et Ouipoin, on devait sortir au dernier moment. Les mecs de La Foa devaient sortir en premier pour couper le pont, ils avaient de la dynamite pour ça, pour couper la Calédonie entre le Nord et le Sud. (…) Puis les gens de Thio sont venus, mais à la sortie de Boulouparis, ils ont tiré sur le fils Tual [Yves Tual, jeune Caldoche tué dans sa ferme le 11 janvier 1985. L'événement déclenche une émeute loyaliste dans la nuit à Nouméa]. C’est là que la gendarmerie a commencé à nous rechercher, les jeunes et les vieux de Nakéty.

Ils sont venus en hélico, et ils nous ont trouvé à Dogny [dans une ferme à quelques kilomètres de La Foa]. Dans la nuit, ils se sont préparés, sont montés dans la forêt, ont bouché toutes les entrées, ils nous cernaient. Ils ont amené le contingent des [gendarmes] mobiles. Le matin, ils ont commencé à tirer le gaz lacrymogène. Y a un vieux commandant ou un général qui est venu, il nous a donné les sommations. On était tous alignés autour de la propriété. Le vieux Eloi, il a commencé à sentir qu’il allait se passer quelque chose. Le capitaine a dit : ‘Rendez-vous, sinon on va rentrer’. Nous, on veut pas se rendre. Le vieux Eloi pointe le commandant et il dit : ‘je tire, je vais tirer sur sa tête à lui là’. Le vieux Marcel [Nonaro], son compagnon, lui dit ‘non non mon frère, ils vont rien faire, ils vont pas rentrer, c’est une propriété privée’. Eloi s’est détendu un peu.

Après, deuxième sommation, ‘vous vous rendez ou on rentre’. Le vieux épaule son fusil. Marcel dit non, il faut pas tirer. Nous, on était une soixantaine, tous alignés autour de la maison, les gendarmes mobiles, le GIGN, ils étaient partout autour, il y avait trois Puma qui volaient. J’ai vu que trois GIGN avaient grimpé sur une petite ligne de crête, au fond de la forêt. Il y avait plus de bruit, rien, ils avaient arrêté les tirs de lacrymogène, et nous on était debout, et on se demandait ce qui allait se passait.

Après 20 ou 30 minutes, on a entendu ‘clac clac’, et seulement ‘pouf’, ils avaient mis des silencieux. Un mec a crié : ‘hé, ils ont tiré sur le vieux Eloi’. J’ai vu le vieux papa tourner comme ça, il s’est penché, j’ai lâché mon fusil, j’ai couru vers lui, je l’ai attrapé, on est tombé sur le capot d’une voiture. Il a mis sa tête ici [sa poitrine]. On était comme ça, assis là, avec le vieux Marcel debout à côté. Un mec de La Foa a attaché un tricot blanc sur un fusil et il a crié ‘on se rend, on se rend, on se rend !’. Et j’ai entendu le deuxième coup. J’ai vu le vieux Marcel quitter le sol, il a parlé, il a dit ‘voilà ma fin’ [en langue vernaculaire], et il est retombé. Le vieux Eloi, il a mis du temps à mourir, parce qu’ils ont pas touché son cœur. Moi je sentais que c’était chaud partout, c’est le sang qui coulait. J’ai dit ‘Papa ça va ? Papa ? Papa ? Ca va ?’, j’ai crié ‘Au secours, au secours, vous avez abattu le papa, il faut lui porter secours maintenant, il est blessé’. On est resté là 5 ou 7 minutes, puis le vieux, il est parti. Un mec est venu avec son revolver, il m’a dit ‘lâche-le et sors sinon je t’éclate la tête aussi’. J’ai lâché le vieux, je l’ai posé par terre, et puis je suis parti.

Voilà comment on l’a tué le 12 janvier à 6 heures du matin à Dogny, c’est comme ça qu’on a vécu son histoire. Aujourd’hui le 12 janvier, on fait toujours une commémoration sur sa tombe. Mais les jeunes, ils savent pas, ils pensent qu’il faut aller chercher des endroits à brûler, c’est pour ça qu’il y a toujours des problèmes ici. Quand le 12 janvier arrive, on sait qu’il va y avoir des engins cassés, des voitures brûlés… C’est comme ça chez les générations qui ont pas vu comment le vieux faisait sa politique. »

Angela Bolis

 

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Réduire les incompréhensions marquées qui séparent indépendantistes et loyalistes , faire bouger les lignes et relancer l’usine du Sud en lui apportant des garanties, telle est la volonté de l’Etat. En Nouvelle-Calédonie, c’est tout le secteur du nickel qui est fragilisé.

Alain Jeannin • Publié le 17 janvier 2021 à 13h18, mis à jour le 18 janvier 2021 à 07h29

Les trois usines du Territoire sont, soit à l’arrêt soit au ralenti. Et de fortes pluies ont entravé l’activité minière. La situation préoccupe aussi le marché des matières premières, car la Nouvelle-Calédonie est le cinquième producteur mondial de nickel.

Les faits

La vente, par le géant minier brésilien Vale de son usine d’hydrométallurgie du nickel au sud de la Nouvelle-Calédonie, est l’enjeu d’un bras de fer et de deux stratégies industrielles qui opposent loyalistes et indépendantistes calédoniens. L’Etat joue les arbitres et s’efforce de consolider le projet de reprise du site industriel. La participation minoritaire du négociant Suisse Trafigura est toujours envisagée.

Et puis, il y a la situation difficile de la SLN, dont l’usine à Nouméa est la première productrice mondiale de nickel pour l’acier, mais tourne au ralenti, tout comme l’usine du Nord (KNS).

Une vague de violences et des dégradations ont suivi, en décembre, la confirmation par le géant minier brésilien Vale de la vente de son usine d’hydrométallurgie du nickel en province-Sud de la Nouvelle-Calédonie. Vale a choisi le consortium Prony Resources qui associe des intérêts calédoniens majoritaires au troisième négociant mondial de matières premières. Les indépendantistes s’y opposent et veulent une autre solution, sans Trafigura.

NICKEL

Complexe industriel de Goro Nickel & Cobalt (Usine du Sud) en Nouvelle-Calédonie • ©AFP

Pression et mobilisation

Pour faire pression sur l’Etat, des militants ont ralenti la production minière de la SLN, organisant la gestion de la pénurie, ce qui pénalise lourdement l’usine de Nouméa, dont les résultats s’amélioraient. La SLN est le symbole de l’industrie calédonienne. Née en 1880, elle fut à l’origine du développement de Nouméa et du Territoire, dans les conditions particulièrement dures de l’époque. Ce passé est révolu. La SLN, creuset d’une société calédonienne plurielle, est aujourd’hui détenue à 34 % par la Nouvelle-Calédonie. Dans la mémoire collective calédonienne, elle occupe une place comparable à Renault dans l’hexagone.

SLN

L’usine de ferronickel SLN (ERAMET) de Doniambo en Nouvelle-Calédonie • ©Alain Jeannin

Situation préoccupante 

« La situation de la SLN est extrêmement préoccupante », reconnaissait très récemment la direction du groupe français Eramet (dont l’Etat est actionnaire). L’entreprise, premier employeur du Territoire, est la victime collatérale du conflit lié à la vente et à la reprise de Vale Nouvelle-Calédonie (l’usine du Sud). Eramet n’exclut plus l’ouverture d’une procédure collective pour sa filiale calédonienne, alors qu’elle commençait à ressentir les effets positifs de son plan de sauvegarde. Le 14 janvier, des salariés de la SLN ont manifesté, réclamant « le droit de travailler ».

Le collectif dénommé « Usine du Sud – Usine Pays » et l’Instance coutumière autochtone de négociations (Ican), émanations du FLNKS, sont en première ligne de la mobilisation indépendantiste contre la cession de l’usine du Sud et de sa ressource, la grande mine de nickel et de cobalt de Goro, en première ligne aussi des pressions assumées et exercées contre la SLN.

NICKEL

De la poudre de nickel pour les batteries électriques; L’usine du Sud en produit aussi. • ©Alain Jeannin

Deux groupes Suisses face à face

Le FLNKS dénonce et refuse la présence en Nouvelle-Calédonie d’un « prédateur capitaliste ». Le négociant suisse Trafigura est visé. Il participe pour 25 % au consortium Prony Resources porté par la Province Sud (loyaliste). Il sera chargé de commercialiser le nickel auprès des producteurs de batteries pour les véhicules électriques.

Dans le nord du Territoire, les indépendantistes calédoniens sont associés à Glencore qui détient 49 % de leur « usine-pays » (l’usine du Nord) et commercialise le nickel du Koniambo. Les deux négociants suisses sont concurrents dans la bataille pour l’accès aux ressources en nickel. L’arrivée de Trafigura en Nouvelle-Calédonie ne fait pas forcément plaisir à Glencore…

Le business n’a pas de couleur politique

Parmi ses investissements internationaux, Trafigura est associé dans une coentreprise minière avec le gouvernement socialiste de Cuba. Il a investi dans une grande mine de nickel en Finlande, en partenariat avec le gouvernement social-démocrate finlandais. Une usine hydrométallurgique de nickel, destinée aux batteries des voitures électriques est en construction.

Glencore

Le négociant Glencore détient 49 % de l’usine du Nord. • ©AFP
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Le négociant Trafigura devrait détenir 25 % de l’usine du Sud • ©AFP

Nouvelle proposition ?

Leur premier partenaire financier, le conglomérat coréen Korea Zinc, ayant renoncé, les indépendantistes calédoniens ont annoncé préparer une nouvelle offre alternative, un nouveau montage qui porterait les intérêts calédoniens dans l’usine du Sud à hauteur de 100 %. Pour financer l’opération, des prêts de l’Etat seraient sollicités, les Provinces calédoniennes impliquées. Un nouveau partenaire industriel serait envisagé; il pourrait s’agir d’un important groupe chinois spécialisé dans l’hydrométallurgie du nickel. « Actuellement, la SMSC (les Provinces calédoniennes ndlr) a 5 %, c’est l’opportunité pour nous de faire d’abord une transition à 100 %. Et ensuite, de pouvoir proposer au futur partenaire industriel, qui va participer au projet, les 49 % restants », a indiqué Pierre Chanel Tutugoro, membre du bureau politique du FLNKS, à Nouvelle-Calédonie la 1ère. Les loyalistes calédoniens ont réagi et ont dénoncé une idée « abracadabrantesque, sortie du chapeau », selon la Présidente de la province Sud, Sonia Backès.

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Collaborateur de l’usine du Sud (Vale-NC) sur la mine de nickel-cobalt de Goro en Nouvelle-Calédonie • ©AFP

4 usines, 4 acteurs internationaux

Le minerai de nickel du Territoire est déjà exploité par quatre usines qui dépendent toutes de groupes multinationaux. Le plus ancien est le français Eramet qui détient encore la majorité de la SLN, aux côtés des trois provinces calédoniennes et de l’Etat. Les trois autres usines ont comme actionnaires, – le négociant et industriel suisse Glencore qui exploite l’usine du Nord (KNS) avec la Sofinor, société minière proche des indépendantistes -, le conglomérat coréen Posco qui exploite une usine en Corée du Sud avec du minerai calédonien, dans le cadre d’une coentreprise (NMC) toujours avec les indépendantistes, enfin le géant minier brésilien Vale, partenaire majoritaire de la province Sud, qui souhaite vendre sa grande usine hydrométallurgique de nickel et de cobalt.

Un consortium calédonien 

Le repreneur choisi par Vale, le consortium Prony Resources, a volontairement choisi de limiter à 25 % la part du négociant Suisse Trafigura, quand elle est de 49 % pour son concurrent Glencore dans l’usine du Nord. « Il ne faut pas que les multinationales soient majoritaires, sinon elles pillent la ressource du pays », cette remarque d’André Dang, le PDG de la société minière des indépendantistes (Sofinor), l’un des deux stratèges avec Paul Néaoutyine de la stratégie nickel de la province Nord, est toujours d’actualité.

Mais, la présence de Glencore, d’Eramet, de Vale et peut-être demain de Trafigura assure aux usines calédoniennes  outre la commercialisation du nickel, la garantie d’un apport d’argent frais, un soutien indispensable en cas de crise et de baisse des cours…

La France toujours en soutien

L’Etat pourrait entrer au capital de Prony Resources, ou faciliter des garanties bancaires pour permettre le redémarrage de l’usine du Sud. C’est le pari que fait Sébastien Lecornu. Le Ministre des Outre-mer suit le dossier de très près. Avec, pour horizon proche le troisième référendum sur l’indépendance, l’an prochain. Une mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie, présidée par Gérard Larcher, le Président du Sénat doit entendre prochainement les différents acteurs de la filière nickel.

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Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer • ©Xosé Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Résumé

les trois usines du Territoire ont de nombreux atouts, mais elles ne peuvent plus, pour le moment, les valoriser. Elles sont dans une impasse politique ou industrielle. Pour ajouter aux difficultés, de fortes pluies ont ralenti les exportations de minerai. La Nouvelle-Calédonie n’a pas profité de la hausse de 9 % du nickel depuis le début de l’année 2021. A 18.000 dollars la tonne, les usines du Territoire ont perdu, et vont encore perdre, plusieurs milliards de francs Pacifique.

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Usine du Nord – Koniambo Nickel (KNS) – Nouvelle-Calédonie • ©Alain Jeannin

 

 

 

 

13 janvier 2021

ELOI MACHORO syndicaliste et militant indépendantiste kanak 12 01 21 1/6

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 16 h 50 min

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ça booste va entamer une série d’émission autour du syndicaliste et militant Eloi Machoro, assassiné le 12 janvier 1985 36 ans jour pour jour avec l’émission diffusée sur radio libertaire. Ce 1er volet s’articule autour de la genèse Kanak.

Ce travail autour de la personne d’Eloi est un documentaire sonore réalisé en 6 parties par Benoit Godin qui s’intitule « le combat ne doit pas cesser « .

 

RETROUVEZ ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS SUR

 

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Un documentaire sonore autour d’une figure trop méconnue des luttes anticoloniales : le leader indépendantiste kanak Eloi Machoro.

Le samedi 12 janvier 1985, près de la commune de La Foa, située à une centaine de kilomètres de la capitale de la Nouvelle-Calédonie Nouméa, Eloi Machoro tombait sous les balles des forces de l’ordre françaises, et avec lui son compagnon de lutte Marcel Nonnaro.

Dès lors, l’image du « vieux » Eloi devenu martyr allait se figer en celle d’un chef de guerre radical et intransigeant, refusant toute compromission. Une représentation largement partagée aussi bien par ceux qui le célèbrent aujourd’hui tel un incorruptible Che Guevara mélanésien, et que par ceux qui le honnissent comme un extrémiste haineux, hors de contrôle, en rupture avec une partie de son propre camp, déterminé à renvoyer les « européens » à la mer…

Les faits sur lesquels s’est bâtie cette légende, sombre ou dorée selon les interlocuteurs, tiennent pour l’essentiel en quelques semaines à peine. Des semaines troublées et sanglantes, de septembre 1984 jusqu’à la mort de Machoro, qui constituent la première période de ce qui est resté dans la mémoire néo-calédonienne comme les « Événements » —un terme qui rappelle forcément l’histoire d’une autre colonie française de peuplement, l’Algérie.

Des semaines où Eloi Machoro, devenu ministre de la sécurité du Gouvernement Provisoire de la République de Kanaky, va mener sur le terrain les forces vives du FLNKS, le Front de libération nationale kanak et socialiste, et réaliser de puissants coups d’éclat. Ainsi le spectaculaire bris au tamioc (une hache traditionnelle) d’une urne électorale à Canala lors du boycott des élections territoriales, dont la photographie fera le tour du monde, devenant instantanément le symbole de la lutte de tout un peuple. Mais aussi le « siège », pendant plus de vingt jours, de la commune minière de Thio, sur la côte est de la grande terre.

 

Un travail de mémoire inédit, pour ici et là-bas

Trente-cinq ans après, ce documentaire sonore en 6 épisodes reviendra sur la personnalité d’Eloi Machoro et son exceptionnelle trajectoire à travers entretiens, sons d’archives (dont certains inédits), déclarations et textes d’époque.

Un travail, encore jamais entrepris à notre connaissance, pour mettre en lumière une figure essentielle de la cause kanak et, plus largement encore, de l’universel combat des peuples autochtones pour leur émancipation. Et ce en prenant soin de chercher à dissiper les malentendus, pour offrir un portrait nettoyé des fantasmes persistants, permettant ainsi une réelle (re)connaissance de l’homme.

Mais il s’agira aussi de dépasser le récit de ce seul destin personnel pour rendre compte de toute l’effervescence de cette époque durant laquelle se fait jour véritablement une identité kanak, culturelle et politique. Le parcours d’Eloi Machoro épouse en effet l’émergence de cette formidable lutte collective pour la Kanaky, depuis la montée de la revendication indépendantiste jusqu’à la création du FLNKS.

 

Faire œuvre de mémoire est une démarche toujours essentielle, mais plus encore alors que se joue, inlassablement, le devenir de l’archipel néo-calédonien et, à travers lui, tout particulièrement, celui du peuple kanak. 

 

Ce projet au long cours a été lancé fin 2018. L’essentiel des entretiens —représentant une quarantaine d’heures au total— ont été réalisés dans l’archipel l’an dernier : un patient travail de récolte de la parole, étalé sur quelques 4 mois. Le montage des 6 épisodes est aujourd’hui en cours.

 

Nous les avons interviewé-es

Compagnons de lutte d’Eloi Machoro, membres de sa famille, figures de la lutte d’indépendance kanak, témoins de l’époque, historiens… Parmi lesquels :

Caroline Machoro-Reignier, Louis Machoro, Emmanuel Tjibaou, Maguite Declerc, Arthur Upan Maramin, Gaétan Soma Douade, Marie-Adèle Jorédié, Victor Nonnaro, Berger Pérignon, Yvon Kona,  Jean-Pierre Taïeb Aïfa, Olivier Houdan, Régis Toura, Gérald Cortot, Gaston Nédenon, Ismet Kurtovitch, Thomas Dathieux, Luc Tournabien, Aloisio Sako, Gustave Tehio, Camille Ipéré, Elie Poigoune…

Pourquoi cet appel ?

Ce travail s’inscrit  dans une démarche militante anti-coloniale et il est jusqu’à présent totalement auto-produit. Nous ne tirons aucun revenu de la réalisation de ce documentaire.

L’ADCK (Agence de Développement de la Culture Kanak) a fortement soutenu le projet, mais ce soutien était matériel et logistique : accès à leur fond d’archives, accompagnement sur le terrain…

Nous avons donc désormais besoin d’un coup de pouce financier pour le mener à terme. 

Nous avons besoin de votre aide en particulier pour:

  •  L’achat d’archives audio-visuelles, auprès de l’INA essentiellement. Ce qui représente un budget important.
  • La rémunération de personnes « extérieures » au projet. En particulier le comédien qui sera la voix off du documentaire, notre « narrateur » en quelque sorte.
  • La diffusion : organisations de séances d’écoute publique, impression d’affiches… Mais aussi la sortie d’un CD et/ou d’une clé USB contenant l’ensemble des émissions, accompagné d’une pochette sérigraphiée.
  • Le remboursement d’une petite partie des frais de tournage et des frais de fonctionnement de l’association naissante.

 

L’objectif premier de votre participation est que le documentaire puisse être terminé et diffusé dans les meilleures conditions, le plus largement possible, en France comme en Nouvelle-Calédonie.

Tous les participants recevront les liens vers les podcasts dès qu’ils seront en ligne.

Pour toute  participation égale ou supérieure à 20 €, vous recevrez le documentaire sur CD ou clé USB avec la pochette sérigraphiée.

 

Qui sommes-nous ?
Formé à l’ESAV de Toulouse, investi dans le monde de la radio depuis une dizaine d’années, Benoît Godin est actif au sein de plusieurs radios et webradios associatives toulousaines (Canal sud, FMR, Onde courte…). Entretenant des liens forts avec la Nouvelle-Calédonie où il s’est rendu de nombreuses fois, il réalise là son premier grand documentaire sonore.
Simon Auffret, lui aussi ancien de l’ESAV, signe les créations musicales originales, ainsi que le mixage du documentaire. Dj et beatmaker sous le pseudonyme de Sahimone, il habite aujourd’hui à Varsovie (Pologne) où il anime deux émissions consacrées à l’électro sur Radio Kapitał.

 

L’association Lampe-Tempête est l’outil qu’ils ont créé pour développer leurs explorations audio-visuelles.
https://soundcloud.com/lampetempete/

 

Dernière minute : le comédien Iabe Lapacas rejoint l’aventure. Lui qui a interprété Alphonse Dianou, autre figure importante du combat kanak des années 80, dans le film de Mathieu Kassovitz « L’ordre et la morale » prêtera sa voix pour raconter l’histoire d’Eloi Machoro.            

 

La lutte du peuple kanak n’est pas achevée
La lutte d’indépendance menée par les Kanak se poursuit aujourd’hui encore. La prochaine grande étape, c’est le second référendum d’autodétermination : initialement prévu pour le 6 septembre, celui-ci devrait se tenir finalement, suite à la pandémie de Covid-19, le 4 octobre prochain.

Pour en savoir plus, vous pouvez aller lire en ligne l’article écrit par l’auteur de ce documentaire et paru dans le numéro de janvier du journal CQFD« Voyage au bout de l’indépendance » (CQFD n°183)

Ainsi que vous référer au site web du collectif Solidarité Kanaky qui soutient en France la cause kanak : https://solidaritekanaky.fr/

 

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25 novembre 2020

CSPB 24 11 20

Classé sous ҪA BOOSTE SOUS LES PAVÉS — SQUALE @ 15 h 59 min

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Emission du CSPB du 24 11 2020 dernier mardi du mois sur Radio Libertaire 89.4 Mhz sur la bande FM et sur le blog du Comité

 http://cspb.unblog.fr

ou sur les podcast suivant:

 http://media.radio-libertaire.org

https://www.anarchiste.info/radio/libertaire/podcast/

https://www.mixcloud.com/skuale/

 

https://www.mixcloud.com/radiolibertaire/

 

Retrouvez les infos sur le blog de ça booste sur

 

http://cabooste.unblog.fr

 

Au sommaire de l’émission la chronique de Béa d’Askapena avec l’isolement qui frappe les presos basques, Irati qui est actuellement en prison avec sa mère et qui selon la loi espagnole sera séparée de sa mère en mars 2021 à l’Age de 3ans, le jour de la mémoire fêtée tous les ans en novembre par le gouvernement basque mais qui oublie régulièrement les personnes décédées sur les routes dû à la dispersion. Avec la chronique de Maité nous aborderons justement les accidents des familles visitant leurs proches, ainsi qu’un rapport sur l’isolement des militants basques dans les geôles espagnoles, le COVID et les conséquences pour les presos, les chiffres d’Etxerat, le fichier FIJAIT et les conséquences sur les militants, Iratxe Sorzabal, la reconnaissance d’aveux sous la torture, le MAE, les libérations de Josu Arkautz après 29 ans de prison et celle de Xistor Haramburu + de 30 ans de prison et enfin la sentence infligée à Mikel Barrios. La chronique de Loréa porte sur l’affaire de la manada 5 pourritures dont un garde civil et un militaire qui avait violé une jeune femme lors des fêtes de san firmin et avait déclenché une vague de protestation dans toute l’Espagne, et dans un autre registre les magasins féministes. Et enfin la chronique de Squale avec le collecif BIZI bloque un point de collecte Amazon à Bayonne, la future loi sur la “sécurité globale”. La présentation du livre « Au cœur du conflit basque. Pourquoi des citoyens du Pays Basque Nord ont-ils intégré l’ETA ? » édité par MEDIABASK, La Cour de cassation a définitivement accepté, mercredi 4 novembre, le principe d’une remise à l’Espagne de l’ex-dirigeant d’ETA Josu Urrutikoetxea. Peio Alcantarilla arrêté par la police française, Josu Arkauz Libre, La Manada « la meute », Mesdames découvrez l’arme anti-viol révolutionnaire, Rape-aXe ou le préservatif avec des dents.

 

Pour la partie musique vous entendrez : Anna Tijoux antipatriarca, En Tol Sarmiento (ETS) Ametsetan,  Gatibu Igelak, HUNTZA Aldapan gora, Anna Tijoux antifa dance, ZEA MAYS – Negua joan da ta, Zartako-K – Rude Girl, Askatasunera – L’Arcusgi, SkaP – Somos La Revolucion

 

Bizi! bloque un point de collecte Amazon à Bayonne

Ce mercredi matin, des activistes de Bizi! ont bloqué la borne Amazon installée dans le magasin Monoprix de Bayonne. Ils dénoncent “les privilèges inacceptables” du géant de la vente en ligne et appellent au boycott du “Black Friday”, le 27 novembre.

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Les activistes reprochent à Amazon de détruire le commerce local. © Bizi

« Amazon tue le commerce local » et « tue le climat », peut-on lire sur les banderoles brandies ce 18 novembre au matin par des militants de Bizi, venus bloquer le « hub locker » (point de collecte) d’Amazon à l’intérieur du supermarché Monoprix de Bayonne.

Les activistes dénoncent « les privilèges inacceptables d’Amazon qui peut continuer à livrer des biens non-alimentaires pendant le confinement » et se disent « indignés » de l’attitude de Monoprix. « A l’heure où certains supermarchés mettent leurs halls à disposition des commerces locaux en difficulté, Monoprix a choisi lui d’y inviter un de leurs plus grands prédateurs actuels », soulignent les militants, qui ne veulent pas de l’univers Amazon, selon eux « destructeur d’emplois et du climat ».

A l’approche du 27 novembre, jour du « Black Friday » (vendredi noir), Bizi appelle au boycott de cette opération commerciale. Selon l’association écologiste, celle-ci « incite à une surconsommation choquante en ces temps de crise climatique et sociale ».

Les membres de Bizi! réclament la fermeture de la borne de livraison d’Amazon. Ils ont adressé un courrier en ce sens à la directrice du magasin Monoprix.

Incident de Bayonne : les journalistes réagissent

Une soixantaine de journalistes ont affiché leur soutien à notre photojournaliste, Guillaume Fauveau, pris à partie dans l’exercice de son travail le 17 novembre dernier par des policiers qui ont cherché à l’intimider. C’est toute une profession qui monte au créneau et reste vigilante quant à la suite de la future loi sur la “sécurité globale”.

 

Notre photojournaliste Guillaume Fauveau a été pris à partie par des policiers le 17 novembre dernier. Menaces, intimidations… alors qu’il exerçait son métier en prenant en photos des policiers de dos dans la rue effectuant des contrôles. Dans un texte paru samedi 21 novembre, plus de 60 journalistes photographes, journalistes reporters d’images et rédacteurs lui ont exprimé leur soutien.

Une initiative également appuyée par la Fédération européenne des journalistes et la Fédération internationale des journalistes. Ils condamnent tous les agissements de l’agent de police à l’origine de l’incident et alertent sur les risques vis-à-vis de la liberté de la presse que la loi débattue actuellement par les députés à Paris pourrait contenir. Un message de vigilance adressé entre autres aux parlementaires et aux représentants de l’Etat.

La section SNJ (Syndicat national des journalistes) Midi-Pyrénées a également assuré « ce confrère de tout son soutien. Cet exemple montre comment une telle loi (Sécurité globale) restreindrait la liberté d’informer et rendrait plus difficile au quotidien la pratique de notre métier. » Dans une tribune parue au Monde, un collectif de journalistes a également relayé cet incident qui soulèverait beaucoup de questions quant à la future loi. Dans le même journal, dans une autre tribune, les directions des rédactions d’une trentaine de médias se sont engagées à ne pas accréditer leurs journalistes pour couvrir des manifestations, au nom de la liberté de la presse. La loi en cours d’examen touche particulièrement les journalistes, mais également les citoyens lambda.

 

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Contenu du texte signé par les journalistes locaux :

« Nous, journalistes, condamnons fermement les faits d’intimidation et les menaces, survenus mardi 17 novembre à Bayonne, de la part d’un agent des forces de police, subis par notre confrère, photographe et salarié de Mediabask, Guillaume Fauveau dans l’exercice de son travail. Nous lui apportons notre total soutien. Dans le contexte de l’examen de la loi « sécurité globale », nous restons vigilants et mobilisés quant au respect de la liberté de la presse et demandons à nos parlementaires et aux représentants de l’Etat d’en faire autant. »

– En Marche vers la dictature –

Le régime lance un nouvel assaut contre les libertés : le 20 octobre, les députés En Marche ont déposé un projet de loi baptisé « sécurité globale ». Elle sera débattue dès les prochains jours, de toute urgence, pour être imposée en plein confinement !

La loi est proposée par le député Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du RAID, unité de police militarisée et anti-terroriste. La police n’est plus au-dessus des lois, c’est elle qui l’écrit directement. On ne peut pas faire plus clair. Trois mesures du projet de loi :

 IMAGES EN TEMPS RÉEL ET RECONNAISSANCE FACIALE : la police est d’ores et déjà équipée de caméras piétons, en plus des nombreuses caméras qui constellent les villes de France. Avec cette loi, non seulement les agents pourront accéder aux images qu’ils ont enregistrées mais, plus grave, les images seront « transmises en temps réel au poste de commandement ». Cela permettrait l’analyse automatisée et en temps réel des images. Pour rappel, la police est autorisée depuis 2012 à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier une des 8 millions de photos déjà enregistrées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaire. En manifestation, la reconnaissance faciale en temps réel permettra au centre de commandement de renseigner en direct les agents de terrain sur l’identité des nombreux militants et militantes qu’ils croiseront, déjà fichées. Orwellien.

 DRONES : la loi veut autoriser et généraliser une pratique qui s’est répandue en violation de la loi au cours des derniers temps : le déploiement de drones pour surveiller les manifestations. Comme pour les caméras mobiles, les images captées par drones pourront être analysées par reconnaissance faciale en temps réel, facilitant les actions ciblées de la police contre des militants préalablement identifiés. La surveillance par drones permet aussi, plus simplement, de suivre à la trace n’importe quel individu « dérangeant » ou « surveillé ». Des mouchards partout, l’anonymat nul part.

 INTERDICTION DE DIFFUSER DES IMAGES DE POLICIERS : L’article 24 de la loi propose d’interdire au public de diffuser « l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police ». Une attaque très grave qui permettrait, notamment la censure de nombreux médias indépendants et réseaux sociaux. Avec une telle loi, il n’y aurait eu ni affaire Benalla, ni connaissance des innombrables violences policières dans les quartiers, les manifs, contre les Gilets Jaunes. Le régime organise simultanément l’anonymat – et donc l’impunité – total pour la police, avec l’absence de matricule, de possibilité d’identification et même de diffusion d’image d’un côté, et la surveillance et la reconnaissance totale des opposants pour les réprimer de l’autre. Une logique dictatoriale.

 UNE LOI IMPOSÉE EN VITESSE SOUS CONFINEMENT : les députés peuvent encore proposer des modifications de la loi. Ce projet est une nouvelle attaque massive contre la liberté d’informer et les libertés individuelles et collectives. Le 2 novembre, Darmanin sera auditionné par la Commission des lois. Le 4 novembre, la loi sera examinée en Commission des lois, et elle sera votée du 17 au 20 novembre.

La proposition de loi : http://www.assemblee-nationale.fr/…/l15b3452…

Son analyse par la quadrature du net :https://www.laquadrature.net/…/loi-securite-globale…/

 

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La proposition de loi relative à la sécurité globale est une proposition de loi française des députés LREM Alice Thourot (Drôme) et Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne, ancien patron du RAID) déposée à l’Assemblée nationale le 20 octobre 2020. Elle porte sur le renforcement des pouvoirs de la police municipale, l’accès aux images des caméras-piétons, la captation d’images par les drones et la diffusion de l’image des policiers.

Le texte, soutenu par les principaux syndicats policiers, fait l’objet de diverses critiques, par des sociétés de journalistes, des organismes publics nationaux et internationaux et des associations de défense des libertés publiques.

À la demande du gouvernement, la proposition de loi suit la procédure accélérée ; elle est examinée à l’Assemblée nationale du 17 au 20 novembre 2020.

Calendrier législatif

Le texte porte à l’origine sur la police municipale et le secteur de la sécurité privée, et est déposé le 14 janvier 2020 par les députés LREM Alice Thourot (Drôme) et Jean-Michel Fauvergue (Seine-et-Marne, ancien patron du RAID)1. En octobre 2020, la proposition de loi est complétée à l’initiative du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui souhaite lui adjoindre un volet sur la protection des fonctionnaires de police et militaires : « Il s’agit de protéger ceux qui nous protègent »2,3 — un slogan régulièrement utilisé par les soutiens du texte4.

Déposé le 20 octobre 2020, le texte fait l’objet d’une procédure accélérée sur décision du gouvernement (le 26 octobre), réduisant la navette parlementaire à une seule lecture par chambre5. Le recours à cette procédure fait l’objet d’une critique de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui y voit une « dégradation du débat démocratique ». Elle critique notamment le recours à une proposition de loi (issue de parlementaires) pour un texte en réalité porté par le gouvernement : « le gouvernement prive le parlement et la société d’un débat sur leur impact ainsi que d’une expertise juridique du Conseil d’Etat, préalables requis à l’examen parlementaire de tout projet de loi, mais pas pour une proposition de loi6. »

Le texte est examiné en commission des Lois le 5 novembre 20207. Il est débattu en séance dans l’hémicycle du 17 au 20 novembre ; les députés doivent notamment examiner 1 319 amendements4. Son vote solennel est prévu le 24 novembre5.

Articles 20 et 21

Les articles 20 et 21 sont relatifs à l’accès aux images, respectivement, des caméras de vidéosurveillance et des caméras-piétons portées par les policiers.

L’article 20 prévoit l’élargissement de l’accès aux images des caméras de vidéosurveillance à plusieurs personnels : les agents de la police municipale, ceux de la ville de Paris chargés d’un service de police, les contrôleurs de la préfecture de police, etc.8 ; cet accès était juste-là réservé aux policiers et gendarmes (nommément chargés de cette tâche)9. Le Défense